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samedi 2 septembre 2023

Quand le prince Jean signe Paris

Jean d'Orléans et son blason aux pleines armes de france

Dans une lettre aux organisateurs de l'Université d'été de l'Action française, le comte de Paris a posé, mais un peu tard, les lices de la réflexion studieuse que lui inspire le programme du Camp 2023. C'est un encouragement à persévérer dans l'agit'prop visant la réforme des institutions de la Vème République afin d'y insérer la famille d'Orléans dans le projet d'un retour de la monarchie constitutionnelle. Texte poli-miroir, sans saillant criticables, répétible annuellement. On s'en contentera. Merci Monseigneur d'y avoir pensé.




La Saint-Louis, 25 août 2023

Chers amis,

Vous achevez votre camp d’été, durant lequel vous avez réfléchi et travaillé à l’avenir de la France et des Français, dans une perspective qui prend en compte le temps long et la spécificité historique de notre pays. C’est pourquoi votre réflexion politique s’appuie sur le Roi non comme sur un souvenir, mais dans le souci nécessaire de renouer le pacte millénaire entre la Nation et la Famille royale, pacte qui a construit la France et participe de son identité même.

Notre pays traverse une crise sans précédent, politique et sociale, bien sûr, mais aussi et, peut-être avant tout, morale. Sa cohésion est gravement menacée et, trop souvent, des intérêts particuliers prennent le pas sur l’intérêt général. C’est pourquoi, dans un moment aussi crucial pour notre pays, une réflexion sur l’évolution de nos institutions et la relation du Prince avec les Français doivent dicter votre engagement, afin que le souci du bien commun redevienne la boussole de l’action politique. C’est, je n’en doute pas, votre préoccupation profonde et je vous en félicite.

Tel est, dans l’attente de vous rencontrer ou de vous revoir, le court message que je tenais à vous envoyer, en vous priant de me croire,
Votre affectionné.

Paris
(source AF)

jeudi 17 mars 2022

Le prince débouté

Mgr Jean d'Orléans

Le prince Jean d'Orléans est débouté de son action en justice contre la Fondation Saint-Louis pour ce qui l'opposait à l'occupation de la maison Philidor au domaine royal de Dreux. Condamné aux dépens (5000 euros), il doit aussi verser les loyers dûs tout au long de la période d'occupation abusive, soit à la louche, cent cinquante mille euros. Ses conseils se sont plantés qui lui feront grâce peut-être des honoraires, quoique toute peine mérite salaire ! Le jugement a fait l'objet d'un article dans l'Echo Républicain de Chartres qu'on peut lire ici.

Le wagon de la déroute était lancé à toute vapeur dès le départ, le départ étant l'injonction du feu comte de Paris et père du présent qui en février 2011 intimait l'ordre à son fils d'évacuer les lieux en ces termes : « Je te demande fermement de retirer les objets ou meubles que tu as déjà déposés illégalement ». C'est à partir de cette date et jusqu'au jour de la fuite en Egypte début septembre 2020 que Royal-Artillerie a calculé les loyers en souffrance (1300€ x 115 mois).

Le prince et ses conseils ont oublié - mais comment l'ont-ils pu ? - qu'ils vivaient en pays de droit écrit. Il ne fut pas un jour que le microcosme orléaniste n'ait demandé à connaître la pièce fondant la revendication de Jean d'Orléans, non pour lui nuire mais pour renforcer ses conseils qui, de l'extérieur, semblaient insuffisants. Qu'ils n'aient pas compris non plus que le principe d'une fondation soit justement de mettre des biens patrimoniaux à l'abri de l'appétit des héritiers, nous laisse dubitatif sur leurs capacités d'analyse ! Que cherche donc le nouveau comte de Paris ? C'est une déclaration de son avocat parisien, Me Jacques Trémolet de Villers, lors de l'audience du 18 janvier 2022 à Dreux, qui propose une clef quand il dit : « Il est le gardien du domaine royal de Dreux et de la chapelle. C'est le sens d'un devoir presque professionnel qui a poussé le prince Jean à s'installer dans le berceau des Capétiens et même des Robertiens pour en assurer la préservation ».

Jean d'Orléans, qui a cessé de travailler chez autrui en 2006 mais n'a rien entrepris de remarquable depuis lors, a-t-il formé le projet d'une gérance de tout le patrimoine historique de la famille d'Orléans ? Très près de ses sous, comme on le sait quand furent libérés certains biens meubles de la succession d'Henri l'Ancien au bénéfice des héritiers spoliés, est-il assuré que les très nombreux ayant-droits lui confieront le patrimoine libéré des griffes crochues des fondations ? Parce que la maison Philidor est le petit morceau :

Deux autres procédures ont été lancées par le débouté, l'une à nouveau contre la Fondation Saint-Louis pour récupérer les biens de la famille d'Orléans que lui avait confiés Henri l'Ancien (Amboise, Dreux, Miromesnil, Bourbon l'Archambault, ND de la Compassion...); l'autre avec son frère Eudes contre l'Institut de France pour annulation du legs d'Aumale et rétrocession du domaine de Chantilly à la famille. Rien que ça ! Les Français qui en chient comme des Russes accepteront-ils le gouvernement d'un rentier réfugié dans un gîte du département de l'Aude et qui vit d'espérances provoquées ? Je ne le crois pas.

Où est la promesse de la présentation d'Amboise, quand le fils du "dauphin" fut adoubé en 1987 par le patriarche pour lui succéder dans la prétendance à la couronne de France ? Le microcosme avait accepté bon gré mal gré qu'Henri le Jeune n'avait plus la résilience mentale pour assumer la charge d'une position aussi exposée que la revendication de roi, après l'abandon du domicile conjugal au seul motif d'un amour-passion. On briquait au Fait-Neuf les boutons de laiton du projet capétien renouvelé avec un jeune homme plein de promesses et de dipômes bientôt. Las, le désordre moral de la branche cadette ne fut pas conjuré. Les démarches scabreuses de Jean d'Orléans ouvrent un mauvais procès contre le régime monarchique qui n'a pas besoin de ça. Le principe prime le prince et cette fois plus encore !

mardi 26 octobre 2021

Lettre ouverte à Monseigneur

Signalé par Frédéric de Natal sur son site Monarchies & Dynasties du Monde, voici le texte intégral de l'adresse aux candidats publiée sur le site officiel "Comte De Paris" du prétendant au trône de France :

La France doit retrouver son autorité


Dans le Pacifique (l’affaire des sous-marins avec l’Australie), en Afrique (d’abord la Libye, ensuite la Centrafrique et le Mali, maintenant l’Algérie), en Europe (les dernières nouvelles de l’ESA), notre autorité, principe même de notre souveraineté, est remise en cause.
La souveraineté c’est l’autorité suprême, d’un souverain, d’une nation ; c’est aussi le caractère d’un État qui n’est soumis à aucun autre.
Nos politiques qui se portent candidats à l’autorité suprême de notre pays devraient y réfléchir à deux fois. Ont-ils ce qu’il faut pour redonner à notre pays son autorité et par conséquent sa souveraineté pour le faire avancer dans un monde si complexe ?
Depuis les années 80, l’État a renoncé aux moyens de sa souveraineté, qu’ils soient politiques, économiques et financiers ou sociaux. Ces moyens de notre souveraineté ont été abandonnés à l’Union Européenne et à de nombreuses structures administratives externes comme la BCE, ou internes comme le Conseil Scientifique.
Le résultat de ce changement de paradigme c’est que l’État ne mène plus de politique pour résoudre les difficultés françaises (la réforme des fonctionnaires, les 35 heures, les retraites, la crise des hôpitaux, etc.). Avec le système du quinquennat et sans vraie décentralisation, le chef de l’État, ne cherchant plus à mettre en scène le destin national, masque son impuissance par une communication plus ou moins adaptée.
Les Français, eux, comprennent de moins en moins leurs hommes politiques et se détournent des urnes. Voyant leur avenir compromis, que ce soit sur les questions éducatives, sur le travail, sur leur couverture sociale et leur retraite, sur leur environnement de vie, ils réagissent vivement, et parfois de façon désespérée, comme lors de la crise des gilets jaunes ou des manifestations d’opposition à la politique sanitaire. De son coté, l’État se replie sur des processus de décisions descendants et parfois brutaux qui excluent les instances intermédiaires ou locales.
Il est urgent de remettre les choses à l’endroit, dans le cadre d’une Europe des pays souverains favorisant une vraie collaboration.
Souverains, c’est à dire alliant trois pouvoirs équilibrés : celui d’un seul (le prince), celui de plusieurs (le parlement) et celui de tous (l’expression directe de la population à travers des mécanismes comme le référendum). La formule consacrée en est la meilleure expression : « le prince en ses conseils et le peuple en ses états ».
Notre pays doit retrouver les moyens de sa politique, pour remettre en musique son destin dans une collaboration européenne où il garde sa souveraineté. La Pologne et sa Cour constitutionnelle, comme d’ailleurs l’Allemagne et la Cour suprême de Karlsruhe ne s’y sont pas trompés dans leurs décisions récentes. Ces moyens doivent pouvoir être appliqués dans le respect des libertés publiques et individuelles, qui ces derniers temps ont été trop oubliées.
A cela doit s’ajouter des vues à long-terme avec une dichotomie institutionnelle entre le Président de la République et le Chef de gouvernement issu du parlement, avec une décentralisation souple (plus politique qu’administrative) pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui.
Il est aussi important que les instances de conseil qui se multiplient à l’horizon restent à leur place de bonnes conseillères, subordonnées à des politiques qui prennent et assument leurs décisions, dans le respect d’un juste milieu de parole et d’action.

Jean, Comte de Paris


Jean d'Orléans


cul de lampe


En ce Trentième Dimanche du Temps Ordinaire vous avez communiqué, Monseigneur, sur la campagne électorale présidentielle, appelant de vos vœux les candidats à retrouver la souveraineté de notre pays. Ceci est juste et bon. La fréquence porteuse de votre adresse est l'autorité procédant de la souveraineté (ndlr: c'est ainsi depuis Philippe-le-Bel). Or, vous n'êtes pas sans savoir qu'il n'existe d'autorité sur un espace donné qu'exercée sur quelque chose ou quelqu'un résidant sur cet espace. L'autorité n'est pas un concept mais une action. A côté de quoi la souveraineté sur un espace donné ne vaut que si elle est reconnue par les tiers occupant aussi cet espace. Nul n'est une île et aucun pays sûrement ! Qu'en est-il aujourd'hui dans la nation française ?

Pour une meilleure compréhension de votre pensée, vous concrétisez votre thèse sur six exemples d'actualité : l'Australie, la Libye, la Centrafrique, le Mali, l'Algérie, l'Agence Spatiale Européenne (ESA). Sauf votre respect, ce n'est pas pertinent. Voyons-le en détail sans faire de grands développements :

Quelle est notre autorité sur le Commonwealth Of Australia ?

En trouverait-on dans le contrat de collaboration militaire passé avec le Premier Turnbull ?
Avez-vous pris connaissance de la cascade de contrats passés par Naval Group ? Des clauses d'emboîtement ? Des clauses d'abandon ?
Aussi désagréable et même vulgaire qu'ait été la gestion de la fin de contrat par le cabinet Morrison, rien, à ce qu'en disent les sources informées comme Le Floch-Prigent par exemple, n'y est modifiable par le levier d'autorité. Ce genre de situation se gère par une approche froidement rationnelle, comme l'a fait le patron de Naval Group qui avoue ne voir aucune conséquence grave sur la marche de son affaire, sans émotion, d'incantations moins encore. De vous à moi, nos cris d'orfraie en ont fait rire beaucoup, à commencer par le Premier britannique.

Allons-nous réarmer nos relations africaines par une démarche d'autorité ?

La Libye est une ancienne possession italienne abandonnée à la Grande Bretagne à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Les trois régions historiques recouvreront leur indépendance successivement à mesure que se déploiera une administration élémentaire. Le coup d'Etat du colonel Kadhafi de 1969 ne nous concerne en rien, la France ayant évacué le Fezzan en... 1955 ! Il aura fallu qu'un philosophe marchand de bois en recherche désespérée de sa Guerre d'Espagne fasse le siège d'un président moins affermi dans ses principes que ses prédécesseurs pour que nous semions la mort au bénéfice d'un tiers seulement du pays. Les deux autres tiers n'étaient pas contents. On sait la suite.

La République centrafricaine : faut-il en parler, Monseigneur ? Notre "autorité" s'est éteinte par après la mascarade impériale offerte à Jean-Bedel Bokassa par M. Giscard d'Estaing pour une poignée de brillants et les faveurs de Catherine impératrice. A moins que vous ne décidiez de guider d'une main ferme le gouvernement démocratiquement élu de Bangui (qui se protège derrière les mercenaires Wagner) il est sans doute plus avisé de nous retirer sur la pointe des pieds !

Le Mali c'est ce qu'il reste du Soudan français quand on a tout distribué. Pas étonnant que l'Etat de Bamako n'ait jamais rien gouverné plus loin que Mopti. Nous sommes dans une situation d'OPEX sur demande des autorités légitimes du pays. Ces gens, dont nous ne jugerons pas les travers et les qualités, ont en main leur propre destin, bien incapables d'imposer leur volonté sur l'Azawad (pour faire simple) et le savent parfaitement. De quelle autorité voulez-vous jouer pour contraindre les pouvoirs publics et la junte d'entrer dans notre stratégie s'ils ne le veulent pas pour des raisons que nous ignorons tout en les devinant ? Vous n'êtes pas colonialiste, alors il faut glisser et partir. Moi, si !

Le sujet de l'Algérie est souvent traité sur Royal-Artillerie (voir dans la barre de recherche ou le libellé ad hoc). La paranoïa de la classe politique algérienne issue de la guerre de libération (libération de quoi est l'autre question) interdit d'appliquer aucune mesure d'autorité, sauf à appliquer à la lettre les Accords d'Evian et les protocoles migratoires successifs de 1964, 1968 et 1995 en oubliant l'esprit complètement corrodé aujourd'hui qui y présidait jadis, puisque le refus de s'entendre par la partie algérienne est patent (voir l'accueil hostile du rapport Stora et son sabotage par Abdelmadjid Chikhi). Le jeu diplomatique assez intense entre la mère et la fille ne dispense pas de fermeté, mais bien malin celui qui trouvera un point d'appui pour actionner un levier d'autorité sur un pouvoir hystérisé par les menaces de plus en plus graves qui pèsent sur sa perpétuation.

Par contre, et c'est votre sixième point, nous avons une autorité légitime sur l'Agence spatiale européenne parce qu'elle est une création de l'industrie spatiale française sans laquelle il n'y aurait rien !

E.S.A.

Cette coopération intergouvernementale n'est pas une institution de l'Union européenne à laquelle nous avons délégué une part de notre souveraineté. Comme Airbus dans l'industrie aéronautique, l'ESA vit sa vie sur les contributions directes des pays participants et sur le produit des contrats placés. Elle peut aussi prendre des commandes de la Commission européenne comme la fabrication et le lancement du système de positionnement Galileo. D'autres pays non-UE sont parties prenantes dans l'ESA comme la Norvège, la Suisse, le Canada, la Turquie, l'Ukraine, Israël et maintenant le Royaume-Uni. Ceci pour dire que les relations internes dans une agence associant vingt-deux membres, quand elles se détériorent, se gèrent par des procédures de solution des conflits bien connues des grands groupes et ce n'est qu'au risque d'une rupture que peut intervenir le moment d'autorité, en gardant à l'esprit que c'est celui qui paie qui commande à la fin et vice versa.

Arrivés là, nous n'avons pas entamé vos vœux de souveraineté.

La nation française n'est soumise à aucune autre nation, son Etat est souverain en droit. Nous pouvons, par le moyen d'une décision à inventer sans doute, couper tous les liens étrangers que nous estimons nuisibles à notre destin, à notre bonheur. Il faudrait des circonstances exceptionnelles comme une dictature à la romaine pour prendre cette décision qui nous ramènerait à l'économie pré-industrielle. Les fans de l'Ancien Régime seraient ravis, le premier jour. Nous aurions de quoi boire et manger à satiété et du courant électrique. Du bois pour se chauffer mais pas d'essence pour circuler, qu'importe puisque nous serions redevenus souverains ! Dès la deuxième semaine nous envierions la société nord-coréenne. Cette gentille caricature n'est là que pour montrer que la souveraineté est un leurre. Imbrication et entrelacement sont les règles de notre économie et ce depuis très longtemps. Le vrai défi est beaucoup plus difficile à relever : il s'agit d'optimiser nos dépendances. Et cela ne pourra se faire à partir de slogans mais dans une action en profondeur sur la trame de notre vie économique. Cela convoquera du temps, beaucoup de temps et de la patience. Mais il y a une pré-condition : réparer notre Etat. Criblé de dettes et produisant du déficit comme une laiterie du beurre, la France dans sa situation présente est incapable d'optimiser ses dépendances dans les domaines que vous citez, parce que les caisses sont vides et que ce sont les monarchies du Golfe qui font l'échéance (bonjour la souveraineté) et présentement paient les chèques électoraux de M. Macron. Allons-y voir :

Réforme de la fonction publique, semaine des 35 heures, retraites, crise des hôpitaux convoquent beaucoup d'argent pour aboutir et s'installer durablement dans le paysage socio-politique français. Ces réformes sont indispensables pour retrouver nos équilibres fondamentaux. Tout le monde connaît les solutions les moins dolosives mais nous n'avons pas les moyens financiers sur la durée pour les engager sérieusement. Alors on biaise, on parle, on consulte, on ne fait rien. Et sans miser très gros chez les books de Londres, disons que nous aurons encore moins de moyens quand la nouvelle coalition allemande prendra ses marques, parce qu'elle coupera l'eau de la fontaine.
Pourquoi existe-t-il une BCE ? (c'est lié)
Parce que depuis la Libération (ne remontons pas à Poincaré) nos élites politiques se sont avérées incapables de gérer notre monnaie nationale qui était toujours pour elles un souci technique de seconde zone, ...la "grandeur" étant le premier de tous. Permettez un instant. Quand je fus affecté aux FFA dans les années 60, un marc valait un franc. Quand nous avons imposé l'euro à l'Allemagne fédérale en échange de sa réunification, le taux de conversion était monté à 3,35385. Mesurez, Monseigneur la perte de substance ! Trente ans de commerce extérieur ont défitivement ruiné toute confiance des opérateurs dans la gestion monétaire française. Et les déficits monstrueux de la balance commerciale interdisent de revenir à une monnaie dévaluable, sauf à ruiner les ménages français comme les Allemands de Weimar.

Par contre je vous suis tout à fait sur un point très important.

L'Europe technocratique intégrée, si elle sait gérer parfaitement la matérialité des flux, est d'une bêtise crasse dans les normes et les "valeurs". C'est avec d'autres mots, ce que dit Michel Barnier, allant même jusqu'au principe d'identité constitutionnelle. Il est urgent de revenir à une Europe des nations où les Etats ne soient plus de plain-pied avec les commissaires et leurs directeurs mais les dominent pour les subordonner comme il en va de fonctionnaires, ce qui est leur emploi ! Ça c'est une vraie réforme, difficile, mais la France bénéficiera de renforts et pâtira aussi de quelques trahisons. Elle ne nous économisera pas la souffrance de devenir enfin sérieux, mais cette nouvelle conversation des pouvoirs en Europe huilera tous les frottements géopolitiques européens et rendra l'initiative aux nations chez elles, leur laissant alors le bénéfice de la gloire (motivation puissante des gouvernants) et réciproquement le poids de la honte, ce qui n'est que justice. Réussir la reconstruction d'un telle coopération européenne serait un grand œuvre.

Comme le fit en son temps l'archiduc Otto de Habsbourg, voulez-vous, Monseigneur, vous y consacrer pleinement ? Jusqu'à vous faire connaître partout en Europe comme le prince impulsant le renouveau de l'Europe institutionnelle ? Certes, il faudra organiser la réflexion autour de vous dans un conseil d'experts, chasser ce fameux diable des détails, produire, traduire et propager vos solutions, articuler les étapes nécessaires, courir les conférences internationales, y parler ; insister jusqu'à la constitution finale de ce qu'il serait sage d'appeler désormais une Confédération européenne ; en un mot d'aujourd'hui : faire le buzz ! Mais à la fin, quel bel achèvement ! Qui ouvrirait, sans doute aucun, d'autres perspectives pour l'accomplissement de votre destin.



drapeaux européens


[modifié le 27/10/2021-09:30]

jeudi 8 avril 2021

Le Prince comme souci

[Diffusion restreinte] Plus que jamais nous devons distinguer « les deux corps » de Kantorowicz (1895-1963). L'un descend des rois oints qui approuvèrent les lois de succession du royaume aujourd'hui disparu, et monte au vitrail pour s'y figer ; l'autre va à la banque couvrir son découvert en liquidant ses positions marchandes. Alpagué par la presse "gotha-clic" du royaume d'Espagne, le champion légitimiste français aurait soldé ses affaires sans que l'on sache très bien où est la ligne de retraite derrière laquelle il va se défendre. De quoi, est aussi la question.

affiche Cara al Sol

Jusqu'à plus ample informé, Louis de Bourbon (Luis-Alfonso de Borbón y Martinez-Bordiú sur papier glacé) marchait sur deux jambes : à droite celle de la grosse Fondation nationale Francisco Franco depuis le décès de sa grand-mère Carmen Franco y Polo, fille unique du regretté Caudillo que le gouvernement socialiste de M. Sanchez a réinhumé dans un cimetière normal de la capitale, le rendant paradoxalement plus facile d'accès qu'en Valle de Los Caídos ; à gauche, les intérêts européens pris en aval des activités du Banco Occidental de Descuento (BOD) de son beau-père, dont il n'est plus qu'admistrateur suppléant au Conseil de Maracaïbo, après avoir exercé les fonctions de vice-président international, à nulle fin. Le BOD est présent au Venezuela, au Panama, en République Dominicaine, à Curaçao, Antigua et Barbuda. Rien en Espagne où vit le gendre de Victor Vargas et sa fille adorée, les tentatives faite autour du Groupe Santander ayant capoté (peut-être par les liens trop étroits liant la banque et son propriétaire au pouvoir bolivarien). Louis de Bourbon, apparemment déchargé de mission, a cherché dès 2012 à s'investir dans des affaires en propre, modestes et numériques pour la plupart. Ce sont ces activités (clic) qui ont été clôturées récemment, faute de résultats positifs ; à l'exception de Reto 48, un espace de reset personnel inédit en 48 leçons, qui tient ses comptes et poursuit l'aventure. D'un autre côté, le gouvernement socialiste espagnol a mis la Fondation Franco dans sa ligne de mire, mais il n'est pas dit qu'il ait le temps de détruire l'héritage dans tous ses états, parce que la coalition PSOE-Podemos se déchire. Ce qui nous permet quand même de conclure que la situation financière du prince Louis de Bourbon est en Espagne précarisée. Beaucoup lui prédisaient une carrière politique dans la mouvance de la droite dure, après le constat de popularité qu'il a pu faire lors des manifestations franquistes de 2019 au mausolée, mais le parti VOX a répété que Louis de Bourbon n'était ni encarté ni candidat nulle part. On ne le voit pas non plus monter un parti politique qui, en VOX, existe déjà, sans parler même des remontrances qu'il s'attirerait de la Casa Real qui n'eut de cesse de le marginaliser, lui retirant tous ses titres, voyant en lui et à raison un recours néfaste à la perpétuation de la branche de Barcelone sur le trône. Sans doute lui faudrait-il aussi plus d'amis compétents en politique, ce déficit semblant le plomber de part et d'autre des Pyrénées.

Qu'est-ce qui change en France de ce fait ?


Il faut remonter aux vœux de nouvel an, dans lesquels le prince Louis dit que La France paye cher une crise de l’intelligence collective qui lui fait oublier sa nature et son identité ; une crise qui l’a conduite à favoriser dans les années récentes, avec le déni du spirituel, la promotion de l’individualisme, la perte des valeurs, l’absence d’une saine compréhension de la nature et de l’environnement, la course au profit immédiat, au lieu de s’attacher en premier lieu à la recherche du bien commun. Même s'il s'en défend, il déroule un programme dans lequel il s'inscrit par sa présence continue de témoin vivant d'une histoire glorieuse. A moins que la déclaration ne soit que le songe d'un secrétaire - ce que je ne crois pas - Louis de Bourbon met la France au centre de son projet personnel.
Trois objectifs : renouer avec la mission civilisatrice de la France ; réinsérer du spirituel dans le juste équilibre des pouvoirs ; rendre à l'homme sa dignité d'espèce à part. Sa démarche est au bon niveau et ne racole pas l'opinion majoritaire plus laïque et prochoix. Par contre la traduction de ces principes dans une action d'application aux réalités de l'époque n'apparaît pas encore du côté des groupes légitimistes français. Ça viendra sans doute, en espérant que leur réaction ne soit pas comme trop souvent la récitation en boucle des psaumes de la Légitimité. Plus trivialement, vont-ils un jour comprendre que l'entresoi des grimoires à la lueur des bougies ne hâtera pas l'avènement du prince de leur cœur. Mais convenons que les chapelles royalistes, et de tout bord, sont en circuit d'attente, un peu comme les avions qui tournent autour de l'aéroport en attendant de se poser. Chacun se dit prêt à "répondre" à l'appel. Le prince attend les royalistes qui attendent eux-mêmes les autres, les Français, du moins ceux qui devraient demander un roi. La dernière fois que les Français sont sortis pour demander du changement fut celle des gilets jaunes sur les rond-points. A ma connaissance, personne du parti du roi n'est venu au brasero leur expliquer LA solution. Aucun prince non plus ! Le déficit de propagande (au sens pyrotechnique) est patent ! Comment les Français appelleraient-ils un roi à leur secours s'ils en ignorent les bienfaits pour demain. Demain ! Pas dans l'histoire enjolivée des émissions télévisées en jaquette ! Demain ! On en revient à la communication étique du mouvement royaliste, maintes fois signalée ici, sans aucun effet bien sûr.

Communiquer sur la monarchie est compliqué aujourd'hui par le cloisonnement logistique dérivé de la pandémie chinoise, et Louis de Bourbon, qui vit à Madrid, n'a plus la liberté de venir aussi souvent en France qu'il le souhaiterait (et il déteste l'avion). C'est dommage pour lui à tous égards mais aussi parce que son "concurrent" est à l'étiage depuis l'assignation calamiteuse de la Fondation Saint-Louis pour détournement des intentions cachées d'Henri l'Ancien, son fondateur, calamiteuse pour une image déjà écornée par son apparente oisiveté. Le squat en plus ! Cette situation, même éphémère, lui aurait permis de faire l'écart de points en entraînant les légitimistes à sortir de la crypte pour faire avancer au grand jour la cause du roi de tradition. Mais ce prince comme son cousin semble adepte du hamac méditatif ; la certitude qu'a chacun d'être le phénix des hôtes de ce bois ne se traduit en rien d'autre que de camper sur la position acquise, ce à quoi ni le prince Alphonse ni Henri l'Ancien ne s'étaient résignés. C'est ici que nous replaçons le titre de ce billet : le prince comme souci.
Nos prétendants sont un souci, non pas de sincérité mais de crédibilité. On en vient à la légitimité de tout impétrant dans une situation d'instauration et non plus de restauration. Si ce n'est eux, ce seront d'autres ! Un contributeur du Salon Beige (époque Lahire) avait dit une fois que la légitimité réside essentiellement en le respect et la mise en œuvre de la loi naturelle, en la stabilité du pouvoir capable de maintenir intra et extra muros un ordre stable et pacifique, et préserver les conditions de prospérité, matérielle et immatérielle, des corps naturels constitutifs de la nation, laissés libres de poursuivre leur finalité propre, fondée non sur des idéologies mais sur des intérêts concrets. Boutang avait auparavant ramassé ces idées dans un slogan définitif : "le droit du prince naît du besoin du peuple". S'il n'est pas de loi supérieure aux nécessités du temps pour sauver le pays que celle de l'efficacité, les Lois fondamentales du royaume ne peuvent être qu'une indication pour les hommes en recherche d'une ouverture, que cette ouverture soit ou pas d'application immédiate. La monarchie est techniquement la solution pour réparer ce merveilleux pays qui part en... morceaux. Son retour peut certainement être un legs du passé, mais est-il décisif d'y joindre le lest d'une dynastie battue partout sauf en Espagne ? Poser la question hors des cercles royalistes est instructif !

Jean-Philippe Chauvin réitère régulièrement la démonstration d'une monarchie capable de résoudre bien des défis qu'affronte notre pays (clic). Extrait : En libérant la « première place », cette magistrature suprême de l’État aujourd’hui livrée au Suffrage et à cet éternel combat des chefs qui transforme la vie politique en une « présidentielle permanente », la Monarchie royale remet les ambitions au niveau inférieur mais aussi nombre de pouvoirs indûment détenus par l’État (aujourd’hui trop envahissant) aux collectivités locales, professionnelles ou universitaires, ce que l’on pourrait nommer « les républiques françaises ». Sa traduction royaliste n'est pas qu'une affaire d'héritage après une rupture de deux siècles, soyons sérieux ! Aucun des princes qui battent l'estrade n'est aujourd'hui en capacité d'accéder si tant est qu'ils soient au niveau de l'emploi, même si l'Espagnol a dévoilé une pugnacité rare chez la maison de Bourbon contre le démantèlement des rémanences franquistes. Ces messieurs prendraient-ils le risque de se compromettre socialement pour une cause inaboutie ? Leurs fidèles redoutent un coming out politiquement très incorrect. Ils ne se battront pas, sauf insurrection générale peut-être, et redoutent toute forme de conscription. Il suffit de mesurer leur timidité dans les contributions financières, le bénévolat étant la règle, par défaut. Ils ne sont pas assez nombreux, mal commandés. Mis à part les camelots du roi de l'Action française aux effectifs comptés, on ne verra personne en voirie pour donner le dernier coup de rein à la cause monarchiste s'il s'avère un jour décisif. On entend plus souvent dans les cercles ultrabrite la dénonciation de l'impatience des participants que la sonnerie de la charge de cavalerie, puisque la cause légitimiste est éternelle. Donnons du temps au temps, disent les pharisiens qui n'accepteront jamais d'être débités de la disparition de notre civilisation pour leurs atermoiements dilatoires. Une nation peut disparaître, un pays être entamé ou divisé, un peuple banni, mais ces messieurs récitent des mantras face au mur comme discutaient des anges les docteurs de Byzance quand le Turc passait la chaîne de la Corne d'Or.
Décidément il manque une cheville ouvrière au timon de la monarchie. On ne se passera pas d'un facilitateur tant les princes et leurs affidés nous semblent improbables dans l'action. Vienne quelqu'impatient de forte constitution, qui ait l'envie d'emporter la nation à la pointe de son élan ! C'est la Gaule ici ! Un roi viendra-t-il plus tard ? A lui de nous convaincre.

dimanche 7 février 2021

Rompre le maléfice

C'est un article que j'aurais aimé ne jamais écrire mais il faut dire stop ! Le site de François Davin, La Faute à Rousseau (clic), nous apprend que le comte de Paris assigne la Fondation Saint-Louis pour un million d'euros. Ignorant les termes exacts de l'assignation, je n'en discuterai pas la praticité, mais connaissant en revanche tenants et aboutissants de la relation conflictuelle entretenue par les parties depuis l'emménagement du prince à Dreux, je produis les éléments d'une supplique à cesser ! Au nom de Dieu, de saint Eloi, de saint Harpagon, arrêtez, Monseigneur, de brasser l'argent d'autrui ! Travaillez pour le vôtre !

photo de famille du comte de Paris

La Fondation Saint-Louis fut montée par Henri l'Ancien (†1999) sur le socle de la Société civile de la Forêt de Dreux, créée après la loi d'exil de 1886 par les D'Orléans pour protéger et gérer en indivision la succession immobilière de Louis-Philippe Ier et par la suite la fortune du duc d'Aumale. Après les dilapidations récurrentes d'icelui pour financer à grand train une prétendance inaboutie qui le plongera dans les eaux noires de la vindication - il cherchera à ruiner ses enfants -, un sursaut d'orgueil du vieux prince épargnera les gros morceaux situés en métropole comme le château d'Amboise et le domaine de Dreux principalement, avec les archives de la Maison de France. Une fondation est une structure accueillant des biens inaliénables qu'elle affecte à une œuvre d’intérêt général à but non lucratif. Elle est régie par le droit écrit (voir le Dalloz) et non par la coutume. Nous ne sommes pas en Angleterre. Mais c'est à la coutume que se réfère le prince Jean en dénonçant une déviation par le conseil d'administration de la Fondation Saint-Louis des "intentions" originelles de son grand-père et surtout, à l'oubli de préséance à son endroit, chef de maison, prétendant au trône et héritier direct du fondateur dans l'ordre de primogéniture mâle ! Il veut gouverner la fondation. Hélas ! Tout fut fait par Henri l'Ancien pour que sa descendance, impécunieuse par habitude plus que par inclination, ne puisse vivre sur ce patrimoine en le monétisant voire le mettre à l'encan. Avait-il raison de se méfier ? Bien sûr que oui, toutes les ventes aux enchères d'objets du patrimoine royal de la famille ont prouvé que la situation des uns et des autres ne permettait pas d'oublier ces valeurs au fond des tiroirs de chacun, valeurs qui ne méritaient sans doute pas d'être transmises à leur propre descendance. Il fallait encaisser !
S'ajoute à cette revendication patrimoniale, le droit d'usage de la maison Philidor** du domaine de Dreux concédé verbalement à Marie-Thérèse de Wurtemberg par Henri l'Ancien, pour qu'elle y vienne aérer sa nombreuse progéniture les week-ends d'été et pendant les vacances scolaires, depuis que son mari, le père de Jean, avait abandonné le domicile conjugal de Paris pour rejoindre l'amour de sa vie. Le petit-fils dit avoir hérité du droit d'usage. C'est très curieux d'aboutir mentalement à cette conviction, d'abord parce que la bénéficiaire de ce droit est toujours de ce monde et qu'il est surprenant de plaider en France aucun droit sans titre. A-t-il de mauvais conseils ?
** du nom d'une famille de musiciens de cour qui y vécut


Dans l'article de La Faute à Rousseau (repris du journal Le Parisien d'ailleurs) il est cité une réaction du père de Jean, Henri l'Artiste (†2019), qui recadre l'usage de cette maison en ces termes : « J’apprends que tu emménages à Dreux. Si ta mère a eu un droit d’usage sur le presbytère sa vie durant, ce droit ne s’applique pas à nos enfants. J’aurais préféré que ce soit toi qui m’informes de tes intentions de vive voix.» Et le même de morigéner son fils pour qu'il déménage illico presto. Je passe sur les démêlées qui s'en suivirent entre la famille occupant sans titre les lieux dans toute leur extension et la fondation propriétaire légal. Elle oubliera de remplir la cuve à fuel domestique et le prince en montrera une forte irritation jusqu'à prendre à témoin publiquement ses sympathisants... mais de quoi ? D'une négligence, d'un affront ? La dispute ne cessa de prendre des tours dans des chicayas minables jusqu'au départ précipité de la famille dans le sud-ouest l'an dernier (dixit la comtesse de Paris Philomena) pour protéger les enfants de la turbidité du marigot drouaisien. Entretemps, le prince a trouvé une amie à la mairie, qui monte régulièrement à la "maison" pour faire tourner le compteur électrique et tirer la chasse. Finalement c'est triste et malheureusement dans l'ADN de la famille : quand on n'a pas d'argent, on n'en gagne pas, on en cherche !

carte postale maison Philidor


Après le décès d'Henri l'Ancien, sa veuve Isabelle avait, sur ses biens propres, légué à son petit-fils aîné une belle forêt au Nouvion-en-Thiérache, où d'ailleurs les dernières propriétés de Madame ont été vendues récemment par les héritiers. L'intention de feue la comtesse de Paris était plus de le poser socialement que de lui donner un moyen de subsistance ; les forêts rapportent peu mais sont le plus sûr conservateur de capitaux à long terme, auxquels peuvent s'adosser par exemple des garanties d'emprunt... Bref ! Ne travaillant plus, il s'en fit le gérant (?!), puis vendit la forêt pour vivre. Il y a une "énigme Jean d'Orléans". Après de longues études en France et aux Etats-Unis, il a travaillé comme consultant (donc en libéral) chez Lazard, chez Deloitte et à la Banque populaire, sans parvenir à se fixer ; puis vinrent les années sabbatiques qui durèrent jusqu'à un siège d'administrateur à la Fondation Lejeune, position qui ne rapporte que des jetons de présence outre l'hostilité de certains courants sociaux, mais qui n'est toujours pas un métier. Plus dérangeant, lors de la succession d'Henri l'Ancien, ses oncles et tantes attaquèrent les dispositions testamentaires, la gouvernante Friesz et la Fondation Saint-Louis pour captation d'héritage. Jean d'Orléans s'en désolidarisa et signa un solde de tout compte pour signifier qu'il se satisfaisait du peu. Mais quand la hoirie gagna plus tard son procès, il revint sur son abandon et réclama sa part.

Difficile d'en vouloir à Jean d'Orléans, traumatisé par la séparation de ses parents et par le conflit ouvert entre son père et son grand-père dans lequel ce dernier l'enrôla en 1984 en éliminant son père de la succession dynastique pour le nommer dauphin. Cette jeunesse compliquée et défavorable à la construction psychique d'un jeune homme a fini par le détourner d'une carrière honorable dans la haute banque au profit de la chimère royaliste qu'il poursuivit, qui pis est dans une concurrence malsaine avec son propre père qui chevauchait la sienne ! On vit les partis royalistes se ranger derrière l'un ou l'autre, et s'agrégèrent à chacun des prébendiers en attente, des courtisans de rencontre, venus compenser à leur contact une vie fade. Par bonheur, dès le jour de la mort de son père, le prince Jean interrompit les nominations aux ordres de fantaisie qu'adorait le défunt jusqu'au plus loin du ridicule, amenant à Saint-Germain-l'Auxerrois des chevaliers en armure polie-miroir pour la messe annuelle de Louis XVI. Si l'on n'en vit aucun aux funérailles de Dreux, il y vint du beau monde*** pour réconforter la famille en deuil et le nouveau comte de Paris spécialement.
*** le prince Albert II de Monaco, la reine Sophie d’Espagne, l’impératrice Farah d'Iran, le prince héritier du Maroc Moulay El Hassan, le prince et la princesse Philipp de Liechtenstein, la princesse Guillaume de Luxembourg, la princesse Léa de Belgique, le prince Emmanuel-Philibert de Savoie, les archiducs Karl et Georg d’Autriche, le grand-duc Georges de Russie, le prince Leka d’Albanie, le prince héritier d’Égypte Mohamed Ali Fouad et son épouse, le duc et la duchesse de Castro, Sixte-Henri de Bourbon-Parme, Carlos de Bourbon-Parme, Maria Pia de Savoie…(source Point de Vue)


Jean d'Orléans s'est donné à fond dans plusieurs essais de communication, donnant des conférences plutôt courues en province, organisant l'association Gens de France pour faire masse. Mais ce qui aurait dû être le prolongement d'une carrière professionnelle réussie est devenu la carrière elle-même, dans la précarité que l'on sait en pareilles aventures. Comme disait une fois le duc de Séville à propos de la prise d'intérêt d'Henri l'Artiste sur l'Ordre de Saint Lazare, y nommant grand-maître son neveu Charles-Philippe : « il faut souvent sortir des sous, beaucoup, et je ne vois pas un jeune homme impécunieux s'y maintenir longtemps !» De fait, ce fut court ! Pas d'argent, pas de Suisses ! Quand on n'a pas d'héritage, il faut le construire, à défaut, en épouser un comme s'y résolut le grand-maître !

La vraie question que doit se poser un royaliste à l'annonce de l'assignation de la Fondation Saint-Louis est un doute : le prince Jean est-il encore dans les lices du tournoi ? Ayant des difficultés à accumuler et gérer un patrimoine, en commençant tout simplement par travailler, peut-il défendre la cause monarchiste en s'y impliquant comme prétendant s'il ne coche pas au moins les cases managériales ? On est en 2021, sire ! Quelle prise son apparente oisiveté donne-t-elle à nos adversaires ? Est-il conscient du décalage entre la vie désuète de rentier qu'il affiche publiquement et la vie active de ses concitoyens, surtout de ceux qui sont à la peine dans une société où la concurrence fait rage ? Est-il audible ? Sa situation personnelle atténue la portée de ses prises de parole souvent pertinentes.

le jeune Gaston d'Orléans

En attendant les réponses, nous insisterons à chaque occasion pour que les enfants du comte de Paris soient incités à faire des études et éduqués à la valeur "travail" qui est une obligation morale, sociale et religieuse, afin de couper le fil de l'oisiveté qui peut ruiner une réputation. Et l'expérience des dévoiements antérieurs aidant, souhaitons que Gaston ne soit pas dirigé vers un lycée agricole parce qu'il aime les animaux, comme le fut son grand-oncle François (†1960), mis en pension chez les Oratoriens de Pontoise avant d'être jeté chez les Frères des Ecoles chrétiennes de Beauvais pour devenir technicien agricole. Il serait "utile" qu'il fasse de vraies études dans les sciences exactes pour gagner une position sociale au mérite, s'il veut un jour prétendre conduire le mouvement monarchiste au succès, parce que c'est de cela qu'il s'agit. Le dauphin montre beaucoup de qualités qui annoncent des lendemains qui chantent et seront donc joyeux, ce serait si dommage qu'il les gâche. Haut les cœurs !

mardi 15 septembre 2020

Le scandale de Dreux

Mon grand-père qui formait l'espoir de me voir devenir riche m'avait dit un jour qu'il en est de deux sortes : ceux qui vivent sur les intérêts de leur capital et ceux qui placent ces intérêts annuels pour vivre du fruit de leur rapport. Après quoi mes lectures de jeune homme m'avaient appris qu'un Hollandais de la haute époque des Indes néerlandaises - le top des gestionnaires de fortune - ne consommait que la moitié de ses revenus, épargnant le reste pour palier tout revers.

Henri VI
Dans l'affaire qui nous occupe aujourd'hui, nous rencontrons la famille d'Orléans qui n'est pas hollandaise pour deux sous mais qui, depuis l'extinction des espérances, mange son capital. Un peu d'histoire avant d'en venir au Scandale de Dreux (Eure & Loir). A la mort du duc de Guise, son fils Henri d'Orléans (1908-1999) hérita d'une énorme fortune que leur ancêtre Louis-Philippe Ier avait patiemment reconstituée après les Evènements et qui faisait vivre la famille depuis lors. Le nouveau comte de Paris disposait donc à 32 ans de la fortune de son père, de celle du duc d'Aumale - Chantilly avait été déjà légué à l'Institut de France - et de celle de ses oncles et tantes disparus sans postérité. On estime la succession de 1940 à plus d'un milliard d'euros actuels. Le nouveau prétendant, bordé du nécessaire, se lança, riche à millions, dans la mission de reprendre la couronne. Chacun connaît les péripéties rocambolesques de la carrière d'Henri l'Ancien, qui acheva ses jours de la plus modeste des façons, dans une sorte de punition auto-infligée en rémission de son échec à devenir roi. Ce qui désola tous les royalistes de France. Il n'avait donc pas suffi d'avoir de gros moyens, il aurait fallu aussi un mode d'emploi, un peu d'anticipation et le goût du risque, toutes choses englouties dans le système de cour et dans une propension à se surestimer.

Au début des années 80, le train de vie royal maintenu à un rythme effréné entame le capital, les intérêts des placements n'y suffisant pas. On avait bradé le Manoir d'Anjou en Belgique et le Palais d'Orléans en Sicile dont on n'avait plus l'usage malgré une descendance nombreuse et peu habituée au travail, on continuait maintenant en liquidant la maison de Larache au Maroc, celle de la Quinta au Portugal, les maisons du Nouvion-en-Thiérache dont Isabelle d'Orléans Bragance parviendra à détacher la forêt qu'elle offrira à son petit-fils Jean, actuel comte de Paris, et enfin la propriété du Coeur Volant à Louveciennes, longtemps siège social de la Prétendance. Coulèrent ensuite, comme de l'eau entre les doigts, des biens secondaires, des terres, des métairies, du mobilier de prix, des tableaux, des bijoux dynastiques. Et pour achever la liquidation, ce qui put être distrait (en justice) du séquestre opéré par la Fondation Saint-Louis, dont nous allons parler maintenant, est parti aux enchères chez Christie's pour "pouvoir acheter l'entrecôte". Même des albums de photos de famille partirent. In fine, quelques derniers vestiges d'Eu ont été vendus récemment et le petit-fils de Madame la comtesse aurait fourgué la forêt du Nouvion.

Qu'est-ce que la Fondation Saint-Louis ?

Au détail c'est dans la Wikipedia, en présentation c'est sur La Couronne sinon sur un site promotionnel dédié. Voyant s'éloigner toute perspective de restauration, Henri l'Ancien eut la sagesse de sauvegarder l'invendable de quelque importance en le protégeant de ses hoirs dans une fondation patrimoniale, héritière d'une société civile de gestion fondée par le duc d'Aumale en 1886, qui deviendra d'utilité publique en 1974 et dont les statuts seront approuvés par le ministre de l'Intérieur. La Fondation Saint-Louis est quelque chose d'important où siègent à son conseil et de droit, le ministre de la Culture, le directeur général des Patrimoines de la rue de Valois, et le maire d'Amboise. Les y rejoignent des personnalités investies dans les questions patrimoniales comme Stéphane Bern. Le président en exercice est M. François Voss de chez Lazard Frères et les statuts prévoient une présidence d'honneur assumée par le chef de la maison d'Orléans pour couper les rubans.

Il semblerait aujourd'hui que le président d'honneur soit sorti de l'emploi. C'est l'histoire cornecul du squat de la maison Philidor sise au château de Dreux. Cette maison du XVIIIè siècle fut restaurée en 1978 par Henri l'Ancien (président de la Fondation propriétaire) afin d'y accueillir sa bru Marie-Thérèse de Wurtemberg avec sa progéniture, pendant les vacances scolaires et les week-ends. Sa bru, abandonnée par son mari, l'aîné d'Orléans, et accablée de cinq enfants dont deux lourdement handicapés, souffrait de l'exiguïté de son appartement parisien. C'était une libéralité, ce n'était pas un bail. Il n'existe apparemment aucun document de ce qui ressemble maintenant à un accord verbal entre gens de confiance. Lorsque Jean d'Orléans se maria avec Philomena de Tornos y Steinhart en 2008, il quitta son petit appartement parisien pour élever au grand air ses enfants dans un parc de trois hectares. Il rejoignit la maison Philidor où sa mère venait de temps en temps encore et en fit sa résidence principale, a priori sans autre titre d'occupation que la libéralité verbale de feu Henri d'Orléans. Son père, devenu à son tour président d'honneur de la fondation, laissa courir, même si des frictions apparurent entre le personnel rémunéré par Amboise et la jeune famille princière en développement, qui fatalement occupait de plus en plus d'espace ; jusqu'à ce que le nouveau comte de Paris, usant et abusant de sa nouvelle position de président d'honneur à la mort de son père, se comporte en maître de céans, invitant au château édiles, élus, gotha et saltimbanques.

Et à partir de là c'est le noir absolu !

Le Landerneau royaliste apprend le 9 septembre dans L'Echo Républicain que Jean d'Orléans a chargé sa voiture de valises et de gosses pour les mettre à l'abri de menaces émanant du personnel de Dreux afin de les installer dans le Midi. S'ensuivent des déclarations répétées du prince contre la Fondation et un communiqué sibyllin que voici : « Nous continuons à travailler pour que la Fondation Saint Louis retrouve les objectifs que lui avait fixés son fondateur, mon grand-père : mettre la Famille de France au service de son patrimoine, et mettre ce patrimoine au service de la France et des Français.»
Quels objectifs ? Les objectifs sont dans les statuts de l'organisme et aucune demande n'est parvenue à les faire publier par le prince. Il est difficile de soutenir la revendication sans avoir un minimum de bases et la dramatisation du différent est embarrassante pour tout le monde - en fait, on a un peu honte pour ce prince impécunieux. De son côté, la Fondation Saint-Louis refuse de jouer le rôle du méchant Hérode, arguant d'un conflit d'ordre privé dans un communiqué laconique de son secrétaire général : "Ce qui se passe entre la fondation Saint-Louis et le comte de Paris est une affaire strictement privée sur laquelle je n’ai pas à revenir. Il y a des négociations pour que les règles internes de la fondation et la légalité soient respectées en lien d’ailleurs avec l’État. Mais je n’ai pas à en révéler la teneur publiquement dans l’intérêt de chacune des parties. En revanche, je peux évoquer ce qui est fait pour le développement du site de la chapelle royale de Dreux. Nous sommes en lien étroit avec les autorités locales et nous allons mettre ne place des projets pour renforcer l’attractivité du site. Tout le monde a conscience de la valeur de ce monument et de ce patrimoine". On voit quand même que le secrétaire général cantonne la dispute à l'occupation du domaine de Dreux et n'engage pas de réflexion sur la fondation elle-même qui va rester hors de portée de la chicane.

Nous ne nous prêterons pas au jeu des insinuations et supputations bien qu'il y ait matière d'abondance dans le cadre général de l'oisiveté chronique de cette famille ; mais nous nous permettons de dire que lorsque un prince prétend à la couronne de France, quand il fustige à juste raison le gouvernement de son pays, quand il appelle chacun à prendre ses responsabilités dans les questions de la vie donnée et dans celles de la sacralisation de la mort, il est dommage qu'il perde la face en reculant s'il est dans son droit, et précarise ce faisant une famille de sept personnes. Veut-il casser la Fondation ? C'est puéril, les administrateurs sont inexpugnables et la présidence effective a été retirée aux héritiers par le fondateur, en connaissance de cause. Mais après être revenu sur une défaisance volontaire de ses droits au moment de la succession de son aïeul quand des biens mobiliers réapparurent dans la succession contestée, il s'est montré assez procédurier pour récupérer sa part imprudemment abandonnée ; ce qui peut se comprendre quand l'ordinaire est maigre en vivant d'expédients.

Que les enfants du prince Jean en prennent de la graine, fassent de belles études qui leur paieront la maison de leur rêve, loin de l'humidité de biens dynastiques encombrants ou ruineux.
A quand la relève ? On a hâte !


famille Jean d'Orléans


Nota bene : les commentaires sur ce billet ne sont pas possibles.

vendredi 20 mars 2020

Un projet civilisationnel (G.A.R)


Chose promise, chose due, la recension critique du projet de société édité par le Groupe d'Action Royaliste est achevée au premier jour du printemps (avec un peu de retard). Dès l'abord, la confection de cet ouvrage de quatre cents pages est soignée, agréable, riche et sa maquette en couleurs sans doute chère à fabriquer. Le bouquin est à mettre dans toute bibliothèque royaliste. L'analyse de Frédéric Winkler est fouillée, articulée, la logique est partout présente, les citations pertinentes sont nombreuses et beaucoup sont tirées des réflexions du prince Jean d'Orléans et de celles des penseurs sociaux royalistes du siècle passé. Il y a aussi nombre de punchlines particulièrement utiles pour la dialectique du militant. C'est pourquoi dans une édition future, je suggère de dériver de cet ouvrage un tirage économique au format poche, sans images ni annexes, taille de police diminuée, un vademecum destiné aux camelots du roi et à tous les royalistes actifs, le fameux livre dans la poche près du poing américain.

Ceci dit, j'ai reçu la boîte de briques à plots comme un Lego sans le plan de montage, et la meilleure façon d'en faire l'inventaire est de tenir la rampe de la table des matières en donnant un avis si nécessaire. Le livre est construit de façon très classique en deux parties, le constat d'accident de notre société, le comment s'en sortir.
Le constat en Partie I est articulé en neuf chapitres que nous ne développerons pas puisque tout lecteur de Royal-Artillerie est parfaitement au fait des graves dysfonctionnements de notre société, agravés par le poids d'un Etat total qui se mêle de tout et le plus mal possible. Voici les neufs titres, on lira les chapitres sur Calameo ou après avoir acquis le bouquin auprès de l'Action sociale corporative ASC (voir notes en bas de page) :
A. Bilan du "Meilleur des mondes" (Huxley 1931)
B. Jeunesse et université ou la fin d'un monde
C. La République d'absurdie ou la démocratie
D. L'art ou la dissociété
E. La cité et la "communauté de rêves" de Malraux
F. Social et économie
G. Santé et environnement
H. Décentralisation et autonomie régionale
I. Comment en est-on arrivé là ?
- l'ensemble augmenté de trois annexes (brève histoire sociale, critique du libéralisme, l'épuration de 14-18)

C'est le comment en sortir qui nous intéresse ici. Il n'est pas moins question que de refaire une société nouvelle, et si l'auteur se refuse à la tabula rasa dénoncée par Edmund Burke, il sera vite rattrapé par l'impossibilité de faire en France des réformes de fond à froid. Une marche à suivre sera donc indispensable. La Partie II qui commence page 237 comporte sept chapitres :
J. Libération
K. L'Art
L. Ecologisme intégral
M. Francophonie
N. La monarchie de demain
O. Stratégie vers la monarchie
P. Notre arche d'alliance
- l'ensemble augmenté de quatre annexes (libertés économiques, pensée & action, révolution intérieure de chacun...)

On ouvre le combat d'escadre par les républiques royales qui devraient refonder les Etats régionaux dotés de la plus grande autonomie possible. Naîtront ainsi "la république familiale où ils naissent, la république municipale où ils vivent, la république provinciale de citoyenneté, la république professionnelle où ils travaillent". Il ne s'agit que de s'émanciper du jacobinisme déconcentré actuel au niveau pertinent pour le maximum d'efficience de la gestion publique sous réserve de dévolution au-dessus pour les affaires qui se traitent à plusieurs.

Mais rien ne sera réussi sans la réhabilitation du premier cercle humain, la famille. Tout doit être fait pour non seulement protéger la famille de la conception au décès, réparer les accidents de la vie, mais surtout dans une construction politique, en faire la première marche d'une société citoyenne. La famille devient la cellule-base des Etats généraux régionaux qui devront organiser les nouvelles républiques. C'est assez osé politiquement mais il faut choisir une brique de base.
Tout ceci concourt à une forme de libération de l'espace et des mœurs ! Néanmoins, à bien observer le pays réel dans son ensemble, on distingue à l'horizon 2040, une France globicéphale avec un Grand-Paris et ses riches marches de la taille d'un pays moyen européen et, sauf la métropole lyonnaise de taille approchante, des provinces qui porteront les stigmates d'un certain déclassement européen, autonomes en droit mais impécunieuses et qui resteront à la merci d'un Etat central attendant sa revanche. Sans doute les régions futures devront-elles englober plusieurs de nos provinces historiques pour être viables. Aparté : il est assez amusant de voir un groupe de réflexion d'Action française promouvoir l'organisation impériale à la limite de la confédération, mais ce n'est pas pour déplaire au Piéton du roi, qui, originaire du Bas-languedoc, est rétif à la centralisation des Francimans depuis Paris.

On touche ensuite au premier motif de ce projet avec le chapitre "Libération": la libération des professions et leur organisation en corporations. Le Groupement d'action royaliste a la fibre sociale depuis le début, dans la droite ligne des La Tour du Pin, Le Play, de Mun, Bacconnier, Bancel, tous ces gens dont les travaux furent à la base des lois sociales du Front populaire. Le livre fait la part belle à ce défi qui est à la fois central et complexe en évitant les slogans racoleurs. On y traite du syndicalisme ouvrier, de la sécurité sociale, de l'autonomisme local jusqu'à l'anarchie douce d'une vraie décentralisation. Plus que des mots, le combat affronte des titans bien vivants : capitalisme et socialisme qui se disputent encore la planète et l'asservissement des esprits. La France seule pourra-t-elle tenir à distance ces idéologies mortifères ? Peut-être mais à quel prix ? Car, à la fin de la réorganisation de l'outil France il nous faudra rester compétitifs et disons-le tout net, bien plus compétitifs qu'aujourd'hui où ce défaut majeur français est le premier vecteur de notre déclassement international (voir les études de Xavier Fontanet, un praticien de ces questions).
Il va sans dire que la libération du pays traversera nos universités dont l'autonomie sera pleine et entière.

Le chapitre suivant traite de "l'Art". Aucune incongruité dès lors que l'art et l'architecture sont deux piliers de la civilisation française et qu'à refaire une société nouvelle, il faut prendre en compte ces élégants soucis. Les Français de demain devront personnellement s'impliquer dans les arts afin que de la nation se lève une régénérescence ayant l'ambition de rayonner à nouveau sur les autres nations. Pays du luxe avec une bonne production littéraire, nous aurons moins de mal dans ce chapitre que dans celui de l'industrie.

Vient ensuite le chapitre de "l'Ecologisme intégral". On l'aura compris, l'intégral fait écho au "nationalisme intégral" de Charles Maurras, en ce sens qu'il ne laisse aucune activité humaine en dehors de lui. Les étages d'intervention s'empilent sans difficultés tant que demeure une conversation politique entre la nation et l'Exécutif. L'écologie humaine, régionale et nationale est gérable en tenant compte de la crise climatique réduite à sa dimension énergétique. Le projet réfute la pertinence de l'énergie nucléaire contre les énergies renouvelables, spécialement solaire. Il manque des chiffres de production opposables à la consommation et, bien que ce soit un autre débat, les causes et les moyens d'atténuation du réchauffement climatique font défaut. Le GAR englobe ce défi dans son travail sur l'écologie mais peine à déborder de l'hexagone. Au-delà il faut collaborer et donc "négocier" avec les intérêts parfois divergents de nos voisins. C'est finalement le seul vrai défi écologique : intégrer un ensemble de pays qui partagent les mêmes soucis et sont en capacité de déployer les mêmes moyens. Le Projet n'en parle pas. A preuve, la politique de la mer à qui on donne deux pages s'arrête à la ressource française alors que le Brexit nous apprend que la gestion halieutique est typiquement un problème international. A revoir donc ! Dans le chapitre écologique on ne peut éviter l'agriculture. Le Projet, qui promeut une agriculture traditionnelle respectueuse de la nature et des consommateurs sur l'axe de la Confédération paysanne, fait l'impasse sur l'agriculture commerciale française. Nous sommes un des grands acteurs mondiaux dans les oléagineux (graines à huile), les céréales (orge, maïs, blé dur, triticale, avoine, froment et même sorgho), laits et produits laitiers, sucre, vins, viandes. On parle de soixante milliards d'euros. A revoir donc en urgence !

Un chapitre important du Projet est la "Francophonie". C'est l'affaiblissement de l'usage mondial de la langue française qui a créé la Francophonie, à l'initiative de quatre chef d'Etat de pays décolonisés, Senghor, Diori (Niger), Bourguiba et Sihanouk au début des années 60. Il aura fallu deux conférences francophones à Niamey pour mettre le train sur les rails. La France, blessée dans son orgueil (déjà !) traîna les pieds et c'est le renfort du Canada qui viabilisa l'affaire. A l'instar du Commonwealth britannique, la Francophonie institutionnalisée est un soft power sans doute peu spectaculaire mais influent, à l'exception de l'Indochine maintenant anglophone et sinophone pour des raisons de développement économique assurant la survie d'une population grouillante. Ce qui rattache bien l'expansion d'une langue à la prospérité économique qu'elle permet, au-delà des grands auteurs ! On en revient toujours au binôme politique-économie dans n'importe quel ordre qu'on l'écrive. Une mention pour le Vietnam dont le gouvernement communiste s'accroche de manière ardente au club français pour prendre l'air que ne lui offrent ni l'ASEAN ni la Chine populaire.

On en vient au cœur du sujet : "La monarchie de demain" et l'introduction nous indique qu'il faut construire quelque chose et [ndlr: pas seulement courir les messes mortuaires, les galettes des rois et le camp viril] : "le problème des institutions se pose comme la condition de tout, comme l'obstacle contre lequel viennent buter toutes les nécessités, tous les besoins vitaux de notre société". Le projet part du constat que les libertés basses exigent le démontage d'une république massifiée, unifiée jusqu'au dernier bouton de guêtre (un exemple en passant du totalitarisme au jour d'écriture de cet article : les pharmaciens sont désormais autorisés à confectionner eux-mêmes du gel hydro-alcoolique anti-bactérien pour pallier la pénurie - gag soviétique : on n'a pas produit les flacons).

Après la doctrine comme souci, aurait dit Boutang, on en arrive à l'action : "Stratégie vers la monarchie". La libération de l'esprit par les bons auteurs et les cercles de réflexion débouche sur la pratique en commençant par le réseautage. Infuser la pertinence sociale de la monarchie exige une solide formation militante fondée sur des idées structurantes plus que sur des mots-clés. Réseauter c'est influencer, convaincre... convertir ! Le but est d'obtenir dans un espace donné une masse critique de gens convaincus ou attentifs auxquels on vendra le roi contre la liberté revenue. Ceci s'adresse évidemment à tous les entravés de la société actuelle et ils sont légions, les entrepreneurs, agriculteurs, innovateurs, commerçants, plus généralement les individualistes qui comptent d'abord sur eux-mêmes, les chefs de famille aussi, les cadres de grande entreprise et jusqu'à la technostructure dont certains éléments ont analysé la tyrannie gratuite avant de passer à l'ennemi, nous. Ce travail d'influence active fut maintes fois démarré mais n'a jamais abouti jusqu'ici puisque chez les encartés (ou abonnés) du mouvement royaliste il y a un trou énorme dans la pyramide d'âges entre 25 et 65 ans, c'est-à-dire entre la période de formation intellectuelle et la sortie des responsabilités professionnelles qui s'accommodent mal d'une compromission socio-politique, folklorique parfois. Mais nous le savons, nous ne pouvons pas lutter contre les allumés et la chevalerie, le royalisme en sécrète à jet continu parmi des populations accidentées de la vie qui viennent y chercher la rédemption de leurs échecs ou l'oubli de leur grisaille.

S'insère alors vers la fin de l'ouvrage le contrat passé entre les membres du Groupe d'Action royaliste, nommé "Notre Arche d'Alliance". La queue de trajectoire de cette association n'est pas moins que la survie de notre peuple. Elle motive tous les efforts d'étude du meilleur des régimes possibles dans son adéquation au pays de France, la propagande inlassable de cette espérance, la construction d'une perspective bénéfique aux gens du commun dans la promotion croisée des valeurs d'un humanisme chrétien avec le souvenir des Français d'exception qui nous ont précédés, de Beaudouin IV de Jérusalem à Jeanne d'Arc, de Cavelier de La Salle à Monsieur de Charrette et cent autres, de tous ceux qui firent la réputation mondiale des Français. Est-il besoin de rallier l'une des boutiques dynastiques pour y atteindre ? Frédéric Winkler nous dit carrément non :

« Nous nous adressons à ceux qui veulent avancer, concourir au retour d'une société organique. Nous reprendrons nos libertés que le système a non seulement confisqué mais que nous avons, par lâcheté et hédonisme laissé prendre. Nous laissons aux princes gérer leurs problèmes de dynastie car il nous importe d'abord de travailler à préparer le pays à leur retour. Peu importe le nombre, nous avançons et agissons, cela seul compte. On ne dira pas de nous que nous avons laissé l'avenir de nos enfants se perdre dans le néant du matérialisme. Le travail effectué depuis des années montre combien une poignée déterminée peut avancer. Ce message s'adresse à ceux qui non seulement peuvent être royalistes, attachés aux vieilles alliances celtiques, à la francophonie, mais à tout Français simplement conscient du combat profond qui se livre pour sauver l'humanisme [sens chrétien], face aux périls d'une société robotisée. Bref une nouvelle aventure qui, historiquement ne peut être que capétienne, nous évitant de sombrer dans l'abîme du libéralisme financier. Tiocfaidh àr là !»


C'est très bien. Ce qui va manquer dans le Projet de société du GAR, mais chacun a compris que l'agenda n'est pas publiable, c'est la transformation du mécontentement général - Macron nous fait un sacré cadeau de ce côté-là - en insurrection générale portant le projet monarchique dans le panier des solutions. J'ai coutume de dire que l'accédant ne sera pas le premier à Reims mais le dernier debout sur les ruines des institutions à Paris. C'est aussi pour cela que je privilégierais pour mon pari un athlète à un penseur. Mais il est temps de dépasser l'insurrection pour brosser le portrait de la monarchie revenue sur ses terres. Tout ce que nous avons dit anticipe donc une monarchie décentralisée. Jusqu'où et comment, c'est ce que nous allons essayer de comprendre sans refaire le constat de notre meilleur des mondes que nous connaissons trop.

Décentralisons, ancrons sur nos racines, procédons par ordres successifs à partir de la cellule familiale, exaltons la transcendance spirituelle, même si la déchristianisation profonde du pays range ce paramètre au rayon de l'utopie en terme de rendement. Comment tout cela s'articule-t-il ? Le projet de société de Frédéric Winkler n'est pas retranscrit sur une épure constitutionnelle et nous pensons avoir compris pourquoi. L'épine dorsale de l'analyse est dans le livre d'heures du prétendant Jean d'Orléans titré Un Prince français dont moult extraits rehaussent le texte. Or il est de notoriété publique que depuis Henri l'Ancien (1908-1999), la constitution de 1958 est le manteau royal qu'il suffira d'enfiler pour accomplir la promesse d'un retour de la royauté en France. C'est un régime parlementaire en droit, présidentiel en fait, qui laisse au chef d'Etat un domaine réservé sensé accroître son prestige et pérenniser l'action politique sans les cahots des majorités de la Chambre basse : défense et diplomatie. Mais ce régime qui ne détruit ni les partis ni les satrapies, moins encore l'Etat profond, ne peut assouvir l'ambition du projet de société du GAR. Vers la fin du livre, on reste donc sur sa fin car il manque la diagramme de synthèse qui va bien et permettrait de "visualiser" le nouveau régime monarchique.


Ne reculant devant rien, Royal-Artillerie remet au feu de la forge le régime nécessaire et possible que le Piéton a souvent proposé. De bas en haut (mais l'inverse marche aussi), des républiques autonomes territorialisées sont établies en métropole, basées sur les provinces. Leur circonscription n'est limitée que par leur viabilité économique puisqu'elles vont lever de l'impôt. Les régions de programmes existantes et précédentes produisent des statistiques utiles pour organiser leur liberté. Pour le gouvernement des pouvoirs dévolus à l'étage supérieur, ces provinces délèguent au sénat de Paris leurs représentants. L'Etat central est formé du domaine régalien et du domaine public commun. Le domaine régalien stricto sensu est remis au roi qui le commande lui-même et l'administre par son garde des sceaux. Le domaine public commun est gouverné par le premier ministre proposé par le sénat et nommé par le roi. Qui est dans quoi ?

Le domaine régalien strict comprend le Quai d'Orsay, le ministère des Armées, la Direction générale de la sécurité extérieure, la Banque de France et le Trésor public, le ministère des Finances, le services centraux de police et sûreté, la Gendarmerie nationale, la chancellerie, le conseil supérieur de la magistrature, la cour de cassation et la cour d'appel de Paris, la coordination européenne du domaine régalien.

Le domaine public commun comprend la cour des comptes, le conseil d'Etat, les parquets spécialisés et ceux de province, la coordination nationale de l'instruction publique (la fonction est décentralisée), le ministère des universités et de la recherche, la protection des instituts (ex-ministère de la culture), le ministère des solidarités (ex-Travail), la Caisse nationale d'assurance vieillesse, la Caisse nationale d'assurance maladie (les caisses primaires et d'allocations familiales sont décentralisées), l'administration des cultes, la construction et gestion des infrastructures de transports nationaux, la sûreté énergétique, l'écologie appliquée (développement durable, assainissement des nuisances), votre propre idée, la coordination européenne du domaine commun. La frontière entre les deux domaines sera sans doute disputée, surtout dans un pays qui a oublié comment fonctionne un Etat fédéral.

Les provinces sont administrées comme aujourd'hui bien que la pureté du modèle voudrait qu'elles choisissent chacune leur mode institutionnel. On y retrouve donc un parlement élu sur des circonscriptions territoriales et transversales à définir - cela fait déjà un sujet intéressant à suivre - et un exécutif désigné par les élus. Le principe général est de ne pas reproduire à l'échelon provincial les domaines gérés depuis le domaine public commun mais de se concentrer sur les domaines libérés de l'emprise étatique parisienne. Ainsi les préfets départementaux, qui aujourd'hui actionnent les décisions de Paris, seront-ils réduits en fonction, effectifs et déploiement à des missions de surveillance, relais et conseils à la manière des missi dominici. Les provinces autonomiseront les académies, les régions judiciaires qui traitent de la justice basse, mais les régions militaires comme les régions de police ressortissant au domaine régalien seront maintenues en l'état. Plus généralement les provinces auront une compétence universelle sur tous les sujets jusqu'au seuil non franchi des domaines centraux. Sauront-elles s'autonomiser réellement ? sauront-elles lever des taxes, des impôts sans quémander le blanc seing de l'Etat central ? c'est une question qu'on ne peut poser aujourd'hui, le personnel en place étant recruté dans le vivier des battus au plan national, c'est du second choix, la division 2.

A côté de ces organes de gouvernement prolifèrent des coordinations hors-Etat comme les chambres de commerce, d'industrie, des métiers, de l'agriculture, les syndicats professionnels et ouvriers, autogérés et autofinancés, corporations chargés entre autres de la formation professionnelle, des coopérations locales sans autre limite que leur efficacité, des projets inter-provinces en tous domaines, des synergies en régime mixte (public-privé) sur le seul critère de l'auto-financement. Un nouveau pays hérissé de libertés !

Nous empruntons la conclusion de cet article à Jean-Philippe Chauvin qui termine sa préface ainsi : « Ce livre que vous tenez entre les mains n'est pas un objet inanimé, il est un essai, une sorte de manifeste royaliste qui a vocation à provoquer la discussion et, aussi, à donner quelques arguments pour une monarchie sociale "à la française", active et politique : ce texte important rédigé par Frédéric Winkler est aussi un outil de travail qui peut être abordé et lu la plume à la main, et qui doit ouvrir de nouvelles perspectives pour le royalisme, sur des thèmes que les monarchistes avaient parfois un peu négligés, pris par d'autres combats. Lisez, discutez, diffusez, mais aussi complétez : cet ouvrage doit jouer le rôle d'une pierre fondatrice, comme il est aussi un pavé dans la vitrine du "politiquement correct" et du "désordre établi" !» Je crois que c'est bien ce que Royal-Artillerie a tenté de faire.

On peut comprendre aussi que ce projet civilisationnel sera directement applicable à la société post-collapsus qui s'annonce, après la remise en cause du système de mondialisation des échanges et des productions. La pandémie en cours du coronavirus de Wuhan risque de provoquer l'effondrement des collaborations trop sophistiquées entre continents, alimentées par une croissance sans limites qui participe au dérèglement climatique (RA y reviendra dans un article prochain sur les lendemains obscurs).
Redisons-le avant de partir, le régime monarchique explicité par le texte inséré sous l'affiche du banquet camelot (annulé) n'est que phosphoration personnelle et n'engage en rien le Groupe d'Action Royaliste, lequel n'a délivré aucun Nihil Obstat. Le seul mérite de cet article n'est pas d'exister (ô vanité) mais de pouvoir être critiqué, déconstruit, reconstruit, pour avancer vers le meilleur modèle applicable.
Messieurs, à vos pièces !


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samedi 14 mars 2020

Juste une mise au point...

Jean d'Orléans et son fils Gaston - cliché David Nivière pour Point de Vue

Sotheby's Deauville met en vente les pavillons Nemours et Montpensier du domaine royal d'Eu (Normandie septentrionale) appartenant encore à la famille d'Orléans, et le Roycoland de s'émouvoir de la liquidation continue par ses héritiers du patrimoine d'Henri l'Ancien (1908-1999). Après les souvenirs de famille, les œuvres, les cadeaux, on entame le foncier. D'un domaine autrefois conséquent il ne restera demain que la forêt du Nouvion en Thiérache attribuée à Jean d'Orléans par sa grand-mère Isabelle et le chalet restauré par Viollet-le-Duc à Jacques d'Orléans. On sait aujourd'hui pourquoi Henri l'Ancien a légué l'essentiel du capital immobilier à la Fondation Saint-Louis avec une succession d'une dizaine d'hoirs appelés à lui survivre, parmi lesquels aucun n'avait de métier sérieux et suffisamment lucratif pour conserver sa part. Régine Salens a propulsé l'annonce sur Noblesse & Royautés dont extrait ci-dessous :
Le pavillon Montpensier fut construit au XVIIe par la princesse Anne Marie Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, connue sous le nom de la "Grande Mademoiselle", petite-fille d'Henri IV, cousine germaine de Louis XIV. Hérité en 1693 par le duc de Maine, la propriété appartint ensuite, au comte d'Eu, au duc de Penthièvre, à sa fille la duchesse d'Orléans puis au roi Louis-Philippe.
Restaurée par Viollet-le-Duc à l'époque de Philippe, comte de Paris, qui la transmit à son fils, le prince Pierre D'Orleans et Bragance puis à sa petite fille la princesse Isabelle, comtesse de Paris, qui aménagea le pavillon pour son usage personnel. La propriété s'étend sur 6,5 hectares de parc avec partie boisée et vue mer. Dossier et visite sur demande. Prix : 685.000 € FAI, honoraires d'agence à la charge du vendeur.

La propriété est aujourd'hui encore à Michel d'Orléans né à Rabat en 1941, divorcé de Béatrice Pasquier de Franclieu dont il eut entre autres enfants Charles-Philippe duc d'Anjou, remarié à Barbara de Posch-Pastor en 2017. Il est le jumeau de Jacques d'Orléans.

La bronca a fait bien des reproches à une famille qui semble vivre sur les ventes, auxquels ont répondu les défenseurs attitrés de la famille d'Orléans, savoir que tout un chacun a le droit de disposer de ses biens dans le cadre légal. Bien sûr, le Landerneau royaliste conteste à la fois la banalité des biens annoncés qui furent un écrin de la vie d'Isabelle d'Orléans & Bragance (1911-2003), connue sous le nom de "Madame", elle qui marqua la dynastie d'une empreinte indélébile ; et tout autant l'impécuniosité des ayants-droits et particulièrement celle du nouveau chef de maison Jean d'Orléans qui vit dans les murs de la fondation à Dreux, tous incapables apparemment de maintenir le patrimoine dans la famille. C'est là qu'intervient un argument jamais vu encore d'un commentateur dont je tairais le nom mais que vous trouverez dans le fil N&B :

« Beaucoup de nos correspondants pensent avoir des droits sur les Orléans, sur ce qu’ils pensent, ce qu’ils écrivent, ce qu’ils possèdent, ce qu’ils vendent, qui ils fréquentent, où ils vont à l’église ou à l’école, où ils travaillent… c’est peut-être reconnaître que cette maison a une place à part dans l’histoire de notre pays mais je ne suis pas certain qu’ils y voient un hommage.»

Effectivement les Français ont des "droits" sur les D'Orléans aussi longtemps que ceux-ci convoquent l'encensoir médiatique à leur admiration, en ne nous épargnant aucun détail de la saga furieuse qui ravagea l'espèce sous Henri l'Ancien. De toute part on vit jaillir des entretiens crapoteux, des mémoires vengeurs, des mises au point, le fatras habituel des ressentiments de la dispute familiale ! D'Orléans est venu chercher les Français et pas l'inverse. Changer son patronyme en "... de France" marque à jamais la vocation. Les Français, du moins ceux qui s'intéressent aux royals jugent donc la proposition ! Est-ce la faute de la nation si les mœurs de la maison, et particulièrement ce goût de la rente, affaiblissent la revendication monarchique ? A vouloir régner un jour, ne vaudrait-il pas mieux commencer par créer quelque chose, produire de la valeur ajoutée taxable, faire fortune, à défaut en bien vivre ?

C'est le défi du nouveau comte de Paris "Jean de France" de faire la preuve qu'au-delà des recommandations de bon sens distribuées aux pouvoirs publics, il sait porter un projet à la mesure de sa légitime ambition. A tout le moins, préparer ses propres enfants à y parvenir. Dans le futur tout prétendant devra prouver qu'il est bien plus qu'un intellectuel assis ayant fait SciencesPo ou l'ENA et cherchant une "pantoufle" confortable, mais un chef entreprenant à ses risques et périls, qui saura réussir.

Courtoisie N&B et David Nivière

lundi 17 février 2020

Le mirage de la restauration


A mesure que passent les années, la restauration recule. C'est l'exacte définition du mirage, une réfraction optique de la réalité inatteignable. Dans notre cas, l'espace se double du temps : l'image provient du passé.
Est-ce vraiment cette image qui doit précipiter en régime politique à la faveur d'une prochaine révolution ? Nul ne le sait vraiment et sans doute est-ce le plus grand défaut du parti du roi que ce flou artistique sur le devenir du pays revenu à la monarchie. On parle de tout, de monarchie active, décentralisée, de monarchie constitutionnelle à l'espagnole, de présidence permanente sous le manteau de la constitution de 1958, et même de royauté mystique. Doit-on interroger les princes qui se sont déclarés pour ceindre la couronne de France le jour où elle leur tombera sur la tête ? A mesure qu'ils avancent en âge, les deux les plus en vue semblent stoppés sur une monarchie chrétienne qui défend d'abord la société bourgeoise traditionnelle et le régime d'assemblées. Ils donnent l'impression que nous reprendrons le fil depuis l'endroit où il s'est rompu, 1830 pour l'un, 1848 pour l'autre. A qui cela convient-il ? La question n'a jamais été posée.

La situation actuelle de l'opinion française remet en cause le modèle déprimé toujours en fonction. Il devient donc possible d'abattre ses cartes et de proposer un modèle innovant, à la seule exigence que l'épure soit claire, compréhensible par tous. Le projet de société publié par le Groupe d'Action royaliste dont le Piéton du roi va faire une recension critique dans quelques jours, a-t-il le mérite de la clarté et de la simplicité ? Il me plairait à plus d'un titre, surtout s'il échange une large démocratie de type cantonal contre un contrôle absolu* du régalien, prenant à Charles Maurras sa formule-choc : "l'autorité en haut, les libertés en bas". Tout compte fait, une restauration sera d'abord celle des libertés basses, aujourd'hui confisquées dans le prêt-à-penser officiel diffusé par l'Etat lui-même et ses relais de communication-propagande qui, du berceau à la tombe, formatent nos vies personnelles.
* Ab solu : étymologiquement ce qui est par soi, indépendamment de toute autre chose

Ensemencer l'opinion à l'idée du retour de la monarchie
convoque des moyens et des talents. Si les seconds existent, les premiers sont rares parce que l'argent n'est pas dans la culture royaliste et pourtant sans argent pas de Suisses ! On peut utilement passer voir Le Million du Roi (par ici) et nous ne revenons pas sur cette exigence imparable du "nerf", au moins pour la diffusion du projet. De beaux esprits éthérés me signalent parfois que cette propagande coûteuse qui vise à retourner l'opinion dévoie le projet royaliste puisque le souverain ne peut être issu du protocole démocratique. Selon eux l'intention est de rompre avec les alternances d'un régime d'opinion et donc d'en finir avec les sautes d'humeur de l'électorat. A quoi je m'use l'esprit à rétorquer qu'en pays gaulois il est futile de croire qu'un changement de paradigme puisse tenir longtemps sans la confirmation du peuple, peut-être pas avant mais certainement après. Il faut donc préparer les "gens" au retour d'un roi.

Mais comme il est dit plus haut sous réserve d'une construction fondée sur la justice et le besoin du peuple, c'est la clarté qui prime. Pourquoi changer, comment changer, vers quelle épure institutionnelle ? Et se pose déjà la question des princes. Viennent-ils dans ce projet pour le renforcer jusqu'au succès de l'entreprise ou reportent-ils à meilleure fortune leur nihil obstat ? La tentation fut grande chez eux de se mouler sur les circonstances dans une position de chasse à l'affût plutôt qu'en battue. On les sent impliqués dans les valeurs familiales, l'invocation à l'histoire, les commémorations pieuses, une certain souverainisme élastique ; on les sent moins en politique et pas vraiment novateurs. Le prince Jean qui a déblayé la voie de ses ambitions semble vouloir creuser de nombreuses questions politiques ou sociétales. Laissons-lui le temps de s'affirmer, mais avouons qu'il en a beaucoup perdu jusqu'ici.

Tout deviendrait plus facile pour relever les ruines si se levait « un de ces hommes qui semblent nés en un moment précis de l'histoire pour rassembler de vastes domaines en un tout organique, rendre une civilisation entière au sens de son unité ; un caractère d'acier, tranchant et souple, une intelligence politique exceptionnelle et, de surcroît, une âme noble ». Tel est Saladin, le rédempteur de l'islam en Terre sainte, l'ami de Richard Cœur de Lion et d'autres barons croisés, qui apparaît dans La Croisade de Daniel-Rops. Si ce prodige est né, nous ne le connaissons pas. Ou bien est-il trop jeune pour sentir en lui la vocation de roi ! Ferons-nous avec ce que Dieu nous donne ?

Quoiqu'il en soit, le mirage recule toujours dans le temps, mais nous allons essayer d'avancer quelque peu les pendules avec le "Projet de société" du GAR. A bientôt.



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