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samedi 19 août 2023

Pause stratégique, 宋祖英

Le colonel de l'Armée populaire de libération Song Zu Ying, qui est aussi dans la Wikipedia, se produisait en 2011 à Taïpei en République de Chine (ROC). Mais si, mais si ! C'était l'époque du rapprochement et d'un phagocytage consenti au nom de la règle "un pays, deux systèmes" noyée depuis dans la rade de Hong Kong. On avait ouvert les lignes de transport et communication entre l'île et Mainland ; accepté un quota de touristes continentaux venus voir les cousins du Détroit ; les capitaux taïwanais inondaient les zones industrielles du Fuxien et du Guandong.

Tout a changé depuis lors. Le protecteur Jiang Zemin de la belle colonelle est mort et Xi Jinping a tourné ses bouches à feu sur la clique de Shanghaï. Il a proclamé le rattachement effectif de l'île rebelle par tous moyens même légaux, et Taïwan (ROC) réarme à grandes enjambées soutenue par les Etats-Unis.

Même si l'île montagneuse est sur la défensive depuis la mort de Tchang Kaï-chek, son point faible reste malgré tout la mentalité de sa population qui, en dépit des libertés quotidiennes que lui procure le régime démocratique occidental, garde une fibre chinoise ; moins peut-être chez les autochtones formosans dont est issue la présidente Tsaï par sa mère. Mais le Kuomintang (ROC) continue à ramasser presque la moitié des suffrages, ce qui suggère une « collaboration » possible avec le régime communiste chinois pour peu qu’il mette les formes dans la « pétainisation » du pays. Mais l'arrogance dogmatique de Pékin laisse en douter.

L’objection majeure à l’invasion chinoise est malgré tout dans l’obligation d’un succès foudroyant des opérations amphibies, car après avoir chauffé à blanc son opinion, Xi Jinping ne peut pas échouer comme Poutine en Ukraine, ni se contenter des Pescadores, Quemoy, Wuqiu et Matsu. L’amirauté peut-elle le lui garantir ? A mon avis, non !


Pleurez ! Des sopranos de ce calibre, on n'en fait plus !

lundi 14 mars 2022

Une défaite amère

J'ai perdu ! Après la chute du Mur en 1989, la rupture des barbelés aux frontières intérieures du Pacte qui s'ensuivit, je m'étais mis dans la tête que le commerce serait désormais le meilleur antidote à la guerre. Commercez, commercez, il en restera toujours quelque chose. A tel point que recevant de temps en temps des délégations de clients étrangers, mon premier toast de bienvenue reprenait cette antienne : Depuis l'aube du monde, la rencontre entre les hommes fut l'occasion d'échanges et souventes fois les prémices d'une amitié. Kampé ! Ça plaisait beaucoup.

Les Flamands, les Hollandais, les Danois, les Allemands, tous héritiers de la Hanse, avaient pris ce même parti-pris : le commerce d'abord, gage de richesses et de paix. C'est ainsi que furent créés les grands organes régissant les pratiques commerciales gouvernant les flux générés par les bourses de matières et denrées. Après le GATT (1948-1995) vint l'OMC ; et toutes les grandes institutions financières de dévelopement et commerce qui huilaient les échanges s'étendirent aux espaces qui avaient été libérés de l'idéologie marxiste. Le monde était alors dirigé par des gens d'une certaine épaisseur et pour ne citer qu'eux : Georges H. Bush, Mikhaïl Gorbatchev, Margaret Thatcher, Helmut Kolh, Jiang Zemin et même François Mitterrand. Cahin-caha on approchait de la fin des "histoires". Il y avait tant de monde à nourrir depuis qu'on avait compris que par le développement des échanges c'était devenu possible, que toute l'énergie se concentrait sur ce projet mondial qu'on appellera plus tard mondialisation aboutissant à la globalisation. Les grosses nations exportatrices comme l'Allemagne et le Japon ne se posaient aucune question. Etait-il intelligent de produire ici à des prix deux fois plus chers que ceux des mêmes achats qu'on savait faire ailleurs ? Les Allemands bâtissaient des usines partout, les Japonais aussi qui avaient en plus décidé de financer ex-nihilo la flotte commerciale de Chine populaire en leasing. Des centaines de porte-conteneurs, des milliers de feeders sillonnaient la planète pour assurer le transport de tout à des prix si bas qu'on ne les calculaient plus pour faire un prix de revient. La pulsation du système économique mondial ne semblait pouvoir être arrêtée, au bénéfice des inventeurs de l'idée certes, des acteurs et des back offices aussi, mais surtout au bénéfice des plus mal lotis qui découvraient une chose incroyable : l'espoir enfin d'une amélioration possible de leur sort, sinon l'évasion de leur progéniture du champ de la misère. C'est mon radotage sur l'entropie globale. Il faut constater l'enrichissement relatif des masses laborieuses asiatiques que tous les géographes des années 60 condamnaient à une misère éternelle sur la foi des paramètres démographiques rapportés aux ressources exploitables, pour comprendre ce qu'a produit l'invention de la DIT* dans la mondialisation libérale. Le seul continent qui n'a pas décollé franchement est celui qui conserva la tutelle néocoloniale par enrichissement exclusif de la classe dirigeante. La remarque s'applique aussi à l'Afrique du Sud.
* Division internationale du travail

poster transports internationaux


Puis vinrent les beaufs. Dans les années 2000, deux empires renaissant des cendres de l'Histoire donnèrent successivement la main à des dirigeants de division 2 : la Fédération de Russie se choisit un ivrogne notoire et fier de l'être, auquel succéda pour le protéger des fruits de sa prévarication, un lieutenant-colonel du KGB, capacitaire en droit ; la République populaire de Chine, un fils de prince ayant obtenu son certificat d'études primaires. Celui-ci se toqua du projet impérial rebaptisé The China Dream qui visait à repousser les frontières du pays aux marches impériales incluses dans l'Empire des Grands Tsings, quoiqu'il en coûte en dépenses budgétaires pour y parvenir par la voie d'un réarmement massif, toute la nation, toutes ses entreprises publiques et privées, tous les cadres du Parti étant convoqués au succès du projet, sans murmures ni reproches, dont l'échéance ultime est le 30 septembre 2049. Ce jour-là la Russie aura perdu l'Amour. Justement, à Moscou, le colonel-espion devenu maréchal du Kremlin faisait le même rêve de reconstitution de l'Empire des Romanov dont son prédécesseur avait autorisé la translation des restes à Saint-Pétersbourg pour une inhumation télévisée. Il se guide sur la carte des minorités russophones laissées à découvert par le reflux de l'URSS. L'affaire se termine par la guerre d'Ukraine. Se termine parce que si les batailles de Kyiv, Kharkiv, Marioupol et Odessa ne sont pas perdues pour lui à cette heure, son pays est naufragé, l'Occident ayant décidé d'avoir peur, d'avoir froid pour qu'on en finisse une bonne fois avec ce genre de dément nucléaire ! A l'autre bout du monde, se discutent voies et moyens de faire la guerre à Taïwan, mais le retex de l'affaire d'Ukraine semble freiner les élans chinois. A tout le moins, le concept rhénan de paix mondiale par le commerce s'effondre !

En quarante-huit heures, l'Allemagne acte de son erreur tragique, réarme de cent milliards, reconstruit ses dépendances énergétiques pour sortir du piège russe de Merkel et Schröder. Elle est suivie par tous les pays du monde libre. L'imagination créative en action est un tropisme occidental : il n'est pas un jour sans qu'une idée de souveraineté nouvelle ou retrouvée ne traverse nos instituts de prospective. J'ai confiance, même si le gué sera plus long à traverser qu'on ne le croit. Il faut espérer que les dirigeants chinois, ceux qui ont encore cent sous de jugeotte, comprendront qu'il n'y a pas que le chrome et l'acier des armes pour abattre un pays. Le talon d'Achille est son économie si elle est entrelacée aux autres. C'est le message que la cohésion du monde libre envoie aux dictatures : celui de la barbichette.

La mondialisation va-t-elle néanmoins survivre aux appétits de cons terribles comme les deux précités ? Le monde est en réseau. Placé devant le futur antérieur, nul au monde n'a envie de revenir aux espaces étriqués d'antan, espaces géographiques et mentaux, même si la culture des particularités nationales restera le jardin de l'intimité des peuples. Les pays érémitiques n'ont aucun avenir.

fillette cambodgienne

lundi 26 juillet 2021

Le concertina américain autour de la Chine

Wendy Sherman

Wendy Sherman est arrivée de Mongolie hier à Tianjin. Elle est Secrétaire d'Etat adjoint dans l'Administration Biden, soit le numéro 2 de la diplomatie américaine et surtout un conseiller écouté du président. Ses hôtes sont Xie Feng, vice-ministre des Affaires étrangères et son patron Wang Yi qui portera le toast au pot de clôture. Après le fiasco du grand meeting sino-américain du mois de mars à Anchorage, c'est un format ultra-compact pour se dire les quatre vérités entre quat'yeux, qui a été retenu pour maintenir le canal ouvert !

A lire leurs déclarations préalables à la réunion - c'est un rite bien rodé qui s'apparente à la gymnastique de combat - les Chinois ont découvert que le "vieux" démocrate n'allait pas les emmerder pour la galerie sur les droits démocratiques plus que de raison, mais sur des sujets dont son prédécesseur avait fait son menu ! Sont au menu les attaques cybernétiques sourcées au plus près des institutions chinoises, le commerce biaisé, le droit de la mer et peut-être le développement contraint de territoires accueillant les routes de la soie. Mais le Département d'Etat a fait savoir que la rencontre ne visait aucunement à résoudre aucun point de friction, mais à baliser le périmètre d'intérêts et d'inquiétudes des Etats-Unis vis-à-vis de l'effervescence chinoise sur tous les fronts. On peut considérer que ce "cadrage" prépare la rencontre au sommet Biden-Xi qui normalement devrait avoir lieu au G20 de Rome à la fin du mois d'octobre.

Le problème, c'est que Xi Jinping et sa diplomatie ont un agenda gravé dans l'airain que rien ne changera, dans lequel la Chine populaire domine le monde de la tête et des épaules au centenaire de sa proclamation (1948), et ce quoiqu'il en coûte, dirait l'Autre. L'affaire est toute à la gloire de Xi Jinping qui commence à prendre les tics de Kim Jung-un. Si la psychologie politicienne de Joe Biden l'incite à chercher la faille dans la construction de cet hégémon, si le Département d'Etat est enclin à le suivre pour sauver cinq décennies d'investissements diplomatiques en Chine (Nixon 1972), tant le Sénat que les cercles académiques (think tanks et autres penseurs) ont pris en compte l'autisme chinois actuel, qui tranche avec le pragmatisme rusé des gouvernements précédents dont les postes-clés étaient tenus par des Shanghaiens à l'esprit ouvert.

Xie Feng


On attend certes que les responsables chinois se paient de mots lors de cette confrontation rhétorique de Tianjin, mais la démarche américaine est plutôt de les prévenir "qu'on vous l'avait bien dit" dans le futur. La presse officielle chinoise pousse chaque jour à défier les Etats-Unis et le Japon, s'appuyant sur les revendications territoriales historiques, et quand elle en a fini avec la mer de Chine, elle condamne toute entrave mise par l'Occident à l'achèvement de la suprématie chinoise. Ce n'est que l'expression un peu infantile d'un agenda plus ou moins dissimulé. Joe Biden en est conscient. Il espère réunir l'Occident dans une démarche d'alliance globale de confinement de la Chine populaire, en s'appuyant de son côté sur trois organisations déjà en place, ce qui lui évite de construire un nouveau "mur" diplomatique qui serait facilement dénoncé par les Chinois aux Nations Unies. On citera dans l'ordre de promiscuité avec Washington...

- les Five Eyes, dont le petit dernier, la Nouvelle Zélande, a fini par rejoindre le canevas sinophobe des quatre autres : RU, Canada, Australie, USA ;
- l'OTAN qui devrait bloquer toute espérance de contournement par l'Arctique d'une alliance sino-russe en négociation ;
- le QUAD qui cherche à conserver une suprématie navale dans l'Océan indien et le Pacifique nord occidental (Inde, Japon, Australie, USA).

Ceci ressemble à un encerclement de l'empire revenu. A juste titre, les autorités chinoises le dénoncent. Peuvent-elles faire plus ? C'est ce que nous verrons en deuxième semaine.


barbelé concertina

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