Pour franchir l'épidémie de Coronavirus chinois, il serait avisé d'apprendre à marcher sur la Lune puisque c'est la dernière station sur la route du paradis de Bételgeuse où nous allons arriver tous un jour, demain, dans quatorze, vingt-huit, cinquante-six jours ? jamais ? non ! la langue des mortels ne connaît pas "jamais". Ça nous fera un peu de rythme car, pour passer la Saint-Oswald une fois chaque quatre ans il faut, déjanter le pneu des conventions bourgeoises, des bagnoles impossibles, de la musique, même électronique, du malt à défaut de Coca qui fait grossir, des bikers revenus des enfers et Ladyva aux ivoires pour finir.
Après cette mise en jambe, nous évoquons la "bagnole ultime" - combien de temps encore ? - la voiture de la NASCAR, plus de 3 heures à 300km/h sur un V8 culbuté et boîte 4 manuelle. J'entends les evzones de l'Auto-Journal débiner une technique obsolète ! Le choix d'une technique ayant motorisé soixante années de production automobile américaine vise à limiter la course à l'armement et permettre ainsi à des écuries locales de concourir. Le moteur standard est un V8 aspiré de 5,9 litres à arbre à cames central qui envoie 800 chevaux et pousse jusqu'à 320 km/h (200mi/h) dans les 9000 tours/minute. On comprend que tenir 3h40 à cette cadence convoque une métallurgie de qualité et les moteurs ne sont pas stock contrairement à ce que dit la lettre "S" de Nascar ! Il s'agit aujourd'hui de la course victorieuse de Chase Elliot sur la Chevrolet ECR N°9 de Hendrick Motorsports au Superspeedway de Talladega en 2019. La prise, qui fait plus de trois heures, commence par un drapeau jaune et un passage au stand. Enjoy !
On finit la journée à l'apéritif. Français, nous tuons plus de deux cents millions de bouteilles de whisky par an. Le mieux n'est-il pas de le boire avec un connaisseur ? Il sait tout, de l'évaporation jusqu'aux trois gouttes d'eau qui développent l'arôme. C'est sérieux. Cheers !
Le 29 février on fête aussi saint Oswald de Worcester. C'est à l'origine un Danois né en 925, éduqué en Angleterre dans une famille d'ecclésiastiques, formé à l'abbaye de Fleury (Loiret). Abbé de Ramsey (Bénédictins), évêque de Worcester, il obtint l'archevêché d'York en 972 et rejoignit son créateur ce même jour de l'an de grâce 992. On lui attribue d'importantes réformes de la règle de saint Benoît, sous la férule de l'archevêque et conseiller du roi Edgar, le grand Dunstan de Cantorbéry.
Interview de M. François Moirez, vice-consul de Patagonie à HKSAR, pour La Toile
- parue dans le numéro 11 « Ces hommes qui voulurent ETRE ROI !» -
Au Mont Lozère quand vient mourir le vent de l'Atlantique chargé de nuages lourds, on a les narines envahies d'une odeur d'eau et la gorge étreinte d'un sentiment de désolation provoqué par la végétation rare. C'est dans ce causse d'altitude, lunaire dès qu'il fait gris, que j'ai rencontré le vice-consul de Patagonie à Hong Kong qui se ressourçait au silence du désert, loin de la mégapole chinoise. Je me suis ouvert à lui de ma sympathie étonnée, il m'a dévoilé ce Jeu du Roi¹.
[La Toile] Excellence, au soir d'un parcours professionnel particulièrement riche en Asie du Sud-Est, vous avez accepté l'exequatur de Vice-consul de Patagonie à Hong Kong. La charge ne supporte-t-elle que le poids plume de l'utopie, ou prend-elle un certain temps comme toute fonction consulaire ?
[François Moirez] Quand la proposition vient de Jean Raspail lui même, c'est un honneur qu'on ne peut refuser ! Le drapeau patagon ne flottait pas encore à Hong Kong , ville qu'il connaissait pour y avoir vécu un peu dans les années soixante de son Arpentage² du monde, et c'était là encore un peu un jeu : dans un environnement aussi capitaliste où l'on juge les gens au nombre de dizaines de millions de dollars de leur compte en banque - ou à leur parc de Porsche ou de Maserati.., c'était comme un pied de nez à toute cette superficialité.
Alors, la charge de ce poste ne peut être que légère, même si nombre de résidents de la mégapole chinoise sont en leur for intérieur - j'en suis sûr - attiré par le rêve patagon.
[LT] L'annuaire consulaire³ du Royaume de Patagonie est impressionnant puisque ses postes couvrent toute la planète au point de disputer à de grands pays leur rang en termes de maillage diplomatique. Quel est la première motivation qui pousse les impétrants à ce statut diplomatique de fantaisie ?
[FM] Je n'aime pas cette expression "statut diplomatique de fantaisie" ; après tout, si les postes diplomatiques francais dans certains archipels perdus au milieu du Pacifique peuvent être qualifiés de fantaisistes (surtout en l'état de nos finances !), les consulats de Patagonie, eux, relèvent plutôt de ce que je préfère appeler un "statut diplomatique extra-ordinaire".
Extra-ordinaires par leur origine, et par leur raison d'être ; les consuls, de même que tous les citoyens patagons ont souhaité participer au merveilleux "Jeu du Roi ", ce savant mélange d'imagination débridée mise au service de sentiments de bonne tenue.
Quant à savoir si l'on naît Patagon ou si on le devient, c'est là une question trop sérieuse - que je laisserai aux exégètes de la Rive gauche qui ne manqueront pas d'élaborer une foultitude de théories !
[LT] Le Royaume d'Araucanie et Patagonie exista dans les faits. Son premier et unique roi fut un gentilhomme périgourdin, Antoine de Tounens, qui régna aux antipodes sous le nom d'Orlie-Antoine Ier, de 1860 à 1862, avant de perdre pied face au Chili. Jean Raspail ressuscita le royaume éphémère hors et sur ses terres australes immenses et désolées. Vous a-t-il jamais confié le sentiment qui a déclenché son mouvement et pourquoi la prise du titre de Consul général de l'utopie ?
[FM] J'ai connu Jean Raspail quand, élève d'un lycée provincial en France, j'assistais aux séances de "Connaissance du Monde " qui permettaient de découvrir des contrées lointaines, et en tous cas propices aux rêves pour l'enfant que j'étais. Je me souviens en particulier de son film relatant son voyage "de la Terre de Feu à l'Alaska ; je pense que Jean Raspail a toujours été attiré par ces confins du monde et par l'acharnement des peuples à y vivre, en dépit de conditions extrèmement difficiles. Sa découverte de l'honorable Antoine de Tounens, de son épopée véritablement tragi-comique de la fin du 19ème siècle, ainsi que de la disparition des tribus locales, Maputes, Tehuelches ou Alakalufs, massacrées par les Chiliens, les Argentins, ou tuées par les maladies importées ou provoquées par les explorateurs/missionnaires/marchands européens, tout cela l'a amené naturellement à hisser le pavillon patagon sur sa demeure de Provence, puis à accueillir tous ceux qui se sentaient attirés par cette aventure - qui allait bien au dela de la simple aventure littéraire.
Quand il m'a accueilli à Paris, il m'a dit combien il avait été surpris de l'ampleur prise par ce "Jeu", flatté aussi de ce que le drapeau patagon puisse flotter sur les terres les plus disparates de la surface du globe.
[LT] Le 7 mai dernier à Paris, eurent lieu de grandes agapes pour fêter le soixantième anniversaire du prince héritier d'Araucanie et Patagonie, Philippe Boiry. Les deux délires ont-ils des relations fonctionnelles malgré l'aimable détestation qu'ils se vouent et la différence palpable d'intentions (utopie romanesque d’une part et revendication diplomatique fondée de l’autre) qui se rejoignent quand même dans une quête de gloire ?
[FM] Il s'agit pour moi d'un essai, comment dire, d'institutionaliser un rêve - quel horrible mot ! Bien sûr, le roi Orélie-Antoine avait créé dans son esprit une grande quantite de ministères, services administratifs, de titres ronflants et décorations mirobolantes - mais tout cela était resté "dans son esprit". Créer un mouvement ayant pour but par exemple l'indépendance de territoires appartenant à la fois au Chili et à l'Argentine, ce serait quitter pour de bon l'aventure intellectuelle du "Jeu du Roi" pour quelque chose de carrément... "ordinaire" !
(propos recueillis par Catoneo pour La Toile, été 2011)
Notes :
(1) Le Jeu du roi est un roman de Jean Raspail paru chez Robert Laffont en 1976
(2) C'est sous ce chapitre que Raspail regroupe ses récits de voyages exotiques, dont le titre Hong Kong - Chine en sursis (Connaissance du Monde 1963).
(3) L'annuaire patagon est édité par Le Moniteur de Port-Tounens que l'on peut se procurer auprès de la Chancellerie royale c/o M. François Trulli, 20 avenue de Lowendal 75015 Paris
Il est deux royaumes au monde que je ne me lasse pas d'observer tant ils résument la force d'aimantation de la monarchie : le royaume de Thaïlande et le royaume de Patagonie. Le premier assemble une mosaïque d'ethnies dispersées sur un territoire malcommode et gouverné en sous-main par les Chinois d'outremer (parfaitement siamoisés). Ce pays est traversé d'orages politiques fréquents et reste malgré tout debout. Il fut le seul état asiatique à ne pas souffrir la colonisation européenne, et à l'époque, menaça en permanence l'Indochine française sans que nous ne puissions le mettre au pas. Le roi est un phare qui luit au milieu du désordre. Le contester sur place vous transforme en charpie. Royal-Artillerie fit en son temps un billet intitulé "Cours de coup" qui met en scène le palais dans la tempête.
Par le roi, l'Etat demeure, la Nation continue
Mais le plus affolant est le royaume en parenthèses de Patagonie. C'est un royaume virtuel en fonctionnement, qui en a tous les attributs, et dont le ciment est totalement affectif. Il fête cette année le cent cinquantième anniversaire de sa fondation par Orélie-Antoine Premier.
Le samedi 18 septembre 2010, derrière le Consul Général de Patagonie, Jean Raspail, et le vice-consul chancelier, François Trulli, se rassemblera à Tourtoirac (Dordogne) le gotha du royaume - des Patagons du monde entier - pour un dépôt de gerbe à 17 heures précises sur la tombe du roi. La cérémonie sera suivie d'un vin d'honneur. La logistique restera dans l'esprit patagon, individuelle et portative. Les vice-consuls sont invités par le consul général à hisser les couleurs au siège de leur vice-consulat et à organiser une rencontre avec la presse locale et les autorités municipales et préfectorales. Une réception officielle est en préparation le dimanche soir 19 septembre à Paris. Y verra-t-on le nonce apostolique ? Peut-être pas, mais nos princes seraient bien avisés de s'y rendre pour en prendre de la graine.
Ce royaume présenté dans un billet précédent, que l'on peut découvrir à travers son roi, son site et son forum, édite un annuaire général et diplomatique à couper le souffle, puisqu'il ne fait pas moins de seize pages A4 imprimées serré, liste en lignes ! Il est inséré dans le Moniteur de Port-Tounens (140p. en quadrichromie, 25€).
Comme on s'en doute, les corps constitués sont d'abord militaires¹ puisque le royaume attaque régulièrement (pour de vrai) les possessions anglaises en rétorsion de la capture des Malouines, ce en dépit d'un ultimatum à évacuer, adressé en bonne et due forme le 1er juin 1984 par la chancellerie de Paris au gouvernement de Sa Gracieuse Majesté, dont on croit qu'elle se serait torché. Il attaque aussi tout territoire vacant s'il est maritime ou désolé, afin d'y planter sa bannière, marquant une prise de possession éternelle et virtuelle². La guerre anglaise n'empêche pas que le premier attaché naval soit le contre-amiral Templeton'Cotill de l'Amirauté, qui se met chaque fois en disponibilité les jours de conquête. So british ! Le commandement passe alors au contre-amiral d'Hérouville et à son état-major particulièrement relevé, puisqu'on y croise des généraux trois-étoiles, des capitaines de vaisseau, de corvette, des colonels, chef d'escadrons et autres capitaines de toutes armes pourvu qu'elles soient d'assaut. Les Corps de volontaires disposent aussi d'un service de santé et d'aumôniers car la proximité du Ciel est recherchée en toutes affaires. A tel point que les morts fonctionnent parfaitement. Feu le général Armijon commande en second le 1er Royal Etranger, Vladimir Volkoff s'acquitte avec brio de son rôle de consultant pour les affaires serbes et russes.
Bon ! Quand vous rajoutez l'annuaire des associations civiles et tout le réseau diplomatique (47 pays), ils sont quatre ou cinq mille. Pour mémoire, le comte et sonneur de Quincerot est légat auprès de l'Ordre souverain de Malte. Pour boucler ce billet, nous signalons à l'attention des touristes que le vice-consul patagon en Thaïlande est M. Yvon Jagues qui réside à Chiang Maï. Il est peu de pays au monde où le Patagon perdu ne puisse atteindre son consulat.
Si je demande ma naturalisation un jour de blues, parmi les cinquante associations patagones ouvertes, je m'inscrirai à l'Institut Royal Patagon pour la conservation du patrimoine historique des îles Wollaston, Hoste, Clarence, Santa Ines et Desolacion. Croisières rafraîchissantes en vue.
Après l'hymne patagon composé par Guillermo Frick pour SM Orélie-Antoine 1er, nous finirons sur l'éditorial de Jean Raspail tiré du XII° Moniteur de Port-Tounens. Pour se le procurer, envoyer un chèque de 25 € chez François Tulli, 20 avenue de Lowendal, 75015 Paris (chèque à l'ordre de François Tulli) :
Le temps n'a pas d'importance. Ce qui compte, ce sont les parenthèses. Le royaume de Patagonie est un royaume entre parenthèses. Chacun de ses ressortissants les ouvre ou les referme à sa convenance, l'espace d'un instant, d'un jour, d'un regret, d'une révolte, d'un élan de coeur, d'une impulsion, et Dieu sait, par ces années qui courent, que les motifs ne manquent pas ! Voici longtemps, au siècle dernier, ayant demandé à André Frossard, académicien célèbre, éditorialiste de haute volée, vice-consul de Patagonie à Ravenne, pourquoi il avait souhaité devenir sujet de Sa majesté, je l'entendis me répondre, avec son laconisme coutumier : « parce qu'il y a plus de Patagons qu'on ne croit...» Tout était dit. Rien à ajouter.
Dont acte.
Note (1): Dans les années 80, de sérieuses tensions surgirent entre l'EMAT et la chancellerie, quand toute une promo de Saint-Cyr demanda sa naturalisation et qu'un régiment de blindés défila le 14 juillet en arborant les couleurs patagones. C'était l'époque du malaise. Note (2): Le roi défunt de Patagonie est aussi souverain de Patagonie Septentrionale qui rassemble les possessions des Minquiers, la Nouvelle Dawson de la baie de Rance, les îles Saint-Marcouf, le château de Monteloro en Toscane, la baie d'Armijon à Puerto Eden (Patagonie de la Pluie), Le Mazel en Cévennes, les forts militaires de l'Aussoie en Savoie, un fortin d'Afghanistan, le cratère du Fego au Cap-Vert, la pointe de l'île Espagnola aux Galapagos, le Karakol Peak du Kirghizistan, et "Le Jeu du Roi" continue.
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Le Roi des rois - c'est le titre qu'il a demandé en tant que président en exercice de l'Union Africaine - n'en finit plus de traîner la péninsule en remorque de ses caprices, et dans l'esprit militaire de sa colonellitude il s'est réglé sur le méridien de Greenwich (+2h), juste pour les emmerder. Le Cavaliere sûr de son agenda diplomatique n'en a cure et montre aux présidents impatients de la Repubblica que l'heure n'est pas à la pendule mais aux affaires. Aiguillonné par la Lega Nord pour une Pandania sans nègres, il a convaincu le Lion de Tripolitaine de ne plus lancer ses bateaux sur la mer à l'assaut de Lampedusa et de laisser les migrants se noyer dans les eaux internationales pour calmer la colère de Neptune, ainsi qu'en ont fait la démonstration réussie les Australiens en coulant l'émigration indonésienne dans le détroit de Torrès.
Nul doute qu'on trouvera ici de bonnes âmes pour convenir qu'il faut ce qu'il faut, le danger étant incommensurable, de laisser se vider toute l'Afrique en Europe. Ce ne sont pas les bédouins qui les pleureront. Alors qui ?
Mais Berlusconi n'a jamais les deux pieds dans le même escarpin. Cette posture défensive qui fait aussi la nique aux commissaires européens, cache une offensive économique vers les anciens territoires impériaux qu'il a décidé de réinvestir, la plus belle Italie du monde ne pouvant donner que ce qu'elle a, c'est-à-dire plus rien ! L'idée n'est pas neuve d'ouvrir les usines à bas coûts salariaux sur la rive sud de Mare Nostrum plutôt que d'importer des clandestins pas chers dans les usines péninsulaires. Rien que la création des infrastructures d'exploitation du pays et la construction de logements de masse (il en connaît un rayon le Silvio dans la promotion immobilière) vont ouvrir de multiples chantiers italiens, renforçant par là une présence aussi discrète que significative. L'Italie est redevenue le premier partenaire de la Libye. Elle en importe le quart de son pétrole et le tiers de son gaz, et 52 entreprises de taille nationale y sont implantées. Derrière le carnaval à destination du peuple inventeur des cirques, il y a des millards de dollars en jeu, agrégés à la colonne vertébrale que représente l'autostrada internationale reliant Ras Jedir, située sur la frontière tunisienne, à Sallum sur sa frontière égyptienne. Et le projet bénéficie d'un "starter" de 5 milliards à titre de dédommagements coloniaux dans le cadre du traité d'amitié de 2008.
Ex-aequo avec le nôtre, le Cavaliere est le plus agaçant de tous les chef d'Etat européens, mais on ne peut lui retirer le sens de l'initiative, une créativité diplomatique recentrée sur les avantages italiens - de la Géorgie il s'en fout ! - et peu de timidité dans les corrections qu'il inflige régulièrement aux autorités bruxelloises. C'est bien pour cela qu'il a ramassé 35% aux Européennes malgré le scandale médiatique de la Boticellienne du noemigate qui ne l'a pas atteint. En Italie comme presque partout ailleurs, les électeurs se méfiant des détracteurs le plus souvent planqués dans des fromages publics, ont privilégié les mains aux manettes. Kadhafi aussi qui sait le prix du volontarisme !
Au fait le saviez-vous ? La Libye avait un président de la République, certainement taxidermisé !
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Excellent article sur la Tunisie dans Time Magazine de cette semaine. Le pays démuni de tout sauf de courage a émergé jusqu'à devenir un petit dragon arabe sur le modèle asiatique. Il ne dispute cette reconnaissance qu'à l'émirat du Qatar, tout le reste du Croissant restant dans la médiocrité !
Une preuve édifiante de ce succès est le retour au pays des jeunes élites tunisiennes parties se former aux Etats-Unis ou en Europe occidentale. Que demande le peuple ?
...
Rien pour le moment, dès lors qu'il a la paix civile dans une région où c'est un luxe, et partage la prospérité générale, à défaut, y croit pour ses enfants. C'est sans compter sur les hérauts autoproclamés du peuple qui lui disent que ça ne va pas, que ses droits civiques sont bafoués, que la religion est sous surveillance, que la police est partout ! Et la journaliste américaine, Vivienne Walt, de nous dévoiler au milieu de l'article la face obscure de la Tunisie : il y manque la Démocratie ! C'est donc là le drame, le vrai motif de l'article aussi. Je vais en faire autant, en avançant que c'est une bénédiction.
Il semblait aux esprits simples, depuis les expériences mésopotamiennes de l'Administration Bush, que la démocratie va aux Arabes comme à la poule sert le couteau. La démocratie est un luxe de nantis, et si on joue réellement le jeu, le véhicule du désordre ; et dans la sous-région qui pis est, la porte ouverte aux égorgeurs du Groupe salafiste pour la Prédication et le Combat d'obédience al-qaïdiste. Qu'importe, le principe démocratique serait sauf ! Ce n'est pas bien de douter des bienfaits de la démocratie.
Heureusement que le grand capital cosmopolite n'a cure de ces foutaises idéologiques et continue d'investir massivement dans ce joli pays peuplé de gens travailleurs, aimables et doux. Qu'ils en profitent pour se renforcer, rêver à Carthage et s'établir durablement avant que le grand capital ne change de mode, car son puissant voisin de l'ouest n'est pas sûr et pourrait lui communiquer sa peste. L'émergence de la Tunisie partie de presque rien, exemplifie en creux le désastre algérien d'un pays qui lui, avait tout. Et ce genre de provocation n'est jamais gratuit. C'est pourquoi l'autocrate tunisien se méfie du billard arabe à trois bandes qui marchande les apaisements avec le diable, et veille à ce qu'on n'importe chez lui la guerre civile algérienne, ou les étoiles pastorales libyennes.
Mais la démocratie peut-être aussi un label qui, sans valeur pour les donneurs d'ordres, sert néanmoins les intérêts du marketing. Elle devient par exemple le slogan porteur du commerce équitable. Rendez-vous compte de la différence entre un produit démocratique manufacturé par un peuple qui manifeste, et un produit dictatorial fait par un peuple qui défile. Sauf bien sûr s'il s'agit d'une dictature de gauche qui d'ailleurs ne porte jamais ce nom. Aussi Ben Ali est-il un despote éclairé qui a pris la sage précaution d'être élu, même avec des scores plus que chiraquiens. Et ils sont nombreux à avoir compris la leçon et à se "foutre du monde" dans la joie : Benazir Bhutto va par le biais d'élections renouer le fil dynastique que le général Musharraf avait distendu mais pas coupé. Rahul Gandhi prend le poste de secrétaire général du parti indien du Congrès qui est la dernière marche avant celui de premier ministre. Sa mère Sonia n'avait-elle pas mené ce parti à la victoire des législatives de 2004 ? Aung San Suu Kyi doit son aura d'abord à son général de père, fondateur de la Birmanie indépendante, et elle sera plébiscitée avant le déclenchement de la guerre civile qu'elle mènera sans doute durement, connaissant son caractère trempé. Et horresco referens la moitié des parlementaires philippins souhaiterait mettre une famille régnante à la tête de l'Etat, comme en Thaïlande ! Où va t-on si maintenant les pères fondateurs de la république américaine font l'objet de crises de rigolade ?
A quoi cela sert-il de promouvoir urbi (à l'ONU) et au monde les déclarations des droits de l'homme et du citoyen, si au final il s'en tape, ne s'intéresse qu'à la paix des villes et des champs, à l'éducation de ses gosses, à mettre un peu d'argent à la banque ? S'est-on posé la question de savoir si le citoyen veut l'être ? Des agitateurs, "contre-révolutionnaires" sans doute, mettent le ver dans la pastèque cérébrale en démontant la manipulation des puissants ou des riches sous les yeux incrédules des électeurs, en leur suggérant de laisser la stratégie entre les mains de professionnels honnêtes débranchés de la machine à fric. Hurlements des idéologues de l'égalitarisme pour qui c'est de la pornographie.
Or les familles dynastiques de qualité peuvent jouer ce rôle désintéressé. Et les peuples ne s'y trompent pas qui naturellement privilégient aux affaires publiques les familles qu'ils connaissent. Comme le dit Kurlantzick dans son bref essai qui clos la livraison de Time, "l'Asie est dominée par des dynasties politiques qui retardent son développement démocratique". Il montre que tous les pays asiatiques, même la Chine (mazette !) sont entre les mains d'héritiers. Et ça doit le rendre positivement malade de constater que le seul pays dans une pagaille géante mais réellement démocratique (l'Inde) est aussi le plus arriéré ! Soutiendra-t-on longtemps encore que le paysan d'Uttar Pradesh doit savoir juger le modèle économique du pays ou le destin probable du Cachemire ? Bien des peuples d'Asie ont renoncé à se prononcer sur des questions qui les dépassent et ne les intéressent pas. Le peuple du Bhoutan freine des quatre fers la "démocratisation" voulue par le roi. Ils ont peur simplement de se tromper plus tard sur des sujets graves, ou de se faire avaler tout crus par l'Union indienne sur un référendum d'anschluss. C'est cela l'escroquerie démocratique : donnez votre avis sur la Turquie ou le Darfour, mais les horaires de bus de votre ville ne sont pas discutables. Le problème fondamental de la démocratie est la suffisance : on ne consulte que très rarement sur les préoccupations quotidiennes ou les moeurs. Cette sphère est préréglée par les valeurs obligatoires gravées aux frontons de l'Etat, autant dire hors de portée de toute contestation des gens ordinaires.
D'aucuns veulent même amuser le couillon avec le traité européen simplifié de 256 pages. Ceux qui exigent du peuple qu'il se prononce sur un sujet de cette importance, participent à l'escroquerie démocratique, et ils ne peuvent se réclamer ailleurs de la monarchie, par exemple, sans qu'on ne les traite de manipulateurs, voire d'escrocs. Les mêmes seraient-ils capables de venir dans cinq ou six ans à l'occasion de graves problèmes créés par le refus du traité, nous expliquer que le peuple n'a pas d'avis, seulement des émotions, et qu'il faudrait un roi en ses conseils pour traiter de ces questions graves ? Ceux-là mêmes qui ont brandi un plan B la dernière fois, après qu'ils aient gagné, n'ont su montrer à quiconque ce qu'ils avaient écrit dans ce fameux plan B. Ils n'avaient rien, comme le prestidigitateur qui avance paumes ouvertes et vides !
De quel droit s'est-on emparé de la bulle de chacun pour y injecter une responsabilité politique individuelle ?
De quel droit a-t-on inventé le devoir électoral et la stigmatisation de l'abstention ?
De quel droit s'est-on emparé des droits naturels ?
Les peuples pratiques font de mauvais citoyens.
Les Jaunes sont des gens pratiques.
Les Tunisiens les imitent.
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S'est ouvert aujourd'hui par une parade navale le mois de célébration du quatrevingtième anniversaire de Sa Majesté Rama IX à Bangkok. Cinquante-deux bateaux d'apparat ont défilé sur le Chao Phraya. Le prince héritier arborait sa marque sur le plus grand d'entre eux, Le Cygne doré, taillé dans une même bille de teck de 50 mètres de long. Deux mille marins de la Marine Royale ont propulsé ces magnifiques vaisseaux pour le plus grand plaisir de dizaines de milliers de Thaïs massés sur les quais du fleuve. Tous ceux qui le pouvaient se sont vêtus de jaune, couleur du roi qui est né un lundi, le 5 décembre 1927. Quelques photos et gravures en disent plus long qu'un discours vantant les mérites politiques de l'affect en monarchie : ...
Rama IX dont on fête les soixante ans de règne est un souverain constitutionnel qui ne gouverne pas. Neuvième roi de la dynastie des Chakri qui règne en Thaïlande depuis l'époque de Louis XVI, ce vieux roi (il a 75 ans maintenant), impeccablement droit, fier, attentionné et digne, est pour son peuple déjà un des grands de la mythologie thaïe. Son autorité morale servie par une vie exemplaire, a été mise à contribution dans ce royaume de la diversité, comme un liant entre des antagonismes ethniques et économiques puissants. Si le régime parlementaire institué en 1932 peut en principe ignorer tel sourire, recommandation ou remontrance du roi, il doit compter avec l'opinion attentive des peuples du Siam qui, elle, est influencée par les silences et les gestes du monarque qu'elle admire. Ce qui le convoque de facto à l'arbitrage.
Dans notre république froide et raisonnée, on néglige trop souvent l'influence des familles royales dans les pays qui nous entourent, organisés en monarchies people. C'est nous qui les qualifions ainsi.
Outre le facteur de cohésion nationale, ces familles servent de repères et de modèles quand les temps l'exigent. Le roi de Siam est dans ce rôle. Volontairement ou pas (il ne me l'a pas dit), il instrumentalise l'amour de ses sujets.
Le roi du Bhoutan qui veut se défaire de tous ses attributs gouvernementaux se trouvera, s'il y parvient, dans la même position d'arbitre en dernier appel que le roi de Siam ; ce qui lui rendra l'influence qu'il aura précédemment abandonnée.
Chez nous, revenons en Europe, la reine d'Angleterre se réunit avec le Premier ministre une fois par semaine - contrainte hebdomadaire qui irritait Margaret Thatcher car elle y endurait les remontrances du centre-gauche et d'un certain tiersmondisme qu'elle jugeait exécrable ! Le roi des Belges est intervenu efficacement contre le désordre des institutions dans les affaires de moeurs. Dans les vieilles monarchies nordiques (Pays-Bas y compris) l'attitude de la famille royale en temps de guerre a été d'un grand secours moral aux affligés, et son exil éventuel un phare de l'espoir. Au Danemark, le courage et la fermeté du roi qui resta au pays et porta l'étoile jaune, le transformèrent en héros. Par contre les complaisances teutoniques du père d'Albert II de Belgique furent mal acceptées, ce qui prouve en creux son influence.
Plus récemment en Espagne, c'est bien la conjonction d'une attitude plutôt raide du monarque et l'agenda événementiel de la famille royale, qui a "décalé" les fermentations fascisantes en les ringardisant. Le franquisme a été coulé par Hola plus que par ABC. Par contre on aurait pu attendre de la reine Sophie le mot de trop, qu'on lui aurait aussitôt pardonné, sur les lois décadentes du gouvernement Zapatero, ce qui aurait évité à l'Eglise de monter en ligne avec tant de véhémence. En revanche l'implication (toujours indirecte) du roi dans le paysage basque est positive. Il est aussi leur roi, puisque titré "Roi de toutes les Espagnes". Dès qu'ils en seront vraiment convaincus les Basques se calmeront.
Les doctrinaires français qui poussent en avant encore aujourd'hui la monarchie absolue ou déroulent dans leur argumentaire l'antiparlementarisme, jouent en fait contre le roi, le roi possible.
Le spectacle de l'Etat mis à l'encan des partis politiques abaisse la fonction et ridiculise le mode d'y pourvoir. Il sera bientôt l'heure de proposer à l'Opinion de substituer au président quinquennal actuel dont l'élection provoque un tumulte dévalorisant pour l'autorité de chef d'état, une sorte de secrétaire perpétuel de la Nation qui ne s'userait pas dans la politique du quotidien, mais représenterait plus dignement le pays urbi et orbi, et serait son point fixe par rapport auquel les communautés diverses se parleraient.
Il suffirait peut-être de diffuser ces idées de règne sans gouvernement pour voir croître la faisabilité du "royalisme" dans les esprits. Il y a de bons arguments dans tous les chapitres, le premier n'étant pas l'économie budgétaire conséquente que l'on obtiendrait, mais quand même !
La fonction suprême étant dès lors pérennisée hors des joutes politiques, on pourrait considérer que les choix de gouvernement soient appuyés sur l'ensemble des intérêts particuliers qui seraient représentés proportionnellement à leur force dans le pays, et légitimés par la grille d'analyse du Bien commun auquel ils devraient concourir.
C'est toute la philosophie politique de ce vieux pays républicain qui pourrait être modifiée car serait venu le temps de la pédagogie des gouvernements d'union et celui de l'abandon des affrontements idéologiques de bloc à bloc. La Nation parviendrait, deux siècles après sa naissance, à maturité ! Bien des peuples autour de nous y sont parvenus. Pourquoi notre "génie national" nous en excluerait-il ?
Il serait toujours temps ensuite de juger de la pertinence d'une meilleure implication du roi dans les affaires de l'Etat. Son tempérament dicterait le sens de l'évolution de la fonction jusqu'à ce qu'on parvienne à stabiliser la monarchie revenue. Quelque soit le point atteint, la situation serait meilleure qu'aujourd'hui.
Le combat doctrinal actuel de certaines chapelles serait-il vain parce qu'articulé seulement dans la sphère philosophique avec au final peu d'impact sur le sentiment du Commun ? Or ce qui prime pour instaurer la monarchie, c'est bien l'affectivité du peuple. Cet affect que le roi de Thaïlande sait instrumentaliser avec bonheur.