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vendredi 2 septembre 2022

Le bouillon de onze heures

Michelle Bachelet HCDH

Telle Cendrillon, un quart d'heure avant minuit, Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l'homme des Nations Unies, édite son rapport sur la gouvernance chinoise du Xinjiang après son voyage à Ouroumouchi de mai 2022. C'est une retentissante paire de gifles aux pouvoirs régional et central chinois dont les mensonges sont établis. Au douzième coup de minuit, Mme Bachelet a rendu son tablier et s'en est retournée au Chili. Elle a survécu (l'article ONU ici) et la condamnation est édictée depuis Genève, pas New-York.

Pourtant le voyage du mois de mai s'était passé le moins mal possible (cliquer là et comprendre) pour les autorités chinoises. Sans être sûres d'avoir réfuté définitivement les allégations de camps de rééducation, torture et travail, de stérilisation des femmes, de punitions diverses et variées, de destructions ou désacralisation d'édifices islamiques, de disparitions inexplicables, elles pensaient avoir suffisamment instillé le doute dans la délégation onusienne pour pouvoir couvrir son compte-rendu du bruit augmenté de sa propagande à haute fréquence. Las, la vieille les a vus venir dans leurs tentatives directes et détournées pour enterrer son rapport avant qu'il ne paraisse. Plein la gueule : « L’ampleur de la détention arbitraire et discriminatoire d’Ouïghours et de membres d’autres groupes essentiellement musulmans (…) dans un contexte de restrictions et de privation des droits fondamentaux tant individuels que collectifs peut constituer des crimes internationaux, en particulier des crimes contre l’humanité. »

Les casuites chinois vont s'exercer à contester le texte, mot à mot, en y cherchant l'intention de nuire, mais l'important n'est pas dans ce qui est dit ou ce qui est ignoré : le "scandale" pour Pékin est le levier qu'offre aux dissidents chinois et ouïghours une institution mondiale officielle comme le HCDH. Le mal est fait ! L'ONU y dénonce l'art de gouverner par la seule force et elle ringardise la diplomatie casque-à-pointe-et-boulons des loups combattants. Il va être difficile pour le ministère chinois des affaires étrangères de contenir l'impact en dénigrant le Haut-Commisaire sortant. Mme Bachelet, d'ascendance française - la souche vient de Chassagne-Montrachet en Côte d'Or - fut présidente de la République du Chili, un pays désaligné important dans l'Océan pacifique sud, et garde de son ancienne fonction une fierté bien placée capable de résister à la marée montante de l'impérialisme chinois.

Ce ne sont plus Raphaël Glucksmann et sa jolie copine qui tiennent meeting au théâtre Edwige Feuillère de Vesoul ; mais le monde entier qui va compulser les horreurs du communisme en action, et surtout celles de la bataille démographique réduisant par tous moyens, absolument tous, les naissances dans les familles musulmanes. C'est le plus écœurant. Seront cherchées aussi les statistiques d'attrition des pratiques concentrationnaires chinoises. Pas bon pour les Instituts Confucius ! Pas bon non plus pour les pays islamiques qui ont dans le passé soutenu le pouvoir de Pékin contre les "tentatives de déstabilisation" exogènes au seul motif de terrorisme du parti ouïghour de l'étranger. Désastreux aussi pour l'exportation des productions du Xinjiang réputées fabriquées par des esclaves. Fallait-il matraquer des millions de gens pour se venger de quelques centaines d'irrédentistes enragés, facilement débusqués ? il est sûr que la haine anti-han a grandi au Turkestan oriental et qu'il ne faut pas désormais se fier à l'eau qui dort. C'est le vrai résultat de la campagne de pacification brutale et indiscriminée : la haine !

Le Xinjiang est une conquête chinoise récente. Qui se souvient de l'éphémère République du Turkestan de 1933 luttant contre la République de Chine du Kuomintang ? C'est par ici. D'ailleurs il avait été remarqué à l'époque que les cartes impériales échangées avec les puissances étrangères ne délimitaient pas ce "bout du monde" désertique mis en coupe réglée par des seigneurs de la guerre à leur seul bénéfice. Les choses décantèrent dans l'entre-deux-guerres quand se leva un désir d'organisation politique des musulmans de la région. Le pays fut plusieurs fois mis à feu et à sang. La province gagna son autonomie en 1955, avec le bilinguisme, mais des agitateurs formés dans le Golfe persique ont imaginé qu'ils pouvaient créer une république islamique, mitoyenne du Kazakhstan (complètement laïcisé), du Kirghizistan et du Tadjikistan (tout aussi corrompus). Pourtant le Prophète leur avait interdit de boire ! Après la mise au pas par l'armée et la police chinoises du Tibet des neiges éternelles, le projet du MITO (Mouvement islamiste du Turkestan oriental) est pur délire, Pékin ayant montré qu'il en tuerait autant que nécessaire. Mais à partir d'aujourd'hui, c'est sûr et prouvé.
Un peu plus de géopolitique ?

Carte économique du Xinjiang et pays limitrophes
Sources : Atlas of the people’s Republic of China, Foreign languages Press, Pékin, 1989 ; Jacques Leclerc, Aménagement linguistique dans le monde, université de Laval, Québec, Canada ; Central Intelligence Agency (CIA), Maps and publications, Washington DC ; Recensement chinois de novembre 2000 ; ChinaOnline, Chicago.

lundi 22 mai 2017

Les licornes de fer de l'empire céleste


OBOR, c'est le grand projet impérial du China Dream de XI Jinping, One Belt, One Road, appelé à structurer la diplomatie chinoise sur toute l'Eurasie en structurant des axes de développement lourd : on parle infrastructures logistiques, centrales électriques, urbanisation... Des variantes plus ambitieuses encore sont diffusées par les agences d'influence pour ajouter un peu de "romantisme" au projet mais aujourd'hui nous nous en tiendrons aux segments parfaitement concrets. Les acquis chinois sont déjà nombreux sur la zone d'effort et formatent les relations diplomatiques avec les deux autres empires, Fédération de Russie et par ricochet les Etats-Unis. Une carte d'abord, prêtée par le MERICS de Berlin (The Mercator Institute for China Studies) pour cerner le projet.


Le pivot historique de la Route de la Soie est en Iran. Les échanges entre le Cathay et la Perse remontent à l'époque des Parthes et il y a du respect mutuel entre les deux nations. Placé jadis au cœur du dispositif commercial est-ouest, l'Iran retrouve naturellement ses marques dans l'OBOR. C'est dans l'ombre de cette influence que s'inscrit la revitalisation du couloir de l'Indus jusqu'au nouveau port pakistanais de Gwadar au débouché du Golfe persique sur le détroit d'Ormuz, qui permet aussi d'accéder à l'Océan indien, zone commerciale la plus prometteuse dans l'avenir. Au nord, les républiques turcophones s'emboîtent les unes dans les autres, chacune ne valant que ce que vaut ses voisins. Elles permettent en bout de course d'atteindre la mer d'Azov en passant au nord de la Caspienne. Elles sont alliées à la Chine pour deux raisons : le marché chinois de consommation d'hydrocarbures et de coton d'une part, de l'autre, la résistance opiniâtre de Pékin à l'irrédentisme ouighour qui menace les autocraties régionales par ses fermentations islamistes. Le débouché naturel occidental de la Route de la Soie est la Turquie, ou la Syrie ! On comprend qu'Erdogan ait fait le voyage.

Mais l'OBOR est plus avancé qu'un "projet". Empruntant les infrastructures soviétiques, la Route de la Soie est déjà ouverte dans sa partie froide. Ainsi le trafic ferroviaire par train-bloc vers le soleil couchant fut inauguré le 5 juillet 2015. Un test de 80 conteneurs sur wagons fut lancé au départ de Kunming (Yunnan) pour remonter à Zabaïkalsk sur la frontière russe, traverser la Sibérie puis la Biélorussie jusqu'à Brest et enfin Malaszewicze en Pologne pour transborder les boîtes sur des wagons à l'écartement anglais. Puis Rotterdam. Le trajet dura 19 jours. Les porte-conteneurs de la conférence font Ningbo-R'dam (container yard à container yard) en 50 jours (source). Un test ponctuel fut fait en 2014 entre Yiwu et Madrid. Donc la logistique ferroviaire n'est pas complètement ringarde, d'autant que les Chinois ont montré leurs capacité à lancer des trains de 200 conteneurs sur la taïga. En janvier 2017 ils ont fait un Yiwu-Barking (Londres) en 18 jours. Et le 10 avril dernier (en photo ci-dessous) un train de whisky est parti de Corringham pour Yiwu (Shanghaï).


L'intérêt est de s'affranchir des aléas maritimes et géopolitiques dans une solution quand même rentable en participant au développement local de l'Asie centrale. C'est un peu la philosophie d'aménagement de l'Ouest sauvage américain par les fameuses lignes transcontinentales. Les cadences ne sont limitées que par les capacités de transbordement à l'écartement large ou normal. Les programmes sont établis vers des chantiers classiques de manutention comme Duisburg, Hambourg, Rotterdam... La Deutsche Bahn, opérateur majeur de ce trafic signale que 40000 conteneurs ont été acheminé sur le fuseau Chine-Europe avec des délais compris entre 12 et 16 jours. Un trafic annuel de 100000 conteneurs sera atteint en 2020 (source). Les opérateurs majeurs sont pour l'instant hollandais, allemand et suisse. Le temps est la moitié du transit time maritime, la masse transportée plus rapidement est bien moindre certes et le prix à la tonne moins avantageux (un porte-container océanique prend de 5 à 10000 boîtes de 40 pieds) mais le prix par fer est beaucoup moins cher que par avion pour un délai acceptable. Le transport ferroviaire est auto-financé ; inimaginable en France où l'on chercherait partout des subventions publiques pour construire l'usine à gaz qui va bien !

Il est probable que ce volet ferroviaire sera pour longtemps l'axe majeur de l'OBOR, entre deux puissances économiques (UE et Chine) écrasant toutes les autres sur le continent eurasien. Les ateliers de Dalian ou Datong produisent des locomotives "grand froid" qu'ils vendent facilement en Asie centrale. Par chance les opérateurs européens sont habitués à gérer la complexité de ce type de trafic sur le réseau dense européen, et le dispositif nous apporte de la valeur ajoutée. Le projet est typique du gagnant-gagnant. Il nous reste maintenant à charger des trains vers la Chine :) Notons pour les archives historiques que Calberson France avait lancé un projet de train-bloc régulier entre Gennevilliers et Pékin à la fin des années 80, en raccrochant le Transsibérien en Pologne. Comme souvent en France, les autres acteurs sont restés assis pour voir ce qu'il adviendrait du projet, bien qu'il soit soutenu officiellement par les opérateurs chinois. C'était l'époque où toute l'équipe Calberson Chine parlait couramment le mandarin, mais pas sa haute direction. L'entreprise (GEODIS) appartient maintenant au pôle fret de la SNCF.

Train-bloc chinois vers Riga (Estonie)

On gardera pour une prochaine fois l'étude de la concurrence ainsi créée avec le Passage du Nord-est qui est en cours d'exploration. Il s'agit de passer des navires de commerce entre la Mer du Nord et la Mer jaune par l'Océan arctique en profitant du réchauffement climatique. On peut anticiper que cette route sera empruntée par les vraquiers plutôt que par les porte-conteneurs qui ont besoin de régularité et de ports d'escale rapides, ce qui n'est pas le cas sur toute la côte russe.

Le volet maritime de l'OBOR est moins évident. Les routes existent et sont exploitées par trois alliances maritimes dans lesquelles sont déjà les grands transporteurs chinois : l'Ocean Alliance regroupe CMA-CGM (FRA), COSCO (RPC), Evergreen (ROC) et OOCL (HKSAR). L'inclusion de l'Afrique anglaise dans un courant d'échanges risque d'être décevante, au moins au départ. Il n'y a pas de réels volumes et les acteurs locaux laissent encore à désirer, sauf à recoloniser les ports comme au Pirée. Plus surprenant est le projet de contournement de la Mer de Chine méridionale par les trois fuseaux terrestres : l'un traverse la Malaisie en direction de l'Indonésie par le hub de Singapour, l'autre passe le Triangle d'Or birman (l'ancienne Tea Horse Road) depuis le Yunnan en direction de Calcutta, le troisième descend du Cachemire, longe l'Indus puis franchit le Balouchistan vers le port "chinois" de Gwadar (voir la carte ci-dessus). Les deux derniers fuseaux posent problème à l'Inde qui, accablée de neuf cents millions de pauvres, n'a pas les moyens de suivre, encore moins de concurrencer le projet de Pékin par le sien propre. Mais le but à atteindre n'est peut-être pas si désintéressé pour Pékin.


La masse de crédits d'investissements déversée sur les fuseaux terrestres de la One Belt sera en renminbi yuans. A partir d'un trillion de dollars en RMB en circulation hors de la zone d'intérêts chinois (Asie du Sud-Est), la monnaie céleste devient une devise internationale et monnaie de réserve, et on parle déjà au pluriel, en trillions ! Paul Chan Mo-Po, Secrétaire au Trésor de Hong Kong, ne s'y est pas trompé qui veut mettre au pot de l'Asian Infrastructure Investment Bank et faire prendre par les banques de la place les opérations quotidiennes de l'OBOR. D'aucuns doutent que les tycoons honkongais suivent le risque pris par l'Administration en surenchérissant sur l'OBOR, leurs affaires locales rapportant bien plus et sans risques majeurs ni souverains. Il n'en reste pas moins que le savoir-faire inimitable de la place de Hong Kong et ses connexions privilégiées au sein de la galaxie Nylonkong (clic) sont un atout pour le projet de Xi Jinping.

Plus généralement, le projet chinois qui devrait mobiliser des trillions de yuans sur dix ans suscite réticences et jalousies d'autant plus que Pékin "achète" les pays partenaires par des crédits à guichet ouvert. OBOR c'est open bar ! Ce pourquoi la délégation de l'Union européenne au grand raout du 14 mai à Pékin a marqué publiquement son agacement en brandissant les barrières non-tarifaires chinoises au commerce réciproque, sans parler des libertés publiques fortement secouées en Chine continentale.
Le président de la Chambre de commerce européenne à Pékin, Wuttke, est allé jusqu'à dévoiler que les compagnies chinoises profitaient de l'ouverture des investissements extérieurs pour faire évader plus facilement des capitaux. L'Inde pour sa part a montré son petit air boutique en refusant que "son" Cachemire soit inclus dans l'OBOR. Par contre Kim Jong-un avait envoyé un observateur : des cartes existent pour un fuseau Harbin ou Shenyang vers Busan sur la mer du Japon. Les Etats-Unis étaient absents ; Donald Trump essaie de comprendre ce qu'il se passe dans tous ces p*tains de pays imprononçables comme la Saskatchewan. Mais Vladimir Poutine est content, lui qui bénéficie gratuitement de la géographie ad hoc pour profiter à fond de ce projet colossal.

China Ocean Shipping (Group) Company

Postscriptum : un éclairage différent sur l'excellent site QuestionChine :
Le projet pharaonique des routes de la soie à 1700 milliards de $ par François Danjou (17/5/17)

mardi 13 octobre 2009

Urumqi - Téhéran

manifestants ouigoursPas de repos pour les Ouigours. Le tribunal de Urumqi a condamné à mort six émeutiers arrêtés par la police lors des évènements de juillet dernier au Turkestan chinois, mieux connu sous le nom de Xinkiang. On se souvient qu'en représailles (un peu téléphonées) pour deux victimes ouigours lors d'une rixe intervenue dans une usine du Guangdong au sud du pays, la communauté ouigoure de la province du Nord-ouest avait tout cassé dans les quartiers chinois. Bilan 197 morts (presque tous hans) et 1600 blessés ; 718 émeutiers avaient été capturés par la police. Diaporama des émeutes sur Skynews.

contremanif chinoiseSur les 718 prévenus, 21 ont été convaincus d'homicide, incendie, pillage ou dommages aux biens d'autrui. Les six premiers émeutiers condamnés à mort et un septième condamné à vie sont ouigours. Le tarif pour ces choses est toujours affiché en Chine, nul n'est surpris. Désolé sans doute, on le comprend, mais pas surpris. Les familles des 197 victimes sont également désolées. A savoir quand même : la Justice chinoise tue aujourd'hui plus facilement les prévaricateurs et les violeurs que les manifestants ou les jacqueries, jusqu'à la limite non franchie du meurtre, car la mort se paye en Chine au Talion. Les représentations que fait l'égérie indépendantiste Kadeer dans le monde libre pour condamner ce verdict, au motif qu'il rallumera le ressentiment du peuple ouigour au Xinkiang, sont stupides :

Kadeer la pasionaria ouigoureOu bien, elle est dans une logique d'insurrection et ses encouragements du mois de juillet pourraient le laisser croire, en quel cas elle encaisse six martyrs et continue la lutte en dollars, sachant toutefois que les "pieds noirs" sont ici plus nombreux que les "arabes" ; ou bien, elle est dans une logique de dénonciation du viol des droits, et d'abord doit-elle condamner les 197 meurtres commis par "ses" émeutiers, avant d'en appeler à la clémence du juge d'application des peines, sachant que les pressions d'Amnesty International ou celles des diplomaties occidentales n'auront aucun effet ; sinon celui peut-être de précipiter les exécutions pour tourner la page. « Pendant les tirs, la vente continue ».

bas-relief zaratoustraCe n'est pas exactement la même chose à Téhéran. Les manifestations d'électeurs frustrés des résultats "incroyables" aux élections présidentielles - on n'avait jamais vu de mémoire démocratique, sauf en Corse, des taux de participation supérieur à cent pour cent - furent réprimés très durement par les nervis du régime islamique et après une trentaine de morts, 1400 manifestants furent raflés pour intimider la population. L'intention de "terreur pacificatrice" se termine normalement en apothéose par une pendaison à grand spectacle, à la grue. Ce sacrifice rituel signale la fin de la parenthèse. Là, il n'est pas question de justice.
Les images envoyées de Téhéran montrent des prétoires où les nombreux sièges de spectateurs sont tous occupés par des prévenus. Un par un, sans avocat, ils viennent réciter leurs aveux devant des "juges" patibulaires, comme dans le film éponyme de Costa Gavras, puis reviennent à leur place attendre le bon vouloir d'on ne sait qui. Les jugements sont mis en délibéré. Viennent de sortir deux condamnations à mort par pendaison sous les attendus classiques, "guerre à Dieu", intelligence avec des puissances étrangères, etc., ce que vous pouvez imaginer dans une théocratie précarisée par son incompétence à administrer une nation, et in fine pourrie par sa barbarie quand elle se sent menacée. Elle l'est !

émeutes à TéhéranDans les deux condamnés il y a un militant pour le retour du Shah de Perse.
Mohammad Reza Ali Zamani est membre d'Anjomane Padeshahi Iran, la Kingdom Assembly Of Iran dont le siège est à Londres. API a eu la mauvaise idée de revendiquer sur le site fédératif de Tondar l'attentat meurtrier de Shiraz le jour même où il fut commis le 12 avril 2008. Le texte est violemment anti-islamique et annonce ne pas vouloir faire de quartier. Est-ce une falsification des services iraniens ?

Qu'à cela seul ne tienne, les jugements avaient été annoncés d'avance par l'ayatollah Ahmed Khatami, membre éminent de l'Assemblée des Experts (Conseil suprême) : « ceux qui ont participé aux protestations sont mohareb », un crime islamique qui signifie "faire la guerre à Dieu" ; « les forces d'opposition complotent contre Dieu. En foi de quoi ceux qui seront arrêtés seront punis durement et leurs chefs condamnés à mort comme ennemis de la République islamique » (prêche du vendredi 26 juin 09).

Et pour tout comprendre de la justice iranienne, elle a communiqué que Ali Zamani avait été incarcéré avant l'élection présidentielle du 12 juin, dans le cadre d'une procédure anti-terroriste au Sud, donc avant les manifestations. Avait-il une permission pour manifester ? A n'en pas douter ! La condamnation pour "mohareb" peut indiquer qu'elle est motivée par l'attentat de Shiraz ou par les émeutes. Auquel cas l'amalgame intentionnel auquel se livrent les porte-paroles du pouvoir est de mauvais augure. On commuera les peines capitales des "manifestants" et pas celles des "terroristes". La Kingdom Assembly Of Iran risque bien d'avoir gagné un martyr. Quelle sache au moins le capitaliser.

Si vous voulez manifester votre soutien à Ali Zamani, rejoignez la pétition de
la Conférence Monarchiste Internationale :

» FREE ZAMANI «


Ali zamani
L'exécution est suspendu au verdict d'appel qui interviendra à partir du 4 novembre 2009.




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jeudi 7 août 2008

Boycottez vos télés!

rubikub JO
Demain 8/8/08 à 08H08 pm (moins un décalage horaire de six heures), la superstitieuse République Populaire de Chine ouvrira les énièmes Jeux Olympiques sous le regard attendri de Madame Sarkozy (sous toutes réserves me chuchote-t-on) et celui de tant de grands de ce monde. Qu'on ne compte pas sur moi pour avaler la pub télévisée qui va déferler dans mon super moniteur Loewe digital ! J'ai fait voeu de boycott des émissions olympiques pour punir le régime oppresseur de Pékin.
Bon d'accord, comme mon fils ne manquera la cérémonie d'ouverture pour rien au monde je serai forcément au courant, et peut-être même devrais-je jeter un coup d'oeil à l'insu de mon plein gré.

affiche boycott de la TV
Fin du cri ! Que la République chinoise organise le gouvernement des peuples Han à sa guise, elle a une longue expérience du contrôle de ces masses innombrables, et je ne me risquerai pas à lui donner des conseils ! Mais qu'elle impose son imperium à des provinces périphériques dont l'histoire est très décalée par rapport à la sienne est plus dur à avaler. Quand on les critique, les hauts fonctionnaires chinois vous font un cours sur la préservation des 50 minorités ethniques de l'empire, qui, il est vrai, est remarquable, jusqu'au point quand même de confiner ces groupes dans des territoires déterminés, un peu comme le firent les Américains des réserves d'indiens, et de les maintenir dans une certaine arriération civilisationnelle. D'accord, c'est bon pour le tourisme et ces braves gens ne se plaignent pas.

folklore minorité
Mais des nations comme celles des Thibétains ou des Ouigours ne peuvent pas être "gérées" en "indigènes de la république" comme les Cherokees sous tepees. De plus en plus les migrants chinois vers ses destinations de peuplement acquièrent des réflexes "pied-noirs" qui n'augurent rien de chantant pour demain, malgré le trompe-l'oeil d'un formidable essor d'infrastructures et d'immeubles prestigieux : Urumqi au Xinkiang est devenue une capitale qui ne le cède en rien aux autres grandes villes de l'intérieur, mais elle a aujourd'hui 60% de Chinois. Lhassa aura bientôt sa skyline et la ville sera elle-aussi majoritairement chinoise, du moins hors de la saison d'hiver.

Urumqi
Le gouvernement central est confronté à une triple contestation populaire.
Dans les provinces (han) de l'intérieur, il doit contrer une véritable insurrection civique qui s'est levée contre les pouvoirs locaux très discrédités surtout au niveau communal. Les manifestations paysannes parfois violentes se multiplient depuis plusieurs années, de même les émeutes de chômeurs dans les provinces industrielles du Nord-est. Après les destructions récentes du séisme du Se-Tchouan, cette insurrection mentale a gagné toutes les couches sociales au point qu'on a vu des mères de famille obliger des édiles municipaux à se mettre à genoux devant elles pour s'excuser de leur gabegie.
La grande parade des Jeux Olympiques tombe à pic pour calmer les foules et valide le "panem et circences" romain ; mais elle ne sera qu'un intervalle de beau temps politique, déjà oublié au prochain nouvel an lunaire sauf grave couac à Pékin lors des épreuves. Mais j'en doute, à détailler les mesures de précaution inimaginables décidées par le pouvoir.

kunming
Les deux autres contestations sont relativement moins graves car elles concernent les "colonies" du Thibet et du Turkestan chinois (Xinkiang), et contre elles, le gouvernement central bénéficie de l'approbation unanime des peuples han.
Les irrédentistes périphériques feraient bien de le prendre en compte, vingt ou trente mille morts dans leurs rangs n'émouvront pas beaucoup le Chinois de base. Seule laréprobation irritée de la communauté internationale pourrait éventuellement peser et quelque part sauver les autonomistes fébriles.

Encore faut-il que les pays lourds du Monde s'en inquiètent. Si ce ne sont que la France et les pays scandinaves, il y a gros à parier qu'il leur sera répondu d'un coup de chasse-mouches. Pour ce qui nous concerne, la Chine n'a de cesse de nous humilier au supplice de la goutte d'eau depuis la perte de face de la Torche à Paris : boycott des Carrefour, blocage temporaire des touristes chinois vers la France, mise en demeure par l'ambassadeur de Chine à Paris de ne pas recevoir le dalaï lama, report sine die des immatriculations de bureaux français à Pékin, police des Noirs dans les établissements nocturnes pendant les Jeux, etc. Elle sait que nous n'avons que la gueule, et même si le président Sarkozy allait jusqu'à l'esclandre, il ne serait suivi par personne.

lhassa feux d'émeutes
Alors, sans autre moyen que l'absence, j'ai décidé de taper dur au portefeuille pour les calmer un peu, en boycottant les émissions olympiques et donc les écrans de pub qu'elles véhiculent, et surtout en le faisant savoir afin que l'Audimat fléchisse et que les sponsors mercantiles connaissent le commencement du début d'une inquiétude nanoscopique. Désolé, je ne peux faire plus !


loriot
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