Telle Cendrillon, un quart d'heure avant minuit, Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l'homme des Nations Unies, édite son rapport sur la gouvernance chinoise du Xinjiang après son voyage à Ouroumouchi de mai 2022. C'est une retentissante paire de gifles aux pouvoirs régional et central chinois dont les mensonges sont établis. Au douzième coup de minuit, Mme Bachelet a rendu son tablier et s'en est retournée au Chili. Elle a survécu (l'article ONU ici) et la condamnation est édictée depuis Genève, pas New-York.
Pourtant le voyage du mois de mai s'était passé le moins mal possible (cliquer là et comprendre) pour les autorités chinoises. Sans être sûres d'avoir réfuté définitivement les allégations de camps de rééducation, torture et travail, de stérilisation des femmes, de punitions diverses et variées, de destructions ou désacralisation d'édifices islamiques, de disparitions inexplicables, elles pensaient avoir suffisamment instillé le doute dans la délégation onusienne pour pouvoir couvrir son compte-rendu du bruit augmenté de sa propagande à haute fréquence. Las, la vieille les a vus venir dans leurs tentatives directes et détournées pour enterrer son rapport avant qu'il ne paraisse. Plein la gueule : « L’ampleur de la détention arbitraire et discriminatoire d’Ouïghours et de membres d’autres groupes essentiellement musulmans (…) dans un contexte de restrictions et de privation des droits fondamentaux tant individuels que collectifs peut constituer des crimes internationaux, en particulier des crimes contre l’humanité. »
Les casuites chinois vont s'exercer à contester le texte, mot à mot, en y cherchant l'intention de nuire, mais l'important n'est pas dans ce qui est dit ou ce qui est ignoré : le "scandale" pour Pékin est le levier qu'offre aux dissidents chinois et ouïghours une institution mondiale officielle comme le HCDH. Le mal est fait ! L'ONU y dénonce l'art de gouverner par la seule force et elle ringardise la diplomatie casque-à-pointe-et-boulons des loups combattants. Il va être difficile pour le ministère chinois des affaires étrangères de contenir l'impact en dénigrant le Haut-Commisaire sortant. Mme Bachelet, d'ascendance française - la souche vient de Chassagne-Montrachet en Côte d'Or - fut présidente de la République du Chili, un pays désaligné important dans l'Océan pacifique sud, et garde de son ancienne fonction une fierté bien placée capable de résister à la marée montante de l'impérialisme chinois.
Ce ne sont plus Raphaël Glucksmann et sa jolie copine qui tiennent meeting au théâtre Edwige Feuillère de Vesoul ; mais le monde entier qui va compulser les horreurs du communisme en action, et surtout celles de la bataille démographique réduisant par tous moyens, absolument tous, les naissances dans les familles musulmanes. C'est le plus écœurant. Seront cherchées aussi les statistiques d'attrition des pratiques concentrationnaires chinoises. Pas bon pour les Instituts Confucius ! Pas bon non plus pour les pays islamiques qui ont dans le passé soutenu le pouvoir de Pékin contre les "tentatives de déstabilisation" exogènes au seul motif de terrorisme du parti ouïghour de l'étranger. Désastreux aussi pour l'exportation des productions du Xinjiang réputées fabriquées par des esclaves. Fallait-il matraquer des millions de gens pour se venger de quelques centaines d'irrédentistes enragés, facilement débusqués ? il est sûr que la haine anti-han a grandi au Turkestan oriental et qu'il ne faut pas désormais se fier à l'eau qui dort. C'est le vrai résultat de la campagne de pacification brutale et indiscriminée : la haine !
Le Xinjiang est une conquête chinoise récente. Qui se souvient de l'éphémère République du Turkestan de 1933 luttant contre la République de Chine du Kuomintang ? C'est par ici. D'ailleurs il avait été remarqué à l'époque que les cartes impériales échangées avec les puissances étrangères ne délimitaient pas ce "bout du monde" désertique mis en coupe réglée par des seigneurs de la guerre à leur seul bénéfice. Les choses décantèrent dans l'entre-deux-guerres quand se leva un désir d'organisation politique des musulmans de la région. Le pays fut plusieurs fois mis à feu et à sang. La province gagna son autonomie en 1955, avec le bilinguisme, mais des agitateurs formés dans le Golfe persique ont imaginé qu'ils pouvaient créer une république islamique, mitoyenne du Kazakhstan (complètement laïcisé), du Kirghizistan et du Tadjikistan (tout aussi corrompus). Pourtant le Prophète leur avait interdit de boire ! Après la mise au pas par l'armée et la police chinoises du Tibet des neiges éternelles, le projet du MITO (Mouvement islamiste du Turkestan oriental) est pur délire, Pékin ayant montré qu'il en tuerait autant que nécessaire. Mais à partir d'aujourd'hui, c'est sûr et prouvé.
Un peu plus de géopolitique ?

















