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mardi 9 mai 2023

France, danger droit devant !

Le colloque Action Française du 13 mai précèdera le cortège traditionnel AF de Jeanne d'Arc du lendemain dimanche. Son thème est "La France en danger" et les intervenants sont énumérés dans l'affiche reproduite ci-dessous. Allez-y.

affiche rouge du colloque avec François Marcilhac, Laurent Henninger, Roch de Cauvigny, Anne-Laure Bonnel, Jean Messiha, Bernard Lugan, Jean-Frédéric Poisson, Philippe Mesnard, Pierre-Yves Rougeyron et Hilaire de Crémiers

A côté des intervenants habituels qu'on ne présente plus, sont invités Laurent Henninger et Anne-Laure Bonnel.
Laurent Henninger est un spécialiste "défense" réputé qui a publié des ouvrages de référence sur la question. Il est certainement intéressant d'entendre quelqu'un qui est allé au fond du "danger" que représentent la méprise stratégique franco-russe et les sous-dotations des armées françaises dans un monde en révolution (Babelio).
Anne-Laure Bonnel est une journaliste d'extérieur, reporter de guerre qui va où d'autres vont moins (Donbass, ronds-points, Liban etc). Rapporter des réalités de terrain peut vous faire accuser de ménager la chèvre et le choux, mais revivifier la première victime de la guerre, la vérité, n'est jamais inutile dans un monde où la désinformation fait rage (Gala).

Espérons que ces deux-là auront la plus longue exposition dans ce colloque, puisqu'on connaît déjà ce que diront les autres.
La France en danger ? Parlons-en.

Puisqu'on a commencé par la guerre, faisons-en le premier paragraphe.
(1) Au plan stratégique, la France est en danger de vanité, d'abord sur ses outremers, mais aussi dans ses responsabilités continentales à tenir son créneau au rempart de l'Alliance. La guerre d'Ukraine a dévoilé au grand public des insuffisances graves dans l'équipement de nos unités appelées à combattre en haute intensité, sans même parler d'une masse critique pour le combat de mêlée qui n'existe pas. Les bons esprits (qui redoutent que des crédits sociaux soient détournés vers le réarmement) soutiennent que notre position géographique en fond de court nous dispense du déploiement de masses blindées sur le Rhin. Ils se trompent, car une guerre européenne, hybride et classique, n'aura pas de front. Elle sera partout.
Faute de disposer de moyens de défense conséquents, nous serons un poids mort, revenus de notre arrogance génétique et définitivement déclassés. Réarmons quoi qu'il en coûte !
En zone indo-pacifique, nous sommes à la merci d'intrusions de forces navales ou paramilitaires étrangères qui pourraient submerger certaines îles et s'y maintenir avec le concours d'une population retournée par une propagande habile. Certains ont vu comment nous nous sommes fait jeter du Sahel.
Simple aparté : si nous avions disposé en Nouvelle Calédonie d'une base navale défendue et dotée de moyens adéquats de projection, le retournement australien n'aurait peut-être pas eu lieu.

(2) Après ce sous-investissement, parlons du désinvestissement. Ce qu'on appelle la "fuite des cerveaux" n'est pas une expression galvaudée, comme le grand remplacement de Renaud Camus. Il y a un mouvement d'exorbitation de chercheurs et de jeunes entrepreneurs qui fuient une société sclérosée et revendicative pour se réaliser ailleurs. Exemples nombreux, jusque dans les couche CSP-. L'insuffisance crasse de la classe politique française et le goût technocratique des complications a fini par motiver d'aucuns coincés de partout malgré leur courage ou leurs bonnes idées à partir. Nous aurons bientôt une diaspora française dans tous les pays du monde comme les Chinois ont leurs Chinatowns. Les "quartiers français" (avec bordel de luxe obligatoire) seront autant de relais pour les migrants francophones. La valeur qui est ajoutée au loin ne l'est plus chez nous. Malheureusement l'horizon ne s'éclaircit pas, le tapage le plus bruyant contre nos blocages provenant des masses archaïques de la gauche plurielle agrippée au codex antique du socialisme à compte d'autrui comme la moule au bouchot. Le socialisme nous a coulé ; on en redemande !
Après la saignée des deux guerres mondiales qui ont couché la fine fleur du pays, voila que la dictature des bureaux fait décamper les praticiens de l'intelligence, mettant en danger la remise à niveau de notre pays, ouvrant ce faisant la voie du toboggan de notre inéluctable déclin. Il nous restera qui ?
Petit aparté : quand je vois partir de purs produits des communautés asiatiques sensées s'incruster, je doute encore plus de notre attractivité.

(3) Qui les remplace ? Eric Ciotti, en perdition dans le champ politique, vient de découvrir l'eau chaude de l'immigration soutenue qui menace nos us. Hélas, les migrations sont le propre de l'homme autant que le rire. Sinon nous serions tous encore dans la vallée du Grand Rift éthiopien. S'il est peu douteux que des technocrates onusiens cherchent à faciliter la montée des populations pauvres vers les nations riches, l'affaire se présente plutôt comme une simple mécanique des fluides : dépression, surpression, contrepression ou dit autrement sur Royal-Artillerie depuis trois lustres : entropie générale jusqu'au gap acceptable des niveaux de vie. La faible appétence des populations européennes à se salir dans les travaux pénibles appelle à son remplacement qui veut bien, des populations laborieuses sans espoir d'aucune amélioration de leurs conditions d'existence chez elles. C'est la surpression. La contrepression vient des mesures de freinage des Etats européens sans solution d'intégration des nouveaux venus, tant au plan économique et financier qu'au plan des frictions civilisationnelles. On a le cas aujourd'hui des réfugiés soudanais qui, où qu'on les questionne, au Tchad, en Egypte, au Sud-Soudan ou en Libye, déclarent tous vouloir atteindre l'Europe et sa pax romana. Ce n'est pas un mirage pour eux. Tout ça pour un concours de bites entre généraux soudanais en érection mentale. Et on touche là du doigt le moteur de l'émigration continue en Afrique : la contre-gouvernance des élites autoproclamées qui ont capté les pouvoirs civils presque partout. Rares en Afrique, mais il y en a, sont les pays gouvernés par la raison. La solution ? il n'y en a pas. Un peu comme avec la hausse des océans. Après on peut faire des moulinets contre le complot des illuminati...
Dernier aparté : les mesures de régulation de l'immigration sont connues, certaines peut-être moins:
  • Licencier tout le personnel politique à poste jusqu'au rédacteur de cabinet ;
  • Déporter les mêmes aux Kerguelen, Saint-Paul, Nouvelle Amsterdam et Crozet, l'ivraie comme le chiendent repoussent ;
  • Rapporter le regroupement familial ;
  • Réguler les entrées licites aux quotas ;
  • Récupérer et concentrer les clandestins pour puiser dans un vivier d'OS afin de fournir les secteurs en forte dépression ;
  • Régulariser les travailleurs à temps plein cotisables (l'appel d'air est un leurre, il ne diminue jamais) ;
  • Respecter la sueur d'autrui et dételer les chômeurs professionnels.

(4) Le dernier danger avant le prochain est l'état de calamités des finances publiques en France au sens large, qui va nous autoriser à candidater pour un siège prestigieux à l'Union Africaine. On ne va pas y revenir aujourd'hui, ni lors du colloque du 13 mai apparemment ; sauf à redire quand même, que tant les marchés par le biais des taux de prise en pension de nos bons du Trésor que le Fonds monétaire international par ses remontrances appuyées, vont entamer notre souveraineté en encadrant notre gouvernement de contraintes semblables à une mise en tutelle.
Mais le jour où les jeunes générations comprendront qu'elles se sont fait baiser dans les largeurs par les hypothèques prises sur leurs têtes, bonjour les pogroms dans les EHPAD ! Anciens, séniors ou simplement vieux, ne vous départissez pas du sachet de ciguë !

affiche AF Jeanne 2023 pour le 14 mai à 10h à l'Opéra

Bon colloque ! Bonne Jeanne !

lundi 1 août 2022

Où l'on s'achète une minerve !

Roman de gare estival - chapitre 5
La nouvelle se déplace au nord.

ferryboat

Rentrés comme prévu au Quinze Août, Alf repartit du Plessis-Robinson et continua sur Calais où un ancien copain du collège technique avait un garage réputé en anciennes et ferait une révision complète de la Traction à prix d'ami, à la seule condition d'être cité dans le magazine Autoretro où paraîtrait la voiture au printemps prochain. L'autoradio Radiomatic - il n'en restait que la façade - balançait ses fréquences dans des haut-parleurs modernes et Alf s'en mettait plein les oreilles avec la capote fermé pour cause de mauvais temps. Après Noailles, il chargea sur la nationale un jeune couple d'Anglais trempés qui remontaient au ferry de Calais. Quand fut épuisé le sujet sur la voiture super-sympa mais qui consommait beaucoup sans doute, Alf sut qu'ils avaient passé leurs vacances sur le lac Léman. Quelle idée ! Puis ils étaient remontés par la Bourgogne, évitant Paris et sa faune urbaine, les rats, les voyous et la merde des chiens. Alf ne relança pas, sachant qu'ils décrivaient aussi la banlieue de Londres comme à Seven Sisters. Le garçon était plutôt beau pour un Rosbif et la fille semblait à côté de lui un en-cas. Mais comme sa plastique commençait à souffrir des nuits à bières, on sentait qu'elle s'y était faite. Alf comprit très vite qu'il n'y aurait pas de conversation, surtout au premier barrage de CRS protégeant la côte des routiers double-usage. "Les Français avaient créé le problème migratoire transmanche en ne retenant pas les faux réfugiés désireux de passer en Angleterre et en fermant les yeux sur les passeurs". Inutile de leur expliquer qu'en France, le migrant était une culture, au même titre que le maïs ou le canard gras, et que rien ne changerait jamais, ni de ce côté du Channel ni de l'autre. Il les mena aux bureaux de l'embarcadère qu'ils pénétrèrent sans se retourner, et reprit la route du littoral vers chez lui, mit la cassette de Wilson Pickett et monta le son :
Mustang Sally (au casque).

Les vacances étaient terminées depuis une quinzaine. S'ils n'avaient pas fait tant que ça de photos, ils avaient passé du bon temps, avec de super-nanas décoincées qui plus est, et montraient un bronzage très classe moyenne supérieure. Alf avait repris son poste de dessinateur industriel dans un chantier naval de Calais et Med était retourné dans sa clinique. La titine était sous housse chez Romain-Jean qui allait la préparer cet hiver pour le reportage d'Autoretro. Il était envisagé de lui ajouter des watts comme à l'époque avec un compresseur Constantin, mais aussi un visco-coupleur de ventilateur de chez Rover pour réduire le couple perdu, une culasse Speed (pas facile à trouver) et sans doute de vraies jantes à rayons pour mieux refroidir les tambours de freins. Mais le premier travail était d'ouvrir la boîte de vitesses dont la seconde sautait, obligeant à tenir enclenchée la queue de vache avec le genou. Ça n'était pas la tringlerie. Sur la carrosserie, on ferait juste un polish pour la garder dans son jus, Alf et Med s'en chargeraient en venant un samedi au garage. Le programme était simple et abordable. Alf rentrait le vendredi soir chez ses parents à Zutkerque pour faire un peu de jardinage le week-end, son linge et ballader le terre-neuve le long de la rivière. Parfois il montait un hameçon à sa canne d'ado et allait pêcher au coup quand il ne pleuvait pas. A Calais, il avait son pub et des copains de zinc et comme toute sa classe d'âge à Calais, il sautait à l'occasion des Anglaises qui venaient sur le continent faire des courses. Une vie réglée de célibataire en somme.

Med fut réveillé en sursaut par le téléphone bien qu'il soit onze heures mais c'était un samedi. Alf appelait de chez ses parents. Il avait la Voix du Nord dans les mains avec un titre en page 3 qui lui glaçait le sang. Il parlait à mi-voix.
- Ecoute ça :
Crime d'honneur à Mannheim au Bade-Wurtemberg, titrait le canard avec une photo d'un immeuble entouré de voitures de patrouille et d'ambulances. La police est intervenue la nuit dernière dans un immeuble de la Maximilianstrasse à l'appel de voisins effrayés par des cris de terreur apparement féminins provenant du dernier appartement. L'équipe d'intervention renforcée dut fracturer la porte pour trouver deux femmes dans la trentaine baignant dans leur sang sur le tapis du salon. Quatre hommes furent appréhendés comme témoins dans l'immeuble, dont un qui tentait de gagner le toit, mais qui ne sont pas connus des services de la police criminelle. D'après les témoignages recueillis à proximité par les correspondants du Stuttgarter Zeitung, il pourrait s'agir d'un crime d'honneur, vu l'appartenance communautaire de la famille. Les premiers éléments divulgués sur les victimes indiquent qu'elles étaient originaires de la Sarre.
Suivait des considérations sur les statistiques de criminalité dans un district plutôt calme...

Un blanc au bout du fil. Med était suffoqué et ne disait rien. Au bout d'un moment Alf brisa le silence pour dire que d'une certaine façon, c'était écrit : des Turcs ne laisseraient pas passer ça et le petit du camping ne s'était pas trompé. Vous sûtes instinctivement que vous étiez aussi des cibles ; si l'honneur de la famille turque avait été ruiné, c'était en partie de votre faute. Alors vous échafaudâtes les prémices d'un protocole de sûreté qui commençait par ne pas se rencontrer déjà, pour éviter que l'un ne mène à l'autre. Le plus sûr était de quitter les logements présents au cas où une enquête de voisinage par des malfaisants ne démarre à la Tamarissière ou autour. Le bureau du camping avait les adresses et la photocopie des cartes d'identité. Ainsi Med se fit à l'idée de quitter le Plessis-Robinson pour Paris intramuros et Alf prit un petit triplex rue de la Monnaie à Lille, qui était déjà dans ses intentions en location-vente. Ils avaient la chance d'être restés célibataires mais chacun de son côté prévint sa parentèle qu'il partait en mission à l'étranger sans possibilité de le joindre. Si les explications ne suffisaient pas, ils étaient près à se fâcher avec les leurs. Il y avait aussi le reportage à venir dans Autoretro. Ils étaient indentifiables bien plus facilement par la Onze décapotable de couleur marron que par aucun autre signalement précis. Il fallait annuler et arrêter les frais chez Romain-Jean. Comment le prendrait-il ? Surtout si la meilleure précaution était de ne pas l'informer du pourquoi pour éviter la dissémination, lui qui était en ce moment identifiable par la voiture garée chez lui. Mais à la fin du mois, Alf fit une rencontre utile.

Un pote d'un pote était turc (ou kurde). Quand un soir au pub la conversation avait roulé sur la civilisation toujours archaïque de la Turquie populaire et sur les crimes d'honneur chez les paysans d'Anatolie. Alf apprit sans que les autres ne le sussent qu'il devait être mort à cette heure. Le protocole de vengeance communément admis voulait que l'amant soit sacrifié le premier, si possible sous les yeux de la femme adultère, laquelle devait tourner de l'œil pour faire bonne contenance avant que d'y passer à son tour. A distance, on pouvait rapporter à l'épousée les glaouis du défunt comme preuve de l'exécution. S'ils étaient encore vivants il n'y avait que deux raisons probables : soit ils étaient restés introuvables mais alors pourquoi priver les "coupables" de la douleur du spectacle promis en les égorgeant les premières ; soit les maris les considéraient comme des pigeons innocents qui auraient été séduits par leurs femmes dévergondées. Faudrait peut-être continuer à réfléchir... Chacun avait retrouvé un boulot correct ; un nouveau logement sympa ; ils décidèrent de s'en tenir au plan une année encore et jusqu'après les vacances de l'an prochain. Le mieux d'ailleurs n'était-il pas de les passer en... Norvège ? A Kirkenes, les Turcs ne vont jamais à Kirkenes. Et les Russes non plus maintenant.

Kirkenes harbour
(la suite au prochain numéro)

vendredi 21 mai 2021

Meghan au pays des merveilles

Un billet people ne peut nuire à la santé quand on n'en abuse pas. C'est le jour de la duchesse. Miss Meghan Markle, duchesse de Sussex par son mariage avec le fils cadet du prince Charles d'Angleterre, est d'abord un châssis. Et quel châssis ! Celui de Diane chasseresse, enfin, une chasseuse de pigeon !

profil de Meghan Markle


La légende - certains la commence plus tôt que d'autres - la dit capricieuse, autoritaire avec le petit personnel, racunière, mais c'est sa gentille famille qui a ouvert le feu bien avant son mariage la traitant d'égoïste et d'ambitieuse sans scrupules ; son père, qui fit tout pour elle dans ses jeunes années, étant celui qui montra publiquement le plus d'amertume à se voir rejeté au fossé du chemin qui menait sa fille adorée à la ducature, parce qu'il avait une dégaine d'ivrogne. Quelle idée !

Meghan fut une actrice de série B qui passait sur le câble et sut tout de suite sortir du script pour jouer de son joli minois et d'un corps à deviner, mais ne fut connue qu'à partir de la série judiciaire Suits (costards), Avocats sur mesure. Elle épousa son compagnon du métier en attendant de trouver mieux ; et le trouva : un faraud de prince roux qu'il n'était pas besoin d'attendrir tant il chouinait sur ses conditions de vie au royaume de Grande Bretagne et sur les contraintes insupportables que le protocole de sa grand-mère de reine lui imposait. Une vraie pâte à modeler. Elle y prit goût dès le premier jour.

Pour partir du bon pied et faire bon poids sur la balance, la duchesse à titrer invita à la noce royale le gratin du showbiz californien, ou presque. Et d'aucuns, étonnés et ravis, avouèrent ne pas la connaître autrement que sur leur écran de télévision. C'est vache !

Harry, le pigeon, est le cadet contrarié. Après la naissance du fils de son frère aîné, il perdit la qualité de spare wheel du char royal. Secoué d'abord par la mort tragique de sa mère hystérique, abandonnée par son futur roi pour une fée Clochette passablement usée (et moche), il fut bridé ensuite dans son engoûment pour la chose militaire à la fois par la modestie de ses études, sa qualité de spare part, et en Afghanistan, par le danger qu'il représentait pour ses camarades de combat dès lors qu'il était lui-même une prise de choix pour l'ennemi. Finalement il s'en dégoûta et se mit à errer dans le quotidien d'un prince sans emploi mais avenant et bon camarade.

Meghan a su voir les possibilités de développement de son union. Elle rompit les ponts avec la vieille firme qui aurait - mais je ne le crois pas - un problème avec les génitrices à la peau mate et lui imposait un protocole désuet qu'elle ne comprenait pas, des voyages épuisants dans des pays pauvres sans avenir - quelle corvée ! le Commonwealth qui les accueillit appréciera ! L'autre faraud a tout gobé et elle lui a montré comment on savait faire de la monnaie en Amérique, après avoir tapé son beau-père de quelques millions de livres sterling pour s'établir au niveau attendu par le milieu du cinéma. De cadet de William, il est devenu le mari de Meghan, toujours le second de quelqu'un. Dans un deuxième entretien mélo-psychanalytique (après celui que Meghan avait accordé à Oprah Winfrey), Harry prend une heure et demie à expliquer son malheur d'être né dans le zoo Windsor et combien il se sent libre maintenant hors des fers de la monarchie (clic).

Il est ce qu'il ressent et nul n'est à sa place. D'aucuns dont je suis ont pensé que des responsabilités entrepreneuriales dans le seul domaine où il est diplômé, celui des hélicoptères, libèreraient le prince Harry de ses cauchemars, du moins en changerait-il pour découvrir ceux du compte d'exploitation, du bilan, de l'inquisition fiscale. Au lieu de quoi, il a essayé de dupliquer son association Invictus dans une fondation qui fera le bien, nommée Archewell, Compassion in action (clac) ; plus quelques cachets ou jetons ci et là. Mais ce sont des activités qui vous convoquent dans les magazines et sur les plateaux télé, pas vraiment l'ermitage qu'on a pu deviner au soir de la rupture avec son père.

Pour le moment, l'affaire tient la route même si le train de vie au château appelle beaucoup de monnaie. Mais il est quand même difficile de comprendre pourquoi les ducs de Sussex, fuyant les tabloïds anglais et le corset de Buckingham Palace qui attirait les paparazzi, se jettent au devant des caméras et micros californiens à première demande, en dehors de leur trip humanitaire. N'anticipons rien de la vie du couple ducal, Harry peut très bien accepter de commander en second et l'affaire durer jusqu'à ce que la mort les sépare. Il n'en demeure pas moins qu'un châssis prend de l'âge, les amortisseurs perdent de l'air et les ressorts s'affaissent. Que restera-t-il de la duchesse de Sussex dans vingt ans ? Comme pour tout le monde... ses défauts !
Harry Mountbatten aura-t-il été libéré entretemps de ses obsessions maternelles qui sont le prisme déformant de sa vie ? Il semblerait que la publication du rapport Dyson sur l'interview de sa mère et de Charles Spencer chez le journaliste-voyou Martin Bashir dans l'émission Panorama de la BBC en 1995, remette une pièce dans le juke-box et ravive sa propension au délire de traque qui le bouffe littéralement.

les ducs de Suissex

mercredi 12 mai 2021

Libérez la beuze !

Ce billet n'est pas moral. Non ! Il n'est pas immoral non plus. C'est un article a-moral, en ce sens qu'il définit des propositions visant à obtenir des effets en relation avec un but prédéterminé, obéissant ainsi à la maxime de Qui veut la fin, veut les moyens ! Oui, nous parlons du cannabis, sur lequel nous nous inscrivons pour la dépénalisation, parce qu'il n'y a pas de petite liberté, dans ce pays qui en a supprimé beaucoup à divers motifs, dont celui de la normalisation de nos mœurs et pensées. Ce billet n'est pas non plus d'actualité pour le meurtre d'un policier en Avignon, bien que ce crime odieux puisse hâter une réflexion sur le démantèlement des filières de trafic de drogue agglutinant à leur exploitation des racailles sans foi ni loi.

On sait que la tension est forte sur le marché du stupéfiant de base, l'herbe, et que la population cliente des réseaux de distribution à ciel ouvert ne cesse de croître, bien que moins vite qu'on ne l'entend dire. La France est pour une fois la première de la classe, en terme de consommation de cannabis en Europe. Elle compte cinq millions de consommateurs réguliers (par comparaison, les fumeurs de tabac sont dix millions), qui viennent sur quatre mille points de deal, ce qui permet déjà de comprendre la logistique engagée par les trafiquants. Le produit est une denrée commerciale d'avenir mais son commerce n'obéit pas à la loi de l'offre et de la demande. C'est un produit cher à prix fait, la variable d'ajustement est la quantité servie au point de deal. On peut développer en commentaires.

champ de cannabis

Deuxièmement, les réseaux de distribution de ce produit prohibé ont évolué bien au-delà de la contrebande de tabac blond et se sont structurés. Les chaînes d'approvisionnement sont aussi complexes que celles qui fournissent Rungis en légumes, et les gains obtenus de ce commerce ne sont plus dépensés en frime et bagnoles. Ils sont blanchis intelligemment, même si les marques allemandes restent prospères et les bordels de La Jonquera très fréquentés par les cadres moyens, mais hors de portée du petit personnel. Le Paradise aux cent cinquante "visages" facture au taximètre, plus les faux-frais et la vodka-Redbull. Même si c'est moins cher qu'à Genève, il faut quand même les sortir ! Si on a de l'essence, on peut continuer jusqu'à Barcelone, c'est plus chic, plus cher, sans être le défunt Sphynx du boulevard Edgard Quinet. Pour la danse du ventre, les grands patrons, eux, vont aux Emirats !

Le blanchiment de l'argent gagné sur l'herbe est diversifié ; et à travers des échoppes - un peu dans le style des trattoria parisiennes de la Ndrangheta - des bars spécialisés (à chicha ou non), des salons à barbe et autres services utiles, jusqu'aux boîtes à touristes de Pattaya ou Phuket, l'argent disparaît... mais existe !

Nous avons donc un marché porteur pour longtemps, des réseaux commerciaux de plus en plus affûtés sans besoin d'intelligence artificielle, une ressource inépuisable et sûre. Le danger est moins dans les effets des psychotropes sur le cerveau humain - après tout, la liberté est aussi celle de se foutre en l'air à contempler notre bel avenir - que de l'enracinement progressif de mafias locales sur le sol français, à l'image de l'Italie méridionale. On sait d'expérience que ces organisations italiennes finissent par planter une certaine respectabilité dans les projets d'infrastruture, le bâtiment, les services urbains, tout ce qui est indispensable à la vie d'une cité. On ne citera pas le ramassage des ordures communales et la gestion des décharges contrôlées, ce serait de la délation. Mais tout ceci n'est pas très neuf, le Milieu prospéra longtemps en France sur un faisceau d'activités borderline achalandées et sur le trafic de stupéfiants qui n'a jamais connu la crise. Les filières de cannabis ne sont pas la French Connection, mais il y a un début à tout ! Paradoxalement, à quelque chose malheur est bon :

La répression privilégiée par les partis démocratiques

Les politiques qui écoutent leurs électeurs sont pour l'attaque frontale du narco-trafic. Ils fourbissent leurs arguments moraux et sanitaires qui capteront le plus de voix possibles. En réalité, le retrait de l'Etat de quartiers entiers entraînant celui des commerçants privés, a vitrifié les cités, les a stigmatisées comme des zones de non-droit, sortes de zones franches abandonnées à elles-mêmes, et la fibre entrepreneuriale, motivée au début par l'accès aux biens de luxe à titre de compensation, a pris le dessus et sauvé l'espace économique restreint dans le plus pur style de l'Ecole autrichienne d'économie. Il n'y a pas de réel chômage en cité, mais ce n'est pas non plus l'Eldorado ! Il va falloir en tenir compte quand on décidera de bloquer ou réduire le narco-trafic sur les villes de banlieue, avant de détruire les filières de distribution de drogue douce. Chacun sait que l'on peut casser ce commerce de détail, si on le veut. Comme, entre parenthèses, coffrer tous les black blocs qui pourrissent la vie citoyenne. Les "embrasements" des cités sont surestimés par les chaînes hiérarchiques qui motivent ainsi une certaine prudence dans les interventions de leurs subordonnés pour assurer leurs carrières et les pensions futures. Mais c'est à la Justice à prendre ses responsabilités dans le traitement de ce furoncle social. Et il est possible que, d'une certaine façon, les juges au quotidien se vengent de la misère noire de leur institution par une certaine compréhension des débordements sociaux. Nous avons le plus mauvais système judiciaire d'Europe occidentale, le plus mal payé et le plus idéologisé à la fois ! A karchériser un jour les cités, il faudra commencer par là ! Comptez cinq ans d'abondements budgétaires prioritaires soutenus avant d'envisager l'assaut.

L'Etat (ou la société) sera-t-il capable de fournir des revenus de substitution aux cités, quel que soit le moyen d'y parvenir ? Au niveau des détaillants c'est gérable, les dealers de rue sont des smicards ou moins encore. Guetteurs, charbonneurs, nourrices, coupeurs et saute-ruisseaux n'ont que des revenus de complément. Cette ruche peut être détournée de la prohibition, d'autant qu'elle n'a aucune protection sociale et parfois le paie cher, très cher ! Ce sera déjà plus onéreux pour un gérant du point de deal qui peut se faire entre quatre et neuf mille euros par mois. Il gère les appros, les stocks des nourrices, la mise en rayon et la compta qu'il présente à première demande à l'échelon supérieur. C'est déjà un "métier". Valorisable ? Hum ! Au demi-gros et au gros, c'est impensable.
Une étude de 2011 estimait le nombre de grossistes en France à un millier, lesquels grossistes affuraient par an en moyenne chacun quatre cent mille euros net d'impôts. Il est peu de métiers dégageant une plus-value suffisante pour y prélever quatre cent mille euros de revenus nets. Pour ceux qui ne se sont pas encore établis dans le civil (hôtellerie, villages balnéaires exotiques, sociétés de sécurité, courtiers en produits rares, etc...) la tentation sera grande de se reporter sur des trafics parallèles comme la cocaïne, l'héroïne, la traîte humaine, la contrebande d'armes, toutes activités déjà en exploitation dans lesquelles les nouveaux venus devront s'insérer de force, à la tronçonneuse. Et on ne parle pas de Moufide Bouchidi, l'empereur du shit arrêté à Dubaï au mois de mars, qui fournissait cinquante tonnes de résine chaque année en France. Ces empereurs du crime ne sont pas récupérables par aucun dispositif de reconversion, en revanche, fortement adaptables à un marché ouvert de n'importe quoi à grosse marge, s'ils restent libres. Curieusement la saisie des comptabilités de filières à Chicago par exemple, donne les mêmes niveaux de rémunérations sur toute la hauteur de la pyramide qu'en France. Des gérants plafonnent à trente ou cinquante mille dollars par an ; la base qui prend le plus de risques est littéralement exploitée comme dans tout bon système capitaliste.

affiche Willie Nelson Green

La dépénalisation ou la légalisation de contournement

Les politiques sincèrement inquiets cherchent voies et moyens d'en finir avec cette lèpre sociale et font leur profit de l'expérience des pays étrangers confrontés au même problème. Nous ne discutons pas dans ce billet de la nocivité ou des effets sociaux de la consommation de cannabis. Sauf sur un point : les détracteurs de la dépénalisation arguent d'une mutation des envies du consommateur vers la cocaïne ou vers des drogues dures. C'est l'escalade. Même si on trouve toujours le cas qui va prouver l'escalade, on ne peut pas publier une statistique fiable de ce phénomène faute de population analysable, tout en sachant bien que le camé à seringue a fumé des joints plus jeune ! Néanmoins, à observer le marché américain, il faudrait creuser la question des débouchés du crack pas cher dans les Etats qui ont légalisé l'herbe.
Les marchés de stupéfiants sont compartimentés, tant en consommation qu'en distribution. Les filières sont différentes parce que les risques le sont aussi, et les clientèles également, même si on trouve de la cocaïne sur certains "fours" franciliens. Il y a deux cent mille cocaïnomanes en France et dix fois plus se font un rail de temps en temps dans une fête, mais ce marché de la poudre est incomparablement plus étroit que celui du cannabis. En outre, les filières de la cocaïne impliquent des cartels puissants et dangereux qui, à destination à partir du demi-gros, se dédouanent en passant la main à des personnalités huppées, du showbiz souvent. On n'est plus dans le monde du shit ! Tout le monde a en tête au moins deux noms connus, mouillés dans ce trafic. Abstenons-nous aussi de tirer des conclusions hâtives sur la perte de contrôle mental chez les assassins en puissance ou la perte d'attention au volant pour quelques pétards, elles n'apportent rien au débat, sauf de l'émotion !

Casser les points de deal est plus une question de volonté que de moyens - la police en tenue en est capable - mais tarir l'offre est une autre paire de manches. Quant à déraciner un jour une mafia, ce sera presque impossible parce qu'elle aura infecté les circuits décisionnaires, les édiles locaux et les marchés publics ; et nous allons faire semblant de croire que ce n'est pas encore le cas en France. Il faut intervenir avant l'enracinement. Jusqu'à plus ample informé, on n'a pas trouvé mieux que la dépénalisation de la consommation de cannabis et la légalisation de la production pour ruiner les filières et les tentations de capture de territoires où elles prospèrent. Les pays qui l'ont fait¹ s'en portent mieux et la banalisation du produit déprime les courbes de consommation. Il reste néanmoins des circuits d'approvisionnement parallèles pour livrer les catégories sociales exclues de la légalisation, dont les mineurs, et ceux livrant des psychotropes plus forts et plus chers. La dépénalisation aura aussi l'avantage d'extraire une partie conséquente de la politique sanitaire et de sécurité du circuit judiciaire, où sont atténuées trop souvent les responsabilités selon les appréciations contingentes, si tant est que les peines soient exécutées ou les contraventions payées !

La légalisation du cannabis ne règlera pas tous les problèmes d'insécurité et de santé publique comme par enchantement. Le marché, lui, existera toujours et il faudra le servir à prix attractif et dans les quantités demandées, sauf à vouloir maintenir un marché noir de complément si la ressource est insuffisante (c'est le défi qu'affrontent les pays dépénalisateurs) ; et surtout contrôler la nocivité potentielle des produits distribués, car la "beuze" d'aujourd'hui est bien plus forte que le "hakik" d'hier. Certaines résines du Rif à 40% de THC ont des effets approchant ceux de la cocaïne, dit-on chez les Stups marocains. Si l'imagination était au pouvoir, elle saurait favoriser de nouvelles filières d'approvisionnement à grand débit vers les bureaux de tabac qui sont en France les points de vente tout trouvés pour un psychotrope. Et y embaucher les spécialistes formés sur le tas. A moins, bien sûr, que l'Etat ne décide de s'y substituer dans une régie monopolistique sous statut, qu'il gèrera le plus mal possible évidemment, avec droits et taxes pour un prix final hors de prix, ce qui relancera la contrebande antérieure en faisant ressurgir les points de deal au pied des barres. On ne guérit pas la technocratie de sa bêtise, mais peut-être que pour une fois... ?



J'ai une question au fond de la classe : "Et le roi dans tout ça ?"
Justement ! Ce type de défi aux complications promises et aux intérêts croisés, parfois ou souvent (rayez la mention inutile) inavouables, ne peut être affronté qu'en conseil restreint de gens déliés de tout lobbying, agissant sur des chaînes courtes de commandement qui préviennent la dilution des intentions et permettent une réactivité en temps réel. C'est la définition d'un pouvoir monarchique tel qu'il s'exerçait jadis, avec peu de ministres - les gouvernements de Louis XV au grand complet géraient tout avec une douzaine de ministres et secrétaires d'Etat - peu de paperasse, les ordres étaient donnés à la voix. Il est vrai qu'on a de la peine à imaginer ça avec l'encrassement des rouages exécutifs actuels : réunion au Château, fuite-test de la mesure, évaluation de la réponse de l'opinion, communication du porte-parole et du ministre en charge, conseil des ministres pour validation, projet de loi, commission parlementaire, amendements, votes en assemblée, navettes, grèves en ville, relecture par les permanents du ministère concerné, décrets d'application ! Comme disait Paul-Eric Blanrue la semaine dernière : « Depuis plus de deux cents ans, la France n'a cessé de perdre en influence, de se réduire, de se "déliter" selon la formule du jour, au moment même où son Etat grossissait démesurément pour à la fin ressembler à un diplodocus - avec sa petite tête et son gros cul.» Le gouvernement de M. Macron est tellement sûr de foirer la légalisation qu'il freine des quatre fers sur les propositions de dépénalisation émanant de sa propre majorité parlementaire. Son Etat a un trop gros cul pour bouger !


Sources ayant servi à cet article :

- https://www.nouvelobs.com/justice/20210328.OBS41979/voici-le-classement-des-dix-plus-gros-trafiquants-de-drogues-francais.html
- Alain Labrousse, Géopolitique des drogues, PUF coll. Que sais-je ? n°3693, 2004
- https://www.cairn.info/revue-mouvements-2016-2-page-71.htm
- Christian Ben Lakhdar, “Le deal de drogues : un revenu complémentaire très risqué”, in C. Duport (Dir), L’intervention sociale à l’épreuve des trafics de drogues, ADDAP, Marseille, 2011
- https://www.lefigaro.fr/vox/societe/legaliser-le-cannabis-c-est-risquer-une-catastrophe-sanitaire-20190710
- https://www.liberation.fr/checknews/2018/06/04/combien-gagnent-vraiment-les-trafiquants-de-cannabis_1656457/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Trafic_de_stup%C3%A9fiants
- http://drugsinfo.canalblog.com/archives/2013/02/03/26297011.html
- https://fr.le360.ma/politique/cultivateurs-de-cannabis-une-amnistie-generale-pour-repartir-sur-de-bonnes-bases-238176
- https://photo.neonmag.fr/cannabis-6-choses-qui-se-passeraient-si-la-france-legalisait-la-marijuana-33538#legaliser-le-cannabis-qu-est-ce-que-ca-changerait-590354
- https://www.vaporisateur-cannabis.org/chiffres-consommation/
- https://www.growbarato.net/blog/fr/pays-ou-le-cannabis-est-legal/

>Note (1): cannabis légal au Pays-Bas, en Afrique du Sud (plus Malawi et Zimbabwe), au Canada, au Chili, en Uruguay. Cannabis médical légal en Australie, Allemagne, République tchèque, au Mexique, en Israël, Thaïlande, Italie, Nouvelle Zélande. Aux Etats Unis, dix états ont légalisé et trente autres se sont limités au cannabis médical. Le Danemark, le Luxembourg et le Royaume Uni autorisent les dérivés thérapeutiques (huiles, crèmes, pilules).



mercredi 19 décembre 2018

Pour un nouveau contrat social

Va s'ouvrir bon gré mal gré la conférence nationale dont la préparation est sous-traitée à Chantal Jouanno (si, si). On peut supposer mais pas prouver que cette manifestation étirée sur deux mois servira de cellule de dégrisement au peuple insurgé, voire de cellule psychologique pour certains. Sauf que la matérialité de l'exercice risque d'en vite dévoiler la perversité et de refouler les gilets jaunes qu'on aura invités à "exprimer leur souffrance". Lassés d'attendre leur tour après tous les "pros" subventionnés incontournables dans tout débat national, ils rentreront chez eux ou au bar-tabac du coin. Bien sûr, je ne parle pas des petites mairies. L'affaire sent l'enfumage. Combien de jours a duré la nuit du quatre août ? J'en vois au fond qui n'écoutent pas. Le Grenelle de mai 68 ? deux jours ! Le pouvoir croit tenir les Etats généraux du pays sur deux mois ? Pour en sortir sans doute un pavé de deux mille pages avec lequel on calera pieds de tables et commodes ! La dernière consultation verticale a été inventée par Nicolas Sarkozy. Elle appelait dans toutes les préfectures à cerner l'identité française. A part quelques associations sur crédits publics qui n'avaient pas le choix, la consultation fit un flop retentissant, tout le monde avait piscine ou poney. A l'inventaire des premières réactions politiciennes, le caractère condescendant des gens qui organiseront le débat laisse présager le même résultat. Après un moment d'attention, l'exercice à deux minutes par tête va conduire le bavardage national au ravin. Cette décision a néanmoins un intérêt pour ceux qui savent y faire :

Pendant quelques semaines (deux ? trois au grand maximum) les Français seront réceptifs aux propositions politiques et en mesureront la pertinence à l'aune de leur intérêt particulier. Moins captivés par l'intérêt général qui dans nos sociétés fragiles et sophistiquées est vite inextricable quand on pousse l'analyse, il peut advenir que les gens se lassent d'y porter attention, et comme chez certains de nos voisins, préfèrent laisser phosphorer des experts de l'imbrication. Et c'est ce à quoi les royalistes auraient dû se préparer depuis longtemps, par le projet d'un nouveau contrat social, afin de proposer un deal au peuple :

Le DEAL que les monarchistes français devraient proposer est de revenir au roi pour le domaine régalien stricto sensu que l'on arracherait à la dispute gauloise. En contrepartie, tout le reste serait remis à la démocratie participative, quelque forme de régime suisse à adapter chez nous.

Bannière de l'Armée catholique et royale - Acte V - Paris

Ce partage ne serait pas si différent des domaines prétendûment réservés d'aujourd'hui dont le parlement vote les crédits par reconduction automatique en même temps qu'il prend du champ sur les questions subalternes laissées aux morceaux de bravoure de la représentation nationale et aux amendements.

Une instauration monarchique compréhensible par tous, sur tous les ronds-points, barrages et péages, et dans tous les commissariats de France et de Navarre ! Un chef pour l'essentiel qu'on oublie et tous pour le social et notre quotidien. Et cessons ces commémorations au souvenir d'une époque qu'aucun de nous n'a jamais connue ! C'est impolitique au possible.

Reste à former les "cantons français" sur la base de nos départements avec quelques ajustements de commodité. Et en avant pour le R.I.C. ! Qui rédige le projet dans le détail et son argumentaire ? L'école de pensée ?
Soyons pratique et faisons court :

« l'autorité en haut, les libertés en bas »
.


lundi 1 octobre 2018

Au comptoir de l'Improbable

L'adresse au Congrès des familles de Chișinău par le prince Louis de Bourbon délivrée le vendredi 14 septembre 2018 (en anglais) restera dans les annales de la Légitimité pour trois raisons : il s'y présente dans un style direct comme le successeur des rois de France ; il évacue toutes dérives de la famille traditionnelle ; le texte est long (qui l'a écrit ?).

Je vous propose d'en reprendre la chair politique en laissant de côté les politesses et les accessoires rhétoriques, mais le texte peut être lu in extenso en français en cliquant ici. Nous ferons aussi l'économie de la revendication dynastique habituelle.

Nous y voyons trois chapitres, (1) la monarchie héréditaire de projet ; (2) la famille, cellule essentielle des sociétés humaines ; (3) le chaînage des générations. Le verbatim du prince est en caractères gras, les intertitres sont de mon cru.

I.- Le projet capétien est celui d'une famille


Je me trouve héritier d’une famille qui a régné durant plus de huit cents ans en France et qui, surtout, comme tous les historiens le reconnaissent, a fait d’un petit domaine un état puissant et rayonnant en Europe et au-delà. Cette œuvre a été possible parce qu’elle fut celle d’une famille, la famille royale, Ainsi, les lois fondamentales du royaume, la Constitution de l’époque, qui ont permis son développement, étaient à l’origine une loi de famille. Pour le plus grand bien collectif, ces lois organisaient la transmission du pouvoir royal de mâle en mâle par ordre de primogéniture. Elles garantissaient ainsi la stabilité du pouvoir et assuraient une dynastie nationale. Tel est le « miracle capétien ». Loi de famille mais tout autant loi sociale puisqu’elle était basée sur un ordre et qu’il en résultait des hiérarchies naturelles entre les personnes.

C'est l'exact fondement du régime de monarchie héréditaire dans le continuum d'un projet. Tous les royaumes n'en ont pas bénéficié, principalement ceux régis par des monarchies électives dont les intérêts pouvaient être distraits par des contingences extérieures. Deux monarchies européennes au moins sont l'archétype des monarchies de projet, la française et la prussienne. L'anglaise, une thalassocratie s'établissant sur un archipel ramassé est à part. La première fut mise en défaut pour n'avoir pas veillé suffisamment à la condition des peuples alors qu'elle agissait puissamment sur les théâtres extérieurs, la seconde est exactement l'inverse, soucieuse du bien commun à l'intérieur, c'est sa démarche d'hégémonie extérieure qui l'a tuée ; les deux ont disparu. L'exemple de monarchie de déconstruction par l'élection est celui de la Pologne. Nul royaume n'a connu pareils malheurs dans son histoire.
Concernant le modèle, nous rappellerons juste un paragraphe (le 6ème) de l'A-propos de ce blogue publié en 2008 auquel nous ne changeons rien :
Le roi est la clef de voûte idéale puisqu'il pérennise l'idée de Nation, l'incarne toute et la domine. Il sert de repère fixe dans les périodes de tumultes, apaise les contentieux, recherche le bien de chacun et de tous, et par éducation, est au fait de la chose publique très tôt dans sa vie. La charge de roi accumule l'expérience nécessaire à l'exercice de sa fonction pendant une période plus longue que la seule vie du titulaire au moment. Le roi dont le souci premier est le legs d'un héritage toujours mieux consolidé n'est prisonnier d'aucun dogme, d'aucune idéologie, d'aucune loi supérieure à celle qui le sacre. Le roi est enfin la garantie d'un rajeunissement périodique de la clef de voûte nationale quand s'ouvre sa succession. Le modèle est naturellement évolutif.


II.- La cellule essentielle


Nous sommes responsables de cette cellule sociale, lieu de la vraie solidarité et rempart contre la précarité et l’isolement. Cette défense de la famille passe par celle de la vie, de sa conception à la mort naturelle et, au-delà, par le respect dû aux morts qui ne doivent pas devenir des enjeux de pouvoir ; elle passe par la transmission des valeurs et notamment par l’éducation qui ne peut se limiter à l’instruction. Voilà ce qu’il convient d’affirmer et surtout d’assumer malgré les embûches de législations souvent hostiles. Ceux qui attaquent la famille naturelle savent ce qu’ils font. Par la famille ils cherchent à atteindre la société toute entière et ses fondements. C’est ainsi que naissent les totalitarismes. Ce danger est actuel.

Si la cellule familiale a fait ses preuves à outrance - neuf milliards d'êtres humains sont en train de ruiner la seule planète habitable de notre système solaire - la régulation des naissances devrait interpeler l'intelligence dans la procréation au lieu de convoquer la boucherie en dernier ressort. Si Louis de Bourbon ne s'en prend pas explicitement à l'avortement-pour-tous qui est devenu l'étalonnage du progrès d'une civilisation dans l'opinion fabriquée par les médiats, on a compris qu'il est pro-vie comme d'ailleurs son cousin d'Orléans, devenu cette année un administrateur de l’Institut Jérôme Lejeune.

Cette question de la régulation par la mort est en train de monter dans tous les pays, à entendre les cris d'orfraie du camp progressiste qui anticipe une réduction de ses "droits". Il ne m'étonnerait pas que dans dix ans , nous revenions en France à la loi Veil d'origine, celle qui préservait la femme de décisions cruelles en s'arrêtant au seuil du meurtre gratuit. Les réserves de plus en plus ouvertes du corps médical vont y aider, surtout si l'Etat veut le contraindre. Le sujet mérite un article séparé, mais il n'échappe à personne qu'ici, sur ce site, l'embryon est un homme en devenir et rien de moins.

Les positions du prince recoupent celles de La Manif Pour Tous, mais il est quelqu'un de plus médiatisé que Ludovine de la Rochère, qui défend la famille traditionnelle en jetant dans la balance l'alternative qui cerne complètement la question, c'est Marion Maréchal ex-Le Pen. Déjà, à l'époque du projet de "loi famille" du gouvernement Ayrault, elle dénonçait sur les bancs de l'Assemblée nationale, la substitution d'une famille sociale à la famille biologique en des termes non équivoques, contre les promoteurs du mariage des paires stériles, de l'insémination des lesbiennes et de la grossesse commerciale, au seul motif de l'égalité des désirs. Extraits :
« On passe simplement du statut de la famille biologique à la famille sociale (...) où le tiers est au même niveau que les parents, ce que je condamne »;
« Au-delà des temps, des générations, des idéologies, papa-maman reste papa-maman et restera toujours papa-maman, c’est peut-être malheureux mais c’est comme ça »;
« Le beau-père ou la belle-mère n’ont pas le même rôle éducatif et affectif que le père ou la mère »;
« Il faut faire des enfants qui sont élevés dans la culture française, qui aiment cette nation et cette patrie, ... faire des générations qui sont les récepteurs, les héritiers de cette belle culture qui est la nôtre et qui vont pouvoir à leur tour la transférer pour l’avenir ».
(ndlr : lors d'une interview, elle a balayé à une question insidieuse de JJ Bourdin sur la couleur préférable de ces enfants : "français veut dire français !")

Sur le sujet de la famille, Louis de Bourbon et Marion Maréchal sont sur la même longueur d'onde. L'avenir de l'un et de l'autre est à écrire, mais si la bienpensance ne s'intéresse pas encore au prince, il vient juste de se déclarer franquiste et il faut un certain temps aux pornocrates pour trouver un créneau de dénigrement entre deux punchlines, par contre celui de la belle blonde qui louche est au stade de l'alarme si on en croit des gens comme Manuel Vicuña (Arrêt Sur Images) qui dénonce la presse mainstream en train de construire "le monstre" (sic) dont elle se repentira quand seront revenues les HLPSDNH ! Dans ce délai, Louis peut travailler son aisance au pupitre.

L'attelage qui nous plairait peut néanmoins se désunir dans l'amalgame "Franco-Le Pen". Même si les choses pourraient être facilitées par le départ prochain du Menhir et plus encore si Marine Le Pen se retirait sur ses terres pour réfléchir à ses impossibilités, on peut deviner que le combat sera rude face au quatrième pouvoir confisqué par les progressistes. Reste à savoir si l'Opinion y croit encore à ces heures sombres brandies à tort et à travers. Il semblerait qu'ailleurs ce ne soit plus le cas. Les élections des pays de Visegrád, celles d'Autriche, celles d'Italie et même de Suède sont un rejet du bien-penser réglementaire. Les esprits s'affranchissent des chaînes de l'esprit posées après la guerre à l'ouest et après la chute du Mur à l'est. Tout dès lors peut arriver aux prochaines élections européennes.

Entretemps Marion Maréchal promeut son nouvel institut de science politique en direction de l'Espagne dans les colonnes d'El Confidencial (clic). Une rencontre eut-elle été possible ? A refaire !


III.- Le chaînage des générations


Par deux fois le discours de Chișinău s'intéresse au "maillon" de la chaîne généalogique et à la mémoire qu'elle transporte.

Cette famille ce sont ceux qui m’ont précédé et à qui je dois d’être ce que je suis. Voyez-vous, il n’y a pas un jour où je ne pense à mes aïeux qui m’ont légué une histoire qui parfois me dépasse ; où je ne pense à mon frère trop tôt perdu, à mon Père, mort alors que j’étais trop jeune, à mes grands-parents, à ma chère grand-mère décédée il y a quelques mois. D’eux tous, je suis redevable de ce que je suis, petit maillon d’une chaîne immense. Il est absurde de vouloir croire que l’on serait des individus orphelins qui auraient tout à redécouvrir ou à attendre de l’État. Bien évidemment si cela s’applique à ceux qui nous ont précédés, cela est encore plus vrai pour ceux qui sont actuellement à mes côtés, chaque jour, chaque instant.

Le rôle social de chacun d’entre nous. Il repose sur l’expérience de l’histoire et sur l’actualité récente. Lorsque certains cherchent à rompre le pacte social, s’ils combattent dans un premier temps ceux qui s’y opposent par les idées ou par les armes, très vite et toujours ils cherchent à briser les familles. Pensons à la Vendée où femmes et enfants étaient tués encore plus que les combattants eux-mêmes et de façons atroces ; souvenons-nous des Arméniens et des politiques génocidaires qui ont suivi et qui, sur bien des points du globe continuent ; comme nous l’avons vu il y a encore peu, pour les chrétiens d’Orient. Chaque fois, sous le règne des totalitarismes rouge, brun et maintenant vert, les familles sont inquiétées pour ce qu’elles représentent, chaque fois il y a des séparations forcées, l’emprise sur les enfants pour en faire des enfant-soldats, et des mises en esclavages pour les filles et les femmes.

Bien sûr les apprentis-sorciers de la refonte sociale sont gênés par cette mémoire qui vient de loin et transmet les "tares" du monde ancien, le genre, l'altérité, l'éthique, une morale dépassée. C'est pourquoi la famille leur est suspecte. N'a-t-on pas entendu des ministres de l'Education nationale s'arroger la mission de former les consciences au-delà de la simple instruction ? En privé, on nous assure qu'il ne s'agit en fait que d'exfiltrer mentalement les enfants des familles salafistes pour leur apprendre à appliquer les droits de l'homme de notre civilisation des Lumières. Mais ce sont quand même toutes les familles de France qui sont concernées par la captation, si elles ne sont pas spécifiquement visées. Il s'avère néanmoins que les "familles" se défendent assez bien jusqu'ici puisque leurs adversaires se considèrent toujours au milieu d'un combat.



Le discours de Chișinău s'ouvre sur un appel à militer pour défendre et pérenniser la famille traditionnelle, nous en faisons notre conclusion :
Il faut connaître les manières de résister face aux attaques auxquelles la famille traditionnelle est confrontée. Elles sont multiples : accueil d’une famille nombreuse, prière, action politique, sociale ou juridique, et toujours attention et vigilance permanentes.


XII World Congress Of Families 2018 Chisinau Moldavie



Relevé des compteurs de notoriété Facebook France au jour de ce billet :

Marion Maréchal......750719 followers

Louis de Bourbon.....93353 followers

Jean d'Orléans........5928 followers



Postscriptum du 4 octobre 2018 : On fera son profit de l'article de Jean-Yves PONS sur le frottement d'idées entre le Rassemblement national et le parti des Républicains en cliquant ici.


vendredi 14 septembre 2018

Chasse, viande et traditions

La lettre de Pierre Van Ommeslaeghe, prof de philo à... (faut pas le dire) est ouverte. Il est donc possible de la diffuser sous licence Creative Commons. La voilà telle quelle, seule la toile et le fusil sont de mon cru. Rien à ajouter, 100% d'accord.

Compagnie des Palanges

L’ouverture de la chasse, dimanche dernier, semble vous avoir particulièrement excités. C’est d’abord la baisse du prix du permis national de chasser qui vous a scandalisés. Rappelons que le droit de chasser pour tous est une conquête de la Révolution française. Souhaitez-vous que cette pratique soit de nouveau réservée aux plus riches ? C’est ensuite la RATP qui censure la campagne publicitaire de la Fédération nationale de la chasse, « Les Chasseurs, premiers écologistes de France », et fait modifier les affiches. C’est, enfin, un déchaînement de haine de la part de certains végans et de prétendus écologistes, voulant interdire purement et simplement la chasse, quelle qu’elle soit.

Pourtant, s’il est des amoureux de la nature, qui la connaissent, ce sont bien les chasseurs. Qui n’a jamais parcouru la forêt un matin d’automne, le nez saturé d’odeurs, l’oreille aux aguets, l’œil rempli de bruns, d’ocres et de vert, ne peut dire qu’il aime la nature. Le chevreuil qui traverse le chemin, le sanglier qui déboule, le lièvre qui détale, c’est la cerise sur le gâteau. Quel écolo-bobo peut distinguer un canard souchet d’un colvert ? Un hère d’un daguet ? Une martre d’une fouine ? Comment se prétendre écologiste quand on est incapable de distinguer une buse d’un milan ? Vous ne comprenez pas que l’on puisse aimer les animaux et en tuer ? Ceux d’entre vous qui ne sont pas végétariens sont hypocrites. Ça ne vous gêne pas de manger de la viande pourvu que vous ne sachiez pas comment elle est arrivée dans votre assiette. Mais quel est l’animal qui a connu la meilleure vie ? La vache cantonnée dans une stabulation toute sa vie à manger, au mieux, du foin ou le chamois qui l’a passée à brouter dans les montagnes ? Le chasseur qui mange une bécasse l’a débusquée, visée, tuée. Il sait réellement ce que signifie manger de la viande. Cela signifie tuer un animal. Il l’a tuée avec le moins de souffrance possible (pas comme dans certains abattoirs) et respecte un plan de chasse qui limite les prélèvements.

Certains d’entre vous, plus cohérents, ont fait le choix de ne plus manger de viande. Pour autant, je ne doute pas que, cet été, vous avez tué des guêpes, des mouches, des moustiques. Pourquoi serait-il immoral de tuer un sanglier, pour s’en nourrir, et moral de tuer un insecte parce qu’il nous importune, voire simplement parce que nous en aurions peur ? Au contraire. Les populations d’insectes, une des bases de la chaîne alimentaire, sont en effondrement. Depuis 1989, il y aurait 80 % d’insectes en moins. Par contre, les populations de sangliers sont en expansion. Les agriculteurs se plaignent de leurs dégâts et reprochent aux chasseurs de ne pas en tuer assez (près de 700.000 l’an dernier, pourtant, deux fois plus en vingt ans). Si on ne les chasse plus, ils risquent fort de dévaster les cultures ; voire de s’inviter dans vos jardins comme cela est déjà arrivé.

Vous voulez préserver la biodiversité ? Mais ce ne sont pas les chasseurs qui la mettent en danger. Beaucoup de programmes pour la protéger sont mis en œuvre par leurs fédérations départementales. Ce qui met cette biodiversité en danger, ce sont les éclairages nocturnes ; c’est l’artificialisation des sols, notamment à cause du développement des centres commerciaux ; ce sont les produits phytosanitaires épandus dans les champs ; les plastiques rejetés dans la nature. Souvent les conséquences du mode de vie citadin qui est le vôtre.
PVO
(publiée sur Boulevard Voltaire le 10 septembre 2018)





Postscriptum du 15.09.2018

Sur Boulevard Voltaire hier, M. Eric Madigand apporte la contradiction au plaidoyer pour la chasse de Pierre Van Ommeslaeghe (c'est ici). Si les pratiques dénoncées existent, elles sont dans leur immense majorité le fait de chasses à parts. C'est une industrie de loisirs par actions. Elle sévit en Sologne mais aussi dans d'autres territoires propices à l'élevage du gibier et aux larges parcours de chasse. S'y adonnent des rupins qui achètent une "action" pour venir le week-end passer la journée, parfois avec des clients, parfois avec leur maîtresse, et qui ne peuvent repartir avec trois grives et un perdreau pour la ice-box de la malle.

On ne fera pas l'injure à PVO de prétendre qu'il ne connaît pas ce dont il parle, comme s'y aventure M. Madigand, parce qu'il vit au cœur d'un territoire cynégétique où l'on chasse derrière son chien, sinon en battue paysanne pour réguler les cochons qui, saturés de glands, descendent vers les cultures.

Quant à parler de "souffrance morale" du gibier, il eut mieux valu dire souffrance tout court ou traumatisme. Le toutou de La Folle de Chaillot n'a aucune morale ; il n'est pas construit pour. Et soutenir que les animaux ne sont pas des objets - avis que je partage - convoque leurs défenseurs à un stage d'une seule journée en abattoirs pour bien vérifier le monde réel et devenir le lendemain végétarien après une nuit blanche.

lundi 4 mai 2015

La démocratie sociale force l'intégration des étrangers

A lire pour armer la discussion dans un débat sur l'intégration forcée en Europe de populations exogènes peu ou pas adaptées en l'état, dans l’optique de Hans-Hermann Hoppe, anarcho-capitaliste tendance monarchiste, qui devrait inspirer l’avenir du royalisme en France. Ces arguments sont autrement mieux fondés que les anciennes lois fondamentales du royaume disparu.
L'article va de l'argument productif jusqu'au démontage des motifs du personnel politique éphémère à capter revenus et ressources sans protéger le capital. On peut conclure avec Hoppe que par essence nos régimes démocratiques font le commerce des voix pour se survivre. On peut lire ce pavé en plusieurs fois, à mâcher lentement. Voir l'avertissement en note de bas de page.

I. Le flux migratoire est une valeur productiviste

Pr Hans-Hermann HOPPE
L’argument classique en faveur de l’immigration sans frein se présente comme suit : toutes choses égales par ailleurs, les entreprises vont là où le travail coûte moins cher, réalisant ainsi une approximation du principe à travail égal, salaire égal, de même que la meilleure affectation du capital possible. Un influx d’immigrants dans une région à salaires élevés abaissera les salaires nominaux. Cependant, il ne réduira pas les salaires réels si la population se trouve en-deçà de sa taille optimum (et il est certain que les États-Unis, dans leur ensemble, ont bien moins de population que leur taille optimale). Si c’est le cas, en fait la production augmentera tellement que les revenus réels augmenteront. De sorte que les restrictions à l’immigration feront plus de mal aux travailleurs protégés en tant que consommateurs qu’elles ne leur feront gagner en tant que producteurs. En outre, des restrictions à l’immigration accroîtront la fuite de l’épargne à l’étranger (l’exportation des capitaux qui seraient restés autrement), provoquant une égalisation des taux de salaire (quoique plus lentement), mais conduisant à un gaspillage du capital, détériorant ainsi les niveaux de vie dans le monde.

II. État-providence et immigration sont des problèmes distincts

Tel que présenté plus haut, l’argument en faveur de l’immigration sans frein est irréfutable et exact. Il serait aussi stupide de le contester que de nier que la liberté des échanges conduit à des niveaux de vie plus élevés que le protectionnisme. Ce serait aussi une erreur de contester l’argumentaire immigrationniste en faisant remarquer que, du fait de l’existence d’un État-providence, l’immigration concerne désormais dans une large mesure des parasites des systèmes sociaux qui, alors même que la population des États-Unis est en-deçà du niveau optimum, n’accroissent pas le niveau de vie général mais le diminuent.
En effet, il ne s’agit pas d’un argument contre l’immigration mais contre l’État-providence. Bien sûr, celui-ci doit être détruit, éradiqué. Mais les problèmes de l’immigration et de l’État-providence sont des problèmes analytiquement distincts, et on doit les traiter en conséquence. Le problème de l’argumentaire qui précède est qu’il souffre de deux défauts connexes qui invalident sa conclusion d’immigrationnisme inconditionnel, ou qui limitent son applicabilité à une situation hautement irréaliste, depuis longtemps évanouie dans l’histoire humaine. On ne mentionnera qu’en passant le premier défaut :

Pour les libéraux conséquents de l’École autrichienne d’économie politique, il est évident que ce qui constitue le bien-être est un jugement de l’esprit, et les ressources matérielles ne forment qu’une part de ses considérations. Même si les revenus réels augmentent du fait de l’immigration, il ne s’ensuit pas que l’immigration doive en être automatiquement tenue pour bonne, car on pourrait préférer un niveau de vie plus bas et une plus faible population à une plus grande richesse matérielle dans un peuplement plus dense.
C’est sur la seconde impasse que nous allons nous concentrer ici : c’est sur un territoire particulier que les gens immigrent. Or, l’analyse présentée au départ ne traite absolument pas la question de savoir qui, s’il existe, possède (maîtrise) le territoire en question. En fait, pour rendre l’analyse applicable, on suppose, implicitement, que le territoire en question n’appartient à personne, et que les immigrants arrivent sur un espace vierge (la frontière ouverte de l’histoire américaine). Il est évident que cette hypothèse, on ne peut plus la faire. Or, si ce postulat est abandonné, le problème de l’immigration acquiert un sens fondamentalement différent, et exige d’être repensé de fond en comble.

III. Dans le village global l’on immigre forcément chez quelqu’un

Pour illustrer ce que j’entends, imaginons une société anarcho-capitaliste : quoique je sois persuadé qu’une telle société est le seul ordre politique que l’on puisse défendre comme juste, je n’essaierai pas d’expliquer ici pourquoi c’est le cas. Je vais plutôt l’utiliser ici comme un point de départ conceptuel, pour contribuer à faire comprendre l’erreur fondamentale de la plupart des apôtres contemporains de l’immigration illimitée.

Supposons donc que toute la terre soit propriété privée : cela inclut toutes les rues, routes, aéroports, ports, etc. Pour certains terrains, le titre de propriété n’est soumis à aucune servitude : c’est-à-dire que le propriétaire est libre de faire tout ce qui lui plaît aussi longtemps qu’il ne porte pas atteinte à la propriété des autres. Pour d’autres, l’usage peut être plus ou moins étroitement restreint. Comme c’est aujourd’hui le cas dans certains lotissements, le propriétaire peut être soumis à des limites contractuelles à ce qu’il peut faire de sa propriété (des règles d’urbanisme librement acceptées) telles que : usage résidentiel (occupation bourgeoise) et non usage commercial, hauteur des immeubles limitée à trois étages, pas de vente ni de location aux Juifs, Allemands, Catholiques, homosexuels, Haïtiens, aux familles avec ou sans enfants, ou aux fumeurs, entre autres exemples. Il est clair que dans cette société strictement libérale, il n’existe absolument aucun droit à l’immigration.

Ce qui existe, à la place, c’est le Droit de multiples propriétaires indépendants d’inviter ou de ne pas inviter les autres chez eux, conformément à leurs titres de propriété illimités ou limités. L’accès à certains terrains pourra être facile, et à d’autres quasiment impossible ; dans tous les cas, être accepté sur la propriété de celui qui vous invite n’implique aucun droit de se promener dans les environs, à moins que les autres propriétaires n’acceptent de telles déambulations. Il y aura sur chaque terrain exactement autant d’immigration et de non-immigration, d’exclusion et de non-exclusion, d’intégration ou de ségrégation, de non-discrimination ou de discrimination fondée sur des critères raciaux, ethniques, linguistiques, religieux, culturels ou (n’importe quels) autres, que l’auront décidé les propriétaires privés et associations de propriétaires privés.
Remarquez que rien de tout cela, même pas la forme la plus extrême du ségrégationnisme, n’a le moindre rapport avec le refus du libre échange et l’adoption du protectionnisme. Du fait qu’on ne désire pas fréquenter des Noirs, des Turcs, des Catholiques, des Hindous, etc. ou vivre dans leur voisinage, il ne s’ensuit pas qu’on ne souhaite pas échanger à distance avec eux.

Bien au contraire, c’est précisément le caractère absolument volontaire de l’association et de la séparation — l’absence de toute forme d’intégration forcée — qui rend possible les relations pacifiques — le libre échange — entre des gens culturellement, ethniquement, ou confessionnellement différents.




IV. La hauteur d’implication d’un État est la coupe réglée

Dans une société totalement libérale (anarcho-capitaliste), il n’y a pas de gouvernement central, et par conséquent pas de distinction précise entre les nationaux (citoyens du pays) et les étrangers. Cette distinction n’apparaît qu’avec l’institution d’un État, c’est-à-dire d’un groupe de personnes qui détiennent un monopole de l’agression (de l’impôt).

Le territoire sur lequel s’étend le pouvoir fiscal devient national (intérieur) et quiconque réside au-delà de ce territoire devient un étranger. Les frontières d’État (avec les passeports), à la différence des bornes de la propriété privée, ne sont pas des institutions naturelles (elles sont imposées par la force). En fait, leur existence (et celle d’un gouvernement national) fausse à deux titres l’inclination naturelle des gens à s’associer les uns avec les autres.
Tout d’abord, les résidents ne peuvent pas exclure de leur propriété les hommes de l’État (les envoyés du fisc), mais sont victimes de ce qu’on pourrait appeler l’immigration forcée des agents de l’État.
Deuxièmement, pour pouvoir faire intrusion sur la propriété privée de ses sujets afin de les taxer, un gouvernement doit invariablement prendre le contrôle des routes existantes, et il emploiera ses recettes fiscales à produire encore davantage de routes, dans le but de faciliter son accès à toute propriété privée, comme matière fiscale potentielle. Ainsi, cette surproduction de routes n’implique pas seulement une facilitation innocente du commerce interrégional — un abaissement des coûts de transaction, comme les économistes naïfs voudraient nous le faire croire ; c’est aussi une intégration nationale forcée (une déségrégation artificielle de localités séparées).

En outre, avec l’installation d’un gouvernement et de frontières d’État, l’immigration prend un sens entièrement différent. L’immigration devient une immigration d’étrangers, à travers des frontières d’État, et la question de savoir si une personne doit être admise n’incombe plus à des propriétaires privés ou à une association de propriétaires privés, mais aux hommes de l’État en tant que souverains ultimes de tous les résidents nationaux et comme propriétaires de fait de toutes leurs possessions.

Cependant, si les hommes de l’État excluent une personne alors même qu’un résident national est disposé à l’accueillir sur sa propriété, le résultat est une exclusion forcée (phénomène qui n’existe pas dans une anarchie de propriété privée). En outre, si les hommes de l’État laissent entrer une personne alors qu’il ne se trouve pas ne serait-ce qu’un seul résident national qui souhaite admettre cette personne sur sa propriété, le résultat est une intégration forcée (qui n’existe pas non plus dans une anarchie de propriété privée).

V. Si un roi se substitue à l’État, l’immigration est choisie
[c'est le point d'appui de la propagande royco]

Frédéric II de Prusse
Maintenant, ajoutons quelques postulats historiquement réalistes : supposons que l’État soit propriété privée. Le souverain possède littéralement l’ensemble du pays dans les limites de ses frontières. Il est pleinement propriétaire d’une partie du territoire (son titre de propriété y est illimité), et possède partiellement le reste (en tant que propriétaire ultime ou prétendant au revenu résiduel de toutes les possessions immobilières, quoique contraint par une espèce de contrat de location préexistant). Il peut vendre et léguer sa propriété, et il peut calculer et réaliser la valeur de son capital (son pays).

Les monarchies traditionnelles, et les rois, sont les exemples historiques les plus proches de cette forme de gouvernement. Que sera la politique d’immigration et d’émigration caractéristique d’un roi ? Dans la mesure où il possède l’ensemble de la valeur en capital du pays, il aura tendance, en ne lui supposant pas d’autre intérêt que le sien, à choisir les politiques de migration qui préservent ou accroissent la valeur de son royaume, au lieu de la diminuer.

En ce qui concerne l’émigration, un roi voudra empêcher l’émigration de sujets productifs, et particulièrement de ses sujets les meilleurs et les plus productifs, parce que les perdre diminuerait la valeur du royaume. Par exemple, de 1782 à 1824, une loi interdisait aux ouvriers qualifiés de quitter la Grande-Bretagne.
En revanche, un roi souhaitera expulser ses sujets improductifs et destructeurs (les criminels, clochards, mendiants, romanichels, vagabonds, etc.), car les extirper du royaume accroîtra sa valeur. C’est pour cela que la Grande-Bretagne a expulsé des dizaines de milliers de délinquants de droit commun en Amérique du Nord et en Australie.

En ce qui concerne par ailleurs l’immigration, un roi souhaitera tenir la tourbe à l’écart, de même que les gens aux capacités productives inférieures. Cette dernière catégorie ne sera admise que temporairement, si elle l’est seulement, comme travailleurs saisonniers sans droit de cité (comme quand nombre de Polonais furent admis comme travailleurs saisonniers en Allemagne après 1880), et on leur interdira toute possession immobilière permanente.
Un roi ne permettrait l’immigration permanente qu’à des individus supérieurs ou du moins au-dessus de la moyenne (c’est-à-dire à ceux qui accroîtraient la valeur de son royaume en y résidant), comme lorsque après 1685 (la Révocation de l’Édit de Nantes), des dizaines de milliers de Huguenots furent autorisés à s’installer en Prusse et lorsque Pierre le Grand, Frédéric le Grand et Marie-Thérèse d’Autriche facilitèrent l’immigration et l’établissement de grands nombres d’Allemands en Russie, en Prusse et dans les provinces orientales de l’Autriche-Hongrie. Bref, même si les politiques de migration d’un roi n’éviteraient pas entièrement les cas d’exclusion et d’intégration forcée, elles feraient grosso modo ce que feraient des propriétaires privés, s’ils pouvaient décider qui admettre et qui exclure.
Le roi serait particulièrement regardant, se souciant à l’extrême d’améliorer la qualité du capital humain résidant, afin d’accroître la valeur du sol ou d’éviter de la diminuer.

VI. Le gérant démocratique d’un pays importe ou exporte des voix sans critères

On peut prédire que les politiques de migration prendront un tour différent une fois l’État devenu propriété publique. Le dirigeant n’est plus propriétaire de la valeur en capital du pays, il n’en dispose plus qu’à titre temporaire. Il ne peut pas vendre ni léguer sa place de dirigeant, n’étant qu’un gérant provisoire.
En outre, la liberté d’entrer existe dans cette profession de gérant étatique. N’importe qui, en principe, peut devenir dirigeant d’un pays. Les démocraties telles qu’elles sont apparues sur une large échelle après la Première Guerre mondiale présentent des exemples historiques de gouvernement public.

Encore une fois, si on ne leur prête pas d’autre intérêt que personnel (le souci d’accroître au maximum leur revenu pécuniaire et psychique : l’argent et le pouvoir), les maîtres démocratiques cherchent à accroître au maximum le revenu courant aux dépens de la valeur en capital, dont ils ne peuvent pas s’emparer à titre privé. De sorte que, se conformant à l’égalitarisme inhérent au suffrage universel, ils ont tendance à mener des politiques nettement égalitaires, non-discriminatoires, en matière d’émigration et d’immigration.

En ce qui concerne la politique d’émigration, cela implique que le dirigeant démocratique se soucie peu de savoir si ce sont des gens productifs ou improductifs, des cerveaux ou des clochards, qui quittent le pays. Les uns et les autres ont le même droit de vote. En fait, le dirigeant démocratique pourrait bien s’inquiéter davantage de la perte d’un parasite que de celle d’un génie productif. Car si la perte du second dégrade certainement la valeur du pays, alors que la disparition du premier pourrait l’accroître, un dirigeant démocratique n’est pas propriétaire du pays. À court terme, un paumé qui vote pour des mesures égalitaristes pourrait même avoir plus de valeur pour le dirigeant démocratique que n’en a le génie productif : celui-ci, victime de choix de l’égalitarisme, a plus de chances de voter contre le dirigeant en question.
Pour la même raison, un dirigeant démocratique, tout à l’opposé d’un roi, en fera peu pour expulser les gens dont la présence dans le pays constitue une nuisance (les indésirables, dont la présence fait baisser les valeurs immobilières). En fait, ces indésirables-là : parasites, tordus, délinquants, ont des chances de figurer parmi ses plus fidèles électeurs.

En ce qui concerne les politiques d’immigration, les raisons d’agir ou de ne pas agir sont tout aussi faussées, et les résultats sont également pervers. Pour un démocrate officiel, peu importe que ce soient des gueux ou des génies, des gens plus ou moins civilisés que la moyenne, ou plus ou moins productifs, qui entrent dans le pays. Il ne se soucie pas beaucoup non plus de la distinction entre travailleurs temporaires (titulaires d’un permis de travail) et les immigrés définitifs, propriétaires permanents (les citoyens naturalisés).
En fait, les nécessiteux et les improductifs pourraient bien être préférables comme résidents et comme citoyens parce qu’ils posent davantage de ce qu’on appelle les problèmes sociaux, et que ces dirigeants-là prospèrent de l’existence de tels problèmes.
En outre, les tarés, les gens inférieurs, auront plus de chances d’appuyer ses politiques égalitaristes, alors que les génies et les gens supérieurs s’y refuseront.

Le résultat de ces politiques de discrimination est une intégration forcée : on impose des masses d’immigrants inférieurs à des propriétaires nationaux qui, s’ils avaient décidé eux-mêmes, auraient fortement discriminé et se seraient choisis des voisins très différents.
Ainsi, les lois sur l’immigration aux États-Unis de 1965, le meilleur exemple de démocratie en action, a éliminé tous les critères de qualité préalablement existants et la préférence explicite pour les immigrants européens, la remplaçant par une politique de non-discrimination presque complète (de multiculturalisme).
En fait, même si on l’a rarement fait observer, la politique d’immigration d’une démocratie est le reflet de sa propre politique interne relativement aux mouvements de population : vis-à-vis des choix volontaires d’association ou de désassociation, de ségrégation ou d’intégration, de rapprochement ou d’éloignement physique des différents propriétaires.

Comme le ferait un roi, un dirigeant démocratique favorisera la surintégration spatiale en produisant à l’excès le service collectif des voies publiques. Cependant, pour un dirigeant démocratique, à la différence d’un roi, il ne suffira pas que tout le monde puisse aller et venir jusqu’à la porte de tout un chacun sur les routes des hommes de l’État. Soucieux d’accroître son revenu et son pouvoir actuels aux dépens du capital installé et sous l’influence du préjugé égalitariste, le démocrate patenté ira bien plus loin.
Le gouvernement fera des lois contre la discrimination — on ne pourra plus choisir de ne pas côtoyer les Allemands, les Juifs, les Noirs, les Catholiques, les Hindous, les homosexuels, etc. — pour forcer l’entrée de la propriété de chacun et en ouvrir l’accès à n’importe qui. Il n’est donc guère surprenant que la législation des droits civiques aux États-Unis, qui interdisait les distinctions privées sur le critère de la couleur, de la race, de l’origine nationale, etc. et imposait de ce fait la déségrégation, ait coïncidé avec l’adoption d’une politique d’immigration non-discriminatoire, ce qui signifiait une déségrégation internationale imposée (l’intégration forcée).



VII. L’intégration forcée est inhérente à la démocratie sociale

La situation actuelle des États-Unis et de l’Europe occidentale en matière d’immigration n’a donc absolument rien à voir avec un quelconque libéralisme. Il s’agit d’intégration forcée, purement et simplement, et l’intégration forcée est le résultat prévisible de la démocratie sociale où règne le principe un homme-une voix.
Abolir l’intégration forcée exige de combattre la démocratie sociale, pour finalement abolir le caractère public des décisions. Plus spécifiquement, le pouvoir d’inviter ou d’exclure doit être retiré aux hommes de l’État central pour être remis aux régions, provinces, départements, villes, villages, quartiers résidentiels et finalement aux propriétaires privés et à leurs associations volontaires. On atteint ces objectifs par la décentralisation et la sécession (l’une et l’autre par essence contraires à la démocratie sociale et à la règle majoritaire).

On serait par conséquent bien engagé dans la voie d’une restauration de la liberté d’association et d’exclusion qui procède de l’idée libérale et de l’institution de la propriété privée, et une bonne partie des conflits qui naissent actuellement de l’intégration forcée disparaîtraient si seulement les villes et villages pouvaient, et voulaient faire ce qu’ils faisaient tout naturellement bien avant dans le XIXe siècle en Europe et aux États-Unis :
Afficher des pancartes énonçant les conditions d’entrée dans la ville (pas de mendiants, ou de clochards, ou de vagabonds, mais aussi pas de Musulmans, d’Hindous, Juifs, Catholiques, etc.) ; chasser comme contrevenant quiconque ne répond pas aux conditions affichées ; et résoudre la question de la naturalisation à la manière suisse, où ce sont les assemblées locales, et non le gouvernement central, qui décident qui peut, ou ne peut pas devenir citoyen.

Que doit-on espérer et prôner comme politique d’immigration correcte, aussi longtemps que l’État central démocratique existe toujours et qu’il s’arroge avec succès le pouvoir d’imposer une politique uniforme d’immigration ? La meilleure que l’on puisse espérer va contre la nature de la démocratie, et n’a donc pas beaucoup de chances d’arriver : c’est que les dirigeants démocratiques se conduisent comme s’ils étaient personnellement propriétaires du pays, comme s’ils avaient à décider qui admettre et qui exclure dans leur propre propriété privée (dans leur propre maison même).
Cela signifie pratiquer une politique de discrimination extrême : de stricte discrimination en faveur de ceux qui présentent les plus grandes qualités humaines d’expertise, de caractère et de compatibilité culturelle.

Plus spécifiquement, cela veut dire que l’on distingue strictement entre les citoyens (les immigrés naturalisés) et les étrangers résidant, en excluant ces derniers de tout avantage social. Cela signifie exiger, pour l’acquisition du statut de résident étranger aussi bien que celui de citoyen, le parrainage personnel d’un citoyen résidant, se portant garant pour toute atteinte à la propriété causée par l’immigrant.
Cela implique d’exiger un contrat d’embauche en vigueur avec un citoyen résidant ; pour les deux catégories, en outre, mais particulièrement celle de la citoyenneté, cela implique que l’immigrant doit présenter non seulement une connaissance de [notre] langue mais encore des capacités intellectuelles générales supérieures (au-dessus de la moyenne) et des qualités de caractère compatibles avec notre système de valeurs, avec pour résultat prévisible une tendance systématique à favoriser l’immigration des Européens.


©Hans Hermann HOPPE 1995




M. François Guillaumat a produit pour le Lien légitimiste la traduction de cet article de Hoppe dont un original, paru chez le Rockford Institute en 1995 sous le titre Free Immigration or Forced Integration, fut repris par Lew Rockwell en 1999. Que François Guillaumat en soit remercié. Le découpage en sept sections est celui de l’original Rockwell. Ce texte a donc paru avec tout son appareil critique dans le n°62 du Lien légitimiste (mars-avril 2015) et a fait l'objet d'un tiré-à-part intégral à l'entête du Lien. On peut l'obtenir en version électronique sous format PDF par simple demande :
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