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dimanche 9 février 2020

Dac !

En ces jours de grand tumulte où chacun renvoie son prochain à ses racines, il est rassurant d'écouter pour le quarante-cinquième anniversaire de sa mort, la reprise de volée de Pierre Dac au micro de Radio-Londres contre l'orateur vedette du régime de Vichy, Philippe Henriot, qui lui déniait tout patriotisme au seul nom de son nom.
Sans être aborigènes comme les Celtes de nos forêts, les Juifs sont une ancienne race de France héritée de l'Empire romain et qui prospéra avec des hauts et des bas dans le royaume pendant des siècles, puis sous l'Empire et la République, effaçant à jamais l'idée qu'ils puissent venir d'ailleurs, même si l'Eglise catholique ne manquait aucune occasion de leur imputer le Cruxifié du Golgotha, sans le supplice duquel elle n'aurait jamais existé !
Mais le sionisme du vingtième siècle ayant rattaché les communautés israélites (et les juifs hors-communauté) au projet israélien, les fils de Sem se sont retrouvés ensouchés en Palestine, et contre leur gré pour certains. Le retour aux sources a recréé des amarres qui avaient disparu depuis vingt siècles même si Jérusalem est toujours restée la cité mythique ! S'il avait vécu jusqu'à nous, Pierre Dac aurait fait un sketch excellent sur le sionisme obligatoire sous peine de poursuites !

A la fin de l'envoi, Dac souhaitait une bonne fusillade à Henriot. Six semaines plus tard, en juin 1944, il était tué dans les locaux du Ministère de l'Information à Paris par un commando FFI. Le régime lui fit des funérailles nationales très courues sans que l'on sut pourquoi tant de monde était venu, saluer l'orateur lâchement assassiné ou féliciter les FFI de leur audace. Des messes d'anniversaire seront dites à Paris chaque 28 juin jusqu'aux années 70 et une plaque orne sa tombe avec des mots dont l'ironie a échappé à ses amis : Passi Pro Veritate Patriaque. Les cendres d'André Isaac nous attendent au colombarium du Père-Lachaise depuis 1975. Passez-y rire un peu !

mercredi 23 septembre 2009

L'arrangement Bousquet

René Bousquet en 42Vendredi dernier, je suis resté deux minutes immobile dans ma perplexité après le générique de fin du téléfilm¹ sur René Bousquet. Une fois encore, on a mis en scène le zèle des hauts fonctionnaires à prouver leur valeur à l'occupant, bien que l'Etat qu'ils administraient ait été vaincu, écrasé. Il y avait donc un certain chauvinisme à lui montrer que les rouages français valaient bien les engrenages lents du caporalisme teuton.
Ces futures vedettes de la nomenklatura politique étaient jeunes et avaient à gravir les échelons de leur carrière : Papon avait 30 ans, Bousquet 31, et Touvier, hors-sujet ici, 25.
Loués pour leur efficacité à la Libération, bien qu'elle ait consisté surtout à suppléer aux insuffisances de l'administration occupante, la plupart d'entre eux, sauf les chefs miliciens, sortirent des salles d'instruction avec un bon de libre pratique, les quelques "anicroches" relevées dans les dossiers étant jugées intrinsèques à leurs fonctions. Le cas type fut celui de Maurice Papon, fait commandeur de la Légion d'Honneur par Charles De Gaulle en 1961. Fou d'efficacité, il lancera ses gendarmes à Bordeaux sur la trace de deux jeunes juifs évadés du site de regroupement pour avoir son bordereau de décompte exact. On lui confia plus tard de grands chantiers administratifs comme la répression des menées du FLN en région parisienne pendant les évènements d'Algérie... ça ne pouvait que marcher !

Mais le "docu-fiction" de France2 m'apprend d'abord que l'administration française avait outrepassé le cadre légal que le régime du maréchal Pétain lui avait imposé en conséquence de la Convention d'armistice² du 22 juin 1940 et plus particulièrement dans la gestion des populations israélites résidentes qui n'y étaient pas nommées.

Les ordonnances allemandes postérieures et leurs décrets français d'application complaisante - statut légal des juifs - construisirent un antisémitisme d'Etat dans le droit fil des dénonciations d'avant-guerre qui stigmatisaient les états confédérés, juiverie internationale, franc-maçonnerie et métèques. On passa de l'Etat de droit apparemment légitime, à la dictature de la vindicte, assez proche de l'ethnicisation du troisième Reich voisin.

L'on en vient malgré tout à Charles Maurras, incontournable à cette époque. Le soutien indéfectible qu'il apporta à la "divine surprise" pouvait se conjuguer avec sa germanophobie viscérale et son amour de l'Ordre social. Maurras abonda aux thèses de la Révolution Nationale qui développaient les idées qu'il avait défendues, et il comprit les raisons de l'armistice, plus sans doute que la poignée de main de Montoire. Mais sa perspicacité ne pouvait lui laisser ignorer la forfaiture de la haute administration dès que les lois anti-juives furent promulguées. Ces lois touchaient surtout le petit peuple - les grands juifs avaient depuis longtemps pris le bateau - commerçants et artisans des petits métiers, confectionneurs, fourreurs, horlogers, employés, petits fonctionnaires ; rien à voir avec la "confédération" des nuisibles ou l'invasion des métèques. Que n'a-t-il rien dit ? L'a-t-il dit ? Où ?
Le sort des juifs lui était-il indifférent ? Son mépris pour les Allemands aurait dû l'aider à manifester ouvertement au moins sa compassion envers ces familles déportées innocentes, même s'il ignorait comme beaucoup à quelles gares horribles tous ces trains aboutiraient.

Il est vraisemblable qu'avec l'âge, son antisémitisme doctrinal était passé du raisonnement au réflexe, sinon comment expliquer cette "surdité" au malheur. Comme avait dit Bernanos dans un raccourci fulgurant : "Hitler avait déshonoré l'antisémitisme". Maurras ne le vit pas.

Les hauts fonctionnaires passeront à travers l'Epuration pour continuer l'Etat, les pamphlétaires non ! Condamné à Lyon³ en 1945 pour intelligence avec l'ennemi sur faux témoignage de Paul Claudel, il ne le fut pas réellement par l'intelligentsia de son temps, sauf peut-être pour n'avoir pas été à la hauteur ... de lui-même. Son siège vide d'Immortel lui sera conservé jusqu'à sa mort. L'aurait-il atteinte que le sort de l'Action française, et notre communication actuelle, auraient été bien différents ; presque faciles.

René Bousquet a terminé sa vie en feu d'artifices dans le vestibule de son appartement de l'avenue Gabriel à Paris, le 8 juin 1993, abattu de quatre balles par une sorte de "chasseur de nazis" de romans de gare, dénommé Christian Didier. Une fin heureuse qui lui évita un long procès, pénible pour la haute image qu'il avait de lui-même, et accessoirement pour celle du président de la République, son ami. La "main de dieu" en prit juste pour dix ans ; elle s'est retirée dans les Vosges en l'an 2000.

Bousquet à Latché

Note (1): Vendredi 18 septembre 2009 20:35 : René Bousquet ou le grand arrangement avec Daniel Prévost, Macha Méril, Michel Aumont...
Note (2): texte de la Convention [clic]
Note (3): Récit du procès de Lyon [clac]
PS : Un mot sur l'acteur qui, ironie du sort est d'origine kabyle : j'ai trouvé Prévost très (trop) sérieux dans ce rôle sans doute écrasant, mais légèrement sous-dimensionné. Bousquet avait autant d'entregent que d'autorité naturelle et un certain "charisme" que l'on ne retrouve pas dans le personnage rabougri de la fin. C'était le salaud portant beau.




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