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lundi 18 avril 2022

Pour la fille du pirate dimanche !

Je vous raconte ma vie. Mais non, ne zappez pas, une tranche, étroite en plus. Je vous raconte ma vie : hier au commissariat pour une procuration électorale, je croise l'épouse du chef de cabinet d'un ministre important que je connais. Ça peut arriver. Elle s'est plantée en ligne et vient déverser sa mauvaise humeur sur la policière au comptoir. On se parle, ça l'apaise, on va faire le formulaire de procuration ensemble. J'ai un stylo. Pour qui votes-tu, lui demandé-je ? « Pour celle qui ne gagne jamais !»

Moi aussi ! J'entends Macron faire le grand écart quotidien entre les mesures de droite, de gauche et du centre et reconnais le type à qui j'ai donné sa chance en 2017 au motif de la fraîcheur d'idées et de la promesse de culbuter la vieille oligarchie qui s'appelle elle-même "noblesse d'Etat". Puis j'ai vu au long du mandat tout le contraire de la promesse initiale et la suffisance du peigne-cul. Pas deux fois !

Marine Le Pen
Les points qui accrochent au sein du parti prétendu de la Raison dans le programme de Marine Le Pen sont au nombre de quatre :

- l'Etat de droit menacé par des tas de droits comme le rappelait Philippe Bilger ici ;
- la sortie du commandement intégré des armées au SHAPE ;
- l'Europe des nations niant l'Union européenne dans son état présent ;
- la stratégie eurasiatique.

Sans faire long, voici mes quatre réponses : l'Etat de droit est modifiable dans les règles, c'est ce qui s'appelle "changer de régime". Si le peuple y consent - ce n'est pas moi qui aie inventé la souveraineté du peuple - la constitution sera modifiée comme en 1958, 1962 ou 2000. L'OTAN est le seul système de défense crédible sur étagère malgré quelques inconvénients plus moraux que techniques. S'en extraire demandera de doubler deux fois le budget français de la Défense en sabrant le modèle social que le monde nous envie sans jamais oser nous le copier. Procès purement électoraliste donc. L'Europe des nations est celle de "Visegrad". Il faudra trancher une bonne fois et solennellement entre "confédération" et "fédération" au lieu de laisser faire une fédéralisation rampante, à bon motif toujours. L'Eurasie est le champ d'exercice de toute stratégie européenne. Sauf qu'avec Poutine et ses bandits, il est impraticable aujourd'hui. Dispute artificielle.
Voili, voilou !

Les commentateurs abonnés aux plateaux télévisés et les commandeurs de la morale républicaine derrière Badinter ont décidé dans leur grande majorité que Marine Le Pen n'entrait pas dans le costume, alors que notre Justin Trudeau zozotant l'avait sur mesure. Pour ne pas me faire avoir deux fois, je voterai sans illusions pour la fille du pirate.


Postscriptum du 24 avril 2022
Voter Macron c'est entrer dans la perversité de son jeu électoral qui a consisté à détruire toute alternance pour l'électeur raisonnable, une reformulation de la menace célèbre : « Moi ou le chaos !».
Son premier mandat étant globalement négatif, Macron n'a pas la légitimité d'un autocrate éclairé pour enjamber l'élection de cette manière. L'électeur réveillé votera aujourd'hui CONTRE MACRON.

lundi 31 janvier 2022

L'heure de la "chouette"

L'affaire était annoncée à grand tapage, qui ne fut pas soutenu, aussi longtemps que l'actualité n'offre mieux, plus clivant, divisif, scandaleux. L'alarme et le scandale sont les deux mamelles de l'info en continu qui ne vit que d'audience. Demain ce sera le satyre assassin Lelandais !

Ainsi le jacassement insupportable de la pie Taubira parvint-il à couvrir dimanche le frou-frou des suavités sucrées de l'arrivée de Marion Maréchal dans la campagne présidentielle. "Back to the trees !" a-t-on envie de crier à la sorcière vaudoue, qu'on puisse entendre enfin les propos rassurants de l'égérie blonde des conservateurs totaux. Parce qu'on l'écoute, elle, contrairement à Valérie Pécresse que le téléspectateur zappe ! Parce que son charme dont elle sait si bien jouer avec sa coqueterie dans l'œil, est ce qui manque à Eric Zemmour pour éloigner la peur qui plane sur son programme radical quand il s'adresse à la droite classique et cocue d'avance.

Marion Maréchal

Que Marion Maréchal ne soutienne pas sa tante n'est un scoop pour personne, sauf pour le fond de panier des puceaux de l'école de journalisme, puisque les deux Le Pen ont rompu il y a cinq ans maintenant et que la fille du Pirate a procédé à des purges staliniennes au sein de son parti renommé RN, afin d'éliminer la concurrence de l'altière beauté au parler clair. Marion Maréchal ne "lâche" pas Marine Le Pen puisqu'elle ne l'a jamais "tenue". Elle a néanmoins un agenda.

Le projet de sa vie est un four ! Il n'a pas suffi d'un hall d'entrée très réussi, de communiquer abondamment et dans l'emphase sur les cursus de l'ISSEP à Lyon, pour que la nouvelle ENA prenne ses marques, obtienne la reconnaissance d'un diplôme et soit submergée de candidats-étudiants. Avec un effectif de cours de sténodactylographie, quelques profs de droite et un cycle de séminaires, la fusée du tradi-conservatisme français s'est crashée. Qui ne risque rien... bien sûr ! On devine ensuite que l'un des esprits les plus déliés de la classe politique française, savourant d'avance l'averse d'applaudissements à son discours de tribune, ne pouvait pas se reconvertir dans le mannequinat, quoique ! Elle aime la politique plus que les sciences politiques, c'est de famille. Arrivent en juin prochain les élections législatives, et il lui faut trouver chaussure à son pied dans une investiture jouable. Le nouveau parti Reconquête est le vecteur idoine sur cette trajectoire électorale. D'autant qu'Eric Zemmour fut un temps son mentor et qu'ils s'entendent bien en ville. Certes, elle ne dira jamais que Tonton Léon n'a aucune chance d'accéder au second tour, malgré le renfort de vieilles carnes attirées par la lumière médiatique, d'autant qu'il est probable qu'il ne le croit pas lui-même - il est trop intelligent - mais pour agréger la masse critique nécessaire à sa candidature à la députation elle se doit de faire semblant et de chanter avec les autres : "Elle est des nôtres, elle a bu son verre comme les autres !".

Marion Maréchal

Deux réflexions gratuites : l'arrivée de Marion Maréchal chez Reconquista n'aura qu'un effet booster limité, puisque ses supporters ont déjà décidé de voter Zemmour. Par contre le problème se pose au Rassemblement national : Marion Maréchal a gardé des partisans au sein du parti Le Pen qui pourraient trahir par sympathie, sinon par arrivisme. Il faut dire que beaucoup de cadres RN, et pas que les maréchalistes, regrettent qu'un discours mieux articulé, plus intellectuel et plus résilient sur une ligne de droite décomplexée, ne soit pas porté par leur candidate. Il y a des gens qui savent parler et débattre comme Jordan Bardella ou Nicolas Bay, mais il en faudrait bien plus pour déborder des bataillons "ras-le-front" vers ceux de la classe moyenne inférieure en quête de réformes (les gilets jaunes des ronds-points). Marion Maréchal parle à ces gens-là et dans le même mouvement à la fachosphère dont elle coche toutes les cases ! Bruno Mégret anticipe l'émiettement du parti, mais vu ce qu'il y a subi, on ne peut entièrement faire confiance en son jugement. Je ne sais ce qu'en pense le petit télégraphiste Ménard qui ne cesse de s'agiter dans l'imploration d'une réunion de gens qui se détestent. Se sent-il une vocation de sous-maîtresse au One-Two-Two de la droite forte organisant une partie carrée ? Ce type m'horripile. Carrément, mais son heure est passée, les candidats n'ont rien à foutre du petit maire de Béziers qui se croit un destin national. Bon ! On va de nouveau entendre Marion Maréchal, et c'est déjà l'effet kiss-cool.

mardi 28 septembre 2021

Tournez manèges électoraux !

cheval de manège en bois bleu

Il me faudrait relire Tocqueville, Benjamin Constant ou Joseph de Maistre et quelques autres, pour extraire de la fange politique le procédé social qui déverse autant d'écume sale sur l'estran de la campagne électorale. Comment les gens se déterminent-ils en faveur du plus médiocre d'entre eux, s'il est bruyant, au seul moment de sa ruse ? J'avais retenu mes doigts d'écrire sur la pré-campagne actuelle tant cela m'agaçait, parce que j'en redoutais l'excès de colère qui n'est jamais un gage de qualité de l'article, mais là, franchement il faut le dire :
Ou sommes-nous rendus de voir dans les lucarnes bleues l'hystérique Sandrine Rousseau, chantre du woke et de la déconstruction, faire main-basse sur le parti écologiste, en capacité d'entrer dans une coalition de gouvernement si son eurodéputé Yannick Jadot le représente à l'élection présidentielle ? Il est pour les intransigeants et les khmers verts un écologiste gestionnaire ou dit autrement, un collaborateur de l'Etat capitaliste. Ses chances sont faibles. L'intégrisme le plus sec conduirait-il au succès dans un pays malade de sa démocratie représentative ? On le saura demain.

Dans le genre provocateur, que fait Zemmour collé-serré à sa pulpeuse assistante de la Cour des Comptes au bain de mer de la Seyne éponyme ? Devant trois cents personnes massées sur le sable pour mitrailler du portable la célébrité médiatique du mois ! Il porte plainte parce que Paris-Match veut faire des sous sur un cliché "volé" dans l'espace public. Est-ce manière d'envoyer l'exploit d'huissier à son épouse ? C'est leur affaire et celle des jaloux !
Les thèmes agités par Eric Zemmour sont dans le lit (c'est involontaire) du courant de la droite dure, ce qui ne le disqualifie pas, surtout sur Royal-Artillerie. Le problème est que depuis que je l'entends - et ça a commencé dans le ping pong Zig et Puce d'On n'est pas couché avec Eric Naulleau - je n'ai jamais rien appris que je ne savais déjà, comme tous les royalistes un peu plus intéressés par l'histoire que ne l'est la majorité de leurs concitoyens. Reconnaissons-lui le génie de vivre de ces évidences, approximatives souvent. Les lauriers que l'on tresse à sa connaissance des mœurs sociales et politiques de l'ancien temps m'ont toujours laissé dubitatif, au point de croire qu'il est convenu dans le microcosme parisien que toute critique du polémiste doit commencer par l'encenser. Il a ouvert sa carrière judiciaire en proclamant que les prisons étaient bourrées de noirs et d'arabes. Qui en doutait jusqu'à ce qu'il lance ce pétard mouillé ? Personne ! Pour ma part, je ne l'écoute plus mais on m'y force, puisqu'il fabrique de l'audience juteuse pour les chaînes d'information. Quatre millions de téléspectateurs au débat de BFMTV ! La caisse tinte ! Quoiqu'il en soit et comme laissé en commentaire sur le blogue de Christian Vanneste, Zemmour est le révélateur argentique de la classe politique “professionnelle”. Trempés dans le bain, ils s'y reclassent chacun en fonction des “progrès” qu’ils annoncent ! Je pense que son utilité dans le processus électoral se limitera à faire jaillir la vérité sur les fonds de commerce respectifs. Mais lui, personnellement, ne pourra décoller sa silhouette du mur des protestations. quoique bien sûr je puisse me tromper. Certains d'ailleurs, l'oreille collée au progrès de la mine qu'il creuse, voient dans sa démarche le dynamitage contrôlé du parti ramolli des Républicains, qui se partagerait entre les durs à cuire comme Wauquiez, Retailleau, Ciotti, Morano abandonnés par Fillon, et les centristes dégénérés de la veine Juppé en recherche de maroquins. A raison, il dénonce le poison d'un centre compatible qui a infecté un parti jadis carré, droit dans ses bottes et gaullien. D'où son expression de chochottes cernant de près les ondulations de la camarilla Jacob aux manettes.

Les thèmes prégnants d'angoisse que sont l'identité française évanescente, l'insécurité, l'immigration de masse incontrôlée, l'islamisation rampante, le laxisme supposé des juges, la corrosion idéologique du système éducatif public ne sont pas si nouveaux qu'ils ne puissent être traités par un homme politique du sérail, par un homme politique ayant l'expérience de l'appareil d'Etat, par un homme politique testé et approuvé pour ses résultats, sans qu'il soit besoin absolument d'y convoquer un éditorialiste prolixe qui se nourrit littéralement des scandales qu'il croit révéler. A preuve Michel Barnier, candidat à l'investiture des Républicains.

Outre qu'il présente bien - et d'une certaine façon, on reviendrait au style grand chef catholique portant beau à la Jacques Chirac - celui que d'aucuns moquaient en l'appelant « l'Endive de Savoie » a plutôt bien réussi le largage d'amarres de la Grande Bretagne, ou plus justement dit depuis la trahison australienne, le largage de la Perfide Albion. Les difficultés dans lesquelles se débat aujourd'hui le cabinet Johnson par la rupture de la continuité économique avec le continent désormais "isolé", avaient été anticipées par le Conseiller Barnier qui, s'il en avait convaincu les négociateurs britanniques dépéchés à Bruxelles, ne pouvait surmonter l'hubris sécessioniste des agités du bocal ayant succédé à Theresa May à Londres. Il a reconnu explicitement que les gens missionnés pour aboutir étaient de niveau et qualité exceptionnels, laissant comprendre qu'il n'en était pas de même des ministres de Sa Gracieuse Majesté. C'est dans cette énorme négociation (son service à Bruxelles était staffé de trois cents analystes) que Michel Barnier a révélé son niveau de capacité et sa carrure politique. L'affaire bouclée, il est rentré en France pour faire profiter son pays de ce qu'il avait vu à Bruxelles au cours de ses mandats européens. Le microcosme le disait européiste, technocratique de par les fonctions exercées, il s'est bien trompé.

Mieux placé que beaucoup pour déceler tous les manquements à l'esprit des institutions et assez affûté pour en deviner les remèdes, il a surpris son monde en dénonçant les politiques européennes dans les secteurs sensibles que sont l'immigration et la justice. Hurlements ! Même le clown Farage a remis le nez rouge pour dénoncer le coming out eurosceptique de Barnier ! Qu'en est-il au fond ? Si ça vous intéresse, vous pouvez continuer... ou passer directement au suivant de la liste, Valérie Pécresse.

C'est un long article du Guardian que l'on peut lire ici en dialecte local et dont nous extrairons l'essentiel ci-dessous, qui cerne la personnalité et les intentions politiques de Michel Barnier. Le pivot en est un bouquin à paraître en anglais le 30 septembre chez Polity Press, titré My Secret Brexit Diary, A Glorious Illusion. Son original français sera disponible à la même date chez Gallimard sous le titre La grande illusion - Journal secret du Brexit - 2016-2020 (clic).

On peut résumer le "programme Barnier" à trois choses : contrôle effectif de l'immigration ; retour à la souveraineté juridique ; patriotisme et socialisme gaullien en économie. C'est une position que l'on a connue il y a longtemps, chez les gaullistes sociaux de la veine Capitant. Accessoirement, René Capitant, leader des gaullistes de gauche, est né à La Tronche en Isère, Michel Barnier aussi, comme d'ailleurs l'actuel Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure. Dans son journal intime (diary), il explique que le Brexit est un avertissement solennel aux institutions européennes. La technostructure bruxelloise vit dans dans sa bulle et nourrit un complexe de supériorité, convaincue qu'elle a toujours raison. Pas d'écoute, pas de changement de pied. Les peuples roincent, la caravanne passe. Il n'est pas fédéraliste, dit-il, mais un patriote gaulliste fier d'être européen. Aussi veut-il rapatrier certains éléments de souveraineté indûment dévolus aux institutions européennes, en cessant par exemple la suzeraineté de la Cour européenne de Justice sur les cours françaises, idem pour la CEDH. Il a le souci de rééquilibrer l'influence captée par l'Allemagne dans les affaires européennes, ce qui de notre avis est un vœu pieux tant que l'économie française n'aura pas été réparée. On ne voit aucun chancelier allemand faire des grâces demain à une économie de gitans. Sur l'immigration il est très clair (ça va choquer) : moratoire sur l'entrée d'étrangers sans motifs et sur le regroupement familial jusqu'au résultat d'un référendum. On parle même d'un opt-out ou bouclier constitutionnel permettant à la France d'édicter ses propres règles en matière d'immigration à l'abri des injonctions des cours européennes. C'est du lourd, mais pas plus lourd que le programme du RPR de 1990 après leur échec à la présidentielle de 1988 contre Mitterrand ! Programme chiraquien que Zemmour lui-aussi brandit comme sauf-conduit ! Certes, on ne voyait pas Barnier comme ça, mais toutes ces années passées à Bruxelles l'ont apparemment convaincu qu'il n'y avait rien de plus à "négocier" que de mettre la technostructure au défi. Le référendum est l'arme fatale (depuis 2005) et à Bruxelles, ils le savent et se sentent menacés.

Ses contempteurs en France crient au suicide politique dès lors qu'il se défroque de la bure de soie bleue quand justement son prestige vient tout entier de ses fonctions à l'Union européenne ; mais peu lui chaut, et s'il est plus connu au Royaume-Uni qu'en France, il ne désespère pas d'y sculpter sa statue. Pour lui le Brexit fut une erreur magistrale portée par la nostalgie d'un empire enfui et l'incapacité du peuple anglais à faire face au monde nouveau ; et de citer Le Roi Lear au début de son journal : « Ô Lear, Lear, Lear ! Frappe cette porte qui laisse entrer ta démence et échapper ta chère raison ! » Pourtant s'il relève le sentiment profond des peuples d'Europe d'avoir été floués par la globalisation et le libéralisme à outrance - il évoque les Gilets Jaunes - il proclame que la réponse n'est pas dans un Brexit ou un Frexit mais dans la réforme des règles économiques au triple niveau européen, national et régional. Et de dénoncer dans la foulée l'autocratie d'Emmanuel Macron qui n'embrasse rien plus que du vent. Apparemment il déteste cordialement Emmanuel Macron. Macron l'incantateur dont on se moque à Bruxelles dès qu'il a le dos tourné. Macron seul devant lui-même au miroir, comme Hollande dans le bouquin de Lhomme et Davet ! L'affaire des sous-marins australiens est le parfait aboutissement de son arrogance et de son autisme ! Et les coquecigrues diplomatiques comme les familiarités déplacées envers ses compères en mondialisme signalent l'immaturité du jeune chef d'Etat qui finira par douter de son destin.

Relever l'Etat gaullien est le projet de Michel Barnier. Enfin un candidat qui s'occuperait du domaine régalien ! Mais dans le panier de crabes des Républicains, ils sont trois. Le fanfaron du Nord Xavier Bertrand et la minaudeuse Valérie Pécresse, tout deux ayant bruyamment claqué la porte du parti repris en main par Laurent Wauquiez. Ils ont chacun leur petite liste de mesures indispensables à notre bonheur, quand on se demande pourquoi ces chevaux de retour feront demain ce qu'ils ne voulurent jamais faire avant-hier. En quoi l'expérience parcellaire d'une présidence de région étroitement encadrée par l'Etat central, prédisposerait à gouverner tout un pays, chez lui et à l'international ? On voit bien le trafic d'indulgences qu'ils acceptent dans leur région respective et leur relativement faible influence dès qu'il s'agit de projets d'ampleur. A part mouche du coche, que fait Bertrand dans l'emploi ? Que vaut Pécresse dans le Grand Paris ? Seule une gourde comme Anne Hidalgo, archétype du médiocre demi-habile la bouche pleine de slogans sur tréteaux, pourrait répondre qu'ils sont prêts à entrer au Château, comme elle, dans toute sa gloire d'Andalouse ! Par un fait exprès, ces deux peintres ont les faveurs de l'opinion à droite et l'assureur est aujourd'hui donné gagnant au premier tour de manège du Congrès des Républicains le quatre décembre prochain. C'est perdu d'avance pour eux au mois d'avril parce que ces deux politiciens de division 2 ne font pas la toise ; on va s'en apercevoir dès qu'on aura chargé la chaudière de la campagne officielle pour monter en pression. Leur logiciel électoral est ancien dans un ronron ennuyeux, et ne percutera ni les primo-électeurs ni les abstentionistes qui ont déjà tout entendu. Et de vous à moi, le petit gros tout gris, parfaitement définitif, n'a-t-on pas déjà donné ? Reste les deux "extrêmes".

Jean-Luc Mélenchon n'imprime plus autant qu'avant au-delà du carré d'ultra-gauche. S'il est encore un tribun de talent sur lequel coulent les lustres, ses incantations fatiguent parfois et ses promesses toujours parfaitement démontrées sont jugées inapplicables au bon sens ! Les gens (comme il dit) approchent ses propositions du quotidien de leurs soucis et ça ne matche pas. Le dernier échange sur BFMTV avec ou contre Zemmour a accru la perplexité de ceux des électeurs susceptibles de s'intéresser à une offre de gauche-gauche, mais la "créolisation" les a achevés ! Il faut dire qu'après Chavez, Maduro, Castro et Bolivar, la hotte est pleine. On est en France quand même ! A quoi s'attend donc la favorite ? Marine Le Pen, envoyez les torches et la fumée !

Normalisée, dédiabolisée, presque banalisée, elle subit avant même d'être dans le poste, la décrédibilisation de François Normal Ier finissant son mandat en ectoplasme. Sans la brutalité des propositions du Front national, le parti épuré n'a plus aucune saveur. L'électeur populaire aux idées simples ne retrouve plus son enthousiasme dans le nouveau projet aseptisé qu'il ne comprend pas. Comme le disait Robert Ménard récemment, le défi politique n'est pas affronté par le Rassemblement national actuel. Ses idées sont majoritaires dans l'opinion, autour de 70% sur pratiquement tous les sujets couverts par la protestation, mais le parti rénové n'arrive pas à convertir cette mauvaise humeur électorale en sièges. Ce but ne fut jamais atteint dans le passé, sauf par le subterfuge du scrutin proportionnel que François Mitterrand avait décrété pour faire pièce au RPR/UDF. La normalisation mariniste devait y aider, mais toutes les élections intermédiaires ont été perdues. Le RN ne colle pas aux attentes de l'électorat flottant, celui des gros bataillons qui font la bascule. Reste Macron et son attelage de rennes courant la province à jeter des cadeaux. Nous l'aurons donc voulu !

A choisir à froid lequel des huit candidats en lice ferait le moins mauvais président de la République, ce serait sans conteste Michel Barnier. Mais il ne gagnera pas parce qu'il faut casser la vitre des écrans pour vaincre et accepter une alchimie électorale pas toujours reluisante. C'est dans ces circonstances qu'on touche du doigt l'ardente obligation pour la nation française de sortir du piège par le haut en arrachant la pointe de pyramide à l'affairisme des partis politiques pour atténuer le vice d'impermanence au sommet de l'Etat. Au lieu de quoi, nous aurons l'habile ou le malin pour cinq ans de plus !


Michel Barnier
Michel Barnier

lundi 28 décembre 2020

Le Déclic

Les rois d'Europe ont souhaité un "Joyeux Noël" à leurs sujets dans de longues adresses télévisées où perçait leur inquiétude des conséquences humaines de la pandémie chinoise, et parfois celles plus sournoises d'une rupture des équilibres politiques comme en Espagne. Le président de la République fédérale d'Allemagne Steinmeier a souhaité le meilleur à ses concitoyens pendant huit minutes devant un superbe sapin de Noël. Ainsi en fut-il des autres présidents des républiques européennes ayant une empathie naturelle avec leur peuple, sauf ici. Le président de la République française n'a pas jugé opportun de nous souhaiter un bon Noël, il est parti se reposer au Fort de Brégançon avec Madame. Un tweet a minima a été publié par le Community Magager de Matignon pour juste marquer le coup. Ça n'est pas grave. Nul n'attendait en France un signe de gentillesse de la part d'un Jean-Kévin monté en graine "capable de transformer en merde tout ce qu'il touche" (Trump). Aussi a-t-il mieux valu finalement qu'il s'en abstienne, il ne nous a rien manqué ! Au soir des confettis, sarbacanes et tortillons, pour franchir la Saint-Syslvestre, le monsieur de l'Elysée se croira-t-il sans doute obligé d'émettre ses vœux à la Nation, avec deux prompteurs et un fond d'écran travaillé pendant une semaine au moins. Mais de cela, les Français s'en moquent.

Narcissisme, cynisme, mépris de classe

Il est plus facile de conquérir le pouvoir que de le conserver, disait Machiavel à sa façon et les locataires à bail précaire qui croient nous gouverner en font l'un après l'autre l'amer constat. Après Zébulon Premier, nous avons éprouvé Normal Premier et maintenant Zupiter Premier. Aucun de ceux-là ne redoubla et, pour le troisième, ne doublera ses points. Il y a beaucoup de raison à cela, mais le narcissisme pathétique, le cynisme assumé et le mépris de classe sont les ingrédients imparables de l'échec. M. Macron ne nous aime pas, parce qu'il nous juge inintéressants, et nous le ressentons. Un contributeur avisé postait hier sur Twitter un message de fine observation : « Emmanuel Macron n'a pas l'intelligence des situations ni la compréhension de notre nature humaine. Il est incontestablement doué pour séduire, pour plaire. Il charme ces dames et ces messieurs, il touche, il caresse, mais il méconnait les tréfonds des cœurs et des âmes. » C'est sans doute l'épisode des Gilets Jaunes, associé au marathon des one man shows en province où le fringant bonimenteur explosait les chronomètres, que son dédain s'est manifesté le plus sûrement à quelqu'un d'attentif. La presse applaudissait la performance en bras de chemise, les gens aussi. Mais faute d'empathie, rien n'en suivit ! Que dalles ! Walou ! وَلَوْ شَيْءٌ. A part d'ouvrir le robinet budgétaire des compensations, le mal-être profond d'une classe moyenne épuisée par le socialisme rampant des pouvoirs centraux n'a pas été affronté. L'économie de notre société fondée sur la redistribution et l'étrécissement de l'assiette fiscale convoquée à toujours plus, la prolifération des profiteurs au vu et su de tous, les privilèges indus et la morgue d'une classe politique lâche et dévalorisée que seule la proportionnelle pourrait régénérer, l'importation de pseudo-travailleurs concurrents sur un marché d'emplois bloqué, l'écologie punitive, rien ne fut traîté en profondeur bien qu'on en ait beaucoup parlé, parlé, parlé ! Pour être juste, citons quand même l'essai de blocage de la subversion islamiste qui semble devenir un souci politique et concurremment un souci diplomatique.

Le compostage des projets

Il reste cinq cents jours à tirer de ce mandat présidentiel. Si les cabinets ministériels ont pu travailler normalement avec les administrations subordonnées, nous n'avons vu en revanche presqu'aucune intention du chef aboutir. Les grands projets finissent en eau de boudin, sauf un.
- Retraite à points, confiée à l'endive de Bapaume, pétée de titres et d'indemnités, ruinée par l'impétrant.
- Réforme de l'Etat et contention de la dépense publique qui dévore la production de richesse, oubliées.
- Réforme fiscale, stoppée au milieu du gué puisqu'elle induisait la précédente.
- Réforme des clauses de gouvernance européenne au bénéfice des cigales, refusée par tous les Etats du Nord.
- Défense européenne, remisée sur l'étagère des grandes idées françaises non partagées.
- Diplomatie d'équilibre entre Washington et Moscou refusée par ses homologues qui n'ont pas acheté la mort cérébrale de l'OTAN.
La liste est déjà trop longue mais elle se terminerait par la suppression de l'ISF. Ouf ! Et tout de suite. On ne pouvait attendre d'avoir engagé des économies qui auraient justifié par après cette baisse (modeste) des recettes, il fallait envoyer le signal en tête de mat et rémunérer dare dare la bourgeoisie d'affaires qui avait tout misé sur le brillant jeune homme.

Ce bilan va être tiré tout au long de l'année préélectorale 2021 et les arguties rhétoriques des communicants en soupentes ne prendront pas sur la réalité des reports dilatoires, des oublis volontaires, des échecs. Certes, en démocratie, on peut gagner avec des vessies, des promesses, des synthèses combinatoires, surtout chez des peuples immatures qui n'attendent rien d'eux-mêmes et tout d'un Sauveur, mais le plus sûr moyen est de faire monter contre soi le plus mauvais adversaire disposant des plus larges résultats électoraux. Madame Le Pen est l'archétype du candidat "gagnant", gagnant pour l'autre. Le travail est lancé, comme on dirait en salle d'accouchement. Cinq cents jours ne seront pas de trop pour organiser le paysage politique du premier tour des élections présidentielles. Les couillons qui veulent y briller s'alignent déjà, à des motifs bien éloignés de l'impatience à gouverner. Même des brêles ont décidé d'y revenir pour voir leur visage dans les lucarnes et leurs discours résumés dans de vrais journaux. D'autres pensent au troisième tour des législatives dont les résultats détermineront le montant des subsides publics consentis à leur parti.

La combinazione

A chacun sa raison personnelle, une affaire entre soi-même et le peuple, disait le Général. N'importe qui peut y croire avec les parrainages suffisants, et c'est bien du n'importe qui ! Les sondages vont être commandés pour ajuster au mieux la communication du pouvoir envers les électeurs. Le mano le plus surveillé est le delta positif du score de Mme Le Pen qui signalerait aux faiseurs d'opinion que l'apocalypse est devenue possible. Elle représente le parti du mécontentement, et le pouvoir imbécile n'a eu de cesse d'y pousser. L'humeur du peuple est toujours très difficile à régler, un peu comme la longueur de dentifrice qui sort du tube, mais qui n'y rentrera jamais plus. Les crânes d'œuf qui gèrent l'affrontement social peuvent voir l'engouement des ronchons leur échapper et inverser le rang de sortie des urnes. En 2017 on avait obtenu un premier tour comme suit :

* Macron 8657326 (24,01% des voix)
* Le Pen 7679493 (21,30%), bascule au premier à 488917 voix
* Fillon 7213797 (20,01%), bascule au deuxième à 232848 voix
* Mélenchon 7060885 (19,58), bascule au troisième à 76456 voix
* Hamon 2291565 (6,35%)
* Solde 3155747 (8,75% à répartir sur 6 candidats)
* Total 36058813 (100%)

Marine Le Pen


La question est de savoir qui remplacera M. Fillon au quadrille, les trois autres étant des clients sûrs. Mais ceci n'a d'intérêt pour l'Elysée que si l'ordre d'arrivée est le même. Si Mme Le Pen sort en tête, ce sera le déclic, il y aura rallye des mécontents au second tour avec peut-être le renfort d'abstentionnistes atterrés, et rien ne dit qu'il soit compensé en totalité par une ruée des gauches contre le ventre encore fécond. S'il est juste compensé, elle passe ! Mais à deux conditions : l'une, qu'elle ait réellement envie de se taper la corvée d'un mandat présidentiel de cinq ans pour lequel elle montre peu d'aptitudes, l'acte manqué ça existe ; l'autre, qu'elle prépare sérieusement - avec un coach qui ne soit pas de son entourage et qui ose l'engueuler - le débat de second tour, l'humilité n'étant pas son point fort.

Retour aux fondamentaux perdants-perdants

Les lecteurs de Royal-Artillerie peuvent s'étonner que nous soyons rendus déjà aux élections du mois d'avril 2022, mais nous subodorons que le quinquennat actif de M. Macron est terminé. Dès après l'Epiphanie et à cause des "bascules" ci-dessus, lui et son team entreront en politique politicienne parce que plus rien n'est vraiment solide autour d'eux, alors que l'inquiétude du peuple croît devant l'impréparation manifeste des pouvoirs publics à vaincre le coronavirus chinois d'une part, et à remonter une économie affaissée par les confinements provoquant des destructions d'emplois de l'autre. Nulle réforme de fond n'ayant été lancée sérieusement pendant trois ans et aucune marge de manœuvre n'ayant pu être dégagée au plan financier, le pays est complètement assujetti au plan de solidarité européen, ce qui lui ôte toute chance de peser plus tard sur les assouplissements que nous ne manquerons pas de réclamer afin de palier notre gabegie chronique. Autant dire que le gouvernement de M. Macron ne sera pas à la fête et ses minions ont suffisamment fait d'études pour le prévoir. A défaut d'exister au sein de l'Europe sérieuse, nous ferons de la politique intérieure.

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