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vendredi 1 mai 2020

Nouvelles de la nef des fous

L'adieu aux larmes de Jean-Paul Brighelli paru dans Causeur cette semaine est empreint d'une amertume à laquelle ses billets ne nous avaient pas habitués. Prenant ses droits à pension cette année il quitte l'Education nationale en échec sur bien des plans malgré les avertissements de bon sens que lui et quelques-uns n'ont pas manqué de donner aux contribuables qui financent à fonds perdus la Fabrique du crétin. Les moins bêtes mettent en même temps leurs niards dans le privé, les plus riches, carrément ailleurs.


Le Complexe de Cassandre qu'il faut lire absolument, nous laisse sous la férule des pédagogistes fous de la Rue de Grenelle qui nient la cruelle instruction publique au bénéfice de l'auto-apprentissage du néant par des foules d'écoliers menés à l'abattoir social par le panurgisme du corps professoral. Privilégiant ses heures et mesurant sa peine, le professeur normal reste dans les clous du confort syndical. Transmettre quoi ? Laissez-les acquérir par eux-mêmes les réflexes sociaux de leur époque ! La Machine comme l'appelle Brighelli (le mammouth de Claude Allègre) a vaincu ! Dans ses bottes de fer la Connerie progressiste est parvenu à éliminer les cassandres qui dénonçaient l'abrutissement général des jeunes générations pressées dans le moule du prêt-à-penser et sensibles à toutes les campagnes d'opinion, comme on le voit des nuées scientistes qui traversent nos sociétés sous l'autorité indiscutable des éditocrates et autres sachants abonnés au plateaux médiatiques pour y faire l'éducation du citoyen : méfiez-vous du bon sens et des idées naturelles, la vérité est au bout d'un labour pénible dont nous allons vous économiser le travail en vous révélant déjà la vérité enfouie au bout du champ !

Jean-Paul Brighelli nous fait part d'une réflexion que lui faisait Natacha Polony après avoir elle-même pondu un essai sans pitié sur l'école de la République, Nos enfants gâchés : « Nous avons perdu, ils sont indécrottables — et d’autant plus indécrottables qu’en parfaits gens de gauche, ils ne réalisent pas que ce qu’ils font en classe annihile à jamais l’espoir de voir bouger les choses.»

A y regarder de plus près, ce ne sont pas tant les allumés de la pédagogie au moindre effort qui sont à craindre que le système lui-même, la Machine. Par la centralisation à outrance du réseau éducatif français, une poignée de malfaisants relayée par des inspecteurs qui lui doivent leur carrière, est en capacité de pourrir tout l'enseignement public. Y vais-je fort ? Les classements internationaux parlent d'eux-mêmes : la nation la plus cultivée, dit-on, produit une relève médiocre et largement distancée par ses concurrents de demain. Dégraisser le mammouth s'avère impossible, les syndicats ayant l'école en otage protègent la Machine. Il ne reste qu'à détruire le monstre et régionaliser ses fonctions, en prenant soin de ne pas éparpiller en province les fonctionnaires d'administration centrale qui ferait métastaser le cancer qu'on opère. Il faut débander toute l'institution parisienne, la mettre à la retraite en attendant quelque hypothétique procès ou mise au mur à la faveur d'une révolution, si le cœur vous en dit.

Il est intéressant de revenir au Projet de Société de Frédéric Winkler (clic) qui dans sa section éducative autonomise les universités jusqu'à créer des républiques universitaires en lieu et place de la centralisation jacobine, après avoir détruit le ministère et levé la tutelle de l'Etat central sur ce compartiment social. Chaque conseil régional des universités pourrait organiser les programmes de chaque cycle en privilégiant l'autonomie pédagogique des établissements qui resteraient administrés matériellement par les responsables territoriaux qui les financent aujourd'hui. Au milieu des ruines, nous, nous avons une réponse au chaos. A nous de l'expliciter et de la vendre.

Laissons le mot de la fin à Brighelli qui s'adresse à ses collègues pantouflards : « Vous ne vous rendez même pas compte que le discours anti-Blanquer (et encore une fois, je n’ai aucune action dans ce ministère, ni ce gouvernement), comme jadis le discours anti-Darcos, est téléguidé de loin par des pédagos qui le haïssent, parce qu’il a un tout petit peu menacé leurs positions établies. Vous êtes manipulés et vous vous croyez lucides… Pauvres cloches ! »

lundi 10 avril 2017

Accompagner nos enfants dans la découverte du savoir

Classement PISA OCDE 2016
France classée 26è - 33è - 20è/OCDE
L'éducation des générations montantes est la priorité de tout pays ayant au moins l'ambition de se survivre. Certains comme en Asie, privilégient le succès aux examens, d'autres comme en France, le formatage idéologique, mais rares sont ceux qui cherchent à exploiter les talents personnels de chacun afin de les insérer à leur vraie place dans la société qui les attend. Jean Lassalle a l'ambition d'individualiser l'éducation des enfants et jeunes gens. Le titre de son projet éducation est explicite :

DONNONS À NOS ENFANTS LA CHANCE DE MAÎTRISER LEUR DESTIN
« Ces mots, "instruction publique", disent exactement ce que devrait être la mission de l’école : transmettre le savoir-faire, enseigner langue et culture, préparer à un métier. Les élèves d’aujourd’hui, si différents les uns des autres, n’ont-ils pas le même besoin ? Je propose que chacun d’entre eux soit suivi attentivement, au long de sa scolarité, par un petit groupe autour des enseignants, attentif à repérer ses talents, avec pour mission de le mettre en situation de réussir ce qu’il entreprend.
L’esprit de l’élève doit être formé à produire et à créer, alors qu’il risque de seulement consommer ce que Google, Apple, Microsoft ou Facebook lui mettent sous le nez. Il doit exercer sa liberté, et pour cela maîtriser profondément Internet et les outils de communication, au lieu d’en devenir dépendant.
L’école doit éveiller un futur adulte responsable, lui éviter le risque de rester sur les rails d’une conformité. Je comprends mal l’obligation d’une scolarité traditionnelle qui prive les adolescents, enfermés toute la journée jusqu’à l’âge de seize ans, de leurs plus belles années d’inventivité sans leur donner les matériaux de leur orientation. Peut-on faire l’économie de la vraie vie ? La découverte du travail de la ferme dès l’enfance, l’alternance bien avant seize ans, les classes spécialisées pour les artistes ou les sportifs, participeront à rendre ou entretenir le goût d’apprendre.» (J. Lassalle)

Je vais profiter de ce sujet pour placer l'antienne classique (et doublement) de Royal-Artillerie sur les langues mortes. De petits esprits comme de grands esprits, très dédaigneux de la plèbe, ont décidé l'inutilité de cet apprentissage, à commencer par Edgard Faure en 1968 qui voulait être du vent qui vente et qu'on s'en souvienne, ce que je fais. Le Piéton a pissé sur ta tombe, ô César ! (Properce in Elégie IV). Suit la réorganisation de l'enseignement des langues vivantes. L'un et l'autre sujet avaient été intégrés au Nonagone du Roi de la campagne présidentielle de 2012 (n° 1 et 2/9).

(1) Latin-grec

Un rapport de l'Inspection générale de l'Education nationale daté du 17 juin 2012 (clic) signale que plusieurs expériences en ZEP manifestent que ce souci d’excellence permet de motiver puissamment des élèves et que les LCA (langues et cultures de l’antiquité) ont un effet intégrateur reconnu. C’est souvent le fait d’enseignants motivés, militants même mais le résultat est indéniable. On sait depuis toujours l'effet structurant des langues mortes sur la pensée de l'élève : La pratique du latin et du grec permet le développement d’attitudes et de capacités intellectuelles indispensables à la formation de l’esprit et à la réussite dans toutes les disciplines, y compris et d’abord scientifiques. Mais s'y surajoute un effet particulier aux ZEP (zones d'éducation prioritaire) : la considération offerte par le maître à l'élève en lui donnant le meilleur de l'enseignement. Dans les essais de réinscription des options latin et grec en zone difficile, le premier motif de satisfaction exprimé par les élèves est la reconnaissance de leurs capacités personnelles par l'institution qui leur offre ce choix d'excellence.

Amateur très jeune de vieux bouquins, j'ai amassé pendant toute mon adolescence et bien après des ouvrages du XVII et XVIIIè siècles. On s'interroge encore aujourd'hui de voir la profusion de citations latines et grecques, nulle part traduites dans l'ouvrage en question ! Glissons sur la dévitalisation de notre culture... Le second sujet concerne les langues vivantes et nous reprenons in extenso le point 1 du Nonagone.

(2) Réhaussement de l'enseignement des langues vivantes

Les professeurs de langues étrangères du collège au lycée seront progressivement recrutés parmi les diplômés locuteurs de leur langue maternelle, et les lycéens quitteront le second degré en parlant couramment deux langues étrangères.
Le ressort de cette mesure est à bander au niveau européen pour que tous les professeurs de langues de l'Union européenne soient locuteurs natifs. Ainsi le marché du professorat sera élargi - les profs de français français enseigneront partout -, de même pour ceux d'allemand, anglais, italien, espagnol, magyar et suédois...

La capacité à s'exprimer naturellement dans deux langues étrangères est un atout de compétitivité indéniable. Les peuples ne disposant pas d'une langue universelle sont paradoxalement plus ouverts au monde et plus performants dans leurs entreprises et dans les organisations planétaires où se prennent les grandes décisions ; cette aisance à jongler parfaitement avec au moins trois langues donne l'entregent nécessaire à la cafétéria pour s'ouvrir les portes des directions, commissions et observatoires, toutes choses égales par ailleurs.
Que l'Europe serve donc à nos enfants à parler des langues !


Pour le reste, nous adhérons complètement au souhait de Jean Lassalle de professionnaliser l'enseignement après le cursus fondamental. Former "le goût d'apprendre" est sans doute le but le plus noble de l'enseignement public, car le monde en mouvement d'aujourd'hui appelle à l'acquisition de connaissances tout au long de la vie. Il faut donc tout faire pour intéresser l'élève et l'y forcer un peu à défaut. Enseigner est instruire, instruire est parfois dresser, c'est une vocation, il faut retrouver le sens de ce sacerdoce et tout ira beaucoup mieux avec un peu d'enthousiasme et de générosité.




Billets de soutien RA libellés "Jean Lassalle" à cliquer:
- Un berger à l'Elysée du 15/03/2017
- Jean Lassale, note liminaire du 19/03/2017
- But de la manœuvre du 22/03/2017
- Libertés basses du 24/03/2017
- Une autre Europe demain du 27/03/2017
- Passons aux énergies renouvelables du 30/03/2017
- Jean Lassalle l'Africain du 3/04/2017
- Perception du grand débat du 5/04/2017
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Prochain billet sur l'évasion fiscale

 

Dreuz.info appelle à voter Lassalle, ce qui est rare sur cette chaîne d'infos.
Long article de Jean Pierre Lambert (clic)

lundi 23 février 2015

Valeurs et humanités


Pour aujourd'hui lundi j'avais prévu de faire ça - les fameuses valeurs - mais lisant le pamphlet de Denis Tillinac dans Valeurs Actuelles, j'ai mis mon travail au panier ; c'est tellement mieux dit par lui qu'il serait vain d'insister : le moulin à prière des valeurs républicaines ! Exactement !
Extrait et lien hypertext s'ensuivant :

« L’honneur, la liberté, l’altruisme, le courage, la probité, la pudeur, l’équité, le respect de soi et d’autrui, la bonté, le discernement, la générosité sont des valeurs, et il serait opportun qu’on les inculquât à l’école. À la fois universelles et modulées par la culture de chaque peuple, elles ne sauraient être l’apanage d’un régime politique déterminé.
Elles sont aussi enracinées dans les monarchies européennes que dans notre République. Les sujets de Sa Majesté la reine d’Angleterre jouissent de la même liberté que les citoyens français. Ceux des républiques d’Iran, du Soudan, du Pakistan ou de l’ancien empire soviétique en sont privés. Bref, le mot “république” ne recèle en soi aucune “valeur”, et en conséquence il n’a pas la moindre vertu morale...»
La totale dans le VA n°4082


L'architecte Valeurs & Principes quitte la piste de cirque

Par contre nous allons boucler l'article sur un autre emprunt qui nous a été suggéré par la crasse intellectuelle et morale de la Gauche en Cour, dont les brillants rejetons à tête creuse saccagent un cimetière israélite pour se passer les nerfs avant d'aller voler quelques diplômes dans les universités à papa. Un des plus beaux esprits français, dans une langue qui passe l'éloge, nous demande de monter notre niveau d'éducation. Et ceci s'adresse à tous les éducateurs, même à ceux qui opèrent dans les zones réputées difficiles, car l'expérience est faite¹ qu'on peut s'arracher à la fange réglementaire par les humanités.




« Les humanités ont une valeur permanente, mais jamais elles n'ont été plus recommandables qu'aujourd'hui, car aux poisons les plus dangereux qui corrompent ou qui menacent l'âme moderne, elles seules peuvent fournir l'antidote. Les occupations humaines deviennent tous les jours plus étroites et plus spéciales, le joug de chaque emploi se fait plus gênant et plus lourd, tant qu'enfin l'on peut se demander si, tandis que le monde antique a fini par la suppression de l'esclavage, le monde moderne n'est pas en train de le rétablir pour tous. Il n'en est que plus pressant et plus nécessaire de mettre au début d'une vie ainsi assujettie une formation libérale.

Horace
Si la profession est spéciale, qu'au moins l'éducation soit humaine. Ceux qui ont eu le bénéfice de cette discipline ne l'oublient jamais. Les hommes les plus pratiques, les plus adonnés aux occupations matérielles, rappellent toujours avec quelque orgueil qu'ils ont fait leurs humanités, non point tant parce que c'est là le signe d'une certaine condition sociale que parce qu'ils veulent nous faire savoir qu'ils ont, eux aussi, touché la rose et qu'ils en gardent le parfum. Il restera toujours inférieur celui dont l'esprit n'a pas d'abord été élevé jusqu'à l'inutile. Mais ce mot même ne doit pas tromper. Les connaissances littéraires sont souvent en nous les plus fécondes ; elles ressemblent à ces montagnes aperçues au fond des paysages, qui paraissent seulement élever dans le ciel une gloire oisive de neiges et de glaciers, et d'où viennent cependant toutes les eaux qui rendent fertile la plaine.

Le suprême bienfait de l'éducation classique consiste à nous donner quelques points de vue d'où nous puissions toujours dominer notre existence. C'est par là que l'instruction diffère de la culture. Un homme instruit n'a fait qu'augmenter le nombre de ses moyens ; un homme cultivé a accru son humanité. L'un se distingue de ce qu'il sait ; l'autre ne se sépare pas de ce qu'il a acquis. La culture, en effet, résulte surtout des connaissances qui ont une valeur générale, qui touchent au destin et à la nature de l'homme. Elle marque le passage du savoir à la sagesse, elle nous associe à l'élite de l'espèce humaine, et nous donne la plus précieuse leçon de respect et de modestie, en nous apprenant qu'on a pensé avant nous, et que le monde ne date pas de notre naissance.» (A.B² mars 1923)

Sophocle
(1) Ainsi des professeurs de langues mortes ont-ils décidé un jour l'Inspection académique de leur laisser offrir à leurs élèves de ZEP l'accès au latin et au grec. Le succès fut si grand qu'il contredisait tout ce vers quoi les pédagogistes de la Rue de Grenelle conduisaient la foule des élèves, en démontrant que l'abêtissement n'était pas une fatalité. Le genre enfanté d'un bouc et d'une truie soviétiques ne pouvait s'y reconnaître à ces altitudes, qu'il fut proclamé par un des représentants de l'espèce monstrueuse que l'on forcerait le passage pour la morale officielle du régime (comme on l'a connu sous des cieux rouge-sang) jusqu'à édicter la tabula rasa des consciences en ces termes choisis : le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s'émanciper, car le point de départ de la laïcité c'est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d'arracher l'élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix (Vincent Peillon, ministre).

Effectivement, les satires d'Horace, une pièce de Sophocle, la vie des grands hommes de Plutarque, une comédie d'Aristophane, les maximes de La Rochefoucauld, les caractères de La Bruyère, remuer le trésor immense du fonds français jusqu'au substrat gréco-romain, ne peut que distraire les jeunes âmes de la saine dictature du prolétariat. Quelle honte que d'être gouverné par cette m... médiocrité !

Ah, j'oubliais.
Nous devons cette promotion des humanités à Abel Bonnard (1883-1932_1945-1968). Les dates intermédiaires sont ses années d'immortalité.

(2) Aphorismes et fragments recueillis sous le titre Ce monde et moi par Luc Gendrillon pour les Editions Dismas, Haut-le-Wastia (Belgique) 1991

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