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jeudi 25 avril 2019

Culture à l'ISSEP

« La culture, c'est ce qui demeure dans l'homme lorsqu'il a tout oublié » [Emile Henriot (1889-1961) entre autres]. L'aphorisme fit florès, on l'attribua même au président radical-socialiste Edouard Herriot pour l'avoir cité dans son ouvrage Notes et Maximes. Qu'importe finalement s'il ne s'agit que d'expliquer l'importance d'une imprégnation culturelle dans la vie en société en insistant sur les moyens de l'obtenir.
Si Montaigne militait (comme Rabelais d'ailleurs) pour des têtes bien faites plutôt que bourrées, il anticipait l'avalanche de paradigmes nouveaux qu'il faudrait bien comprendre sans fouiller toutes les archives de l'humanité. Quoi de plus utile que de construire en chacun son laboratoire intellectuel. La directrice de l'ISSEP de Lyon est sur cet axe. Elle développe Montaigne à sa façon. Cela nous change des ravins abrupts du Rassemblement national familial :





DE L’IMPORTANCE DE LA CULTURE GÉNÉRALE


Avant de plaider pour l’intégration de la culture générale dans la formation des futurs dirigeants politiques, rappelons d’abord ce que la culture générale n’est pas.

La culture générale n’est pas une simple accumulation de connaissances. Elle est la tête bien faite, autrement dit, l’intelligence transversale capable de rassembler des informations, apte à puiser dans différentes matières sans être enfermée dans un domaine d’expertise et disposée à confronter le présent au passé pour en tirer des leçons, une analyse, un jugement.

Il ne s’agit ici pas de quantitatif mais de qualitatif. Il ne s’agit pas d’avoir mais bien d’être. La culture générale n’est pas faite pour briller en société, elle aide à penser, à vivre, elle façonne la personne et sa façon d’appréhender le monde. Qui a lu Balzac, qui a entendu Chopin, qui a admiré les statues du Bernin, qui a vibré au récit de la bataille de Patay ne perçoit pas les murmures du monde de la même manière.

A l’heure où la gouvernance et l’administration des choses ont remplacé le gouvernement des peuples, où le langage et la pratique managériale ont remplacé la Politique, il est important de rappeler que la capacité à conduire des Hommes émane moins de techniques toutes-faites de management que d’une bonne connaissance des tréfonds de l’âme humaine (à ce titre, la qualification désuète d’Humanités pour désigner la culture générale prenait tout son sens) et d’une réelle capacité de discernement. Le Général de Gaulle résumait parfaitement ces bénéfices dans son ouvrage Au fil de l’épée : « La véritable école du commandement est celle de la culture générale. Par elle, la pensée est mise à même de s’exercer avec ordre, de discerner dans les choses l’essentiel de l’accessoire [...] de s’élever à ce degré où les ensembles apparaissent sans préjudice des nuances. Pas un illustre capitaine qui n’eût le goût et le sentiment du patrimoine et de l’esprit humain. Au fond des victoires d’Alexandre, on retrouve toujours Aristote…»

Dans un monde où les expertises sont rapidement obsolètes, où l’intelligence artificielle commence à concurrencer l’intelligence humaine, où les professionnels sont amenés à changer plusieurs fois, non pas de postes, mais de métiers, il est indispensable de comprendre rapidement, de savoir construire un raisonnement, de développer son esprit critique. Telle sont les véritables compétences attachées à la mobilité si souvent citée comme nouvel impératif dans le monde du travail.

Un futur dirigeant politique ne peut se dispenser de s’enraciner dans une culture et une histoire pour s’imprégner de l’inconscient du peuple, de sa mentalité et de ses mœurs en vue de lui donner un cap auquel il adhérera. Comme le disait André Charlier dans l’une de ses lettres adressée à ses élèves: « l’âme d’une maison, comme celle d’un peuple, est faite de beaucoup de fidélités silencieuses ».

S’inscrire dans le temps long c’est accepter d’être le dépositaire de ces fidélités qui nous dépassent. C’est en comprendre la valeur et la fragilité, car la fraternité humaine est un sentiment que l’on ne peut imposer ou décréter. Il est le fruit mûr du temps et d’échanges séculaires qui façonnent la reconnaissance de soi en l’autre au point de se sentir responsable de lui.

Le politique qui s’amuse à déstructurer cette fraternité par méconnaissance, inadvertance ou pire, par lâcheté ou cynisme est terriblement coupable. S’attaquer à ce legs est la pire des trahisons car il constitue le socle de notre société et la condition de son harmonie.

Rechercher une culture générale est un exercice d’humilité.

Effleurer l’immensité des savoirs qui nous ont précédés permet de mesurer à quel point nous ne savons rien ou si peu. Cet exercice aide à se prémunir contre la grande vanité frappant chaque génération, qui consiste à se croire bien supérieure dans la morale et l’esprit à la précédente. Tous ces savoirs nous invitent à pratiquer la prudence, cette vertu que la philosophie grecque puis la doctrine chrétienne présentent comme cardinale.

Voilà pourquoi l’ISSEP place la culture générale au cœur de son projet pédagogique. Afin que les futurs dirigeants politiques que nous formons abordent la politique pour ce qu’elle est : une science de l’Homme, l’art de son gouvernement, la poursuite de ce qui sied à sa cohésion et à son bien-être.


Marion MARÉCHAL
Directrice générale de l’ISSEP
(original ici)

vendredi 28 septembre 2018

Le Roi danse et ça explique tout !




Billet spécialisé. Dans un débat de cénacle, un contributeur musicien affrontait un doctrinaire de la transcendance qui fonde l'avenir de nos sociétés exclusivement sur le retour de l'hétéronomie (voir plus bas). Sauf si le talent d'un interlocuteur surpasse la moyenne, ce débat de casuistes épilés entre autonomie et hétéronomie n'a généralement que peu d'intérêt, sinon d'en comprendre les définitions pour les réutiliser dans un dîner en ville. Pourquoi ? les sociétés sont construites sur les deux principes de transcendance et de libertés horizontales, et leurs sources respectives changent à chaque époque. Les principes ne s'opposent pas, ne précipitent pas non plus dans un composé nouveau, ils cohabitent dans des sphères différentes (cité, individu, foi, commerce des âmes) et parfois se frottent comme l'huile et l'eau.

Pour avoir le dernier mot sur un contradicteur habitué à manier son esprit, le résident du légitimisme incandescent (minoritaire) qui n'accepte aucune dérive à peine d'excommunication (mais on leur a pris les allumettes, la poix et le bois) a ruiné sa dialectique éprouvée en arguant de sa science acquise et non infuse, signalant en cela une longue étude sous la lampe que l'autre n'avait pas endurée. Pour que les choses s'ordonnent sur un axe vertical, il confirmait dans la foulée que la vérité proférée tenait surtout de l'autorité indiscutable que lui confèrent ses responsabilités au sein d'un groupuscule de réflexion politique. Il en existe ci et là en province dans l'Union des cercles légitimistes de France et tous ne sont pas à brûler.

Mais loin de la boucler, comme le lui demandait l'inquisiteur au pied petit, le musicien s'est fendu d'une démonstration, parfois amusée, qu'on ne peut laisser croupir au fond de la crypte. Voila donc ce texte qui tient tout seul debout et que mon titre résume peut-être, voire autrement dit : quand le Roi danse, ce n'est pas gratuit !




Pour moi un homme politique est un peu comme un illusionniste. Il crée des illusions mais il ne faut pas qu'on voit le truc pour que le public s'émerveille et le suive.
Un musicien c'est différent. Il doit suivre la partition et ne peut pas cacher les fausses notes dans sa manche ou dans son chapeau.

Alors quand il transpose ses habitudes de justesse et de précision dans le langage il s'attend à ce que l'interlocuteur fasse de même. Mais l'homme politique n'a que faire des fausses notes car il y a des trucs pour les faire disparaître à la vue du public et il peut même répéter le truc plusieurs fois le public n'y verra en général que du feu.

C'est fascinant et avec le boniment qui accompagne le tout c'est encore plus efficace.
Alors oui je dois reconnaître que vous avez une sacré dextérité en politique que je n'aurais jamais et que je ne souhaite pas avoir d'ailleurs. J'aime trop la justesse pour me priver de ce plaisir.
J'ai vraiment admiré comment vous avez mis toutes les fausses notes que j'ai appelé cibles manquées dans le même sac pour les faire disparaître en un tournemain et non seulement vous usez avec un aplomb inouï des mêmes arguments que j'ai parfaitement réfutés pour répéter que je n'ai pas défendu des définitions que j'avais juste citées pour vous rappeler que la vôtre n'était pas la seule mais en plus vous n'hésitez pas après votre acrobatie de m'accuser moi de faire la pirouette que vous venez de réaliser vous-même sous les yeux du public.

Alors là oui, j'applaudis le "prestigiateur" comme on disait à l'époque.

Ceci dit, ne prenez pas mal mon observation, je sais que vous usez de votre art pour un bien car vous êtes dans un mouvement honorable et vous vous devez de garder une certaine position sur le Forum. Cela fait partie du jeu politique.

Vous avez raison de dire que votre mission est plus en adéquation que la mienne avec ce forum qui est politique et j'ai constaté effectivement que l'intérêt pour l'art est très limité. Des musiques sont mises en lignes parce qu'elles plaisent pour une raison ou une autre mais ça ne va pas beaucoup plus loin.

D'ailleurs ça ne fait que refléter le monde actuel qui utilise la musique comme une distraction et qui se cache bien de dire aux gens : "quand vous écoutez une musique, essayez bien de sentir les sentiments qu'elle insuffle en vous car elle peut vous nourrir ou vous nuire."

Je voudrais juste vous dire quelque chose au sujet de la musique. Si à l'heure actuelle elle est considérée comme une distraction secondaire, ça n'a pas été le cas dans le passé et dans de nombreuses civilisations. Depuis le roi David souvent représenté avec sa harpe dans les cathédrales, en passant par les guitaristes de la cathédrale d'Angers entourant le Christ, les vestiges du passé nous donnent un message que le monde actuel ne sait plus guère décrypter.

Les premiers Chrétiens chantaient en allant au martyr et même les Templiers ont chanté au bûcher. Aucune religion ne peut exister sans musique. Les Sumériens disaient que lorsqu'ils mouraient ils allaient au paradis du chant. Et dans la Chine ancienne, une civilisation d'une grande stabilité politique au cours de ses cinq mille ans d'histoire, toute la construction de l'Etat reposait sur la divine musique, et même le mètre étalon était la longueur d'une flûte donnant le fa ; quant à l'empereur, il choisissait ses ministres parmi les musiciens et les danseurs parce qu'il avait compris que l'habitude de justesse et de perfection que donne cet art entraîne une plus grande capacité à faire rayonner l'ordre et la justice dans le royaume.

Louis XIV a été un grand roi qui a fait rayonner la France dans toute l'Europe. Il est rare de trouver des personnes qui comprennent que sans sa formation très poussée de musicien et de danseur pendant sa jeunesse il n'aurait sans doute pas été le grand roi qu'il a été.

La musique et la politique n'ont pas toujours été aussi séparées. Mais à l'heure actuelle on est habitué à une politique du réel comme on dit, qui pour être pratique manque de cette transcendance si indispensable à l'homme.

Vous même, qui êtes si sûr d'être à l'opposé de la politique de la République, n'êtes pas exempt de cette influence de la technique politique courante.

Ce que je voudrais arriver à vous dire c'est qu'en négligeant l'importance de l'art, vous vous privez d'un allié très puissant qui pourrait vous apporter beaucoup. Si Dieu est au sommet de la pyramide, la beauté est la première chose qui suit car la Création est d'abord une œuvre de beauté. L'Eglise et les rois par la même occasion l'ont bien compris depuis longtemps. Sorti des catacombes vers la lumière, l'Eglise du Christ s'est pourvue de tous les attributs sensibles pour toucher les cœurs. Que serait la religion chrétienne sans les cathédrales, magnifiques œuvres d'art ; que seraient les chants sans l'acoustique des dômes ; que serait-elle sans les peintures, les mosaïques, les statues, les autels, les orgues, enfin toutes ces choses qui ne sont que des œuvres d'art que les hommes ont créées pour remercier Dieu de sa création et montrer sa grandeur dans un endroit protégé du monde extérieur. Sans parler des costumes, des bannières, de l'encens, et bien sûr des textes des Evangiles qui sont une poésie de l'esprit.

L'église orthodoxe repart en flèche alors que l'église catholique est en déclin. Il suffit de changer quelques éléments importants, de dégrader la partie artistique de la religion pour que le contact se perde avec le peuple. La messe actuelle a perdu de sa grandeur et ce n'est pas un hasard mais une volonté qui l'a conduit à cela. Déjà nous avons perdu une force en simplifiant le chant chrétien à l'époque de Charlemagne par rapport au chant d'origine.

Enfin ce que je veux dire c'est que vous pouvez devenir un grand technicien de la politique, comme on peut devenir un grand technicien de la musique mais ce qui compte surtout c'est de l'utiliser avec un sens artistique, ce qui signifie pour moi élever la politique ou la musique au divin vertueux.

Pourquoi est-ce si important ? Parce que justement c'est la grande faiblesse de la République que tout le monde peut constater. La République se fiche de la beauté transcendante pour le peuple. Elle donne le confort, la nourriture, les plaisirs et ça fonctionne.

Alors croyez-vous qu'en insistant sur l'hétéronomie cela va vraiment attirer le peuple aujourd'hui ? Certaines personnes bien sûr seront impressionnées par le mot et la démonstration dans un premier temps mais que va faire la plupart des gens ensuite. Ils vont chercher par habitude et par facilité tout d'abord sur Internet et vont tomber en premier sur Wikipedia aux ordres et vont trouver comme définition :

L’hétéronomie est le fait qu'un être vive selon des règles qui lui sont imposées, selon une "loi" subie. L'hétéronomie est l'inverse de l'autonomie, où un être vit et interagit avec le reste du monde selon sa nature propre.
Chez l'être humain, l'hétéronomie représente l'impossibilité concrète ou l'incapacité morale à se donner ses propres lois et à se régir d'après elles ; l'autonomie est chez l'humain la faculté de vivre et d'agir selon ses propres forces, motivation et morale. Il y a ainsi un double aspect externe : violence concrète d'une relation ou d'un système de pouvoir ; et interne : endoctrinement idéologique, pression sociale. La notion d'hétéronomie est très proche de celle d’aliénation bien que celle-ci soit tenue pour plus floue, moins technique (sauf chez Marx). L'épître aux Galates est l'un des rares textes de l'Antiquité qui discute de l'hétéronomie religieuse.

Et là vous avez déjà la masse qui va tiquer parce qu'ils ont tellement pris l'habitude de se référer à cela qu'il vont vite prendre la porte de sortie en se disant : je n'ai pas envie d'être asservi.

C'est pourquoi je pense qu'il faut attaquer la République sur ces point faibles. Vous le faites parfaitement bien par la remise à jour de l'histoire cachée, par les informations mensongères corrigées, mais vous négligez l'art alors qu'il y a un terrain extrêmement intéressant à exploiter.

Vous me dites que l'aristocratie que j'imagine n'a jamais existé parce que vous pensez à l'aspect politique, mais moi je parle d'une aristocratie d'esprit qui avait de façon innée le sens de la beauté et de sa transcendance divine, et c'est aussi en cultivant cela qu'elle imposait naturellement au peuple ce respect et cette envie de s'élever, et que les artisans et les artistes créaient des merveilles éclairés par cette transcendance venue d'en haut qui les éloignait de la laideur et par conséquent du mal.
Vincent Chevalier

(texte diffusé sous licence Creative Commons)


Sur le sujet d'une politique de l'art tel que développé par notre musicien, les réponses en prêt-à-penser n'existent pas au catalogue dialectique de pleine application. Dès lors on biaise. L'art ? C'est secondaire ! La doctrine irréfragable n'en a pas besoin pour convaincre. D'essence divine, elle se suffit ; d'ailleurs son exégèse n'est pas en libre-service mais exclusivement dévolue à ses nouveaux prêtres. On ne débat pas, ni du fond ni des conséquences, on assène, on ne dévie jamais. On frise la secte. Dans sa diatribe, le musicien utilise à son insu des mots interdits comme "attirer" ou "la masse" en ignorant que convaincre le peuple en nombre c'est tomber dans le ravin de la démocratie et du rationalisme. Faudrait-il faire raisonner l'auditoire alors qu'il lui suffit de croire ?

D'aucuns dirent jadis que ces groupuscules fonctionnaient comme des écoles coraniques, face au mur. Le fil de discussion le prouve à l'envi, contredire déclenche les récitations habituelles. L'issue prévisible est en ce cas de franchir le seuil pour ne pas perturber l'entre-soi. Sauf à vouloir se convertir en robot pensant, il faut quitter l'arène où rien ne pousse jamais. Ce que le musicien a finalement fait, avec élégance.





Postscriptum : Pour ceux de nos lecteurs qui le découvrent, ce débat spécial "autonomie vs. hétéronomie" est [ici]. Âmes sensibles s'abstenir, on y brûle des petits enfants et on mange les captifs... (humour). Pour parfaire le divertissement de nos lecteurs fidèles, ce forum d'angle étroit vient d'être inscrit au Roycoland de ce site sous le nom de "Forum ultrabrite".




mercredi 12 septembre 2018

En remontant le méridien (4/4)

Voir l'abstraction lyrique d'un tableau Gutaï en fin de parcours soulage le visiteur de l'oppression d'outrenoir qu'il endure dans le musée de Rodez. La supercherie au goudron, brou de noix et autres noirs monochromatiques s'est déployée par le verbe. Il faut une imagination d'enfer pour "parler" du génie de Pierre Soulages. Le marché ne s'y est pas trompé qui a acheté, "le marché a toujours raison" dit le marchand, affaire de fric.
Mais le musée est beau, intérieur comme extérieur, et à l'instar de son aîné ruthénois, le Denys-Puech qui a rangé les sculptures du Grand Prix de Rome au sous-sol, il pourra dans trente ans s'utiliser pour exposer d'autres peintres, d'autres œuvres, du bel art, du grand art. Le multiplexe cinématographique qui voisine avec le musée est tout à fait en harmonie, l'ensemble est réussi. Merci Monsieur Censi.

La remontée vers le nord nous a laissé le temps d'errer en plaine de Garonne, un pays vide de gens entre Toulouse et rien, qui m'a fait revenir bien des souvenirs d'enfance et d'après. La souche de ce côté de l'arbre généalogique était à Samatan et à Pins-Justaret, mais mon aîné s'y ressource avec courage et écologie pour déplacer la montagne d'une rénovation immobilière qui tourne au barrage cambodgien de Marguerite Duras. La famille mettra Sisyphe dans ses armoiries !
Muret bientôt et un lycée Pierre d'Aragon qui commémore certainement la mort au combat en 1213 du roi Pierre II, venu prêter main forte au comte de Toulouse dans la première croisade des Albigeois. Plus fin tacticien que lui, Simon de Montfort, qui a son tour périra devant Toulouse cinq ans plus tard, l'y tuera à un contre dix. La rocade extérieure de la capitale aéronautique passée, c'est tout droit vers la A68, Rabastens AOC, Gaillac AOC etc...

Arrivés tard à Rodez, nous nous risquâmes en ville pour dîner. Ville ? La "ville" était vide de chez Néant ! Aussi vide que Saint-Martial au quinze août (voir le numéro 2/4). Il faisait douze degrés à l'ombre et la bise du nord ne nous laissait aucune autre chance que d'entrer dans une crêperie... bretonne ! Bon, ça reste celtique quand même. C'est le lendemain au saut du lit que nous courûmes au Soulages, surtout pour dire après que nous l'avions vu.
"Alors, alors ?"
Pas compris ! Désolé.


Rodez, ville malade : la moitié basse de la Rue Béteille, une très longue pente (en fait la RN88) qui monte à la cathédrale de grès rose que le monde entier nous envie, est sinistrée. C'est Alep. Tous les commerces sont fermés et les vitrines passées au blanc d'Espagne. Soit la mairie a projeté une opération immobilière d'ampleur, mais avec quel argent, les impôts locaux socialistes d'ici sont si démentiels qu'ils chassent les contribuables ; soit personne ne rachète fonds et murs au décès des propriétaires qu'on enterre dans des boîtes en carton biodégradable pas cher ! Des promoteurs privés construisent en revanche de gros ensembles sur le tour de ville pour sans doute achever de vider le département de ses habitants qui viennent tous s'agglutiner dans le Grand Rodez à proximité des cliniques, et dans le même temps ruiner les propriétaires fonciers d'aujourd'hui en faisant s'effondrer les loyers dans l'ancien, loyers qui sont déjà parmi les plus bas de France. Il faut dire que l'Aveyronnais, capitaliste né, s'est jeté dans les dispositifs d'acquisitions immobilières à compte de locataires sans trop mesurer le stock de preneurs disponibles. Il y a pléthore d'offres, et les locataires ne veulent entrer que dans un logement neuf ou récent. Dix euros/mois le mètre-carré du trois-pièces traversant et ensoleillé, refait neuf aux normes actuelles, charges comprises. On descend à six ou sept euros si la surface augmente ; et c'est bien moins cher encore dans la ville étroite. Pas d'issue !

Deux bouteilles de Marcillac AOC à l'épicerie du coin et roule bolide... On dévale la rue Saint-Cyrice à pic pour rentrer par Conques, tout droit... Mazette ! "Il" a frappé ici aussi : les vitraux de remplacement à l'église sont du même faisan, ondulations voire barres noires sur verre transparent et bleuté. Les moines ont payé ça ? Quelqu'un leur a dit de faire plus moderne, plus dans le vent du progrès... et le miracle roman de l'abbatiale de Conques a été sérieusement entamé par le vulgaire et le lucre. Quand on sait ce que fut l'abbaye de Conques, son lien spécial avec Saint-Jacques de Compostelle, son rôle dans la Reconquista au sein de la maison d'Aragon, j'en pleure ! On donne l'ouvrage à un baratineur sans talent qui fait marcher son petit monde au bagout sans cesser de compter. Il ne reste plus qu'à espérer la visite de quelque Rockefeller pour mobiliser des crédits d'indignation et revenir aux couleurs d'origine qui changeaient avec les heures du jour et le temps qu'il fait. Décidément Soulages n'est que vent qui passe par la tuile à loup.


Dans l'après-midi, nous franchissons le col de la Fageole pour entrer bientôt en "France" en laissant derrière nous le dernier évêché méridional, Saint-Flour : contrairement à ce que disent les mauvaises langues, les Sanflorains ne chuintent pas. Le reste du voyage est sans intérêt, Bison fûté a vu orange vif ; il ne s'est pas trompé. La route est de plus en plus longue qui permet de rêvasser aux pays quittés. Au fier et luxurieux comté de Foix par exemple, où "sévit" jadis la plus lascive et amoureuse des Croyantes du XIIIè siècle sous l'Inquisition occitane. Béatrice de La Gleize, successivement barouneto de Roquefort-les-Cascades puis de Dalou, que sautait son confesseur, Pierre Clergue, curé de Montaillou, une paroisse infestée d'hérétiques. Le brigand usait d'une magie contraceptive dont on a perdu la composition et qui nous aurait sauvés de la loi Veil. Je cite le carnet d'inquisition de Jacques Fournier, futur Benoît XII (cf. le manuscrit 4030 de la Vaticana pour qui aime les procès croustillants). C'est elle qui se confesse pour l'absolution de ses pêchés et accessoirement éviter le bûcher (ça a marché):
« Le curé portait quelque chose d'enroulé et de ficelé dans une étoffe de lin, de la grosseur et de la longueur d'une once ou de la première phalange de mon petit doigt, auquel était attaché un cordon qu'il me passait autour du cou. C'était, paraît-il, une plante. Il la faisait descendre entre mes seins jusqu'au bas du ventre. Toutes les fois qu'il voulait me connaître, il la plaçait à cet endroit, et l'y laissait jusqu'à ce qu'il eût fini. Quand il se levait, il me l'ôtait du cou. Si dans la même nuit il voulait me posséder plusieurs fois, il me disait : "Où est la plante ?". Je la retrouvais en la tirant par le fil que j'avais au cou. Il la prenait et me la mettait de nouveau au bas du ventre, la ficelle passant toujours entre mes seins... Je lui demandais un jour de me confier cette plante, il me répondit qu'il s'en garderait bien parce que je me hâterais, n'ayant plus peur de devenir enceinte, de me donner à d'autres hommes...»
Il la connaissait bien ! La belle se sauvera par le récit de ses aventures amoureuses devant un tribunal très attentif, et confiera s'être à la fin mariée, veuve de Dalou, en Aragon devant notaire, hors de l'Eglise et du sacrement obligatoire, avec un certain Barthélémy Amilhat, précepteur de ses filles du second lit, et prêtre catholique bien sûr. Une vraie nature.

Comme un fait exprès, on approche du pays de la Pucelle. Il faut contourner Orléans par la droite sauf à dormir dans la voiture. On finit par s'embrouiller en ville et sur les voies du tramway avant que de choisir de monter au compas. Soleil à gauche c'est le nord. Ouf ! La retenue de trafic a ceci de bien qu'en aval il n'y a plus personne. Afin de décrasser la vanne EGR, nous avons pu remonter la A10 par la file de gauche au grand galop avec des modèles rapides qui s'ennuyaient autant que nous. Finalement Maserati c'est bien, on ne voit jamais que le coffre et c'est une voiture trop rapide pour mon petit rétroviseur. Y en-t-il d'abordables sur le Bon Coin ? Des comme ça par exemple au prix d'une Twingo GT :

Une Quattroporte Sport GT à V8 Ferrari, quel design et le son !




0.- Prologue du voyage
1.- Poursuite du voyage
2.- Au soleil couchant du Languedoc
3.- Jusqu'à l'océan !
4.- En remontant le méridien


TERMINÉ ! REMETTRE LA CLÉ DE CONTACT AU CLOU !



dimanche 9 septembre 2018

Hisahito promis au sursaut de l'empire


Le jeune prince Hisahito de la Maison du Chrysanthème a fêté ses douze ans, comme tous les enfants de son âge certes mais avec seulement ses deux grandes sœurs ; et la presse du Gotha de se pâmer. Il faut dire qu'enfant il était très mignon (clic), et aujourd'hui grand garçon, il est devenu carrément beau. Scolarisé en ville, ce qui est une rareté à la cour du Japon, il s'éduque au contact d'autres enfants de la gentry et si l'Agence impériale ne donne pas son carnet de notes, elle dévoile qu'il est chef de classe, accessoirement un jardinier accompli qui fait pousser du riz et des légumes, et montre un vrai souci de protection du microcosme vivant de son lopin.
Le petit prince entre ses parents, empereurs du Japon dès 2019 (©Asahi)

Destiné à la fonction suprême juste derrière son père qui régnera l'an prochain après l'abdication de l'empereur Akihito épuisé par le protocole, Hisahito a suivi cet été des cours d'histoire sur la seconde guerre mondiale et a écouté une conférence sur la bataille d'Okinawa (le Verdun japonais mais perdu). On a essayé de lui inculquer l'amour de la paix par une visite à Hiroshima où on lui fit rencontrer des survivants à la bombe américaine. (source principale)

Nul ne sait vraiment comment grandira l'héritier du trône dans une période dangereuse pour son pays depuis le réveil de l'empire chinois assoiffé de vengeance quoiqu'il en montre. Le confinement recherché, sans grande réaction du protecteur américain, a provoqué un certain réarmement moral des Japonais et la mise en débat de la constitution pacifiste imposée par le général McArthur en 1945. Lui fera-t-on savoir qu'au XXè siècle, aucune puissance régionale n'est sortie de ses frontières historiques à l'exception du Japon ? Après la colonisation féroce de la Corée en 1905, ce fut le tour de l'immense Chine par l'attaque de Shanghaï en 1937 et la mise en coupe réglée de tout le pays des Hans jusqu'à la frontière russe, avant que de s'attaquer à la première puissance du Pacifique à Pearl Harbor en 1942. Sans compter les Coréens, la politique d'expansion nippone a pris la vie de quatre millions de soldats et seize millions de civils en Chine, puis deux millions de soldats et un million de civils dans la Guerre du Pacifique proprement dite.

Le sacrifice terrible des citadins d'Hiroshima et Nagazaki a surtout sauvé des millions de Japonais, puisque le pouvoir de la junte militaire à Tokyo, derrière l'empereur Hirohito qui l'approuvait, avait décrété le suicide de tous pour l'honneur de l'empire.

Hisahito comprendra vite que "son" peuple est le plus policé du monde par obligation. De tempérament féroce et d'un courage à toute épreuve, il doit être contenu par des codes sociaux exigeants et un sens développé de l'étiquette. Les Chinois qui croient bien les connaître - ils les appellent les "petits navets" - devraient s'en méfier un peu plus car le Japon peut redevenir redoutable pour peu qu'il obtienne le Nihil Obstat des Etats-Unis eux-mêmes menacés et qui pourraient sous-traiter une partie de leur stratégie régionale. Shinzō Abe est un nationaliste raisonnable, qui va chaque année au Yasukumi Jinja pour marquer son territoire et prendre des points sur sa droite, mais on voit tourner autour de lui d'autres nationalistes, convaincus que le temps presse, et qui reprennent des thèmes chers au défunt Mishima...


Les Chinois seraient bien avisés de lever le pied sur les revendications insulaires et les programmes scolaires nippons pour ne pas provoquer au-delà du réarmement moral déjà évoqué un réarmement tout court dont la qualité les surprendra ! D'aucuns le savent à Zhongnanhai qui me dirent une fois la parabole suivante : « Un Chinois battra toujours un Japonais, mais quatre Chinois ne feront jamais le poids face à quatre Japonais !» A méditer.

A douze ans, le petit mikado peut comprendre la stratégie, d'autant qu'il n'est pas cloîtré loin des idées qui galopent dans son pays comme ses prédécesseurs.

Bon anniversaire Hisahito !


vendredi 20 avril 2018

Il y a 150 ans naissait Charles Maurras

Courtoisie des Amis du Chemin de Paradis


Il y a cent cinquante ans aujourd'hui, naissait à Martigues le Rosemary's Baby des ligues morales et juives. Charles Maurras (1868-1952), élève brillant en lettres classiques, allait révolutionner la physique sociale comme il aimait appeler la politique. De son enfance la Wikipedia dit tout. Aussi ferons-nous l'économie de cette évocation en retranscrivant (sans la vingtaine de notes) le premier chapitre de la biographie de l'encyclopédie en ligne (clic pour la lire in extenso) :

En 1868, le 20 avril, naît à Martigues, au n°13 du quai Saint-Sébastien, Charles Marie Photius Maurras, en Provence. Il est le second fils de Jean Aristide Maurras (1811-1874), percepteur, ayant des convictions libérales, et de Marie-Pélagie Garnier (1836-1922), profondément catholique. Ce couple de condition assez modeste se fait apprécier par les aides qu'il prodigue aux plus pauvres. Quelques mois avant la naissance de Charles, ils ont perdu leur premier fils, Romain, âgé de deux ans.
En 1872, la naissance de François Joseph Emile (source) permet d'agrandir la famille. La famille Maurras s'est installée à Martigues au XVIIe siècle ; elle était originaire du pays gavot (Haut Var), au sud de Gréoulx, près de Saint-Julien-le-Montagnier. En 1873, Charles est mis à l'école communale : sa famille est étonnée par sa vivacité, ses dons et sa capacité à réciter l'histoire sainte et l'histoire romaine mais il est réprimandé quand il rapporte du provençal à la maison. Charles Maurras écrira que s'il lui était donné de revivre une période de sa vie, ce serait sa petite enfance. Le 3 janvier 1874, il devient orphelin de père. À six ans, Charles part vivre avec sa mère et son petit frère à Aix-en-Provence. En octobre 1876, Charles entre en classe de huitième au collège catholique, à Aix-en-Provence, rue Lacépède. À la fin de la septième, il obtient onze prix et pendant quatre ans, il remporte le premier prix de latin. En 1879, promu « élève d'honneur », il reçoit le premier prix d'instruction religieuse mais ce n'est pas un élève sage et il a souvent des sautes d'humeur. Malhabile en mathématiques et en anglais, le latin et le grec le ravissent. Au collège, il se lie avec Xavier de Magallon, auquel le lie une passion pour la poésie et Alfred de Musset, puis il s'enthousiasme pour Frédéric Mistral.

À quatorze ans, il est, soudain, atteint de surdité, cela dégrade aussi ses capacités vocales. Désespéré, le jeune Charles voit s'effondrer tous ses projets, dont celui d'entrer à l'École navale comme le père de sa mère. L'abbé Jean-Baptiste Penon, futur évêque de Moulins et premier latiniste et helléniste du diocèse, propose à Mme Maurras d'aider son fils et celui-ci dira que cette offre spontanée fut la grande bénédiction de sa vie. L'abbé Penon donne des cours particuliers au jeune Charles, ce qui lui permet de revenir parfois au collège pour des cours de rhétorique et philosophie. Alors que Maurras est en révolte contre sa surdité, la lecture de Pascal, qu'il assimile au dolorisme, contribue à lui faire perdre la foi. La perte de la foi et sa surdité le désespèrent et le conduisent à une tentative de suicide qui échouera et n'est connue que par des témoignages indirects.

En 1884, il se raccroche progressivement à la vie et est désigné par ses maîtres, avec quelques-uns de ses amis et condisciples, pour donner des conférences organisées au collège du Sacré-Cœur : Charles Maurras y prononce sa première conférence, qui est aussi son premier texte publié, sur saint Thomas d'Aquin étudiant et lecteur de l'Université à Paris. La même année, il est reçu – avec mention – à son premier baccalauréat, en 1884, où il excelle en latin et en grec. Il approfondit alors ses lectures philosophiques, s'intéresse à Hippolyte Taine et Ernest Renan qui, pourtant éloignés des milieux cléricaux, remettent en cause l'héritage révolutionnaire et les vagues d'idéalisme qui ont conduit plusieurs fois la France à la défaite et à la Terreur depuis la Révolution. En 1885, après un échec au second baccalauréat en juillet du fait d'une copie de philosophie jugée trop thomiste, Charles Maurras est admis en novembre de la même année avec la mention Bien : il est reçu premier en sciences et en philosophie. L’abbé Penon incite Charles Maurras à monter à Paris car il souhaite l’introduire dans les revues et journaux qu’il connaît, ce qui amène la famille Maurras à quitter Martigues et à s'installer à Paris le 2 décembre 1885. (source Wikipedia)





Père du "nationalisme intégral" raisonné, l'influence de Charles Maurras sera considérable dans les milieux intellectuels jusque vers les années trente, et le colloque convoqué demain à Marseille par l'Action française (voir l'affiche ci-contre) va dérouler toutes les facettes du personnage. Cette influence sera bridée mais pas éteinte, à travers la condamnation de l'AF par le pape Ratti en 1926, puis le long feu du 6 février 34 et à la fin, par l'enfermement idéologique de Maurras sous le régime de Vichy. Le mouvement royaliste peine encore à se relever de cette période d'entêtement qui n'a pas de plus sérieux motif que celui de la fidélité à son œuvre propre. La terre avait tourné, imperceptiblement pour Maurras, mais de beaucoup pour le reste du monde. L'œuvre de toute une vie ne pouvait être remise en question à l'âge de 75 ans ! D'où bien sûr, la "divine surprise" au lancement de la Révolution Nationale du maréchal Pétain qui reprenait moult mesures de la physique sociale du Martégal.

Ce décalage horaire fut maintenu après-guerre par les repreneurs du journal d'opinion (retitré Aspects de la France), mais celui qui est considéré comme l'héritier, le normalien Pierre Boutang, s'en défiera et cherchera à remettre la roue en marche en faisant évoluer le concept maurrassien. Sa production littéraire de haut niveau sera augmentée de son journal hebdomadaire La Nation française pendant douze années. Boutang est mort en 1998, l'évolution semble s'être arrêtée avec lui. Depuis cette date, on commémore*, on célèbre, analyse, utilise, voire instrumentalise, mais on ne fait pas fructifier le butin ; il n'y a plus beaucoup de créativité chez les continuateurs de l'Action française, comme si le legs était parfait en soi et inattaquable. Il faut dire que plonger dans l'océan Maurras demande des capacités d'endurance intellectuelle qui peuvent dissuader d'en remettre une couche avant d'avoir touché le fond.

*Après le retrait de Maurras du livre des commémorations nationales pour 2018 par la ministre belge de la Culture, dix des douze membres du Haut comité ad hoc ont démissionné.


Que reste-t-il de Charles Maurras dans l'opinion ?

Si le nom de Maurras n'imprime pas chez les gens de la rue, ses idées perdurent dans la société française, détachées de leur créateur. L'antiparlementarisme d'abord, qui a transformé la procédure référendaire en une menace térébrante de l'Exécutif contre les Chambres ; la souveraineté gauloise récupérée par le Front national dans sa version simplifiée ; une diplomatie autarcique excluant les coopérations durables, la France seule, une utopie qui a du succès chez les eurosceptiques de gauche comme de droite.

Curieusement, la monarchie n'est pas spontanément associée à l'œuvre de Charles Maurras. Est-ce pour cette raison que la maison d'Orléans ne délégua personne à ses obsèques bien que l'Action Française l'ait sortie de l'attique aux fleurs séchées en rationalisant une restauration des rois ? L'ingratitude est la marque des peuples forts, disait une autre Charles ; cela s'applique-t-il aux princes incapables de se rétablir par eux-mêmes ? On ne les entend pas beaucoup en cette année de commémoration de l'œuvre d'un homme qui les a hissés sous les feux de la rampe et a consacré sa vie à leur retour sur le trône de France.

A vouloir pousser la rationalisation d'une restauration pratiquée dans les circonstances du moment en mixant intelligemment contraintes socio-politiques, dépendances et liberté de manœuvre de ce pays, on aboutit à un profil de candidature relativement éloigné de celles proposées (assénées ?) aujourd'hui par les maisons princières. Stop ! diront certains ; on ne rappellera pas le roi avec le meilleur marketing du marché mais avec...

Avec quoi ?

En regardant où pointe l'index de la Providence ? En fouillant dans les lois fondamentales du royaume disparu ? En dénonçant les traités de paix internationaux (guerre de succession d'Espagne, Congrès de Vienne...) ? Ça ne va pas le faire, puisqu'on s'y essaie en vain depuis 170 ans et que la société française le refuse. Après une si longue rupture, il n'y a plus de "légitimité" qui tienne. L'histoire classe les rois de France par race, première race, deuxième race etc. parce que le continuum a chaque fois été rompu, même pour un temps relativement court. Alors cent soixante dix ans ou plus de deux siècles jusqu'à l'Ancien régime font un sacré bail !!!

La monarchie rationnelle tient debout sans prétendants, même si un prince de qualité exceptionnelle aiderait à sa promotion. Elle a besoin d'un monarque (roi ou reine) mais pas de cabris qui sautent en criant : le trône, le trône ! Quand la démonstration sera faite de la pertinence d'un retour à la monarchie au XXI° siècle et qu'elle aura été largement explicitée dans la société, le temps sera venu d'incarner le concept : soit par appel de candidatures devant les Chambres en congrès, par le Sénat seul, soit par un coup d'État de l'aristocratie républicaine menacée, ou par un putsch du 2ème Étranger :)

On me dit dans l'oreillette que les prétendants en cour ne feront pas le poids. Assez d'accord ! Ils ne sortiront pas du hamac de la rente dynastique sans peine et ceux qui misent toutes leurs billes sur eux, les perdront ; deux fois ! Les billes et l'estime des princes, qui leur reprocheront à la fin d'avoir troublé pour rien leur quiétude et leur projet de carrière dans les "honneurs" de la République.
[......]






Charles Maurras fut inhumé dans le caveau de famille à Roquevaire (B.du R.) et son cœur dans le jardin de la maison du Chemin de Paradis à Martigues. Une pensée aujourd'hui pour le repos de son âme agitée :

Donne lui, Seigneur, de reposer en paix dans ce tombeau jusqu’au jour où Tu le réveilleras, pour qu’il voie de ses yeux éblouis la lumière qu'il niait, pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.






Amen !




dimanche 30 septembre 2012

Mooncake

Au quinzième jour du huitième mois, presque à l'équinoxe d'automne¹, on célèbre la déesse de la Lune et de la Longévité. Dans le calendrier impérial chinois cette fête est symétrique de la fête du soleil qui se tient à l'équinoxe de printemps. Cette fête, dite aussi du Milieu de l'Automne² depuis l'empire Song, se résume souvent à l'échange de boîtes de gâteaux à l'oeuf appelés mooncake³. Elle se nomme ainsi "Mooncake" tout simplement, comme nous dirions Saint-Mooncake ! La fête est célébrée au Vietnam et dans toutes les communautés chinoises d'outremer, en Thaïlande, Indonésie, Philippines et même Japon. Les taoïstes de la Vieille Chine fêtent la Nuit de la Lune en sortant promener des lanternes, en allumant partout des lampions, en lâchant des petites mongolfières ou en flottant des feux sur l'eau, voire par endroit en organisant des bals nocturnes. Il est de bon augure que la lune brille à ce moment. Les municipalités plus riches organisent des retraites aux flambeaux, un corso au dragon lumineux et des feux d'artifices géants.



Même si l'abêtissement consumériste touche aussi les populations chinoises, et plus gravement les continentaux, il est rafraîchissant de voir surnager ces belles traditions païennes qui persistent à vouloir relier l'homme à la Nature. Chez les Chinois, le taoïsme ancestral est inscrit dans les gènes et aucun converti à une religion monothéiste occidentale ne dérogera à ces pratiques véhiculées de génération en génération. Peut-être est-ce cela la vraie écologie, mêler intimement la Nature à sa vie plutôt que de recevoir le mandat céleste d'exploiter la terre à sa guise comme la Bible nous le rapporte. Heureux peuples qui conservent une mythologie qui les enserre dans leur environnement et qui les tient toujours debout au Milieu du monde depuis quatre mille ans.




(1) 22 septembre 2012 à 16:49 Paris, le soleil a passé l'équateur céleste
(2) Une bonne synthèse sur la Wikipedia française
(3) Une recette de gâteau Yuebing :
INGRÉDIENTS POUR 10 PERSONNES
Pour la pâte :
300 g de farine
750 g de pâte de graine de lotus
10 jaunes d’oeuf salés
7 petite cuillère d’huile d’arachide
1 petite cuillère de thé noir (Pu’er)
1/2 petite cuillère de levure
Pour la décoration :
2 jaunes d’oeuf
1 petite cuillère de sucre
2 petites cuillères d’eau

PREPARATION :
Mélangez le thé noir (Pu’er) avec la levure.
Enveloppez les jaunes d’oeuf salé dans un papier d’aluminium huilé.
Faites les cuire au four pendant 20 minutes (90°)
Coupez le pain de farine de graine de lotus en 10, faites un creux au centre de chaque bloc et, placez-y un jaune d’oeuf salé.
Roulez-les pour en faire une boule.
Tamisez la farine et mélangez avec le thé et l’huile.
Laissez reposer la pâte sous une serviette mouillée pendant 4 heures. Coupez en 10.
Enveloppez chaque boule avec la pâte et mettez-la dans un moule à gâteau de lune.
Aplatissez bien, puis retirez du moule et, placez les gâteaux sur un plateau huilé.
Faites cuire au four à 200ºC pendant 15 minutes.
Puis enlevez les gâteaux et arrosez-les d’eau.
Faites cuire encore à 180ºC pendant 5 minutes.
Sortez et brossez les gâteaux avec l’oeuf battu, le sucre et l’eau.
Faites cuire encore 10 minutes jusqu’à ce que les gâteaux prennent une belle couleur dorée.
(recette Traditions d'Asie)
Easy !

mercredi 11 juillet 2012

Le Métronome de Deutsch


Métronome de Lorànt Deutsch sera-t-il traduit en anglais, japonais et allemand est la seule question qui vaille au début de l'été.
Excellent livre de promenade dans le Paris historique, le petit bouquin d'un amoureux de la capitale a fait grincer des dents les grincheux du parti jurassique au Conseil municipal, qui n'aiment pas qu'on fasse de l'histoire sans eux. Dès fois qu'il en sortirait des vérités bonnes à taire, comme le bonheur sous la Révolution française ou les bisounours de la Commune. A quoi l'auteur depuis sa maison de l'île de Ré a répondu :
« Je ne suis ni un idéologue ni un faussaire historique, mais un amoureux de l'histoire, avec toutes ses cicatrices, et ce sont ces élus du Front de Gauche qui ont une vision terriblement orientée. Moi, je respecte leur éclairage. Qu'ils respectent le mien ».

On peut suivre la dispute sur Newsring



Trois versions :
Métronome, l'histoire de France au rythme du métro parisien, 379p. en 24x16cm, 579g chez M. Lafon, 17€
Métronome illustré, 239p. en 28x23cm, 1143g chez Michel Lafon, 24€
Le double DVD de 4 épisodes de 52 minutes, illustrés de séquences 3D, 15€90 sur Amazon


La chaîne de télévision France5 a réalisé un remarquable site interactif chronologique, adossé à la série Métronome qu'elle produit. On ne peut faire autrement que d'y passer voir.


Achetez Métronome et Métronome illustré !
La meilleure façon de foutre l'ulcère aux trotskars


jeudi 29 mars 2012

L'Empathie des religions du Livre

Ce billet est soumis à une convention divine qui l'exclut de l'espace-temps. Tout y est actuel quelle qu'en soit la date puisque les "vérités "sont éternelles.

L'écume du communautarisme turbide retombe et le piéton de se sentir un peu comme le dernier des Mohicans car il ne sent pas sous ses pieds sa propre commmunauté. Les appels à la cohésion sociale sont des prouts médiatiques, il n'y a pas, et de longtemps dans notre beau pays, de cohésion sociale mais de multiples fractures. Et la fracture religieuse n'est pas la moindre. L'immigration effrenée de populations expulsées de chez elles par la crasse islamique a importé chez nous (ça veut dire quoi maintenant "chez nous" ?) la guerre fratricide des deux fils d'Abraham. Leurs descendants nourrissent leur querelle d'un contentieux millénaire sur des disputes de nomades dont le débat ne nous a jamais tenté. Leurs histoires sont emplies de tumultes au désert, de décapitations, égorgements, sacrifices rituels, massacres de masse, martyrs de toutes façons et les plus horribles d'abord, pour dévier d'un côté sur les ambigüités du message évangélique primant les pauvres et les malades sur toute régime de civilisation dans l'ordre ; le sentiment prime la raison ; et finir de l'autre côté en assujétissant les consciences à des rites minutieux et des imprécations mortifères visant à l'éradication d'autrui, du moins sa mise en servitude. Quels programmes !

La greffe
Fille des civilisations grecque et latine, la France a été déviée de ses axes par la dictature des codes sémitiques importés par l'Eglise catholique. Chez les peuples de la forêt, des rus à milliers et rivières languides, des fontaines-oratoires et des champs blonds ou verts, jouissant d'un climat tempéré par un soleil doux, ami des bêtes et des gens, chez les peuples des montagnes et des vastes plaines qui labouraient l'épée à la ceinture et se nourrissaient sans tabou du fruit de leur travail, on a transplanté dans leur imaginaire l'aridité du désert stérile et brûlant, la mythologie d'un peuple barbare "élu", inconnu, content du joug de préceptes obscurs, incapable d'exprimer une civilisation autrement que par l'écriture. A quoi s'ajoutèrent le récit de mœurs bédouines en forme de paraboles, et pour emblème spirituel, un cadavre accroché au bois de supplice dont on raconte chaque année la terrible Passion. De Son destin cruel, voulu par les hommes de ce temps, là-bas, nous devons nous repentir, ici ! Nous naissons coupables et resterons pécheurs toute notre vie, sans quoi nous n'obtiendrons aucune commisération du Ciel ! Le convoi de bateleurs, de prophètes, de nécromants, d'agités et d'agitateurs sans patrie (C. Maurras, Anthinéa) est sinistre, mais le voyons-nous tel qu'il est ? Il accompagne la fureur des conquêtes inexpiées des deux autres livres, ancien testament et coran, conquêtes que les temps modernes associeraient à des génocides. Un regard étranger à notre hémisphère est frappé de sidération quand il accède à nos fondamentaux exotiques. Pour un bouddhiste, l'affaire commence par la culpabilisation de l'humanité coupable de curiosité, et finit après des torrents de sang - la Bible n'est que meurtres - par le martyre de main d'homme du Dieu révélé aux hommes, dont on mange le corps en souvenir, sous forme d'hostie, pour en prendre de la force, comme les Papous consommaient leurs valeureux vaincus ! L'empreinte mentale est si forte qu'aucun chrétien ne réagit à ce raccourci.

L'hégémonie et ses disputes
Des générations inlassables cherchant à établir leur pouvoir sur les âmes n'eurent de cesse de vouloir anéantir le « miracle esthétique et politique de la thalassocratie grecque » dans son universalité dangereuse ; de détruire la propension humaine à défier son destin tragique par la certitude de pouvoir changer les choses en modelant le monde par ses codes propres ; en étant son propre médiateur entre sa race fille du Ciel et les contradictions vulgaires de la Terre, une définition de la philosophie. Marquer la "Création" de sa propre métaphysique en construisant l'ordre sur le chaos naturel, c'est de l'autonomie, un blasphème. A défaut de parvenir à extirper complètement les résistances, les dictateurs de conscience récupérèrent la partie utile de la grécité pour la propagande de la "nuit" judéo-chrétienne. Puis vinrent les guerres de religions... on y retourne !

Il n'est pas étonnant, après que leur pouvoir ait été gravement entamé pendant la seconde moitié du XX° siècle en Europe, que les hiérarques du clergé chrétien soient en osmose aujourd'hui avec ceux des deux autres religions cousines, jusqu'à faire consciemment le lit du communautarisme honni pour sauver leur propre communauté.
Les trois religions du Livre veulent imposer leur propre fonds comme socle social, socle sur lequel seront assis leurs particularismes. La vieille religion catholique quand elle put dominer s'est imposée par le fer et le feu chaque fois que sa progression était entravée ou ses acquits menacés. La religion judaïque vaporisée par l'Empire romain a préservé son identité par de nombreux ancrages disséminés partout et elle sut prendre des gages dans certaines professions mieux adaptées au génie de ses ouailles, jusqu'à nos jours en politique, dans les médias et les cercles d'influence ; la dernière venue, ou revenue, le religion musulmane, revendique la liberté d'impacter les us et coutumes de territoires où elle est majoritaire - définition de la démocratie locale directe - en y versant les codes sociaux extraits de son livre de prières ; la plus à la traîne parce que la plus combattue par l'athéisme maçon, la religion catholique, ne s'oppose pas à cette sécularisation active des deux autres, pensant y regagner un jour la sienne propre.

Le communautarisme final et son désordre
Il faut ouvrir les yeux, lire les précautions sémantiques des faiseurs d'opinion, le communautarisme est là, à l'anglaise, définitivement. La République a échoué, le communautarisme va la détruire. Par le jacobinisme, elle a brisé une fédération de terroirs liés par une forte identité nationale dont les croyances importées font partie. Afin d'imposer la dictature égalitaire du gouvernement des atomes-individus, plus faciles à influencer avec une propagande rodée, elle a déclaré la guerre à la religion dominante qui la contrait depuis la Révolution, pour finalement plier le genou devant l'assaut d'autres mœurs exogènes qu'elle n'a pas voulu convertir aux nôtres puisqu'elle les refusait. Vide de sens inné, la République accapare des valeurs naturelles essentielles qu'elle fait siennes, mais qu'elle ne sait pas défendre parce que ses règles sociales tracées sur la comète sont contradictoires comme les ordres criés sur le chantier de la tour de Babel. La République d'aujourd'hui sécrète le désordre.

Elle laisse voir à marée basse le chaos de ses infrastructures morales, culbutées l'une par-dessus l'autre. Et tout au fond du paysage, deux centaines de Mohamed Merah, le pois-chiche ravagé de haine, reçoivent cinq-sur-cinq le prétexte de leur non-intégration pour se déchaîner et faire le dernier film de leur vie. La société exonère d'avance les imams de toute assignation pour manipulation des imbéciles, en inventant un mot qui les décharge de toute responsabilité : l'auto-radicalisation. Il fallait y penser.

Il n'y a pas de solution politicienne,
il faut retourner à Athènes


dimanche 5 février 2012

Un "six-février" en 2012 ?


La République des concussionnaires faillit mourir au sixième jour de février 34. Le hasard, les circonstances, lui accordèrent un sursis à exécution de six ans. Liquéfiée à terme, elle disparut à l'égout, dont on tira cinq ans plus tard la même mouture recyclée prenant le numéro suivant. Pour seulement treize ans. Au bout desquels elle rendit les clefs à son fondateur qui, un numéro plus loin, en fit sa chose. Celle-ci va fêter ses 53 ans le 13 mai prochain si on compte le premier jour de la V° République au putsch d'Alger. C'est beaucoup pour une République. La déliquescence de ce régime césarien exacerbé par le quinquennat, est conduite par l'impéritie d'héritiers sans talents ; annonce-telle un saut de numéro ? Si ça vous amuse ! répondrait le président Mitterrand !

La question du jour ne peut-elle être : un 6-février bientôt ?
Y a-t-il des analogies ? Oui et non. Si la crise économique est bien là et que la crise sociale induite pointe l'oreille, il n'y a pas de ressentiment profond contre la classe politique, bien que des affaires comme Karachi, Taïwan puissent y suppléer. Le "tous pourris" est un agacement populaire qui peut dégénérer au pire en entartage ! Il n'y a pas non plus de structuration du peuple en ligues comme autrefois, pas plus d'ailleurs qu'une vision structurée¹ de la société, laissée à la satisfaction de ses besoins et loisirs. Disparue aujourd'hui l'éthique fasciste de Drieu La Rochelle, souvent appariée à l'esthétique de Robert Brasillach* dont la gravité fait sourire de nos jours : « Le facisme n'était pas pour nous une doctrine politique, écrit ce dernier en 1941. Il n'était pas davantage une doctrine économique... Le fascisme c'est un esprit » (Notre Avant-guerre). Drieu était plus lyrique encore quand il affirmait dans L'Emancipation Nationale que « c'est le mouvement politique qui va le plus franchement, le plus radicalement dans le sens de la restauration du corps - santé, dignité, plénitude, héroïsme - dans le sens de la défense de l'homme contre la grande ville et contre la machine ». Que l'on puisse appliquer la devise, juste coupée après "homme", aux jeunes russes du Komsomol n'étonnera personne d'informé. «Qui possède la jeunesse, possède l'avenir» disait-on à l'Est, et son encadrement allait de soi. Les temps étaient à l'exaltation d'une jeunesse saine et généreuse, printemps du monde nouveau. Normalement on devrait incruster ici le MP3 de la Giovinezza italienne pour planter un piton.
Nous sommes loin de tout ça. Discobole mal en phase avec son futur, Drieu La Rochelle interrompra sa "marche au soleil" en 1945, non sans avoir exploré l'écho marxiste de son fascisme bucolique. L'esprit² de 34 avait vécu, écrasé sous ses propres bombes. L'éthique naturelle qu'on ne disait plus fasciste sera reprise par d'autres tout au long de la reconstruction européenne dans des mouvements anodins virilisants sous la rosée matutinale, jusqu'au jour de l'étouffement mercanti, ordonné par la société de consommation et de jouissance à crédit. Les fumées de shit ont remplacé l'air pur de la cambrousse. Il n'y a plus d'idéal, il n'y a que des besoins.
* messe du souvenir pour Brasillach, fusillé le 6 février 1945, pour sa sœur Suzanne (†2005) et son époux Maurice Bardèche (†1998), ce lundi 6 à 10h à Saint-Jacques du Haut-Pas à Paris.

Si le fascisme est passé de mode, si le naturalisme fleuri qui fit les beaux-jours des peace&love s'est éteint dans le caporalisme écologiste, si le Sens de l'histoire a curieusement disparu à la chute du Mur et laisse tourner en rond la générosité de la jeunesse, une rébellion molto strano n'en gronde pas moins. Chez nous les experts la situent dans "la France invisible" et d'une rébellion épisodique à la révolte générale il y a peu à franchir. N'attendons pas l'Insurrection qui vient portée par les maigres effectifs d'un prolétariat en fuite vers le tiers-monde - quoique mille Black Blocs puissent faire des dégâts -, pas plus une révolte altermondialiste confisquée par des professionnels de l'agitation payée au mois ; mais une révolte complètement démocratique de la jeunesse - au sens péjoratif grec - abusée par la gérontocratie en place.
Palliant le mutisme du Ministère de l'Intérieur, la Fédération des pompiers décompte 30.000 voitures brûlées en 2011, sans compter la statistique Paris et Couronne en cours ! Los indignados s'amalgameront-ils avec les incendiaires des cités ? Quand ? Faudra-t-il lancer sur nos places Tahrir de faux révoltés pour les vaincre par absorption ? Les digéreront-ils ? Que les officiers de pont du Titanic se rassurent, les insurgés disparaîtront probablement de fatigue tous seuls au bout de quelques mois, mais notre société se sera échouée, ils auront noyé la salle des machines, le poumon d'acier de l'Etat en réanimation, cet Etat impotent qui prend son oxygène de la confiance des prêteurs étrangers qui le perfusent. Il sera à terre, sans le sou, à la merci des usuriers qui dépèceront le pays. Ça a commencé. Les investisseurs arrivent.


Que penser du grand foutage de gueule quand on a vingt ans ! Le mois finit le vingt si l'on a un travail, on se loge par miracle, par copains, par maman, les remarques les mieux fondées, même civiques, se brisent sur le mur des guichets qui ne sont jamais responsables, la force a toujours raison, la couleur de peau fait le suspect, tout ira mieux demain, les politiciens s'occupent des futilités nécessaires, le parlementarisme joue à chat avec un exécutif d'annonces, et chacun de s'abonner au syndicat des sortants car l'échéance du bail approche. Pas d'idées neuves, pas de courage politique, des mots, des slogans usés, de la com, des spin doctors par wagon complet, des plateaux télé, des tweets, de bons jeux de mots et des mauvais ! A la fin rien ne bouge, un peu de presse, un peu d'écume c'est tout. Non ! Des millions de chômeurs.


La jeunesse est manipulée, surtout par ceux qui s'en disent proches ; mais elle le sait. L'élan des "indignés" a pris naissance dans l'opuscule d'un vieillard scandaleux, Hessel, posture et imposture, organisateur avec d'autres à la Libération, de l'Etat invasif baptisé social-démocratie. Devenu Providence par inclination naturelle des gens à l'indolence, cet Etat en faillite ferme aujourd'hui les fenêtres de l'esprit et de la contestation pour jouir des derniers remugles de son pouvoir sur la nation dont il tire toute substance et rémunération. Au-delà du débat philosophique entre l'histoire faite et l'histoire en perpétuelle construction, toute l'affaire des lois mémorielles d'obligation³, les lois de contrôle des libertés internétiques, celles réglant les comportements sociaux et calibrant les moeurs acceptables, les interdits de la nouvelle coutume éditée par les ligues morales, tout converge à la contrainte au moule pour mille choses du quotidien. La fabrication de l'homme nouveau n'a jamais été aussi avancée et insupportable littéralement. Qu'il est loin cet homme nouveau en chemise d'uniforme brune ou noire ! C'est son cerveau qui est maintenant vêtu par l'Etat, sous l'uniforme de la pensée unique.

Y a-t-il des analogies ?
Peut-être ben qu'oui ! Reste à observer où s'allumera la mèche d'un prochain "six-février". J'attends.



(1) Voir les leçons de l'échec tirées par Maurice Pujo.
(2) On peut creuser la question en ligne avec Persée qui publie les notes de Raoul Girardet sur l'esprit d'un fascisme français de 34 à 39.
(3) Au débat du 23 janvier dernier pour le vote au Sénat de la loi anti-turque, le sénateur corse radical Alfonsi s'exclamait au micro en des termes approchant ceci : "Tout le monde est contre cette loi ubuesque en commission mais une majorité sera trouvée en séance pour la voter !" Les clients du jour étaient les franco-arméniens. Que vendra-t-on demain aux franco-turcs, franco-machins ou franco-trucs pour ramasser cent mille voix au râteau croupier ? La classe politique se défend chaque jour de vouloir créer le puzzle communautariste dans ses intentions ciblées, mais par ses lois de conjonctures, ses interprétations douteuses des textes, elle s'y emploie avec application dès les sunlights éteints. L'antiparlementarisme ne peut être que primaire pour la majorité silencieuse, comme en 34.

vendredi 20 mai 2011

Esthétique imposée


Larrrss Fon Trrriair est un gros naze. En Bologne !

Tétanisé par la presse qui ne lui pose que des questions primitives - revoir l'interview sur son film d'horreur Antichrist¹ -, il gare pieusement ses idées dans la boîte à déconne, et pour marquer le point (final) à son aveu d'empathie esthétique pour les réalisations du Reich n°3, il crache "Okay, I'm a nazi".
Ce type est un grand pervers qui a placé à la maison, près de son four Scholtès, une femme juive et des rejetons du même puisque matricés dans la sus-dite.
Hurlements des ligues morales de premier degré, à commencer part le syndicat de protection de la kippa militante, ce salopard doit être banni de la Croisette.
Malgré ses excuses publiques faites aux QI un peu justes.
Et il part ce con !
L'humour n'est pas si partagé que cela au royaume de Danemark où tout est historiquement pourri. A sa place j'aurais loué dans une échope de carnaval cannoise un uniforme de führer sous frange et casquette pour faire l'homme-sandwich sur la plage : "MY TAILOR IS JUIF" reprenant ainsi l'aveu que fit Ken Loach, Palme d’Or 2006 à Bruxelles il y a deux ans, en déclarant sans rire « Ça ne me surprend pas qu’il y ait une montée de l’antisémitisme. En fait, c’est parfaitement compréhensible car Israël alimente des sentiments d’antisémitisme. »
(Merci Marc Cohen, Causeur, je l'avais loupé ce nazi-là).

La chaudière antisémite
Redevenons sérieux et faisons un sort à l'idée qu'Israël puisse être un vecteur d'antisémitisme.
Bien évidemment que la vie de chiens que font mener les Boutiquiers de Jérusalem à leurs cousins arabes alimente en combustible antisioniste la chaudière de l'antisémitisme. Les alarmes des cabinets israéliens au moindre avantage consenti aux Palestiniens ne font plus recette. Le monde est las, n'écoute plus. Les Juifs, encore les Juifs ! Les empires émergents se sont fait une religion qu'ils exporteront bientôt dans les enceintes internationales sous une forme abrégée : « cherchez l'intrus, dominez-le, à défaut le détruire ». Obama est au seuil de cette lassitude qui demande aujourd'hui un Etat continu pour la nation palestinienne dans les frontières de 1967 et qu'on en finisse. Hélas (clic) !

Mais c'est la question esthétique qui me gène.
Dans notre espace de créativité, ou de création, nous devons répondre aujourd'hui à des codes sociaux - j'allais dire imposés de l'extérieur, mais j'aurais réveillé Gayssot. C'est un peu comme si la préfecture distribuait à chaque artiste-peintre du département sa boîte de couleurs imposées. Et pas question de mélanger pour ne pas les reconnaître ensuite au contrôle. Dans tous les domaines de la vie en commun, l'Ordre doit régner dans les têtes à défaut d'y parvenir dans les rues. Vous n'avez pas le droit de dire que vous êtes sensible à l'esthétique impériale du stade de Nuremberg que je trouve pour ma part grandiloquente ou hollywoodienne, pas plus que vous ne pourrez défendre la conservation du remarquable aéroport de Tempelhof (Berlin) au simple motif qu'il fut érigé par les Damnés. Que dire de la technologie des Zeppelins ?... qu'elle s'est crashée à New York, point-barre.


C'est Louis Malle qui s'agaçait des critiques convenues de son film Lacombe Lucien par les cuistres de la bienpensance (déjà en 1974) en déclarant qu'il n'observait pas la frontière imposée entre le Bien et le Mal. L'homme n'est pas un robot programmé, il peut être un loup jusqu'à midi et redevenir un mec sympa à table. Cf. Dr Strauss-and-Mister Kahn, le film à venir prochainement sur vos écrans. L'histoire des gens est emplie de ces mouvements successifs entre l'ange et la bête, même les plus grands ou les pires nous l'ont montré et Hitler comme moi, aimait passionnément... ses bergers allemands Bella et Blondi.

Justement non ! Pour les gardiens du temple moral, le Bien et le Mal sont deux sphères qui ne doivent jamais s'interpénétrer. Et tous ces cons de la morale purgée repartent de la réunion en Volkswagen, leurs dirigeants en Porsche !

Par contre, si vous êtes personnellement agressé par une oeuvre d'artiste, vous pouvez bien sûr pétitionner pour son retrait voire sa destruction, comme y sont parvenus en Avignon les catholiques dans la lamentable histoire de la Fondation Lambert (clac). Il y a un grand écart entre exprimer des idées aussi sulfureuses soient-elles - mais le soufre ça désinfecte aussi - et les concrétiser dans une oeuvre publique scandaleuse.

Mais à Cannes, Gilles Jacob, sénéchal du baillage, n'a pas quand même osé retirer du concours le film de Lars von Tier, Melancholia, car il remettait en cause sa propre sélection. On dit que c'est un bon film, bien compliqué, pour cinéphiles cérébraux zé verbeux.

Vive quand même les "borderline", ils nous sauveront de l'ennui qui est le cancer des sociétés de consommation.



Note (1): LVT sur Antichrist à Cannes en 2009 répondant à un journaliste ulcéré par sa projection : " Je n'ai pas à m'excuser pour ce film. je fais des films et j'aime ça. C'est vraiment bizarre de me... de m'excuser pour mes choix artistiques. Je n'ai fait ce film ni pour vous ni pour un public en particulier. Je n'ai aucune explication à fournir ... je n'essaie pas de dire quelque chose en particulier... C'est plus la représentation d'un rêve, c'est un rêve dans un film. C'est un rêve très sombre sur le sexe et le sentiment de culpabilité. " (plus)


jeudi 21 octobre 2010

Tauromachie

Le Royaume d'Espagne saisit la corrida comme un bien culturel en transférant sa réglementation du ministère de l'Intérieur au ministère de la Culture. C'est la conséquence de l'abolition votée par le Parlement de Catalogne le 28 juillet 2010. Même si le débat a eu lieu (68 pour, 55 contre), cette loi régionale n'est pas une loi "humanitaire". Elle accroît la fracture entre Barcelone et Madrid, les Catalans quittant leur hispanité pour se fondre dans l'entropie européenne et y assurer un avenir distinct. L'uniformisation promue par Bruxelles, tous ensemble, tous pareils, fait des clients à la fédération mais il n'est pas dit qu'au bout du compte elle leur apporte plus de "bonheur".

Sans remonter aux calendes, la Catalogne fut une province du Royaume des Francs et les Barcelonais furent vus à Senlis en 987. Proche de l'Aragon qui donna des rois au sud de la France, elle s'est toujours distinguée de la Castille hispano-moresque par sa langue occitane et ses moeurs très méditerranéennes. La corrida participe des jeux du cirque en Catalogne comme dans le reste de l'Occitanie, alors que le rite est à la fois solaire et funèbre en Castille et en Andalousie qui gardent vivace la conjuration des jeux crétois.
Le "cirque" se porte bien en France, les places de tradition taurine, ne sont pas en panne d'audience. Dax, Béziers, Nîmes, Arles pallient un peu leur assoupissement économique par des férias très courues.

Là-bas par contre, au coeur du pays brûlant, le jeu crétois subit la concurrence furieuse des distractions modernes que sont le football et les spectacles de masse. Il faut dire qu'il est d'un autre niveau, ce qui n'est pas dans l'air ambiant de la disneylandisation abêtissante.

La corrida canal historique conjure la Mort. Même si ce n'est pas vendeur, sa liturgie mérite une explication et ses manifestations publiques une protection patrimoniale. Faisons un peu d'explication. Depuis la nuit des temps, le taureau est une idole méditerranéenne comme le dragon en Asie. Il incarne la force obscure dans toute sa brutalité et sa rencontre est le plus souvent fatale. De notre côté, la mort est la seule certitude de l'homme et depuis l'Antiquité nous ne concevons d'autre existence que celle du corps physique. Même si le désespoir et sa révolte nous appellent vers des "explications" rassurantes, le cortex reptilien nous fait comprendre en conscience que la fin s'approche chaque jour. On se vengera de notre inexorable destin en tuant le taureau, après avoir regardé la Mort en face, les yeux dans les yeux, et en avoir cette fois encore réchappé.

La liturgie - le matador est un prêtre - n'impose pas la loi de l'homme au taureau, on ne dompte pas la Mort. On la trompe. Il n'y a pas de place pour la pirouette, la danse, la joie, tout le rite est déroulé dans une exposition au danger mortel qui préfigure la dignité voire l'orgueil que l'on montrera devant la Mort aux autres et à soi-même, au dernier jour de sa vie. C'est tout le mépris castillan devant l'adversité, puis le néant. Tu peux me tuer, tu ne peux pas me vaincre, "Yo, el rey !". La posture n'est pas "méridionale".



Intéressons-nous au taureau. Comme la vierge sacrifiée, il ne doit jamais avoir combattu l'homme et doit être brave et impressionnant. Au sortir du toril, la lumière explose, il découvre l'arène, en fait le tour et choisit sa base de combat, car le combat est sa nature. Le taureau va répéter ses assauts sans imagination, mais la Mort est sûre de la conclusion et n'a pas besoin d'intelligence. A quoi l'homme oppose sa volonté, sa malice, en faisant sortir le fauve de sa base, comme lui-même quitte la sienne qu'on appelle "angoisse". Sans l'angoisse, les coups ne portent plus, on se mesure, on se frôle, on se caresse. Un seul des deux connaît la fin. Quoique ! La Mort n'a d'autre ressource que de briser le rite, de fondre sur sa proie, de tromper l'autre ; certains fauves apprennent plus vite : le torero cordouan Manolete, mythe divin, arrogant et triste, fut ainsi tué par Islero, un Miura de 500 kg, le 28 août 1947 aux arènes de Linares. L'Espagne prit le deuil. Ces taureaux "rapides" sont le plus grand défi pour l'homme, aussi limite-t-on le combat à quinze minutes ; au-delà, il sait !



Pour combattre la mort brute, le torero se pare de lumière, un soleil à lui-seul, en charge de tuer l'angoisse et le désespoir d'ordre et pour compte des spectateurs. La corrida est une tragédie qui vient de loin - littéralement le chant du bouc qu'on égorge - même si la messe n'a pas toujours eu les mêmes répons, même si la chorégraphie est relativement récente.
« La victoire que le Grec remportait par le verbe et par la pensée, l'Espagnol l'obtient par l'action. Ainsi les arènes furent-elles pour ces peuples ce que le théâtre fut pour les Grecs : une école morale où s'affirmait non pas une pensée mais un style » (Michel del Castillo).
Il est normal que le gouvernement espagnol ait rattaché la corrida au ministère de la Culture.

Cela n'empêche pas la Catalogne de poursuivre sa quête identitaire. Elle ouvre ces jours-ci à La Jonquera le plus grand bordel d'Europe, qui drainera l'épargne du Sud-Ouest français. A quand la République ? Il ne faut pas poser la question.

 

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