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samedi 9 mars 2024

Dunes

#2246 - J'ai revu Dune 1 de Denis Villeneuve hier soir. Les cinéphiles sont impatients de voir son Dune 2, on comprend pourquoi : c'est irraccontable. Le mieux bien sûr est d'avoir lu les six bouquins du cycle de Frank Herbert (et pas un de plus, m'a dit un jour Juan Asensio, et aucune adaptation cinématographique avant celle de Villeneuve). Sans difficultés sinon, ça prend aux tripes ! Mais si une analyse approfondie de la guerre cosmogonique vous est nécessaire, ne cherchez pas ailleurs que la recension polémologique du colonel Goya titrée L'Art de la Guerre dans Dune. Travail sur-humain. Normal, c'est Dune et Goya.

Zendaya dans le rôle de Chani

S'il fallait sigler cette oeuvre d'un mot, je choisirais "adaptation". L'adaptation des Fremen aux yeux bleus. L'univers de Dune est à l'inverse du nôtre bien qu'il ne soit pas une prémonition de l'auteur sur une dégradation irrémédiable de notre environnement puisqu'il a écrit la série de 1965 à 1985. Mais aujourd'hui nous y sommes. Le seuil communément admis de 2°C d'augmentation de la température moyenne du globe est celui des capacités d'adaptation de la civilisation humaine. Voir au-delà, c'est carrément de la science-fiction, mais il est fort probable que les désordres des nations vont accélérer l'étude puisque l'affrontement annoncé des empires reconstitués va obérer la nécessaire régulation des gaz à effet de serre, repoussant d'autant la possibilité de stabiliser cette température moyenne. On peut faire un détour par le site Ecotoxicologie.fr pour caler ses propres idées sur ces phénomènes. La présentation didactique est tout à fait absorbable, avec beaucoup de liens pour qui veut approfondir ou se rassurer par la connaissance des fléaux (clic). Il y est dit qu'au-delà du chiffre magique, l'apocalypse n'est plus si loin : « Dans un monde compris entre 3°C et 4°C de réchauffement, le niveau de la mer pourrait s’élever de plus d’un mètre en 2100, sous l’effet de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique. Un tel scénario aurait des conséquences majeures pour les régions côtières, notamment dans les mégalopoles d’Asie, en Afrique et dans le Pacifique Ouest. Un monde où, si le réchauffement atteint 4,5°C, près de la moitié des espèces présentes sur la terre pourraient disparaître, en particulier la flore. Un monde où la température pourrait grimper jusqu’à 55°C à l’ombre en France dès 2070 et où les vagues de chaleur mortelles pouvant atteindre 80°C pourraient rendre de vastes territoires inhabitables en Chine, au Brésil, au Nigeria ou dans les pays du Golfe persique d’ici la fin du siècle. Un monde dans lequel le dégel massif du permafrost pourrait faire resurgir certains virus disparus ou inconnus et être à l’origine de pandémies comparables au COVID19. »

Feux gigantesques et pluies diluviennes sont le quotidien des chaînes d'actualités qui n'ont plus besoin de faire la propagande du GIEC. Le plus obtus des hommes voit les catastrophes sur l'écran bleu et les attend pour demain à sa fenêtre. L'ambiance cataclysmique économise la sueur des lanceurs d'alerte ; d'une certaine façon, ils ont gagné et ont perdu à la fois : sauf dans les recoins obscurs de quelques sites de "réinformation", le réchauffement climatique est d'acception générale dangereux, mortellement dangereux ; mais l'anarchie de la force partout victorieuse du droit va annuler les moyens de lutter pour le contenir sous la limite gérable.

A voir les satrapes fascinés par leur propre puissance qui gouvernent des espaces aussi menacés que la Russie, l'Asie steppique, la Chine, voire les Etats-Unis demain, on peut craindre que les objectifs de lutte contre le dérèglement climatique fassent partout l'objet d'arbitrages au profit de la guerre immédiate plutôt qu'à celui de la "lutte finale" qu'on engagera bien assez tôt. Il est sage de parier sur un dépassement de seuil et de se préparer à survivre dans un environnement inconnu de mémoire d'homme, même si on vous rabâche que la terre a vu bien pire dans un passé lointain. Aucun témoin de ces périodes terribles n'a pu transmettre son vécu jusqu'à nous.
Il n'est pas plus intelligent de dire que l'implication des activités humaines n'est pas sûre dans le dérèglement climatique parce que cette assertion ne vous sera d'aucune utilité tant l'inéluctabilité de cette apocalypse semble forte ! Quelles que soient les causes du phénomène, elles comptent bien moins que leurs effets, dont la course effrénée aux territoires mieux tempérés sera le pire !

Alors pour bien commencer votre méditation sur l'état du monde que vous laisserez à Michel Drucker, vous devez aller voir l'opus second de Denis Villeneuve. La bande-annonce Dune 2 de la Warner est par ici. Quand la terre aura fini le cycle de son réchauffement, elle présentera l'immobilité perfide de la planète Arrakis et c'en sera fini de nous. Sortiront de terre les mutants.


(Cycle d'Arrakeen 2024)

Epilogue

Dans son rapport sur l'année 2023 Le Programme Copernicus (ASE+EUMETSAT+) indique qu'elle est la plus chaude jamais enregistrée et probablement dépasse toutes celles de n'importe quelle période depuis cent mille ans.
Marie-Adélaïde Scigacz présente ce rapport scientifique de manière à le rendre accessible au plus grand nombre avec cartes et abaques sans tomber dans le pathos habituel des clubs écologiques végétariens.
Le mieux est d'en prendre connaissance en cliquant ici et de savoir qu'après la glace, la pierre, le bronze, le fer, le silicium, nous allons entrer dans l'âge du four. Je redescends derechef au garage pour finir la construction de ma navette spatiale sur le modèle déposé de La Soupe aux Choux.

lundi 15 novembre 2021

A quelque chose malheur est bon !

grande vague

Peu importe que la science soit fausse ou sollicitée dans l'affaire du dérèglement climatique si, à l'annonce du grand crématorium où l'on passera les gens comme du bois, il y a des avantages écologiques collatéraux ! Il faut faire peur, il n'y a que ça d'efficace à mouvoir l'espèce humaine et les personnels politiques qu'elle a choisis pour décider à sa place. Les faits scientifiques ne sont pas ouverts au débat parce qu’ils sont fondés sur la physique et non sur un quelconque consensus ; mais de cela trop nombreux encore sont ceux qui ne veulent rien savoir. La crise d'inadaptation de l'espèce humaine à la mutation climatique n'appelle pas au happening en voirie à calicots et bannières, mais au redimensionnement de notre destin d'homme sur une planète finie que nous surexploitons.
Quelle qu'en soit la cause, le changement climatique indéniable et désormais redouté nous offre la chance de nettoyer cette planète et de produire propre pendant le temps qu'il nous reste avant l'Armaggedon. C'est un résultat déjà inestimable, à voir la porcherie généralisée que nous laissons pour l'instant aux générations montantes ! Pour ce faire, chacun doit y mettre du sien dès maintenant, sans attendre l'édiction d'obligations compliquées que les bureaucraties mettront des mois, des années à écrire.

Commençons par revoir notre mode de consommation en préférant les productions locales en tous domaines afin d'abolir l'empreinte carbone d'approvisionnements lointains ; une façon intelligente aussi de lutter contre la mondialisation entropique qui nivelle tout. Profitons-en pour participer à la gestion des ressources en tout genre en privilégiant une certaine frugalité, tant dans la nourriture que dans les achats de confort, en associant les exercices physiques que jusqu'ici nous avions différé à meilleur entrain.

Est-il possible à notre niveau de gérer la démographie qui est un des trois ou quatre grands défis sur la voie de la sixième extinction ? Sans entamer la liberté individuelle ? Parfaitement, en promouvant la limitation des subsides natalistes aux besoins démographiques du pays. Des allocations familiales limitées à deux ou trois enfants par foyer (selon les calculs de renouvellement) seraient un bon début mais en prenant en compte le premier né, ce qui ne serait que justice. La gestion démographique de continents excédentaires comme l'Afrique nous dépasse, mais elle va se poser avec acuité très rapidement quoiqu'en pensent les ligues morales et les églises. Doit-on réfléchir à un protocole malthusien associant l'aide au développement aux résultats démographiques du pays aidé ?

Dans le programme de réduction de l'effet de serre, les transports et la voiture surtout occupent une place de choix sur les écrans. Gérer l'automobile qui est, comme l'indique son nom, un gage de liberté individuelle auquel nous tenons tous, demande du doigté et une certaine simplicité si l'on attend des résultats positifs. Une proposition qui en vaut d'autre et n'en remplace aucune, serait de favoriser l'échange de voiture d'une catégorie Crit'Air donnée contre un modèle de catégorie meilleure*.

Il est aussi des réflexes individuels dictés par le bons sens qui n'interdisent pas aux édiles d'en faire autant. Un exemple : les décharges sauvages qui peuvent transformer des friches en lac de déchets comme on en voit en région parisienne. Ces décharges qu'utilisent les artisans déclarés ou non et les particuliers bricoleurs devraient être surveillées au point d'accès par n'importe quel moyen. Amende au contrevenant ? Que nenni ! Le flagrant délit devrait ouvrir automatiquement une procédure immédiate de réparation en nature débouchant sur une contravention du montant du préjudice subi par la commune (voir la note**).

tasse de thé
Pause !


Sinon, qu'a décidé la COP26 de Glasgow ? Le Pacte climatique qu'ont signé cette nuit deux cents nations est un "deal" au sens plein, un compromis entre les pays émergents addicts au charbon malgré eux comme l'Union indienne, et les pays développés qui n'en ont plus besoin ou presque, sauf impéritie crasse, comme l'a montrée l'Allemagne écologiste. Les nations balnéaires, pieds dans l'eau, vue imprenable sur l'horizon tsunamythique se sont émues de voir trois jours passer à bouger adverbes et attributs d'un bout à l'autre de chaque phrase, se sachant déjà condamnées.

Le "deal" ne vaudra que si les exécutifs nationaux l'accomplissent, mais le monde sera, bien avant la crue générale, submergé de promesses non tenues comme aiment les brandir les politiciens de tous bords devant les caméras. Après l'accord bilatéral de collaboration sino-américain, c'est le chef de la délégation chinoise qui a été le plus sincère en ne sacralisant pas l'objectif de réchauffement de 1,5°C : le plus grand succès du sommet de Glasgow est d'avoir finalisé le Réglement, dit-il. « Nous avons maintenant de quoi le mettre en oeuvre et de l'appliquer dans le sens du consensus obtenu ». Il est réaliste et prend acte. Ceci dit, ceci fait, même en l'absence de Xi Jinping, le tandem US-PRC que l'on n'attendait pas, s'est saisi de l'affaire. Est-ce l'effet Al-Gore ou l'effet John Kerry ? Poutine, ni présent ni cité, est un des grands perdants du sommet. Captif désormais de sa stratégie hybride en Biélorussie, il ne le sait même pas. Comme quoi, le KGB ne mène pas à tout !
Deux blessés graves à cette manifestation : Boris Jonhson qui est passé pour le clown que personne n'applaudit ; Scott Morisson, pour un menteur avéré !

La parole est aux peuples, maintenant. Sont-ils rassérénés ? Pas du tout. La crise démocratique avance derrière la crise climatique. Greta Thunberg l'a dit et il serait malavisé d'en rire vu son pouvoir de nuisance sur les conforts établis.


Sachant que les seuils de réchauffement de notre planète en surface de 1,5 et 2,0°C sont dorénavant franchissables à terme, il ne nous reste plus que l'Adaptation à creuser ! Sujet tabou s'il en est dans la religion écologique. Adapter nos comportements aux dérèglements, préparer l'environnement de notre survie, avec méthode, sans hystérie, voilà ce que nous aborderons dans un prochain article en forme de vademecum survivaliste à la sauce militaire. L'autre sujet est la mise en mouvement de l'humanité menacée. A plus !


Notes :

* Tableau officiel des catégories Crit'Air en cliquant ici
** Le contrevenant constaté par tout agent devrait être ramené à la décharge sauvage, obligé à recharger son véhicule au maximum de la capacité d'emport, conduit à une décharge contrôlée à la bascule, et le droit de dépôt exigé à la sortie serait augmenté d'autant au titre de la contravention. L'incapacité à payer conduirait à la mise en fourrière du véhicule. C'est tout. Pas de temps perdu dans les procédures du tribunal de police. Un travail de garde-champêtre armé d'un calibre 12.

mardi 9 mars 2021

Liquéfaction de la démocratie

Avertissement: Le régime dont il est question ici, est la démocratie d'étage national. Nous ne traitons pas des républiques communales que nous appelons de nos vœux. Vu le confinement volontaire, ce billet est atrocement long, mais le rédacteur a multiplié les intertitres permettant de faire des sauts. Bonne lecture.


« La démocratie est le pire des régimes, à l'exclusion de tous les autres » disait Winston Churchill, battu aux élections après qu'il eut gagné la guerre. Il signifiait par là que si les principes démocratiques sont inexpugnables de l'esprit moderne (et Slate nous donne son discours aux Communes du 11 novembre 1947), c'est leur mise en application dans le jeu partisan qui ruine le concept. Si chez nous, la Quatrième République est allée jusqu'au bout du projet pour finalement en mourir, la Cinquième a reconstruit un régime viable en trafiquant les scrutins au motif sacré de majorité. Expliquer à un étranger notre mode de scrutin législatif ou communal est une sacré partie de rires, qui se termine toujours par la même question : « et vous avez accepté ça ? ». Ainsi pour éviter le chahut à la Chambre basse, on accepte le chahut en ville puisqu'une fraction importante de l'électorat n'est pas représentée dans l'enceinte souveraine (ou qui le devrait). On reparle aujourd'hui de scrutin proportionnel pour faire entrer les abstentionistes au parlement dans une logique de négociation entre partis politiques, une promesse de campagne de Macron à Bayrou, et comme à chaque fois, tous les prétextes seront bons pour protéger la carrière des "sortants" du bolchevisme (60 députés LFi) et du fachisme (80 députés RN) ! Quant à réduire le nombre de sièges, n'y pensez même pas, c'était pour amuser les croyants. Jusqu'ici le pays s'est accommodé de sa démocratie latine, plus discrètement corrompue que ses soeurs méridionales, mais bien pourrie quand même, sauf que les défis qui montent à l'horizon du monde vont évacuer ce régime politique pour la bonne raison qu'il est incapable de les affronter. Ce n'est pas moi qui le dit, mais des gens hors-champ comme Jean-Marc Jancovici, qui dénonce le ressort essentiellement courtermiste du modèle et par là sa totale inadaptation. Darwinisme ? A voir l'évolution de toutes les démocraties de la planète qui dérivent vers l'illibéralisme, on peut se demander si un processus d'extinction du modèle westminstérien n'est pas enclanché.

Il est intéressant de l'entendre répondre à Natacha Polony, dans un entretien récent, qu'il sèche sur le régime idéal tout autant qu'il ne perdra pas de temps à l'imaginer, mais que par contre, c'est le chemin des améliorations du modèle en cour qui l'intéresse, si les enjeux sont établis et acceptés. Dit en passant, il ne fait aucune confiance à la classe politique aux affaires, composée d'ignorants. L'exercice de style aujourd'hui est de débroussailler ce chemin, sans chercher une queue de trajectoire plus qu'une autre. Commençons par les défis identifiés. Ils sont au nombre de deux, qui en déclenchent bien d'autres chacun ; le dérèglement climatique et la mondialisation des empires. Il est évident que les deux défis ne peuvent être affrontés que dans une perspective de temps long. La démocratie et son avatar obligé, la démagogie, sont antinomiques du temps long, induisent le populisme, nouvel opium du peuple qui le détourne des dangers grossissants. Commençons par le plus facile.

La mondialisation impériale

Quand le GATT* a été transformé en Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995, les empires existants (USA) et en reconstruction (Fédération russe, Chine populaire) étaient d'abord des territoires promis au libre-échange dont le développement était assuré par l'accès au marché mondial. L'Europe occidentale n'était alors qu'un Marché commun réglé entre douze Etats par le traité de Maastricht, renforcés de l'Autriche, de la Finlande et de la Suède. Mais à l'avènement d'autocrates au chauvinisme exacerbé à Moscou et à Pékin, les empires en développement sont devenus des rivaux systémiques pour la seule raison que notre modèle libertaire menace leurs dirigeants. Ce cabrage pose de sérieux problèmes non seulement à l'Occident mais à tout ce qui n'est pas eux ! Le tableau sera pendu au mur de nos soucis aussi longtemps que vivront les deux hêgemôns, Poutine et Xi.
* General Agreement on Tariffs & Trade


Contrairement à une perception répandue dans les états-majors atlantiques, la Russie de Poutine n'est pas une menace métallique directe. Il est plus que probable que la clique du Kremlin ne s'aventurera pas au-delà du glacis impérial historique de la Russie ; mais qu'elle prendra tout prétexte, absolument tous, pour désorganiser l'Occident jusqu'au plus complet désordre. Plus que les missiles ou les chars, ce sont les armes cybernétiques qui sont utilisées et parfois les procédés classiques du KGB jamais mort, qui tue par le poison, l'accident sur la voie publique, la chute du balcon etc. L'Allemagne contemple effarée le renforcement spectaculaire des effectifs de la chaîne Russia-Today Deutschland à l'approche des élections de l'automne 2021. Géographiquement, le Kremlin est contenu à l'ouest par l'hostilité grandissante des nations contiguës - je parle des peuples - qui font écho au tapage que le peuple russe maintient depuis un moment déjà, surtout depuis le retour et l'emprisonnement de Navalny. A l'est, c'est bloqué, l'empire chinois peut se retourner contre la Russie à tout moment s'il a besoin des ressources sibériennes, comme il le fait en Mongolie extérieure. Et la revendication historique sur la rive droite de l'Amour n'est pas éteinte.
Poutine, incapable de développer la Russie à partir des atouts considérables qu'elle possède, est un tacticien qui fonctionne au culot sur un logiciel de force, mais pas un stratège ! La menace russe cessera avec lui, comme la résistance russe à la pression chinoise d'ailleurs. En attendant nous devons agir sur le seul levier actif, la force, et donc accroître nos moyens militaires dans le but de les montrer plus que de s'en servir. Pour la France, cela demande que les programmes d'équipement soient respectés par les lois budgétaires de mobilisation des tranches, ce qui n'est jamais arrivé puisque clientélisme et courtermisme sont les deux mamelles de la démocratie française. Sortir le budget de la Défense de la sphère publique pour l'insérer dans un domaine régalien détaché ? C'est juste une piste.

S-400 russes
Il n'en va pas de même du dictateur chinois. Le coup d'Etat permanent, c'est au niveau du bureau politique de Zhongnanhaï. L'alternance, qui prévalait jusqu'ici et permettait des corrections de trajectoire exigées soit par la situation intérieure, soit par les réactions étrangères (surtout économiques) est abolie au profit d'une marche en avant que rien n'arrêtera et qui doit atteindre tout l'espace sinisé de l'ancien Empire du Milieu en 2048, pour le centenaire de la République populaire de Chine. La menace n'est pas virtuelle. Si la Russie n'a pas de routes de la soie, si elle ne fabrique pas de composants indispensables à l'industrie mondiale, si elle ne maîtrise pas les process complexes sauf ceux qu'elle emploie dans son propre réarmement, la Chine populaire dispose en revanche d'une force de frappe économique qu'elle utilise dans sa diplomatie à la moindre contradiction. L'Australie (charbon...) et Taïwan (ananas...) en font les frais aujourd'hui, mais ce ne sont que des avertissements à l'attention de voisins récalcitrants demain. Elle a montré qu'elle était capable de suborner une majorité de pays islamiques pour la soutenir dans sa gestion des irrédentistes ouighours.
A côté de la machine économique, elle fait tourner une véritable machine de guerre ouverte dont elle menace n'importe qui, à commencer par Taïwan qui ne lui a rien fait (au contraire même, vu les investissements massifs de l'île dur le continent) et surtout qui ne lui a jamais appartenu. Elle piétine au su de tous le peu de démocratie hongkongaise que les accords anglo-chinois de rétrocession avaient maintenu (pour cinquante ans) et attend les remontrances étrangères avec morgue. Elle promène l'escadre en mer de Chine pour narguer tous ses voisins qui (sauf le Cambodge de Hun Sen) la prennent pour un prédateur pervers narcissique. Aller taper dans des chalutiers indonésiens devant l'archipel des Natuna montre une volonté d'humilier gratuitement une thalassocratie majeure comme l'Indonésie, qu'elle est par ailleurs incapable de vaincre en l'état (prendre une carte).
Cette menace chinoise ne peut non plus être affrontée chez nous par des mesures ponctuelles, de circonstances, d'autant que la part communautaire des relations est grande et dominée par l'Allemagne. On a besoin de temps pour défaire une à une les ventouses de la pieuvre chinoise sur l'Europe, puisque une guerre est impossible. C'est exactement le contraire que fait la Commission germano-européenne qui signe les nouveaux accords de Munich afin de sauver les intérêts chinois de l'industrie allemande (sous-traitance eurorientale comprise), interêts qui sont primordiaux pour Berlin. Je ne vois aucun personnage de notre belle démocratie capable de mettre en œuvre une réplique intelligente à vingt ans de vue. Y penser, peut-être, le faire, non ! Notre démocratie nous mène à la soumission.

Le dérèglement climatique

L'autre défi, bien plus conséquent, est le dérèglement climatique. On pourrait faire le tour de la question en une seule phrase : l'inertie climatique (où les jours se comptent en lustres) convoque le temps long ! Les extravagances de la grande révolution industrielle ne seront digérées par la planète que dans mille ans. Mais nous devons agir aujourd'hui pour contrer les effets de notre impact dans un futur que ne verront pas ceux qui décident aujourd'hui. Connaissez-vous un politique capable de voter des mesures de restrictions sévères pour améliorer les conditions de l'espèce à l'échéance de deux cents ans ? Dans le panier actuel, ça n'existe pas. Entretemps, des calamités naturelles vont survenir, plus fréquemment disent les savants, comme le blizzard texan descendu de l'arctique, les grandes sécheresses ici, les déluges là, la fonte des glaciers polaires, et l'ouragan partout : Yasa, premier cyclone extrême de la saison 2020-21 avec des vents moyens de 260km/h et des rafales à 345km/h (trois cent quarante-cinq) le 17 décembre aux Fidji. Niran à 220km/h n'était pas mal non plus en Nouvelle Calédonie le 5 mars. La France qui a connu de beaux phénomènes en 1999 (Lothar) et en 2010 (Xynthia) va repasser à la caisse cette année, puisque nous avons essuyé quarante tempêtes majeures en quarante ans. Nous avons vu en Europe des villes éloignées de toute rivière, noyées carrément par une pluie de mousson. Les océans montent inexorablement, des îles étrecissent, des gens partent, les migrations climatiques sont en marche.

diagramme Meteo France, tempêtes majeures
Puisqu'il n'y a pas d'autre remède (s'il guérit encore !) que la diminution de l'empreinte humaine et mécanique sur la planète, sont convoquées au berceau des générations montantes les fées Carabosse de la décroissance dans une entropie générale appauvrissant les actifs en supprimant les avancées sociales, plans de carrière, avancement à l'ancienneté (la production diminuera plus vite que la population) et en faisant exploser tous les schémas Ponzi de pensions des inactifs. Tous les gens en souffriront sauf quelques happy few qui seront bientôt accrochés aux lanternes pour se passer les nerfs ! Ce n'est certainement pas sous un régime démocratique, même du modèle représentatif assagi, que quelque chose sera entrepris pour sauver le monde. Et ces défis climatiques sont autrement plus dangereux que la mondialisation impériale dont nous parlions plus haut. A la réserve près qu'un pouvoir d'autorité compris et approuvé semblera mieux à même de gérer par exemple la consommation générale, la production d'énergie et la démographie.

Quels seraient les chemins à prendre pour aboutir à un régime politique capable de gérer les crises futures ?

Si la démocratie n'est pas la solution, elle fait partie du schéma mental de tous les humains depuis qu'ils l'associent sans hésitation aux libertés individuelles, à tel point que liberté et démocratie sont synonymes. En foi de quoi, les apparences de la démocratie doivent être maintenues. Ce n'est pas un concept nouveau. Les parlements des nations européennes décident à la marge, les intentions et les mesures d'ensembles sont prises par les institutions européennes. Mais tant que le cirque parlementaire peut se produire, tout va bien. Continuons donc à élire des représentants que nous chargerons de régler des problèmes sociétaux, des soucis culturels et finalement les effets des décisions prisent sans leur consentement explicite. Afin que nul ne se sente laissé sur le bord du chemin, la proportionnelle intégrale (conscription départementale) sera instituée et les politiques passeront du temps à monter des coalitions de rencontre laissant les vrais décideurs suivre leur idée.

La revendication démocratique répondue, il s'agira de prendre le taureau par les cornes sur le reste : décroissance, défense, sûreté du territoire, relocalisations, contrôle des flux migratoires, écologie des territoires, productions agricoles, numérisation des process, communications, santé publique, recherche et développement... dans le seul but d'arrêter l'expansion de notre empreinte écologique avant de la réduire. Le plus simple serait d'extraire déjà de la dispute démocratique les fonctions indiscutablement régaliennes comme la sécurité, la sûreté intérieure, la justice haute et les affaires étrangères, afin d'avoir un continuum de l'Etat essentiel dans la tempête, sans lequel rien ne sera possible. La monnaie est un autre sujet qui ne peut se traiter (une autre fois) sans croiser le possible et le principe.

Ceci acquis, comment réduire l'empreinte ? Jean-Marc Jancovici donne sa langue au chat. A moins que la solution soit "indicible". Deux questions se bousculent déjà pour cadrer ce chapitre : les limites praticables de la zone d'effort d'une part, le processus permettant de stopper l'écart des conditions d'existence - la dérive des incontinents - pour enclencher l'entropie générale. Pour faire simple, à défaut d'être capable de faire compliqué, il s'agit pour la nation de sortir progressivement de la société de consommation. Vivre moins bien mais mieux tout en réduisant les inégalités ! Entrent en jeu l'écologie générale, le localisme, la sobriété énergétique et même une transition alimentaire vers des produits moins nocifs pour l'environnement. Il y a des tonnes d'études en ligne sur ces sujets.

Pareille politique suscitera immédiatement l'hostilité de trois groupes, les consommateurs compulsifs (nous le sommes tous un peu), les producteurs de biens (ouvriers compris), les publicistes (jusqu'aux GAFA). La pédagogie, l'appel à l'intelligence de chacun ne suffira pas. Quel que soit le chemin choisi vers un consensus, propagande, assises démocratiques, états-généraux (pourquoi pas ?), on n'évitera pas la contrainte. Il faudra dès lors inventer un régime capable de la gérer sans détruire la nation. Même si l'empirisme organisateur est un logiciel puissant, l'évolution du monde dans les cinquante dernières années amoindrit l'intérêt des expériences passées, maints exemples présents le démontrent. Pourtant des QI exceptionnels ou des majors de Polytechnique comme Jacques Attali l'utilisent encore sans le nommer (bien qu'il en connaisse tous les rouages d'origine) dans son dernier opus, Histoire des médias (lecture recommandée). Sans faire table rase du passé, le monde quotidien de demain sera à inventer, ou découvrir si l'on préfère. Le pronostic du Piéton est que nous n'échapperons pas à un régime autoritaire tant les défis précités sont grands, et que la seule précaution qu'il voit pour le moment serait d'en remettre les clés à quelqu'un qui soit sans discussion au niveau exigé de l'emploi, entouré de gens intelligents, connaissant bien leur domaine d'action. Evidemment, il ne suffira pas d'avoir fait l'ENA et d'avoir pantouflé ensuite dans les cours de contrôle, les cabinets ministériels ou préfectoraux. Nous aurons besoin de gens venant des sciences exactes, capables de trier et juger l'information en fonction de la queue de trajectoire, et pas en fonction des effets de popularité ou du raccord aux principes obsolètes de la démocratie de croisière. Autant dire que la classe politique sera barrée du pouvoir effectif, cantonée à la dispute démocratique sur le domaine public qui restera de la compétence d'un parlement, en espérant que le domaine privé s'en sera déjà échappé pour s'adapter naturellement au paradigme nouveau. Les politiques seront le quatrième groupe d'hostilité à la réforme de notre société puisqu'ils en seront exclus. Reste maintenant à définir la zone d'effort.

Avec quels pays collaborer ? L'urgence !

Idéalement, cette régression de l'empreinte écologique de notre société devrait être menée de concert avec nos voisins pour amortir les à-coups et prévenir les tentations de dumping en tout genre. Sans préjuger de la prise de conscience chez les vingt-sept pays de l'Union européenne, plus celle des pays associés comme la Suisse et la Norvège, il semble difficile de réussir l'entropie générale de nos sociétés dans le cadre européen. Le seul succès obtenu à vingt-sept récemment est la punition du Royaume-Uni se séparant du continent. Plutôt que de décider comme on a l'habitude de le faire en petit comité qui? est "capable" et qui? ne l'est pas, il serait plus efficace d'appeler à candidature les pays qui souhaiteraient suivre ce chemin de la décroissance contrôlée, après en avoir diffusé les contraintes irrévocables. On pourrait parfaitement dédoubler cet appel sur les deux grands défis que nous avons identifiés en formant un groupe de pays solidaires dans l'affrontement à la mondialisation impériale et un autre groupe pour lutter concrètement contre le dérèglement climatique. Reste la quatrième dimension, tic-tac.

piazza San Marco Venezia
Entre ceux qui disent que c'est trop tard et ceux qui soutiennent que ça finira bien par s'arranger, nous avons choisi d'entendre Jean-Marc Jancovici (sur BSmart TV par exemple). C'est clair, l'Accord de Paris est dans le rouge. Malgré l'agitation médiatique à éclipse des pouvoirs publics chez les nations conscientes de l'enjeu, la limite des 2°C à ne pas franchir, limite acceptée par la science responsable, avance vers nous chaque jour un peu plus, signifiant par là que les calamités annoncées ne seront au mieux que retardées, voire imparables. Lors de la COP 21, il avait été convenu que pour un "budget carbone" prévisible de 41 gigatonnes annuel, la corrélation entre les émissions supplémentaires de CO² et la hausse des températures indiquait qu'en quinze ans, on dépasserait la moitié des quantités nécessaires pour atteindre les fameux 2 degrés Celsius ! C'était en 2015. Il nous reste neuf ans pour passer ce cap puisque rien de sérieux n'est encore fait à la mesure du problème. Nous saurons donc en 2030 que les 2°C sont inéluctables. La hausse est-elle irréversible après 2030 si nous restons à contempler le désastre annoncé avec pour toute action la tenue de conférences, l'écriture d'articles et de podcasts ? Des gens peu soupçonnables de complot le croient. Peut-être alors que les inconvénients visibles du futur proche l'emporteront sur la politique politicienne, à moins que d'ici là les populations enfin réveillées n'aient pendu la classe politique aux réverbères pour appeler le dictateur romain qui les sortira du bouillon.


Liens en clair utilisés dans cet article:
- Républiques : https://royalartillerie.blogspot.com/2017/03/libert-basses-et-franchises-municipales.html
- Churchill : http://www.slate.fr/story/117949/churchill-democratie-valls
- Jancovici/Marianne : https://youtu.be/WOd9hVICzBg
- Météo bulles : http://tempetes.meteo.fr/spip.php?article195
- Jancovici/BSmart : https://youtu.be/QrATizaiuLM

lundi 23 mars 2020

Des lendemains tumultueux !

Un ami me signale que tous les "instituts" phosphorent sur la prospective post-Covid_19 afin de sortir le dossier que tous les gouvernements s'arracheront. Sans être collapsologue patenté, Royal-Artillerie rejoint la meute et vous livre la substantifique analyse d'un futur à connaître. Les gouvernements étrangers pourront cliquer sur la barre de traduction en tête de gondole (fin de la blague).

L'idée était de faire un dossier de quatre articles sur la spécialisation à outrance des fabrications qui impacte les chaînes de production partout comme on l'a vu lors du tsunami de Fukushima ; sur le rôle de l'Etat-stratège dans une société libérale ; sur le combat croissance-réchauffement climatique, et aussi, sur la fracture millénials vs. boomers. Mais le premier brouillon a laissé comprendre que la mondialisation était la mère de tous ces sujets et qu'il fallait creuser. Cela tombe à pic. Royal-Artillerie a fait plusieurs articles impliquant la mondialisation (37). Des bases existent qu'il faut actualiser et développer.


Ayant participé, de loin mais quand même, à des travaux du GATT*, je témoigne que la libéralisation des échanges par l'abaissement des barrières douanières et normatives avait deux buts : la planétarisation de la prospérité occidentale accroissant les productions et leurs marges, les échanges et leurs bénéfices, dans le cadre général d'une division internationale du travail (vieux thème testé par le COMECON). Le second but n'était rien moins que de gagner du temps sur un conflit sud-nord qui, en pleine guerre froide, semblait plus que probable sur les générations montantes quand exploserait la marmite démographique. Qu'en est-il résulté ?
*General Agreement on Tariffs & Trade, ancêtre de l'Organisation mondiale du commerce OMC

Un marché-monde s'est construit peu à peu avec pour chaque objet fabriqué une fourchette de prix étroite qui ciblait rapidement où cette chose devait être produite. En fait, comme on le verra des niveaux de vie, il y eut entropie des valeurs marchandes, sauf surtaxation locale de biens indésirables (comme les automobiles à Hong Kong). Un objet aussi international que le rasoir Philipshave vaut partout le même prix à +/-20%. Avant taxes c'est pareil pour les voitures selon le segment. Et cela va jusqu'aux fruits et légumes ! La mondialisation permet de profiter de l'inversion des saisons entre les hémisphères et offre à beaucoup de consommateurs pas forcément riches de goûter des curiosités comme en Europe les épices, les mangues, dorians, kumquat à des prix incroyablement bas qui réveilleraient les morts de la Compagnie des Indes néerlandaises. Le marché de chaque produit s'élargissant comme il ne le fut jamais même dans les empires coloniaux (les premières mondialisations), les producteurs s'enrichirent et les commerçants avec eux, jusqu'à engrener la roue d'une entropie des niveaux de vie. Et c'est déjà le défi que nous allons affronter en réduisant la mondialisation des échanges : nous ralentissons la progression des revenus du tiers-monde alors qu'il continue de croître en nombre de bouches à nourrir. En 2012, un billet titré La globalisation ou la guerre expliquait bien cela et se terminait ainsi :
Démondialiser c'est freiner l'activité économique du Tiers-Monde, voire stopper l'espoir. Quelques milliards de gens connaissent l'espoir, pour eux ou pour leurs enfants. Stoppons-le et verrons-nous sourdre alors dans notre village global des insatisfactions telles que l'injustice ne pourra être apaisée que par la violence du Sud contre le Nord. Et le monde prendra feu. La globalisation fait accéder le monde entier à la vitrine magique des belles choses. Il est facile de comprendre qu'à l'égalité des envies doit répondre, sinon l'égalité des conditions de leur satisfaction, du moins l'espoir d'y parvenir. L'espoir fait vivre... en paix.


Ceux qui chez nous veulent claquer la porte du village global ne voient pas qu'ils fournissent le carburant d'une confrontation sud-nord. Elle sera bien différente de celle que les bureaucrates du GATT redoutaient. Entretemps, le Sud s'est acheté la bombe atomique ! Non pas tant pour nous la mettre sur la gueule que pour nous dissuader de leur balancer la nôtre. Chine, Inde, Corée du Nord, Pakistan et l'Iran bientôt s(er)ont équipés. Les pouvoirs politiques du Sud ne s'y trompent pas : quand Donald Trump a lancé sa démondialisation, son premier contempteur au forum de Davos fut le président chinois qui se fit l'apôtre du libre-échange, pas pour prendre la pose, mais parce que la mondialisation est vitale pour tous les pays émergents, vitale au sens de vie ou de mort. Et encore la Chine maîtrise-t-elle sa démographie - ses problèmes sont ailleurs - mais l'Inde, l'Indonésie, le Brésil, le Mexique, le Nigeria, l'Afrique australe grouillent de populations impatientes ! La réponse académique est bien sûr de développer ces pays afin qu'ils répondent aux attentes de leur peuple, mais l'expérience montre que les figures imposées tardent à produire leurs effets, par le coulage de la corruption d'Etat principalement, alors que l'aspirateur à biens et services favorise rapidement les économies productrices, donne du travail, des salaires, l'espoir d'une vie meilleure pour les gosses.

C'est au moment du triomphe de la belle démonstration que s'élève la petite voix de Greta Thunberg. La croissance va étuver la planète. Si on ne peut laisser crever les masses oisives du tiers-monde, en décrétant que la croissance est un péché mortel, il va bien falloir à somme zéro, transférer des moyens de subsistance des pays développés vers les autres. Ceci revient à accélérer l'entropie des niveaux de vie et forcément laisser baisser le nôtre ! On va écouter une courte vidéo de propagande chinoise visant à mater les riverains de la Mer du Sud pour prendre le temps d'assimiler le concept d'empire revenu.


©China Global Television Network


Si les chefs d'Etat du monde n'arrivent pas à s'entendre sur l'entropie nécessaire pendant la journée, l'espèce humaine qui baise pendant la nuit va nous foutre la guerre ! Oh bien sûr, nous masserons nos chars en frontière et nous coulerons les barques des pouilleux assaillant le camp des saints pour sauver une économie en voie d'effondrement rapide, nous nous enfermerons sans grands moyens et sans voir les intentions mêmes pas cachées des empires revenus, les vrais, pas les conglomérats de la filandre comme l'Union européenne, non, ceux qui ont un agenda : la Fédération de Russie qui veut récupérer son glacis occidental afin de tenir sur l'Amour sans être prise à revers ; la République populaire de Chine, légataire universel de l'empire des Hans qui revient sur le limes impérial en captant toute l'eau des piémonts orientaux de l'Himalaya et ne laissera personne sur la ligne de crête, qui veut faire de la Mer du Sud un lac intérieur et gagner l'accès à l'Océan en reprenant Taïwan ; l'Inde qui a envie de tout vitrifier à l'ouest de l'Indus et repousser l'islam le plus loin possible ; et l'Iran ! Se souvient-on de ce que fut l'empire perse ? Bref, la démondialisation ouvrira l'appétit et tout le monde attaquera tout le monde ! Ce que justement redoutaient les pères du GATT pour les générations montantes. Cela vaut-il le coup ? Ne vaut-il pas mieux réparer la globalisation ?


Passons en revue les problèmes causés en Europe occidentale par le coronavirus de Wuhan et signalons après des pistes de réparation :

- Le premier choc fut d'apprendre que les génies qui gouvernent cette république endormie ont dégonflé les stocks stratégiques de masques respiratoires, comptant se refaire sur les usines chinoises alors que la Chine est un foyer épidémique permanent et donc que les productions nationales seront réquisitionnées en cas de crise sanitaire. Celui qui a signé la décision doit être déporté aux Kerguelen, à défaut injecté au chlorure de potassium.

- Le deuxième choc fut d'apprendre qu'avec une toute petite épidémie en métropole (regardez bien les chiffres c'est peanuts pour une population de soixante millions d'habitants), nous n'avions pas la moitié des lits de réanimation nécessaires et qu'à part de déclencher le Plan Blanc (pour faire quoi) nous n'arrivions pas à augmenter suffisamment ces équipements. Il semble que le ministère ait été tétanisé par Bercy pour passer les commandes en temps et en heure avant le tsunami redouté par Mme Buzyn. Faut-il encore trouver des producteurs locaux puisque chaque pays se réserve ses productions nationales.

- Le troisième choc fut de constater l'amateurisme des pouvoirs publics (du moins l'exécutif politique) incapables de décider les mesures d'urgence sanitaire qui marchent ailleurs. Nous sommes bien sûr tellement supérieurs aux asiatiques juste bons à fabriquer des poignées de porte ! Mais cinq pays ont fait face au coronavirus de Wuhan avec succès sans stopper les machines. Ils ont contrôlé leurs frontières et imposé une hygiène individuelle et publique de haut niveau, quasiment psychotique. Je cite Taïwan, la Corée du Sud, le Japon, Singapour et Hong Kong.

- Le quatrième choc n'a pas eu lieu : Depuis l'attaque au sarin du métro de Tokyo en 1995, les services de sûreté se méfient des opérations de guerre asymétrique en zone confinée. En passant, les treize membres de la secte ont été pendus en 2018. Mais l'attaque au gaz n'est pas grand chose comparée à l'attaque biologique, parce qu'on la décèle immédiatement, après quelques victimes quand même ! L'attaque biologique, elle, est sournoise car sa létalité est différée dans le temps et l'espace et ne peut être décelée que par une forte mortalité de cas identiques aux Urgences. Or nous savons maintenant que les pouvoirs publics ne sont pas prêts, pour ne pas dire pire. Quelques décès du coronavirus et on remue ciel et terre, on déplace des avions-hôpitaux, un porte-hélicoptères, on appelle l'industrie au secours... on est morts ! N'imaginez même pas une attaque à l'anthrax aux quatre coins de l'hexagone : un carnage !

La première décision à prendre - mais pourquoi les annonces tardent-elles, elles rassureraient les gens - est de reprendre les fabrications stratégiques sur le territoire national immédiatement en économie de guerre. D'éventuelles coopérations de proximité avec nos voisins peuvent légitimement s'envisager mais nous devons être sûrs. Notons que l'Allemagne a refusé d'aider l'Italie. Il faut ensuite remonter au niveau requis les structures de lutte hospitalière, quitte à les mettre sous naphtaline en attente de mobilisation. L'ancien hôpital du Val de Grâce est tout indiqué pour Paris et sa petite couronne.



La deuxième décision sera bien plus dure à prendre : il faut détruire toute la chaîne de commandement qui part du ministère et finit aux Urgences. Le scandale des masques et des respirateurs qui doivent doter le personnel soignant impose un acte fort dont se souviendront d'autres services tout aussi incompétents et arrogants dans notre belle république corrompue. Tuons le poulet pour effrayer le singe.

Rien ne sera plus comme avant, clament les pythonisses à plateaux. L'Etat, l'Etat, l'Etat, même le président encense l'Etat-providence qui avait disparu malgré 56% de dépenses publiques dans le PIB français. L'Etat est central en stratégie, partout au monde, et pour cette raison, le nôtre est en même temps coupable, du moins les politiciens qui se succèdent à sa gestion. Nos précautions sanitaires ont été désarmées au prétexte d'économies que la classe politique ne sait pas faire sur le futile et le clientélisme. On dépensera une fortune sur les PMA comme sur l'IVG et cent autres postes du coulage social, mais on réduira les moyens de réanimation pour compenser. Les exemples feraient dix pages. Le moment est venu de reconstruire l'appareil étatique en le concentrant sur ses missions essentielles qui devront être sacralisées, quoiqu'il en coûte aux bénéficiaires actuels des largesses incontrôlées - combien de millions de cartes vitales en circulation ?
C'est là que prend tout son sens un projet de société comme le rebrasse Frédéric Winkler, reconstruit sur les fondamentaux du pays, ce qui est valable pour d'autres pays bien sûr.

Reste maintenant le dernier point, la fracture inter-générationnelle
. C'est l'état des lieux qui pose problème. Que la crise climatique soit ou non le fait de l'espèce humaine ne doit pas masquer le constat que la terre est sale, les océans sont sales, la pollution de l'air, des eaux et des sols est partout. C'est un grand chantier international de nettoyage dont il s'agit, et les atermoiements, excuses et explications de la génération aux commandes la disqualifient de continuer à gérer. On ne parle pas là du climat mais de la merde !

L'autre poste du passif est le niveau d'endettement absolument phénoménal des nations, endettement et déficits encore accrus par la lutte contre le coronavirus de Wuhan. Je me pose la même question que Marc Fiorentino, mot pour mot : « Mais à la fin qui paie ? Quand toute cette crise sera terminée, on aura oublié la "solidarité" et on reviendra aux contraintes budgétaires et chacun viendra réclamer son argent, l'Etat, les banques, les bailleurs. Et il faudra rendre les "cadeaux". Peut-être pas ! Si à terme ce sont les banques centrales qui détiennent les dettes des Etats qui elles-mêmes contrôlent de fait les banques centrales, pourquoi n'assisterait-on pas au niveau mondial à un "abandon de créances" massif, une annulation pure et simple d'une partie de la dette ? »
La génération montante est condamnée à purger ce passif d'une façon l'autre, mais le clearing de Fiorentino est la bonne idée.

Au bilan il y a quand même de l'actif :
D'abord et bien qu'on nous l'annonce chaque année comme imparable, notre génération a bloqué la troisième guerre mondiale à la fois par la terreur nucléaire et par le développement des grands pays émergents qui ont intérêt à la paix. L'expansion des zones de libre-échange, un produit typiquement occidental, a arraché à la misère des centaines de millions de pauvres gens condamnés à une misère endémique par tous les géographes des années cinquante, spécialement en Asie. C'est ça de moins à faire. Et pour finir, nous avons numérisé la planète, apportant les moyens de communiquer à grand débit jusqu'aux fins fonds du monde ! Il y a fallu beaucoup d'intelligence et beaucoup de câbles et équipements de routage et stockage, on n'y pense jamais. La jeunesse n'abandonnera certainement pas cet héritage-là. Pray for millenials !

Chaque jour redonne une chance...

(C'était un peu long sur la fin, mais c'est la faute au confinement)

mardi 9 octobre 2018

Climat et euthanasie

Il y a quarante ans, partait pour les îles Marquises Jacques Brel. Il fait partie des quelques-uns qui manquent, comme Serge Gainsbourg, Alain Bashung, Leonard Cohen ou Lou Reed. Nous finirons ce billet sur "J'arrive" en version studio 1967. Noir et désespérant ! Pourquoi déjà et où aller ?
Mais le Piéton ne s'est pas levé du pied gauche pour verser une larme : il s'agit de vous parler en urgence du réchauffement climatique. Le GIEC a dit, Canfin a dit, Jacques a dit, tout le monde a dit... que c'était foutu pour la planète si nous ne renversions pas les termes de l'équation climatique, tant nous aurons de coraux morts, de récifs submergés, de vertébrés disparus et les insectes... les mouches, les moustiques, les punaises, les frelons, disparus aussi, la vigne et l'olivier se rapprocheront sans bruit du cercle polaire, précédant le palmier-dattier en retard comme toujours.
Oui, mais quoi ?
Sans faire de la philo de zinc, mais un peu quand même, la planète croulant sous des milliards d'hommes qui ne lui apportent rien mais lui prennent beaucoup, la planète se secoue pour en faire tomber le plus possible dans le néant cosmique. Elle n'en peut plus des prédations humaines, elle va nous rendre la vie impossible pour que nous partions en détruire une autre ailleurs. La démographie mondiale est la première cause de notre rejet par la Terre, on peut la mesurer sur le site Worldometers. Bizarrement les projections au-delà de 2050 sont rares, à croire qu'elles ne serviront pas ! Garçon ? remettez-nous ça !

Nous serons dix milliards d'hommes à échéance d'une génération, en 2050, et nous n'arrivons pas à faire vivre convenablement 7,66 milliards aujourd'hui. Le progrès résoudra-t-il le défi démographique, sinon sera-ce la guerre atomique mondiale ?

Alarmiste ? Pas une seconde ! Prenons un gros globe terrestre de la classe de géographie. Je le lance fort et vite, les yeux fermés, et du doigt je l'arrête : ça merde là ! La page n'y suffirait pas à énumérer les points de conflits ouverts et potentiels sur le globe, et ce serait tomber dans la facilité que de le faire. Tous les ingrédients des précurseurs de l'explosion s'amassent pour une conflagration, si tant qu'il peut être léger de croire que les puissances économiques et financières sauront éviter le désastre pour préserver la plus grande partie de leurs intérêts : cette idée du "stop" ultime s'est répandue avant chaque guerre importante, surtout parmi les peuples non informés. Mais les chevaux fous de la guerre échappent toujours aux puissants. L'enchaînement des circonstances défavorables, les hésitations d'acteurs-clés, l'incrédulité des politiques, la naïveté des princes au moment, la nature humaine tout simplement qui aujourd'hui se prend pour Dieu sans en avoir les "capacités", tout ne concourt-il pas à l'holocauste ?
Le réchauffement climatique de la Terre est une réaction de survie de la planète, et comme elle ne pense pas jusqu'à plus ample informé, c'est son Créateur qui la chauffe pour nous dégager d'un problème insoluble !
Alors nous (pas moi) repartirons de zéro. Le Jardin, la vie à poil, la chaleur, le serpent, la pomme... Imagine ! Caïn tuant Abel, c'est reparti comme en 40.





♪ J'arrive ♪

De chrysanthèmes en chrysanthèmes
Nos amitiés sont en partance
De chrysanthèmes en chrysanthèmes
La mort potence nos dulcinées
De chrysanthèmes en chrysanthèmes
Les autres fleurs font ce qu'elles peuvent
De chrysanthèmes en chrysanthèmes
Les hommes pleurent, les femmes pleuvent

J'arrive, j'arrive
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois traîner mes os
Jusqu'au soleil, jusqu'à l'été
Jusqu'au printemps, jusqu'à demain
J'arrive, j'arrive
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois voir si le fleuve
Est encore fleuve, voir si le port
Est encore port, m'y voir encore
J'arrive, j'arrive
Mais pourquoi moi, pourquoi maintenant
Pourquoi déjà et où aller
J'arrive bien sûr, j'arrive
Mais ai-je jamais rien fait d'autre qu'arriver

De chrysanthèmes en chrysanthèmes
À chaque fois plus solitaire
De chrysanthèmes en chrysanthèmes
À chaque fois surnuméraire

J'arrive, j'arrive
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois prendre un amour
Comme on prend le train pour plus être seul
Pour être ailleurs, pour être bien
J'arrive, j'arrive
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois remplir d'étoiles
Un corps qui tremble et tomber mort
Brûlé d'amour, le cœur en cendres
J'arrive, j'arrive
C'est même pas toi qui es en avance
C'est déjà moi qui suis en retard
J'arrive, bien sûr j'arrive
Mais ai-je jamais rien fait d'autre qu'arriver

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