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vendredi 5 avril 2024

Européennes 2024

#2256 - Les listes s'affichent pour les élections du 9 juin 2024 au parlement de Strasbourg et leur diversité convoque une méthodologie de tri pour que chacun choisisse en toute connaissance de cause. Aussi quelques réflexions peuvent être utiles... ou pas, sauf si vous avez un parti-pris idéologique d'entrée. Pour le moment il y a vingt-et-une listes déclarées (clic) mais les enquêtes d'opinion ne font émerger que sept listes qualifiables (clac) parmi lesquelles vous sélectionnerez la vôtre, si vous voulez "amortir" le déplacement jusqu'à l'isoloir. A moins d'avoir un parent, un oncle, un neveu, un cousin qui tente l'aventure des couilles en or et attend votre voix, laissez tomber les listes ne captant que 4% des intentions de vote - le seuil d'accès au parlement est de 5%. Ceci dit, il convient d'appliquer quelques critères propres à ce scrutin transnational :

1.- Quelle liste a un programme vraiment européen qui puisse se déployer dans l'enceinte institutionnelle ?

2.- La liste qui a votre préférence a-t-elle tranché le débat essentiel entre fédération européenne (Union intégrée) et confédération européenne (Union des nations préservées) ?

3.- La liste a-t-elle une idée claire des questions de défense posées au continent par les empires hégémoniques ? Cette idée est-elle réaliste ?

4.- Le débat UE-OTAN est-il tranché dans le programme ?

5.- Les programmes attrape-tout à usage national cachent parfois de simples ambitions alimentaires comme le Front national nous l'avait montré jadis.

Voter en citoyen avisé qui se méfie des promesses qui n'engagent que ceux qui les reçoivent, en jugeant de la praticabilité des propositions.

Europarlement de Strabourg

Têtes et liens des sept listes qualifiables (dans l'ordre du sondage Harris)

* La France insoumise (8%) - Manon Aubry

* Place publique et PS (13%) - Raphaël Glucksmann

* Les Ecologistes (6%) - Marie Toussaint

* Renaissance plus (17%) - Valérie Hayer

* Les Républicains (7%) - François-Xavier Bellamy

* Rassemblement national (31%) - Jordan Bardella

* Reconquête! (6%) - Marion Maréchal

cul de lampe aux grenouilles

Que faire du reste ?

Le "parti" majoritaire sera celui des Mainfoutiss désignés par l'attribut volontariste d'abstentionistes. Et si vous ne cherchez qu'une distraction dans l'exercice électoral, donnez votre voix au parti inéligible de votre choix ; il y en a déjà quatorze. Mais interdisez-vous de vous plaindre à l'avenir des décisions prises ou refusées au niveau du parlement européen puisque vous aurez botté en touche.

vendredi 2 février 2024

Un Six-Février en 2024 ?

#2236 - On va entendre cette année encore sur les chaînes du service public l'évocation de la ruée des ligues phashistes sur le Palais Bourbon que la République sut défendre ; mais l'émeute du 6 février 1934 n'était l'assaut d'aucun parti fasciste qui, s'il y était venu, aurait sans doute vaincu au matin du 7 février, pour faire quoi l'après-midi... est une autre affaire. Sans doute les usines se seraient-elles vidées de leurs ouvriers qui seraient descendus sur le nouveau parlement pour lui reprendre le pouvoir à moins que Moscou ne téléphone. Le succès des forces de l'ordre tient plus au délitement des assauts non coordonnés des ligues, allié à la pusillanimité des chefs au créneau, que dans la manœuvre des gardes. Quatre-vingt-dix ans plus tard, le pays est à nouveau énervé tant dans sa sociologie que dans sa vie quotidienne. La fameuse "convergence des luttes" qui fit si longtemps rêver la Gauche, précipitera-t-elle en un composé explosif en 2024 ?

Le Cri, l'autre
Quand on y regarde bien, on observe des impatiences de fond dans plusieurs segments de notre société qui sont toutes motivées par la même répulsion : la gouvernance froide de la technostructure dissimulée derrière un gouvernement de bateleurs plus ou moins doués qui jusqu'ici débitaient un slogan désarmant : « nous savons ce qui est bon pour vous, faites-nous confiance ! » Cette arrogance légitime du vous êtes bien trop cons pour tout comprendre a dominé la plupart des secteurs, de l'agriculture, pêche et pinard, à la fonction hospitalière sans oublier l'éducation nationale, la pollution et les oiseaux migrateurs. Les administrés y opposent toujours le bon sens ! Notre jeune Premier fait tout avec talent pour nous convaincre que nous avons toute son attention et qu'il a du bon sens justement. Nous devons lui reconnaître une mise en action rapide de mesures concrètes au sein du périmètre de souveraineté restreinte qui le bride. Il sait déjà que ça ne suffira pas car peuvent s'agréger aux paysans condamnés par la dérive des continents, les laissés-pour-compte de la république, mal logés ou pas logés du tout, mal nourris, rameurs ubérisés des services de base, vrais chômeurs méprisés, revendicateurs du toujours-plus et cette strate la plus basse de notre peuple, les pales escarpes d'une anarchie grise à l'affût, dont les émeutes rangeraient celles de Nahel au rayon des "débordements". C'est ce prodrome qu'annonçait le pamphlet de La Fabrique, L'Insurrection qui vient, sans en donner la date. Il n'est pas impossible qu'elle entre en gare cette année.

Quand on allonge la focale pour mieux voir ce mécontentement général, la cause, ou une des causes, mais pour moi la cause première, c'est que notre Etat est malade depuis longtemps parce que souvent conduit par des jean-foutre (Paul Bismuth referens). Malade à vouloir s'occuper de tout, s'occuper de tout pour occuper aussi le plus d'espace médiatique disponible ; malade du clientélisme latin qui a ruiné ses finances, malade de l'insupportable orgueil de la Casta, malade de sa vassalisation à un empire qui, avec Jacques Delors, a envisagé d'œuvrer pour lui-même plutôt que pour les nations qui l'avaient construit. Au fil des prérogatives concédées à Bruxelles, le nœud de coopérations est devenu le siège d'un tutorat, avec son domaine propre qui confine au monopole dans des activités de plus en plus nombreuses (jusqu'aux masques sanitaires) et ne peut qu'augmenter son empreinte par la loi de la tache d'encre que suit tout pouvoir supranational (cf. l'article 17 Traité de l'UE). Ainsi la Commission a l'initiative dans le processus législatif et elle élabore les propositions qu'adopteront les deux organes décisionnels, parlement européen et Conseil. Et le Conseil est souverain pour les traités de libre-échange à la majorité qualifiée (pas de veto). Nous avons sur la tête le poids de deux Etats, le nôtre et l'autre. Resterait à comprendre lequel est utile réellement, en simulant les subsidiarités pour obtenir le panorama d'une décentralisation et son efficacité. Qui fait quoi et bien ? C'est compliqué mais pas infaisable, si ce n'était politiquement incorrect.

Par moment le gouvernement de Paris s'ébroue et veut débarquer la chape européenne trop lourde à porter, mais il est vite rappelé aux réalités du pouvoir concédé par son tuteur bruxellois. Il n'exerce sa souveraineté qu'aux marges. Toute décision percute les directives européennes, ce qui ne veut pas dire qu'elles sont toutes funestes. A titre d'exemple, si nous pouvons boire l'eau du robinet c'est bien grâce à la Commission qui a imposé des normes strictes de potabilité sous peine d'amendes quand le souci des autorités françaises était alors de privatiser tous les syndicats d'adduction avec une mise en conformité des eaux livrées exécutable pour la forme bien des années plus tard. Il y a d'autres exemples, en matière d'aménagement du territoire, d'étiquettage sincère des produits du commerce, de heures de conduite des poids lourds et caetera. Il n'y a pas que la courbure des bananes. Mais en matière de garantie de prix comme le réclament les paysans vendant trop souvent à perte, le gouvernement est démuni dès lors qu'il fausserait la concurrence libre et non faussée. C'est un exemple de barrière politique.
Le gouvernement français, étranglé par la crise agricole, se dirige-t-il vers des "opt-out" comme en ont eus le Royaume-Uni de jadis et le Danemark ? Quel en sera le prix ? Le marché commun est un enchevêtrement commercial et financier que personne ne peut défaire et qui d'un certain côté enfreint le concept même du libéralisme tant les contraintes imposées sont devenues nombreuses. La normalisation socialiste a fait des ravages et n'est pas réversible sauf dommages définitifs comme on le voit Outre-Manche où l'on a bénéficié des meilleures conditions de rupture possibles (île, monnaie, hub financier, langue mondiale, influence impériale rémanente). Nous n'avons rien de tout ça et la géographie de l'Europe nous place en son centre. N'oublions pas enfin que la communauté européenne est un démultiplicateur de puissance sans lequel la France, laissée à ses démons socialistes, aurait disparu des écrans, à l'image de son stock de munitions.

Lors de l'insurrection précédente, celle des Gilets Jaunes, le gouvernement de M. Macron a déversé un pognon de dingue sur les segments sociaux défavorisés ; rebelotte pour adoucir les affres du confinement vis à vis des commerçants - nous étions en guerre sans savoir alors ce qu'était une guerre en vrai - puis sur la fonction publique hospitalière qui sut profiter d'un engagement valeureux contre l'épidémie chinoise pour réclamer son dû et se retrouver à la fin... comme avant ; avec une dette maintenant gigantesque qui agace tous nos partenaires de l'Eurogroupe. Dans la crise agricole se dessine la même recette, noyer le mécontentement sous le pognon (un demi-milliard dit-on à Bercy) et les promesses, sauf que là nous avons dépassé les bornes que nous avions juré de ne pas franchir, toujours pour de bons motifs. Nos déficits croissent autant que le service de la dette qui les comble, augmenté de la hausse des taux de pension. Bruxelles ne peut pas laisser passer ça avec une monnaie commune, et les capacités cognitives d'Ursula von Der Leyen sont largement insuffisantes pour sortir du défi actuel par le haut.

barrage de la garde mobile sur le pont de la Concorde à Paris le 6 février 1934

L'alternative à la crise actuelle est de renverser la table à Bruxelles, au moins pour calmer les nerfs des impatients, mais faut-il encore savoir quoi proposer d'autre. Il est illusoire de penser que le gouvernement archi-européiste de M. Macron puisse braver la doxa libérale de la Commission, à moins d'être coincé dans l'angle de la pièce sous le feu des luparas. Il l'est tout autant d'imaginer qu'il ait la tentation de changer le paradigme européen afin de trouver la solution équilibrant la liberté de chacun dans un projet commun de puissance assumée. Ce jacobinisme des institutions bruxelloises cherchant l'uniformité partout de l'Ile de Fer à Kirkenes a été fortement impulsé par les commissaires français. Or l'histoire de l'Europe a montré que le régime gagnant au plan économique et financier fut celui de l'empire des diversités. Le niveau de vie de ces territoires dits terres d'empire, que l'on devine la nuit sous la fameuse banane bleue, est encore aujourd'hui supérieur à celui de l'Etat d'autorité qui se donne une vocation d'universalité poussant partout ses principes d'organisation. Elle existe cette solution. Nous l'avons déjà présentée, c'est la fédération dans la confédération. Mais rien ne pourra marcher chez nous en jonglant avec les trois déficits monstrueux que nous fait subir notre incurie (budget primaire, commerce extérieur et sécurité sociale).
Après avoir éteint les incendies et cloué Michel-Edouard Leclerc à la porte de la grange France, il faudra revoir la dépense publique, mais pas qu'elle, nos conditions de production également et le niveau des prestations sociales que notre système économique ne peut plus soutenir. En même temps, il serait avisé de construire avec nos partenaires majeurs européens les contours d'une confédération des nations qui donnerait de l'air frais à chacun. Le principe en est simple et peut être laissé au choix des peuples de chaque pays : ceux qui veulent se fédérer entre eux le font, et leur fédération spécifique avec d'autres fédérations cousines et avec d'autres pays non fédérés, entre dans une confédération européenne qui réunit tout le monde et dispose de ses compétences propres. C'est là que la vraie discussion commence : à quel niveau placer les exécutifs et pour faire quoi ? Mais qu'on se rassure, il y a des gens qui sont payés très cher pour réfléchir à ce genre de question.

A ces deux étages pourrait s'ajouter un troisième, rassemblant des pays en attente d'adhésion ou simplement intéressés par le marché en libre pratique des biens, denrées et services mais non désireux de s'inclure dans une politique continentale pour diverses raisons. J'y verrais bien des pays de l'Est libérés de l'orbite soviétique, la Turquie, la Suisse, la Norvège, le Maroc, l'Ecosse.

Quoi qu'il en soit, le régime institutionnel combiné actuel est en défaut, et s'il n'a pas provoqué par lui-même tous les mécontentements, il bride leur solution. En attendant, les choses peuvent mal tourner en France, surtout si les technocrates à double-foyers jouent avec les revendications catégorielles en ne proposant que des mesures chiffrées sur une base d'expertise comptable. Sans explorer les causes profondes du stress social, ça ne marchera pas. Les Gaules restent un composé instable qui exige un pouvoir juste et affermi sur ses prérogatives régaliennes, ce qui n'est plus du tout le cas. De fait l'Etat essentiel a disparu ne laissant derrière lui que ses inconvénients. Les monarchistes ont-ils quelque chose à dire ?

lundi 20 juin 2022

Macron brise la glace

Macron
Comme Jésus marchait sur l'eau du lac de Tibériade, Emmanuel Macron marchait sur le plafond de verre du front républicain. Il est passé à travers !
C'est sa pratique de la fonction qui a aminci la glace au point qu'elle se rompe. Le Rassemblement national est entré à la chambre basse du parlement, et sans doute pour longtemps. Le vieux Menhir en avait rêvé, sa fille l'a réalisé.

Menacé de calamités, méprisé, battu et moqué, la moitié du corps électoral a envoyé une assemblée plus représentative du pays, autant du moins que le mode de scrutin trafiqué au bénéfice des sortants au prétexte de majorité, l'a permis. L'autre moitié de ce corps a abandonné toute illusion électorale (+).

Ce qu'il se passera demain dans la production des lois de la République ne sera pas différent de ce qu'il se passe chez tous nos voisins. Notre exception démocratique (visant à atténuer la celticité de nos intérêts locaux) se fracasse sur le Mécontentement général. Mais la condescendance, le mépris, l'arrogance jusqu'à l'insulte du président n'ont pas peu fait pour ruiner la clef de voûte du régime : une majorité obéissante. Son ressemelage devient inutile. Le processus législatif basé sur "le bloc permanent" devient inopérant - la garde-chiourme Ferrand-Castaner est déjà débarquée - et nous allons assister aux fractures politiques habituelles entre les vizirs potentiels, coalisés jusqu'à hier. La majorité présidentielle devrait éclater en trois groupes, dont celui d'Edouard Philipe déjà en selle pour 2027. La coalition hétéroclite du cartel des gauches va en faire autant, aidée en cela par les divergences internes non pontables. Voici de gauche à droite les cartes à jouer probables par groupes (les deux seuils importants sont à 15 et 60 députés) :
  • PCF : 12
  • LFI : 72
  • EELV : 26
  • PS : 23
  • LREM : 170
  • Rad. : 3
  • MoDem : 46
  • HORizon : 26
  • UDI : 3
  • LR : 61
  • RN : 89
  • Solde et divers : 46
C'est maintenant que va apparaître d'une part l'incapacité génétique de M. Macron a négocier en continu, et d'autre part l'inutilité d'un premier ministre-collaborateur aux ordres comme Mme Borne. Il va falloir plus de finesse en politique que la caporalisation qui a prévalu jusqu'à hier ; et comme l'intelligence à Matignon deviendra vite insupportable au locataire de l'Elysée, cette chambre sera dissoute à la rentrée après le gros échec annoncé de la réforme des régimes de pensions. A l'issue de ces quatre tours électoraux, on notera la mort de tous les traîtres, à la notable exception de l'inoxydable Eric Woerth. Marion Maréchal peut se reconvertir, elle appartient au passé. Pour finir, une mention spéciale pour Jordan Bardella qui a montré tout au long de l'exercice une maturité politique rare à son âge, exprimée clairement dans une dialectique posée et articulée. Tiens, personne n'a parlé de restaurer le roi. Reste à jauger la perte d'influence dans les enceintes européennes d'un président français battu. Le tour français s'achève le 30 juin, la Tchéquie lui succèdera avec un agenda très différent ; puis ce sera la Suède, membre influent de l'Europe sérieuse agacée. Que du bonheur pour les cigales !

mardi 11 janvier 2022

Est-Ouest

T64-2017

La semaine diplomatique Est-Ouest est séquencée en quatre tiers (comme au Bar de la Marine) et bizarrement s'est engouffrée dans le défi politique intérieur russe qu'affrontera Vladimir Poutine s'il fait mine de reculer. Sa réélection truquée de 2024 est conditionnée par la gloire rapportée du Front, parce que les résultats intérieurs ne sont pas au rendez-vous du culte soviétique de la personnalité et qu'il lui faut des succès étrangers, même si l'opinion russe est assez rétive aux aventures lointaines. On résume la semaine en cours :

  • 1/3.- Négociation américano-russe à Genève sur les menaces acceptables de part et d'autres. Les Américains montent l'enchère sur les missiles.
  • 2/3.- Mise au clair des positions stratégiques réciproques entre l'OTAN et la Fédération de Russie en ressuscitant le COR à Bruxelles.
  • 3/3.- Rapport à l'OSCE de Vienne présidée par la Pologne, sur les positions acquises, en présence de l'Ukraine et des neutres.
  • 4/3.- Rapport informel au secrétariat du Conseil des Etats de l'Union européenne pour englober les institutions bruxelloises dans le schmliblick à la demande expresse d'Ursula von der Leyen et du président éphémère Macron.

Ce quatrième tiers n'est pas décidé à l'heure où nous rédigeons ce billet mais n'est pas douteux, sauf à vouloir humilier la France qui tient la masse d'arme financière pendant six mois : paye et tais-toi ! Mais Stoltenberg peut très bien rendre à Macron la monnaie de sa pièce sur la mort cérébrale du pacte atlantique et laisser l'UE de côté. D'ailleurs le format "Normandie" (France, Allemagne, Russie, Ukraine) n'a été retenu à aucun moment, la Russie voulant parler au patron et à lui-seul.

De mon point de vue, il ne sert à rien de discuter avec l'actuel pouvoir russe. Toute concession pour arrondir les angles sera vue comme une faiblesse l'autorisant à monter demain ses exigences. A l'inverse tout refus explicité de ses exigences sera traduit pour l'opinion russe comme une menace imminente appelant une réaction préventive. Ne comprenant que la force, il faut la leur montrer dans un total silence. Garder aussi à l'esprit que ces gens ne prospèrent que dans les crises qu'ils créent pour légitimer leur prise du pouvoir. Quelle aubaine pour eux que ce complexe du siège par l'Occident de la Fédération de Russie ! Qu'en pense monsieur Fillon ?

On notera que tant le Département d'Etat américain que le ministère russe des Affaires étrangères ont exclu dès le départ de la séquence diplomatique la participation de l'Union européenne institutionnelle pour ne pas perdre le temps en verbiage et consultations interminables. Tout se fait, se décide entre fondés de pouvoir participant aux réunions. On touche du doigt la complète impuissance du bloc dès qu'on sort du chapitre OMC. Pire : on voit aussi que chaque pays européen tout seul ne pèse rien en temps de crise grave. La promenade de Josef Borrell au Donbass marque notre sympathie aux autorités de Kiev mais ne leur donne aucune réassurance. L'Europe est à la croisée des chemins : Confédération lente à réagir et juste bonne à décaisser ou Fédération souveraine en diplomatie et à la guerre ? Pour des pays comme la France qui ont une "grandeur" à défendre, le dilemme est insoutenable : périr ou se rendre !

Encore une fois nous touchons du doigt la chimère d'une défense européenne qui n'ira jamais plus loin que la constitution d'un état-major sans troupes ni canons et qui de toute façon n'est conçue par son principal promoteur (la France) que comme une gendarmerie internationale, manœuvrant plus dans l'ordre humanitaire que dans l'intimidation de puissances. Nous n'avons aujourd'hui que les moyens d'intimider des pays mal armés. Plus gros, l'Allemagne se dérobera pour sauver les concessionnaires Mercedes. Mais pour revenir à la négociation Est-Ouest, qui ressemble de plus en plus à celle que l'on mène avec un preneur d'otages dans une banque, chacun s'aperçoit que le challenge, peut-être impossible à satisfaire, est de renvoyer Poutine dans ses "22" sans lui faire perdre la face ; sauf à vouloir la guerre qui pourrait le détruire à la fin. Poutine a sorti le gros braquemart, qui ne rentre plus maintenant dans le pantalon. Il faudrait un Talleyrand pour y mettre la main.

Postscriptum
Sur le même sujet en plus développé sur Telos : Ukraine, la guerre annoncée de Vladimir Poutine par Gilles Andréani
Sur le même sujet chez Royal-Artillerie : Le sur-bluff russe du 18.12.2021

mardi 14 décembre 2021

Macron l'Européen

MM. Macron et Orban

Avec la visite d'Emmanuel Macron à Budapest hier chez Viktor Orban, la PFUE (ça ne se prononce pas sinon ça fait pfffuuu...) est lancée. Le 9 décembre dernier le président a présenté le grand catalogue des actions européennes de la France à la barre, il va enfin revêtir la toge écarlate de César, la couronne fermée de Charlemagne ou le bicorne de Napoléon, au choix, et il tutoie déjà le pape qui n'est pas son cousin.

Si l'on devine à peu près bien le contour des interventions françaises dont la mutualisation de la dette est la fréquence porteuse, on ne voit pas dans ces présentations la France réparer l'Union européenne ni dans son travers technocratique que va renforcer le fédéralisme allemand, ni dans son affirmation campée face aux défis très dangereux qu'elle affronte au sein du camp occidental. Parler de "souveraineté européenne" est ajouter un sous-ensemble flou à tous les autres. L'Europe liquide dont l'horizon recule à mesure qu'on avance va rester à l'état de chimère jusqu'à ce que sa viabilité même soit mise en cause.

M. Macron va prendre les dossiers, les augmentera et les reclassera autrement, mais le cadre général institutionnel sera laissé en l'état, déliquescent et sans but. En fait non ! Il y en a un, celui de la bureaucratie bruxelloise qui est de fédérer l'Union pour accroître, s'il en était encore besoin, son pouvoir technocratique. On parle de nouvelles dévolutions dans des secteurs émotionnellement sensibles comme la santé, l'énergie propre ou même les semi-conducteurs. Homogénéiser les sociétés nationales pour atteindre à l'hégémonie, semble être l'objectif des dirigeants européistes. MM. Macron et Scholz donnent, chacun à sa manière, l'illusion d'une superposition des cibles mais le fédéralisme de l'un et de l'autre n'est pas identique. Si la France cherche à noyer sa gabegie dans une société de secours mutuel, l'Allemagne vise à lisser les aspérités économiques et financières des pays de l'Europe sérieuse, la seule qui lui importe, pour fluidifier les sous-traitances du commerce inter-industriel ; l'Europe rieuse n'étant qu'un assemblage des marchés de proximité pour son industrie exportatrice.

Face à eux-deux, l'Europe orientale libérée du joug soviétique qui ne compte pas en subir un autre. Elle est carrément contre l'entropie réglementaire des institutions européennes et veut conserver son libre-arbitre, quoi que ces pays aient signé jadis pour entrer dans la Communauté européenne de peur que ne revienne le Béhémot russe. C'est d'ailleurs cette peur qui les a jetés dans les bras de l'OTAN. Ces pays ne sont pas seuls. Deux pays occidentaux au moins suivent de près leurs réticences et les expriment quand on le leur demande, ce sont les royaumes de Danemark et des Pays-Bas. Le premier dispose de dispenses opt-out à l'anglaise ; le second a voté "non" à la constitution Giscard de 2005. Ces pays sont mûrs pour une "Confédération européenne" laissant aux nations la responsabilité de tous les domaines qui s'avèrent mieux gérés au plan national qu'au niveau fédéral. A l'inverse et depuis le départ du Royaume-Uni, ils craignent l'expression concrète d'une volonté de puissance européenne qui, le croient-ils, serait captée par la France en protection de ses intérêts propres (usines d'armement, bases africaines) au prétexte d'une défense européenne que personne ne sait décrire de la même façon. Tiens, la Finlande neutre vient de choisir des F-35 ! Les Cabris du général sont pour l'instant plus nombreux que les confédérés, mais ceux-ci sont au front, ce qui leur donne un levier puissant à porter leurs revendications dans les bureaux de Berlaymont.

Que va faire M. Macron devant leur détermination qui ne faiblit pas ? Incanter sur les "valeurs" ? Menacer les subsides ? Provoquer des jugements ? Ou va-t-il gentiment se coucher dans l'attente du résultat du second tour de la présidentielle le 24 avril, pour ne pas perdre en chemin les alouettes du souverainisme ?

Comme sur la défense européenne qui serait le moment de gloire du quinquennat, il est probable que l'Allemagne d'Olaf Scholz lui demandera de lever le pied en attendant la fin de son petit mandat de six mois (quatre ?), l'Europe sérieuse se chargeant du dossier de la rebellion de Visegrad pour le traiter en considération des intérêts économiques spécifiques, les grandes idées pouvant attendre. Et nul ne troquera le parapluie nucléaire américain contre des engagements fermes des Français : Munich-1938 est dans toutes les mémoires de l'Est. Macron n'a pas de convictions, disaient ses concurrents en 2017 ; il est le vide et le néant, assène Zemmour depuis son pupitre de Villepinte ; je crois qu'on va s'en rendre compte à le voir s'ensabler dans les difficultés qu'une logorrhée sans aucune prise sur elles, ne pourra masquer. Mark Rutte (NL) est près de ses sous, et la plupart des autres aussi, qui ne vont pas ensemencer le champ des illusions françaises de leur bel et bon argent. En l'état de dégradation de notre Etat total, nous ne pouvons avoir aucune crédibilité à demander que changent les choses. Les gérer entre les gnomes de Bruxelles et les gnomes de l'Elysée sera déjà un exploit. Aussi minime soit-il, s'en drapper sera utile pour les législatives du 12 juin 2022. Mais nous aurons raté la fenêtre d'opportunité de rebâtir en dur une Europe des nations qui est la seule qui vaille.

Plus sur Royal-Artillerie : L'Europe nouvelle est arrivée ?


[1996°]

vendredi 10 décembre 2021

Paris-Berlin, un vieux couple fatigué !

 

Kanzler Olaf Scholz

Ceux qui on suivi la conférence de presse d'Olaf Scholz et d'Ursula von der Leyen à Bruxelles ce vendredi ont compris s'il en était besoin où se situe le barycentre européen. Le tour d'horizon des défis qu'affronte l'Union fut complet, ne laissant dans l'ombre aucune menace ou tentative hégémonique comme celles venues de l'est. Le chancelier insista sur le majorat allemand en Europe qui lui donnait des devoirs, des responsabilités à protéger le bien-être de ses partenaires, ce qu'il entend accomplir en exécution du pacte de coalition. Après l'exposé de chacun, le micro fut tendu aux journalistes et le premier, un Allemand, posa en termes mieux choisis que je ne le fais, la question qui tue : comment concilier l'approche dépensière française et le pacte de stabilité et croissance.
Il lui fut répondu par l'un et l'autre que l'assouplissement constaté n'avait aucun autre motif que la pandémie, dans des termes approchant ceux du ministre Lindner au Spiegel. Commission et chancellerie allemandes sont sur la même longueur d'onde, rigueur et durabilité des finances nationales. M. Macron avec sa dette, ses déficits et sa sébille, est déjà rangé dans le camp des nudistes. On le supportera quatre ou six mois, pas plus !

On a parlé aussi de la taxonomie européenne - classification des activités durables induisant une nomenclature des activités économiques selon leur contribution au changement climatique - pour signaler que l'énergie nucléaire n'était pas pour l'instant éligible aux financements durables. A priori le crochet du chancelier par Paris ce matin fut protocolaire et de courtoisie. Les sujets de fâcherie sont assez nombreux pour que, connaissant le caractère cassant de Scholz, il y ait de la friture sur la ligne dès le premier de l'an et une rupture en certains domaines à la Saint-Jean. Il faut comprendre quand même qu'il est lié par un pacte de coalition passé avec un parti très libéral (ultra ne veut rien dire), capable d'intervenir au niveau de la BCE pour stopper la perfusion des malades, et d'un parti écologiste anti-nucléaire primaire hostile aux Français. Il serait étonnant qu'on ne s'étouffe pas d'un bretzel ! Le communiqué de l'Elysée à la suite de cet impromptu est particulièrement bateau (clic).

Jeudi passé, notre djeune et fringant président s'est exercé à la conférence de presse du modèle gaullien, la deuxième de son mandat ! Il s'agissait de présenter au monde son agenda européen pour la présidence du Conseil qui s'ouvre le 1er janvier 2022. Pour ce faire les propos de l'oracle ont été retransmis en anglais sur le site de l'Elysée. Et Le Maire dénie à Zemmour de parler du déclin français ! Furent traités en vrac, l'harmonie des 27, les frontières et Schengen, la boussole stratégique, la défense européenne et la "souveraineté européenne", le renouveau de la relation UE-Union africaine et un contrat (moral) de paix et prospérité avec les Etats africains, la pacification des Balkans, l'emploi et le chômage de masse, un plan Europe 2030, le marché unique du numérique, le SMIC européen et l'égalité salariale homme-femme, la défense des "valeurs européennes", un service civique européen, être intraitable avec la Pologne, faire parler l'Ukraine avec la Russie, dépolitiser l'olympisme, résoudre la crise anglaise par la bonne foi de Londres (on rit), petite incantation sur le jour d'après en Nouvelle Calédonie et refus d'engager sa candidature au moment !(source).
Tout ça débattu à 27+ et lancé en six mois ?
Ce n'était qu'un exercice de style. Un de plus ! Ursula attendra que cesse le vacarme macronien le 30 juin prochain pour revenir aux fondamentaux, rigueur et fédération ! Elle et Scholz ont l'agenda et, c'est le cas de le dire, parlent la même langue.

Postscriptum : le nouveau pouvoir allemand est analysé dans le Guardian. Cliquer ici pour lire l'article complet.


[1993]

jeudi 9 décembre 2021

Nouméa - Bruxelles

Dans les vingt, trente jours qui viennent, il y a deux choses qui marqueront notre avenir, le résultat du référendum en Nouvelle Calédonie dimanche prochain et la présidence par la France du Conseil de l'Union européenne à partir du 2 janvier 2022. La campagne électorale pour la présidentielle d'avril, si elle est indispensable à la bonne santé financière des chaînes d'information qui en font tout un fromage avec le soutien des instituts de sondage, n'est pas déterminante pour l'avenir de notre pays trop profondément blessé pour être réhabilité en moins de dix ans comme certains nous l'annoncent. Le déterminisme socio-politique nous tire vers l'abîme, lentement, sûrement, parce que le peuple a été drogué à l'assistance publique depuis quarante ans, ce qui lui ôte tout ressort au-delà de grogner. Au milieu des dettes et des déficits, un peuple sain aurait lanterné ses dirigeants sur l'air guilleret de la Carmagnole.

Nouméa : le Conseil d'Etat a rejeté hier la demande de report du troisième référendum déposée par les indépendantistes à des motifs coutumiers. En parallèle, il a été saisi par quelques personnalités pour interdire la diffusion d'un dessin animé vantant le "non" à l'indépendance avec un humour que d'aucuns transforment en racisme, c'est à la mode. Des chercheurs anticipent un boycot du scrutin par la moitié "aborigène" de la population, ce qui enlèverait toute valeur au résultat. On avait bien compris, et ce depuis longtemps, que tout résultat qui ne donnerait pas l'indépendance à la Nouvelle Calédonie serait contestable. Le problème est qu'en l'espèce, plus de la moitié des habitants est française (métropolitaine, d'outremer ou walisienne) et que cette moitié, qui va au charbon chaque jour, n'entend pas nourrir longtemps des communautés contemplatives au niveau où elles sont assistées jusqu'ici. Il n'y a aucun suspense. Par le retrait du FLNKS, la grande île restera française... et l'agitation larvée d'une partie de la population canaque persistera, de manière plus ou moins violente selon le savoir-faire des agitateurs qui nous veulent du bien. Il est fort probable que la demande de report ait été motivée chez les indépendantistes par une prévision d'échec (ce serait la troisième fois). Ne doutons pas non plus que la fin de ce projet de rupture renverrait dans leur case les chefs du FLNKS qui n'ont que ça comme métier. On devra donc s'attendre à une sorte d'insécurité que le pouvoir local devra gérer.
Lévina Napoléon

Les grands déçus, outre la poignée de Canaques qu'on a convaincus d'un bonheur indépassable seuls au monde, seront l'Australie et la Chine populaire, toujours en recherche de minerai coté au London Metal Exchange et qui, pour la première, avait montré son intérêt à l'époque des "Evènements" (Ouvéa), en soutenant en sous-main l'insurrection de Tjibaou par ses agents de terrain. Notre souveraineté à Nouméa est la clef de toute influence française dans le Pacifique Sud. Aurions-nous perdu la Nouvelle Calédonie que la Polynésie française nous quittait à son tour sous les efforts conjugués de nos alliés de l'anglosphère et de l'Assemblée générale des Nations Unies qui a toujours cette "libération" à son agenda. C'est en fait du "grand jeu".

Le petit jeu est le semestre français au Conseil européen. Bruxelles : on nous y attend, n'en doutez pas. En fait, nos partenaires attendent surtout les déclamations de notre donneur de leçon national qui va se prendre pour Napoléon pendant quatre ou six mois. L'Europe rieuse (le Club Med) bizarrement ne rit pas, car elle sait déjà qu'elle va être sollicitée jour et nuit par les gens de M. Macron en renfort des objurgations françaises à défaire les contraintes et seuils qui brident la gabegie de Paris. L'Europe sérieuse par contre, se marre, parce qu'elle sait déjà qu'elle va mettre le nez du fringant jeune homme dans l'état de calamités financières de son pays après cinq ans de son gouvernement. Les coups les plus durs viendront des pays dont la balance commerciale est excédentaire. A faire en revanche la liste des pays en déficits sur ce plan*, nous comprenons que jamais ne fut mieux porté par la France son titre de Reine des Gitans. Il ne confère aucune autorité plus loin qu'aux Saintes-Maries-de-la-Mer. S'il ne le sait, il va l'apprendre.
* Roumanie, Grèce, Espagne, Portugal, Croatie, Chypre et Bulgarie (source)
.
M. Macron arrive à Bruxelles en même temps que MM. Scholz et Lindner qui ont pour cible la restauration progressive d'une rigueur budgétaire à laquelle devront se plier les grands programmes européens initiés par les Français. Ils viennent à Paris cette semaine pour serrer des mains et donner leurs limites, n'attendant de notre pays qu'un plan Shröder/Hatz de réparation des comptes sociaux, comme notre Miquet à la Houppe l'avait promis à la chancelière quand il accéda à l'Elysée. Il ne pourra pas leur faire le coup deux fois. Lindner, ministre FDP des finances est droit dans ses bottes libérales, Scholz, ancien roi de Hambourg, n'a pas la souplesse du roseau et ricane plus souvent qu'il ne sourit. Quelqu'un va dire enfin les quatre vérités à notre convoi de bateleurs incapables.
En attendant le nouvel an, lire l'article de Jacques Fayette sur Le Moment allemand de l'Europe dans Telos.


[1990°]

vendredi 3 décembre 2021

L'ordolibéralisme du sourire

Le Spiegel a diffusé un entretien avec le nouveau ministre fédéral des finances Christian Lindner (FDP) le 27 novembre dans son édition papier. Nous traduisons le passage qui concerne la France et abandonnons le reste à votre curiosité en cliquant ici.

Christian Lindner

DER SPIEGEL (DSp): Savez-vous déjà où vous irez pour votre première mission ?

Lindner : À Paris. L'amitié germano-française a un caractère particulier. Le ministre des finances Bruno Le Maire et moi nous connaissons depuis longtemps. Nous avons déjà parlé au téléphone cette semaine.

DSp : Comment envisagez-vous d'apaiser les inquiétudes françaises sur un ministre des finances allemand libéral en économie tel que vous - qui vraisemblablement sera plus strict sur la dette souveraine que ne l'est Scholz, un social-démocrate ?

Lindner : La politique fiscale allemande sert les intérêts de ce pays en cohérence avec nos responsabilités européennes. Je ne deviens pas le ministre des finances du FPD, mais le ministre des finances de la République fédérale d'Allemagne. Cependant je ne peux caché le fait que je sois un libéral. Il est dans l'intérêt suprême de l'Europe que l'union économique et monétaire reste stable et qu'ensemble, nous produisions plus de flexibilité pour agir contre des défis plus grands, tels que la réponse technologique au changement climatique. Ceci veut dire que l'Allemagne ne peut pas être le tuteur d'autrui pour ses dépenses, ni ne suivra l'avis de ceux qui cherchent à miner le Pacte de stabilité et croissance.

DSp : Pendant la campagne, Olaf Scholz exigea que les milliards de dette nouvelle dont s'est chargée l'Europe en réaction à la pandémie de coronavirus soient augmentés. Prenez-vous le parti de cette stratégie ?

Lindner : Bien que dans l'opposition, le FDP a voté en faveur du Fonds européen de reconstruction. C'était une réponse appropriée à une situation extraordinaire, présentée alors comme ponctuelle. Maintenant, l'argent du fonds doit être utilisé. L'accord de coalition est clair : nous soutenons les résolutions de l'Union européenne qui ont été prises ; mais elles n'établissent pas une architecture (ndlr: financière) permanente. Divers Etats membres ont aussi exclu cette possibilité, et plus récemment le chef du gouvernement de Finlande.

DSp : Sérieusement, vous n'essayez pas de vous cacher derrière la Finlande n'est-ce pas ?

Lindner : L'Allemagne a la responsabilité de faire converger les positions. La position collective de l'Ampelkoalition (coalition des feux tricolores) est que le Pacte de stabilité et croissance, y compris sa flexibilité, a fait ses preuves.

DSp : L'accord de coalition dit que le gouvernement à venir devra davantage développer le Pacte de stabilité et croissance. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Lindner : Actuellement, beaucoup de règles fiscales, par exemple, sont opaques et bureaucratiques. Avant tout, il faut prendre en considération le danger que la prédominance fiscale s'accroisse - que la Banque centrale européenne se retrouve elle-même guidée par les finances des Etats. Une certaine pression peut résulter du développement de l'inflation et du possible rehaussement des taux d'intérêts de la Réserve fédérale américaine. Dans ce cas, l'Europe a tout intérêt à assurer la durabilité à long terme des finances des Etats. Une dévaluation de la monnaie serait incroyablement injuste pour les retraités et les petits épargnants.
(le reste concerne la politique intérieure allemande)

Sans faire une exégèse de la sémantique libérale de Christian Lindner (surtout en traduction), on a compris que la souplesse des dispositions budgétaires européennes ne sera acceptée dans l'avenir que contre la durabilité des comptes nationaux que l'Allemagne refuse d'entrée de garantir d'aucune façon. L'échange de vue franco-allemand sera une négociation d'arrière-pensées, les Allemands restant sur une orthodoxie des finances publiques modérée, Ampelkoalition oblige, mais les dérapages du quoiqu'il-en-coûte macronien ne seront plus de saison. Les tensions probables attendues sur le service de la dette souveraine française devront d'abord se gérer au sein de la dépense publique française. En douceur, le ministre FDP nous met face à la glace ! La présidence française du Conseil européen, qui pis est en pleine campagne présidentielle française, sera, n'en doutons pas, houleuse quand les caméras seront éteintes.


[1986°]

mardi 26 octobre 2021

Lettre ouverte à Monseigneur

Signalé par Frédéric de Natal sur son site Monarchies & Dynasties du Monde, voici le texte intégral de l'adresse aux candidats publiée sur le site officiel "Comte De Paris" du prétendant au trône de France :

La France doit retrouver son autorité


Dans le Pacifique (l’affaire des sous-marins avec l’Australie), en Afrique (d’abord la Libye, ensuite la Centrafrique et le Mali, maintenant l’Algérie), en Europe (les dernières nouvelles de l’ESA), notre autorité, principe même de notre souveraineté, est remise en cause.
La souveraineté c’est l’autorité suprême, d’un souverain, d’une nation ; c’est aussi le caractère d’un État qui n’est soumis à aucun autre.
Nos politiques qui se portent candidats à l’autorité suprême de notre pays devraient y réfléchir à deux fois. Ont-ils ce qu’il faut pour redonner à notre pays son autorité et par conséquent sa souveraineté pour le faire avancer dans un monde si complexe ?
Depuis les années 80, l’État a renoncé aux moyens de sa souveraineté, qu’ils soient politiques, économiques et financiers ou sociaux. Ces moyens de notre souveraineté ont été abandonnés à l’Union Européenne et à de nombreuses structures administratives externes comme la BCE, ou internes comme le Conseil Scientifique.
Le résultat de ce changement de paradigme c’est que l’État ne mène plus de politique pour résoudre les difficultés françaises (la réforme des fonctionnaires, les 35 heures, les retraites, la crise des hôpitaux, etc.). Avec le système du quinquennat et sans vraie décentralisation, le chef de l’État, ne cherchant plus à mettre en scène le destin national, masque son impuissance par une communication plus ou moins adaptée.
Les Français, eux, comprennent de moins en moins leurs hommes politiques et se détournent des urnes. Voyant leur avenir compromis, que ce soit sur les questions éducatives, sur le travail, sur leur couverture sociale et leur retraite, sur leur environnement de vie, ils réagissent vivement, et parfois de façon désespérée, comme lors de la crise des gilets jaunes ou des manifestations d’opposition à la politique sanitaire. De son coté, l’État se replie sur des processus de décisions descendants et parfois brutaux qui excluent les instances intermédiaires ou locales.
Il est urgent de remettre les choses à l’endroit, dans le cadre d’une Europe des pays souverains favorisant une vraie collaboration.
Souverains, c’est à dire alliant trois pouvoirs équilibrés : celui d’un seul (le prince), celui de plusieurs (le parlement) et celui de tous (l’expression directe de la population à travers des mécanismes comme le référendum). La formule consacrée en est la meilleure expression : « le prince en ses conseils et le peuple en ses états ».
Notre pays doit retrouver les moyens de sa politique, pour remettre en musique son destin dans une collaboration européenne où il garde sa souveraineté. La Pologne et sa Cour constitutionnelle, comme d’ailleurs l’Allemagne et la Cour suprême de Karlsruhe ne s’y sont pas trompés dans leurs décisions récentes. Ces moyens doivent pouvoir être appliqués dans le respect des libertés publiques et individuelles, qui ces derniers temps ont été trop oubliées.
A cela doit s’ajouter des vues à long-terme avec une dichotomie institutionnelle entre le Président de la République et le Chef de gouvernement issu du parlement, avec une décentralisation souple (plus politique qu’administrative) pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui.
Il est aussi important que les instances de conseil qui se multiplient à l’horizon restent à leur place de bonnes conseillères, subordonnées à des politiques qui prennent et assument leurs décisions, dans le respect d’un juste milieu de parole et d’action.

Jean, Comte de Paris


Jean d'Orléans


cul de lampe


En ce Trentième Dimanche du Temps Ordinaire vous avez communiqué, Monseigneur, sur la campagne électorale présidentielle, appelant de vos vœux les candidats à retrouver la souveraineté de notre pays. Ceci est juste et bon. La fréquence porteuse de votre adresse est l'autorité procédant de la souveraineté (ndlr: c'est ainsi depuis Philippe-le-Bel). Or, vous n'êtes pas sans savoir qu'il n'existe d'autorité sur un espace donné qu'exercée sur quelque chose ou quelqu'un résidant sur cet espace. L'autorité n'est pas un concept mais une action. A côté de quoi la souveraineté sur un espace donné ne vaut que si elle est reconnue par les tiers occupant aussi cet espace. Nul n'est une île et aucun pays sûrement ! Qu'en est-il aujourd'hui dans la nation française ?

Pour une meilleure compréhension de votre pensée, vous concrétisez votre thèse sur six exemples d'actualité : l'Australie, la Libye, la Centrafrique, le Mali, l'Algérie, l'Agence Spatiale Européenne (ESA). Sauf votre respect, ce n'est pas pertinent. Voyons-le en détail sans faire de grands développements :

Quelle est notre autorité sur le Commonwealth Of Australia ?

En trouverait-on dans le contrat de collaboration militaire passé avec le Premier Turnbull ?
Avez-vous pris connaissance de la cascade de contrats passés par Naval Group ? Des clauses d'emboîtement ? Des clauses d'abandon ?
Aussi désagréable et même vulgaire qu'ait été la gestion de la fin de contrat par le cabinet Morrison, rien, à ce qu'en disent les sources informées comme Le Floch-Prigent par exemple, n'y est modifiable par le levier d'autorité. Ce genre de situation se gère par une approche froidement rationnelle, comme l'a fait le patron de Naval Group qui avoue ne voir aucune conséquence grave sur la marche de son affaire, sans émotion, d'incantations moins encore. De vous à moi, nos cris d'orfraie en ont fait rire beaucoup, à commencer par le Premier britannique.

Allons-nous réarmer nos relations africaines par une démarche d'autorité ?

La Libye est une ancienne possession italienne abandonnée à la Grande Bretagne à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Les trois régions historiques recouvreront leur indépendance successivement à mesure que se déploiera une administration élémentaire. Le coup d'Etat du colonel Kadhafi de 1969 ne nous concerne en rien, la France ayant évacué le Fezzan en... 1955 ! Il aura fallu qu'un philosophe marchand de bois en recherche désespérée de sa Guerre d'Espagne fasse le siège d'un président moins affermi dans ses principes que ses prédécesseurs pour que nous semions la mort au bénéfice d'un tiers seulement du pays. Les deux autres tiers n'étaient pas contents. On sait la suite.

La République centrafricaine : faut-il en parler, Monseigneur ? Notre "autorité" s'est éteinte par après la mascarade impériale offerte à Jean-Bedel Bokassa par M. Giscard d'Estaing pour une poignée de brillants et les faveurs de Catherine impératrice. A moins que vous ne décidiez de guider d'une main ferme le gouvernement démocratiquement élu de Bangui (qui se protège derrière les mercenaires Wagner) il est sans doute plus avisé de nous retirer sur la pointe des pieds !

Le Mali c'est ce qu'il reste du Soudan français quand on a tout distribué. Pas étonnant que l'Etat de Bamako n'ait jamais rien gouverné plus loin que Mopti. Nous sommes dans une situation d'OPEX sur demande des autorités légitimes du pays. Ces gens, dont nous ne jugerons pas les travers et les qualités, ont en main leur propre destin, bien incapables d'imposer leur volonté sur l'Azawad (pour faire simple) et le savent parfaitement. De quelle autorité voulez-vous jouer pour contraindre les pouvoirs publics et la junte d'entrer dans notre stratégie s'ils ne le veulent pas pour des raisons que nous ignorons tout en les devinant ? Vous n'êtes pas colonialiste, alors il faut glisser et partir. Moi, si !

Le sujet de l'Algérie est souvent traité sur Royal-Artillerie (voir dans la barre de recherche ou le libellé ad hoc). La paranoïa de la classe politique algérienne issue de la guerre de libération (libération de quoi est l'autre question) interdit d'appliquer aucune mesure d'autorité, sauf à appliquer à la lettre les Accords d'Evian et les protocoles migratoires successifs de 1964, 1968 et 1995 en oubliant l'esprit complètement corrodé aujourd'hui qui y présidait jadis, puisque le refus de s'entendre par la partie algérienne est patent (voir l'accueil hostile du rapport Stora et son sabotage par Abdelmadjid Chikhi). Le jeu diplomatique assez intense entre la mère et la fille ne dispense pas de fermeté, mais bien malin celui qui trouvera un point d'appui pour actionner un levier d'autorité sur un pouvoir hystérisé par les menaces de plus en plus graves qui pèsent sur sa perpétuation.

Par contre, et c'est votre sixième point, nous avons une autorité légitime sur l'Agence spatiale européenne parce qu'elle est une création de l'industrie spatiale française sans laquelle il n'y aurait rien !

E.S.A.

Cette coopération intergouvernementale n'est pas une institution de l'Union européenne à laquelle nous avons délégué une part de notre souveraineté. Comme Airbus dans l'industrie aéronautique, l'ESA vit sa vie sur les contributions directes des pays participants et sur le produit des contrats placés. Elle peut aussi prendre des commandes de la Commission européenne comme la fabrication et le lancement du système de positionnement Galileo. D'autres pays non-UE sont parties prenantes dans l'ESA comme la Norvège, la Suisse, le Canada, la Turquie, l'Ukraine, Israël et maintenant le Royaume-Uni. Ceci pour dire que les relations internes dans une agence associant vingt-deux membres, quand elles se détériorent, se gèrent par des procédures de solution des conflits bien connues des grands groupes et ce n'est qu'au risque d'une rupture que peut intervenir le moment d'autorité, en gardant à l'esprit que c'est celui qui paie qui commande à la fin et vice versa.

Arrivés là, nous n'avons pas entamé vos vœux de souveraineté.

La nation française n'est soumise à aucune autre nation, son Etat est souverain en droit. Nous pouvons, par le moyen d'une décision à inventer sans doute, couper tous les liens étrangers que nous estimons nuisibles à notre destin, à notre bonheur. Il faudrait des circonstances exceptionnelles comme une dictature à la romaine pour prendre cette décision qui nous ramènerait à l'économie pré-industrielle. Les fans de l'Ancien Régime seraient ravis, le premier jour. Nous aurions de quoi boire et manger à satiété et du courant électrique. Du bois pour se chauffer mais pas d'essence pour circuler, qu'importe puisque nous serions redevenus souverains ! Dès la deuxième semaine nous envierions la société nord-coréenne. Cette gentille caricature n'est là que pour montrer que la souveraineté est un leurre. Imbrication et entrelacement sont les règles de notre économie et ce depuis très longtemps. Le vrai défi est beaucoup plus difficile à relever : il s'agit d'optimiser nos dépendances. Et cela ne pourra se faire à partir de slogans mais dans une action en profondeur sur la trame de notre vie économique. Cela convoquera du temps, beaucoup de temps et de la patience. Mais il y a une pré-condition : réparer notre Etat. Criblé de dettes et produisant du déficit comme une laiterie du beurre, la France dans sa situation présente est incapable d'optimiser ses dépendances dans les domaines que vous citez, parce que les caisses sont vides et que ce sont les monarchies du Golfe qui font l'échéance (bonjour la souveraineté) et présentement paient les chèques électoraux de M. Macron. Allons-y voir :

Réforme de la fonction publique, semaine des 35 heures, retraites, crise des hôpitaux convoquent beaucoup d'argent pour aboutir et s'installer durablement dans le paysage socio-politique français. Ces réformes sont indispensables pour retrouver nos équilibres fondamentaux. Tout le monde connaît les solutions les moins dolosives mais nous n'avons pas les moyens financiers sur la durée pour les engager sérieusement. Alors on biaise, on parle, on consulte, on ne fait rien. Et sans miser très gros chez les books de Londres, disons que nous aurons encore moins de moyens quand la nouvelle coalition allemande prendra ses marques, parce qu'elle coupera l'eau de la fontaine.
Pourquoi existe-t-il une BCE ? (c'est lié)
Parce que depuis la Libération (ne remontons pas à Poincaré) nos élites politiques se sont avérées incapables de gérer notre monnaie nationale qui était toujours pour elles un souci technique de seconde zone, ...la "grandeur" étant le premier de tous. Permettez un instant. Quand je fus affecté aux FFA dans les années 60, un marc valait un franc. Quand nous avons imposé l'euro à l'Allemagne fédérale en échange de sa réunification, le taux de conversion était monté à 3,35385. Mesurez, Monseigneur la perte de substance ! Trente ans de commerce extérieur ont défitivement ruiné toute confiance des opérateurs dans la gestion monétaire française. Et les déficits monstrueux de la balance commerciale interdisent de revenir à une monnaie dévaluable, sauf à ruiner les ménages français comme les Allemands de Weimar.

Par contre je vous suis tout à fait sur un point très important.

L'Europe technocratique intégrée, si elle sait gérer parfaitement la matérialité des flux, est d'une bêtise crasse dans les normes et les "valeurs". C'est avec d'autres mots, ce que dit Michel Barnier, allant même jusqu'au principe d'identité constitutionnelle. Il est urgent de revenir à une Europe des nations où les Etats ne soient plus de plain-pied avec les commissaires et leurs directeurs mais les dominent pour les subordonner comme il en va de fonctionnaires, ce qui est leur emploi ! Ça c'est une vraie réforme, difficile, mais la France bénéficiera de renforts et pâtira aussi de quelques trahisons. Elle ne nous économisera pas la souffrance de devenir enfin sérieux, mais cette nouvelle conversation des pouvoirs en Europe huilera tous les frottements géopolitiques européens et rendra l'initiative aux nations chez elles, leur laissant alors le bénéfice de la gloire (motivation puissante des gouvernants) et réciproquement le poids de la honte, ce qui n'est que justice. Réussir la reconstruction d'un telle coopération européenne serait un grand œuvre.

Comme le fit en son temps l'archiduc Otto de Habsbourg, voulez-vous, Monseigneur, vous y consacrer pleinement ? Jusqu'à vous faire connaître partout en Europe comme le prince impulsant le renouveau de l'Europe institutionnelle ? Certes, il faudra organiser la réflexion autour de vous dans un conseil d'experts, chasser ce fameux diable des détails, produire, traduire et propager vos solutions, articuler les étapes nécessaires, courir les conférences internationales, y parler ; insister jusqu'à la constitution finale de ce qu'il serait sage d'appeler désormais une Confédération européenne ; en un mot d'aujourd'hui : faire le buzz ! Mais à la fin, quel bel achèvement ! Qui ouvrirait, sans doute aucun, d'autres perspectives pour l'accomplissement de votre destin.



drapeaux européens


[modifié le 27/10/2021-09:30]

mercredi 30 juin 2021

Chevaucher le bœuf

Depuis deux ans, je lis la production de Christian Vanneste sur son blog (clic) et j'en fait grand profit, même si nous ne sommes pas toujours d'accord. Aujourd'hui 30 juin, le député honoraire de Tourcoing nous propose une synthèse très intéressante sur les effets de l'accrochage des wagons d'Europe de l'Est au train communautaire de l'Ouest ; et c'est à lire ici sous le titre L'Europe est-elle encore libre ?.

Tout part du refus hongrois de la promotion de l'homosexualité dans la jeunesse sans que soit réprimée une orientation minoritaire intime qui ne regarde pas l'Etat. Cela n'est rien bien sûr, mais le rallye des minoritaires fut surprenant, comme Mark Rutte, qu'on a connu mieux inspiré, demandant l'exclusion de la Hongrie de l'Union européenne. La liste est longue chez nous des Gomorrhéens, mais qui aurait supposé qu'il y en ait tant ailleurs ? Brisons ! La perle de cette synthèse n'est pas là.

M. Vanneste explique comment fonctionne la membrane osmotique entre les deux blocs, oriental et occidental qui laisse passer des valeurs très différentes et, c'est nous qui le disons, moins avancées certes mais moins décadentes en Europe orientale. Je cite :

« La question de la reconnaissance d’une “communauté lgbt+” et de ses droits est idéologique. Autrement dit, elle devrait se situer sur le terrain de la libre discussion et dépendre du choix des citoyens. C’est le fait d’interdire le débat et d’exiger une pensée unique qui est en contradiction avec les valeurs libérales de l’Europe. Il y a deux idéologies : la première considère que le choix de sa sexualité, ou le fait de l’assumer si on considère que ce n’est pas un choix, ne nuit pas aux autres et donc ne doit pas être entravé ; la seconde estime que le maintien de la famille unissant les deux sexes pour donner la vie à des enfants et les éduquer appartient au Bien commun d’une société qui doit être défendu. La confrontation entre ces ceux conceptions doit être digne. Ce qui est stupéfiant, c’est que la caste qui dirige l’Europe fait de la première option une idéologie obligatoire. Le totalitarisme est bien passé de ce côté-ci du mur (ndlr: de Berlin) ! »

Et l'auteur convoque Hélène Carrère d'Encausse à la résurrection de la vieille nomenklatura matérialiste et enrichie jadis, sournoise et libidineuse aujourd'hui, mais toujours riche. Tout ceci a une explication que nous avons donnée en commentaire à ce billet, que voici. C'est la dépense d'énergie des gouvernements sur le sociétal à défaut de savoir maîtriser le régalien :

« La mode des “valeurs” et l’invasion de la sphère privée par l’Etat cachent (mal) une incapacité des régimes d’Europe occidentale à gérer leur domaine régalien. C’est d’ailleurs pourquoi ils le déportent si facilement au niveau fédéral. En revanche ils se jettent dans le sociétal car ce domaine est plus tapageur et rémunérateur électoralement que l’austère mission qui justifiait au départ leur existence. Mais les peuples commencent à le voir au travers de l’insécurité galopante, justice complaisante, sécurité sociale précarisée, éducation “nationale” effondrée, déficits partout !
Bien sûr la nomenklatura virera sa cuti au moment nécessaire pour récupérer l’électeur en fuite, mais rien ne dit qu’elle y parvienne cette fois, le divorce entre elle et le “peuple” étant semble-t-il consommé, au vu d’une abstention record en France.
La séquence des Gilets jaunes sur les ronds-points était une mise en bouche. Le mécontentement peut coaguler plus largement et des accidents regrettables survenir qui toucheront la classe politique ad hominem. Le sentent-ils ? Apparemment pas ! Les jeux puérils inter-partis continuent.
Pour revenir au titre de votre remarquable synthèse, pour être libre faut-il encore exister ! Il y a un marché commun des denrées et produits, des libertés de circulation des gens et des sous, des facilités monétaires, des agences utiles, d’autres moins, mais il n’existe pas d’Europe. Ni nation européenne, ni menace armée européenne, ni diplomatie européenne et, sans doute plus grave, ni projet européen déclaré.
On n’existe vraiment que lorsqu’on vous craint ! » (Catoneo 30.06.2021-14:15)



céramique attique

Par quelque bout qu'on tienne la lunette, on voit bien (et c'est paradoxal) que l'Union européenne n'existe pas. Sylvie Kauffmann, dans Le Monde, s'étale sur deux échecs majeurs d'Angela Merkel au soir de son mandat, échecs qui signalent un déclassement de l'Europe. Il s'agissait de... : (1) bavarder tous ensemble avec Vladimir Poutine (ndlr: pour l'enfermer dans les rets du dialogue et utiliser son ego contre ses lubies) plutôt que d'attendre qu'il quitte la Crimée ; (2) mettre au clair les procédures et les garanties des investissements croisés entre l'Europe et la Chine populaire. Les motifs de la démarche allemande sont intelligents mais il n'est pas possible de manœuvrer à vingt-sept sur des sujets aussi fins, à moins que certains pays ne délèguent leur diplomatie à des pays mieux préparés qu'eux sur certains sujets. Et ce test est définitif quant à l'impuissance (au sens urologique) de l'Union européenne en l'état. L'Europe puissance n'existe pas. "Ne pas critiquer sans proposer", tel est le leitmotiv de Royal-Artillerie. L'Europe institutionnalisée doit être réformée... et vite (mais voir plus bas) car les défis n'attendront pas, qui ne seront pas aussi simples que le Brexit. Le marché commun des biens et denrées, idées, gens et sous fonctionne bien. La Grande Bretagne s'en aperçoit chaque jour à son détriment. Premier marché normé de consommation au monde, il est très mal défendu - l'épisode Trump en a apporté la preuve. Comme dit dans le commentaire laissé sur le blogue de M. Vanneste, les Européens doivent "déclarer" un projet commun afin que tous les partenaires-adversaires du monde entier se calent dessus. Ce qui met le Kremlin en transes ce sont les sous-ensembles flous de la diplomatie-croupion de la Commission européenne menée par Michel, Borrell et Von der Leyen. Que fait l'Europe en Serbie, Moldavie, Ukraine, Géorgie, Arménie ? Pourquoi parle-t-on avec les Kosovars ? Quel est l'avenir de la candidature turque ? Et d'autres questions se posent à d'autres diplomaties : va-t-on associer le Maroc, la Tunisie, le Liban ? Il n'y a jamais d'autre réponse que de langue de bois. Les traités de libre-échange avec d'autres sous-continents sont-ils une fatalité ou une volonté, pourquoi ? Rien n'est jamais clair et la technostructure bruxelloise travaille dans son coin sans communiquer et pendant de longues années avant d'accoucher du projet indispensable à notre bonheur. Reste la question de se défendre.

Les lecteurs de ce blogue savent déjà que le Piéton est atlantiste, à un seul motif : l'OTAN est une alliance militaire qui fait peur à ses contempteurs, et en matière de guerre, c'est toujours un bon début. Mais il n'est pas normal qu'un espace économique aussi riche et vaste n'ait pas la décision d'entrer ou pas en guerre car cela amoindri la crédibilité de ses remontrances. Pour y atteindre il y a deux conditions qui sont loin d'être réunies : (1) un système pyramidal de défense autonome (personne sauf la France n'en veut, du moins bien sûr si elle est la pointe de pyramide) et (2) les moyens financiers d'un réarmement sérieux (qui ne peuvent qu'être retirés aux prestations sociales où gît le pognon de dingue). Donc, on n'ira pas au-delà de doublonner des états-majors sans troupes et passer à la presse des communiqués ronflants. Mais en cas crise chaude, la seule réaction européenne sera d'attendre les Etats-Unis.
En conclusion, si tant est que le projet européen évoqué ci-dessus soit déclarable, il ne pourra pas être défendu ! C'est grave. Et spécialement pour nous, Français. Parce que la gabegie éhontée de notre petite union soviétique qui croyait avoir réussi nous prive de tout ressort. L'alternative à l'Europe n'existe pas pour nous parce que nous ne pouvons plus rien faire par nous-mêmes. Plombés de déficits partout monstrueux et d'une dette à l'africaine, nous nous sommes mis à la merci des finances supranationales et de la Bundesbank, quand ce n'est pas de prêteurs sur emprunts d'Etat gagés sur le patrimoine des ménages. La République universelle française qui se mêle de tout d'al brès a la toumbo ne dispose plus des ressources nécessaires à sa propre survie mais les quémande. Ses ambitions déclarées font rire nos partenaires qui reviennent déjà à l'orthodoxie budgétaire quand notre enfant gâté de président part en campagne et distribue à poignées l'argent qu'il extorquera à Bruxelles !

Peut-on faire un pronostic à dix ans ? L'Europe, malade de ses "valeurs" et irréformable par le déni des peuples qui s'en méfient, est exposée en proie, comme on disait au Moyen Âge des villes ouvertes à tous les brigands. Elle passera sous le joug de quelqu'un ; peut-être se sauvera-t-elle in extremis par quelque édit de Caracalla ainsi que le discutait jadis Régis Debray. Réformer l'Europe, bien sûr, et personne ne sait comment. Sans doute le Bas Empire romain connut-il le même défi avant d'être gouverné par des hommes habillés de peaux de bêtes. Finalement nous allons sortir de l'histoire pour devenir une destination des beaux jours, autant que la planète réchauffée nous en laissera.

samedi 29 mai 2021

Ryanair #FR4978

carte d'Europe orientale

Quelle mouche a donc piqué le satrape Loukachenko pour engager un Mig-29 de la chasse biélorusse pour faire poser le Boeing 737 de la Ryanair alors qu'il aurait suffi de le taper avec un missile Buk depuis le sol, comme ont pu le faire au Boeing 777 du vol MH17 de Malaysia Airlines les séparatistes russes du Donbass en 2014, sinon les Ukrainiens en 2001, qui ont descendu le Tel-Aviv-Novossibirsk de la Siberian Airlines au dessus de la Mer noire ? En plus, l'incinération de l'opposant Protassevich aurait évité les désagréments de sa détention sous l'œil inquisiteur de la communauté internationale à qui l'on offre un levier puissant de sanctions ciblées contre les protagonistes officiels du régime. A noter que « l'alerte à la bombe du Hamas » offrait le début du commencement d'un motif pour descendre l'avion menaçant.

On me dit dans l'oreillette que le KGB de Minsk voulait récupérer ses deux agents sous couverture présents derrière le siège de la cible, agents dont la mission ne pouvait être autre que de finir le dissident à Vilnius au cas où le détournement aurait échoué. Il n'y avait pas besoin de serrer de près Protassevich confiné dans un avion de la Ryanair si l'avion obéissait au Mig intercepteur, donc... CQFD : ils ne changeront jamais !

La Biélorussie, qui bénéficie d'une position avancée dans la géographie de l'Union européenne (voir la carte), est un pays qui s'en sort plutôt bien et qui n'a nul besoin des peines, soins et conseils d'Alexander Loukachenko pour avancer. Elle travaille entre deux grands marchés solvables, l'UE et la Fédération de Russie, qui sont clients et fournisseurs, c'est selon. Ce pays a donc un avenir, une industrie un peu ancienne, une agriculture exportatrice en kolkhozes, un système de santé performant et des salaires presque corrects pour la zone de référence (salaire mensuel moyen 2019 à 523$ selon la Banque mondiale). Dans ce futur paradis, les gens sont mécontents ! Jusqu'à décréter la grève nationale le 26 octobre 2020 et faire sortir le satrape en ville, armé d'une kalashnikov, pour qu'on ne lui fasse pas le coup de Ceaușescu ; des fois que l'état-major ne lui échappe. La révolution de couleur aura lieu au moindre affaissement du soutien russe, pour toujours la même raison : les gens et les jeunes surtout, ne se satisfont pas d'un avenir matériel mais aspirent à une liberté de penser et de mœurs qui croise à angle droit le dogme matérialiste hérité de l'Union soviétique.

Justement, les clés de l'avenir biélorusse sont au Kremlin, où les apparatchiks se seraient bien passés des dernières frasques aériennes du cousin retardé, qu'il va falloir soutenir jusqu'au bout du ridicule. Mais Poutine n'a pas le choix (voir à nouveau la carte). La Biélorussie est un partenaire naturel de l'Union européenne, plus que l'Ukraine ou la Géorgie, parce qu'elle est mitoyenne de la Pologne (avec un minorité polonaise chez elle), de la Lituanie et de la Lettonie, sans parler de l'Ukraine occidentale sur laquelle elle est posée et qui est carrément passée à l'Ouest à partir de la rive droite du Dniepr. La Biélorussie est le dernier carré de résistance russe à l'avancée fantasmée de l'OTAN. Mais comme Poutine n'est pas très sûr du régime pétrifié, et du satrape playmobil encore moins, il propose avec insistance l'anschluss à Minsk, afin de consolider les fortifications qui tiendront à distance respectable la démocratie fatale ! Loukachenko est un poids, pas si mort que ça, mais un poids mort quand même pour la politique extérieure du Kremlin. Mais il n'entend d'aucune façon laisser sa place à un pouvoir plus "cool" qui éviterait l'insurrection générale. C'est le dilemme russe : s'en sortiront-ils par une diagonale du fou dont Poutine a le secret ? A la place du Biélorusse, j'y regarderai à deux fois avant de m'engager sur les clous ou de boire n'importe quoi ! Quoique ! Assad, l'autre bâton merdeux* du Kremlin, a bien été confirmé dans sa fonction de bonde d'évier ! L'un et l'autre ont programmé leur fils dans leur succession. Poutine n'en a pas. A suivre.

* Sur Royal-Artillerie, le "bâton merdeux" est défini par ce qu'il est plus facile à prendre qu'à lâcher.

lundi 1 février 2021

Un Brexit gagnant est dans les tuyaux

Ça fait un mois que le Royaume-Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord a largué le continent et les relevés géodésiques n'ont alerté d'aucun glissement des amers. La reine Elisabeth II va fêter ses soixante-neuf ans de règne le 6 février prochain, et le fringant duc d'Edimbourg passera le siècle le 10 juin. La descendance est assurée, la Firme donne le ton à la presse people. Des Anglais mieux informés que Stéphane Bern soupçonnent la reine d'être in petto une brexitrice refoulée. Rule, Britannia ! Britannia, rule the waves ! Quant aux spécialistes payés au mois, ils nous ont expliqué la rupture systémique en détails qui finalement se résument au déshuilage des procédures commerciales et à la quarantaine bancaire.

Elisabeth 2


A ceux qui ont pris le blogue en marche*, nous conseillons de consulter la mise en ligne du dossier par Matignon en cliquant ici ! Effectivement les Britanniques se plaignent des difficultés rencontrées en frontière de la Communauté européenne dans des procédures qui pour eux ressemblent à une punition, comme les certificats sanitaires, formulaires douaniers, listes de colisage modélisées, les factures commerciales internationales, lettre de voitures, connaissements et tout le diable son train. Choses inconnues d'eux jusqu'ici quand il était aussi facile d'aller de Manchester à Czerwionka-Leszczyny comme autrefois de Nantes à Montaigu.


Ils devraient s'en consoler pour une seule raison : contraints et forcés, les plus petits producteurs britanniques apprennent le métier d'opérateur international. Ils s'arment pour le commerce à la grande exportation. Dans trois ans, ils seront des concurrents redoutables urbi et orbi travaillant de conserve avec leurs transitaires anglais dans le monde entier, Europe continentale y comprise bien sûr. Nous les avons forcés à se former.

Entretemps Boris Johnson et ses successeurs accroîtront au maximum l'attractivité du royaume pour les talents créatifs, les entrepreneurs au grand large, les fous d'argent ! Ayant rompu avec les avares bataves, les chanoines rhénans et les communistes français, ils mettront au service des idées ce que l'Angleterre a toujours su faire mieux que les autres : la liberté dans l'imagination. Et certains ne s'y sont pas trompés comme le patron de Nissan UK qui, actant l'absence de droits et quotas, a célébré les futurs succès de son usine de Sunderland qu'il va convertir aux modèles de demain. S'ouvrant sur tout le Commonwealth sans demander les permissions réglementaires à Bruxelles et approvisionnant tous ses intrants européens sans contraintes démesurées, l'industrie britannique peut reprendre des couleurs dès lors qu'elle reste adossée aux usines allemandes et italiennes et qu'elle a toute liberté de navigation.

Un autre avantage de la séparation est de recouvrer l'agilité du gouvernement. La preuve en est faite, là, tout de suite, dans le management de la vaccination contre le coronavirus chinois. Quand la Commission recherchait le consensus des vingt-sept pays pour le plus petit dénominateur commun à ceux qui voulaient le vaccin ARN et à ceux qui voulaient un vaccin à souches mortes, le Royaume-Uni n'avait pas à perdre de précieuses semaines en cohésion, la cohérence y suffisait. Puis Bruxelles passa un mois dans des réunions de marchands de tapis avec les laboratoires pharmaceutiques pour obtenir le plus bas prix possible d'un produit en cours de développement (c'est énorme de bêtise) pour, à la fin, montrer un retard de trois mois (3!!!) sur la procédure britannique. D'un côté, on va à l'essentiel - vacciner la population le plus vite possible pour bloquer l'affaissement économique et sauver des vies - de l'autre, on s'emploie à réaliser pour s'en vanter ensuite l'exploit bureaucratique de mutualiser les commandes, mais dans les délais abscons d'une fédération de papier, alors que la Santé reste dans l'Union une compétence nationale.
Le Spiegel (clic) s'en prend très vivement à la présidente allemande de la Commission, Ursula von der Leyen, pour son arrogance, ses ambitions de carrière et sa faible compétence dans l'emploi, toutes choses qui dans ses postes précédents ont été remarquées avec une adresse certaine à se défausser sur autrui quand elle n'abandonnait pas le poste avant l'audit. AKK qui lui succède au ministère de la Défense à Berlin, n'a pas encore terminé de passer la serpillière sur l'ère Von der Leyen et le ministre allemand de la Santé tire à boulets rouges sur la Commission européenne et sa présidente (lire l'article). Les Anglais ont certes aussi leur bureaucratie, mais ils savent la shunter dans l'urgence. Ça leur a fait gagner des guerres dans le passé.

Reste la question qui hantait M. Barnier : Singapour-sur-Tamise. La City de Londres est un des géants mondiaux de la bancassurance et le traité l'empêche de démarcher librement la clientèle continentale. Il est certain que ces dispositions réduisent la masse des dépôts bancaires et la collecte de primes. Mais le savoir-faire, le talent et la perversité financière sont toujours les moteurs de la City avec trois marchés de capacité mondiale qui n'ont pas de concurrents continentaux, je cite : le London Stock Exchange comme bourse des valeurs et leur introduction, le London Metal Exchange comme marché des non-ferreux et de l'acier, le London Bullion Market pour les métaux précieux, et le marché interbancaire des capitaux parmi les plus fournis et achalandés de la planète. S'ajoute le Llyod's, leader incontestable dans l'assurance et la réassurance. On voit bien qu'on n'est pas chez les miquets ! Mais d'autres que le piéton impécunieux le verront aussi. Et s'il est plus difficile aujourd'hui de vendre un plan d'épargne-logement anglais à madame Michu, le phare de l'ingénierie financière hors-normes et hors-réseau brillera désormais de mille feux puisque la surveillance de Bruxelles aura baissé d'intensité. D'ailleurs tous les discours ronflants de l'Europarlement contre les paradis fiscaux n'ont jamais entamé les capacités créatives de la perfide Albion. C'est là-bas qu'aurait dû aller M. Cahuzac lors d'un week-end shopping avec la belle-fille de Michel Drucker. Et puis, comme nous le montre l'actualité des bourses chaque jour (MNI), la haute finance aujourd'hui, c'est le cerveau d'un gnome génial, une tablette connectée où il faut, et un rail chaque matin. Penser à changer de narine. Le reste vient naturellement et c'est de l'or.

le Ring du London Metal Exchange

Une incidente d'actualité : depuis hier dimanche, "les demandes pour les visas British National Overseas (BNO) sont ouvertes. Les citoyens de Hong Kong détenteurs de passeports BNO ont le choix de vivre, travailler et étudier au Royaume Uni, libres d'y reconstruire leur vie. Nous sommes fiers de ce jour historique par lequel nous honorons notre promesse aux Hongkongais" dixit la ministre de l'Intérieur britannique Priti Pratel. C'est indéniablement du renfort pour le royaume. Hong Kong est troisième au classement PISA, la plupart des immigrants sont des gens formés dans des métiers d'avenir, sinon fortunés. Il leur suffira de se maintenir cinq ans (je vous fais grâce des détails) pour obtenir la citoyenneté britannique de plein droit. On estime que sept mille réinstallations sont déjà effectuées, l'argent continue d'affluer pour couvrir le reset hongkongais. La Chine populaire enrage et, avec un culot monstre après sa brutale reprise en main de l'ancienne colonie contrevenant au traité anglo-chinois de 1984, dénonce une atteinte au droit international ! Rien n'effraie plus les communistes que de perdre leur pantalon en public.

Ceci mis à part, des difficultés sont attendues avec l'Ecosse et peut-être l'Irlande du Nord, qui sentent la courroie de la camisole se détendre. Mais si la prospérité revient au Royaume-Uni, ces nations de rugby pèseront les inconvénients d'un désarrimage, dont la faisabilité pratique n'est pas démontrée, à l'aune de celui enduré par la Grande Bretagne dans la procédure européenne. Le vice caché du royaume est peut-être dans le timing. L'incarnation de l'unité britannique est une reine très respectée mais à la fin d'un long règne, finissant en vrille, dont le successeur aura beaucoup de mal à obtenir l'oreille des milieux d'affaires, et dont le fils du sus-dit est un gros point d'interrogation, ou d'exclamation comme on veut. La classe politique, aussi corrompue que la nôtre, devra néanmoins faire le pont entre les institutions de la couronne et les institutionnels de la finance et de l'industrie, ce qui n'est pas écrit d'avance ! Mais l'histoire a montré que les peuples britanniques en danger pouvaient précipiter en cohésion solide entre deux disputes, comme les Afghans un peu. Le Piéton leur souhaite sincèrement de réussir, non pour l'exemple (on a déjà dit pourquoi ici) mais pour le bonheur de nations courageuses qui font notre admiration aussi souvent qu'elles nous agacent. Sacrés Godons !

coquelicot

jeudi 24 décembre 2020

L'Accord de Noël

15:06 GMT - Comme celui du Good Friday entre les factions nord-irlandaises, l'accord anglo-européen du Brexit restera dans l'histoire comme le Xmas Deal. Il ne s'agit rien moins que de maintenir l'économie de la Grande Bretagne (celle d'Ulster y est déjà revenue) dans la zone de libre échange appelée "Espace économique européen" (EEE) en libérant les Communes des institutions normatives continentales. Avec quelques ajustements à la marge, c'est assez précisément la position dont voulait s'assurer Margareth Tchatcher quand elle entreprit son combat contre la Bureaucratie delorienne.

B. Johnson
On sait quels furent les ressorts du Brexit dans l'esprit populaire, choqué par l'envahissement dans tous les compartiments de la société britannique, et nous n'y reviendrons pas. Mais ce qui était impossible il y a encore quinze jours a été dénoué en moins de trois jours comme par miracle. Les correspondants permanents de presse à Bruxelles nous donneront le fin mot de l'histoire, mais d'ores et déjà, la conjonction de planètes (Saturne et Jupiter) appelée "Etoile de Noël" a moins fait pour l'accord que la conjonction de la Chancellerie allemande et de la Commission allemande, la première pressant la seconde de résister aux fédéralistes forcenés pour le bien des affaires de la Deutschland AG. Le perdant, s'il en faut un, c'est Michel Barnier et le team de négociation de trois cents experts qu'il avait réuni pour faire plier les maigres délégations anglaises successives ; quand celles-ci avaient joué la "géopolitique" contre la "logique impériale" ! On oublie que Theresa May avait en son temps abouti et que les Communes ont retoqué l'accord qu'elle avait obtenu au motif d'insuffisances graves... pour finalement avoir bien mieux : le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière.

C'est une petite note pour faire date ce matin, mais on ne peut conclure sans rapporter la réflexion à chaud de Marc Fiorentino :

« Nous avons cru...
Qu’il n’y aurait pas Brexit. Et il y a eu Brexit.
Nous avons cru que le Brexit provoquerait un chaos, il n’y a pas eu de chaos.
Nous avons cru que l’Europe exploserait et que le Brexit provoquerait un effet domino, l’Europe n’a jamais été aussi unie que dans cette négociation et aucun pays n’a envie, pour l’instant, de suivre l’exemple de la Grande Bretagne.»
«Cela n'enlève rien...
Au caractère historique de l’événement.
La Grande Bretagne redevient une île.
La Grande Bretagne n’a jamais été vraiment intégrée à l’Union européenne.
La voilà à nouveau indépendante.
La phase transitoire pourrait être compliquée, mais à terme le calcul de la Grande Bretagne est simple :
Devenir la plaque tournante du commerce international et de la finance internationale.
Un paradis fiscal et réglementaire.
C’est notre scénario.»


Pas mieux ! Mais pour aller plus loin, il faut voir la synthèse en dix-sept pages sous forme de tableaux des accords sur le site SCRIBD - rubrique : Government Analysis of the Deal Document.
Le Royaume-Uni bat l'Union européenne 41 à 24, un score rugbystique !

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