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vendredi 20 janvier 2023

La bascule stratégique

La réunion de Ramstein n'a pas convaincu la Chancellerie de Berlin de débloquer les escadrons de chars Leopard2 que lui réclame le gouvernement de Kiev. Il semble évident que les Allemands ne veulent pas "prendre le lead" dans la guerre d'Ukraine à divers motifs dont le plus avancé est de ne pas rejouer l'opération Barbarossa (1941). Ils assument la responsabilité de faire durer la guerre d'invasion russe, mais sont-ils si loin du projet américain de saigner à blanc la Russie de Poutine ?

L'Ukraine, c'est le sujet du moment, mais c'est en fait le déclencheur d'un moment historique qui la dépasse (Michel Yakovleff).

miss Ukraine 2022
La bascule stratégique annoncée touche trois domaines : le déclassement de l'espace impérial russe avec ou sans dislocation de la Fédération de Russie (1) ; la contrainte énergétique assénée à l'Europe occidentale (2) ; un nouvel art de la guerre (3). Nous allons faire court.

(1) Toute victoire russe, ne pouvant que s'inscrire dans une débauche obscène de destructions d'infrastructures et capacités civiles, les dirigeants du Kremlin seront devenus infréquentables et par assimilation la race russe sera maudite. Ce qui rejettera la Fédération russe dans les ténèbres économiques du XIXè siècle. Mais, à dires d'experts, c'est plutôt une victoire ukrainienne qui est programmée dans les caisses à sable, en conséquence d'un faisceau de paramètres macro-économiques comparatifs dont vont bénéficier les Ukrainiens. Comme n'ose pas le dire Sergueï Lavrov, c'est plus que l'OTAN qu'affronte la Russie de Poutine, c'est tout le monde libre, sa richesse intrinsèque, ses capacités d'innovation, sa réactivité, son endurance. Le petit PIB russe, sa rente minière dont les prix se fixent à l'étranger, sa promotion interne de prédateurs incompétents à tous les étages, l'abêtissement des peuples lobotomisés, ne pourront pas longtemps résister à l'engagement augmenté de l'Occident et du Japon. Un seul allié des Russes dispose d'assez de poids pour retarder l'effondrement, c'est la Chine populaire dont pratiquement tous les revenus d'exportation proviennent de ce monde libre. Va-t-elle déclencher chez elle l'émeute ouvrière pour complaire à des kleptomanes sans autre épaisseur que la viande populaire qu'ils exposent au feu de la guerre pour leur propre survie ? Elle a elle-aussi des comptes à solder avec l'héritière de l'empire russe. On le verra très vite, et sur les Kouriles nippones aussi.

Reste à entendre les considérants des républiques non slaves de la Fédération qui pour certaines décideront d'exploiter en propre leur rente héritée de l'Union soviétique et se développer sans l'aval de la mafia moscovite. Je ne parle pas des Stan d'Asie centrale (Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turménistan) qui couperont définitivement le cordon ombilical avec Moscou. Françoise Thom est allé au fond des choses dans un article de Desk Russie, là.

(2) Le fournisseur naturel d'énergie de l'Europe orientale et occidentale pour partie était la Russie de Lukoil et de Gazprom. Les prix bas de fourniture couvrant des infrastructures logistiques amorties (sauf les Nordstream) retardaient la conversion énergétique européenne à tous bons motifs. Le point de la situation sur Causeur. La rupture des approvisionnements (qui devait nous tuer) nous oblige à sortir carrément de la trappe fossile en dégageant les crédits de conversion à toutes énergies alternatives, au premier rang desquelles l'énergie nucléaire. Même si, après l'extinction de la guerre, le gaz russe revient sur le marché, ce sera un appoint pour donner de l'air aux anciens pays de l'Est. Le cas de l'Allemagne est à débattre à part.

(3) Les coefficients d'attrition des armes conventionnelles les plus courantes dévoilés par la guerre d'Ukraine obligent tous les états-majors à repenser les moyens de défense. L'irruption des drones de toutes tailles dans les trois dimensions et celle des missiles à haute vélocité ringardisent le fameux couple char-avion qui faisait les beaux jours de l'Ecole de guerre. Le ministre des armées Lecornu a signalé que la loi de programmation militaire imminente contenait des ajustements sévères dans un contexte d'augmentations budgétaires (clic) et M. Macron a brossé les grandes lignes du plan dans ses voeux aux armées prononcés sur la base aérienne de Mont-de-Marsan (clac). Qu'en sera-t-il au détail ? Langue au chat, il faut attendre sa présentation aux parlementaires.

Plus généralement et sans en faire des tonnes, l'Europe vient de se découvrir en tutu de danseuse, tributaire de puissances étrangères pas toujours amicales. Elle commence à réagir. Et si l'on tient compte des nouvelles lois américaines, on peut raisonnablement considérer que la mondialisation heureuse est morte. Or c'était l'épure stratégique allemande. Est-ce la République fédérale le plus gros perdant après la Fédération de Russie ?

lundi 16 janvier 2023

Un vieux couple sans affect

Le 22 janvier prochain se fêtera à Paris le Traité de l'Elysée signé entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer pour réconcilier définitivement deux nations qui se firent trois guerres en seulement soixante dix ans.
Il est intéressant de voir comment l'Allemagne voit (ou ne voit pas) cette commémoration, et le plus simple n'est-il pas de lire l'article du Spiegel consacré à l'événement. Vous pouvez y accéder gratuitement en cliquant ici. Il est en anglais sur original allemand payant, titré lui, L'Aliénation (Die Entfremdung), ce qui est déjà un signe fort. La photo assez incroyable illustrant ce billet vient aussi du Spiegel.

Sholz et Macron

Il ne fait aucun doute qu'après les grands amours Giscard-Schmidt et Mitterrand-Kohl, le "couple" s'est passablement désuni, au point que le divorce n'est évité maintenant que par souci des convenances européennes. La collaboration cœur à cœur cessa dès le premier mandat de Jacques Chirac qui supprima la conscription militaire sans en débattre avec la République fédérale. Puis viendra le temps des sauteurs et des ectoplasmes entre gémissements budgétaires et avanies en tout genre, jusqu'à ce que le chancelier Scholz applique la devise garibaldienne : Germania farà da sé. Il prend ses distances du projet franco-européen de défense intégrée, laisse le Bundestag patauger dans le soutien blindé à l'Ukraine, oublie la dispute industrielle entre nos deux pays dans les affaires de char franco-allemand et d'avion du futur, relance le charbon, ne ménage pas sa peine pour soutenir les entreprises allemandes en Chine populaire avec un voyage éclair à Pékin sans consulter ses partenaires européens, et finalement ne parle qu'avec Washington parce que la Deutsche AG y a des intérêts colossaux.

Face à lui, le sémillant Emmanuel Macron saute sans arrêt d'un nénuphar à l'autre pour faire oublier qu'il est perclus de dettes et incapable de financer quoique ce soit sans aller au Golfe comme d'autres vont aux dames. C'est sans doute cette arrogance juvénile de l'impécunieux radoteur qui horripile le plus les Allemands. Ils sont dans la barque de l'Eurogroupe que l'impéritie française pourrait bien faire couler, et ça, c'est pour eux péché mortel.

Il est plus que temps que la France mette de l'ordre chez elle, rétablisse ses comptes publics et s'occupe de son propre avenir, sans reporter la solution de ses nombreux défis à l'étage européen. Car là aussi, nous commençons à fatiguer les autres par nos recommandations incessantes sur tout et rien. Cahin-caha le Traité de l'Elysée aura tenu soixante ans.

samedi 22 octobre 2022

L'ami Fritz reloaded

Entre Allemands et Français on attendait le clash depuis 2017, depuis l'arrivée d'un ado pas fini aux affaires, qui portait le projet d'un majorat français de l'Europe institutionnelle, malheureusement pour lui divisée entre Europe rieuse et Europe sérieuse ©RA. Après les premières rebuffades, conduites par le monacal premier ministre du roi des Bas Pays, notre sémillant vroum vroum carressa l'idée de faire la reine des gitans en chargeant dans le char à bœufs nos sœurs latines, oubliant parfois qu'elles au moins, avaient l'ambition de rejoindre un jour l'Europe sérieuse quand nos rêves d'empire au pied petit enflaient à mesure que se creusaient nos déficits en tous domaines sans exception y compris... dans les munitions de guerre !

Ainsi donc, le roi Olaf de Hambourg, présentement chancelier du IVè Reich, Scholz pour ne pas le nommer, a mis au panier la proposition française de capping européen du prix du gaz, formant avec le Danemark et les Pays-Bas une sorte de front du refus des "exigences" françaises lors du dernier Conseil des présidents. Il n'en fallait pas plus à M. Macron pour brandir bien haut le roman du couple franco-allemand, l'amitié incassable et le traité de l'Elysée dont il faut fêter l'anniversaire bientôt, le moteur européen et tout le diable son train, sauf que depuis Angela Merkel, l'Allemagne ne connaît pas de couple franco-allemand (germano-français peut-être et encore) et le Reich gère ses intérêts propes en activant quand c'est nécessaire la poulie de la Commission européenne où gouverne son ancienne ministre de la Défense fédérale. Ursula von der Leyen n'a pas mis les réquisitions françaises à l'agenda. Et si la péninsule ibérique a adopté le capping du gaz, nul ne voit pourquoi les vingt-cinq autres pays de l'Union devraient adopter chacun les mêmes mesures dans un projet de monopole énergétique bruxellois qui ne dit pas son nom. On en revient toujours au tropisme européen de M. Macron qui croit résoudre les problèmes franco-français en les portant à l'étage européen ! C'est pour lui plus facile que de se s'atteler au nettoyage des écuries d'Augias tel qu'est devenu l'Etat français où la merde est à hauteur d'homme, allégorie scatologique désignant le niveau de la dette rapportée au PIB.

Qui a vécu parmi eux, qui a travaillé avec eux sait que jamais les Allemands n'accepteront d'être les seconds de quelqu'un en Europe. Le "couple" est une supercherie à la gloire du général de Gaulle, qui fut adoptée par ses successeurs, Giscard d'Estaing en tête, comme un talisman préservant la France du déclin. Il n'a pas suffi, la pourriture intellectuelle des mœurs politiques françaises a emporté la vigne après le vin, et le plan de participation à la mondialisation heureuse s'est fracassé sur les autocraties qui n'en veulent prendre que les bénéfices sans les contraintes démocratiques. Ce qui fait que, rejetés de la mondialisation par le Covid chinois et la guerre russe, nous sommes à poil. L'Allemagne plus que nous ! Mais eux ont encore de l'argent, une vraie industrie qui continue d'investir en Chine populaire et l'esprit hégémonique que nous avons perdu ; à part l'exception culturelle française des sous-produits du ministère ad hoc qui nous servaient de ticket d'entrée dans des économies solvables, et que nous cultivons toujours. C'est fini.
Les problèmes du chancelier Scholz sont si lourds qu'il ne peut pas s'encombrer des conseils vaseux de notre gentil monsieur Macron, incapable de gérer chez lui mais qui veut gérer les autres, et toute la question pour la suite est de savoir si lors de la rencontre de mercredi prochain à l'Elysée, le chancelier va le dire en face ou simplement le laisser comprendre. Son air chaffouin présage une apparente retenue qui ne changera rien à la conviction de fond : cette France que l'Allemagne a battu à plate couture en 1940, usurpe une position de commandeur moral qu'elle est bien incapable de tenir en l'état de faillite du logiciel socio-économique national, et qu'au final, elle est du lest pour le redressement allemand. D'ailleurs, lors de sa conférence de presse d'hier après-midi à Bruxelles, notre leader moumouté parlait au nom du couple, donc au nom de l'Allemagne, ce qui est quand même fort prétentieux. Au milieu des difficultés, l'Allemagne ne s'encombrera pas des "collaborations" plus ou moins obligées avec la France. On le voit déjà sur l'avion du futur et le superchar de combat. Dans d'autres chapitres, elle a choisi soit l'Amérique (F35, Poseidon, Chinook), soit la coopération de pays de l'est et du nord comme dans l'European Sky Shield. Ça ne trompe pas. Mais l'admettre à Paris acterait un revers stratégique sévère que rien ne compensera dès lors que les deux plus fortes armées du futur européen seront l'allemande et la polonaise avec l'ukrainienne bientôt. Autant dire que si une défense continentale européenne devait naître un jour, elle ne pivoterait pas sur un axe français.

PS: J'ai le sentiment que les élites économiques et politiques allemandes - surtout celles du SPD - pensent que l'Allemagne seule aurait pu s'entendre avec Poutine avant que les choses ne dégénèrent à la frontière ukrainienne. La première réaction de Scholz à l'invasion russe fut de déclarer que jamais des canons allemands ne tireraient à nouveau sur les Russes par respect de la tragédie historique de la seconde guerre mondiale. La réaction surprenante du chancelier de lancer un plan de réarmement de cent milliards d'euros participe de cet inconfort en valorisant les moyens de décider plus tard, seuls !

mardi 9 août 2022

Une Amazon finalement !

Roman de gare estival - chapitre 6
L'affaire commence ici : Eté Première (clic).
Eté 2023

Il va sans dire que l'année se passa sur le qui-vive. Med avait trouvé un poste à la clinique publique de Neuilly et pour raccourcir son trajet, vivait maintenant sans boîte aux lettres dans la grande tour Défense 2000, perdu au milieu de plus de trois cents appartements. Alf avait pris un boulot dans un chantier fluvial à Deûlémont. Ils utilisaient l'un et l'autre leur deuxième prénom et évitaient les manifs et les trombinoscopes, surtout sur les réseaux sociaux. Arriva le mois de juillet, et le projet de voyage au grand nord avec lui. Vous n'alliez pas refaire la Croisière jaune sud-nord cette fois avec une Citroën Kergesse. La Onze, même révisée de fond en comble et à laquelle Romain-Jean avait apporté quelques watts supplémentaires et les jantes à rayons qui changeaient complètement le look, n'irait pas au cercle polaire ; non plus que vous ne laisseriez le journal numérique local faire une demi-page sur les Frenchies sympa montés chez les casques à cornes dans une décapotable septuagénaire, bien improbable sous leurs latitudes. Il fallait changer de caisse.

Volvo rouge
La maison d'enchères hollandaise Catawiki passait des coupés anciens qui avaient moins la cote maintenant que les zones de faible émission se multipliaient en Europe. L'idée sympa pour la Scandinavie serait une Amazon. Robuste, facile à réparer et à régler si on changeait les carburateurs SU d'origine par des HIF ; c'était le modèle idéal pour rouler décalé et sûr dans des consommations raisonnables. Catawiki venait de lancer l'enchère sur une 122 batave de 1965 rouge en état d'usage, un peu en dessous du standard collection. Vous vous y mîtes et huit jours plus tard vous emportiez l'enchère à 7099 euros plus les frais. Restaurée au retour des vacances, elle en vaudrait le double ou pas loin, c'était le bon plan, même si ce n'était pas la 123 plus prisée. Le week-end suivant, Alf partit la récupérer à Katwijk, et la ramena sans histoires chez Romain-Jean à Calais. Sans préparer un Paris-Pékin, il y avait quand même un minimum à prévoir pour franchir le cercle polaire. Contrôler les compressions, passer l'allumeur à vis platinées à un modèle électronique, changer la bobine, les quatre bougies et le faisceau complet par des composants blindés, vidanger tous les fluides et certainement désembouer le réservoir. Par chance, la boîte 4 n'avait pas d'overdrive qui est un nid de chagrins sur les anciennes Volvo. Les amortisseurs avaient été renouvelés par l'ancien propriétaire, il suffisait de mettre des pneus pour le nord et les Uniroyal MS étaient le meilleur compromis prix/grip. Les sièges étaient bons et le débosselage des ailes attendrait. Restait l'armement du navire et à déterminer sa route.

Pour une voiture moderne, Michelin donnait 3322 kilmomètres et trente-neuf heures de roulage pur entre Calais et Kirkenes (clic) en passant par la côte suédoise du Golfe de Bothnie. C'était le barreau posé sur la carte. L'idée n'étant pas de faire un pélerinage aux saints du pôle nord, la plus grande concentration de filles libres était au camping international d'Amsterdam, sur le barreau Michelin ou presque. Vous continueriez par la Frise et passeriez le grand pont de l’Øresund qui a donné son nom à cette série policière suédoise de haute volée, The Bridge (Bron) avec Sofia Helin (Saga) qui écrase toute la distribution et marque le cinéphile pour longtemps.

Par sa bonne connaissance de la langue allemande, Alf avait entretemps suivi toute l'affaire de Mannheim dans la presse locale et s'était abonné à l'édition numérique du Stuttgarter Zeitung (la belle invention !). Il avait maintenant toute l'histoire. Assez classique en somme dans le chapitre du choc de civilisations. Deux jeunes turcs de la même famille, cousins germains, s'étaient épris de deux sœurs rencontrées au cours municipal d'allemand pour étrangers le soir. Elles n'étaient pas à proprement parler des professeurs de cette association mais des bénévoles qui remplissaient toutes les tâches administratives et d'organisation des cours. Les deux garçons venaient de Thrace, d'un clan de marchands versés dans le commerce international d'urée, et eux-mêmes étaient destinés à travailler dans les bureaux de l'antenne allemande de la firme turque. Les jeunes gens se fréquentèrent pendant un an puis les familles décidèrent de conclure un beau mariage double ; les parents des filles étaient de respectables fonctionnaires des Voies navigables. Le facteur déclenchant était, ne le cachons pas, la beauté et la blondeur des fiancées bien avant leur niveau d'études juste correct. Grand mariage bruyant à Mannheim, voyage(s) de noces en Anatolie et sur la Mer noire jusqu'à Trébizonde, super-appartements sur la Maximilianstrasse, le bonheur carton plein, et beaucoup de bon argent dépensé. Sauf que ! Le journaliste en charge de l'affaire devait être un copain de Thilo Sarrazin et ne manquait aucune occasion de proposer au lecteur l'incompatibilité d'humeur entre deux systèmes éducatifs si différents qui ne pouvaient s'assembler que dans une "tutelle occidentale", ce qui au XXIè siècle n'était plus accepté dans l'espace turcique, même en Thrace. Ce n'était point tant les jeunes maris qui étaient en cause que leur famille, moins avancée sur le chemin des libertés féminines et de l'égalité des chances que n'en montraient les apparences de la vie courante. Les femmes ne portaient pas de foulard, les hommes de misbaha, mais mentalement la propagande incessante pour une réislamisation de la Turquie avait réveillé un fonds patriarcal ancien.

Med avaient des exemples de ruptures franco-africaines, toutes faites dans le même moule. L'étudiant lauréat ramenait au pays sa conquête française, blonde toujours, et une fois le "butin" promené par toute la parentèle, il prenait une épouse dans la coutume de la tribu pour se reproduire. Certaines faisaient leur deuil d'un amour romanesque en attendant que jeunesse se passe, d'autres, affolées de voir la leur s'enfuir dans une cage ethnique et qui pis est, matriarcale souvent, trouvaient la fente dans la palissade et par le consulat rentraient au pays. Il n'y avait d'expérience aucun autre endroit où réussir un mariage de la diversité que dans le pays de l'épousée, à la stricte condition que les familles ne s'en mêlent pas. Le drame de Mannheim cochait toutes les cases du crime annoncé.

la blonde

Le crime venait d'abord d'un machisme exacerbé au sein de familles vite hostiles sur fond de valeurs incompatibles. Un an avait passé et les familles turques ne voyaient pas arriver d'enfant, de garçon surtout. Les époux furent encouragés à se donner plus de mal, mais quand au bout de dix-huit mois il s'avéra que toutes les positions, sauces pimentées et tisanes stimulantes ne donnaient pas de résultat, il fut admis chez les Turcs que les épouses étaient stériles, et commença à s'insinuer dans la lézarde de la défiance qu'ils s'étaient fait posséder par la famille allemande avec des épouses défectueuses. Puisque bien sûr, au stade le plus avancé de la civilisation orientale, un mariage n'était que de procréation. Ne l'entendant pas de cette oreille, les beaux-parents conduisirent leurs filles chez le meilleur gynécologue de la place, qui après des examens approfondis déclara qu'elles avaient tout pour concevoir, porter et faire naître un enfant. Ce qui incita leurs parents à dépasser un peu le sens des convenances en déclarant tout de go aux parents des garçons que ceux-ci étaient mal montés ! Et que le plus simple était de consulter de leur côté. Ce qui s'avéra être une injure grave, un Turc ne pouvant pas être infirme sur ce plan. Deux ensemble, moins encore ! Il y aurait eu d'autres solutions comme l'insémination assistée mais c'était attenter à l'honneur du nom. La négociation du style chevillard aurait dû commencer là, mais poussés par leur bon droit, les parents allemands attisèrent la dispute de cent façons et surtout avec ce soupçon de supériorité qui fit la réputation de la race dans la campagne de France. Mais fait étonnant quand même, ce ne furent point les maris qui réagirent - le doute avait germé quand même dans leur cortex - pas plus que leurs pères respectifs, trop abasourdis par l'évidence, mais les oncles des époux, excédés des rires et quolibets qui fusaient dans leur dos quand ils passaient au café serrer des pognes ou au kiosque jouer, alors que jusque-là leur autorité naturelle dans la communauté imposait plutôt un silence respectueux. Entretemps, les filles prirent leur distance avec une ambiance de plomb et, va savoir ce qu'il se passa dans leur tête, filèrent en direction du sud jusqu'au camping ombragé de la Tamarissière qu'on leur avait conseillé en Agde quand elles louèrent les vélos. Une carte postale de vacances mal dirigée et elles furent repérées. Les oncles descendirent pour les remonter et les tenir serrées dans le genelev privé de la Maximilianstrasse. Les choses durent tourner plus mal encore en cage, puisque deux séides furent commandés pour laver l'honneur de la famille, sur place ! Les quatre individus interpelés n'étaient pas les maris et leurs pères mais les oncles et les tueurs à gages. De quoi tenir la page jusqu'à la Toussaint.

Dans la mesure où les agents actifs dans le double assassinat étaient sous les verrous, vous comprîtes alors que vous ne risquiez plus grand chose en restant un minimum prudents. L'Amazon filait un bon 120 sur l'autoroute en direction de la capitale internationale de la beuze. Vous vous étiez donné trois jours pour faire votre marché, en oubliant volontairement que vous seriez choisis et pas l'inverse finalement. Le plus simple à l'arrivée serait de commencer par laver la voiture qui en avait bien besoin. L'eau attire !

(la suite au prochain numéro)

mercredi 8 juin 2022

L'Allemagne réarme

Gepard allemand
L'état critique des forces de défense de la République fédérale, au moment de compter ses billes dans l'affaire d'Ukraine, a conduit la Chancellerie et le Bundestag à programmer cent milliards d'euros à la reconstruction d'une armée crédible. Contrairement à ses partenaires européens moins bien dotés, l'Allemagne dispose d'usines d'armement lourd en capacité de fournir des équipements avancés dans les quantités souhaitées. Il suffit à la Bundeswehr et à la Deutsche Marine de passer commande, et tournent les machines-outils ! Pour la Luftwaffe c'est plus compliqué car les productions sont en coopération internationale, mais ça peut le faire en intégrant des programmes européens ou américains avancés. On devine que les usines françaises seront impactées à des degrés divers, char de bataille, avion du futur, pour lesquels nous allons entrer en concurrence avec le reste du monde, appâté par ce budget phénoménal adossé à une économie performante et à des financements sûrs. Pour peu que les effectifs servant ces armes soient incorporés en nombre, à la fin de cette décennie, l'Allemagne disposera d'une puissance lui permettant de revenir sur son axe impérial traditionnel : Rhin-Main-Danube-Bosphore. Elle sera la première armée continentale d'Europe occidentale ; et elle aura les félicitations de Washington en laissant apercevoir une prise en charge euro-allemande de l'effort de défense, soutenu jusque-là par les contributions américaines. Il serait étonnant qu'à terme la Chancellerie de Berlin n'instrumentalise pas sa nouvelle puissance dans le compartiment géopolitique qu'elle avait jusqu'ici très modérément investi au regard de son poids économique. Quelqu'un dans la salle voit-il d'autres conséquences ?

Prenons l'affaire par l'autre bout. Le peuple allemand est pacifiste dans l'âme, et le chancelier Gerhart Schröder l'a démontré en 2003. La Deutschland AG l'est aussi, qui multiplie ses concessions automobiles à mesure que cessent les guerres ci et là. Mais depuis... Rossbach (1757) les capitaines de l'industrie teutonne ont une aversion particulière pour l'arrogance militaire française, ce qui explique en partie les difficultés des programmes bilatéraux. Or, le projet macronien de défense européenne, s'il se heurte au scepticisme de tous les pays de l'Est, révulse tout pareil l'âme prussienne qui dort dans leurs usines d'armement. Le programme allemand de réarmement donne à l'industrie allemande et au-delà d'elle, à la classe politique allemande, l'argument décisif pour se soustraire au majorat français proclamé urbi et orbi depuis Paris. A échéance de dix ans, la Bundeswehr mangera sa tagesuppe sur notre tête, question de moyens budgétaires. La fable de l'entrée en premier des armées françaises sur tout théâtre d'opérations extérieures se fracasse sur nos capacités réelles de guerre intensive contre un ennemi à parité. Oui, nous entrons partout en Afrique mais pas si longtemps tout seuls. Nous sommes confinés au combat d'alliance, qui nous ôte toute supériorité tactique dans l'approfondissement d'une défense européenne. Même au Sahel, nous sommes dans une alliance occidentale pour mener la pacification du territoire, et nous n'y arrivons pas ! Alors, seuls ? Oui, nous avons la bombe atomique de non-emploi qui sert d'ultima ratio mais qui ne pèse pas dans une guerre conventionnelle fermée comme la guerre d'Ukraine.

Il y a un bébé dans la bassine.
On pourrait faire un gros paragraphe sur l'utopie d'une défense commune préalable à la production d'une stratégie commune des pays impliqués. C'est l'inverse qui risquerait de marcher, à quelques-uns. Mais il est un effet collatéral intéressant à toute cette agitation : l'accroissement inéluctable des capacités industrielles européennes dans le domaine de l'armement. Au lieu de battre le pavé dans la posture du paon, M. Macron serait mieux inspiré d'oublier l'expression publique de ses visions et distraire plutôt les fonds nécessaires à la remise en route des chaînes de production militaire, dans la double optique de réarmer la France d'une part et d'offrir à nos partenaires européens une alternative aux productions extra-européennes, de l'autre. Baissons ce ton politique agaçant et mettons des moyens dans l'industrie tant que l'opinion française l'accepte. On me dit dans l'oreillette qu'on n'a pas un flèche à mettre dans le schmilblick.
Evitons donc le ridicule d'une loi-programme étirée à l'infini et remisons nos grandes idées jusqu'à meilleure fortune. Avant de nous lancer dans la recherche-développement d'armes cosmiques sans pouvoir dépasser le stade du prototype, commençons par ce que nous savons faire déjà : une véritable armée de mêlée (char-avion-canon) et une flotte océanique qui découragera nos contempteurs outremer.
Quid des Pluton ?

mercredi 26 janvier 2022

Au format "Normandie"

Je prends le risque. Même si celle de Troie fit mentir Jean Giraudoux, la guerre de Kiev n'aura pas lieu. Le format Normandie-Niemen (NN) va l'engouffrer dans un tunnel diplomatique dont nul ne sait les conséquences... à l'Ouest. Certes, il serait facile de feuilleter l'histoire pour désigner l'Ukraine comme les Sudètes du petit tsar et les accords gaziers russo-allemands, le pacte Molotov-Ribbentrop. Mais deux acteurs du quadrille NN ne veulent pas se battre, laissant les deux autres comme chiens de faïence sur le manteau de la cheminée. Le plus important est Olaf Scholz qui a décidé qu'il n'irait pas sur la pente glissante d'une opération Barbarossa Reloaded. Le second est le comique-président Zelensky qui a l'intime conviction de s'entendre à la fin entre anciens amis avec Gazimir Poutine, même s'il hurle au charron (c'est un acteur). Ce "doute métaphysique" enrage les saber-rattlers de l'anglosphère qui instrumentalisent sans vergogne la crise géopolitique européenne à compenser leurs déboires de politique intérieure. Boris Jonhson n'est plus que l'ombre du clown hirsute et triomphant qu'il fut au débarquement de Theresa May (il faut lire la presse anglaise en ligne); ses palinodies ne font plus rire personne en Angleterre, les enquêtes sur les pots de départ ou d'anniversaire, pendant le confinement et le deuil de la reine, avancent. Le Brexit est devenu un joyeux bordel dans les mains d'incapables, et tout le Royaume-Uni les dénoncent comme de super-connards.
Joe Biden quant à lui, descend l'escalier du désastre des élections de mid-term qui verra le Parti de l'Âne perdre de sa superbe dans les deux chambres du Congrès de Washington. Pressé par l'horloge biologique, il a précipité le travail législatif et n'a pas sû mater ses Insoumis, lesquels ont horripilé de leur brocante socialiste le camp républicain. On peut ajouter que la campagne politique ininterrompue de Donald Trump est particulièrement déloyale et peu digne, venant d'un ancien président ; mais deux procureurs de New York s'affairent aux affaires et vont le faire tomber du côté qui penche, le côté fiscal comme Al Capone.
Joe Biden n'est pas fou au point de déclencher une guerre européenne pour remporter les Mid-Terms et continuer l'aventure de sa vie (il a parlé de se représenter en 2024); mais il peut subir une crise d'hypothermie politique et laisser passer des ordres dangereux mal-compris. Il gaffe en continu ! Alors que nous reste-t-il ?

format Normndie

Les chancelleries françaises et allemandes sont parfaitement à l'aise pour analyser tenants et aboutissants de la paranoïa poutinienne. Elles l'ont déjà fait. Poutine et Lavrov, son Raspoutine, ont fait une erreur majeure en balayant toute négociation avec les pays d'Europe occidentale, privilégiant la confrontation "d'homme à homme" avec le patron de l'Alliance atlantique. Ce statut de grande puissance mondiale obtenu de haute lutte n'est pas tenable pour une économie du niveau celle de l'Espagne parce que le tonnage d'acier en mouvement et le chantage aux matières premières n'y suffira pas longtemps. Mobiliser des divisions en rase campagne pendant des semaines, faire tourner les escadres et voler des bombardiers et gros-porteurs a un prix, un prix très élevé en intendance, logistique et usure nerveuse des troupes et des états-majors. Ce que peut faire la Chine, deuxième économie mondiale adossée à 1,4 milliards d'habitants, la Fédération de Russie, peinant à administrer un vaste empire des neiges sur onze fuseaux horaires avec seulement 0,146 milliard d'habitants, ne peut le faire.

Discuter avec l'Allemagne, la France et l'Italie aurait été certainement plus fructueux pour le Kremlin. Non qu'ils auraient cédé sur l'essentiel, mais auraient su trouver des accomodements latéraux préservant la face des excités. Et l'essentiel, c'est quoi ?

Contrairement aux pharisiens à principes, l'essentiel n'est pas le droit international qui n'est institué que pour être violé, mais c'est la paix du gaz et l'orgueil de l'ours, pour ne pas dire la vie des gens. Ce qui font profession de juriste international vont avoir une rupture d'anévrisme, mais qu'ils sortent du chapeau les séquences d'apaisement que ce fameux droit international a suscité en temps de crise ! Il n'y en a pas. C'est de la décoration (comme les lois fondamentales du royaume). On peut donc s'asseoir sur deux concepts mais on peut menacer en même temps sur deux frontières.

Les deux concepts brandis par le Département d'Etat sont la porte ouverte de l'OTAN et l'ukrainéité de la Crimée. Je me souviens parfaitement qu'après la dissolution du Pacte de Varsovie, Bill Clinton s'était opposé à la candidature des quatre de Visegrad. Mais avant de continuer, faisons un sort à la légende de l'élargissement sournois de l'Otan vers l'Est sous la période Gorbatchev que l'Occident aurait trompé : les discussions diplomatiques concernaient alors le statut de l'Allemagne un jour réunifiée et le déport de la frontière atlantique de l'Elbe à la ligne Oder-Neisse. L'URSS existait toujours, avait trois cent mille hommes en RDA, et le Pacte de Varsovie, contenant entre autres les pays de Visegrad, était toujours en activité (relire le Diplodocus). C'est après l'effondrement de l'URSS que ça a bougé. Accueillir les pays de l'Est ? Bill Clinton y voyait un puits sans fond pour la rénovation en dollars d'une énorme casse militaire rouillée, avec pour seul avantage de crisper les futures autorités russes desquelles on attendait des accords d'investissements lourds en Russie libre. Entre deux "cigares", il avait vu clair ! Mais l'insistance de la Pologne d'abord, actionnant un lobbying efficace sur la côte est, permit de forcer la porte de l'OTAN, et suivirent les autres du groupe précité, bien conscients que la situation nouvelle ne resterait pas si calme en Europe orientale quand l'écume de l'effondrement soviétique aurait disparu. En fait, comme sous l'avons trop souvent dit sur ce blogue, l'élargissement de l'OTAN vers l'Est est le résultat d'une avancée des pays libérés par l'URSS vers l'OUEST, mais pas d'une politique délibérée d'endiguement de la Fédération de Russie, même si l'accession au pouvoir d'un lieutenant-colonel binaire du KGB d'un mètre 65 a fini par rafraîchir l'ambiance.

Donc la "porte ouverte de l'OTAN" est un concept relativement récent, comme en inventent régulièrement les gnomes en soupentes pour organiser le monde à leur main. On peut très bien dire que le concept a vieilli et finlandiser l'Ukraine avec des garanties physiques sérieuses au sol. Pour commencer, le Donbass doit retourner sous la souveraineté de Kyiv dans une fédération des provinces relativement autonomes. C'était en filigrane dans l'accord de Minsk. Des accords commerciaux avec l'Union européenne doivent être possibles (sur le modèle turc) et toute intégration peut prévoir la participation de la Russie à la table de négociation (compter dix ans de travail intense !). En contrepartie, les forces russes doivent reculer à bonne distance de la frontière ukrainienne et cesser les manœuvres à portée d'artillerie. Les attaques cybernétiques doivent cesser et les usines à trolls russes, fermées.

La Crimée historique fut tout (tatare, ottomane, russe) sauf ukrainienne. Elle est composée de deux entités: la municipalité de Sébastopol qui est une ville à statut fédéral comme Moscou et Saint-Pétersbourg (elles ne sont que trois), avec la base navale impériale des mers chaudes ; et le désert de Crimée gouverné par Simféropol. Ce désert de Simféropol sans eau ni ressources pourrait entrer dans une fédération ukrainienne avec la République Populaire de Lougansk et la République Populaire de Donetsk. La presqu'île de Crimée est accédée par un pont mixte fer-route au-dessus du détroit de Kertch qui termine la mer d'Azov baignant les côtes des deux adversaires. Il y a donc matière à parler ensemble de choses concrètes et développables. Mais comme on ne peut compter sur la bonne foi perpétuelle russe que célèbrent chez nous les agents d'influence du Kremlin incroyablement nombreux ces jours-ci, il s'agit de mettre en scène, sans pour autant les actionner, des menaces implicites sur deux frontières sensibles de la Fédération de Russie : la triple frontière balte avec les eaux de la Baltique orientale au nord-est de Gotland ; la frontière polono-russe de l'enclave de Kaliningrad. Comme souvent dit ici, il faut faire une offre de développement conjoint de l'enclave russe située au sein de l'Union européenne, et le faire savoir au peuple russe pour lui montrer que l'Occident n'est pas l'ogre décrit par le parti de Poutine.

En résumé, l'Europe occidentale doit reprendre la main en douceur - que Macron et Poutine se parlent, c'est très bien - contre l'instrumentalisation anglo-américaine et l'hystérie polonaise du PiS. On ne doit pas craindre la "révolte" des PECOs qui, sans l'Union, ne sont que des bantoustans allemands. Alors oui, il se joue gros dans le format Normandie, mais j'ai un doute sur la finesse d'approche de notre danseur de claquettes.


Postscriptum du 22.02.2022
En ordonnant à ses troupes d’entrer dans les territoires séparatistes du Donbass dans la nuit du lundi 21 au mardi 22 février, Vladimir Poutine a déchiré les Accords de Minsk, détruit le Format Normandie, et provoqué une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ ONU. La diplomatie européenne est en échec et le binôme franco-allemand retiré du jeu de l'oie. La main repasse à Washington.

vendredi 10 décembre 2021

Paris-Berlin, un vieux couple fatigué !

 

Kanzler Olaf Scholz

Ceux qui on suivi la conférence de presse d'Olaf Scholz et d'Ursula von der Leyen à Bruxelles ce vendredi ont compris s'il en était besoin où se situe le barycentre européen. Le tour d'horizon des défis qu'affronte l'Union fut complet, ne laissant dans l'ombre aucune menace ou tentative hégémonique comme celles venues de l'est. Le chancelier insista sur le majorat allemand en Europe qui lui donnait des devoirs, des responsabilités à protéger le bien-être de ses partenaires, ce qu'il entend accomplir en exécution du pacte de coalition. Après l'exposé de chacun, le micro fut tendu aux journalistes et le premier, un Allemand, posa en termes mieux choisis que je ne le fais, la question qui tue : comment concilier l'approche dépensière française et le pacte de stabilité et croissance.
Il lui fut répondu par l'un et l'autre que l'assouplissement constaté n'avait aucun autre motif que la pandémie, dans des termes approchant ceux du ministre Lindner au Spiegel. Commission et chancellerie allemandes sont sur la même longueur d'onde, rigueur et durabilité des finances nationales. M. Macron avec sa dette, ses déficits et sa sébille, est déjà rangé dans le camp des nudistes. On le supportera quatre ou six mois, pas plus !

On a parlé aussi de la taxonomie européenne - classification des activités durables induisant une nomenclature des activités économiques selon leur contribution au changement climatique - pour signaler que l'énergie nucléaire n'était pas pour l'instant éligible aux financements durables. A priori le crochet du chancelier par Paris ce matin fut protocolaire et de courtoisie. Les sujets de fâcherie sont assez nombreux pour que, connaissant le caractère cassant de Scholz, il y ait de la friture sur la ligne dès le premier de l'an et une rupture en certains domaines à la Saint-Jean. Il faut comprendre quand même qu'il est lié par un pacte de coalition passé avec un parti très libéral (ultra ne veut rien dire), capable d'intervenir au niveau de la BCE pour stopper la perfusion des malades, et d'un parti écologiste anti-nucléaire primaire hostile aux Français. Il serait étonnant qu'on ne s'étouffe pas d'un bretzel ! Le communiqué de l'Elysée à la suite de cet impromptu est particulièrement bateau (clic).

Jeudi passé, notre djeune et fringant président s'est exercé à la conférence de presse du modèle gaullien, la deuxième de son mandat ! Il s'agissait de présenter au monde son agenda européen pour la présidence du Conseil qui s'ouvre le 1er janvier 2022. Pour ce faire les propos de l'oracle ont été retransmis en anglais sur le site de l'Elysée. Et Le Maire dénie à Zemmour de parler du déclin français ! Furent traités en vrac, l'harmonie des 27, les frontières et Schengen, la boussole stratégique, la défense européenne et la "souveraineté européenne", le renouveau de la relation UE-Union africaine et un contrat (moral) de paix et prospérité avec les Etats africains, la pacification des Balkans, l'emploi et le chômage de masse, un plan Europe 2030, le marché unique du numérique, le SMIC européen et l'égalité salariale homme-femme, la défense des "valeurs européennes", un service civique européen, être intraitable avec la Pologne, faire parler l'Ukraine avec la Russie, dépolitiser l'olympisme, résoudre la crise anglaise par la bonne foi de Londres (on rit), petite incantation sur le jour d'après en Nouvelle Calédonie et refus d'engager sa candidature au moment !(source).
Tout ça débattu à 27+ et lancé en six mois ?
Ce n'était qu'un exercice de style. Un de plus ! Ursula attendra que cesse le vacarme macronien le 30 juin prochain pour revenir aux fondamentaux, rigueur et fédération ! Elle et Scholz ont l'agenda et, c'est le cas de le dire, parlent la même langue.

Postscriptum : le nouveau pouvoir allemand est analysé dans le Guardian. Cliquer ici pour lire l'article complet.


[1993]

vendredi 3 décembre 2021

L'ordolibéralisme du sourire

Le Spiegel a diffusé un entretien avec le nouveau ministre fédéral des finances Christian Lindner (FDP) le 27 novembre dans son édition papier. Nous traduisons le passage qui concerne la France et abandonnons le reste à votre curiosité en cliquant ici.

Christian Lindner

DER SPIEGEL (DSp): Savez-vous déjà où vous irez pour votre première mission ?

Lindner : À Paris. L'amitié germano-française a un caractère particulier. Le ministre des finances Bruno Le Maire et moi nous connaissons depuis longtemps. Nous avons déjà parlé au téléphone cette semaine.

DSp : Comment envisagez-vous d'apaiser les inquiétudes françaises sur un ministre des finances allemand libéral en économie tel que vous - qui vraisemblablement sera plus strict sur la dette souveraine que ne l'est Scholz, un social-démocrate ?

Lindner : La politique fiscale allemande sert les intérêts de ce pays en cohérence avec nos responsabilités européennes. Je ne deviens pas le ministre des finances du FPD, mais le ministre des finances de la République fédérale d'Allemagne. Cependant je ne peux caché le fait que je sois un libéral. Il est dans l'intérêt suprême de l'Europe que l'union économique et monétaire reste stable et qu'ensemble, nous produisions plus de flexibilité pour agir contre des défis plus grands, tels que la réponse technologique au changement climatique. Ceci veut dire que l'Allemagne ne peut pas être le tuteur d'autrui pour ses dépenses, ni ne suivra l'avis de ceux qui cherchent à miner le Pacte de stabilité et croissance.

DSp : Pendant la campagne, Olaf Scholz exigea que les milliards de dette nouvelle dont s'est chargée l'Europe en réaction à la pandémie de coronavirus soient augmentés. Prenez-vous le parti de cette stratégie ?

Lindner : Bien que dans l'opposition, le FDP a voté en faveur du Fonds européen de reconstruction. C'était une réponse appropriée à une situation extraordinaire, présentée alors comme ponctuelle. Maintenant, l'argent du fonds doit être utilisé. L'accord de coalition est clair : nous soutenons les résolutions de l'Union européenne qui ont été prises ; mais elles n'établissent pas une architecture (ndlr: financière) permanente. Divers Etats membres ont aussi exclu cette possibilité, et plus récemment le chef du gouvernement de Finlande.

DSp : Sérieusement, vous n'essayez pas de vous cacher derrière la Finlande n'est-ce pas ?

Lindner : L'Allemagne a la responsabilité de faire converger les positions. La position collective de l'Ampelkoalition (coalition des feux tricolores) est que le Pacte de stabilité et croissance, y compris sa flexibilité, a fait ses preuves.

DSp : L'accord de coalition dit que le gouvernement à venir devra davantage développer le Pacte de stabilité et croissance. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Lindner : Actuellement, beaucoup de règles fiscales, par exemple, sont opaques et bureaucratiques. Avant tout, il faut prendre en considération le danger que la prédominance fiscale s'accroisse - que la Banque centrale européenne se retrouve elle-même guidée par les finances des Etats. Une certaine pression peut résulter du développement de l'inflation et du possible rehaussement des taux d'intérêts de la Réserve fédérale américaine. Dans ce cas, l'Europe a tout intérêt à assurer la durabilité à long terme des finances des Etats. Une dévaluation de la monnaie serait incroyablement injuste pour les retraités et les petits épargnants.
(le reste concerne la politique intérieure allemande)

Sans faire une exégèse de la sémantique libérale de Christian Lindner (surtout en traduction), on a compris que la souplesse des dispositions budgétaires européennes ne sera acceptée dans l'avenir que contre la durabilité des comptes nationaux que l'Allemagne refuse d'entrée de garantir d'aucune façon. L'échange de vue franco-allemand sera une négociation d'arrière-pensées, les Allemands restant sur une orthodoxie des finances publiques modérée, Ampelkoalition oblige, mais les dérapages du quoiqu'il-en-coûte macronien ne seront plus de saison. Les tensions probables attendues sur le service de la dette souveraine française devront d'abord se gérer au sein de la dépense publique française. En douceur, le ministre FDP nous met face à la glace ! La présidence française du Conseil européen, qui pis est en pleine campagne présidentielle française, sera, n'en doutons pas, houleuse quand les caméras seront éteintes.


[1986°]

vendredi 12 novembre 2021

Le renard, le chat et le goret

 

le Porc d'Orwell

Poutine le renard et Lavrov le chat promènent à la laisse Loukachenko le long du gazoduc, lui faisant la leçon de n'y surtout pas toucher, dès fois que ça lui donnerait des idées qu'on devrait dire ensuite tout à fait personnelles. Mais la bille est tombée : le Goret des Fondrières a menacé de couper le gaz russe à l'Europe orientale et à la Pologne d'abord. L'Allemagne en délicatesse avec l'Administration américaine pour ouvrir le nouveau gazoduc Nord Stream 2, découvre en Loukachenko l'abruti de service, sensé passer les plats du Kremlin, qui s'avère à l'usage... très con ! Et Merkel a bien vu la bille courir les trois bandes et lui bloquer le projet d'importer ce gaz russe à moindre frais, qui l'engage, comme le lui avait prédit Trump, dans les voies du chantage rampant. Bien sûr l'intérêt des producteurs d'énergie est d'abord de la vendre pour emplir les coffres. Mais quand s'y mêlent contraintes et menaces géopolitiques gouvernées par la mauvaise foi, les pays-clients n'ont d'autre envie que d'établir la souveraineté de leur approvisionnement et si possible son rapatriement, ce qui dans le cas du gaz naturel à forte charge calorique ouvre grand les portes de la nucléarisation.

Bien sûr, l'Allemagne ne va pas célébrer le dragon atomique qu'elle a vaincu de haute lutte, mais dans le secret de son cœur, elle compte sur la nucléarisation de ses voisins trop contents un jour de se brancher pour exporter leurs excédents. Le plan Macron de six EPR comme les programmes polonais, tchèque et slovaque concurremment au déploiement accéléré de solutions "renouvelables", vont à terme diminuer l'empreinte politique du Kremlin dans les cahiers énergétiques européens. Sous la houlette de politocards à la vue courte, la Russie obtiendra ce qu'elle voulait éviter.

C'est une déclaration du ministre Lavrov (RT France) qui mesure le cynisme de la clique au pouvoir à Moscou et qui dit à peu près ceci : L'Union européenne devrait aider financièrement la Biélorussie dans la gestion de la crise migratoire, comme elle le fait déjà avec la Turquie. Sauf que M. Lavrov sait bien qu'il n'y a pas de crise migratoire en Biélorussie puisque la route naturelle de migration n'emprunte pas les allées glacées des forêts septentrionales. Les vols-charters en provenance du Moyen-Orient assurés par Belavia, Turkish Airlines et d'autres, commandés par le Goret de Minsk, signalent au monde entier que le trafic d'êtres humains mis en péril dans la forêt aussi sûrement qu'en mer, est un trafic d'Etat négrier à des motifs strictement personnels : les sanctions européennes ne visent que les dirigeants du pays impliqués dans l'écrasement de l'opposition politique intérieure et dans le piratage aérien, pas la population innocente de ces crimes. Suivre M. Lavrov reviendrait à accepter la monétisation d'une ressource de malheureux qu'il suffit de transporter chez soi pour qu'elle rapporte. On le savait cynique, menteur les yeux dans les yeux, mais pas immoral à ce point. L'emploi l'use !

La situation des migrants que les gardes-frontières biélorusses écrasent contre la clôture polonaise est insoutenable. Tout montre que ces otages du Goret endurent des conditions climatiques insupportables SUR LE SOL BIELORUSSE. C'est à Minsk à veiller à leur survie et à les héberger convenablement. N'ont-ils d'ailleurs pas des visas biélorusses ? Les ONG de secours aux migrants se grandiraient en mettant au pied du mur les salopards de Minsk ! A voir les images transmises par la télévision nationale, on remarque que la déférence ostensible des uniformes envers le grand leader Loukachenko a rattrapé celle des généraux coréens de Kim Jong-ul. Poutine s'est offert la domesticité d'un cochon, qu'il lave donc la soue !

cochon rôti

mercredi 11 novembre 2020

Ruine de l'empire colonial allemand

Cette année, pour le Onze-Novembre, nous évoquons la Grande Guerre en Afrique à l'appui de quoi nous avons consulté ce document de Radio France internationale.

La cohabitation précaire des puissances européennes sur le continent africain trouva dès le début des hostilités l'occasion d'arrondir le pré carré de chacun. La carte en pied de page nous montre l'imbrication des propriétés allemandes, belges, britanniques, espagnoles, françaises, italiennes et portugaises sans compter le dominion américain du Liberia.

photo de Paul von Lettow-Vorbeck


Le défaut de l'empire colonial allemand était de ne point former bloc puisque construit au gré des opportunités sur les restes de la colonisation euro-occidentale (Portugal, Hollande, France, Angleterre... dans l'ordre d'arrivée). Ses possessions étaient divisées entre quatre territoires, Togo, Cameroun, Tanzanie-Burundi-Rwanda, Namibie actuelle, dont le dépeçage ultérieur allait vite se révéler compliqué. Pour faire court, l'affaire n'était pas jouable sur un plan stratégique puisque chaque partie était prise en tenaille par les alliés anglo-français, jusqu'à ce qu'un chef militaire de souche poméranienne décide d'en faire sa chose. C'est ainsi que le colonel Paul-Emil von Lettow-Vorbeck, à la tête d'une maigre armée coloniale de tirailleurs Askaris, motivée et réactive, résista aux nombreux assauts alliés tout en ravageant leurs intérêts. Il ne déposa les armes qu'après la capitulation du IIè Reich, le 25 novembre 2018 à Mbala (Zambie). Le peu d'effectifs allemands venus prendre le thé ternit durablement la fierté britannique, lesquels décidèrent d'ériger une petite stèle commémorant la reddition au lieu d'un arc de triomphe !

La notice Lettow-Vorbeck de la Wikipedia nous dévoile un officier de tradition prussienne formé au Collège français de Berlin et passé par l'Ecole d'Artillerie. Homme de goût et de culture autant que de caractère, il séduisit les coloniaux d'Afrique qui l'approchèrent indépendamment de leur nationalité. Décoré Pour le Mérite par l'empereur Guillaume II en 1916, il en fut averti par le général boer Jan Smuts contre lequel il se battait !

La quasi-totalité des opérations alliées furent conduites par l'Union Sud-Africaine sous le commandement du général Botha. La France ne s'impliquant que dans la prise du Togo, la colonie-modèle du Reich, et au Cameroun. Pour finir la page d'histoire, Le Togo fut donné à la France, ainsi que le plateau camerounais, les Anglais récupérant la chaîne de la dorsale camerounaise contiguë au Nigéria ; le Rwanda-Burundi fut donné aux Belges ; l'Afrique orientale allemande fut recomposée au sein du Tanganyka pour devenir plus tard la Tanzanie en agrégeant Zanzibar. L'empire colonial allemand ne dura que quarante-sept ans. Il était formé des quatre possessions africaines, mais aussi de la grosse base navale chinoise de Tsingtao, la Nouvelle-Guinée pour partie, les Samoa, les Marshall, Palau et Nauru, les Salomon du nord, les Carolines pour moitié et les Mariannes, Bougainville. Le commandement était fixé au nouveau port de Rabaul, Nouvelle-Bretagne des Bismarck. Les tribus locales n'étant pas corvéables, les Allemands louèrent de la main d'oeuvre auprès des corporations shanghaïennes et cantonaises pour défricher et planter les denrées exotiques dont ils voulaient faire commerce. Ces possessions très étendues aux antipodes de l'Empire allemand fonctionnèrent en symbiose avec les puissances industrielles du Pacifique Nord jusqu'à ce que les affaires se gâtent en Europe.

La tentation coloniale fut l'erreur majeure du IIè Reich qui, à la Belle Epoque, dominait sans partage toute l'industrie et la recherche européennes. Ce soft power l'appelait à organiser un jour l'espace économique continental (l'Allemagne démocratique s'y met maintenant depuis que la Grande Bretagne s'en désintéresse). Mais le projet colonial, et la mise en chantier d'une flotte océanique pour l'appliquer, heurtèrent les sensibilités des deux empires anglais et français, surtout la thalassocratie britannique. Si la Grande Bretagne n'avait pas jusque-là de contentieux sérieux avec le Reich, la France pour sa part était en quête de revanche après la défaite de 1870. On ne refera pas l'histoire, mais l'empire colonial allemand fut fatal à l'Empire allemand. Malgré l'Entente cordiale, jamais les Anglais n'auraient répondu à nos demandes d'engagement si la flotte impériale s'était limitée à la Baltique et ne les menaçait pas sur la Mer du nord et au long cours. Il reste de l'empire colonial allemand une empreinte à Tsingtao (Qindao) où une brasserie réputée fournit une excellente bière à fermentation basse aux supermarchés européens.








Combien d’fois l’a t’on parcourue
Cette petite piste,
En traversant la lande herbue
Lorsque le jour se lève.
En écoutant le rythme
De la chanson intime
Oh ! oh ! Ô porteurs
Et askaris, haïdo, heile safari
Ô porteurs et askaris, haïdo, heile safari !

Et quand un jour nous partirons
Pour le dernier voyage,
Et chante-nous cette chanson
Comme un dernier hommage.
Et s’il ne pleure personne
Que Dieu nous pardonne
Ô nos porteurs
Et askaris, haïdo, heile safari.
Ô porteurs et askaris, haïdo, heile safari !


Heia Safari


samedi 7 novembre 2020

Nouvelles du front

Il se passe des choses intéressantes ce mois-ci. Nous en avons retenu deux. La torah électorale américaine, le retour allemand à ses fondamentaux d'après-guerre ; par lequel nous commençons.

AKK, patronne fédérale de la CDU et ministre de la défense allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer donc, a publié sur Politico (clic) un billet définitif sur la relation transatlantique germano-américaine, la veille de la présidentielle. Une rapide lecture confirme que les vessies françaises de la défense europenne n'éclairent plus vraiment à la Chancellerie. Il y a les mots, il y a les faits. Devant la menace trumpienne, qui s'estompe un peu ces jours-ci, de réduire le corps expéditionnaire américain d'un tiers en Allemagne, le BMVg de Berlin a acheté 45 avions à capacité nucléaire Boeing F-18 Super Hornet pour emporter les bombes atomiques US de type B61. Ces avions éprouvés remplacent les Panavia Tornado en fin de vie. Quant aux Tornado restants ils seront remplacés par des EF-2000 Typhoon produits en Allemagne. Sur un programme de 93 unités, 38 viennent d'être commandés chez Airbus. La question reste de savoir si l'avion SCAF franco-allemand succèdera après 2040 à cette flotte remaniée pour la Luftwafe. A priori oui, la synergie industrielle entre les avionneurs européens est une question de vie ou de mort.

Quant aux mots, ils sont très explicites. AKK appelle de ses vœux la signature du TAFTA et tout laisse penser qu'avec le relais d'Ursula von der Leyen à laquelle elle a succédé au ministère, appuyé sur les pays européens libre-échangistes, il en sorte quelque chose d'au moins commercial ! Parallèlement, le budget militaire va atteindre bientôt le plafond magique des 2%Pib pour remettre en état des armements dont l'entretien fut négligé à divers motifs qui ne furent pas que budgétaires. Il y a un pacifisme rampant dans la classe dirigeante allemande ou rhénane pour être précis.

Cette déclaration se double de la réaffirmation d'un destin atlantique commun à l'Europe "allemande" et à l'Amérique du Nord pour la défense des valeurs de la démocratie, ce qui consolide l'OTAN autour de son principal pilier remonté en puissance, l'Allemagne. Quid de la défense européenne ? Il ne faut pas confondre "industrie d'armement européenne" et "défense commune européenne", ce que les Français se plaisent à mélanger pour brouiller une intention de leadership. L'Allemagne enterre le concept de défense autonome européenne intégrée, même alliée dans l'OTAN à d'autres, sachant qu'elle a derrière elle vingt-cinq pays de l'Union européenne ; soit tous sauf la France. Aucun état-major européen n'a envie d'obéir à l'état-major français. Aucun gouvernement européen n'a envie d'être embarqué dans une future aventure post-coloniale de la Grosse Nation. Mais de cela monsieur Macron et ses minions ne veulent rien savoir. La défense européenne est devenue une question de foi. Nous disons depuis quinze ans que nous sommes seuls dans ce défi ! L'Allemagne vient de donner le coup de gong. Terminé ! Passons aux choses moins sérieuses.


Les Etats-Unis, première puissance du monde (que nous ne voyons rattrapée par personne encore), nous offre ces jours-ci le spectacle d'élections burlesques qui nous tirent des larmes. Et Loukashenko se marre ! A l'heure où nous mettons sous presse, on fouille les corbeilles à papier à la recherche de bulletins égarés ou détruits. Le scrutin est en lui-même un sketch, chaque Etat organisant le sien, la seule chose obligatoire pour tous est que le vote se tienne le même jour, et encore y a-t-il des accomodements sur les délais de poste par endroit. Le vote est une chose, le dépouillement, qui a tout de la corvée de bois, dépasse l'entendement - on peut par exemple téléphoner à un électeur pour qu'il confirme sa signature sur l'enveloppe. A la fin (pas encore !) le vote populaire désigne les grands électeurs qui iront plus tard porter leurs voix à Washington, soit par la règle du tout ou rien, soit à la proportionnelle. Mais me direz-vous, pourquoi la classe politique américaine n'a-t-elle jamais voulu ou pu réformer un mode de scrutin venu du fin fond de l'Ouest sauvage ? Parce que la Constitution des Etats-Unis d'Amérique de 1787 est sacrée. Ce n'est pas qu'un mot, la constitution de 1787 est au niveau de la Bible, de la Torah ou du Coran. Elle ne se réécrit pas puisqu'elle fut inspirée aux pères-fondateurs par l'Esprit saint et les Lumières. On l'amende si nécessaire par codicilles.

On peut gloser sur cette religion américaine du texte fondateur de la démocratie, mais on en comprendra la sacralité si l'on considère que le pays n'a pas d'histoire. Plus justement, l'Etat-nation américain n'a pas d'histoire. Avec la Déclaration d'indépendance de 1776, la Constitution de 1787 représente les papyrus de la pyramide, les rouleaux de la Mer morte. Ils n'ont rien de plus vieux en rayon, puisque les Indiens de la Plaine n'écrivaient pas. C'est pourquoi je me gausse d'entendre les politologues payés au mois nous expliquer la réforme indispensable du système électoral américain à la mode de chez nous. Ça ne les intéresse pas. C'est leur histoire à eux. Disons pour finir que le défaut d'une longue histoire ne les prive quand même pas de monuments aux morts. Les Etats-Unis ont partout livré bataille et ce n'est pas Joe Biden qui va se retirer à l'ashram ! Le désir de défaire ce que Trump a fait le poussera à intervenir, contre son gré peut-être pour l'avoir entendu lors d'une visite de vice-président à Kaboul où il avait défini la stratégie américaine en trois mots (de mémoire) et d'une courte explication : Occupy, Rebuild, Transfer ! La courte explication disait que le but ultime de l'intervention en Afghanistan était de sanctuariser les bombes atomiques pakistanaises en évitant par tous moyens la désintégration du pays. S'il n'a pas changé, Joe Biden ne sera pas un partisan d'une empreinte américaine partout dans le monde, mais les circonstances géostratégiques l'y obligeront, sauf à réarmer le Japon pour le Pacifique Nord et l'Europe anglo-saxonne pour l'Atlantique Nord. Deux tabous.

D'autres sujets auraient mérité un échange avec le distingué lectorat de Royal-Artillerie, à commencer par l'immiscibilité de l'islam en Europe continentale ; nous n'avons pas l'expérience et le flegme du Raj britannique pour vivre avec ce doute permanent de l'agenda caché des masses tranquilles en phase de réveil. Reste la Chine et le dernier conclave du Parti communiste chinois qui a approuvé le 14è Plan quinquennal, la coercition patriotique et la trajectoire Xi Jinping dite "Vision 2035". On y reviendra fatalement.

mercredi 26 février 2020

Die eine heißt Veronika 
L'autre s'appelle Marie


La succession d'Angela Merkel tarde ! C'est le moins que l'on puisse dire tant la liquéfaction de la Chancellerie passe d'eau sous la porte. Y domine l'impression (vue de l'extérieur bien sûr) d'une gestion fébrile des affaires courantes qui se limiterait à la réorganisation des écuries légataires d'un pouvoir qui fait son mandat de trop. La pantalonnade parlementaire de Thuringe, la faille entre la CDU droitière et la CSU sociale doucement s'élargit, qui peut finir en fracture. La tuerie de Hanau, instrumentalisée comme jamais pour enfoncer le parti national-nationaliste Alternative für Deutschland, qui finalement ne fait pas plus dans le chauvinisme que ses cousins du cercle de Visegrád, donne du grain à moudre aux adversaires d'une Allemagne-puissance qui poussent à l'éternel repentir d'un cortège d'horreurs vieux de trois-quarts de siècle. Tout affaissement de l'Allemagne ne nous profite plus, nos économies sont interpénétrées et nos soucis extérieurs presque partout partagés, quel que soit le chancelier à poste. Et dans le compartiment de la défense, sans l'Allemagne, notre résistance concrète sur la béance du nord-est est plus que mal assurée, même si la géographie des guerres à venir modifie les espaces et la rose des vents.

Trois mandats "hambourgeois" de la chancelière Merkel ne sont pas parvenus à établir une diplomatie qui fasse la toise. La menace non voilée d'attaquer les importations de voitures allemandes aux Etats-Unis stoppe le gazoduc Northstream et vitrifie la riposte européenne aux contre-mesures américaines. A tel point qu'on se demande ce que fait aujourd'hui la République fédérale dans des cercles décisionnaires comme le format Normandie sur l'Ukraine, la table ronde à quatre sur Idlib et la nouvelle conférence euro-iranienne sur la bombe atomique des mollahs. Il suffira que le Département d'Etat fronce les sourcils pour que l'Allemagne obtempère afin de sauver VW, Daimler-Benz et BMW ; à moins qu'un seul tweet de la Maison Blanche n'enterre les décisions dans l'heure !

Eut-il suffi de ruser ? Plutôt que de douter à haute voix de l'engagement atlantique des Etats-Unis, ne valait-il pas mieux d'arbitrer les crédits budgétaires nationaux afin d'atteindre rapidement les fameux 2% PIB de dépenses militaires pour leur enlever un gage ? En plus, il ne s'agissait pas de réarmer, mais simplement remettre en fonctionnement de nombreux équipement arrêtés sur parc par défaut de pièces de rechange. Les taux d'immobilisation du matériel militaire de la Bundeswehr sont hallucinants. Une fois l'armée allemande réactivée, la force obtenue pouvait servir ensuite à combler le déficit de confiance germano-américain. Mais non ! Le complexe pacifiste a pris le dessus et l'effort fut confié aux "explications". Les choses pourraient changer si une CDU déportée à droite arrivait aux affaires et musclait sa stratégie, au moins pour bloquer la fuite d'électeurs vers les partis d'extrême-droite. Cela nous concerne directement.

Inutile de développer l'intérêt de conjuguer nos forces en période de basses eaux atlantiques, surtout après le départ des Anglais. Si la relation spéciale anglo-américaine est chahutée par le trumpisme échevelé du locataire de la Maison Blanche, elle demeure active avec le protocole nucléaire de la double-clé. Le Brexit anticipe une océanisation des forces britanniques même si les coopérations françaises perdureront ; mais c'est l'état d'esprit qui sera complètement changé : Britannia rule the waves ! Ceci nous pousse inexorablement vers la continentalisation du nôtre. Et en matière de guerre ouverte, se pose au-delà des moyens disponibles la question de l'intégration des corps ou simplement des états-majors, la seule alliance ne suffisant plus (à mon avis).

Sur cette question, l'initiative de M. Macron, qui n'a pas été repoussée à Berlin, consistant à avancer notre frontière sensible du Rhin à l'Elbe, milite pour l'intégration des états-majors continentaux. Les réticences allemandes sur nos opérations sahéliennes l'exclut pour nos clusters coloniaux. La fusion des corps quant à elle ne semble pas pertinente quoiqu'en ait voulu montrer la Brigade franco-allemande de Müllheim. Mais la standardisation des armes, calibres et procédures en cours ne nuira pas, ce que permet encore le combat OTAN. Reste la question de la langue d'emploi que nous ne traiterons pas aujourd'hui mais qui empêche l'intégration des unités élémentaires, compagnies/escadrons.

La conclusion de ce billet me fait remonter à mon année allemande de manœuvre avec le panzer grenadier bataillon entre bois en triangle et bois en croissant : on se sentait épaulés !



Paroles du SansSouci de la Légion

A la sortie de la caserne,
Il y a un vieux moulin.
Deux jolies filles habitent là,
Et chantent soir et matin.
La blonde c’est Véronica,
Et la brune c’est Marie.
Ces jolies filles sont les amours
De toute la compagnie.

Pira la la,
Pira la la...
Pira la la la la la la la la.
Pira la la...
Pira la la, Véronica Marie.

Pour toi Véronica,
Ha ! Ha ! Ha !
Pour toi Véronica,
Ha ! Ha ! Ha !
Pour toi Véronica,
Véronica Marie.

vendredi 21 février 2020

La feuille de route allemande


Peu de commentaires de la presse généraliste française sur le discours de Frank-Walter Steinmeier à l'ouverture de la Conférence de Munich sur la Sécurité le 14 février dernier. Ce n'est pas un speech protocolaire du modèle choisi pour ouvrir les jeux olympiques mais une déclaration de politique extérieure de la République fédérale allemande engageant les années à venir. Tous les chapitres y sont traités et nous pouvons considérer qu'au moment où la Chancellerie se cherche, la présidence assume l'intérim de l'intelligence. Il faut dire aussi que M. Steinmeier n'est pas une potiche constitutionnelle mais un homme de convictions qui ne les a jamais cachées dans sa fonction.

La présidence allemande diffuse le texte en français, profitons-en en cliquant ici.

Nous allons reprendre quatre temps forts de cette allocution. D'abord le président constate que depuis sa création (ndlr: 1871) c'est la première fois que l'Allemagne n'est entourée que d'amis. Mais ce n'est pas le cas de ces voisins qui sont confrontés à des "menaces existentielles". Aussi le désintérêt de la nation germanique pour la politique extérieure est-il coupable. De même les Allemands pensent être les meilleurs européens du monde par le niveau de leurs contributions tant économiques que financières mais l'Union est fracturée en tous sens et les politiques divergent notamment au chapitre de la défense commune.
En résumé, l'Europe réelle n'est pas l'Europe souhaitée par les Allemands. C'est le constat numéro 1 !

Plus grave peut-être est de réaliser que les grands empires du monde qui jusque-là poussaient à la réussite du projet européen, ressenti comme un facteur d'apaisement et d'équilibre mondial (ndlr : le soft power), menacent aujourd'hui directement l'Union européenne dans ses intérêts vitaux quand ils n'œuvrent pas à sa fracturation.
Le président en tire un conclusion qui ramasse tout : « 75 ans après la fin de la guerre, l’Europe est et reste par ailleurs la seule réponse efficace aux défis de notre histoire et de notre géographie. Si le projet européen échoue, les enseignements tirés de l’histoire allemande seront remis en cause. C’est ce tout qui rend l’Europe pour nous existentielle. C’est grâce à l’Europe et à travers elle que l’Allemagne a pu cesser d’osciller entre une politique de puissance débridée et la démesure culturelle. Cette Europe unie ne pourra survivre que si nous la considérons comme le lieu parfaitement concret de la responsabilité allemande. ».
Chaque mot compte ; la germanité ne peut s'épanouir et se contrôler qu'au sein de l'Union européenne. C'est le constat numéro 2 !

S'ensuit une séquence que je juge adressée à la France sans qu'elle ne soit nommée, mais le rappel des Lumières et celui d'un ambition civilisatrice transportant un modèle unique partout où se pose notre regard retentit comme une ironie feutrée de la mission universelle de la Grosse Nation, nous ! Il défend l'approche pragmatique des conflits avant la célébration des principes, à commencer par éviter les guerres. Plus loin une pierre dans notre jardin sahélien où l'affaire ne se résoudra pas en ignorant la complexité des causes premières. Le propos est raccord avec le refus de la Chancelière de fournir des effectifs de combat supplémentaire à la structure Takouba montée par la France. (ndlr : cette approche ethnique rejoint les analyses de Bernard Lugan).
C'est le constat numéro 3 : pour obtenir le renfort allemand il faudra convaincre de la profondeur de nos analyses !

Au chapitre de la défense commune, le président entremêle une composante européenne dans les commandements de l'OTAN et s'appuie sur les déclarations de M. Macron qui assurait que « la sécurité à long terme de l’Europe passe par une alliance forte avec les États-Unis ». En fait l'idée porteuse de la logique allemande est de ne jamais porter atteinte à la cohésion et à l'unité européenne. Quand on sait comment raisonnent les Baltes et les pays de Visegrád sur la question atlantique, on a compris que nous ne trouverons pas toujours l'Allemagne à nos côtés dans la poursuite de la chimère d'arrogance militaire, ici souvent dénoncée. Symétriquement, il refuse d'engager l'Europe dans des relations particulières avec la Russie si elles sont susceptibles de heurter le sentiment d'insécurité des pays de l'Est. Mais, à juste raison, il prévient que ce ne sont pas les deux pour cent de dépenses militaires à budgéter par tous les pays de l'Alliance qui vont suffire à contrôler les désordres grandissants de notre planète. Et d'exalter la diplomatie, le retour de l'intelligence et l'abandon des analyses primaires (à la Trump).
On en arrive rapidement au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Les privilèges des cinq membres permanents du Conseil se justifient aussi longtemps qu'ils œuvrent en tant que gardiens de l'ordre et de la paix, ils ne le sont plus s'ils protègent les intérêts propres de chacun au détriment de cet ordre. L'ambition allemande est sur une voie de responsabilité mondiale (à l'image de son industrie qui couvre tous les compartiments de production à l'échelle mondiale), mais elle opérera à travers les structures institutionnelles de l'Union européenne. Comprenons que le siège de la France au Conseil (ndlr : impécunieuse et déclassée) devrait logiquement devenir celui de l'Union.
C'est le constat numéro 4 !


Voila ! Le président fédéral reprend l'intuition d'Agela Merkel exprimée à Taormina sur le largage d'amarres des Etats-Unis qui déplacent leur centre de gravité vers l'Asie, mais il y ajoute que ce n'est pas que l'affaire de l'Administration Trump ; c'est une tendance de fond du Congrès. N'étant pas chef de l'exécutif, il ne peut proposer ou annoncer des mesures précises pour avancer sur un quelconque agenda, mais puisque l'Allemagne prend la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne pour le second semestre 2020, sa feuille de route est imprimée.

Ce document est essentiel pour qui voudra analyser la politique étrangère allemande dans l'avenir.

Ceux de nos lecteurs qui ont continué l'allemand après le lycée peuvent écouter le prononcé diffusé par la chaîne publique allemande ARD :

lundi 10 février 2020

Une intention allemande

Ce billet fait suite à celui du 8 février titré La Bombe européenne.


La diplomatie est le plus sûr moyen de cacher une intention stratégique (sauf à la Maison Blanche) et les ballons d'essai lancés par la Chancellerie de Berlin et par ceux qu'on appelle les milieux autorisés convergent au renouveau diplomatique de la République fédérale jusqu'ici nanisée. J'en citerai quatre bien connus, sans autres références puisque ce travail n'est pas une thèse universitaire.

(1) D'abord, lors du G7 de Taormina, la chancelière décréta publiquement que la confiance dans l'alliance Europe-Etats-Unis était fortement écornée par les déclarations pétaradantes de Donald Trump. Ceci induisait un changement d'étagère du dossier OTAN.
(2) Par ailleurs, il fut dit et répété à Berlin et à New York que la France était le passager clandestin au Conseil de sécurité des Nations-Unies car elle siégeait en première classe avec un billet de seconde.
(3) Puis, la Chancelière refusa carrément de participer à la force spéciale Takouba au Sahel qui reste pour elle une zone d'enlisement colonial français.
(4) Récemment, "on" fit état d'un intérêt particulier pour une coopération germano-française dans le domaine de la dissuasion nucléaire dont les constituants sont à la peine sur le plan budgétaire.

On n'y comprend pas grand chose si on ne décèle pas l'intention. La détermination américaine d'activer un jour l'article 5 de la Charte atlantique est douteuse et il faudra tester le Congrès qui n'a pas envoyé l'assurance de son contraire. Ceci implique une évolution de l'approche stratégique allemande, appuyée au-delà des marches du Reich reconquises, sur une connaissance approfondie du futur partenaire russe dont les intérêts économiques en Mer baltique sont déverrouillés par une chancelière russophone, ayant succédé à un chancelier russophile (fin de l'incidente).
La consécration du renouveau diplomatique allemand est le siège au Conseil de sécurité. Mais le fauteuil permanent au Conseil est réservé aux puissances nucléaires. Parmi les pays atomiques extérieurs, seule l'Inde pourrait prétendre entrer au club mais l'Allemagne jamais, on sait pourquoi. Sauf ? Sauf si le siège de la France devient celui de l'Union européenne, maintenant que le Royaume-Uni a fait sécession. Et qui pèse le plus lourd et de beaucoup dans l'Union européenne ? Outre l'Allemagne, ce siège représenterait aussi d'autres pays européens qui, à l'exception de l'Italie, ne participent ni au G7 ni au G20. Cela fait du monde intéressé.
M. Macron accèdera-t-il à la demande en négociant un renvoi d'ascenseur sur la défense européenne ou tout autre domaine ? L'avenir proche va nous le dire. Mais d'ici là, le couple Merkel-Von der Leyen (son ancien ministre de la Défense) va avancer ses pions sur l'échiquier vers le "pat" !

Pour faciliter la passation de pouvoirs à New York il est utile d'amoindrir les capacités de souveraineté de la France en usant ses forces. La France est engagée partout sur l'ancien empire (Levant, Afrique, outremers). Les opérations sahéliennes qui ne parviennent pas à réduire la ressource des ennemis sont sans fin et la France s'y épuisera ou perdra la face. L'autre angle d'attaque est la collaboration industrielle. Les ministères de la Défense ont décidé de construire en commun le char lourd du futur MGCS (Main Ground Combat System) chez KNDS* et le chasseur-bombardier du SCAF (Système de combat aérien futur). L'ombre portée de la puissance industrielle allemande, qui a déjà montré son expertise dans la série des chars Léopard (6869 exemplaires produits !) et s'est fait la main sur le Typhoon d'Eurofighter GmbH (683 exemplaires produits chez Airbous), va ringardiser l'industrie d'armement de l'Etat français qui jusqu'ici avait surtout produit des "invendables". Le seul concurrent sérieux dans l'industrie d'armement (avec l'Italie) va se retrouver sous une tutelle qui ne dit pas son nom : les capacités de productions, le cash-investissement, les canaux d'exportation ne sont pas comparables, et comme dans toute entreprise, c'est celui qui vend le plus qui parle le premier et le dernier, on peut prévoir une revanche allemande sur l'histoire.
* Krauss-Maffei Wegmann + Nexter Defense Systems


Si au prestige industriel indéniable de nos voisins, s'ajoute une capacité dissuasive extorquée aux forces stratégiques françaises, la puissance accomplie de la belle République pacifique la désignera pour succéder à la France seule dans le fauteuil "européen" du Conseil de sécurité, en tout bien tout honneur avec la collaboration des vingt-cinq autres Etats membres afin de ne pas provoquer les pays de l'Est et la Russie. Il y faudra du temps et beaucoup de savonnage pour astiquer la plaque onusienne mais Berlin y arrivera, si en même temps les Français persistent dans l'erreur socialiste qui les appauvrit, les affaiblit, les laisse à la merci de pays riches. Il semblerait que ce déclin ne soit chez nous combattu qu'en paroles et manipulations statistiques. Depuis deux ans et demi on ne voit rien de décisif sauf des proclamations parfois tempétueuses mais vite remisées.

Notre thèse pourrait être qualifiée de complotiste en ce qu'elle est développée sur des indices et n'a pas donné lieu à des synthèses produites par le principal intéressé qui la confirmeraient. Mais si l'intention allemande était bien de revenir dans le Top 5 des puissances à la faveur d'une mainlevée américaine, c'est bien ce protocole progressif d'une totale suprématie européenne qu'elle devrait suivre.

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