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samedi 6 avril 2024

Dar el-Chifa

#2258 - L'hôpital el-Chifa de Gaza City a été évacué par l'armée israélienne après deux grosses semaines d'une bataille sans merci contre les freux du Hamas et du Djihad Islamique qui s'étaient planqués dessous. Dans la presse internationale, les images impressionnantes des décombres occulteront le score de plus de deux cents militants neutralisés et les valises de cash récupérées avec l'arsenal. Même s'il ne fait aucun doute que le Hamas se sert des infrastructures sanitaires les plus sensibles comme bouclier humain (c'est dans les gènes), la vue du carnage et la déploration en boucle des malheureux Gazaouis finiront par ruiner le crédit d'Israël dans l'opinion internationale. Mais plus gravement, les propagandes respectives des parties au conflit nient toute idée de coexistence future des deux peuples.

ruines de l'hôpital Dar el-Chifa de Gaza City
Aucun Palestinien ne trouve de raisons d'accepter une cohabitation "entre le fleuve et la mer" avec les Juifs ; et chez ceux-là, par la sauvagerie de la razzia du 7 octobre 2023 sur les kibboutzim et la rave party, les malheurs des Palestiniens ne provoquent aucun émoi. Sans la mise en danger des otages, l'opinion juive pousserait plus fort à l'exode des Gazaouis vers le désert du Sinaï, avant que de faire passer le Jourdain aux Cisjordaniens, la baïonnette dans les reins. La tentation est vive parmi les colons juifs d'accélérer le mouvement en rendant la vie impossible aux Bédouins mal assurés dans leurs propriétés. Les vexations jusqu'au sang versé sont quotidiennes et retransmises sur les chaînes arabes. La haine réciproque est à son paroxysme. Mais les chancelleries se croient encore dans le coup, confortées par des résolutions onusiennes, sans effet aucun.

La chimère des deux Etats se porte de mieux en mieux en dehors de la Palestine mandataire. L'Autorité palestinienne de Ramallah qui ne représente plus personne va même demander un siège de plein exercice aux Nations Unies de New-York. Et les ministres promènent "les deux Etats" de capitale en capitale où tout le monde fait semblant. On est entré dans l'époque d'une vengeance sicilienne qui durera plus d'une génération. Deux nakba, c'est trop demander. Si le pire n'est jamais sûr, il est parfaitement visible, à commencer par un apartheid sévère avec démembrement progressif du bantoustan.
La Rue arabe acceptera-t-elle longtemps la compassion du bout des lèvres de ses dirigeants ou réclamera-t-elle d'agir par les armes ? C'est ce que vous ne verrez pas au prochain numéro ; vous saurez pourquoi lundi. Finalement, on n'a jamais croisé une diplomatie mondiale autant déconnectée des réalités du terrain, qui se croit encore à l'époque des Sykes-Picot. Il va falloir inventer quelque chose d'inédit car du passé rien ne vient qui trancherait le nœud gordien du partage des terres !

samedi 9 mars 2024

Dunes

#2246 - J'ai revu Dune 1 de Denis Villeneuve hier soir. Les cinéphiles sont impatients de voir son Dune 2, on comprend pourquoi : c'est irraccontable. Le mieux bien sûr est d'avoir lu les six bouquins du cycle de Frank Herbert (et pas un de plus, m'a dit un jour Juan Asensio, et aucune adaptation cinématographique avant celle de Villeneuve). Sans difficultés sinon, ça prend aux tripes ! Mais si une analyse approfondie de la guerre cosmogonique vous est nécessaire, ne cherchez pas ailleurs que la recension polémologique du colonel Goya titrée L'Art de la Guerre dans Dune. Travail sur-humain. Normal, c'est Dune et Goya.

Zendaya dans le rôle de Chani

S'il fallait sigler cette oeuvre d'un mot, je choisirais "adaptation". L'adaptation des Fremen aux yeux bleus. L'univers de Dune est à l'inverse du nôtre bien qu'il ne soit pas une prémonition de l'auteur sur une dégradation irrémédiable de notre environnement puisqu'il a écrit la série de 1965 à 1985. Mais aujourd'hui nous y sommes. Le seuil communément admis de 2°C d'augmentation de la température moyenne du globe est celui des capacités d'adaptation de la civilisation humaine. Voir au-delà, c'est carrément de la science-fiction, mais il est fort probable que les désordres des nations vont accélérer l'étude puisque l'affrontement annoncé des empires reconstitués va obérer la nécessaire régulation des gaz à effet de serre, repoussant d'autant la possibilité de stabiliser cette température moyenne. On peut faire un détour par le site Ecotoxicologie.fr pour caler ses propres idées sur ces phénomènes. La présentation didactique est tout à fait absorbable, avec beaucoup de liens pour qui veut approfondir ou se rassurer par la connaissance des fléaux (clic). Il y est dit qu'au-delà du chiffre magique, l'apocalypse n'est plus si loin : « Dans un monde compris entre 3°C et 4°C de réchauffement, le niveau de la mer pourrait s’élever de plus d’un mètre en 2100, sous l’effet de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique. Un tel scénario aurait des conséquences majeures pour les régions côtières, notamment dans les mégalopoles d’Asie, en Afrique et dans le Pacifique Ouest. Un monde où, si le réchauffement atteint 4,5°C, près de la moitié des espèces présentes sur la terre pourraient disparaître, en particulier la flore. Un monde où la température pourrait grimper jusqu’à 55°C à l’ombre en France dès 2070 et où les vagues de chaleur mortelles pouvant atteindre 80°C pourraient rendre de vastes territoires inhabitables en Chine, au Brésil, au Nigeria ou dans les pays du Golfe persique d’ici la fin du siècle. Un monde dans lequel le dégel massif du permafrost pourrait faire resurgir certains virus disparus ou inconnus et être à l’origine de pandémies comparables au COVID19. »

Feux gigantesques et pluies diluviennes sont le quotidien des chaînes d'actualités qui n'ont plus besoin de faire la propagande du GIEC. Le plus obtus des hommes voit les catastrophes sur l'écran bleu et les attend pour demain à sa fenêtre. L'ambiance cataclysmique économise la sueur des lanceurs d'alerte ; d'une certaine façon, ils ont gagné et ont perdu à la fois : sauf dans les recoins obscurs de quelques sites de "réinformation", le réchauffement climatique est d'acception générale dangereux, mortellement dangereux ; mais l'anarchie de la force partout victorieuse du droit va annuler les moyens de lutter pour le contenir sous la limite gérable.

A voir les satrapes fascinés par leur propre puissance qui gouvernent des espaces aussi menacés que la Russie, l'Asie steppique, la Chine, voire les Etats-Unis demain, on peut craindre que les objectifs de lutte contre le dérèglement climatique fassent partout l'objet d'arbitrages au profit de la guerre immédiate plutôt qu'à celui de la "lutte finale" qu'on engagera bien assez tôt. Il est sage de parier sur un dépassement de seuil et de se préparer à survivre dans un environnement inconnu de mémoire d'homme, même si on vous rabâche que la terre a vu bien pire dans un passé lointain. Aucun témoin de ces périodes terribles n'a pu transmettre son vécu jusqu'à nous.
Il n'est pas plus intelligent de dire que l'implication des activités humaines n'est pas sûre dans le dérèglement climatique parce que cette assertion ne vous sera d'aucune utilité tant l'inéluctabilité de cette apocalypse semble forte ! Quelles que soient les causes du phénomène, elles comptent bien moins que leurs effets, dont la course effrénée aux territoires mieux tempérés sera le pire !

Alors pour bien commencer votre méditation sur l'état du monde que vous laisserez à Michel Drucker, vous devez aller voir l'opus second de Denis Villeneuve. La bande-annonce Dune 2 de la Warner est par ici. Quand la terre aura fini le cycle de son réchauffement, elle présentera l'immobilité perfide de la planète Arrakis et c'en sera fini de nous. Sortiront de terre les mutants.


(Cycle d'Arrakeen 2024)

Epilogue

Dans son rapport sur l'année 2023 Le Programme Copernicus (ASE+EUMETSAT+) indique qu'elle est la plus chaude jamais enregistrée et probablement dépasse toutes celles de n'importe quelle période depuis cent mille ans.
Marie-Adélaïde Scigacz présente ce rapport scientifique de manière à le rendre accessible au plus grand nombre avec cartes et abaques sans tomber dans le pathos habituel des clubs écologiques végétariens.
Le mieux est d'en prendre connaissance en cliquant ici et de savoir qu'après la glace, la pierre, le bronze, le fer, le silicium, nous allons entrer dans l'âge du four. Je redescends derechef au garage pour finir la construction de ma navette spatiale sur le modèle déposé de La Soupe aux Choux.

vendredi 23 février 2024

Anniversaire d'une forfaiture attendue

faucon gerfaut, emblême de l'Ukraine
#2241- Cela fera deux ans demain qu'a commencé la guerre russe des trois jours ! Au Kremlin, le capominus di tutti capi sème le chaos depuis dix ans sur le limes occidental de la Fédération de Russie qui ne lui suffit pas. Pourtant il y aurait beaucoup à faire pour la rendre présentable. Au lieu de quoi, la clique en charge veut augmenter son "espace vital" comme Adolf Hitler le faisait des Sudètes, mais au moins le Führer tant aimé gouvernait un pays civilisé où les trois quarts de la population n'allait pas chaque matin chier dehors dans un trou de neige.
L'économie de guerre qui leur permet de tenir la dragée haute à l'Occident commence à détruire l'économie civile déstabilisée par les sanctions, rationnée dans ses approvisionnements, et bloquée dans ses exportations ; ce à quoi les Russes sont habitués depuis toujours. La pénurie budgétaire détisse la cohésion de la Fédération dans ses espaces perfusés de subventions, comme ils le sont tous à l'est des monts Oural. Quand Moscou ne pourra plus payer les gueux, il y aura de gros problèmes comme l'anticipait Hélène Carrère d'Encausse. Les gouverneurs seront tentés d'ouvrir des alternatives pour se maintenir à poste en "sauvant" leurs administrés. Entretemps, le budget russe entrera dans le tunnel d'une compétition existentielle lancée par le Kremlin parce qu'il va falloir tenir tête à l'implication de plus en plus lourde de l'Occident global dans la guerre d'Ukraine aux côtés de Kiev, lequel rehausse continûment le niveau technologique des armes livrées au front. Le dernier défi du même genre fut la "Guerre des Etoiles" de Ronald Reagan que le Politburo n'avait pu suivre parce qu'il était en train de s'y ruiner. Finalement, la ruine de l'Union soviétique emportera peu après la bassine, le bébé, l'eau du bain, tout ! Chaos total !

Contrairement à la doxa pro-russe française, la Russie n'a pas d'amis. La Chine populaire soutient Moscou comme la corde le pendu en surveillant l'extrême-orient sensible où elle a des revendications anciennes mais toujours réitérées. Des banques chinoises ferment leurs comptes russes. Les entrepreneurs chinois appelés à combler le déficit de production russe ne viennent pas afin de ne pas mettre en péril leurs exportations plus juteuses vers les pays de l'OCDE, et les corporations gazières ne se précipitent pas pour poser les tuyaux au Kazakhstan, si encore elles s'y décidaient réellement un jour ; les mollahs iraniens facturent les drones à prix d'ami dix fois plus chers que le tarif ; l'Inde absorbe beaucoup de brut à prix cassé qu'elle raffine avant de le revendre sur le marché mondial encaissant la marge que se faisaient les Russes auparavant. Et personne n'accepte plus les roubles. Mais l'ancien préposé aux tampons du KGB de Dresde fait campagne sur ses succès... historiques, et les otaries en réunion battent des nageoires !

Jusqu'où iront-ils ces Russes-là, car nous faisons la différence ! Jusqu'au chaos final tel que l'a connu l'URSS. La banqueroute morale et sociale de la Russie ne lui permettra pas de sauver de la dislocation la Fédération de Russie et sa coagulation forcée. Après le départ des "stans" en 1991, viendra bientôt celui des républiques ethniques à l'identité fortement marquée dont les hommes auront le plus contribué aux listes de morts et disparus de la guerre d'Ukraine. N'ayant jamais été éduquées à leur propre prise en charge, le désordre sera total, tant et si bien que se fera sentir rapidement un besoin d'ordre. Quels seront alors les pôles d'aimantation permettant de faire tourner des systèmes "solaires" de l'Oural au Kamtchaka ?

La Chine populaire est déjà à l'affût d'un anschluss économique et démographique des terres de l'Amour qui lui furent arrachées par les tsars aux siècles précédents (*). Dès la mort de Staline, cette revendication rampante a donné lieu à des conflits ouverts sino-soviétiques qui précipitèrent en un affrontement armé en 1969.
Le Caucase musulman trouvera peut-être une solution avec l'une des puissances régionales du Croissant qui manifestera son intérêt, les autres au bonheur la chance à qui paiera le plus.
Délestée d'un terrain vague immense qu'elle n'aura pas pu tenir, la Russie occidentale deviendra un tigre économique aussitôt que les réformes économiques de bon sens auront été appliquées, après destruction complète de la clique prédatrice poutinienne qui obère tout développement utile. Rien ne dit que la Biélorussie ne s'y agrègera pas ; ce serait son intérêt.
Si le nouveau pouvoir russe est assez intelligent, il décrètera zone franche l'enclave de Kaliningrad qui entrera ce faisant, comme la Norvège, dans le marché commun où est sa vraie place.

carte politique de la Fédération de Russie

Mais l'anniversaire des deux ans de guerre est aussi le moment de faire le point.

Le front oriental au Donbass est stabilisé, les belligérants essaient d'oblitérer les saillants (comme Avidiivka) mais d'aucun côté la puissance de feu n'est suffisante à maintenir une poussée décisive qui percerait le dispositif adverse. Le bombardement des lignes arrières, nœuds logiqtiques, postes de commandement, radars et conduites de tir se poursuit, les Russes travaillant au poids, les Ukrainiens au mètre. La couverture aérienne de l'Ukraine par des avions modernes facilitera la manœuvre mais ne changera pas le fond tactique. Puisque la contre-offensive de Kiev visant à atteindre la Mer d'Azov pour rompre le continuum territorial entre le Donbass et la Crimée a échoué, il semble que la zone d'effort soit maintenant la péninsule tatare. On attend donc la coupure du pont de Crimée pour demain si elle n'a déjà été faite au moment où s'écrit cet article. Les Russes s'y attendent aussi. Ne tenant plus la mer, les Russes auront un mal de chien à se maintenir en Crimée sous les bombes métriques ukrainiennes, mais les garnisons se battront sans doute jusqu'au bout pour entrer dans l'Histoire.

Sur le plan diplomatique, le fait marquant de ce mois de février 2024 est le triple accord de sécurité que l'Ukraine a signé séparément avec le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France pour programmer un soutien dans la durée (dix ans) en attendant l'intégration du pays dans l'Alliance atlantique. L'implication formalisée des trois puissances européennes du côté ukrainien aura plusieurs effets induits, le premier étant de montrer au Congrès des Etats-Unis que la Vieille Europe ne s'en laisse pas compter, ni par l'un, ni par l'autre. Le deuxième est une occidentalisation de l'armement ukrainien et une normalisation OTAN des règles d'engagement. Le troisième effet signale aux pays en retrait de la main comme l'Autriche, la Hongrie ou la Slovaquie qu'on n'a pas besoin d'eux pour contenir l'avancée de la brute qui marche ; ce qui les obligera à en rabattre lors des prochains sommets à Bruxelles. La Commission européenne est aussi et d'une certaine façon by-passée par ce mouvement stratégique des trois pays majeurs ; faut-il y voir la main de l'Angleterre ?
Sur un autre plan, on notera la mise en place à l'initiative des Etats-Unis de plusieurs "coalitions de capacités" en soutien à l'Ukraine qui spécialisent la trajectoire des efforts consentis par l'Occident. Coalition "information" de l'Estonie et du Luxembourg, coalition "artillerie" de la France et des Etats-Unis ; coalition "F-16" des Pays-Bas, Danemark, Belgique ; coalition "anti-aérienne" de l'Allemagne, France, Belgique, Danemark, Lituanie, Grèce et le Royaume-Uni ; etc.

Il ne reste plus qu'à décrypter le mystère de l'hypnose des dirigeants occidentaux qui aura duré vingt ans. Si on connaît les circonstances russes de l'ascension de Poutine, par le côté obscur de la corruption sanglante au sein d'un mouvement de captation du pouvoir par les siloviki (FSB), il est incompréhensible que l'insignifiance primitive d'un employé du KGB mal noté par ses chefs n'ait pas sauté aux yeux des services d'analyse, à moins que ce ne soient les dirigeants politiques qui aient décidé de passer outre leur avis ; mais tous à la fois ? Ce n'est pas pensable. Je suis demandeur d'une explication.

Pour terminer, rappelons les termes de l'accord négocié à Istanbul au mois de mars 2022 par les délégations ukrainiennes et russes, accord qui fut refusé par le Kremlin alors en pleine offensive :
  • Retrait de l'armée russe des territoires envahis depuis le 24 février ;
  • Finlandisation de l'Ukraine (pas d'intégration à l'OTAN);
  • Démilitarisation limitée (le format de l'armée devait être négocié à part);
  • Les oblasts séparatistes du Donbass bénéficieraient d'une autonomie semblable à celle du Pays basque espagnol ;
  • L'Ukraine s'engageait à tenir un référendum d'appartenance en Crimée (et pas dans tout le pays) avant quinze ans ;
  • Un traité de neutralité et sécurité devait recevoir l'endos de puissances européennes prêtes à s'investir dans son exécution.
Le premier avril 2022, la question pouvait être en voie de réglement, mais alors que les colonnes blindées russes commençaient à desserrer l'étau, surgissait le massacre ignoble de Boutcha ! Pourtant des contacts ténus furent maintenus jusqu'à la chute de Marioupol le 17 mai et son score atroce de victimes civiles et militaires. Terminato !

Les belligérants ne sont plus aujourd'hui dans le même état d'esprit, qui marchent sur des centaines de milliers de morts. Les Ukrainiens reçoivent enfin des armes de dernière génération qui apportent allonge et précision ; les Russes de leur côté bénéficient de la reconversion de leurs usines mécaniques à l'économie de guerre et la production est là. Les munitions ne semblent pas être un problème, surtout en 152 coréen, même si la logistique russe est régulièrement visée. Il faudrait être autour de la caisse à sable de chaque état-major pour les écouter, mais il semble que les Ukrainiens soient modérément optimistes à partir du moment où les livraisons d'armes occidentales continuent. Reste à trouver les hommes pour les servir. C'est leur problème ; par contre ils doivent absolument contrôler leur espace aérien et dans ce compartiment nous seuls pouvons les aider. Et aussi au niveau de chacun :

Volodymyr Zelensky a créé le site UNITED24 pour collecter des fonds de fondations et de particuliers pour l'effort de guerre. Chacun peut contribuer d'un simple clic à partir de 50 euros. C'est par ici. Merci. Le piéton cotise pour la fabrication des drones navals (*). Aussi, quand un bateau est envoyé par le fond au moyen de l'un d'entre eux, il peut légitimement se reservir à l'apéro un verre de muscat de Frontignan !

jeudi 15 février 2024

Nos armées vers un 3%pib ?

#2239 Ce billet est l'application des mesures de rattrapage exigées par le billet précédent.
Souvenons-nous de la déclaration du général Lecointre, CEMA sur le départ à l'été 2022, qui ouvrait la réflexion sur un doublement des crédits d'armement pour atteindre la masse critique de nos armées en dessous de laquelle nous n'étions pas "sérieux". Quelque part il a été entendu, puisqu'il laissait un budget hors-pensions de 35 milliards d'euros à 1,86%pib (2020) et que la queue de trajectoire de la dernière loi de programmation militaire de 413 milliard d'euros, décidée par le président Macron pour racheter l'incurie de ses prédécesseurs, devrait permettre d'atteindre 50 milliards, hors-pensions, à l'horizon de 2050. Le compte du Gal Lecointre n'y est pas tout à fait (2x35=70). Nous n'entrerons pas dans les détails de cette projection mais plutôt dans la dispute atlantique des "2%pib" rapportée aux pays membres de l'Alliance. La France devrait atteindre ce totem du "partage du fardeau" en 2025 et rejoindre la classe des bons élèves menacés que sont les trois Baltes, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie, la Slovaquie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, lesquels couvrent par ces crédits bien d'autres théâtres stratégiques que l'Europe (source OTAN). La France est à 1,90%pib sauf que si nous retranchons le coût estimé car secret de l'assurance-vie nucléaire de +/-10% du total qui ne concerne pas les alliés, nous tombons à 1,71% quoiqu'encore devant l'Allemagne à 1,57% avant le sursaut de cent milliards en cours à Berlin.

projet franco-allemand d'avion du futur

Le général Yakovleff, *ancien commandant en second du SHAPE, disait récemment que si l'on retranchait des budgets nord-américains les dépenses non-affectées à l'Alliance atlantique, le partage du coût de la défense de l'Europe était réparti moitié-moitié entre les deux rives de l'océan. Il ajoutait qu'il serait plus juste que l'Europe en prenne jusqu'aux deux tiers, ce qui implique un réhaussement sensible des budgets continentaux de défense. Puisqu'on en parle beaucoup, il faut savoir que factuellement¹ Donald Trump a plutôt renforcé l'OTAN que l'inverse pendant son mandat présidentiel. Par contre ses menaces à peine voilées envers les pays à la traîne de contributions a fait dire à Angela Merkel, lors du G7 de Taormina en 2017, qu'il était temps que l'Allemagne se prenne en charge.

Note (1) Extrait d'un article de Nemrod : « Malgré bien des considérations négatives quant à l’organisation, le mandat de Donald Trump a été marqué par d’importantes augmentations des dépenses militaires américaines au sein de l’OTAN. Les États-Unis se sont par exemple appuyés sur le programme de l’Initiative Européenne de Dissuasion (EDI), lancé par Barack Obama dans une perspective dissuasive de l’agression russe contre l’OTAN, permettant d’améliorer les capacités de l’Alliance à envoyer des renforts en Europe de l’est. En 2019, le département de la Défense américain demande un financement de 6,5 milliards de dollars, contre seulement 3,4 milliards en 2016. Le Département d’État sous Mike Pompeo a d’ailleurs accordé une attention particulière à l'Europe de l’Est comme espace stratégique permettant de contrer l’influence russe en améliorant la sécurité et la coopération énergétique. La Pologne en est l’illustration, souhaitant établir une base militaire américaine du nom de Fort Trump sur son territoire, alors que les États-Unis effectuent des rotations des forces de combat à travers le pays et exploitent les drones de reconnaissance polonais. L’Atlantique-Nord en est une autre, dont l’importance stratégique devient évidente pour les membres alliés, et où la marine américaine a officiellement rétabli sa IIe flotte en 2018. Divers exemples qui témoignent ainsi d’une tendance américaine à renforcer les aptitudes transatlantiques à se défendre et à dissuader une grande variété de menaces et ce, malgré la rhétorique contradictoire de Donald Trump. » (lien vers la source)

Pour diverses raisons de contexte, dès 2017 la tendance était déjà au rehaussement des engagements budgétaires militaires chez les Européens. Des instituts réputés comme l'IFRAP jugent que notre effort de défense ne peut être en dessous de 3% du produit intérieur brut, mais le biais de l'étude est de consommer le trop-plein de prestations sociales pour nous ramener à la moyenne OCDE. Nous en resterons donc à la perception de François Lecointre qui donne comme objectif 70 milliards d'euros constants, ce qui ferait 2,6%pib actuel hors-nucléaire, hors-pensions, donc un total légèrement supérieur à 3%pib. On est raccord. Cet effort sera-t-il suffisant pour garantir nos outremers contre l'appétit des empires prédateurss est une autre question.

Où est le gras budgétaire permettant de financer l'effort de défense ? C'est l'IFRAP qui donne les pistes : « Grand paradoxe : en France, où l’État est omniprésent, il semble bien que le sujet de la sécurité extérieure, de la défense et de la dissuasion soit devenu le parent pauvre de nos finances publiques. C’est pourtant la première raison d’être de l’État que d’assurer la sécurité de ses habitants. Las, l’État-providence a souvent pris le pas sur l’État régalien. Aujourd’hui, la puissance publique rime plus avec la protection sociale au sens large : près de 31 % du PIB y sont consacrés (la moyenne de l’OCDE est à 20 %), soit un total de 812 milliards d’euros (dont 763 milliards de prestations) en 2019 par rapport à 1347 milliards de dépenses publiques la même année » (source).

Donc, comme nous l'annoncions à cheval sur le taureau blanc, c'est la protection sociale qui va payer la sécurité du pays. A préjuger des réactions des classes populaires chauffées à blanc par les capitulards et autres collabos en devenir, l'affaire ne pourra être conduite sans que soit nommé un dictateur romain à la Salvadorienne avec fermeture de l'assistance publique, suspension de l'état de droit, mise à pied des juges, loi martiale, état de siège. On commençait à s'emmerder !

lundi 1 janvier 2024

En guise de vœux...

drapeau ukrainien assombri par la guerre
Va falloir tenir, mais Dieu reconnaîtra les siens. Pour l'Ukraine le chemin de justice sera encore long et semé d'embûches. Mais la fronde de David est intelligente et les cœurs sont hauts. A nous de leur passer le message que nous sommes là par tous les temps et revers, que nous partageons joies et peines avec eux, car ils se battent aussi pour nous. "En tuer toujours plus" sera la devise du front pour l'année 2024. Courage, ça va le faire, on les aura ces pourris !


Un moyen de participer à la lutte pour la liberté depuis chez soi est d'abonder la cagnotte officielle U24 qui investit surtout dans la recherche et développement d'armes nouvelles de destruction ciblée. Ce site United 24 est sécurisé.

https://u24.gov.ua/

Sinon, en bon état et formé, on peut aussi intégrer la Task Force Baguette (clic).

Meilleure Année à l'Infanterie Ukrainienne !

symbole de l'Etat ukrainien

lundi 28 août 2023

La guerre mondiale n°3 n'aura pas lieu.

Dans un entretien d'une heure accordé à Natalia Turine (clic) dans sa Librairie du Globe, Michel Duclos évalue la possibilité d'une extension du domaine de la guerre émanée de la crise régionale déclenchée par la Russie dans la galaxie slave. Cet embrasement courrait sur tout l'espace eurasien jusqu'à mettre le feu à l'étranger proche de la Chine populaire. Dans la perspective d'une réalisation de cette vision apocalyptique, montent le chant des colombes de la paix au détriment bien sûr de toujours les mêmes, les agressés, qui par leur entêtement font courir au monde un danger existentiel. Les munichois français en sont rassurés, qui donnent tout à l'appétit de l'ours russe pour qu'il ne trouble pas l'heure de l'apéro. On y croise des gens plus accomodants à l'endroit du Kremlin que les Chinois eux-mêmes qui restent abonnés aux frontières des Nations-Unies. Et nous citons Nicolas Sarkozy, Luc Ferry, Jean-Luc Mélenchon, Eric Zemmour pour les plus visibles. Mais que pensent au fond d'eux-mêmes Olaf Scholz et Emmanuel Macron, en chauffant leur cognac devant un bon feu de cheminée ? C'est le moment de régler l'horloge stratégique.

champignon nucléaire
Dans le feu de l'action mais toujours en état de paix, on trouve les deux Europes, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Canada, chaque bloc ayant ses motifs propres. En renforts lointains, mais assez proches de l'extrême-orient russe, se trouvent le Japon et la Corée du Sud.
L'Europe orientale est directement menacée de glaciation par la guerre russe d'Ukraine et, à l'exception notable de la Hongrie (better red than dead !), elle entend se défendre manu militari si l'Ukraine s'effondre. Pour commencer elle pare les coups d'une guerre hybride annonciatrice d'une exacerbation de l'hostilité russe envers les anciens pays du pacte de Varsovie. Certes garantis par l'article 5 du Traité de l'Atlantique Nord, ces pays réarment quand même à grands frais derrière la Pologne à qui on ne la fait pas. L'idée semble être de rendre impossible une victoire conventionnelle des Russes qui se risqueraient sur leurs territoires, obligeant le Kremlin à monter alors le niveau d'attaque jusqu'à déclencher une réplique américaine. En fait le réarmement mené tambour battant vaut réassurance du parapluie atomique américain ; et c'est bien vu car ça plaît à l'Administration de Washington de quelque bord politique qu'elle procède, parce que la "nouvelle Europe" se sort enfin les doigts.

L'Europe occidentale continentale (du Cap Nord à l'Ile de Fer) se cherche. Toutes les chancelleries connaissent Vladimir Poutine, certaines pour l'avoir reçu plusieurs fois, et elles peinent à reconnaitre dans le petit csar d'aujourd'hui le nain maléfique qui va foutre le feu à la moitié de la planète. Donc elles écoutent tout ce que dit la communication du Kremlin pour y trouver matière à se rassurer de l'existence d'une rationalité, différente de la leur sans doute, mais praticable néanmoins quand on a les codes. C'est dans ce travers qu'a versé Emmanuel Macron au début de l'engagement russe en Ukraine. A creuser, on ne connaît toujours pas les termes de l'échange ! Faute de mieux, l'Europe occidentale mise sur la casse des armées soviétiques qui reportera plus à l'est le front "euro-russe", ouvrant en même temps une confrontation froide susceptible de s'atténuer dans le temps, ou plus vite, si la disparition de Poutine ouvrait les vannes d'une débacle de la Fédération de Russie avec accélération des routes chinoises de la soie vers l'Europe solvable. Il y a un pont stratégique à double sens à jeter par dessus les ruines de la connerie poutinienne entre l'Europe et la Chine qui passe justement par ces routes de la soie.
Dans l'entretien qui ouvre cet article, Natalia Turine laisse entendre que la porteuse psychologique de l'Europe de l'Ouest continentale est la capitulation. Ce qui ne manquera pas d'arriver si les élections américaines portent à la Maison Blanche un président hostile à l'implication des Etats-Unis dans une guerre européenne (ils ont déjà donné). Mais si le manche branle parfois sur cet espace de la "vieille Europe", il nous reste une possibilité de prendre nos gains en cas de rupture du plafond de verre sur lequel et sans grâce patine Poutine, en rebranchant la station-service russe à nos économies qui en sont le débouché naturel.

Depuis les opérations de nettoyage de la diaspora russe par le FSB sur son sol, le Royaume-Uni n'a pas tergiversé, qui a entraîné l'armée ukrainienne dès 2015 à se départir du règlement de combat soviétique pour être capable d'un raisonnement tactique adapté aux circonstances. C'est cette autonomisation des unités qui a permis de stopper la marche sur Kiev des brigades playmobil russes. L'ouverture des hostilités l'a confirmé dans sa prospective et, résistants dans l'âme, les Britanniques poussent au confinement et à la destruction de la puissance militaire russe, après le saccage organisé de son économie. Au cas où la question nous serait posée, ce blogue est sur cette même intention, bloquer et détruire les ressorts de la menace... jusqu'au Kamtchatka. Mais le défi qu'affronte le Royaume-Uni est sans doute plus grand que les moyens dont il dispose aujourd'hui en défense. La distance relative du danger russe freine aussi l'abondement aux caisses du réarmement, la société de sa gracieuse majesté étant confrontée à d'innombrables déconvenues depuis le Brexit. Le gros morceau sur l'épure stratégique, c'est l'Amérique du Nord.

Le Canada est le pays de l'Alliance le moins impliqué dans la dispute russo-ukrainienne. Il contribue néanmoins à la défense de la Liberté en formant des recrues ukrainiennes. Rapportée au PNB, sa contribution relative dépasse celle de l'Allemagne. C'est un pays qui sait aussi mettre les moyens et le seul qui avait débarqué des escadrons de chars Leopard2 en Afghanistan... pour s'en servir.
Les Etats-Unis d'Amérique sont une thalassocratie mondiale dont les intérêts sont partout menacés ; c'est le propre d'un empire ; plus tu es grand, plus tes mitoyennetés conflictuelles s'additionnent. S'il peuvent faire face à une globalisation du conflit slave déclanchée par la consumation des mèches lentes interagissant entre pays détestant l'Occident, ce n'est pas non plus sans y perdre des plumes, au plan économique et financier d'abord. Globalisation du conflit signifie que la Chine populaire entre en transes et menace le Pacifique nord dont elle est barrée d'accès par l'île de Taïwan (on ne ressort pas la carte). Il est plus que probable qu'une coalition navale des Etats-Unis et du Japon réarmé tiendrait tête à l'escadre chinoise percluse de faiblesses inhérentes à la hiérarchisation communiste. Mais sur zone, les deux points chauds que seront le verrou formosan et l'industrie sud-coréenne que les Kims veulent anéantir, coûteront très cher à défendre contre l'ouragan de missiles promis. Il faut souhaiter que le PCC mesure bien l'effervescence sociale que créera en Chine une crise économique des exportations passant par le Détroit, sans parler des crises immobilière et bancaire annoncées qui anéantissent l'espérance des classes inférieures. Il y pourrait périr non sans avoir fait tuer beaucoup de monde avant - on ne se refait pas ! Certains le voient-ils à Pékin ? On m'assure que oui et que l'obsession taïwanaise est une idiosyncrasie du président Xi qui se retrouve condamné à poursuivre cette chimère sur un chemin qu'il a lui-même tracé, jusqu'au centenaire de la proclamation de la République populaire par Mao Zedong. Mais cette incertitude de la coagulation sino-russe qui obère les meilleures analyses, se confronte à une autre : la stratégie-miroir de l'Occident qui "ré-agit" et ne commande plus aux événements.

Dans l'entretien, Natalia Turine suggère de se pencher sur le régime démocratique qui fait s'affronter aux Etats-Unis une moitié du pays contre l'autre, créant un momentum stérilisateur de toute stratégie. Son invité voit très bien le biais dialectique contre le régime démocratique auquel il répond par l'expression des libertés individuelles et autres valeurs, ce qui, à mon sens, est botter en touche. Ce que dénonce sans le citer Natalia Turine - elle a des difficultés en français - c'est le régime parlementaire qui renverse le parti du moment sur le parti de la veille dans une alternance sans fin, peu propice à la permanence stratégique. Michel Duclos concède quelques défauts au modèle mais ne peut le renier sans renier tout ce qui l'a fait lui, énarque et diplomate de haut niveau. Or c'est bien là que se trouve le défaut de la cuirasse occidentale. Courir au plus pressé, dans les contraintes d'opinion et les bornes budgétaires votées n'est pas propice au déploiement d'une stratégie de long terme. Que peuvent vouloir les Etats-Unis à vingt ans de vue ? Cette période de temps est séquencée en segments de deux années : de mid-terms en mid-terms. Il n'y a que dans une guerre ouverte où la nation américaine précipite en une force assez puissante pour vaincre ou décourager ses contempteurs. Le modèle parlementaire étant en vigueur également en Europe, il lui apporte les mêmes défauts ; sauf à être plantés devant la porte ouverte du four russe comme le sont les pays de l'Est anciennement soviétisés, qui surmontent la démocrature par une forme de cohésion nationale que nous avons oubliée.

*** Conclusion ***

Les Chinois comme les Indiens d'ailleurs ont signifié à la Russie que l'usage de la bombe atomique était restreint à la défense ultime des intérêts essentiels d'une nation et ne pouvait servir à négocier une paix par sa seule menace d'emploi. Il ne fait pas de doute qu'à Zhongnanhaï tout au moins, les analystes chinois ont conclu à l'anéantissement de l'empire céleste et de sa colonne vertébrale communiste si une guerre nucléaire était déclenchée. On peut fonder une prospective stratégique sur cette conviction, c'est à dire que tant qu'un conflit régional ou global ne pénètre pas les intérêts essentiels des parties prenantes, il n'y aura pas d'escalade nucléaire de la part des acteurs majeurs. Mais si le projet d'un "doté" est de conquérir continuellement ses marches, il reporte en avant la ligne rouge de sa réaction de sauvegarde. La Chine n'est pas sur une trajectoire de conquête. Contrairement à ce que pense Turine, la Chine populaire a un projet pseudo-hégémonique dans ses propres limites, qui dépasse le matérialisme vulgaire : revenir aux marches de l'ancien empire (les sources hydrologiques) et soumettre son étranger proche au kowtow voire au tribut (RDLS) dans un but de dissuasion totale. L'invasion progressiste du XIXè siècle est dans tous les esprits. Elle ne se reproduira jamais !

Reste que le maniement inconsidéré de la menace nucléaire par le pouvoir russe peut très bien déraper et engager une frappe atomique à l'extérieur de ses frontières, auquel cas la mise en exécution de l'interdiction proférée par les deux autres puissances nucléaires reste à voir. L'hubris poutinien et son complet désintérêt du bien-être populaire laissent la porte ouverte à toutes les horreurs ; mais la rationalité sino-indienne peut conduire au confinement de la schizophrénie à la seule Russie, surtout depuis que les Etats-Unis ont déclaré répondre à pareille extrémité par de lourdes représailles conventionnelles - on parle d'envoyer par le fond toute l'escadre russe de la Mer noire et peut-être "neutraliser" la base navale de Sébastopol. En conséquence de quoi, nous pouvons rester sur le titre de cet article : la troisième guerre mondiale n'aura pas lieu.
La Chine populaire y veillera. Et l'Europe dans tout ça ? Poser la question est y répondre en contemplant l'aréopage des élites aux manettes. Elles ne dirigent rien !

dimanche 23 juillet 2023

Chiadez vos épitaphes !

Le titre académique original était celui-ci : "De la diagonale du fou à la verticale du vide" ; mais il sentait la sous-préfecture et je lui ai préféré la queue de trajectoire du présent billet.

En travaillant un peu, on pourrait faire vingt pages d'une écriture serrée pour analyser et comprendre la métamorphose du pouvoir russe, certes mal né, mais ayant compris au départ les attentes de sa population. Faire le choix de rétablir la souveraineté de la Fédération de Russie et de se faire craindre à nouveau était légitime, mais l'exercice d'un pouvoir en perpétuelle mutation a dérivé vers quelque chose qui s'apparente maintenant au règne le plus brutal de la Bêtise aveugle et sourde !
Si la reconstruction d'un Etat s'avérait nécessaire après le mandat éthylique de Boris Eltsine - on se souvient du développement phénoménal de l'industrie du rapt à la libanaise - on s'interrogeait déjà sur l'absence de plan pour transformer à long terme une économie de rente à la katangaise en une économie industrielle puissante, adossée aux richesses minérales inépuisables du pays. Les libéraux mis de côté, priorité fut donnée au réarmement naval et balistique, défensif d'abord puis menaçant ensuite, et à l'exportation d'hydrocarbures extraits et valorisés par les pétroliers occidentaux. La Russie s'installa sur une trajectoire de monopolisation de la fourniture de gaz à prix d'ami à l'Europe, s'assurant un débouché sur le marché le plus solvable du monde. La société de consommation fit dès lors son nid dans les grandes villes, sans jamais en sortir. Et tout le monde crut qu'elle entrait dans le club des nations raisonnables.

Harcelé sans doute par les théoriciens de la Sainte Russie éternelle et asiate menacée de partout, le petit csar, insuffisamment affranchi des réalités plus subtiles de l'époque, se mit à craindre que la fuite rapide des nations libérées de l'emprise soviétique vers le pacte atlantique de sécurité n'aboutisse finalement à un front d'hostilité grandissante à son endroit, et quand la "peste" s'étendit à l'Ukraine - nation-sœur qui n'en est pas une - il décréta la magouille hybride de 2014 vers le Donbass russophone et la Crimée de Catherine II. Génial mais pas autant que nécessaire, il y consacrera dès lors tout son temps, confortant ses décisions au sein d'un cercle de courtisans admirateurs du maître aux échecs. En effet, la réaction internationale qu'il avait bien jugée au gré de ses rencontres avec ses alter ego, fut modérée et d'ailleurs, le nouveau pouvoir élu à Kiev n'en fera plus tard pas un casus belli aux discussions d'Istanbul en mars 2022 où les deux républiques-croupions tiraient leur épingle du jeu, sans parler de la Crimée dont le sort était renvoyé aux calendes grecques. Gonflé d'orgueil et sous les applaudissements, le petit csar étala ses dons de stratège dans ce que nous pouvons appeler la "diagonale du fou". Un an et demi après la guerre-éclair du 24 février 2022 qui n'en finira jamais à l'en croire, s'il continue certes de détenir quinze pour cent du territoire ukrainien reconnu par les instances internationales, il voit désormais l'OTAN doté d'armes meilleures bondir vers lui, les deux pays clés de la Mer baltique orientale basculer chez l'adversaire, Gazprom perdre ses meilleurs clients, le réseau bancaire russe tricard du monde libre, l'industrie russe de consommation retourner au système D, la compagnie aérienne nationale survivre en canibalisant ses avions, et il faudrait dix lignes de plus pour convaincre notre distingué lectorat que les sanctions internationales sont une peste bien plus redoutable que la démocratie en marche sur le limes impérial, démocratie avec laquelle on peut toujours ruser sous condition d'influence en sous-main. Mais depuis le début de l'été, la diagonale n'est plus en action. Le fou semble usé.

Ville de Marioupol depuis l'espace
- Marioupol russifiée -

Par la destruction stupide du grand barrage hydroélectrique sur le Dniepr (le canal de Crimée est à sec), le bombardement hystérique des quartiers d'habitations dans les villes d'Ukraine et maintenant le chantage aux grains, s'ouvre le vide sidéral de la contre-stratégie, les abysses de l'intelligence disparue, la connerie parfaite de Vladimir Vladimirovitch. Est-il besoin d'épiloguer ? La réplique à ses délires n'a plus de "ligne rouge", de quoi renforcer les critiques acerbes des blogueurs patriotes comme Guirkine, et la Crimée devient une obsession balistique de laquelle le Kremlin se croyait prémuni. Un dépôt y saute chaque jour et le Pont Poutine ne tient qu'à un fil. A quoi le Hun réplique par le bombardement des quais de chargement des docks céréaliers d'Odessa visant directement la boulangerie africaine. Mais le vide d'intelligence descend plus loin que sa verticale apparente, à cause de cette idée géniale que fut la déportation massive de gosses blonds dont manque la Russie slave. Expliquons ça :

L'absence du petit csar au sommet des BRICS, provoquée par le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale de La Haye, enclenche une mécanique extrêmement dangereuse. On ne vous l'explique nulle part ailleurs.
La charpente anti-occidentale en construction s'appuie sur la poutre eurasienne constituée de trois puissances économiques et nucléaires que sont la Chine populaire, l'Inde et la Fédération de Russie. Or l'absence du leader boréal affaiblit l'influence russe dans le triumvirat de fait. Même si le ministre Lavrov fera des pieds et des mains pour faire adopter les consignes du Kremlin et maintenir son rang, il manquera toujours les échanges de civilités, les discussions de couloir entre quat'zieux, les promesses cachées, les invitations discrètes, au final un déclassement de la Russie dont le chef d'Etat ne sera pas là pour accueillir les nouveaux membres qui devaient renforcer son aura.

Le plus sûr moyen de stopper ce déclassement presque inévitable, et périlleux pour l'extrême-orient russe, est de stopper cette guerre d'Ukraine rapidement, en débloquant ce faisant le grain que le tiers-monde attend pour confirmer son soutien à la politique anticoloniale du grand frère russe et en régorganisant les services de contrôle intérieur d'un Etat russe fragmenté. Aparté : le volet "anticolonial" relève du gag hilarant sachant que les nations non slaves fédérées sous la houlette du Kremlin sont toutes des colonies qui le détestent. Ceci dit, l'impasse Poutine n'est pas qu'une vue de blogueur occidenté. Des penseurs influents comme Sergueï Karaganov (clic) analysent toutes les contraintes que la guerre fait peser sur la Russie qui, même victorieuse, n'en sortira pas sans mal ; et après moult convulsions sémantiques, ils aboutissent à la nécessité d'une action définitive, même difficile à décider et à gérer, une frappe atomique à laquelle l'Occident ne répondra que par des proclamations outragées. En cause, les Etats-Unis qui feront un refus à l'obstacle et laissent déjà fuiter une certaine responsabilisation de l'Europe dans la continuation du soutien à l'Ukraine.
Mais le choc atomique aurait, à notre avis à nous, un autre effet : celui de rehausser la position de la Russie actuellement minorée dans le triumvirat précité. Cette décision indiquerait à Pékin que la conciliation demandée pour en finir dans l'affaire d'Ukraine n'ira pas plus loin que les intérêts fondamentaux de l'empire russe revenu sur ses terres historiques, outre le fait de montrer que la Russie demeure LE membre viril de la troïka avec le plus gros pouvoir de nuisance ! Pékin fera la gueule, mais les intérêts bien pesés de la coopération sino-russe et l'absence d'alternative auront raison de toute réaction précipitée. Il ne faut pas avoir fait Saint-Cyr pour deviner que le Kremlin, bientôt agoni d'injures, déroulerait alors un plan de coréanisation de l'Etat russe devenu un Etat-paria surarmé et financé par ses rentes minières dont le monde ne peut longtemps se passer. Un destin peu enviable pour les peuples de la Fédération, mais qui s'en soucie, même chez nous ? Pour sûr, une sortie du monde civilisé.
Cinq conséquences d'un strike atomique qui rebattrait toutes les cartes diplomatiques :
  • le seuil d'emploi de l'arme nucléaire serait abaissé et descendrait de l'étage stratégique à l'étage opérationnel ; qu'en penserait le Pakistan au Cachemire ?
  • le tabou d'une attaque nucléaire d'un pays non doté par un pays doté serait annulé ; des imitateurs ? Kim Jong Un ?
  • la Chine populaire entrerait dans la tenaille d'incertitude entre deux Etats foutraques, la Russie au nord et la Corée du nord à l'est ; il serait alors temps de parler de bascule stratégique pour le PCC, débordé sur la partie utile de l'empire (Dongbei) et défié à l'opposé par l'Inde sur le versant himalayen ;
  • un parapluie nucléaire deviendrait l'obsession permanente de tous les primo-accédants à l'atome, à commencer par l'Iran ; puis le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Algérie dit-on etc.
  • la teneur de la réaction des Etats-Unis sera le juge de paix de leur protectorat d'Europe occidentale. On se souvient d'Obama en Syrie, on peut craindre un grand trou noir qui obligerait les Etats européens à sabrer dans les comptes sociaux pour réarmer à vitesse accélérée afin de sauver quoi ? mais la Pologne bien sûr, c'est Poutine qui le dit.

Combien de temps une Russie érémitique pourrait-elle tenir ? Aussi longtemps que le petit csar et son successeur pourront asservir les autres nations et leurs richesses à travers onze fuseaux horaires et que l'apathie légendaire du Russe persistera. Une redistribution des revenus d'exportation sera sans doute améliorée pour tenir tout le monde au sec mais l'aventure civilisatrice européenne, amorcée par Pierre le Grand, sera terminée pour plusieurs générations et le vide de tout destin deviendra monnaie commune tel qu'il en va dans la nuit communiste.


Liens en clair de cet article :

- Déclic : https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/de-la-verticale-impitoyable-au-vide-abyssal-la-m%C3%A9tamorphose-du-pouvoir-russe/ar-AA1e9O68?ocid=msedgdhp&pc=U531&cvid=3a435d6d75b149c0b986d5b34c80e9c5&ei=79

- Karaganov : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sergue%C3%AF_Karaganov

- Nucléarisation de la Biélorussie : https://charter97.org/en/news/2023/7/22/556808/

samedi 8 juillet 2023

RIP Gautier Léon

Léon Gautier en 1942
Léon Gautier du Commando Kieffer est mort centenaire. Le 7 juillet 2023, la prise d'armes en son honneur, à Sword Beach sur cette plage magnifique de Riva Bella, fut émouvante, digne, sans fausse note et l'hommage du président de la République, mesuré et sincère.
La vie de Léon Gautier est très bien décrite dans le site DDay (*). Dès son plus jeune âge et jusqu'à la fin de sa vie active, il fut un homme d'ailleurs, à l'aventure, au grand air. Normal qu'il se soit entendu avec Philippe Kieffer (**) qui était natif d'Haïti et avait passablement roulé sa bosse avant de s'engager dans la Marine à la déclaration de guerre, mais lui avait quarante ans. Personne d'autre que le dernier des Commandos Kieffer n'a cent soixante seize copains qui l'attendent derrière la porte du paradis. Donnez-vous la peine, Monsieur Gautier, nous avions failli attendre !

Le "héros" bien qu'il s'en soit défendu, restera jusqu'à la fin dans l'empreinte du Décalogue quand il déclarait l'an dernier encore, que "la plus mauvaise chose qu'on puisse voir, c'est une guerre. Parce qu'on tue des gens en face qui n'ont jamais rien fait, qui ont une famille, des enfants. Tout ça pour arriver à quoi ?"
Il faut visiter les grands cimetières militaires et la Normandie en est très fournie. Ces milliers de corps sous des croix blanches ou noires sont ceux de gens qui n'avaient aucune raison de se détester. Ce sont les dirigeants des nations qui par calcul les ont jetées les unes sur les autres en attisant par tout moyen une haine d'autrui encourageant le massacre. C'est la fameuse mécanique de la levée en masse qui automatise l'assaut.
Léon Gautier dit n'avoir jamais eu peur sans pouvoir se l'expliquer ; ses camarades de combat, non plus. Sans doute est-ce le produit d'une préparation réflexive intense libérant l'esprit de toute méditation afin que le cerveau soit tout entier disponible pour l'exécution de la tâche commandée. Léon Gautier a parlé plus que d'autres de ses années de guerre mais la plupart des anciens combattants revenus du front voulaient d'abord se taire tant ils avaient les yeux emplis d'horreurs. Ce fut pareil pour les rescapés des camps d'extermination nazis. Fort heureusement, des vétérans dont le métier était d'écrire, racontèrent la guerre au quotidien avant de s'effacer devant les historiens de l'université qui nous ont expliqué tout ça dans des sommes impressionnantes. Aux témoignages succèdent les thèses...

couronne de fleurs tricolore

A part l'oppression par l'apartheid comme la vivent de nos jours les Palestiniens, le labeur des hommes ne prédispose pas les peuples à partir à la guerre de leur propre élan. Dit plus brièvement encore, la guerre est le plus souvent la conséquence d'une fabrication. Et cette fabrication est entreprise et achevée par des gens qui ne la feront jamais personnellement. Léon Gautier s'est levé parce qu'un type qui ne le connaissait pas avait entrepris de l'asservir pour satisfaire sa vision extatique d'une puissance invincible. Qu'il s'appelle Adolf Poutine ou Vladimir Hitler n'a aucun intérêt finalement, le problème est que les peuples les suivent et que les Léon Gautier ne sont pas si nombreux que cela. Méfions-nous donc de la fibre populaire des tribuns qui lèvent en masse les foules enthousiastes et rêvent de les jeter sur celles qui le sont moins à leur endroit.
La réflexion d'un professionnel du gouvernement des hommes sera toujours supérieure dans ses projets à l'hubris du locataire à bail précaire qui se prend pour le premier et cherche à s'éterniser en cajolant ses électeurs. Faisons confiance en ce domaine de la défense du pays à un permanent, un roi par exemple, ou une reine, quoiqu'elles soient parfois plus va-t-en-guerre que les rois. Et si un intrus dans le champ de l'intelligence nous menace par le fer et le feu, faisons face avec la seule intention de le détruire dans l'honneur. C'est plus radical que de seulement l'humilier et ça se plaide facilement au Jugement dernier en s'appuyant sur l'Ancien Testament et les livres de Josué, Samuel et Esther qui célébrent le génocide des primo-occupants de la Terre promise.
Et la guerre russe d'Ukraine a passé cinq cents jours !

mardi 9 mai 2023

France, danger droit devant !

Le colloque Action Française du 13 mai précèdera le cortège traditionnel AF de Jeanne d'Arc du lendemain dimanche. Son thème est "La France en danger" et les intervenants sont énumérés dans l'affiche reproduite ci-dessous. Allez-y.

affiche rouge du colloque avec François Marcilhac, Laurent Henninger, Roch de Cauvigny, Anne-Laure Bonnel, Jean Messiha, Bernard Lugan, Jean-Frédéric Poisson, Philippe Mesnard, Pierre-Yves Rougeyron et Hilaire de Crémiers

A côté des intervenants habituels qu'on ne présente plus, sont invités Laurent Henninger et Anne-Laure Bonnel.
Laurent Henninger est un spécialiste "défense" réputé qui a publié des ouvrages de référence sur la question. Il est certainement intéressant d'entendre quelqu'un qui est allé au fond du "danger" que représentent la méprise stratégique franco-russe et les sous-dotations des armées françaises dans un monde en révolution (Babelio).
Anne-Laure Bonnel est une journaliste d'extérieur, reporter de guerre qui va où d'autres vont moins (Donbass, ronds-points, Liban etc). Rapporter des réalités de terrain peut vous faire accuser de ménager la chèvre et le choux, mais revivifier la première victime de la guerre, la vérité, n'est jamais inutile dans un monde où la désinformation fait rage (Gala).

Espérons que ces deux-là auront la plus longue exposition dans ce colloque, puisqu'on connaît déjà ce que diront les autres.
La France en danger ? Parlons-en.

Puisqu'on a commencé par la guerre, faisons-en le premier paragraphe.
(1) Au plan stratégique, la France est en danger de vanité, d'abord sur ses outremers, mais aussi dans ses responsabilités continentales à tenir son créneau au rempart de l'Alliance. La guerre d'Ukraine a dévoilé au grand public des insuffisances graves dans l'équipement de nos unités appelées à combattre en haute intensité, sans même parler d'une masse critique pour le combat de mêlée qui n'existe pas. Les bons esprits (qui redoutent que des crédits sociaux soient détournés vers le réarmement) soutiennent que notre position géographique en fond de court nous dispense du déploiement de masses blindées sur le Rhin. Ils se trompent, car une guerre européenne, hybride et classique, n'aura pas de front. Elle sera partout.
Faute de disposer de moyens de défense conséquents, nous serons un poids mort, revenus de notre arrogance génétique et définitivement déclassés. Réarmons quoi qu'il en coûte !
En zone indo-pacifique, nous sommes à la merci d'intrusions de forces navales ou paramilitaires étrangères qui pourraient submerger certaines îles et s'y maintenir avec le concours d'une population retournée par une propagande habile. Certains ont vu comment nous nous sommes fait jeter du Sahel.
Simple aparté : si nous avions disposé en Nouvelle Calédonie d'une base navale défendue et dotée de moyens adéquats de projection, le retournement australien n'aurait peut-être pas eu lieu.

(2) Après ce sous-investissement, parlons du désinvestissement. Ce qu'on appelle la "fuite des cerveaux" n'est pas une expression galvaudée, comme le grand remplacement de Renaud Camus. Il y a un mouvement d'exorbitation de chercheurs et de jeunes entrepreneurs qui fuient une société sclérosée et revendicative pour se réaliser ailleurs. Exemples nombreux, jusque dans les couche CSP-. L'insuffisance crasse de la classe politique française et le goût technocratique des complications a fini par motiver d'aucuns coincés de partout malgré leur courage ou leurs bonnes idées à partir. Nous aurons bientôt une diaspora française dans tous les pays du monde comme les Chinois ont leurs Chinatowns. Les "quartiers français" (avec bordel de luxe obligatoire) seront autant de relais pour les migrants francophones. La valeur qui est ajoutée au loin ne l'est plus chez nous. Malheureusement l'horizon ne s'éclaircit pas, le tapage le plus bruyant contre nos blocages provenant des masses archaïques de la gauche plurielle agrippée au codex antique du socialisme à compte d'autrui comme la moule au bouchot. Le socialisme nous a coulé ; on en redemande !
Après la saignée des deux guerres mondiales qui ont couché la fine fleur du pays, voila que la dictature des bureaux fait décamper les praticiens de l'intelligence, mettant en danger la remise à niveau de notre pays, ouvrant ce faisant la voie du toboggan de notre inéluctable déclin. Il nous restera qui ?
Petit aparté : quand je vois partir de purs produits des communautés asiatiques sensées s'incruster, je doute encore plus de notre attractivité.

(3) Qui les remplace ? Eric Ciotti, en perdition dans le champ politique, vient de découvrir l'eau chaude de l'immigration soutenue qui menace nos us. Hélas, les migrations sont le propre de l'homme autant que le rire. Sinon nous serions tous encore dans la vallée du Grand Rift éthiopien. S'il est peu douteux que des technocrates onusiens cherchent à faciliter la montée des populations pauvres vers les nations riches, l'affaire se présente plutôt comme une simple mécanique des fluides : dépression, surpression, contrepression ou dit autrement sur Royal-Artillerie depuis trois lustres : entropie générale jusqu'au gap acceptable des niveaux de vie. La faible appétence des populations européennes à se salir dans les travaux pénibles appelle à son remplacement qui veut bien, des populations laborieuses sans espoir d'aucune amélioration de leurs conditions d'existence chez elles. C'est la surpression. La contrepression vient des mesures de freinage des Etats européens sans solution d'intégration des nouveaux venus, tant au plan économique et financier qu'au plan des frictions civilisationnelles. On a le cas aujourd'hui des réfugiés soudanais qui, où qu'on les questionne, au Tchad, en Egypte, au Sud-Soudan ou en Libye, déclarent tous vouloir atteindre l'Europe et sa pax romana. Ce n'est pas un mirage pour eux. Tout ça pour un concours de bites entre généraux soudanais en érection mentale. Et on touche là du doigt le moteur de l'émigration continue en Afrique : la contre-gouvernance des élites autoproclamées qui ont capté les pouvoirs civils presque partout. Rares en Afrique, mais il y en a, sont les pays gouvernés par la raison. La solution ? il n'y en a pas. Un peu comme avec la hausse des océans. Après on peut faire des moulinets contre le complot des illuminati...
Dernier aparté : les mesures de régulation de l'immigration sont connues, certaines peut-être moins:
  • Licencier tout le personnel politique à poste jusqu'au rédacteur de cabinet ;
  • Déporter les mêmes aux Kerguelen, Saint-Paul, Nouvelle Amsterdam et Crozet, l'ivraie comme le chiendent repoussent ;
  • Rapporter le regroupement familial ;
  • Réguler les entrées licites aux quotas ;
  • Récupérer et concentrer les clandestins pour puiser dans un vivier d'OS afin de fournir les secteurs en forte dépression ;
  • Régulariser les travailleurs à temps plein cotisables (l'appel d'air est un leurre, il ne diminue jamais) ;
  • Respecter la sueur d'autrui et dételer les chômeurs professionnels.

(4) Le dernier danger avant le prochain est l'état de calamités des finances publiques en France au sens large, qui va nous autoriser à candidater pour un siège prestigieux à l'Union Africaine. On ne va pas y revenir aujourd'hui, ni lors du colloque du 13 mai apparemment ; sauf à redire quand même, que tant les marchés par le biais des taux de prise en pension de nos bons du Trésor que le Fonds monétaire international par ses remontrances appuyées, vont entamer notre souveraineté en encadrant notre gouvernement de contraintes semblables à une mise en tutelle.
Mais le jour où les jeunes générations comprendront qu'elles se sont fait baiser dans les largeurs par les hypothèques prises sur leurs têtes, bonjour les pogroms dans les EHPAD ! Anciens, séniors ou simplement vieux, ne vous départissez pas du sachet de ciguë !

affiche AF Jeanne 2023 pour le 14 mai à 10h à l'Opéra

Bon colloque ! Bonne Jeanne !

lundi 1 mai 2023

Vlad Ze Minus

Tapis ! Je vois ! L'affaire va se jouer en un seul pot comme au poker. La guerre ukrainienne de déception est à son comble et augure une offensive générale depuis que les Etats-Unis ont déclaré que 98% des armes promises avaient été livrées à Kyiv. La belle assurance des plateaux-télé moscovites a cédé le pas à des interrogations de plus en plus angoissées, chacun se demandant s'il verra un jour la victoire, surtout depuis que sautent des bombes dans les grandes villes, comme jeudi à Moscou où un centre financier très récent a couvert le ciel d'un gros panache de fumée noir anthracite pendant plus d'une heure ; et samedi dans un parc pétrolier de Sébastopol, ville sacrée de la vache éponyme. L'eurasiste Douguine a été raté mais sa fille a payé pour lui ; le milblogueur Tatarskii (500k abonnés) a recu le cadeau attendu qu'il emporte en enfer ; Igor Guirkine se dit menacé ; d'autres suivront. En face d'eux, les oligarques fortunés tombent comme des mouches, par les fenêtres. Bientôt, puissants et fonctionnaires du Kremlin commenceront à avoir peur ; peur d'une défaite en Ukraine qui ruinerait le pacte de famille à la sicilienne déclenchant la lutte de tous contre tous, peur de la Résistance infiltrée capable de les tuer comme des blaireaux. Cette peur se communiquera-t-elle au leader suprême ? Déclenchera-t-elle l'armaggedon tant redouté s'il est cornerisé ?

Vladfimir Poutine en avril 21 pour 20minutes

Poutine s'est mis tout seul dans la seringue. Il n'a jamais été au niveau que méritait la Russie avec son histoire, ses vraies élites scientifiques et culturelles et ses rentes minières inépuisables. Tout était là pour développer une industrie de biens de consommation à proximité du marché de consommation le plus solvable de la planète, l'Union européenne. Il n'a rien compris au film et, comme un ado de 16 ans dans un jeu de rôle, il a voulu jouer Ivan le Terrible à lui tout seul, après avoir décidé que faire peur était plus à sa portée que de faire intelligent ! Il n'est pas le stratège que d'aucuns célèbrent. Le serait-il que depuis son avènement au pouvoir il y a vingt-trois ans, il aurait lancé pour de bon la transformation de l'économie russe. C'est certes un opportuniste, adroit, tacticien, mais finalement adepte du petit jeu parce qu'il le maîtrise. En fait c'est au départ un agent lambda des services spéciaux qui a vu de la lumière passant par une fente dans un immeuble de pouvoir. Il s'y est glissé. A le voir engloutir des milliards dans une flotte de combat alors que, sortie des métropoles, la Fédération de Russie est une Afrique froide (le chancelier Schmidt disait "une Haute Volta avec des fusées"), on mesure la puérilité de ses obsessions. Il a refusé la mondialisation pour la même raison que les souverainistes français : le défi n'est pas à sa portée, intellectuellement, et il ne sait pas comment rehausser ses capacités économiques dans une autarcie choisie. Ça le dépasse complètement.

Il y a neuf ans jour pour jour, j'écrivais un pamphlet contre Poutine que la droite dure et jusqu'à ses extrêmes adorait. Contrairement au rédacteur, il n'a pas pris une ride. Voici le papier, salut à François Davin :

[Vladimir force B - 1er mai 2014]
L'empire de la Force remplace-t-il au Kremlin l'empire de l'intelligence ? L'équation ukrainienne n'est pas soluble dans la géométrie primitive du pouvoir actuel qui n'a pas compris l'énoncé du théorème. Il ne s'agit plus entre les nations du monde de comparer les tonnages des flottes, le blindage des chars, la portée des canons, même s'il est prudent d'en garder l'essentiel ; la force brute d'antan est remisée aux magasins d'accessoires à défilé, pour nourrir le rêve des chasseurs de décorations. Ce qui compte et classe les nations les unes par rapport aux autres c'est la richesse économique, l'innovation et les capacités financières. L'acier de Stalingrad est oxydé. C'est ce que leur dit l'ancien cadre du parti communiste allemand Merkel au téléphone chaque jour.

Monsieur Poutine appelle à la confrontation de force qui valorisera son mandat et provoque sans relâche son cousin du sud qu'il sent mal affermi, mal allié. Il guette le faux-pas qui lui donnera le prétexte - la bombe du chemin de fer de Moukden - il sent la victoire facile, rapide, criméenne. Le chef des "coalisés" - car le nouveau Csar se croit cerné - est un nègre, élégant certes, prolixe au pupitre, mais de peu d'histoire en bagage et d'un tempérament non violent, finalement un démocrate américain à l'emblème de l'âne, un Carter. Lui Poutine, est dans la trace des empereurs de la Sainte Russie, qui voit l'opportunité d'une revanche à la liquéfaction de l'Union soviétique. Il prendra la pose pour la postérité sous les aigles décroisés. Les "occidentés" ne se battent pas ! Il en est averti par la retraite de Syrie. Les pleutres, les lâches brandissent des menaces virtuelles mais la VI° Flotte n'a pas passé les Détroits. Elle a peur, c'est sûr. Ils n'osent pas toiser la puissance nucléaire russe. La Tchétchénie, la Géorgie leur ont montré ce qu'est une Russie en guerre ! Hélas, Monsieur Poutine n'a rien compris au film, et ses thuriféraires français pas plus !

La force brute est périmée, Barack Obama le sait, Angela Merkel le sait, Xi Jinping le sait, Shinzō Abe va le comprendre, Poutine le saura trop tard (l'opinion des autres est sans importance). Dans notre globalisation, dans notre monde interconnecté en permanence à la vitesse de la lumière, la vie et la bonne santé des nations dépendent de tous les autres. Comme le dit de la Chine Qiu Xiaolong in Cyber China, "le monde se transforme en un gigantesque réseau de relations où chaque maillon, étroit ou distendu, visible ou invisible, unique ou multiple, ne tient que grâce au tissage serré de l'ensemble". Les exemples sont nombreux. Les hypothèques pourries détenues par Freddie Mac et Fannie Mae aux USA ont mis le feu à la planète. Le tsunami japonais a arrêté les chaînes automobiles européennes. Un krach immobilier d'une mégapole chinoise entraînera immédiatement un bridage du crédit de la BPC qui se répercutera en quelques semaines partout. Alors, quand ça ne marche plus, quand l'espérance s'éteint, quand le futur est plus gris que le présent, les peuples d'aujourd'hui se lèvent, s'organisent et remplacent leur dirigeants, dans le sang s'il le faut. Les régimes les mieux affermis tombent ; et, à l'exception du pouvoir alaouite de Damas, la liste des "tyrans" balayés s'allonge. Le chantage russe est de déchirer le gigantesque réseau qui ne pense pas comme son président et fait mine de le menacer, la Russie dut-elle en périr ! Folie.

Vladimir Poutine est un homme des années cinquante, un brejnévien qui compte ses fusées, un fana du balcon stalinien. Il a d'ailleurs stoppé les négociations de réduction du nombre d'ogives, c'est le signe d'un décalage mental. Il ne veut pas assimiler l'hypothèse que les Occidentaux puissent plier l'économie mondialisée russe à relativement peu de frais, et que, si la "folie" dénoncée par Frank-Walter Steinmeier ne cesse pas, ils vont le faire. A quoi serviront les quarante mille pions de la Sainte Russie disposés en troupes d'occupation du Donbass quand les capitaux russes et étrangers se seront faits la malle ? Avec quel argent se développera une industrie de fabrication incapable de croître seule ? D'où viendront les ingénieurs étrangers indispensables à la modernisation de l'immense fédération perdue dans les classements internationaux si les garanties locales sont annulées parce que le droit international est violé ouvertement et plusieurs fois ? Avec quoi nourrira-t-on in fine les « masses laborieuses et démocratiques » si l'édition des factures de pétrole et de gaz est sévèrement empêchée ? Le stratège s'en moque, l'intendance suivra, comme aurait dit l'Autre ! Mais ce temps est fini. Les peuples ne savent plus souffrir comme avant.

La situation de crise prolongée aura certes un impact sur le commerce mondial des énergies fossiles mais le désastre annoncé en zone russe rémunérera la posture démodée d'un ancien agent du KGB, poussé au faite du pouvoir par un pacte de non-agression et de protection de la coterie sortante, ne l'oublions pas. Enfermé dans le mental d'un dresseur d'ours, le président autiste n'écoute plus que les conseils qui le rassurent dans la victoire annoncée, victoire à portée de rêve. Entre-temps, l'économie s'effiloche, les coffres se vident, le chômage s'étend et le troisième acte pourrait bien être à terme, après la chute du Csar au pied petit, la transformation de cette économie de rente à l'africaine en une proie du capitalisme mondial ! Quel tombé de rideau pour une pièce créée par... l'acteur Ronald Reagan !


jeudi 23 février 2023

La guerre des haines - un an !

canon Caesar en action

Des milliers de billets de blogs vont paraître demain pour l'anniversaire de la Guerre des Trois Jours qui attaque sa deuxième année. Le meilleur atout de l'Ukraine en l'affaire, c'est bien le crétinisme opératif des maîtres du Kremlin émané d'une stratégie de bazar, fondée sur une histoire totalement récrite comme en 1984. Sans quoi l'Ukraine serait aujourd'hui russe ou soviétique, comme on veut. Outre l'honneur, ces gens qui attaquent un voisin bien plus faible en se planquant derrière un bouclier nucléaire, perdent toute considération internationale et méritent de ne conserver aucun siège au Conseil de sécurité des Nations Unies puisqu'il en piétinent la Charte chaque jour, charte dont ils sont garants, puisqu'ils en ont hérité du fondateur soviétique. L'Etat pariah russe doit dégager des instances internationales pour rejoindre un syndicat mondial du crime organisé, l'Organisation des Mafias Unies. Y a du monde !

Comment tout cela va-t-il mal finir ?

Les pouvoirs occidentaux font mine d'être confiants, mais leur myopie antérieure face à la montée des périls et leurs capacités limitées de réaction permettent de douter. Les grands tyrans de l'histoire furent toujours condamnés à la fuite en avant pour maintenir leurs serres sur l'acquis. Le plus célèbre fut Alexandre le Macédonien qui ne sut borner son ambition à la Perse, comme Napoléon Bonaparte, régnant de Barcelone à Lübeck, qui crut nécessaire d'envahir l'Espagne et d'aller vaincre le tsar. Pareil pour tous les autres à la seule exception des Kims de Corée, bien retranchés dans leur royaume bunkérisé. La garantie de bonne fin en l'affaire d'Ukraine est apportée par l'Amérique, mais à l'impossible elle ne saurait être tenue si elle est empêtrée dans plusieurs conflits simultanément. On pense à Taïwan et à l'Iran, voire à la Corée du Sud. Nous, européens, risquons bien d'être alors découverts comme des palourdes à marée basse. C'est ce que nous allons voir.

Patrick Edery, consultant français à Varsovie, a donné une interview très enrichissante à Epoch Times, le média du Falun Gong aux Etats-Unis. Son texte intégral ici. Il y décrit un scénario de crise très réaliste que nous citons :

« Si demain la Chine fait un embargo sur l’Asie du Sud‑Est… Si demain avec ses sous‑marins, elle bloque Taïwan, elle bloque la Corée du Sud avec l’aide de la Corée du Nord, elle bloque le Japon, et pourquoi pas Singapour… tout de suite, on est privé d’approvisionnement : les Américains sont obligés d’intervenir dans le Pacifique. En même temps vous pouvez avoir l’Iran, allié des Russes, qui bloque le détroit d’Ormuz… Là il n’y a plus de pétrole pour personne. Les Américains sont à nouveau obligés d’intervenir sur un deuxième front. À ce moment‑là, ils n’auront plus de capacité de projection supplémentaire. Nous nous retrouvons seuls en Europe. Les Russes sont aussi très présents avec Wagner en Afrique, ils peuvent très bien lancer un grand mouvement migratoire sur l’Europe. Imaginez 500.000 ou 1 million de personnes qui traversent en un mois la Méditerranée… et le deuxième mois, il y en a 2 millions qui arrivent… Que fait‑on à ce moment ? La France, l’Espagne, l’Italie sont débordées, paralysées par l’immigration. Vous pouvez avoir en même temps l’Algérie qui est alliée de la Russie et qui attaque le Maroc, qui nous bloque le gaz… À ce moment‑là nous n’avons plus de gaz qatari, plus de gaz d’Algérie, donc on est obligé d’intervenir en Afrique pour aider le Maroc et récupérer notre capacité en gaz. Donc dans cette configuration, vraiment pessimiste, les Russes ont un couloir qui s’ouvre devant eux pour les pays baltes… En une semaine ou deux, si les Américains ou les Français ne sont pas disponibles, les Russes rentrent comme ils veulent dans les pays baltes. Si les Polonais viennent les aider, ils découvrent tout le sud de la Pologne, ce qui là encore ouvrira une autoroute pour les Russes vers l’Allemagne.»


ruines de Marioupol

Le scénario Edery que d'aucuns qualifieront de Troisième Guerre mondiale, peut être contré si le blocage des économies occidentales et la fermeture conséquente des usines chinoises travaillant à l'exportation, déclenchent une révolte ouvrière contre un pouvoir central qui a perdu la face dans la sortie brusquée de la pandémie de Covid-19. Les deux grands marchés solvables du commerce extérieur chinois sont l'Union européenne et les Etats-Unis. C'est le seul bâton dans les roues de la catastrophe. Faut-il encore que les dirigeants chinois, sélectionnés sur des critères d'obéissance à la pensée magique de Mao-Xi, anticipent suffisamment les capacités insurrectionnelles des masses ouvrières chinoises, pour choisir au dernier moment de retenir leurs chalands de débarquement.

Finalement, nous en arrivons en pied d'article à déporter la solution finale de ce conflit civilisationnel européen vers les cités industrielles chinoises en effervescence. Ah, j'oubliais : nous sommes souverains ! Heureusement pour nous que Poutine marche au néant d'un pas décidé !

mardi 31 janvier 2023

L'après-guerre chinois

L'après-guerre se dessine au ministère des affaires étrangères chinois, qui teste plusieurs scenarii dans la communauté et diapora chinoises, et dont le plus élaboré vient de m'être traduit ce matin. Il date du 29 janvier et se base sur la dislocation de la Fédération de Russie que certains ici refusent, redoutent voire appellent de leurs vœux comme le belliciste Piéton du roi.

carte de Sibérie

Voici le scenario :

Le gouvernement de Poutine est chassé de Moscou, soit par une guerre civile intérieure, soit par l'écrasement des armées russes sur leurs frontières occidentales. Il passe l'Oural et s'enfonce en Sibérie jusqu'à l'extrême-orient russe, hors d'atteinte des armées de l'OTAN. Les débris de l'armée de Poutine ne suffisant pas à sa sécurité, il appelle (ou on lui suggère fortement d'appeler) la Chine populaire à son secours, laquelle s'empresse d'entrer en Sibérie pour établir une ligne de défense en avant du lac Baïkal (ce lac a de l'importance ensuite).

L'économie russe étant quasiment ruinée, l'extrême-orient russe historiquement négligé par Moscou convoque à son développement les corporations d'Etat chinoises et les entrepreneurs chinois du Dongbeï (nord-est) qui rapidement mettent en exploitation, tous gisements, terres arables, mines et ports, et ouvrent toutes les voies de communications nécessaires. C'est la ruée vers l'or.

Le rédacteur note que les entreprises chinoises ayant investi en Russie ont été jusqu'ici majoritairement arnaquées par les pouvoirs locaux russes, ce qui ne pourra plus être le cas dans le cadre d'un développement de l'extrême-orient. En outre, note le rédacteur, les Chinois disposeront sur place d'une armée conséquente pour garantir le fair-play des relations économiques. La nouvelle république russe d'extrême-orient sera protégée par la Chine populaire comme il en va de la Corée du Nord actuellement (sic).

L'influence diplomatique de la Russie de Poutine étant réduite à presque rien, une union des deux nations sera souhaitable pour tenir tête aux occidentaux du Conseil de sécurité de l'ONU, et Pékin devra ouvrir la bataille du maintien du siège permanent à la Russie de Poutine contre les tentatives de le donner au nouveau gouvernement fantoche de Moscou.

L'inventaire des ressources extraordinaires et inexploitées de l'extrême-orient russe est déjà fait. Le rédacteur note que le seul lac Baïkal renferme 1/8 de la consommation d'eau douce du territoire métropolitain chinois. La tonalité reste quand même dans le dénigrement subtil des capacités économiques du gouvernement de Vladimir Poutine qui est un ami de la Chine populaire certes, mais sûrement pas un génie. Le petit frère un peu con !

En conclusion (provisoire), les dirigeants chinois, habitués au temps long, établissent déjà une feuille de route pour contrer la dislocation possible de l'empire russe à leur profit, dans la stratégie bien connue du "win-win" mais tout-bénef. Le retour à la masse des territoires arrachés aux Tsings par le tsar russe en 1858 est implicite et même si évident qu'on ne le mentionne pas.

vendredi 27 janvier 2023

Un procès pour quoi faire ?

J'aimerais parfois lire le russe pour apprendre sur Telegram qu'Eva Braun est entrée au Kremlin avec deux jerrycans d'essence.

Je ris aussi des appels à comparution en justice des maîtres-assassins de la Fédération de Russie alors que le jugement est implicite et sans appel. Il n'y a rien à découvrir tant des motifs que des méfaits, les nouvelles technologies de la communication sont passées par là.

On me dit dans l'oreillette que nous nous battons pour des valeurs que nous ne pouvons ignorer en fin de trajectoire. A quoi le bon sens des nations répond qu'il n'en existe qu'une vraiment, celle de vivre libres sur un espace respecté par autrui. Le reste, les autres valeurs, les invocations, nous ont conduits au désastre d'une guerre européenne pour n'avoir pas bloqué à temps l'hegemon des pissotières attelé à notre perte !

Sobtchak, maire de Saint-Pétersbourg et Poutine en 1994
A droite, l'élève-tyran endimanché qui fait trembler le IVè Reich (image Russia Beyond)

Il ne reste plus qu'à entrer dans le bunker avec la lance à napalm pour incinérer tout ce qui bouge. Dieu reniflera les siens.

vendredi 20 janvier 2023

La bascule stratégique

La réunion de Ramstein n'a pas convaincu la Chancellerie de Berlin de débloquer les escadrons de chars Leopard2 que lui réclame le gouvernement de Kiev. Il semble évident que les Allemands ne veulent pas "prendre le lead" dans la guerre d'Ukraine à divers motifs dont le plus avancé est de ne pas rejouer l'opération Barbarossa (1941). Ils assument la responsabilité de faire durer la guerre d'invasion russe, mais sont-ils si loin du projet américain de saigner à blanc la Russie de Poutine ?

L'Ukraine, c'est le sujet du moment, mais c'est en fait le déclencheur d'un moment historique qui la dépasse (Michel Yakovleff).

miss Ukraine 2022
La bascule stratégique annoncée touche trois domaines : le déclassement de l'espace impérial russe avec ou sans dislocation de la Fédération de Russie (1) ; la contrainte énergétique assénée à l'Europe occidentale (2) ; un nouvel art de la guerre (3). Nous allons faire court.

(1) Toute victoire russe, ne pouvant que s'inscrire dans une débauche obscène de destructions d'infrastructures et capacités civiles, les dirigeants du Kremlin seront devenus infréquentables et par assimilation la race russe sera maudite. Ce qui rejettera la Fédération russe dans les ténèbres économiques du XIXè siècle. Mais, à dires d'experts, c'est plutôt une victoire ukrainienne qui est programmée dans les caisses à sable, en conséquence d'un faisceau de paramètres macro-économiques comparatifs dont vont bénéficier les Ukrainiens. Comme n'ose pas le dire Sergueï Lavrov, c'est plus que l'OTAN qu'affronte la Russie de Poutine, c'est tout le monde libre, sa richesse intrinsèque, ses capacités d'innovation, sa réactivité, son endurance. Le petit PIB russe, sa rente minière dont les prix se fixent à l'étranger, sa promotion interne de prédateurs incompétents à tous les étages, l'abêtissement des peuples lobotomisés, ne pourront pas longtemps résister à l'engagement augmenté de l'Occident et du Japon. Un seul allié des Russes dispose d'assez de poids pour retarder l'effondrement, c'est la Chine populaire dont pratiquement tous les revenus d'exportation proviennent de ce monde libre. Va-t-elle déclencher chez elle l'émeute ouvrière pour complaire à des kleptomanes sans autre épaisseur que la viande populaire qu'ils exposent au feu de la guerre pour leur propre survie ? Elle a elle-aussi des comptes à solder avec l'héritière de l'empire russe. On le verra très vite, et sur les Kouriles nippones aussi.

Reste à entendre les considérants des républiques non slaves de la Fédération qui pour certaines décideront d'exploiter en propre leur rente héritée de l'Union soviétique et se développer sans l'aval de la mafia moscovite. Je ne parle pas des Stan d'Asie centrale (Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turménistan) qui couperont définitivement le cordon ombilical avec Moscou. Françoise Thom est allé au fond des choses dans un article de Desk Russie, là.

(2) Le fournisseur naturel d'énergie de l'Europe orientale et occidentale pour partie était la Russie de Lukoil et de Gazprom. Les prix bas de fourniture couvrant des infrastructures logistiques amorties (sauf les Nordstream) retardaient la conversion énergétique européenne à tous bons motifs. Le point de la situation sur Causeur. La rupture des approvisionnements (qui devait nous tuer) nous oblige à sortir carrément de la trappe fossile en dégageant les crédits de conversion à toutes énergies alternatives, au premier rang desquelles l'énergie nucléaire. Même si, après l'extinction de la guerre, le gaz russe revient sur le marché, ce sera un appoint pour donner de l'air aux anciens pays de l'Est. Le cas de l'Allemagne est à débattre à part.

(3) Les coefficients d'attrition des armes conventionnelles les plus courantes dévoilés par la guerre d'Ukraine obligent tous les états-majors à repenser les moyens de défense. L'irruption des drones de toutes tailles dans les trois dimensions et celle des missiles à haute vélocité ringardisent le fameux couple char-avion qui faisait les beaux jours de l'Ecole de guerre. Le ministre des armées Lecornu a signalé que la loi de programmation militaire imminente contenait des ajustements sévères dans un contexte d'augmentations budgétaires (clic) et M. Macron a brossé les grandes lignes du plan dans ses voeux aux armées prononcés sur la base aérienne de Mont-de-Marsan (clac). Qu'en sera-t-il au détail ? Langue au chat, il faut attendre sa présentation aux parlementaires.

Plus généralement et sans en faire des tonnes, l'Europe vient de se découvrir en tutu de danseuse, tributaire de puissances étrangères pas toujours amicales. Elle commence à réagir. Et si l'on tient compte des nouvelles lois américaines, on peut raisonnablement considérer que la mondialisation heureuse est morte. Or c'était l'épure stratégique allemande. Est-ce la République fédérale le plus gros perdant après la Fédération de Russie ?

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