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jeudi 10 mai 2018

À 60 ans du Putsch d'Alger


Ce dimanche 13 mai compte double, pour le souvenir du Putsch d'Alger de 1958 et pour celui de sainte Jeanne d'Arc bien sûr. Au-delà de la légende attestée par les minutes du procès de Rouen, Jeanne fut surtout un capitaine de guerre d'une rare intelligence du terrain, capable d'assimiler la tactique immédiate aussi rapidement que les vieux briscards qui l'entouraient, La Hire et Xaintrailles, Rais, Dunois. Elle sut aussi garder à l'esprit la queue de trajectoire de sa mission quand elle y inséra, contre l'avis de beaucoup, le sacre du dauphin Charles à Reims. Ce faisant, elle ôtait toute légitimité transcendée au prince de Lancastre et ralliait le maximum d'adversaires des Anglois pour les bouter hors du royaume. Cela se nomme stratégie ; pas sûr qu'à ce niveau d'expertise elle ait plu longtemps à la Cour.
S'il y a un mystère de la Pucelle, il est tout entier dans sa complète disparition sur Terre, à croire qu'elle fut emportée par les anges au Paradis, une sorte d'ascension. Bien sûr, on ne retrouva aucun reste de la crémation, mais n'apparut jamais un objet lui appartenant, sauf au Puy-du-Fou, ni l'anneau que l'évêque Cauchon lui avait pris, ni une pièce d'armure, ni l'étendard blanc, pas même une de ses épées. Quelque Chose a nettoyé la page d'histoire de tout artefact, de toute "relique", comme si l'on avait craint la naissance d'un culte. Elle ne fut d'ailleurs canonisée que cinq siècles après son supplice, ce qui fit longtemps tache sur la cappa magna des épiscopes français.
Postscriptum du 14: le Groupe d'action royaliste (GAR) a exhumé Le Ditié de Jehanne d'Arc (clic), un joyau de Christine de Pisan (1429) qu'on se plaît à réciter à haute voix.
Pierre Lagaillarde
Du Putsch d'Alger de 1958, on ne parle pas non plus en temps ordinaires. Fonder la Cinquième République sur un coup d'État militaire fait désordre dans les armoiries de la gardienne bavarde des droits universels de l'homme et du citoyen. Mais certains s'en souviennent (tititi-ta-ta), qui en éprouvent encore une grande joie, un peu de fierté, de mélancolie aussi, puisque le porteur de tous les espoirs du moment s'attela bien vite à les éteindre un par un, après en avoir garanti l'achèvement.
Il est trop tard pour raconter l'histoire de cette trahison qui épuise les nerfs. Le putsch avait déclenché une réaction populaire à l'avachissement général d'une classe politique liquidant les positions du pays les unes après les autres. Il ne fallut pas longtemps pour faire accepter au peuple qu'il avait tort de s'insurger contre le sens de l'histoire, mais pas celui de faire revenir l'Hermite de Colombey. On manipula les gens par des référendums à question double, privilégiant la lâcheté démocratique naturelle quand il s'agit d'effort. Préférez-vous garder l'argent ou développer les départements algériens ? c'était le sens des questions posées, enrobées de slogans grandiloquents comme la Paix des Braves pour impressionner Mimile. Quatre ans suffirent pour plier l'Algérie française.

L'Algérie fut larguée pour son malheur, et sans aucun remord pour les dommages collatéraux causés aux populations européennes et aux supplétifs indigènes qui s'étaient laissés enrôler. Cinquante ans d'indépendance n'ont rien apporté à sa population qui ne rêve que d'une chose : en partir ! Des lendemains dangereux s'approchent avec la succession de la momie ; pillage, spoliations et corruption de la nomenklatura n'étant plus supportables. Le printemps arabe tunisien était de la gnognotte en comparaison de ce qu'il se prépare en Algérie. Il suffit de lire régulièrement la presse locale. D'ici là, quand vous croiserez un gaulliste du canal historique, traitez-le de sac à merde, ça le surprendra !


L'Action française va marquer la journée du 13 mai par un cortège traditionnel de Jeanne d'Arc qui partira dimanche à 10 heures de la place de l'Opéra à Paris.


Courtoisie Kadou, Groupe action royaliste


vendredi 12 mai 2017

Jeanne 2017

 

Marcher dimanche en souvenir de Jeanne d'Arc pour le salut de la France nous rappellera que la fortune sourit aux audacieux (Chinon, Orléans) et qu'aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années ! Jeanne d'Arc n'a pas dix-huit ans quand elle monte à l'échelle de la barbacane des Tourelles. Dunois, le bâtard d'Orléans qui commande à l'armée a 26 ans et déjà des victoires. L'histoire de France est saturée de jeunesse, les rois bien sûr (sauf les derniers au profil de notaires), et bon nombre d'acteurs politiques importants. A titre d'exemple, le 14 juillet 1789, Saint-Just a 21 ans, Danton 29 ans, Robespierre 31 ans, Louis XVI 34 ans, Marie-Antoinette 33 et Louis-Philippe d'Orléans 42 ! Le 10 août 1792, le lieutenant d'artillerie qui devise à la taverne en contemplant l'émeute des Tuileries n'a pas encore 23 ans ! C'est la République embourgeoisée qui nous a apporté la gérontocratie, la République débilitée en soins palliatifs ! Le président Macron marque-t-il l'arrêt ? Là n'est pas la question, il a presque l'âge de Napoléon III.

Cette année pour la Jeanne, Royal-Artillerie fait donner du gros calibre. Pour notre distingué lectorat, voici le fameux discours d'André Malraux donné à Rouen le 30 mai 1964, les plus anciens sauront l'imaginer dans sa voix sépulcrale :


Vous avez bien voulu, Monsieur le Maire, me demander d’assurer ce que le plus grand poète de cette ville,[1] qui fut aussi l’un des plus grands poètes du monde, appelait un "triste et fier honneur", celui de reprendre ce que j’ai dit, il y a quelques années, à Orléans, de Jeanne d’Arc victorieuse et de rendre hommage en ce lieu, illustre par le malheur, à Jeanne d’Arc vaincue, à la seule figure de notre histoire sur laquelle se soit faite l’unanimité du respect.

La résurrection de sa légende est antérieure à celle de sa personne, mais, aventure unique ! la tardive découverte de sa personne n’affaiblit pas sa légende, elle lui donne son suprême éclat. Pour la France et pour le monde, la petite sœur de saint Georges devint Jeanne vivante par les textes du procès de condamnation et du procès de réhabilitation : par les réponses qu’elle fit ici, par le rougeoiement sanglant du bûcher.

Nous savons aujourd’hui qu’à Chinon, à Orléans, à Reims, à la guerre et même ici, sauf peut-être pendant une seule et atroce journée, elle est une âme invulnérable. Ce qui vient d’abord de ce qu’elle ne se tient que pour la mandataire de ses voix : « Sans la grâce de Dieu je ne saurai que faire ». On connaît la sublime cantilène de ses témoignages de Rouen : « La première fois, j’eus grand-peur. La voix vint à midi ; c’était l’été, au fond du jardin de mon père… Après l’avoir entendue trois fois, je compris que c’était la voix d’un ange... Elle était belle, douce et humble ; et elle me racontait la grande pitié qui était au royaume de France… Je dis que j’étais une pauvre fille qui ne savait ni aller à cheval ni faire la guerre… Mais la voix disait : « Va, fille de Dieu… »

Certes Jeanne est fémininement humaine. Elle n’en montre pas moins, quand il le faut, une incomparable autorité. Les capitaines sont exaspérés par cette « péronnelle qui veut leur enseigner la guerre » (La guerre ? les batailles qu’ils perdaient, et qu’elle gagne...) Qu’ils l’aiment, qu’ils la haïssent, ils retrouvent dans son langage le « Dieu le veut » des Croisades. Cette fille de dix-sept ans, comment la comprendrions-nous si nous n’entendions pas, sous sa merveilleuse simplicité, l’accent incorruptible avec lequel les prophètes tendaient vers les rois d’Orient leurs mains menaçantes, et leurs mains consolantes vers la grande pitié du royaume d’Israël ?

Avant le temps des combats, on lui demande : « Si Dieu veut le départ des Anglais, qu’a-t-il besoin de vos soldats ? »
- « Les gens de guerre combattront, et Dieu donnera la victoire. »

Ni saint Bernard ni saint Louis n’eussent mieux répondu. Mais ils portaient en eux la chrétienté, non la France.

Et à quelques pas d’ici, seule devant les deux questions meurtrières : « Jeanne êtes-vous en état de grâce ? »
- « Si je n’y suis, Dieu veuille m’y mettre ; si j’y suis, Dieu veuille m’y tenir ! » ;
et surtout la réponse illustre : « Jeanne, lorsque saint Michel vous apparut, était-il nu ? »
- « Croyez-vous Dieu si pauvre, qu’il ne puisse vêtir ses anges ? »

Lorsqu’on l’interroge sur sa soumission à l’Eglise militante, elle répond, troublée mais non hésitante : « Oui, mais Dieu premier servi !». Nulle phrase ne la peint davantage. En face du dauphin, des prélats ou des hommes d’armes, elle combat pour l’essentiel : depuis que le monde est monde, tel est le génie de l’action. Et sans doute lui doit-elle ses succès militaires. Dunois dit qu’elle disposait à merveille les troupes et surtout l’artillerie, ce qui semble surprenant. Mais les Anglais devaient moins leurs victoires à leur tactique qu’à l’absence de toute tactique française, à la seule comédie héritée de Crécy à laquelle Jeanne mit fin. Les batailles de ce temps étaient très lourdes pour les vaincus ; nous oublions trop que l’écrasement de l’armée anglaise à Patay fut de la même nature que celui de l’armée française à Azincourt. Et le témoignage du duc d’Alençon interdit que l’on retire à Jeanne d’Arc la victoire de Patay puisque, sans elle, l’armée française se fût divisée avant le combat, et puisqu’elle seule la rassembla...

C’était en 1429 - le 18 juin !

Dans ce monde où Isabeau de Bavière avait signé à Troyes la mort de la France en notant seulement sur son journal l’achat d’une nouvelle volière, dans ce monde où le dauphin doutait d’être dauphin, la France d’être la France, l’armée d’être une armée, elle refit l’armée, le roi, la France.

Il y avait plus rien : soudain il y eut l’espoir et par elle, les premières victoires qui rétablirent l’armée.

Puis par elle, contre presque tous les chefs militaires, le sacre qui rétablit le roi. Parce que le sacre était pour elle la résurrection de la France, et qu’elle portait la France en elle de la même façon qu’elle portait sa foi.

Après le sacre, elle est écartée, et commande la série des vains combats qui la mèneraient à Compiègne pour rien, si ce n’était pour devenir la première martyre de la France.

Nous connaissons tous son supplice. Mais les mêmes textes qui peu à peu dégagent de la légende son image véritable, son rêve, ses pleurs, l’efficace et affectueuse autorité qu’elle partage avec les fondatrices d’ordres religieux, ces mêmes textes dégagent aussi, de son supplice, deux des moments les plus pathétiques de l’histoire universelle de la douleur.

Le premier est la signature de l’acte d’abjuration qui reste d’ailleurs mystérieux. La comparaison du court texte français avec le très long texte latin qu’on lui faisait signer proclamait l’imposture. Elle signe d’une sorte de rond, bien qu’elle ait appris à signer Jeanne. « Signez d’une croix ! » lui ordonne-t-on. Or, il avait naguère été convenu entre elle et les capitaines du Dauphin, que tous les textes de mensonge, tous les textes imposés, auxquels leurs destinataires ne devaient pas ajouter foi, seraient marqués d’une croix. Alors, devant cet ordre qui semblait dicté par Dieu pour sauver sa mémoire, elle traça la croix de jadis, en éclatant d’un rire insensé...

Le second moment est sans doute celui de sa plus affreuse épreuve. Si, tout au long du procès, elle s’en remit à Dieu, elle semble avoir eu, à maintes reprises, la certitude qu’elle serait délivrée. Et peut-être, à la dernière minute, quand sonnaient des cloches comme celles qui sonnent maintenant, espéra-t-elle qu’elle le serait sur le bûcher. Car la victoire du feu pouvait être la preuve que ses voix l’avaient trompée. Elle attendait, un crucifix fait de deux bouts de bois par un soldat anglais posé sur sa poitrine, le crucifix de l’église voisine élevé en face de son visage au-dessus des premières fumées. (Car nul n’avait osé refuser la croix à cette hérétique et à cette relapse...) Et la première flamme vint, et avec elle le cri atroce qui allait faire écho, dans tous les peuples chrétiens, au cri de la Vierge lorsqu’elle vit monter la croix du Christ sur le ciel livide.

Alors, depuis ce qui avait été la forêt de Brocéliande jusqu’au cimetière de Terre sainte, la vieille chevalerie morte se leva dans ses tombes. Dans le silence de la nuit funèbre, écartant les mains jointes de leurs gisants de pierre, les preux de la Table Ronde et les compagnons de saint Louis, les premiers combattants tombés à la prise de Jérusalem et les derniers fidèles du petit roi lépreux, toute l’assemblée des rêves de la chrétienté regardait, de ses yeux d’ombre, monter les flammes qui allaient traverser les siècles, vers cette forme enfin immobile, qui devenait le corps brûlé de la chevalerie.

Il était plus facile de la brûler que de l’arracher de l’âme de la France. Au temps où le roi l’abandonnait, les villes qu’elle avait délivrées faisaient des processions pour sa délivrance. Puis le royaume, peu à peu, se rétablit. Rouen fut enfin reprise. Et Charles VII, qui ne se souciait pas d’avoir été sacré grâce à une sorcière, ordonna le procès de réhabilitation.

A Notre-Dame de Paris, la mère de Jeanne, petite forme de deuil terrifiée dans l’immense nef, vient présenter le rescrit par lequel le pape autorise la révision. Autour d’elle, ceux de Domrémy qui ont pu venir, et ceux de Vaucouleurs, de Chinon, d’Orléans, de Reims, de Compiègne… Tout le passé revient avec cette voix que le chroniqueur appelle une lugubre plainte : « Bien que ma fille n’ait pensé, ni ourdi, ni rien fait qui ne fût selon la foi, des gens qui lui voulaient du mal lui imputèrent mensongèrement nombre de crimes. Ils la condamnèrent iniquement et… » la voix désespérée se brise. Alors Paris qui ne se souvient plus d’avoir jamais été bourguignonne, Paris, redevenue soudain la ville de saint Louis, pleure avec ceux de Domrémy et de Vaucouleurs, et le rappel du bûcher se perd dans l’immense rumeur de sanglots qui monte au-dessus de la pauvre forme noire.

L’enquête commence.

Oublions, ah, oublions ! le passage sinistre de ces juges comblés d’honneur, et qui ne se souviennent de rien. D’autres se souviennent. Long cortège, qui sort de la vieillesse comme on sort de la nuit. Un quart de siècle a passé. Les pages de Jeanne sont des hommes mûrs ; ses compagnons de guerre, son confesseur ont les cheveux blancs. Ici débute la mystérieuse justice que l’humanité porte au plus secret de son cœur.

Cette fille, tous l’avaient connue, ou rencontrée, pendant un an. Et ils ont eux aussi oublié beaucoup de choses, mais non la trace qu’elle a laissée en eux. Le duc d’Alençon l’a vue une nuit s’habiller quand, avec beaucoup d’autres, ils couchaient sur la paille : elle était belle, dit-il, mais nul n’eût osé la désirer. Devant le scribe attentif et respectueux, le chef de guerre tristement vainqueur se souvient de cette minute, il y a vingt-sept ans, dans la lumière lunaire... Il se souvient aussi de la première blessure de Jeanne. Elle avait dit : « Demain mon sang coulera, au-dessus du sein ». Il revoit la flèche transperçant l’épaule, sortant du dos, Jeanne continuant le combat jusqu’au soir, emportant enfin la bastille des Tourelles. Revoit-il le sacre ? Avait-elle cru faire sacrer saint Louis ? Hélas ! Mais, pour tous les témoins, elle est la patronne du temps où les hommes ont vécu selon leurs rêves et selon leur cœur, et depuis le duc jusqu’au confesseur et à l’écuyer, tous parlent d’elle comme les rois mages, rentrés dans leurs royaumes, avaient parlé d’une étoile disparue…

De ces centaines de survivants interrogés, depuis Hauviette de Domrémy jusqu’à Dunois, se lève une présence familière et pourtant unique, joie et courage, Notre-Dame la France avec son clocher tout bruissant des oiseaux du surnaturel. Et lorsque le XIXe siècle retrouvera ce nostalgique reportage du temps disparu, commencera, des années avant la béatification, la surprenante aventure : bien qu’elle symbolise la patrie, Jeanne d’Arc, en devenant vivante, accède à l’universalité. Pour les protestants, elle est la plus célèbre figure de notre histoire avec Napoléon ; pour les catholiques, elle sera la plus célèbre sainte française.

Lors de l’inauguration de Brasilia, il y a quatre ans, les enfants représentèrent quelques scènes de l’Histoire de France. Apparut Jeanne d’Arc, une petite fille de quinze ans, sur un joli bûcher de feux de Bengale, avec sa bannière, un grand bouclier tricolore et un bonnet phrygien. J’imaginais devant cette petite République le sourire bouleversé de Michelet ou de Victor Hugo. Dans le grand bruit de forge où se forgeait la ville, Jeanne et la République étaient toutes deux la France, parce qu’elles étaient toutes deux l’incarnation de l’éternel appel à la justice. Comme les déesses antiques, comme toutes les figures qui leur ont succédé, Jeanne incarne et magnifie désormais les grands rêves contradictoires des hommes. Sa touchante image tricolore au pied des gratte-ciel où venaient se percher les rapaces, c’était la sainte de bois dressée sur les routes où les tombes des chevaliers français voisinent avec celles des soldats de l’an II.

Le plus mort des parchemins nous transmet le frémissement stupéfait des juges de Rouen lorsque Jeanne leur répond : « Je n’ai jamais tué personne ». Ils se souviennent du sang ruisselant sur son armure : ils découvrent que c’était le sien. Il y a trois ans, à la reprise d’Antigone, la princesse thébaine avait coupé ses cheveux comme elle et disait avec le petit profil intrépide de Jeanne la phrase immortelle : « Je ne suis pas venue pour partager la haine, mais pour partager l’amour ». Le monde reconnaît la France lorsqu’elle redevient pour tous les hommes une figure secourable, et c’est pourquoi elle ne perd jamais toute confiance en elle. Mais dans la solitude des hauts plateaux brésiliens, Jeanne d’Arc apportait à la République de Fleurus une personne à défaut de visage, et la mystérieuse lumière du sacrifice, plus éclatante encore lorsqu’elle est celle de la bravoure. Ce corps rétracté devant les flammes avait affreusement choisi les flammes ; pour le brûler, le bûcher dut aussi brûler ses blessures. Et depuis que la terre est battue de la marée sans fin de la vie et de la mort, pour tout ceux qui savent qu’ils doivent mourir, seul le sacrifice est l’égal de la mort.

« Comment vous parlaient vos voix ? » lui avait-on demandé quand elle était vivante.
- « Elles me disaient "Va fille de Dieu, va fille au grand cœur…" ». Ce pauvre cœur qui avait battu pour la France comme jamais cœur ne battit, on le retrouva dans les cendres, que le bourreau ne put ou n’osa ranimer. Et l’on décida de le jeter à la Seine, « afin que nul n’en fît des reliques ».

Elle avait passionnément demandé le cimetière chrétien.

Alors naquit la légende.

Le cœur descend le fleuve. Voici le soir. Sur la mer, les saints et les fées de l’arbre-aux-fées de Domrémy l’attendent. Et à l’aube, toutes les fleurs marines remontent la Seine, dont les berges se couvrent de chardons bleus des sables, étoilés par les lys…

La légende n’est pas si fausse. Ce ne sont pas les fleurs marines que ces cendres ont ramenées vers nous, c’est l’image la plus pure et la plus émouvante de France. Ô Jeanne sans sépulcre et sans portrait, toi qui savais que le tombeau des héros est le cœur des vivants, peu importent tes vingt mille statues, sans compter celles des églises : à tout ce pour quoi la France fut aimée, tu as donné ton visage inconnu. Une fois de plus, les fleurs des siècles vont descendre. Au nom de tous ceux qui sont ou qui seront ici, qu’elles te saluent sur la mer, toi qui a donné au monde la seule figure de victoire qui soit aussi une figure de pitié !

André Malraux

[1] Corneille : « Ce triste et fier honneur m’émeut sans m’ébranler »

samedi 2 juin 2012

Rule Britannia...


60 et 600 ans sont les deux commémorations de part et d'autre du bras de mer qui irrigue le vieux royaume anglo-normand. Six siècles ici pour la Pucelle d'Orléans qu'Anglois brûlèrent à Rouen, et là, soixante ans d'un règne commencé en pleine guerre, sur un peuple debout sous l'orage des fusées nazies, et qui célèbre aujourd'hui son avenir dans la consolidation de la plus vieille monarchie d'Europe.
Après deux révolutions que furent la décolonisation du plus grand empire mondial et sa revanche, la mondialisation, qu'est devenue l'Angleterre ?
Toujours la référence universelle du régime démocratique que l'on dit "de Westminster" et vers lequel avancent toutes les nations du monde, malgré quelques tracas pour sa naturalisation chez les primo-accédants, une autorité financière mondiale qui domine la galaxie Nylonkong et fait la loi en Europe, une industrie disparue dans le pays qui fit la première révolution industrielle, un peuple cosmopolite qui circule aisément sous tous les continents qu'il a marqués de son empreinte sauf un, l'Amérique latine. Si Elizabeth II est reine de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord, elle est encore plus la reine du Commonwealth où son autorité morale naturelle est considérable, non tant sur les politiques que sur les peuples. Les voyages réguliers de la famille royale par le monde entier en attestent.

Au quotidien, cette monarchie est fondée sur l'influence par le conseil et l'exemple, et les écarts coupables des moeurs princières ont été jugés graves par tous les Britanniques, car si cette fonction est diminuée ou ôtée, il ne resterait rien que des colifichets en boutique de souvenirs. Le souverain anglais est la triple clef de voûte de l'Etat, de l'Eglise nationale et de la Nation britannique et tout à la fois la pierre de touche de la politique du 10-Downing Street. C'est d'ailleurs une alchimie : les "idées" du gouvernement sont testées chaque semaine sur le souverain¹ et validées dans ce passage obligé. C'est plus qu'une procédure, un état d'esprit à la limite de la connivence imposée, chacun restant à la place que lui a fixé la coutume, constitution non écrite adaptative qui remonterait à la Grande Charte de Jean sans Terre, mais que d'aucuns repoussent de quelques siècles dans le haut moyen âge.

S'il est une vieille nation au monde c'est bien celle-ci, et dans un registre différent, la nation nippone. Quelques sortes d'éternités au-dessus de l'impermanence du monde.

Nous ne ferons pas aujourd'hui de cruelle comparaison avec notre République quinquennalisée, où quinze jours après leur défaite, les ténors du parti battu se rangent déjà sous les bannières de la campagne présidentielle à venir, sans égards pour le pays qu'ils ont conduit à la falaise !


God save the Queen !






(1) la souveraineté est partagée entre le monarque et le parlement

jeudi 5 janvier 2012

Jeanne d'Arc 600ème !

« Quand viendra le jour de la canonisation de Jeanne d'Arc, même ceux qui trouvent absurdes ou ridicules les prétentions de Rome¹, reconnaîtront que jamais figure plus noble ne fut offerte à la vénération des âmes.
Dans tout le moyen âge, il n'y a pas d'histoire plus simple et plus splendide, pas de tragédie plus douloureuse que celle de la pauvre petite bergère qui, par sa foi passionnée, a relevé sa patrie des profondeurs de l'abaissement et du désespoir pour subir la plus cruelle et la plus honteuse des morts, de la main de ses ennemis.
L'élévation et la beauté morale du caractère de Jeanne ont conquis les coeurs de tous les hommes ; et les Anglais se rappellent avec honte le crime dont elle fut victime.
Mais ce n'est ni pour son amour de son pays, ni pour sa bravoure sous les armes, ni pour ses visions mystiques, que le monde entier glorifie Jeanne d'Arc. C'est parce que, à une époque sombre et cruelle, elle prouva, par ses paroles et par ses actes, que l'esprit de la femme chrétienne vivait encore parmi les plus humbles et les plus foulés aux pieds, et portait à profusion d'incomparables fruits. Fut-il jamais nature plus droite, plus tendre, plus pure, plus profondément pieuse ?
Avant même qu'elle n'eût obtenu accès auprès du roi et qu'elle eût levé son étendard, le peuple partout crut en elle. La force de sa volonté, la hauteur de ses pensées, l'intensité de son enthousiasme domptèrent toute opposition;
Envers les prisonniers elle est douce et compatissante. Même pour les Anglais son âme est pleine de pitié. Elle les invite à se joindre à elle pour une grande croisade contre l'ennemi de la chrétienté.
Et quand, avec l'aide de quelques traîtres, trouvés parmi ses compatriotes, ils l'ont enlacée dans un filet et l'on fait condamner à une horrible mort, ses dernières paroles sont des paroles de pardon pour ses bourreaux.
En Jeanne d'Arc l'Eglise romaine honore un type auquel non seulement une nation, mais le monde entier² rend hommage, le type de la chrétienne, bonne, tendre et pure, à une époque sensuelle et sans pitié.»

(Publié dans le Times de Londres fin 1897 et signalé par Joseph Fabre, député de l'Aveyron, dans son "Mystère" en trois actes, La Délivrance d'Orléans, Hachette Paris, 1915)

(1) L'article ci-dessus est publié le lendemain de l'introduction de la cause de Jeanne d'Arc au Saint-Siège par l’évêque d’Orléans
(2) A cette époque les empires britannique et français tiennent à eux deux la planète

Le troisième procès de la Pucelle d'Orléans, celui-ci en béatification, fit suite au voeu parlementaire du député Fabre en 1884 pour l'institution d'une fête nationale de Jeanne d'Arc. Le voeu fut approuvé par le Sénat en 1894 pour être fixée au deuxième dimanche de mai, jour de la délivrance d'Orléans ; voté par l'Assemblée nationale en 1912 sur requête du président du Conseil, Raymond Poincaré. Il était juste temps, la Grande Guerre approchait ! Jeanne d'Arc ne sera canonisée qu'en 1920.

Nous terminerons ce billet commémoratif par un extrait du Mistère du Siège d'Orléans (Gallica), pièce en vers jouée au XVème siècle devant les contemporains de la Pucelle. C'est l'armement de Jeanne, où l'on retrouve le mythe d'Excalibur (Vers 10475 et suite pour les érudits):

Le Roy
Or ça, Jehanne, ma doulce fille,
Vollez-vous doncques estre armée ?
Vous sentez vous assez agille
Que vous n'en soyez point grevée ?
Car tout le lon d'une journée
Porter harnois sur votre dous
Vous en serez bientôt lassée,
Belle fille, qu'en dites-vous ?

La Pucelle
En nom Dieu, je le porterai bien :
Faites qu'il soit puissant et fort ;
Car je ne m'en soucie en rien.
Je me sens puissante et de port.

Le Roy
Outre plus qu'il faut avoir,
Une épée ; devisez-la :
On vous la portera pour voir.
Faite tout comme il vous plaira.

La Pucelle
D'épée point on n'en fera ;
Car j'en ai une toute quise,
Et, s'il vous plaît, prendre on l'ira
En un lieu où elle est assise.
Dès longtemps y a été mise,
Du temps des grands princes et rois,
Derrière l'autel et église
Sainte Catherine Fierbois.

Le Roy
Mais qui la vous a enseignée ?
L'avez-vous donc autrefois vue ?
Si vous êtes acertainée
Qu'elle y soit, comment l'avez sue ?

La Pucelle
Sire, je ne la vis jamais,
Ni je n'y fus oncque en ma vie ;
Mais je sais bien qu'elle y est,
Et l'y trouverez, vous affie.

Le Roy
J'y enverrai, n'en doutez mie....
Sus, messager, légèrement
Va chercher l'épée à ma mie
Et fais bien et diligemment.

La Pucelle
Or va, et soye vigilant
Porte-la vite, je t'en prie.

Le Roy
Or ça Jeanne, puis cependant
Il vous faut bannière jolie.

La Pucelle
Un étendard avoir je veuil
Tout blanc, sans nulle autre couleur,
Où dedans sera un soleil
Reluisant ainsi qu'en chaleur.
Et au milieu, en grand honneur
En lettres d'or on écrira
Deux beaux mots d'insigne valeur.
Qui seront : Ave Maria.
Et au-dessus notablement
Sera une majesté
Pourtraite bien et joliment
Faite de grande autorité.
Aux deux côtés seront assis
Deux anges, dont chacun riendra
D'une main une fleur de lis ;
L'autre le soleil soutiendra.
Puis après, il me conviendra
Avoir un cheval de poil blanc,
Lequel cheval me portera,
Et que il soit fort et puissant !

Le Roy
Or ça, Jeanne, ma douce fille,
Voulez-vous doncques être armée ?
Vous sentez-vous assez agile
Que vous n'en soyez point grevée ?
Car tout le lon d'une journée
Porter harnois sur votre dous
Vous en serez bientôt lassée,
Belle fille, qu'en dites-vous ?

La Pucelle
En nom Dieu, je le porterai bien :
Faites qu'il soit puissant et fort ;
Car je ne m'en soucie en rien.
Je me sens puissante et de port.

Le Roy
Outre plus qu'il faut avoir,
Une épée ; devisez-la :
On vous la portera pour voir.
Faite tout comme il vous plaira.

La Pucelle
D'épée point on n'en fera ;
Car j'en ai une toute quise,
Et, s'il vous plaît, prendre on l'ira
En un lieu où elle est assise.
Dès longtemps y a été mise,
Du temps des grands princes et rois,
Derrière l'autel et église
Sainte Catherine Fierbois.

Le Roy
Mais qui la vous a enseignée ?
L'avez-vous donc autrefois vue ?
Si vous êtes acertainée
Qu'elle y soit, comment l'avez sue ?

La Pucelle
Sire, je ne la vis jamais,
Ni je n'y fus oncque en ma vie ;
Mais je sais bien qu'elle y est,
Et l'y trouverez, vous affie.

Le Roy
J'y enverrai, n'en doutez mie....
Sus, messager, légèrement
Va chercher l'épée à ma mie
Et fais bien et diligemment.

La Pucelle
Or va, et soye vigilant
Porte-la vite, je t'en prie.

Le Roy
Or ça Jeanne, puis cependant
Il vous faut bannière jolie.

La Pucelle
Un étendard avoir je veuil
Tout blanc, sans nulle autre couleur,
Où dedans sera un soleil
Reluisant ainsi qu'en chaleur.
Et au milieu, en grand honneur
En lettres d'or on écrira
Deux beaux mots d'insigne valeur.
Qui seront : Ave Maria.
Et au-dessus notablement
Sera une majesté
Pourtraite bien et joliment
Faite de grande autorité.
Aux deux côtés seront assis
Deux anges, dont chacun riendra
D'une main une fleur de lis ;
L'autre le soleil soutiendra.
Puis après, il me conviendra
Avoir un cheval de poil blanc,
Lequel cheval me portera,
Et que il soit fort et puissant !




600ème anniversaire

Célébration importante à Orléans (clic)
Temps forts des célébrations à Domrémy-la-Pucelle (clic)
Nous reviendrons pour la fête nationale du 13 mai 2012 à Paris.



mardi 13 décembre 2011

Le prince et l'impermanence

 

Sauf celles du cortex cérébral, nos cellules sont bien plus jeunes que l'entité qu'elles animent. Le vieillard au seuil du dernier voyage n'a plus rien en commun avec le bel adulte de vingt ans. Ainsi en va-t-il de notre monde qui change de manière irréversible et parfois à vue d'oeil lors des soubresauts de la Nature, la loi du monde est bouddhique, impermanence et vacuité, ce que l'Ecclésiaste avait transformé en "vanité".
Dans un billet resté fameux parmi le cercle étroit des lecteurs éveillés (5), "Impermanence & Tradition", se posait la question suivante : « Si le principe prime le prince et assure une moyenne positive du gouvernement sur la durée, pourquoi fut-il contredit par trois fois : Louis XVI, Charles X, Louis-Philippe ?». Même pour le troisième, la cause en est le déphasage entre la couronne et la nation, la conservation de principes réputés supérieurs et immuables, donc permanents. Les accommodements avec le siècle ne furent que cosméthiques, un replâtrage des façades gâché à l'eau de mer, l'enduit ne pouvait tenir, le siècle courait devant le prince et le distançait. La Loi devenait la règle.
Faut-il dire que le salut de la monarchie est de se tenir en selle du cheval emballé de la modernité ? Pas vraiment. Mais plutôt comprendre l'impermanence du pays réel, ce qui ne veut pas dire y adapter sa conduite, mais savoir, ce qui est déjà beaucoup, et deviner le stratagème intellectuel qui peut dévier ou freiner la course des temps dans le but de sauvegarder l'essence même d'une nation en sûreté. C'est l'affaire du prince et plus souvent sans doute celui de Machiavel. Des princes que nous écoutons, nul ne parle de ça.

Le candidat royaliste Patrick de Villenoisy à la présidentielle a publié son programme. Nous en ferons une synthèse critique dans quelques jours. Occupons-nous aujourd'hui du paragraphe oublié dans ce programme qui recherche un consensus des chapelles : le prince. Il en est de trois sortes : princes de gouvernement, princes de témoignage et princes de salon.

Si l'on parle bien des princes qui ne règnent pas, nous en connaissons trois qui sont clairement au seuil des affaires et n'ont pas attendu de convocation pour s'inviter au débat politique de leur pays. Siméon de Saxe-Cobourg Gotha - n'ayant jamais abdiqué il est toujours Csar des Bougres - a mis ses compétences et son entregent international au service de l'intégration européenne de son pays, arriéré à bien des égards. Il reste partie prenante de la politique bulgare à la tête d'un parti de gouvernement disposant de députés, le "Mouvement national Siméon II".
Le second est l'ex-roi Michel de Roumanie qui a pu surmonter l'avidité totalitaire des nouveaux maîtres de la République nouvelle par son charisme et l'affect d'une grande partie de l'opinion. Il s'est laissé utiliser dans des démarches diplomatiques, négociant à la fois à l'OTAN et à la Commission de Bruxelles, voulant démontrer l'utilité de sa fonction d'ancien chef d'Etat et y parvenant, ce qui mérite d'être salué dans un pays fraîchement déstalinisé.
Ces deux peuples balkaniques sont certes plus royalistes que monarchistes - un peu comme l'Espagne -, mais lorsqu'ils auront terminé leur mise à niveau, ils disposeront de tous les éléments pour couronner élégamment leur renouveau. C'est un peu vrai aussi de la Serbie.
Le prince-héritier Aleksandar Karađorđević réside au Stari Dvor (le Vieux château de Belgrade) et a beaucoup d'activités officielles de représentations, mais n'est pas impliqué dans les affaires courantes. Il existe ainsi au centre de la toile politique, mentalement et géographiquement.

A la suite de ceux-là viennent les princes de témoignage, et ils sont nombreux. La plupart n'ont jamais été "activés" par les pouvoirs politiques, à la notable exception de Jacques de Bourbon-Busset qui fut président de la Croix-Rouge française en 1944 et fit un cursus diplomatique remarqué jusqu'à la vice-présidence du CERN de Genève (Centre européen de recherches nucléaires). Les autres, pour ce qui concerne la France, tâchent d'exister à partir d'un socle de fidèles - d'aucuns disent courtisans - qui les propulse dans des manifestations publiques, le plus souvent mémorielles. Le prince Jean a fait une promotion personnelle intelligente de son livre de propositions aux Français qui marquera. Le prince Louis a laissé écrire sur lui plusieurs ouvrages, mais son retrait de la promotion est moins rémunérateur en termes d'investissement politique. Il est arrivé déjà que de ces princes de témoignage l'on cherche à tirer parti. En 1958, c'est un prince Napoléon qui avait été pressenti pour achever la IV° République agonisante, avant que les gaullistes ne placent leur commandeur.

Viennent ensuite les princes de salon que nous croisons dans les revues mondaines. Tous sympathiques, ils ne sont pas le sujet de ce jour.


La question qui sera posée au candidat royaliste lors de sa campagne sera celle du prince, après sans doute celle des parrainages. Et cette question est très naturelle puisqu'on parle de monarchie. N'ayant présentement aucun prince de gouvernement, elle attendra la réponse des deux autres catégories. Yves-Marie Adeline, candidat officiel de l'Alliance royale en 2007, zappait la question posée et, ce faisant, affaiblissait sa propre crédibilité dans l'oeil d'autrui. Y répondre nominativement peut rallumer la querelle réouverte par la faute du comte de Chambord en 1873, si tant est que nos interlocuteurs au micro-trottoir acceptent déjà la concurrence d'un prince hispano-français non-résident et d'un héritier de la Monarchie de juillet échouée, qui pis est en délicatesse avec son propre père, chef de maison, comme dans Amour, gloire et beauté. Mais s'il faut répondre, laissons le candidat officiel le faire. Cette réserve ne doit pas nous priver de réfléchir à demain.

Si une dispute dynastique hors de saison diminuait dramatiquement les chances d'une accession, il serait légitime au sens plein d'écarter les plaideurs et de trouver la troisième voie qui mettrait tout le monde d'accord, content ou pas content ! Peut-être devrons-nous casser les codes pour échapper à ce blocage. Toute la loi de l'évolution, toute l'histoire des découvertes est une fracture des codes légués pour laisser naître de nouveaux systèmes. La désignation du prince en charge parmi le vivier dynastique pourrait, comme l'a souvent dit Royal-Artillerie, découler de la victoire circonstancielle de quelqu'un, celui (ou celle) que nous appelons "le dernier debout au milieu des ruines à Paris". L'évolution de notre société a remisé définitivement la berline de Gand. Les Français sont vaccinés au chef. Un chef va au charbon. Ce fut vrai des premiers rois, et ça le redevient.


lundi 4 mai 2009

Jeanne 2009

affiche AFEMarcher pour la Jeanne. Ce second dimanche de mai les royalistes se réuniront devant la statue dorée de Jeanne d'Arc, place des Pyramides à Paris. Les voix et les moutons, "gentil dauphin", Reims, font dix pour cent de l'affaire Jeanne d'Arc, l'essentiel est militaire dans l'esprit de ce temps, c'est à dire à la fois brutal, imprévu et mystique. Est-ce pour cela que la canonisation du capitaine Darc n'aboutira qu'en 1920 après des siècles d'obscurité ? L'Eglise ne pouvait si facilement "adorer" ce qu'elle avait brûlé.
Le plus sûr de l'histoire sont les campagnes militaires d'une part et le procès terminal dont on possède les minutes, de l'autre. Laissons la chicane à l'Université et pénétrons la tactique.
Tout commence au siège d'Orléans, ... non ! Le Stalingrad valoisien c'est l'abbaye fortifiée du Mont Saint-Michel où le sire d'Estouville et cent vingt chevaliers tinrent tête à Lancastre au seuil du duché de Normandie pendant trois ans à partir de 1423 et demeurèrent invaincus (respect !).

Orléans, grande ville fortifiée et porte du Sud (ou du Nord selon le côté d'observation), meilleur bénéfice stratégique que le Mont, tiendrait-elle autant ? C'est ce que voulait savoir Montaigu, vétéran d'Azincourt et lieutenant-général du roi d'Angleterre en Normandie. Il mit le siège devant Orléans le 12 octobre 1428, et commença à élever des bastilles d'attaque sur les côtés ouest et nord de la ville. Le 24, il prit le châtelet dénommé Les Tourelles, qui tient le pont rive gauche, non sans mal puisqu'il y resta.

Talbot qui lui succèda s'y enferma pour assister à la coupure du pont par les Français - damned ! - et à son encerclement. Les Anglo-bourguignons comprirent qu'ils n'étaient pas assez nombreux pour l'emporter ou bien les murs français étaient-ils trop épais pour leurs bombardes, qu'importe, l'équilibre des forces s'avéra mère de l'ennui ; aussi le corps d'armée bourguignon se retira-t-il du camp au premier prétexte, ce qui donna l'idée aux capitaines français de couper le ravitaillement anglais en se l'appropriant.

Trois cents chariots étaient annoncés le 11 février 1429 sur la route de Chartres avec une forte escorte. Des tonneaux de harengs pour le Carême ! Mais ils ne le surent que plus tard. Dunois sortit de la ville avec un corps franco-écossais mais Bourbon qui devait rallier, se traînait pour une raison ignorée. Les Anglais ne se démontèrent pas et formèrent le cercle de chariots dans la plus pure tradition des pionniers de l'Ouest sauvage pour poster leurs archers protégés - on n'avait pas encore découvert l'Amérique. Devant ce "fort" impromptu, Stuart qui commandait les Ecossais voulut charger à cheval alors que Dunois préférait ses lignes d'infanterie. Pour ne froisser personne chacun n'en fit qu'à sa tête, et Bourbon ayant rejoint entretemps se lança de même, à son idée. Les Anglais récitant la maxime du maréchal Soult (la discipline faisant la force principale des armées ...) les écrasèrent ; ce fut la Pâtée de Hareng.

Les rescapés revinrent à Orléans le moral à zéro et communiquèrent leur désarroi à toute la ville. Au printemps de 1429, les vivres commencèrent à manquer, stérilisant toute initiative de la part des franco-écossais. La rumeur courut le royaume d'un siège terrible, bien pire que celui du Mont Saint-Michel. C'était compter sans le Dauphin qui rencontra à Chinon le signal d'une rupture stratégique sous la forme de Jeanne Darc, dix-huit ans, une âme incandescente chevillée au corps et surtout tenant bien en selle. La Providence rebattait les cartes et Orléans serait sauvée par l'enthousiasme. Le 29 avril, l'avant-garde du corps d'armée du Dauphin Charles de France, fort de quatre mille hommes bien équipés, levés à Blois, arrive en vue d'Orléans pour renforcer la garnison et desserrer l'étau.

Au grand dam de la sainte qui voulait attaquer derechef les retranchements anglais de la rive Nord, l'avant-garde progressa sur la rive sud en s'écartant largement des postes anglais pour atteindre Chécy où Dunois l'attendait en amont d'Orléans. Il ne s'agissait pas de se battre mais d'abord de descendre des vivres par le fleuve vers la ville affamée, car avant de charger sous l'étendard du Christ, il fallait abriter l'approvisionnement à Orléans même, puisque le pays ne possédait aucune autre place forte qu'Orléans pour les mettre en sûreté. Dunois attaqua le soir la bastille de Saint-Jean-Le-Blanc pendant la descente des barges et les Anglais ne purent stopper le train.
L'avant-garde n'avait en fait été détachée que pour l'approvisionnement de la ville et l'escorte de la Pucelle. Jeanne et ses gens entrèrent le lendemain soir dans Orléans, toujours assiégée sur son arc "nord/ouest/sud" mais libre à l'Est, par la porte de Bourgogne (n°5 du plan). Du 30 avril au 3 mai, elle arpenta les remparts en exhortant son auditoire au courage, puis s'aventura deux fois sous escorte jusqu'au poste anglais du capitaine Glasdale pour demander des nouvelles de deux hérauts que les Anglais lui avaient pris. Le séminaire de remotivation s'acheva par une grande procession de l'Invention de la Croix le 3 mai. Les Anglais étaient hilares ; ils ne pouvaient pas connaître la suite.
On passa dès lors aux choses sérieuses.

Jeanne assaut
Dunois qui était parti à Blois prendre le gros des troupes, revint par la rive nord avec Gilles de Rais le 4 mai. Ils entrèrent en ville par la Porte Parisie (n°13) avant que d'attaquer la bastille Saint-Loup toujours sur la rive droite dans une position excentrée à l'Est, afin de faire passer les barges comme on l'avait fait la première fois mais sur la rive sud. L'escarmouche dégénéra et le tumulte de la bataille réveilla Jeanne en pleine sieste. Elle s'arma, leva les miliciens de la ville et sortit en renfort vers la bastille. Talbot accourut avec un fort parti anglais pour sauver sa position orientale. A ce moment précis, Dunois tourna ses forces contre la bastille de Saint-Pouair et leurra Talbot qui perdit Saint-Loup.

L'état-major français était plutôt relevé ; outre le Bâtard d'Orléans (Dunois), héros de Montargis à deux contre un, on y trouvait Gilles de Rais, spécialiste des prises de forts et châteaux ; Loré, tanné par les victoires et spécialiste de l'éclairage et des coups de main ; La Hire du camp d'Orléans, soldat audacieux mais entier, complètement droit en ces temps de bascule, jamais en deçà de la main au rempart ; Xaintrailles, capitaine gascon de valeur reconnue au point que les Anglais qui l'avaient fait prisonnier à Cravant, l'échangèrent contre le connétable John Talbot dont le seul nom terrorisait les enfants pas sages ; et Dammartin du parti de Charles de Bourbon, qui fera même le routier pour assouvir ses impatiences de soudard.
La Pucelle n'était pas seule avec Jésus et Marie mais entourée de valeurs militaires et d'expériences croisées. On décida donc de prendre les redoutes anglaises une par une plutôt que de faire une grande et glorieuse attaque pour entrer dans les Chroniques futures.
Il est temps de sortir le plan d'état-major, à cliquer pour mieux voir.


Le verrou de l'Est, la bastille de Saint-Loup, était tombé le 4. Le fleuve était libre d'accès en amont d'Orléans. Talbot renforça les Tourelles qui bloquaient le pont rive gauche, en réduisant au minimum la garnison de la bastille de Saint-Jean-Le-Blanc qui pour lui, faisait double emploi. Jeanne et la milice passèrent sur l'île aux Toiles le 6 et, après que les sapeurs eurent jeté un pont provisoire vers la rive sud, s'emparèrent sans coup férir de St-Jean-le-Blanc déserté. La troupe fit tête vers les Tourelles qui était la position anglaise de conséquence.

Les compagnies sortant de la porte de Bourgogne continuaient de passer sur l'île aux Toiles et l'infanterie attaquait déjà le couvent fortifié de Augustins proche des Tourelles. L'objectif était de combler les fossés de fagots et de les incendier entre les assauts. La garnison anglaise qui combattait pour partie à pied sous ses murs, tint bon et au moment opportun lança sa contre-attaque. Jeanne qui commençait à prendre goût à la tactique, avait convaincu La Hire de former un escadron adossé à Saint-Jean-le-Blanc. Ceux-là chargèrent à ce moment et repoussèrent les Anglais derrière leurs murs. Les renforts français continuaient à passer le fleuve et pour la seconde fois Talbot fut leurré par Dunois qui attaqua la bastille Saint-Laurent dès que le groupe de Jeanne et La Hire monta à l'assaut du couvent. La Pucelle s'y blessa dans une chausse-trappe.

Dès la nuit, Talbot vida ses bastilles de Saint-Privie et de Charlemagne pour concentrer ses forces sur la rive nord. Ainsi les Tourelles et la barbacane qui tenait l'accès au pont, étaient-ils les seuls points d'ancrage des Anglais au sud du fleuve. Cette position dès lors isolée était destinée à tomber. Ça se passa le 7 mai. Après un bonne nuit de récupération en ville, Jeanne rejoignit aux aurores ses capitaines aux Augustins.

La barbacane située entre les Augustins et les Tourelles était une construction carrée imposante faite de quatre murs de pierre et de bois posés sur une levée de terre, le tout cerné d'un fossé en eau, sauf pour le mur du nord qui avait son pied dans le fleuve. L'accès se faisait par trois passerelles de flanc et un ponceau appuyé aux Tourelles. A 8 heures, l'infanterie teste les défenses. Il apparaît indispensable de combler le fossé de fascines et tous débris de démolition, ce à quoi la milice s'attelle pour terminer ce travail vers 1h de l'après-midi. L'assaut de la barbacane est donné aux échelles. Jeanne trop exposée prend une flèche sous la clavicule et l'assaut est brisé. Dunois envisage de remettre à demain, mais Jeanne demande de surseoir à cette décision le temps d'une prière. Sa bannière est dans les mains de Le Basque qui s'immobilise face au fossé, le pied de hampe posé au sol. Jeanne de retour saisit sa bannière de son bras valide et dans un geste naturel l'élève pour la reprendre au soldat. L'infanterie voit le signal et lance un dernier assaut, décisif celui-là puisqu'il surprit les Anglais qui croyaient en avoir fini pour la journée.

Pendant ce temps, les sapeurs français avaient construit un brûlot qu'ils lancèrent sous le ponceau des Tourelles reliant la barbacane, et l'endommagèrent à tel point que lorsque le capitaine de garnison voulut retraiter de la barbacane perdue aux Tourelles, celui-ci s'effondra sous leur poids.
Mais les choses avançaient aussi par le nord. La milice établissait des passerelles entre les bouts de pont sur la Loire et bientôt on put lancer des compagnies à l'assaut des Tourelles du côté opposé à la barbacane. Dans la tenaille, les Anglais ne surent résister et capitulèrent à la nuit tombée. Ce soir du 7 mai, Jeanne d'Arc et la troupe française rejoignirent la ville d'Orléans à pied sec, en passant par le pont sur la Loire.

Le lendemain était un dimanche. Suffolk, le commandant anglais, décida d'en découdre à la loyale et disposa ses gens en ordre de bataille à partir de ses positions de l'ouest, privilégiant ses archers gallois comme à Crécy (1346), et il attendit. Les Français, avisés de ce dispositif meurtrier, apparurent aux créneaux pour admirer la manœuvre mais ne sortirent pas. Sur les conseils de Jeanne, ils assistèrent à une grand-messe en plein air. Suffolk déçu plia bagage et retraita vers Meung où il fut pourchassé par des francs-tireurs.
Le siège d'Orléans était levé le 8 mai 1429.

Le dauphin vint à Tours pour y recevoir la nouvelle de la bouche de Jeanne le 10 mai 1429. Commença alors la campagne de la vallée de Loire sous le commandement du duc d'Alençon, dont le succès permettra le sacre de Charles VII à Reims. L'épopée de Jeanne d'Arc commençait.

écus du siège d'Orléans



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vendredi 9 mai 2008

Jeanne 2008

affiche AFE Jeanne 2008
L'Action Française Etudiante lance des invitations pour ce week-end à une longue soirée en ses locaux du 10 Croix des Petits Champs

Samedi 10 mai
15:00 Accueil
16:00 Forum d’Action française sur le thème de Mai 68 :
“Sous les pavés, la France !”
Un bilan de la révolte : rejet de la société de consommation, primauté du politique, écologie, économie solidaire, retour à la terre, autogestion, fédéralisme, communautés.
Sur place, les stands, la librairie, le bar… et la camaraderie.

19:30 Buffet campagnard (paf)

21:00 Soirée dansante : 1968-2008 : quarante ans de rock !
Paf : 10 €, gratuit pour les filles avant 22h00.

Dimanche 11 mai
Cortège traditionnel vers la place des Pyramides à Paris
Rassemblement à 9h30 à l'angle rue Royale et de la rue Saint Honoré.
Métro Madeleine ou Concorde.

On attend du monde, surtout en cette année de tous les reniements.
Soyez à l'heure.


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dimanche 20 avril 2008

Jeanne en 2008

affiche AF Jeanne 2008

Présentation du dossier Jeanne d'Arc de Martin Messonnier par Arte
(DVD disponible à la vente ou location).

Qui était Jeanne ?

Jeanne d’Arc a-t-elle été envoyée par Dieu pour sauver le royaume de France ou bien la petite bergère de Lorraine a-t-elle été transformée en prophétesse pour des besoins politiques ? Une passionnante enquête de Martin Meissonnier, qui explore les mystères entourant l’existence extraordinaire de la Pucelle.

Est-ce bien la vraie Jeanne d’Arc qui, après avoir chassé les Anglais d’Orléans et fait sacrer le roi Charles VII à Reims, a été brûlée vive à Rouen en 1431 ? Qui donc était celle que les historiens appellent la “fausse Jeanne”, réapparue dans la région de Metz cinq ans après son supplice ? Sait-on que l’histoire d’une pucelle élue par Dieu pour sauver le royaume était prophétisée avant même sa naissance ? Que la famille de l’humble bergère de Domrémy était en fait l’une des plus aisées de son village ? Comment expliquer que la jeune fille parlait un excellent français alors qu’elle se déclarait illettrée ? Quelle a été sa formation militaire pour parvenir à renverser le cours de la guerre de Cent Ans ? Autant de questions surprenantes qui font de l’existence de la plus célèbre héroïne de l’histoire de France un mystère encore loin d’être résolu.

enluminure armée de Charles 7
Si, dans la mémoire collective, Jeanne d’Arc est la petite bergère devenue guerrière et sainte après avoir entendu des voix célestes, quelle est la part de vérité et quelle est la part de légende dans cette histoire édifiante ? Grâce à une mise en scène très soignée donnant accès aux témoignages écrits et aux documents d’archives de l’époque – comptes-rendus de procès, mémoires de chevaliers –, à travers également les précisions passionnantes d’historiens du Moyen Âge, Martin Meissonnier reconstitue les grandes étapes de la vie de la Pucelle en soulevant à chaque fois les points obscurs et énigmatiques qui contredisent la version officielle. Il met parfaitement en lumière les enjeux politiques liés à cette histoire et tente de résoudre des faits restés inexpliqués, voire inexplicables. Entrecoupant son récit d’extraits de films (s’il n’existe aucun portrait connu de Jeanne d’Arc, celle-ci n’en est pas moins devenue l’un des personnages les plus représentés !), le réalisateur entretient le suspense en remarquant que si l’on ne croit pas à l’intervention divine, il faut bien admettre une stratégie humaine… Les interprétations proposées sont convaincantes mais, au final, bien des questions demeurent.
(Source Arte, l'Aventure Humaine)

vitrail de Chelles
Tout le dossier et l'achat du DVD en cliquant ici.


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