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mercredi 16 février 2022

Sept atouts français

Chose promise... (clic) !
Notre pays jouit de sept atouts, deux majeurs, cinq mineurs. Les deux premiers sont les fondamentaux qui entraînent tous les autres et que chacun connaît : une géographie, une civilisation. La France est le seul pays au monde réunissant les avantages suivants :

L'atout-maître géographique

  • Pays de finistère adossé à son continent de référence par des chaînes de montagne, traversé de fleuves et rivières navigables qui se jettent dans cinq mers différentes. Pour les sixièmes : ce sont la Mer du Nord, Manche, Mer celtique, Golfe océanique de Gascogne et Méditerranée. Les six grands fleuves : Rhin, Meuse, Seine, Saône-Rhône, Loire d'aval, Garonne d'aval.
  • Pays de zone tempérée aux terroirs diversifiés cultivables du nord au sud, permettant l'agriculture la plus large en variétés, du houblon à l'olive. Même les zones de montagne produisent.
  • Deuxième zone économique exclusive au monde (ZEE) avec nos possessions d'outremer dispersées.

L'atout-maître civilisationnel

  • La position finistérienne de la France en fait une cage de football : elle arrête toutes les influences surgissant à son orient, qui sinon tomberaient à l'eau ou en barbarie.
  • Fille de Rome, elle-même fille de la Grèce, la France a conjugué à sa façon la tradition de sagesse de l'une et celle d'efficacité étatique de l'autre pour produire très tôt une civilisation propre, capable de rayonner à son tour sur toute la planète. Peu de pays ont fait cette conversion ; l'Angleterre un peu, qui fut rongée par son mercantilisme.
  • Le français est le "grec moderne". Abîmée par les cuistres de l'Education prétendûment nationale, la langue française est encore préférée pour sa précision, sa ressource syntaxique. Pour les secondes, voici quelques auteurs étrangers connus ayant choisi d'exprimer leurs idées, leurs rêves, leur idiosyncrasie en français : Eugène Ionesco, Emile Cioran, Milan Kundera, Pablo Neruda, François Cheng, Samuel Beckett, et quantité d'autres moins connus en Afrique du nord et noire, en Asie du sud-est, en Amérique du sud. La Francophonie, décalquée des empires français, a produit des auteurs remarquables par leur plume, dont le dernier prix Goncourt au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr. Et le peuple français, contrairement à d'autres, continue à lire.
  • La conjugaison d'influences prestigieuses dans les arts et dans la conduite des mœurs politiques sur une trajectoire de mille ans, avec la pratique d'une langue exceptionnelle a fait précipiter un esprit particulier de finesse et de paradoxe que tous les grands de jadis s'approprièrent et qu'aujourd'hui encore, l'élite intellectuelle se flatte d'assimiler. A la fin du monde, il restera beaucoup de la France sur cette planète. Ce qui explique la place de première destination touristique.
  • Enfin la Loi. Făguó en chinois désigne "le pays de la loi" 法國. C'est le pays des droits de l'homme et de l'esprit des lois. Faut aussi faire avec !

fusée Ariane 6

De ces deux atouts-maîtres découlent les cinq autres :

  • (3) Une production agricole variée de qualité avec pour dérivé, la première gastronomie du monde, en constante évolution et qui garde son rang. Le Michelin est le saint graal de tous les restaurateurs de la planète Terre.
  • (4) L'industrie aérospatiale qui fabrique des aéronefs de guerre et des avions commerciaux de toute taille, des fusées balistiques et des missiles de guerre, des vecteurs spatiaux gros porteurs comme la fusée Ariane, des satellites en tout genre et des composants sophistiqués de recherche orbitée au besoin.
  • (5) Le luxe, et c'est le moment de le dire : que le monde entier nous envie !. L'Oréal, LVMH, Hermès sont les GAFA français qui rachètent en continu des succès étrangers. Nous sommes imbattables, la place de Paris est la capitale mondiale du luxe. Que la Ville y concoure mieux ne pourrait nuire. A l'occasion, signalons une filière méconnue : la filière française du cuir d’excellence, qui représente cent trente mille emplois dans 9400 entreprises et produit 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires, la moitié exporté (le saviez-vous ?).
  • (6) L'ingénierie nucléaire. Si l'industrie nucléaire française a pâti de choix politiques contestables parce qu'exclusivement électoraux - la démocratie en action - l'ingénierie elle-même et la recherche ont survécu. Au moment où la crise climatique relance la production électrique nucléaire, la filière atomique redevient un domaine essentiel du futur, et nous y avons de l'expérience, parfois de l'avance (Iter). Aucun pays ne peut décider demain de s'y lancer sauf à accepter d'en voir quelque résultat trente ans plus tard. Oui, c'est un vrai atout pour ce pays sans rente minière.
  • (7) La panoplie d'armes. Elle est complète. Nos trois armes sont performantes en qualité et celle de dernier recours, la dissuasion nucléaire, à jour. C'est une base sine qua non pour édifier une armée de capacité continentale. Nous en serions moins loin si nous avions pu nous entendre avec le pouvoir britannique qui partage avec nous quelques synergies industrielles et diplomatiques. Tout dépend bien sûr de la mission assignée à nos armées. Mais disposant de la deuxième ZEE au monde, il n'est pas difficile de comprendre que la composante navale doive être privilégiée, si toutefois nous voulons nous y maintenir. Comme nous le disions en pied d'article sur les Sept Plaies, la composante "armée de mêlée" doit aussi être renforcée à la hauteur de la menace russe revenue en Europe pour continuer à soutenir nos alliés orientaux. Arrive ici la question subsidiaire de l'OTAN.
    Rappel : Royal-Artillerie considère l'OTAN comme le meilleur outil de défense sur étagère aujourd'hui, comme nous le montre encore la crise ukrainienne. Mais autant nous renforcerons nos propres forces, d'autant nous élargirons nos capacités d'autonomie stratégique. Ce n'est donc pas une question de verbe, d'orgueil ou de slogans électoraux, c'est bêtement une question d'argent ! Passer les crédits militaires de 2 à 4% du PIB obligera à trouver dans la dépense publique les économies à hauteur de ce défi.
Sept, c'est tout !

samedi 23 mars 2019

Le français des périphéries

Cette année, la semaine de la francophonie a mis en avant des personnalités atypiques issues des mondes francophones extra-européens. Il est intéressant de lire l'entretien que le Secrétaire général a donné sans langue de bois à Radio France international et de mesurer demain si les orientations hétérodoxes qu'elle prône se traduisent concrètement dans une amélioration de la situation internationale de la langue française. Beaucoup d'ambitions chez Louise Mushikiwabo et une vue très nette de son environnement francophone. Ça peut déplaire, attention. L'interview ci-dessous :








L'autre personnalité a pris une chaire annuelle au Collège de France dans le domaine des "Mondes francophones" et a donné sa première leçon magistrale avant hier : il s'agit de l'auteur haïtien Yanick Lahens. Voici une carte postale laissée sur le site de l'INA qui nous l'explique toute et qu'il serait vaseux de délayer. Un discours plus structuré mérite la lecture, le voici ci-dessous proposé par RFi. Un jour Royal-Artillerie se penchera sur les vérités vraies d'Haïti ! Laissons-lui la parole maintenant :

Littérature haïtienne : urgences d’écrire, rêves d’habiter

« Aujourd’hui les recherches sur la formation de la modernité, de l’Empire et de ses projets nationaux ne peuvent être isolées de celles portant sur le monde colonial. Haïti est à la fois un produit et une matrice de ces croisements et sa littérature en est une des premières métaphorisations. Il est indispensable de comprendre à partir de la dynamique de ces croisements comment Haïti, isolée pendant de longues décennies, a, depuis le début du XIXe siècle, délocalisé la culture et la langue de France et aménagé leur acclimatation à sa façon.

La révolte victorieuse des esclaves de Saint-Domingue en 1804 face à l’armée napoléonienne est un de ces savoirs essentiels à exhumer. Ce mouvement insurrectionnel était un impensé et a opéré un saut qualitatif inédit. Si la révolution américaine représente un incontestable progrès des Lumières parce qu’elle fait avancer les libertés individuelles, la pratique de l’esclavage lui survivra près d’un siècle plus tard, si la Révolution française fait avancer les droits de l’homme, la France maintient l’esclavage dans certaines contrées et renforce le processus de colonisation dans d’autres, la révolution haïtienne, elle, outrepasse le projet des Lumières en faisant avancer de manière radicale la question de l’égalité, mettant ainsi en acte une autre intelligibilité du monde. Les écrivains et écrivaines d’Haïti, de la fin du dix-huitième siècle à nos jours, ont toujours tenté de formuler à la fois la mise en acte de cette nouvelle intelligibilité et ce que seule la littérature peut dire au monde quand les autres significations butent.

Haïti est le premier pays de ce Sud fabriqué par cette modernité économique et politique née des Lumières et elle est le moule dans lequel seront coulées les relations qui s’instaureront entre le Nord et le Sud jusqu’à aujourd’hui. Du Sud elle a connu avant les autres tous les avatars qu’engendreront ces relations, dont la reproduction après l’indépendance d’une colonisation interne.

Jamais l’urgence n’a donc desserré son étau sur les déportés que nous fûmes et toujours les écrivains et écrivaines ont poursuivi un rêve d’habiter le monde « de plein jour et de plain-pied ».

Le monde francophone est un et divisible. Le Collège de France l’a bien compris en faisant choix de cet intitulé Mondes francophones, qui scelle à la fois l’unité en tant que ce qui traverse ces mondes et la pluralité que constitue la dynamique propre à chacun de ces espaces. Faire advenir les mondes francophones exigera de passer par le partage des savoirs historiques et culturels de ces mondes et par l’écoute de nouvelles narrations qui rendront plus audibles les altérités qui les constituent. Parce que, bien que les espaces francophones et particulièrement Haïti participent d’une mémoire commune, leurs savoirs historiques et culturels, ne sont encore ni reconnus ni admis à part entière. La littérature haïtienne est une des expressions esthétisées de ces savoirs historiques et culturels. La leçon inaugurale comme les enseignements qui suivront ne sauraient faire l’économie de cette clarification liminaire.

Dire Haïti et sa littérature autrement à travers l’ensemble des cours, c’est se demander à travers sa littérature quel éclairage peut apporter aujourd’hui au monde francophone sinon au monde tout court l’expérience haïtienne ? Comment dans l’impasse qui suit son indépendance, des hommes et des femmes dépossédés, déplacés, déstabilisés linguistiquement créent une civilisation dont la littérature sera un élément majeur ? Comment des écrivains et écrivaines n'ont pas cessé de dire ou d'écrire un rêve d'habiter, démontrant par là même que la littérature commence souvent là où la parole devient impossible. Là où le monde est si ébranlé qu’il faut traverser le langage pour lui trouver des éclats de sens.

À partir de 1804, ceux et celles qui n’ont d’autre choix que d’habiter ces 27 750 km2, à peine plus étendus que certains départements de l’Hexagone, sont sommés de s’inventer et d’inventer dans ce lieu non connu, non imaginé, non désiré. À cette sommation les écrivains répondront durant deux siècles en nourrissant un rêve d’habiter un corps qui ne soit plus celui du migrant nu, selon la belle formule de Glissant, un lieu et un temps fondateurs, d’habiter l’écriture comme lieu premier, originel, un lieu aussi non de simple enracinement, mais de possible séjour et enfin un lieu au-delà de l’ethnie ou de la classe, aussi vaste que le silence ou l’inconnu.

Et aujourd’hui que la littérature haïtienne s’écrit dans trois langues autres que le français, elle atteste que les langues sont appelées à cohabiter, qu’elles ne sauraient avoir qu’un unique drapeau ou qu’une seule patrie et préfigure une culture du vingt-et-unième siècle en train de se faire.

Étudier la littérature haïtienne à la lumière de son histoire permet de donner au qualificatif francophone une signification hors de tout eurocentrisme. Une signification qui sied à notre temps, la seule susceptible de lui assurer un avenir.»


vendredi 9 mai 2014

Jim Crow, Wazza ?

Ce texte a été publié par le site de La Faute à Rousseau, fin janvier, dans la rubrique La Patte à Catoneo. Il fait suite à un débat radiophonique sur l'esclavage qui avait captivé l'auteur de ce billet d'humeur. Humeur assumée. Il entre en archives Royal-Artillerie la veille du 10 mai pour faire et croire ce que de droit.

J'avais prévu quelque chose pour le 10 mai, journée officielle d'hommage aux victimes de la Traite atlantique, mais passablement agacé par les lices du penser-droit qui cantonnent toute réflexion, j'ai décidé d'en mettre un grande aux négriers tout de suite. Claque ou quenelle ad libitum.
C'est en fait l'audition d'une émission de France Culture, qui pendant une heure, lundi dernier 20 janvier, a laissé parler Eric Mesnard et Catherine Coquery-Vidrovitch au sujet de l'esclavage, qui m'a décidé à l'ouvrir. Ces gens connaissent leur sujet à fond. Ils ont réponse à tout. Ils n'appellent pas à faire pénitence. Ils expliquent¹. Merci, cela devenait rare !

Depuis une quinzaine d'années, l'élite politique et morale de ce beau pays nous somme de nous repentir de la mise en esclavage du peuple noir loin de chez lui, à nous faire croire que nous avons bâti ce que nous possédons sur le Code noir de Colbert. D'autres répondent que le bois d'ébène a été acheté sur les stocks des comptoirs maritimes africains et revendu aux Caraïbes et Louisiane ; et qu'en plus, on occulte à dessein les chaînes de nègres qui remontaient l'Afrique à pied vers les paradis musulmans.
Cela ne me concerne pas.

Je n'ai à me repentir de rien et des millions de Français de souche non plus. La Traite n'est pas notre affaire. En affaires, nous n'étions pas conviés. Nos ancêtres étaient pour la plupart attachés à la glèbe, dans les deux sens du terme, et pas toujours par choix mais pour assurer l'ordinaire. Ils ne profitèrent jamais des plantations du Nouveau Monde, ne buvaient pas de rhum, que du marc de raisin ou au nord, de l'alcool de grain, ni du café mais de la chicorée, ignoraient les bananes et le sucre de canne. Ces gens qui formaient l'assiette de la dîme, de la taille, de la capitation, vivaient à l'horizon de leur bailliage, ou de leur province pour les meilleurs marcheurs, sans grandes économies, cultivant la terre et la morale dans la monotonie des travaux et des jours. Ils s'arrangeaient pour ne rien devoir à la fin quand ils rendaient le "cadeau" de leur vie au Créateur. La famille alors louait des fleurs comme à Chaminadour et un cercueil à fond-charnière pour les enterrer dignement derrière un mauvais cheval qui tirait les affligés vers le pré de l'église.
Coller la honte de la Traite sur tous les Français, sur tous ceux qui ont construit le royaume de France à la sueur de leur front, est une vaste saloperie.

Par contre, on a tous les noms !
Tous les cahiers.
Tous les plans.
Tous les registres.
Les minutes du Greffe.
On sait qui crût et embellit jadis dans le commerce triangulaire.

A Bordeaux et Nantes naquirent des fortunes mondiales. Bridées au XIX° siècle, elles furent réinvesties aux colonies, plus tard dans l'industrie, mais la gloire d'exportation s'afficha sur toutes les belles avenues de nos ports. Certaines familles existent encore. Les descendants se sont peut-être jetés maintenant dans la dénonciation des marchands d'esclaves ou des planteurs pour faire diversion, mais... je vous laisse réfléchir. Nous les gueux, manants et autres tiers, nous sommes innocents de ces crimes. Que la justice passe, ailleurs, à Bordeaux, Nantes, Lorient et j'en oublie ! Qu'on élève des piloris de mémoire en place publique financés sur la taxe foncière, sur lesquels seront gravés les noms des négriers, si ça les amuse. Même pas !

Mme Taubira a peut-être un problème avec les trafiquants nantais, les rois du Dahomey, les planteurs de Guyane, mais aucun problème qui me concerne en Rouergue ou dans mes Cévennes. Solidarité ? N'ayant pas une vocation de pleureuse universelle, je l'encourage respectueusement à retourner à ses racines. Moi, je ne me repens de rien !
Les nôtres ont payé cher déjà la "continuation" des équilibres sociaux au privilège de la Fortune triomphante dans les deux siècles passés, tant dans les guerres que dans les manufactures et les mines au bénéfice de la Banque et de la Forge.

Les négriers ? Ce qu'il en reste ? A la lanterne des ports et comptoirs incriminés. Dieu triera ! Qu'on les y pende l'hiver, ça sentira moins mauvais.

(1) Etre esclave. Afrique-Amériques, XVe-XIXe siècle, Edition La Découverte (2013)


jeudi 7 mars 2013

Vaut le voyage

Il se tiendra à l'Université Laval de Québec les 7 et 8 mai prochain (semaine de l'armistice de 1945 et de l'Ascension = 2 jours fériées et 1 pont), un colloque dédié aux pamphlets de Céline. Le truc est organisé par les universités de Moncton et de Queen's au sein du 81ème congrès de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS) qui se tiendra la semaine du 6 au 10. C'est du lourd ; nous vous en passons les motifs (de ce qui suit tout provient des organisateurs du colloque 311), le programme administratif est en bas d'article :



Avis du Petit Célinien n°38
Préambule
Louis-Ferdinand Céline, l'un des plus grands romanciers du vingtième siècle, a également été, dans les trois pamphlets d’une rare violence verbale qu'il a publiés et réédités entre 1937 et 1943, mais aussi dans un nombre important de lettres envoyées aux journaux de l'époque, un apôtre zélé de l'antisémitisme. Il serait certes tentant de résoudre ce paradoxe en décrétant que l’odieux pamphlétaire antisémite a été, au mieux, une curiosité littéraire, au pire, un romancier médiocre. Ou encore que les pamphlets du romancier génial ne furent qu'une marotte littéraire, qu'une «bagatelle» sans conséquence. Les textes sont cependant là, et tous ceux qui ont voulu «relativiser» l'importance des romans ou l'horreur des pamphlets ont échoué. Bien que, depuis les années 70, la critique célinienne (avec les travaux de P. Muray et J. Kristeva) a repensé l'étanchéité de la frontière entre les corpus romanesques et pamphlétaires et que, grâce à la publication de l'étude importante de R. Tettamanzi dans les années 90 (Esthétique de l'outrance), les pamphlets ont pu finalement être considérés comme des «objets d'étude scientifiques », c'est la levée de l'interdit éditorial qui seule pourra permettre une véritable relance de la recherche universitaire sur l'œuvre bipolaire de cet écrivain. Mettant fin à la longue éclipse de l'espace public des pamphlets, leur récente publication aux Éditions 8, dans une édition critique de R. Tettamanzi, constitue ainsi un jalon important dans la réception de l'œuvre de Céline. Notre colloque cherche à réunir des chercheuses et des chercheurs afin de s'interroger sur cette publication. Quels en sont les bénéfices et les risques? De façon plus large, le colloque se voudrait l'occasion de faire un bilan des connaissances acquises par la critique sur les pamphlets et de proposer des réflexions nouvelles sur ceux-ci et sur la place qu'ils occupent dans l'œuvre de Céline.



La culture dans les pamphlets de Céline

Céline est de ces écrivains, qui, on le sait, ont effacé de leur œuvre romanesque la plupart des traces de leur culture. Cela n’a pas été sans malentendus, en particulier lors de la réception des premiers romans : cet auteur qui « écrit comme on parle » est-il cultivé comme on doit l’être ? N’est-il pas au fond aussi inculte et grossier que ses personnages ? Il existe cependant deux « lieux » de l’œuvre de Céline au sein desquels cette culture est au contraire exhibée, souvent de façon très voyante, parfois même avec agressivité : la correspondance, bien sûr, et les pamphlets. La mise au point de l’édition critique de ces textes fait apparaître sans l’ombre d’un doute à quel point ce geste a été pensé, voulu par Céline. Il importe, par conséquent, de se poser plusieurs questions complémentaires : quels sont tout d’abord les contours de cette culture, qui comme on peut le voir, est très diversifiée ? Quelles en sont les fonctions dans le texte ? Quels sont les rapports – forcément troubles − qu’elle entretient avec l’idéologie et le racisme céliniens ?
Régis TETTAMANZI - Université de Nantes


Cette cosmique permanente apocalypse : Popol et les Juifs

Beaucoup de choses ont été écrites sur les pamphlets de Céline. J’ai moi-même montré dans un chapitre de mon livre Poétiques du Messie. L’origine juive en souffrance, consacré à Céline et intitulé « Bagatelles pour une autre fois. L’antisémite et le chroniqueur », que la poétique antijuive de Céline se poursuit et se transpose dans les romans d’après-guerre. Je repasserai rapidement par cette démonstration pour montrer qu’en matière d’antisémitisme célinien la rivalité avec le Juif en est une de style (jouissance) et bien sûr de reconnaissance littéraire. « Après la Bible, Racine ou pas, Sophocle ou non, tout est guimauve » (Rigodon). Je montrerai de là, dans un rapprochement entre Féerie pour une autre fois, Bagatelles et L’École des cadavres, comment, d’une part, Céline se représente après coup explicitement en faux prophète condamnant par dépit le jouisseur « cabbalique » Popol, maître du ciel et de la terre; et, d’autre part, comment cette posture prophétique n’est légitimée que par un passage par « l’outre-là », effet revendiqué par Céline de la persécution tenace que lui font subir les jaloux et plagiaires dont il se fait le Juif. Cette traversée du miroir est à mon sens ce qui caractérise l’antisémitisme célinien et en fait la version la plus pédagogique et la plus révélatrice du délire raciste, version de laquelle les antisémites de bon aloi ne sauraient trop s’approcher au risque de voir leurs rationalisations voler en éclats.
Anne-Élaine CLICHE - Université du Québec à Montréal


Figures obsessionnelles : préfiguration de la figure du Juif dans Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit

La parole pamphlétaire, l'étude de M. Angenot sur le pamphlet, dissèque un genre qui ravale les argumentations les plus diverses à des formes simplistes. Son essai se présente d'ailleurs comme une anthologie des différentes façons de s'abuser soi-même et de tromper les autres. Dans ce genre maudit, les pamphlets de Céline se distinguent par leur violence et par leur caractère obsessionnel. L’imaginaire de l’auteur se cristallise en effet autour d’une figure unique, fantasmatique, obsédante qu’il construit durant trois longs pamphlets : la figure du Juif. Considérer «le Juif» des pamphlets comme une figure n'enlève rien à la responsabilité de Céline. La propagande nazie, Hannah Arendt l'a montré, n'avait d'autre rôle que de transformer une « fiction centrale », simpliste et régressive, en «réalité agissante ». Avoir hypostasié une figure, avoir abstrait des êtres humains, voilà précisément le crime de Céline. De nombreux auteurs ont montré les profondes racines de l’antisémitisme dans les premiers romans, notamment au niveau idéologique. J’aimerais quant à moi esquisser une sorte d’archéologie de la forme antisémite ayant cours dans les pamphlets en analysant deux figures qui mettent en scène l’obsession dans ses premiers romans : le Stand des Nations dont la vue provoque la folie de Bardamu et la cloche à plongée qui entraîne la destruction du Génitron. Ces figures, j’essaierai de le montrer, « préfigurent » par bien des aspects, notamment formels, la figure du Juif des pamphlets.
David DÉCARIE - Université de Moncton


À l’agité du bocal : fiel pamphlétaire ou manifeste littéraire ?

Publié en 1948, «À l’agité du bocal» est le plus court pamphlet de Céline, mais sans aucun doute le plus virulent. La hargne de l’écrivain y est dirigée contre l’une des figures majeures de l’intelligentsia de l’époque, Jean-Paul Sartre. La cible est personnalisée, donc, et non pas générique ou collective, comme elle l’est la plupart du temps dans les autres pamphlets. On peut y lire l’expression d’une haine viscérale (la métaphore coprologique y est d’ailleurs abondamment exploitée) à l’endroit de Sartre, auteur de quelques lignes qui pourraient conduire Céline à la potence. Notre communication cherchera à démontrer que derrière l’éructation ouvertement pamphlétaire se dessinent les motifs d’un agôn strictement littéraire. Dans ce texte, le prétexte initial passe rapidement au second plan pour laisser place à une autre préoccupation, celle d’asseoir la supériorité littéraire de Céline sur son rival et persécuteur. Il renoue ainsi avec un geste pratiqué par des écrivains pamphlétaires qui l’ont précédé, notamment Ronsard et Zola.
Dominique GARAND - Université du Québec à Montréal


Du "Portrait de l’antisémite" à "L’agité du bocal" : à propos de l’appropriation stylistique de Louis-Ferdinand Céline

Dans La Parole pamphlétaire (1982) de Marc Angenot, un chapitre intitulé « Remarques sur l’essai littéraire » propose de théoriser l’essai selon deux catégories distinctes, soit l’essai cognitif et l’essai méditatif. N’appartenant à aucune des deux catégories, « À l’agité du bocal » de Louis-Ferdinand Céline en conserve néanmoins quelques aspects, détournés sous une forme hyperbolique au profit d’une esthétique de l’outrance (Tettamanzi). En observant l’essai « Portrait de l’antisémite » se transformer en véritable caricature sous la plume de Céline, nous pourrions donc simplement conclure que le pamphlet serait une forme exagérée de l’essai qui cherche à rejeter l’autre en le ridiculisant.
Bien qu’une comparaison entre l’essai – en occurrence celui de Jean-Paul Sartre intitulé « Portrait de l’antisémite » (1945) – et le pamphlet nous aidera à mieux définir la forme pamphlétaire en général, nous proposons cependant d’illustrer comment la nature littéraire du pamphlet « À l’agité du bocal » se distingue par la mise en œuvre d’un subtil jeu stylistique de rejet-appropriation. Le rejet (l’excrétion) de l’autre qui apparaît au début de « L’agité du bocal » se transforme progressivement en ingestion « stylistique ». Ayant le privilège de subir le baptême de la prose célinienne, le « satané » Jean-Paul Sartre devient en quelque sorte un monstre « sacré ». Évitant un débat d’idées perdu d’avance, Céline cherche plutôt à triompher devant Sartre par le style.
Diego-Alejandro AGUILAR BEAUREGARD - Université de Toronto


D’une féerie l’autre furie : le « poème rentré » de Bagatelles pour un massacre

Le titre de Bagatelles pour un massacre forme un syntagme oxymorique. Chose frivole, une « bagatelle » désigne dans le domaine des arts une pièce courte et légère, laquelle se prête difficilement à l’évocation du massacre que le titre prophétise. Ces bagatelles, ce sont les trois arguments de ballet intégrés au pamphlet et dont l’importance est cruciale puisque leur refus par les théâtres, aux mains des Juifs, est présenté comme l’unique raison du basculement dans l’antisémitisme. Dans la fiction inaugurale du pamphlet, celui-ci se donne ainsi à lire comme la vengeance d’un artiste au talent dénié qui retourne son art de la danse et de la poésie contre les Juifs, coupables d’empêcher l’avènement de la féerie en ce monde.
La coprésence, à l’intérieur du même livre, d’une diatribe pamphlétaire violemment antisémite et d’arguments de ballet mêlant des genres désuets comme la féerie et la pastorale est problématique. Elle suppose d’interroger les rapports idéologiques et esthétiques qu’entretiennent ces écrits pamphlétaires avec toute une série d’éléments qui relèvent d'un paradigme du passé que l'écriture de Céline déconstruit et reconfigure. L’analyse de la réécriture de la féerie dans Bagatelles reviendra plus précisément sur les trois arguments de ballet du texte mais aussi sur des épisodes comme le voyage à Pétrograd qui mettent en scène les difficultés de l’auteur à faire jouer ces ballets.
Bernabé WESLEY - Université de Montréal


Le leitmotif antialcoolique dans Bagatelles pour un massacre

Le discours hygiéniste tient une place très importante dans les pamphlets céliniens. Un discours bien plus radical que celui qui imprègne les textes écrits pour la SDN entre 1924 et 1932. Le rapport à l’alcool et à l’alcoolisme, très important dans la société française, traverse l’œuvre tant littéraire que médicale de Céline. Dans l’entre-deux-guerres, nombreux sont les médecins et hommes politiques qui constatent ce phénomène accablant. Et au centre de cette décadence, la France des apéritifs : « le roi bistrot (…) qui souille, endort, assassine, putréfie »[1].Le discours célinien dans Bagatelles en rejoint un autre qui a longtemps imprégné le milieu médical français: celui de la dégénérescence sociale. Apparu au cours du XIXe siècle, il est encore très répandu chez les médecins du début du XXe siècle. L'alcoolisme fait partie des nombreux fléaux à abattre pour qui cherche à régénérer un pays peinant à se relever des déconvenues de 1870 et qui se remet à peine de la guerre 1914-1918. Dans les pamphlets céliniens, et dans Bagatelles en particulier, l’alcoolisme est une des principales causes de la dégénérescence sociale, raciale et morale qui gangrène la France. C'est en hygiéniste que Céline, dans Bagatelles, veut répondre à cet état de décadence. L'homme est « foutu ». Constat terrible dont l'alcoolisme n'est qu'une manifestation certes mais peut-être plus répugnante, plus basse que les autres…
[1]L.F Céline, Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël 1937, p.93.
David LABREURE - Université de Nantes


L’héritage de l’infâme : Sollers, Muray et la transgression célinienne

Au contraire du rebelle contemporain qui transgresserait, selon Philippe Muray, pour le pur plaisir de transgresser, l’univers pamphlétaire célinien investit un moment de l’histoire où l’on ne piétine pas les tabous avec autant d’impunité. Des forces oppressives imposent alors aux transgresseurs une forme d’insurrection radicale, d’où la rareté de la transgression et son intensité fulgurante. Les cadres socio-culturels qui légitiment un ordre et un certain nombre de croyances s’étendent ainsi à plusieurs domaines : paternalisme omnipuissant, catholicisme obtus, répression des mœurs, éducation archaïsante, gérontocratie monopolisant le crachoir public, hiérarchisation stricte de groupes homogènes, pouvoir de l’académisme, etc., etc., toutes ces formes de domination contre lesquelles Céline souhaite se libérer dans ses romans, mais encore de façon beaucoup plus brutale dans ses pamphlets. Cette communication partira de ce constat pour analyser la manière dont l’esthétique célinienne de la transgression a été analysée à la fois par Philippe Sollers et Philippe Muray. Ce faisant, je chercherai à montrer les similitudes dans leurs analyses et à expliquer en quoi consistent leurs différends. Je terminerai en insistant sur l’idée que les analyses que font Sollers et Muray participent à une sorte de réhabilitation du pamphlétaire infréquentable tout en étant aussi une tentative de se distancer à jamais d’une époque qui n’est alors absolument plus la leur.
François-Emmanuël BOUCHER - Collège militaire royal du Canada


Style indirect libre et lopophagie : les figures énonciatives de la persécution des romans aux pamphlets céliniens

Cette communication sera pour moi l’occasion de reprendre une question laissée en suspens dans mon livre L’inter-dit célinien (Balzac, 2000), soit les avatars du style indirect libre dans les pamphlets. Par cette figure ou cette posture énonciative qui parcourt tous les romans, les accusations ou les invectives adressées au persécuteur (en troisième personne) risque de se retourner contre le locuteur (la première personne). Ainsi, en s’insinuant au cœur du discours adverse, en usant des mêmes mots ou en reprenant ses accents, la première personne prend à son compte la parole du persécuteur, en mime la violence, jusqu’à en perdre sa propre parole et à s’auto-accuser. Or, dans les pamphlets, la situation de communication privilégiée étant plutôt celle qui tient à distance l’invectivé (le retranchant dans cette zone de la troisième personne qui lui refuse la parole ou le droit de réplique), on peut se demander ce qu’il advient du style indirect libre, que j’ai quant à moi désigné comme « style de la persécution ». Alors que j’avais suggéré que le procédé de la « logophagie » (que l’on peut voir selon R. Tettamanzi quand la parole du pamphlétaire est dévorée par celle de l’adversaire) n’était pas à distinguer du style indirect libre, j’aimerais maintenant profiter de la réédition des pamphlets pour faire une étude plus systématique de ces figures énonciatives, en rouvrant ainsi la question des structures de la violence verbale, dans ses rapports avec l’imaginaire de la persécution.
Johanne BÉNARD - Université Queen's


De l’héroïsme mangouste à la révolte des indigènes

La question des liens et des différences entre les pamphlets et les romans de Céline n’a cessé d’agiter la critique. L’analyse du rapport au temps et de l’intentionnalité qui sous-tend ces textes est de nature à éclairer leurs spécificités. L’émergence d’une parole centrée sur le présent, saturée par l’actualité et animée par le désir d’agir sur le réel impose en effet une transformation radicale de la posture d’énonciation et de la relation au lecteur dans les pamphlets.
Le discours pamphlétaire requiert une image du discours et de son énonciateur de nature à en assurer la performativité et à en justifier la violence. Chaque pamphlet dispose ainsi d’un dispositif qui met en scène l’origine de l’engagement paroxystique de Céline et qui en rejette la responsabilité sur l’agression de l’autre. En outre, le pamphlet semble exiger la réintroduction d’une posture d’héroïsation, celle de la petite mangouste qui se bat contre le serpent judéo-bolchévique.
La réponse de Céline, face à ce qu’il présente comme un danger de mort imminent, est articulée sur une double volonté : couper et réunir. De cette intentionnalité découle un dédoublement de l’allocutaire. D’une part, le pamphlétaire s’adresse au « vous » des ennemis : son but n’est pas de les convaincre, mais, par l’outrance de ses attaques, de les obliger à se démasquer. D’autre part, le « je » du pamphlétaire est en quête d’un « nous » qu’il désire réunir par sa plume.
François-Xavier LAVENNE - Université catholique de Louvain


La représentation de la foule dans Voyage au bout de la nuit, Mort à crédit et Bagatelles pour un massacre de Louis-Ferdinand Céline

Louis-Ferdinand Céline place la thématique de la foule au centre de tous ses projets d’écriture offrant ainsi des mises en scène de masse véritablement remarquables qui scandent le récit sous la forme d’épisodes majeurs. La figure de la foule n’est effectivement pas présente que dans ses romans ; elle occupe aussi une position centrale dans ses pamphlets antisémites, la part sombre de l’écriture célinienne, particulièrement dans les trois ballets de Bagatelles pour un massacre : « La naissance d’une fée », « Voyou Paul. Brave Virginie » et « Van Bagaden ». Il est très intéressant de constater que Céline fait de ses ballets un genre littéraire totalement voué à la représentation de la foule, instants clés des pamphlets. Dès lors, j’aimerais esquisser un parallèle entre le traitement des foules dans ces deux genres littéraires. Les deux premiers romans de Céline, Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit, ainsi que les trois ballets offrent des ressemblances dans leur traitement hyperbolique de la foule devenant des symboles d’une violence spectaculaire. Néanmoins, on constate des différences indéniables. Alors que le roman offre une représentation de la foule très ouverte, polysémique, les ballets utilisent la masse au service même de l’idéologie des pamphlets. Je tenterais donc d’esquisser une réflexion sur l’évolution de la représentation de la foule, thématique chère à Louis-Ferdinand Céline.
Marie-Lise AUVRAY DOITTEAU - Université de Moncton


Misogynie ou matrice: la création littéraire et la synthèse du féminin célinien dans les pamphlets

Le sujet de Céline et les femmes a toujours fait couler beaucoup d’encre, souvent pour élaborer la misogynie de l’écrivain, soit par ses petites phrases assassines tirées de la correspondance, soit par sa très franche admiration de la danseuse, dans la vie et dans l’œuvre. Or, une analyse de la mise en texte du féminin élargit le champ pour tenir compte des personnages féminins, ainsi que de la féminisation des personnages masculins. Une lecture avisée permet d’identifier une présence féminine corporelle comme le fil conducteur qui fait avancer le texte et le style céliniens. Ceci attribue au féminin, et aux expériences uniquement féminines, un rôle beaucoup plus valorisé dans la création littéraire célinienne, ainsi qu’une attitude plus équivoque à leur égard de la part du héros-narrateur.
Cette étude fournira des pistes de lecture importantes qui permettront une vraie définition et une appréciation du féminin célinien exprimé dans les pamphlets, montrant ainsi la place que ces derniers tiennent dans l’œuvre de Céline, qui, elle, ne pourrait exister sans personnage féminin, puisque le but en est de créer une synthèse de la femme, la féerie, le chant, et l’écriture. Prenant en témoin le lecteur, les pamphlets de Céline continuent de mettre en scène le processus créateur synthétique qui lie ces quatre éléments.
Tonia TINSLEY - Missouri State University


Les pamphlets en Italie : traductions, polémiques et bilan des réflexions critiques (1980-2013)

La traduction intégrale en italien de Bagatelles pour un massacre en 1981 et sa saisie presque immédiate sur le territoire national voulu par Lucette Almansor déclenche une période faite de bruits, intérêt et scandales parmi les critiques italiens, gauche et droite confondues.
Aujourd’hui, il est impossible de comprendre la transformation de L.-F.Céline des premières œuvres aux romans de la maturité si nous excluons la grande nouveauté stylistique introduite par les invectives « excitées » auxquelles Céline se livra dans ces pages infâmes ainsi que dans la rédaction de ses réponses/lettres à la presse collaborationniste française.
Que représentaient les pamphlets pour Céline? Juger l’écrivain sans appel revient paradoxalement à le mythifier et tenir sous clés ses livres maudits empêche le débat sur des questions qui s’avèrent décisives. A travers les études des intellectuels et chercheurs italiens contemporains et la récente traduction inédite des missives aux journaux français entre 1940 et 1944 - parmi lesquelles, la lettre où Céline proposait de couper la France en deux (dont la partie septentrionale serait bosseuse et raciste et la partie méridionale « suralgérique ») et qui fut censurée par le comité de rédaction du Je suis partout - nous tenterons de tracer une piste de réflexion qui interrompt le court-circuit intellectuel sur la production littéraire d’un des « Grands Reprouvés » du XXe siècle.
Valeria FERRETTI - Université de Florence


Les écarts politiques de Céline et de Cioran

2011 fut une année de référence tant pour Emil Cioran que pour Louis Ferdinand Céline. Nous avons célébré le centenaire du philosophe roumain exilé à Paris, mais aussi le cinquantenaire de Céline. En fait, nous avons assisté à la controverse en France liées à la question : fallait-il inscrire le cinquantenaire de la mort de Céline parmi les commémorations officielles de l’année 2011 ? Si Cioran a été pardonné d’avoir soutenu l’extrême droite roumaine, certains français ne pardonnent pas à Céline sa collaboration allemande pendant la deuxième guerre mondiale.
Cioran, comme Céline ont renoncé à défendre leurs idées politiques après la défaite de l’Allemagne. Une fois arrivé en France, Cioran commença à s’excuser devant l’Occident pour ses « fautes » de jeunesse. Nous soupçonnons les deux écrivains d’une sorte de terribilisme littéraire plutôt que de vraie croyance.
Cette communication insistera sur les similarités entre les deux écrivains, présentant tout d’abord le contexte historique et idéologique qui les a hébergé dans les années 1930 tant en Roumanie qu’en France, leur formation intellectuelle, leur parcours similaire et ensuite les motivations de leurs engagements politiques extrémistes.
La communication s’appuiera après sur la nature et le message des écrits politiques de Cioran et de Céline, sur leur penchant pour Hitler et l’antisémitisme des deux.
Mara Magda MAFTEI - Académie des sciences économiques de Bucarest


PROGRAMME ADMINISTRATIF
Université Laval
2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6
Canada
(plan du site en pied d'article)
Tél. renseignements généraux : 418 656-3333

Mardi 7 mai 2013

9 h 00
Ouverture du colloque

9 h 30
Régis Tettamanzi (Université de Nantes)
La culture dans les pamphlets de Céline.

10 h 00
Café

11 h 00
Anne Élaine Cliche (Université du Québec à Montréal)
Cette cosmique permanente apocalypse : Popol et les Juifs

11 h 30
David Décarie (Université de Moncton)
Figures obsessionnelles : préfiguration de la figure du Juif dans Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit.

12 h 00
Dîner (le déjeuner français)

13 h 30
Dominique Garand (Université du Québec à Montréal)
À l’agité du bocal : fiel pamphlétaire ou manifeste littéraire ?

14 h 00
Diego-Alejandro Aguilar Beauregard (Université de Toronto)
Du "Portrait de l’antisémite" à "L’agité du bocal" : à propos de l’appropriation stylistique de Louis-Ferdinand Céline.

14 h 30
Thé

15 h 00
Bernabé Wesley (Université de Montréal)
D’une féerie l’autre furie : le « poème rentré » de Bagatelles pour un massacre.

15 h 30
David Labreure (Université de Nantes)
Le leitmotif antialcoolique dans Bagatelles pour un massacre.

16 h 00
François-Emmanuël Boucher (Collège militaire royal du Canada)
L’héritage de l’infâme : Sollers, Muray et la transgression célinienne.

Mercredi 8 Mai 2013

9 h 30
Johanne Bénard (Université Queen's)
Style indirect libre et lopophagie : les figures énonciatives de la persécution des romans aux pamphlets céliniens.

10 h 00
François-Xavier Lavenne (Université catholique de Louvain)
De l’héroïsme mangouste à la révolte des indigènes.

10 h 30
Café

11 h 00
Marie-Lise Auvray Doitteau (Université de Moncton)
La représentation de la foule dans Voyage au bout de la nuit, Mort à crédit et Bagatelles pour un massacre de Louis-Ferdinand Céline.

11 h 30
Tonia Tinsley (Missouri State University)
Misogynie ou matrice: la création littéraire et la synthèse du féminin célinien dans les pamphlets.

12 h 00
Dîner

13 h 30
Valeria Ferretti (Université de Florence, Italie)
Les pamphlets en Italie : traductions, polémiques et bilan des réflexions critiques (1980-2013).

14 h 00
Mara Magda Maftei (Academia de Studii Economice din Bucuresti)
Les écarts politiques de Céline et de Cioran.

15 h 00
Café

15 h 00 - 16 h 30
Les enjeux d'une réédition
Table ronde/atelier sous la présidence de Johanne Bénard.
Participants : Paul Bleton - TÉLUQ, François-Emmanuël Boucher - Collège militaire royal du Canada, Anne élaine Cliche UQAM - Université du Québec à Montréal, Rémi Ferland Université Laval, Dominique Garand - UQAM - Université du Québec à Montréal, Michel Lacroix UQAM - Université du Québec à Montréal, Régis Tettamanzi - Université de Nantes.

CLIC PLAN DU CAMPUS

Pour l'inscription et un hébergement négocié veuillez approcher l'ACFAS à Québec (cliquez et naviguez sur leur site, c'est prévu).
Pour un billet de groupe, veuillez approcher Le Petit Célinien à Paris (cliquez et idem)


[billet surgelé le 24 février 2013]

jeudi 7 février 2013

L'Afrikistan en panne

L'Afrikistan est mal barré. Ce qui doit bien ennuyer les éditocrates et think-tankistes qui vivent de l'alarme. On peut dire que le pas de clerc des bandes terroristes islamisées au Mali fonçant sur Bamako a porté un coup sérieux au projet verdâtre des fondamentalistes musulmans déroulés dans les amphis de géopolitique. Les séismes dont on annonçait les répliques sont au nombre de cinq, et paraissent plus que jamais réparables. Ce qui en soi n'est pas une mauvaise nouvelle, et d'abord pour le continent africain qui n'a pas besoin de perdre du temps avec ces foutaises théologiques. Les défis économiques et sociaux sont des falaises autrement plus hautes à grimper que le salut dans l'au-delà par l'asservissement des âmes. Il faut déjà vivre un peu avant de mourir.

Voici les cinq foyers cancéreux dans le sens des aiguilles, et notre pronostic sans frais :

(AA) Parti islamiste Ennahda au pouvoir en Tunisie

Rached Ghannouchi
Parti de l'étranger dirigé par des émigrés revenus cueillir les fruits d'une révolte dans laquelle ils ne se sont pas mouillés, il s'avère incapable d'améliorer le sort des gens à divers motifs dont le plus évident est la crasse idéologique qui bloque les rouages économiques comme du cambouis. Ce parti instrumentalise des bandes salafistes et les gros-bras de la LPR (le SAC d'Ennahda) qui sous-traitent une "petite terreur" au quotidien pour faire tenir tranquilles les braves gens (la majorité silencieuse de là-bas).
L'insatisfaction monte rapidement dans une population qui vient de comprendre qu'elle a été bernée par les agents électoraux du parti Ennahda qui avait passé la promesse dans les villages : un vote, un emploi. La population tunisienne, plus éduquée que la moyenne des habitants de la rive sud de la Méditerranée, n'adhérera pas, l'argumentaire islamiste étant tout simplement trop bête. L'assassinat du chef de parti Chokri Belaïd peut dégoupiller une réplique de la révolte de 2011 capable d'emporter tout. L'impudence du pouvoir à vouloir passer en force en articulant un double langage qui ne trompe plus personne, convoque la complicité de l'armée qui est loin d'être acquise. Notre pronostic est une raclée électorale pour Ennahda dans un scrutin anticipé.

(BB) Frères musulmans au pouvoir en Egypte

Mohamed Morsi
A l'inverse d'Ennahda, c'est un parti "souchien" qui a 70 ans de travail de fond dans les quartiers défavorisés et dans les campagnes. Si c'est bien la "démocratie" qui a porté les Frères au pouvoir, le principe "un homme-une voix" n'a rien résolu quand à la légitimité des vainqueurs. Comme en Tunisie mais avec un coefficient 8, ce vieux pays a une culture ancestrale et une bourgeoisie éduquée. Il est aussi un vecteur de "modernisation" dans tout le Proche Orient. L'indigence (voire l'absence) des programmes économiques et la duplicité puérile du président Morsi ont disqualifié aux yeux de l'Opinion ces doctrinaires ne sachant que parler ou menacer, et les dérives salafistes que l'on rencontre en Tunisie n'ont déjà plus cours en Egypte, la "rue arabe" s'étant ressaisie !
Le "café" et le souk se gaussent des prétentions fraternelles à vouloir bâcher les compagnes ! Les villes du canal qui font l'Opinion sont en quasi-insurrection. Il y a plus urgent que la charia car la misère galope dans l'artisanat, le petit commerce, les petits boulots et combines paisibles car l'argent ne circule pas. Dans le vivier électoral traditionnel des Frères - les fellahs pauvres du delta - les choses ne vont pas mieux car le tourisme a disparu et l'activité vivrière est désorganisée. Notre pronostic est un pronunciamiento finissant la supercherie islamiste car l'armée est intacte.

(CC) Pirates islamisés de Somalie

Les Shebbab somaliens sont maintenant dans la tenaille de deux puissances régionales qui ne négocient plus mais sont décidées à les tuer. Le ratissage français au Mali qui ne fait pas de prisonniers les y encourage. Ainsi Kenya et Ethiopie vont-ils pratiquer la solution finale, surtout le Kenya qui avait été durement secoué par les bombes d'al-Qaïda. Depuis octobre 2011 - date de la prise d'otages de 4 travailleuses humanitaires blanches - ses raids ne sont plus des manoeuvres de pacification mais de destruction. L'Ethiopie inquiétée sur sa frontière nord par l'Erythrée, Corée du nord africaine qui soutient les insurgés de l'ex-Somaliland, veut en finir maintenant.
En mer, la piraterie étant directement liée à la prospérité des Shebbab, sa réduction est impérative et c'est sans doute la seule fenêtre de collaboration affichée avec le monde extérieur au continent. On peut concevoir que de plus en plus de pirates seront ramenés devant les tribunaux kenyans, la vieille punition "haut et court" n'étant plus d'application malgré son indéniable dissuasion ; mais on sera plus discret en coulant les barques. Notre pronostic est une liquidation générale des Shebbab avec malheureusement des dommages collatéraux dus à leur propension à se réfugier dans les jupes des femmes.

(DD) Boko Haram du Nigeria

Abubakar Shekau
Cette secte nombreuse sévit dans les provinces du nord, contiguëment au Niger. Ayant adopté les codes islamistes et le terrorisme d'application qui va avec, elle est combattue par les forces nigérianes qui hachent leurs rangs sans état d'âme. Des éléments nombreux sont montés au Mali renforcer AQMI mais il semblerait qu'ils se soient débandés devant la réplique française et nigérienne, ce qui est plus facile pour eux qui sont majoritairement des Haoussas (noirs). Si les pertes encourues n'entameront sans doute pas la ressource au Nigéria surpeuplé, elles encourageront l'action d'éradication des forces nigérianes (police et infanterie) et notre pronostic est la liquéfaction de la secte par découragement ou moindre propension au sacrifice. Des vierges, il y en a de très belles sur terre et Boko Haram vient de déclarer un cessez-le-feu ! Nous ne faisons pas de pronostic pour le moment.

(EE) AQMI-MUJAO au Sahara

Le groupe islamiste touareg Ansar Dine doit être dissocié des deux groupes arabes, même s'ils sont interpénétrés. Il est probable qu'une paix forcée entre le MNLA-MIA et le pouvoir noir de Bamako, réglant la question de la représentativité douteuse de ces Touaregs insurgés, conduise à une autonomie jouable à condition qu'elle soit couplée au développement économique du nord. Le dispositif retenu affaiblira terriblement l'élan de la rébellion islamiste touarègue qui pour la première fois ne dictera pas ses conditions. Son chef charismatique à demi-fou, Iyad ag Ghali, se terrera dans une grotte des Iforas à guetter l'hydravion blanc du Qatar qui viendra l'emporter, tandis que ses troupes même bien armées seront débandées par les escadrons méharistes des nations voisines convenablement soldés et sous appui-feu continu. On compte sur les Tchadiens, et les Touaregs ralliés qui se referont un pucelage et,... nous-mêmes un peu.

Abdelmalek Droukdel, émir AQMI
Restent les deux composantes terroristes versées dans le narco-trafic¹ pour faire court. Les motivations religieuses affichées ne sont plus crédibles au sein des habitants du pays après la découverte des atrocités commises dans les villes prises. Il leur sera difficile de prospérer dans l'Adrar des Iforas avec l'hostilité déclarée ou contrainte des populations des vallées alentour. S'étant dévoilés comme des bandits cruels, ils ne pourront pas se muer en talibans afghans² vivant au milieu du peuple comme un poisson dans la rivière. Ils sont en plus perçus comme des "étrangers". C'est une courte vie de proscrits cernés qui les attend. Elle deviendra vite intenable quand les gardes-frontière des pays voisins auront été renforcés - l'Algérie a descendu 1400 hommes en renfort sur sa frontière - et qu'ils devront affronter sur leurs seules réserves Tchadiens, Maures et Touaregs marchant à la prime. En plus j'ai vu passer sur mon écran deux canons Caesar³ français qui montent vers le nord ! La chambre de décompression libyenne utilisée par Belmokhtar (Mister Malboro) qui joue à "chat perché" sera de plus en plus inaccessible par la reconstitution des forces libyennes.
La profession de djihadiste incandescent ne durera qu'aussi longtemps le permettra le trésor accumulé par le trafic et la prise d'otages. Notre pronostic est la neutralisation des zones de parcours par les Français et l'éradication par les drones américains des derniers noyaux durs protégeant leur fric, quand les plus fragiles seront retournés à la garde des chèvres.
Restent nos otages.

Actu: Ont été sauvés de l'incinération aérienne par les Touaregs les chefs de groupe terroriste Mohamed Moussa Ag Mouhamed (Ansar Dine) et Oumeïni Ould Baba Akhmed (MUJAO), capturés à In Hallil le 2 février. Direction sans doute le TPI.


(1) on lira avec profit un billet dédié au narco-trafic et à son extension au-delà des groupes terroristes par ici.
(2) les Talibans afghans commencent à se rendre... selon Al-Jaezira.
(3) canon semi-automatique de 155mm Caesar porté sur camion, qui met 8 coups/minute à 40 kilomètres, acquisition des données et calcul automatique en temps masqué ; c'est une arme de saturation.



Il y a de bonnes raisons de croire en la défaite de l'Afrikistan, mais la meilleure garantie de bonne fin sera une vraie gouvernance qui coupe les ponts avec la corruption endémique, permettant d'injecter des fonds de développement efficaces. Tous les pays africains sont concernés, tous y compris les pays non africains impliqués dans les projets !


Nairobi




dimanche 27 janvier 2013

Ne pas faire une croix sur les Chrétiens d'orient

Il faudrait parler des Touaregs. L'affaire du Mali est entièrement saharienne au sens où on l'y circonscrit totalement. Les "Huns" seront exterminés sur place par les uns et les autres ; c'est ouvertement dit¹. La conférence des bailleurs de fonds qui va s'ouvrir pour 500 millions de dollars le 29 janvier à Addis Abeba va régler la question d'intendance des troupes africaines engagées, pourquoi dès lors faudrait-il en parler aussi à Davos ?

une messe à Damas
De fait, c'est de la Syrie dont il est question. La station alpine s'est trouvée avant-hier à la convergence de toutes les hypocrisies sur cette guerre sans fin qui va achever sa deuxième année le 15 mars. Les "riverains" du chaos alaouite, Turquie, Jordanie, Liban, envahis de réfugiés en plein hiver, hurlent au charron devant la passivité tranquille de la "communauté internationale" qui attend que la poussière retombe. Que fait l'Occident ? Et l'Occident de répondre mezzo-voce qu'il ne va pas entrer en guerre avec l'Orient² pour une guerre civile arabe. En plein Croissant Vert, démerdéren Sie sich entre sectateurs du Prophète et laissez passer la caravane des Majors. Coule l'huile, coule le naphte. Que le roi Abdallah II soit aux cent coups parce qu'il a 300.000 campeurs sans chauffage en rase campagne, que Erdogan montre les 500 millions de dollars perdus à nourrir et abriter les réfugiés syriens passés au nord, ne nous émouvrait pas plus que ça si nous n'avions pas nos vieilles communautés chrétiennes dans la gueule du léviathan islamique.

Tarek Aziz condamné à mort
Abonnées à la dhimmitude depuis le reflux des empires européens, nos communautés se sont toutes accommodées des pires régimes tyranniques, prêtant la main parfois pour simplement survivre et revenir en deuxième semaine ! Les dictateurs les choient car elles sont des pièces utiles sur l'échiquier de politique intérieure, moins en elles-mêmes par leur nombre que par les réactions que provoquent les faveurs du pouvoir à leur endroit dans les communautés musulmanes réprimées : instrumentalisation du pronostic de guerre civile. Elles offrent aussi de rares compétences dans de nombreux domaines et sont une passerelle naturelle vers l'Europe occidentale, la France en particulier dont le prestige était encore grand il y a peu.
En Syrie même, le Parti Social-Nationaliste fut fondé par le grec orthodoxe Antoun Saadé en 1932. Dans le cas de l'Irak et de la Syrie baassistes, elles ont participé plus directement au projet de laïcisation des institutions affiché par les fondateurs du Parti Baas, dont le plus éminent, Michel Aflak (1910-1989), était un damascène grec orthodoxe. Dans ce courant et à titre d'illustration, on trouve le chaldéen Tarek Aziz, ministre des Affaires étrangères de Saddam Hussein de 1983 à 1991 et le ministre de la Défense de Bachar el-Assad, l'orthodoxe Daoud Rahja, tué par une bombe le 18 juillet dernier. Un extrait de ses obsèques en pied de page.

Daoud Rahja explosé à Damas
Nous sommes légitimement inquiets car, malgré une sage retenue, les communautés chrétiennes seront visées par les partis islamistes dont les milices combattent le régime, pour en avoir trop fait ou pas assez. Elles n'auront jamais raison. On subodore de graves exactions déjà sur les Chrétiens, de la part de milices salafistes (ou wahhabites) armées par les émirs sunnites, et rien n'interdit de pronostiquer l'épuration ethnique de la mosaïque syrienne comme ce fut le cas en Yougoslavie. Aussi quand la logique de paix ne répond pas à la convocation il ne reste que la force.
Quelle puissance activera une menace suffisamment convaincante pour protéger les communautés chrétiennes de la nouvelle Syrie ? A voir ce qui s'est passé en Irak, ce qui se passe en Egypte, voire même en Turquie où elles sont couramment inquiétées à tous motifs, il n'y a que la Russie à faire le poids. La France, certes étant dans le jeu depuis longtemps - depuis Baudouin IV de Jérusalem en fait - il lui revient d'approcher l'escadre des Echelles et d'en charger les canons. Mais en rêve même pas ! Et ce ne sont pas les mémorandums, pétitions, suppliques déposés ci et là qui vont faire le travail. Dans une guerre civile arabe, seuls la force joue, des palabres ils s'en chargent eux-mêmes.

A ce stade, il ne faut rien attendre des francs-maçons français qui trustent les allées du pouvoir parisien pour y dicter l'esprit de bonne gouvernance à leur façon, aussi serait-il approprié de la part des chefs des églises locales d'en appeler ouvertement et officiellement au Kremlin et au Patriarcat de Moscou, seules garanties qui puissent être actionnées. Que le Vatican perde pied en Syrie est moins important que d'assurer la survie de ces communautés d'Asie mineure qui vivent leur foi au coeur du Nouveau testament depuis si longtemps. A défaut, elles seront éradiquées comme en Irak et nous rangerons leur souvenir sur l'étagère de nos défaites déjà chargée.

[À suivre, une approche de la problématique chrétienne au Proche et Moyen Orient]


(1) «Nous sommes en guerre et on va casser le plus possible de ces connards"» (à l'Hôtel de Brienne, jeudi 24)
(2) la Chine et la Russie bloquent toujours l'aggravation de la réplique internationale




mercredi 23 janvier 2013

François l'Africain

Il court, il court, François Normal. A fond les manettes ! Plein nord, chef ! Pendant que les oracles débitent des thèses au mètre sur les délicats équilibres de la sous-région, il se fout du tiers comme du quart de leur avis et avait prévenu tout le monde : ce ne sont pas des islamistes, mec ! Des terroristes ! Des tueurs, a-t-on répété au Quai d'Orsay, peu friand de franchise. On ne capture pas ces animaux car aucun zoo ne les prendra ; alors on les chasse au Tigre, au Caracal, au drone, on les zigouille, les incinère, on les carbonise. Et tant pis pour les émirs du Golfe qui ne reconnaissent plus la douce France molle de la couille et souple des reins ! Il a quatre mille kilomètres de safari devant lui, le pied ! Ça change du petit bureau de Solférino... mais rino c'est rosse, mec ! ...quand il fallait recevoir les satrapes pleureurs des fédérations départementales venus quémander les investitures, les places, les prébendes sous un horizon fini.
Là-bas, pas d'horizon, il recule à mesure que tu avances, vrai de chez sûr, mec ! Je casse sans jacasser, j'efface, j'érode, je pulvérise et je ne parle pas aux cons, ça les instruit ! Ecrasé le Sarkoléon avec ses idées en jabot, ses fracasseries préparées, les piaillements de sa basse-cour aux abois médiatiques ! J'élimine et parle ensuite. Traînent-ils leurs pieds noirs que je n'attends personne, j'ai de l'essence et des cartouches, bon pied, bon oeil grâce à l'électronique, je sais où dévaster le banc de cons quand j'allume le sonar ! Sous le sable, sous le soleil, exactement !

Surprenante métamorphose d'un président de Corrèze plutôt terne, d'un secrétaire national magouilleur et moqué, d'un chef d'Etat indécis au départ. La fonction crée l'organe. Dans l'affaire malienne, le président Hollande y voit clair et prend ou laisse prendre les bonnes décisions. Le secret de la réussite au désert c'est la vitesse. On n'attend personne, on rattrape et on coxe les cibles en provoquant de la résistance car il n'y a nulle part où les mettre après. Il ne s'agit pas de repousser, mais de détruire, et les voisins du Mali sont désormais rassurés, qui vont donner la main à leur frontière, faire la mâchoire fixe de l'étau.

Mais le temps qui passe est aussi celui où naîtront les déconvenues, où viendront au jour de dures vérités. Au moins deux déjà : en dehors de la production de textes, rapports, projets, conférences en tout genre, l'Europe n'existe pas, Mme Ashton n'existe pas, M. Barroso n'existe pas, M. Van Rompuy n'existe pas. Plus embêtant, les armées de l'Afrique de l'ouest sont des gendarmeries rurales, des soupapes au chômage, des cantines à galons. Elles ne vainquent que contre des civils mal organisés. C'est leur première vraie guerre hors de la sphère nègre, comme au temps béni des ... tirailleurs. Vont-elles apprendre en marchant comme cela arrive parfois ? Sinon elles vont vite devenir encombrantes. Un rayon d'espoir, l'engagement de bataillons tchadiens plus aguerris qui combattront de nuit.

Bien sûr, à la fin, les tendances lourdes de la géopolitique auront le dernier mot, mais n'en déplaise aux experts qui voyaient tomber nos avions comme des mouches à cause des Sam7 pris chez Kadhafi, la vérité du moment au Sahara se rencontre derrière la dune pas sur les rayonnages ou derrière le clavier. Les aéronefs français volent et tirent, les hélicos algériens volent et tirent, les gros porteurs anglais, américains, danois, volent et se posent.
Alors, du néocolonialisme, de la françafrique, de la croisade revenue, les populations enfin libérées des pitécanthropes islamisés s'en foutent. Merci la France, bravo la France ! Allez en entendre l'écho en banlieue parisienne, c'est édifiant, pour une fois.



Ces peuples en valent la peine





Pour ceux qui ont le temps, je signale un travail fouillé d'Aymeric Chauprade (clic) sur la question, même si ne partage pas toujours ses analyses, et un avis autorisé de Bernard Lugan (clac) que je propose avec les mêmes réserves.

mardi 8 janvier 2013

Le Raïs sourd

Le président syrien qui a fait dimanche dernier un discours vengeur contre l'invasion étrangère tourne dans un film. Son film ! A six reprises, depuis les émeutes de Deera en septembre 2011, Bachar el-Assad a promis des réformes, de la démocratie, de la liberté, sans bouger d'un pouce ! Certains de ses anciens amis soutiennent qu'il aurait réformé dès les premiers morts que la Révolution syrienne aurait été lancée "derrière lui", meilleur leader possible car le seul acceptable bon gré mal gré par les six communautés¹. Il est vrai que ce "concept" de modernisation douce fut déployé lors de l'avènement du fils cadet d'Hafez el-Assad en l'an 2000 et que lui-même y a sincèrement cru, avant d'être convaincu de n'en rien faire par son entourage, mouillé jusqu'au coup dans les répressions, la basse police, la justice sommaire et les grosses affaires. Evoluer reste impossible, car nul ne sait réformer un système familial de prédation institutionnalisée.

La Tribune de Genève avait fait une description fidèle du Système Assad, qui confirmait l'an dernier l'exsanguination de l'économie syrienne : La politique du clan Assad qui a garanti sa longévité est celle-là même qui aujourd’hui le menace. Les monopoles d’Etat, la captation des ressources par les barons de l’Etat ont ruiné l’économie syrienne. Les infrastructures sont totalement déficientes. Le manque d’eau remet en cause l’autosuffisance alimentaire du pays, et même les ressources en hydrocarbures couvrent à peine les besoins domestiques. Paradoxe suprême, les campagnes, autrefois portées par le régime dès son arrivée au pouvoir, sont aujourd’hui totalement délaissées, favorisant pauvreté et rébellion (on lira cet article avec profit).

Toutes ces dictatures autistes finissent dans la Misère. Le clan Assad, captivé à cent pour cent par son maintien aux manettes les plus juteuses de l'Etat en usant des pires moyens pour en éloigner ses concurrents, a laissé passer loin du pays le vent du progrès et se retrouve pendu aux fils de ses soutiens extérieurs alors qu'il vantait une indépendance arrogante, capable affirmait-il de faire peur à Israël.
Le discours de dimanche à la Maison de la Culture et des Arts de Damas est celui d'un fou, déconnecté complètement des réalités de son propre peuple, lancé sur un projet de pacification musclée qui n'a aucune chance d'aboutir puisqu'il est en grand péril de complète subversion. Accordons-lui - comme une dernière cigarette - que la rébellion est armée de l'étranger et que le chaos est d'avenir, aussi sûrement que Noël est en décembre ; sachant aussi qu'il ne se voit pas impliqué du tout dans cet état de fait !
Bachar en son palais c'est Hitler dans son bunker, Pétain à Sigmaringen, Kim Jong-il dans sa baignoire blindée, un commandement sans épiscopes d'observation. A dessein je n'ai listé que des morts. Quand à parler d'Asma el-Assad comme la Marie-Antoinette du Proche Orient, c'est offrir rétrospectivement toute la pugnacité nécessaire au malheureux Louis XVI qui n'en sut pas l'usage.

Une diplomatie ruinée
L'autisme, s'il n'est pathologique, rend bête. Vivre entre soi, entre quatre murs, à se polir les certitudes, ne développe pas l'esprit critique. La situation diplomatique ne pouvait être meilleure pour la Syrie qu'elle ne l'était il y deux ans. La Turquie islamique cessait la collaboration militaire avec Israël et haussait le ton sur l'affaire de Gaza, elle prenait ses distances avec les Etats-Unis sans rompre l'Alliance, mais en fait n'obéissait plus, elle entendait le point de vue iranien et s'alignait sur la position russe de solution à l'orientale. Les trois parties concernées négociaient les captages des fleuves mésopotamiens. Le Président du Conseil libanais Mikati était un "ami personnel". Tout était favorable à Damas, en plein coeur du jeu diplomatique, surtout depuis qu'Israël, satisfait de la poigne alaouite sur les camps palestiniens, laissait comprendre qu'on finirait bien par s'entendre sur le Golan en usant de formules inédites².
Au lieu de quoi, Israël est en train de fortifier sa frontière en prévisions de grands désordres dans le sud-ouest de la Syrie, la Syrie utile ; la Turquie est devenu l'ennemi numéro un et fait déployer des batteries Patriot par l'OTAN avec laquelle elle s'est rabibochée ; l'Iran voit fondre les stocks d'armes qu'il adresse à Damas et qui risquent bien de ressortir un jour dans son dos en traversant l'arc kurde ; l'Irak chiite voit se lever à Damas un Etat sunnite, collé aux tribus sunnites du désert qui cherchent toujours à le déstabiliser ; et l'allié traditionnel russe est presque tétanisé à l'idée d'une sorte de Massada alaouite dans les nuages de gaz sarin ! Autant dire que le Raïs syrien emmerde aujourd'hui tout le monde. Il est dans la position du clan Kim de Corée du Nord à la réserve près que la population nord-coréenne est génétiquement nationaliste et patriote et soutient son leader jusqu'à la mort, alors que la mosaïque syrienne n'a aucune cohésion, le liant d'hier est celui d'aujourd'hui : c'est la terreur !

« La Syrie ne sortira de sa crise qu’à travers un dialogue national global » disait le président dimanche, avant d'expliquer les conditions drastiques pour entrer dans le "global": [ndlr=] pas de représentants du Conseil national syrien de Paris, pas de djihadistes étrangers, aucun pays arabe engagé. Seuls des représentants résidents des communautés syriennes traditionnelles seront convoquées à célébrer le ferment d'unité qu'il incarne, lui et sa famille, en récompense de quoi le parlement modifiera la répartition des sièges et le gouvernement (civil) sera pluraliste, la maison des Assad retenant les pouvoirs régaliens en ses mains expérimentées. A l'apaisement constaté succèdera une libéralisation des moeurs civiques, on achètera des balles en caoutchouc. Je ne crois pas insulter l'avenir en exprimant ainsi le fond de la pensée de Bachar el-Assad.

Entre lui et la paix, il y a soixante mille morts.


(1) Alaouites, Druzes, Sunnites, Kurdes, Chrétiens de Rome, Orthodoxes (on peut aussi en faire quinze au lieu de six)
(2) Il avait été question de souveraineté partagée sur le plateau, de baux emphytéotiques, de contrat de sources...
Addition du 28/1/13: Selon le Yediot Aharonot, Benyamin Nétanyahou, a proposé à Damas en 2011 un retrait total du Golan syrien. Mais en échange, la Syrie devait garantir un paix avec Israël, avec l’intervention des Etats-Unis. C’est une information venant du diplomate américain Fred Hoff, qui a dressé un compte-rendu :
« Selon ces documents, les négociations entre les deux parties étaient fondées sur un accord pour un retrait total du plateau du Golan et son retour sous souveraineté syrienne, en échange d’un accord de paix complet comportant l’échange d’ambassades », affirme le journal. « Une source haut placée dans l’administration américaine a indiqué il y a quelques jours que ces négociations avaient été sérieuses et profondes et que l’on pouvait considérer que, sans la guerre civile en Syrie, elles se seraient conclues par un accord », ajoute-t-il. Selon la source » Nétanyahou avait choisi de reprendre les pourparlers avec [le président syrien Bachar Al-]Assad afin de justifier l’impasse dans les négociations avec les Palestiniens, et sur la base du postulat que la Syrie était le maillon faible de ‘l’axe du mal’ comprenant l’Iran, le Liban et le Hezbollah »,selon le Yediot. Suite à cette fuite dans les médias, le bureau du premier ministre a qualifié cette initiative d’« ancienne et non pertinente ».« Il s’agit d’une initiative parmi beaucoup d’autres présentées à Israël ces dernières années. Israël n’a jamais accepté cette initiative américaine », selon le bureau. Aujourd’hui, la situation est bien différente, et Israël est officiellement en état de guerre avec la Syrie.
Source : © Alyaexpress-News

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