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mardi 31 octobre 2017

A l'impossible nul n'est tenu !

Fleuriste sans clients, Pyongyang 2016

Les organisateurs de la Biennale Blanche 2017 sont rentrés dépités de la faible affluence des royalistes à leur manifestation. Cette journée à l'ASIEM de Paris avait été annoncée sur Royal-Artillerie dans la colonne de droite de façon permanente mais le nombre assez important de clics sur ce blogue pendant un mois (environ 6000) n'a semble-t-il généré aucun désir d'y participer. Nous n'y fûmes pas non plus. Désolé !

L'affaire est organisée tous les deux ans par la Charte de Fontevrault, chapelle royaliste archi-connue se réclamant du providentialisme et dont le logiciel très simple surmonte la querelle dynastique et les errances périphériques en remettant à la Providence le choix d'un roi pour la France en temps et heure. L'accompagnement de cette "dévolution" ne peut se faire valablement que dans la prière. Même les lois fondamentales du royaume le céderont à la volonté de Dieu, si un jour exprimée, car on ne peut L'encager dans une construction humaine. La Charte de Fontevrault, peut-être à son insu, supprime toutes les lices du tournoi, elle casse les codes et brise l'élan qu'ils donnent.

Aucune chapelle dynastique n'est vraiment captivée par cette prosopopée extérieure qui nie la légitimité de ses propres prétentions exclusives à toute autre. Si Dieu est dans la solution, Il ne peut que choisir le champion pour lequel on s'époumone depuis des lustres. Il n'y a rien à débattre chez les partis royalistes et la démarche œcuménique de la Charte de Fontevrault convoque l'impossible. Aussi les participations antérieures furent-elles de courtoisie et le succès d'estime jusqu'à la lassitude. Cette année, Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme est venu saluer l'organisation. Aucun autre prince ne s'est jamais montré.

Pour les nouveaux lecteurs qui l'ignoreraient, le Piéton du roi est un agnostique maurrassien qui ne dépend d'aucune obédience et ne s'en cache pas. Les refus de collaborer qu'il a opposé à certaines publications monarchistes ont toujours été motivés explicitement par cette "bizarrerie". Mais le même n'est pas athée pour autant, simplement il juge (hou, le vilain mot d'un autonomiste !) que l'affaire de la transcendance est bien plus compliquée que ne le proclament les Eglises et que le Principe d'origine est hors de portée d'un cerveau de trois livres un peu lent. Encore moins imagine-t-il que Dieu (qui nous aurait fait à son image et réciproquement) puisse s'intéresser à la vie des nations sans parler même au quotidien de celle des individus comme le croient les Protestants. Le Principe originel a l'univers pour champ d'exercice et s'il est prouvé que nous sommes, nous tous, de la poussière d'étoiles, rien ne dément que le Ciel ne soit vide ou tout au moins indifférent à notre sort, quand on contemple l'immonde barbarie de l'espèce humaine. On va s'arrêter là et attendre Stephen Hawking et les frères Bogdanov sur le boson de Higgs. (fin du paragraphe distancié)

Dans nos sociétés post-modernes, la monarchie ne peut être qu'un mode d'organisation de l'Etat, encadrée d'une charte ou d'une constitution approuvées par la nation des citoyens administrés par lui. Les modalités peuvent être très différentes d'un pays à l'autre selon ses atouts propres et les avantages que les constitutionnalistes veulent retirer du régime monarchique visé. On commence en général par la fonction d'unification des peuples constitutifs de l'espace géré, puis vient la fonction d'exemple moral donné à la multitude (c'est l'origine du rex) ; viennent ensuite, s'il est prévu que la couronne s'implique dans le gouvernement de l'Etat, la fonction d'arbitre entre les ministres ou entre les partis politiques, pour aller parfois jusqu'au commandement d'un domaine réservé ou de tout le domaine régalien, les armées étant privilégiées à ce stade. Des fonctions thaumaturgiques peuvent aussi s'inscrire dans une vieille tradition et s'exercer à de rares occasions pour évoquer une transcendance spirituelle. C'est le cas de la Thaïlande, mais quelque part aussi de la Grande Bretagne. Normalement en Europe la famille royale pratique de manière ostentatoire la religion qui a fondé la nation, religion souvent majoritaire dans la culture populaire. Cela participe de la fonction de rassemblement qui est la première citée.

Cette définition de la monarchie est acceptable par toutes les chapelles dynastiques, sauf... par la chapelle providentialiste qui s'en remet exclusivement à Dieu, ce qui est son droit. Mais pourquoi inviter chez soi des royalistes qui ne partagent rien avec vous puisque c'est une question de foi, et purement de foi. La foi ne se démontre pas, n'entre pas en débat, ne s'utilise pas. C'est une grâce qui facilite la fin de vie à ses heureux bénéficiaires, ce n'est pas un argument politique. Quelle mouche pique certains à vouloir rassembler les gens qui ne s'aiment pas ?

L'œcuménisme est à la mode (on célèbre aujourd'hui les cinq cents ans du placard dévastateur de Martin Luther) jusqu'à nous faire croire que la séparation des églises chrétiennes n'était que caprice pour des détails obsolètes. Faux ! Les dogmes et les interprétations sont différents, parfois antagonistes. Qu'est-il besoin de vivre ensemble des liturgies qui s'opposent au fond ? L'œcuménisme est pure agitation, une invention d'épiscopes en mal de reconnaissance, à la limite une supercherie qui semble dire que tout cela est vain, seule la charité compte etc... et l'eschatologie, une occupation de théologien moisi sans audience.
On va jusqu'à rapprocher au plus haut niveau de la chrétienté catholicisme et islam (une religion du Livre !), alors qu'on ne procéderait pas de la sorte avec le judaïsme qui est pourtant le monothéisme fondateur ! Avec quel succès à la fin ? Aucun ! La présence divine dans les espèces est niée et même brocardée avec grossièreté. Tout le dogme marial est nié. Il suffit d'avoir des amis réformés pour comprendre que la distance ne peut se réduire, sauf à partager des œuvres caritatives. Pourquoi vouloir réussir sa vie dans l'œcuménisme royaliste où la haine affleure aujourd'hui, comme elle explosait jadis au temps des guerres de religion ? Le parti de Bourbon ne supporte pas l'arrogance d'un parti d'Orléans prétentieux, lequel se moque ouvertement de l'hispanité de la branche aînée (malgré les épouses ibéricaines de la maison de France) quand on ne s'abandonne pas à évoquer les cascades d'alcôve.

Le projet de rassemblement de la Charte de Fontevrault est impossible sauf peut-être au sein de la sphère intégriste par le truchement de la transcendance en laquelle tous croient ou font mine de croire. Devrait-elle remplacer la Biennale Blanche par une grand messe blanche des royalistes de toutes obédiences, à Saint-Denis par exemple, à chaque quinze août en mémoire de la consécration du royaume à la Vierge Marie par le roi Louis XIII en 1638 ? La messe est le seul bien commun à toutes les chapelles. Tout le reste diffère et les oppose. Je le suggère en toute amitié.

samedi 15 août 2015

Quinze Août

Le Quinze Août est ma fête nationale ; c'est du moins ainsi que je ressens ce jour spécial et je ne suis pas un Acadien pour qui c'est vraiment la fête nationale. Où que je sois et même très loin, je penserais un 15 août au Quinze Août. C'est... génétique. La plus grosse fête de l'arrondissement cévenol qui m'a conçu à moitié est à cette date, et finalement j'en ai manquées assez peu si je compte pour toute une vie d'homme. Sauf cette année.

Le jour du grand bouleversement, j'aimerais que nous quittions le Quatorze Juillet que le monde entier connaît sous le faux nom de Bastille Day (pouah !) et que la Nation se retrouve en elle-même à l'Assomption du 15 août. Dans le microcosme royaliste français ce jour commémore aussi le prononcé du Vœu de Louis XIII consacrant la France à la Vierge de l'Assomption comme suite de l'Edit de la lampe perpétuelle du 10 février 1638 (ndlr: l'intitulé est de RA). Nous sommes en pleine Guerre de Trente Ans, guerre atroce, et les Impériaux ont enfoncé les lignes de la Somme et de l'Oise l'année précédente. Repoussés avec succès grâce à la mobilisation de Paris (où le roi se maintient), ils réitéreront leur percée sur la Somme au mois d'août 1638 et le roi gagnera Abbeville en soutien de nos armées, Abbeville où sera prononcé solennellement par le roi l'Edit de Saint-Germain-en-Laye en l'église des Minimes. Voici le vœu, plaisir du texte aussi :

« Dieu qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l'esprit qu'il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne, sans y voir autant d'effets merveilleux de sa bonté, que d'accidents qui nous pouvaient perdre.

« Lorsque nous sommes entrés au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d'en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause, que l'on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l'artifice des hommes et la malice du diable ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables au repos de notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice. La rebellion de l'hérésie ayant aussi formé un parti dans l'Etat, qui n'avait d'autre but que de partager notre autorité, il s'est servi de nous pour en abattre l'orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques.

« Quand nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes, qu'à la vue de toute l'Europe, contre l'espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats dont ils avaient été dépouillés. Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne, se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins pour faire voir à toutes les nations que, comme sa providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve et sa puissance le défend.

« Prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets.

« Tant de grâces si évidentes font que pour n'en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la Sacrée Croix, où nous vénérons l'accomplissement des mystères de notre rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de nous consacrer à la grandeur de Dieu par son Fils rabaissé jusqu'à nous et à ce Fils par sa Mère élevée jusqu'à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n'étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables et c'est chose bien raisonnable qu'ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.
« A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que, soit qu'il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés en ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'Eglise cathédrale de Paris avec une image de la Vierge qui tienne en ses bras celle de son précieux Fils descendu de la Croix et où nous serons représentés aux pieds du Fils et de la Mère comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.

« Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales et autres églises de leur diocèse.

« Nous admonestons le sieur archevêque de Paris et néanmoins lui enjoignons que tous les ans le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grand'messe qui se dira en son Eglise cathédrale et qu'après les vêpres du dit jour, il soit fait une procession en la dite Eglise à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines et le corps de ville, avec pareille cérémonie que celle qui s'observe aux processions générales les plus solennelles; ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales que celles des monastères de la dite ville et faubourgs et en toutes les villes, bourgs et villages du dit diocèse de Paris.

« Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales et autres églises de leur diocèse; entendant qu'à la dite cérémonie les Cours de Parlement et autres compagnies souveraines et les principaux officiers de ville y soient présents ; et d'autant qu'il y a plusieurs épiscopales qui ne sont pas dédiées à la Vierge, nous exhortons les dits archevêques et évêques en ce cas de lui dédier la principale chapelle des dites Eglises pour y être faite la dite cérémonie et d'y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre et d'admonester tous nos Peuples d'avoir une dévotion particulière à la Vierge, d'implorer en ce jour sa protection afin que sous une si puissante patronne notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu'il jouisse largement d'une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement à la dernière fin pour laquelle nous avons été créés ; car tel est notre plaisir.»

Louis
par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre

L'Edit fut enregistré au Parlement de Paris lui donnant force de loi. C'est une spécificité peu connue. Dix ans plus tard, le 19 août 1648, sera livrée à Lens la dernière grande bataille de la Guerre de Trente Ans, où le Grand Condé écrasera définitivement les Espagnols, obligeant Ferdinand III de Habsbourg à traiter. Ce sera la Paix de Westphalie qui organisera l'Europe continentale pour longtemps.



Assomption de Rubens

Aujourd'hui à midi,
les cloches sonneront partout
pour les Chrétiens d'Orient.

 


[ Ce billet est le treize centième publié sur ce blogue ]


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