Affichage des articles dont le libellé est noblesse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est noblesse. Afficher tous les articles

lundi 23 janvier 2012

L'Œillet fané

 

Fondé par André Becq de Fouquières (†1959) au début des années 90 - le jeune dandy n'avait pas vingt-ans - le Cercle de l'Oeillet Blanc dînait chaque mercredi chez Durand à la Madeleine dans un salon particulier pour affûter sa propagande artistique. Est-ce le joli titre de la pièce d'Alphonse Daudet et d'Ernest Lépine qui inspira son fondateur ? Il ne l'a pas dit. Tissant un réseau aristocratique à mailles larges, Fouquières fréquenta le salon de la comtesse de Rohan-Chabot où il croisera Charles Maurras et Jacques Bainville. Son esprit fin et un naturel sympathique feront de lui l'arbitre des élégances parisiennes en la meilleure compagnie, la marquise de Chabrillan, Amédée de Broglie et Blanche de Clermont-Tonnerre seront de ses intimes. L'histoire en a retenu sa brillance, même s'il n'eut pas tout l'éclat qu'il attendait du soleil monarchiste :

« Fouquières était le meneur de jeu de tous les bals. C'était une sorte de dandy raisonnable, considéré comme un arbitre mondain. Les maîtresses de maison le consultaient aussi bien sur les préséances des invités que sur la tenue du buffet ou sur le programme de l'orchestre. [...] Je m'attendais à un très bel homme bien tourné avec l'allure d'un chevalier dans un habit d'une coupe impeccable. Je fus déçue de constater qu'il était petit, assez laid, que son smoking était un peu râpé et l'éternel œillet qu'il portait à la boutonnière n'ajoutait rien à sa distinction. Plus tard, dans ma vie, je suis revenue sur cette première impression. C'était au fond un excellent homme très généreux qui prenait trop au sérieux son rôle de beau.»
(Pauline de Broglie, Comment j'ai vu 1900 chez Grasset, tome III, 1968).

Sa vie attira l'attention des historiens et dans la revue du Centre de Recherches Historiques, Bruno Goyet nous livre une clef d'accès à ses ambitions de professionnel de l'élégance :
« Fouquières est le type parfait du mondain. Lié aux princes d'Orléans, au point d'avoir été invité au mariage du duc d'Orléans avec l'archiduchesse Marie-Dorothée de Habsbourg à Vienne, militant royaliste, compagnon de la camarilla des ducs (Luynes, Uzès, Decazes, …), il est fondateur de l'Œillet Blanc, cercle très sélect de royalistes mondains qui pratiquent une propagande artistique et qui se sont organisés sur le modèle du Jockey Club. Son frère, Pierre de Fouquières, lui, est chef du protocole au Quai d'Orsay et introducteur des ambassadeurs à l'Élysée. Ils sont donc symboliques du monde aristocratique qui préserve son capital social et le fait prospérer dans la République ». (Bruno Goyet, Le XVIIe siècle de Charles Maurras entre salons et bohème, Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques, 28-29 -2002)

L'histoire de l'Oeillet Blanc reste à écrire. Cercle mondain qui voulut un temps prendre la cape de chevalerie et la croix de poitrine de l'Ordre de Saint-Lazare derrière son président-chancelier Coutant dit de Saisseval, il est reconnu dans le milieu royaliste comme la comète du 21-janvier, quand cesse l'éclipse le temps d'une messe à Saint-Germain-l'Auxerrois, paroisse des rois de France. Son actuel président, Patrick Haizet, a perpétué la tradition de soutien indéfectible à la Maison d'Orléans, jusqu'à samedi dernier. On l'avait vu sur son trente-et-un à l'intronisation de Charles-Philippe d'Orléans à la maîtrise de l'Ordre ressuscité, le 12 septembre 2004 aux côtés de LLAARR Henri et Micaela d'Orléans. Le duc d'Anjou Rive Nord est depuis lors le 49° Grand Maître de l’Ordre hospitalier et militaire des Chevaliers de Saint Lazare de Jérusalem, accomplissant le rêve secret de Fouquières.

Quelle mouche a piqué ces messieurs du cénacle assoupi pour refuser la présence de la nouvelle comtesse de Paris à la messe pour Louis XVI ? Pour faire court, sont-ils au-dessus de la Rote romaine ? Sont-ce les barons de 987 qui firent Capet ? Sans doute le pensent-ils, mais ils se sont déconsidérés, définitivement et l'oeillet a fané d'un coup.
La déclaration du comte de Paris sur le parvis, à la sortie de messe, est d'une grande dignité (transcription littérale de Royal-Artillerie):
« Quelques mots, et je profite que tout le monde soit présent pour vous dire ce que j'ai à vous dire. Vous vous souvenez, vous vous souvenez pendant sept ans, j'ai fait dire une messe, sur les instances de la Princesse, que le Vatican m'a permis d'épouser. Pendant sept ans, de concert avec elle, nous avons fait des prières pour la famille royale assassinée et pour mon ancêtre. Nous étions présents, nous étions à genoux, et nous demandions pardon, nous demandions la paix.
Aujourd'hui, la princesse, mon épouse devant Dieu, vient d'être refusée à assister à cette messe, aujourd'hui. J'en prends acte, pour ceux qui en ont été les responsables. Dorénavant, la famille de France fera dire une messe en la Chapelle de la Compassion, Porte des Ternes. Tous les 21 janvier, et vous y êtes tous invités, vous serez tous accueillis par vos princes, comme il se doit.
Merci de m'avoir écouté.»

Le royalisme ne cesse de se diviser, c'est sa malédiction. Les deux branches dynastiques sont déjà partagées chacune en deux obédiences, mais cela ne suffisait pas. Il faudrait maintenant que la sainte inquisition traditionaliste s'en mêle, et arrache son morceau. Elle ne fait pas le poids et l'esclandre ne passera pas l'hiver, ces gens sont trop petits. Que vienne le chevalier Casse-tête qui règlera ce désordre de la seule manière qui vaille, la prompte !




L'Oeillet blanc légal
Déclarations en préfecture du Cercle de l'Oeillet Blanc (Journal Officiel Associations)
Date de parution : 01/11/2003
Numéro de parution : 20030044
Date d'insertion : 2011-02-04
Date de déclaration :9 OCTOBRE 2003
Numéro de page : 1298
Departement : Paris (Ile-de-france)
Lieu de parution : police.
Type de parution : - -
Waldec :
Adresse : 33 avenue du Maréchal-Maunoury
Code postal : 75016
Ville : Paris.
Activité déclarée : Etre un organe de contact et de liaison entre ses membres qui doivent défendre les droits historiques de la Maison de France - elle a aussi un rôle de propagande collective particulièrement dans les domaines artistique, littéraire et dans la société française.
Le 29 février 2008, la référence orléaniste disparaît de l'association, et le Cercle perd le cercle, comme nous le dit le JO de l'époque :
No d'annonce : 1402
Paru le : 29/03/2008
Association : L'OEILLET BLANC.
No de parution : 20080013
Département (Région) : Paris (Île-de-France)
Lieu parution : Déclaration à la préfecture de police.
Type d'annonce : ASSOCIATION/MODIFICATION
Déclaration à la préfecture de police. Ancien titre : CERCLE DE L’ŒILLET BLANC. Nouveau titre : L’ŒILLET BLANC. Nouvel objet : réunir des personnes qui s’engagent personnellement sur les objectifs définis à l’article 1er et suscitent dans cet esprit toutes initiatives et propositions ; est indépendant de toute organisation politique, et est soumis, en ce qui concerne sa composition et son activité organique, à la direction de son conseil d’administration ; l’association exerce son activité de façon totalement désintéressée et ne peut, en aucun cas, partager des bénéfices. Siège social : 33, avenue du Maréchal-Maunoury, 75016 Paris. Transféré ; nouvelle adresse : 3, avenue Bosquet, 75007 Paris. Date de la déclaration : 29 février 2008.


jeudi 17 novembre 2011

Noblesse & Aristocratie


Dans un éditorial donné au bulletin de l'Association d'Entraide de la Noblesse Française du mois d'avril 2011, le comte de Villenoisy répondait à un questionnaire sur le sujet de la noblesse et de l’avenir de la noblesse. Noblesse et aristocratie, deux façons de désigner une même classe sociale ? Pas vraiment. La distinction est claire bien avant la conclusion de l'éditorial qui ouvre un chapitre à écrire : « En ces premières années du XXIème siècle, les nobles sont-ils encore, sont-ils toujours aristocrates ? ».
On peut ancrer la définition de la noblesse dans un édit du roi Louis XIV du mois de mai 1643 :
Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, A tous présents et à venir, Salut. Voulant à l’exemple des Rois nos prédécesseurs reconnaître ceux de nos sujets, qui par leurs actions grandes et vertueuses se sont signalés dans les armées pour la défense de notre État, ou qui par d’autres actions louables & généreuses se sont rendus considérables, nous avons résolu de les élever par quelque marque d’honneur, au dessus du commun, en les décorant, eux et leur postérité du titre de noblesse, pour laisser à leurs successeurs une obligation perpétuelle de les imiter...

...édit qui ouvre le ban du conseil évoqué par Jean de La Varende : « Les portraits, il faut s’en méfier : ils sont bien plus vivants qu’on ne l’imagine. Ce n’est pas parce qu’ils sont encadrés qu’ils sont sans pouvoir. C’est un conseil de famille permanent. Il faut en porter, à la fois, et l’honneur et le poids ».

L'aristocratie est un régime de pouvoir, elle n'est pas un état. La noblesse est un état, indélébile et exigeant, mais pas la garantie de faire partie d'une élite , ni d'exercer un pouvoir. Il est des nobles chics et sots comme des manants mal mis et géniaux. Alors quoi ? C'est Monsieur de Villenoisy qui nous l'explique, après une introduction de circonstance qui est destinée d'abord aux sociétaires de l'ANF et que nous sauterons:

Qu’est-ce que l’élite ?
Le mot élite peut se placer derrière toutes les activités humaines : on est un médecin d’élite, un ouvrier d’élite etc… Cela veut dire que dans cette activité on est le meilleur ou parmi les meilleurs.

Qu’est-ce que l’aristocratie ?
L’origine grecque du mot se traduit par : gouvernement par les meilleurs.
D’où cela vient-il ? Cela vient d’une querelle entre les apôtres : les apôtres se querellant se tournent vers le Christ et lui disent : Seigneur, quel est le premier d’entre nous ? Le Christ leur répond : que celui qui sera le premier d’entre vous se fasse le serviteur des autres.
Le Christ posait par cette réponse les principes de l’aristocratie. L’aristocrate a reçu de Dieu un don qu’il a le devoir de mettre au service des autres et ce don est celui de la politique au sens le plus noble du terme : c’est le don de s’intéresser à l’organisation de la cité et à la raison d’être de l’homme politique : le bien commun.

Qu’est-ce que la noblesse :
La noblesse est l’institutionnalisation du principe aristocratique. La noblesse est donc un phénomène purement juridique. Nous sommes nobles parce que nous pouvons nous rattacher à un acte recognitif plus ou moins ancien. Mais la raison d’être est que la société pour pérenniser et reconnaître ce don d’aristocratie a institué une noblesse. On comprend donc qu’en soi, la noblesse n’est rien. Chacun d’entre nous a le devoir d’actualiser à chaque génération la qualité aristocratique qui est le fondement de la noblesse sans laquelle actualisation nous ne sommes plus rien. Nous perdons notre raison d’être.

[...]La version intégrale de cet éditorial est accessible ici.



La noblesse est-elle par essence consubstantielle au pouvoir ? Le fut-elle jamais ? Il est très rare de croiser dans l'histoire des villes des nobles nommés consuls (maires et maire-adjoint), même si tous , sauf les seigneurs justice, devaient contribuer aux charges municipales. Les rois prirent tôt l'habitude de pêcher leurs ministres dans la roture pour se défaire des liens féodaux qui les bridaient dans leur gouvernement. Ils donnaient la noblesse en sortie de programme, voire la consolidaient. Le fils du drapier Colbert entre au service de Mazarin comme intendant privé à l'âge de 32 ans et ne sera fait chevalier que bien plus tard. Mazarin est lui-même d'extraction roturière modeste. Necker est un banquier devenu grand mais parti de rien. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne fut jamais de grands ministres nobles. Vauban, Louvois, Turgot, Vergennes et Calonne n'étaient pas de basse extraction. Mais les deux derniers n'étaient pas de vieille noblesse non plus.

La qualité de noble d'ancien régime a des origines multiples et recouvre des situations diverses. Le seul vrai noble féodal était le possesseur d'une Seigneurie. La qualité de noble était polluée par la défiscalisation de cet état. Outre la gloire ou la vanité d'une généalogie classieuse, la roture courait aux armes à des motifs triviaux. Il n'était pas rare d'acquérir un domaine conférant la particule, fief ou même justice, et de s'exonérer soi-même ou sa postérité du droit de franc-fief (mutation) en acquérant préalablement une charge publique conférant anoblissement. L'ascenseur social fonctionnait à plein régime contrairement à l'image d'immobilisme que l'on colporte.

Les réformes fiscales tentées par les ministres des derniers rois de France furent bloquées par les deux ordres prédominants, et si les biens de l'Eglise étaient le capital des pauvres, il n'en allait pas de même pour ceux de la noblesse qui trafiquait des charges et emplois, et avait appris à spéculer sur valeurs et denrées comme des usuriers juifs. Des fortunes considérables se faisaient et se défaisaient et beaucoup d'argent circulait dans les sphères supérieures. Lorsque le régime vacilla, la noblesse constituée en état ne remplit pas le contrat millénaire qu'elle avait oublié et parfois manqua de donner l'exemple. La nuit du Quatre-Août marqua l'effondrement du régime féodal en pleine décrépitude par la faute d'un instinct de conservation qui aveugla les plus puissants. Place fut faite à une aristocratie du savoir sans considérations d'appartenance à un ordre, pour peu de temps, avant que vienne celui des ogres de la Révolution qui dévorèrent tout l'ouvrage de la réforme entamée.
Il est dit de temps en temps sur ce blogue que le roi doit tirer le char, à défaut de quoi il pèse sur le timon. C'est pareillement vrai de la noblesse qui doit mettre son génie propre à tirer la société vers un futur meilleur.

C'est si vrai que Monsieur de Villenoisy nous dit : "la vocation de la noblesse est de venir au secours d’un monde qui a perdu le nord en contestant ses dérives". On ne doit pas entendre un éloge de l'immobilité. Le noble utile est aristocrate au sens plein et s'il ne peut assumer de responsabilités de gouvernement, il doit garder l'esprit ouvert pour conduire ses concitoyens sur des chemins inexplorés dans le souci du bien commun. Le noble aristocrate détient une parcelle de l'inquiétude royale à l'endroit des peuples, et doit répondre du fruit de ses talents, ce que l'on peut contracter dans une formule : On enseigne au peuple ses droits quand le noble apprend ses devoirs.

Fidèle à sa "race" et au principe chevaleresque de subordination "je suis au roi", Patrick de Villenoisy participe donc à la promotion de la monarchie et de la royauté par sa déclaration de candidature à l'élection présidentielle de 2012. Son programme, puisqu'il en faut un, fut présenté devant le prince Charmes-Emmanuel de Bourbon-Parme chez Maxim's à Paris le 9 novembre, et on peut en lire les grands traits chez Christophe Paillard sous le titre La réconciliation des Français. On y reviendra sur Royal-Artillerie.

Haut les coeurs !



PS : Bonne définition de la noblesse chez le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales du CNRS.

Articles les plus consultés