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mercredi 12 février 2020

LBC n°15

[spécial roycoland] J'ai reçu le numéro 15 du mensuel Le Bien Commun et, après un an et trois mois de parution, le temps est venu de faire le point. Tout le bien que je dois en dire sera augmenté d'une critique positive de ce nouvel organe de la presse royaliste, régénérée après la faillite du bimensuel L'Action Française 2000, successeur de l'hebdomadaire Aspects de la France.
NB : ce billet est sans grand intérêt si vous n'avez pas Le Bien Commun en main, mais s'il vous donne envie de vous abonner, tant mieux !
Le sommaire donne envie, qu'on en juge :
3 L'édito pugnace de François Marcilhac expliquant la une
6 La France en surendettement ? Ponzi revient !
9 Les Maudits (écrivains purgés à la Libération)
10 Greta Thunberg, petit ange déjà parti
12 Le masochisme national (Blanchonnet)
14 Politique étrangère : Lybie, accord impossible ? • Que se passe-t-il à Rome ? (le match des papes)
17 Philosophie avec Rémi Soulié • Entretien avec Baptiste Rappin : "Ken le survivant", manga post-apocalyptique pour penser notre société
21 Dossier Iran (remarquable)
32 Histoire : l’œuvre d’un grand historien : Jean de Viguerie
36 Pour le Roi : chronique télé • Campagnes, je vous hais (ou l'archipel français de la relégation)
39 Rubrique "littérature" : dans les poches du camelot
40 Nouvelle de Frédéric Rouvillois : La Découverte du 8e continent
44 Musique : Alphonse X, Cantigas de Santa Maria • Cinéma : De Scorsese à Malik, le nom de Dieu
46 Sorties de films
Loin de moi toute intention de critiquer les textes fournis puisqu'ils sont instructifs et agréables à lire. Restons-en au journal sec. Riche idée d'avoir mis un dossier de douze pages au cœur du numéro : ce dossier sur L'Iran à la croisée des chemins, un vrai défi, est très réussi au plan technique et le choix des contributeurs suscite un réel intérêt, même chez ceux qui connaissent déjà le Moyen Orient. L'incipit est alléchant : « La mort du général Qassem Soleimani, le chef des gardiens de la Révolution, tué par un drone américain le 3 janvier à Bagdad, a remis au goût du jour le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis...» mais comme va le démontrer progressivement ce dossier, il s'agit d'abord de la résurgence du nationalisme arabe irakien secouant la tutelle perse offerte à l'Iran par l'effondrement du régime baathiste de Saddam Hussein, qui amorce le reflux de l'Iran. Le dossier rappelle utilement les points de la mortelle dispute entre chiisme et sunnisme.

Sur le reste ; personnellement, j'aimerais lire un peu plus du Rémi Soulié à la place d'une chronique télévision qui date un peu dans ses clichés. Campagnes, je vous hais offre un angle d'analyse inédit sur le mouvement des gilets jaunes qui remonte à la surface Le Midi Esclave de Charles Maurras. Autre bonne chose, le courrier des lecteurs, c'est comme les commentaires de blogue ou de site Web, l'âme d'une revue ; il faut les souhaiter plus nombreux (avec parfois une réponse de la rédaction) puisqu'il y a de la place à l'infini en jouant sur la police. La rubrique "littérature" par encarts dans une page camelot est bien mise en relief et les titres mémorisables. Pensez qu'on nous y vend un Saint-Just ! La rubrique "cinéma" a fait de réels progrès et donne envie de sortir. Que demande le peuple ? Plus ! Plus de matière à format égal.

Quant au support : on est passé de 32 (2x16) pages mensuelles au format "tabloïd" de l'AF2000 de Pierre Pujo à 48 pages "demi-tabloïd" soit une diminution d'espace d'un quart, même si le numéro 15 propose dix pages de plus que le numéro 1. Ceci n'est pas si bénin puisqu'on conserve l'édition mensuelle deux fois plus de temps sur la table du salon, et qu'à la relecture on note trop de blancs dans la maquette : la perte en espace-texte avoisine les 10% ; sans compter deux pages de publicité gratuite (13 et 48) qui font monter encore l'espace perdu. C'est beaucoup trop et l'argument d'une présentation "aérée" ne tient pas vraiment pour un organe politique produit par une école de pensée. Terminons avec ça : si pour occuper les blancs, des encarts publicitaires sont refusés (aux motifs de l'indépendance rédactionnelle et d'une cotisation à l'OJD), ne pourrait-on pas y placer maximes et aphorismes des grands penseurs de l'Action française, textes corrélés au sujet traité, voire des annonces de manifestations organisées le mois suivant ? Dernier reproche côté maquette, le très bel article nécrologique de Philippe Pichot-Bravard sur Jean de Viguerie aurait pu s'illustrer d'un portrait du défunt plutôt que d'une pile de vieux livres près d'une feuille désormais blanche qui mange la moitié de la page.

Incauda : à l'exception des caciques du CRAF - c'est le dernier organe AF pur - toute l'équipe rédactionnelle a été renouvelée, ce qui est logique après une faillite : les rédacteurs de l'AF2000 portent autant que la direction momifiée leur part de responsabilité dans le naufrage du journal, au moins pour l'intérêt insuffisant qu'ils ont suscité chez leurs lecteurs qu'ils n'ont pu multiplier. Personnellement j'y mets un orteil dedans pour la modeste place qui me fut offerte les dernières années par Grégoire Dubost, mais je regretterais Anne Bernet, partie vers nulle part sur un rafiot pétainiste, Pascal Nari et Charles-Henri Brignac sur la rubrique étrangère.

En conclusion de cette recension du quinzième opus, le fond est très intéressant, la forme améliorable, la quantité de pensée au mètre-carré est à augmenter, surtout que le prix au numéro reste élevé : 6,36 euros. Le mensuel n'est pas distribué par Presstalis, il faut vous abonner ou le demander à la section locale d'Action française qui généralement vend le journal à la criée (voir le site AF Paris).

jeudi 1 février 2018

Cessation de l'AF2000

Clap de fin pour le bimensuel Action Française 2000. L'aventure s'achève au moment où Charles Maurras est radié du livre des commémorations 2018 au Ministère de la Culture (voir notre billet du 29 janvier). Dans cette unité de temps et de lieu s'opposent trois mouvements de société : la bronca de la bien-pensance en cour, prétextant de l'antisémitisme ordinaire du Martégal pour barrer la réédition de son œuvre poétique, littéraire et de sa physique sociale, ainsi qu'il nommait les sciences politiques ; lui répondant, un mouvement pas moins indigné mais plus intellectuel condamnant la condamnation, au motif de l'influence écrasante de Charles Maurras sur le débat politique de la première moitié du XX° siècle ; signant l'échec des idées portées jadis par l'Action française, le naufrage en toute dignité de son organe de presse, à sec.

Ce billet ne fera pas l'autopsie du concept journalistique ayant présidé à la continuation de l'AF2000. Les gens du journal, libérés aujourd'hui des tabous, sont parfaitement capables de la faire et d'en tirer d'utiles conclusions après avoir constaté qu'il n'y a pas le lectorat pour ce modèle intermédiaire d'un bimensuel d'actualité. Nous nous contenterons d'ouvrir (ou rouvrir) quelques pistes de communication pour l'avenir, déjà dessinées sur le site du Million du Roi.

La communication est professionnelle ou rien. Les survivors créent de l'information, car la presse ne peut pas vivre des commentaires qu'elle produit sur le travail des concurrents. C'est pourquoi, une agence de presse royaliste doit produire du matériau qui nourrisse ses vecteurs, pure-player, magazine, édition du fonds.

Comme nous l'avions chiffré à la création de ce site du Million dédié à la communication royaliste, le tour de table dépasse le million d'euros.

- Newsring avait levé 3 millions avant de mourir ;
- Rue89 fut racheté 7 millions d'euros à ses actionnaires par le groupe du Nouvel Obs ;
- Atlantico fut lancé avec 1 million d'euros et lèva rapidement 2 millions de plus. Un système d'abonnement renforce la viabilité du produit ;
- Contrepoints, expression du courant libéral, se finance sur cotisations des associations libertariennes, dons et legs, plus la pub. Son système est assez hermétique mais la production est active et variée ;
- Agoravox est devenu une grosse plateforme éditoriale ouverte à tout blogueur talentueux ou lanceur d'alerte, donc impropre à une communication ciblée. Financée au départ par une fondation belge éponyme qui collecte en permanence des dons comme une ONG ;
- Le Média (Parti des Insoumis) se lance avec 20000 sociétaires et 2 millions d'euros.

Il y en a d'autres plus riches comme le Huffington Post, mais en moyenne la mise de fonds est entre deux et trois millions d'euros. S'ajoutent tous les sites web des médias mainstream subventionnés. C'est l'inondation numérique, presque le vacarme. Tous sont co-financés par de la publicité. Les timidités de rosières à l'endroit de la pub n'ont que faire dans le monde de la communication. Les petits sites ronchons (pas de nom mais chacun sait le sien) sont peu efficaces parce qu'ils ne captent pas au-dehors de la fachosphère ; juste le plaisir (bien réel) de l'entre-soi.

Ceci pour dire que, si la restauration est encore à l'ordre du jour, la propagande royaliste de demain doit non seulement attirer des lecteurs en nombre en promouvant une épure politique claire et compréhensible par tous, ouvrir le champ de conscience propre à notre époque, enquêter par elle-même et sortir de temps en temps le scoop, valoriser les recherches actuelles du monde futur qui vont dans son sens plutôt que de s'en remettre toujours à l'histoire. Mais aussi convoquer un tour de table financier.
Qu'en pensent les princes ? Pour continuer, il y a bien sûr le crowdfunding. Qui va construire le business plan attrayant qui fera affluer les sous ?


lundi 20 mars 2017

Pékin : contraindre autrui au libéralisme

Cet article a paru dans l'Action française 2000 du jeudi 16 mars (n° 2951) en page 7 sous le titre La Dictature libérale d'un Etat communiste. Il accompagnait la mission du Secrétaire d'Etat Rex Tillerson en Asie du Sud-Est et particulièrement sa visite à Pékin, préparatoire au sommet Xi-Trump du mois d'avril en Floride. Le texte original entre en archives RA.

Faire revenir l'Empire du Milieu au balcon du monde exige du gouvernement chinois des solutions sûres et définitives. Confronté à des défis insurmontables partout ailleurs, son seul atout est l'absence d'élections générales rapprochées qui obligeraient à dévier dans un sens puis dans un autre. Le premier défi est un héritage de l'enfant unique. Selon le Bureau national de la statistique, la pyramide des âges a ajouté en cinq ans 45 millions de personnes âgés d'un côté et a réduit de 33 millions d’emplois la force de travail censée les soutenir. Cette démographie inversée à l'allemande convoque les mêmes remèdes qu'outre-Rhin : la modernisation forcée de l'outil productif et le rehaussement technique de la main d'œuvre. Une réforme difficile est aujourd'hui la réduction d’énormes capacités excédentaires de production dévoreuses de crédits publics et leur redéploiement où nécessaire. Elle est décidée. Ceci veut dire en clair, des licenciements massifs dans les industries obsolètes et un recyclage général par une formation professionnelle d'ampleur. En libéral qui ne dit pas son nom, Xi Jinping n'entend pas ralentir la course à l'efficacité économique et à la qualité des fabrications toujours améliorée, parce que c’est le meilleur frein à l'invasion du sol national par des productions étrangères. L’élagage de millions d'emplois est compensé par des immobilisations massives sur tous les hauts de bilans privés et publics : 45 trillions de yuans (6,5 trillions de dollars US) sont programmés par les régions en 2017 (le régime est décentralisé depuis longtemps). Au dehors, le marché mondial est vital pour la rationalisation de la production et pour la commercialisation des excédents qui alimentent la pompe et grossissent les stocks de devises à réinvestir dans le pays ; ce monde extérieur doit être libre !
Les lois de la mondialisation ont prouvé leur efficacité chez qui sait faire. C'est le message que monsieur Xi a passé à l’Occident au sommet de Davos cet hiver. Entraver la libre circulation des marchandises serait bien plus grave pour lui que de bloquer l'accès à trois récifs de corail en Mer de Chine. Les discussions inévitables avec les Etats-Unis d'Amérique vont devenir globales et se durcir pour préserver l'accès aux marchés solvables du monde. Entre-temps la dénonciation du Partenariat Transpacifique par Donald Trump va lui montrer combien la mondialisation a horreur du vide si la Chine se substitue aux Etats-Unis.

Le fond de sauce chinois de la dialectique sino-américaine est dans une compréhension des intérêts impériaux réciproques : nous savons les vôtres, connaissez les nôtres. La liberté des échanges à travers les règles de l’OMC inventées par les Anglo-saxons, leur est indispensable pour rassurer un milliard presque quatre cent millions de gens. Pourquoi créer des problèmes dont la solution en créera de nouveaux ? Pourquoi vouloir faire payer au commerce mondial les dysfonctionnements que les Etats-Unis affrontent à un moment donné ? Le patron d’Exxon promu au Département d’État va très bien comprendre cela.
Pragmatique dans ses orientations et adepte des petits pas depuis Deng Xiaoping, la Chine vient de comprendre qu’il lui fallait sortir par le haut du tête-à-tête avec Washington et conceptualiser les relations internationales sur un plan global décompartimenté. Plutôt que d'asséner comme avant, elle discute, démontre et laisse les géo-stratèges inventer des menaces qu’elle ne brandit pas. Sa diplomatie et ses instituts linguistiques diffusent déjà une idée de libéralisme économique dans le droit fil de la liberté des mers défendue jadis par la Grande Bretagne à coups de canon. Mais la mondialisation n’induit pas la globalisation.

La Chine ne se fondra pas dans le moule décadent occidental. La dictature intérieure trop malmenée par le cyberespace et le caractère frondeur et violent des Hans, ne s'assouplira pas car le Parti sait combien le grand frère soviétique a payé cher sa naïveté, mais la promotion inlassable d’une libéralisation des relations extérieures va devenir une priorité sans pour autant déteindre sur une démocratisation des mœurs intérieures, simplement déjà parce que la démocratie obère le projet titanesque du China Dream. Monsieur Xi ne peut tout faire et n’en a pas envie.


Sources
(a) http://news.ltn.com.tw/news/focus/paper/1082360 - mode de négociation avec le Kuomintang de Taïwan.
(b) http://news.xinhuanet.com/politics/2017-02/28/c_1120545454.htm - décision du Groupe de conduite des affaires économiques du redéploiement des excédents productifs avec plans de formation pro.
(c) http://www.chinatimes.cc/article/64563.html - In 2017, China to Stimulate Economy with 45 Trillion Yuan Investment in Fixed Assets (6T$) auxquels s'ajoutent 154 milliards de l'Etat central dans l'eau, les transports et l'énergie.
(d) http://datanews.caixin.com/2017-02-27/101059600.html - China’s National Bureau of Statistics released in January 2017, at the end of 2016, the number of working-age population who were between the ages of 16 and 60 was about 33.25 million lower than in 2011. At the same time, China’s population aged 60 years and over at the end of 2016 increased by 45.87 million compared with 2011.
(e) http://news.xinhuanet.com/world/2017-02/26/c_129496228.htm (Fudan University on NAFTA) - U.S. does not face its own domestic economy, political, and social structure issues but rather blames unfairness and an imbalance in international trade deals, it will not help to solve its own problems. Rather, it will hurt others as well as itself.

Postscriptum:
La rencontre Xi-Tillerson relatée par le New York Times et par l'agence Chine Nouvelle.

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lundi 25 juillet 2016

OTAN-POLOGNE

Ce billet consécutif au sommet atlantique de Varsovie est paru dans l'Action Française 2000 du 21 juillet 2016 sous le titre Varsovie sollicite l’Otan face à Moscou (n°2936 p.6). Il entre en archives chez Royal-Artillerie sous le libellé AF2000 avec quelques notes en bas de page.

logo officiel du sommet
Parmi les pays d'Europe centrale et orientale (PECO) la Pologne a pris la tête du combat de confinement des appétits russes. Historiquement les relations russo-polonaises ont toujours été tumultueuses et sanglantes. Après mille ans de disputes, elle fut déplacée de trois cents kilomètres vers l'ouest par Staline en 1945, qui voulait un glacis à son occident. Acquérant jusqu'à l'Oder des terres prussiennes à poloniser, elle y perdit les vieilles provinces de Polésie, Volhynie et Galicie avec des capitales importantes comme Lvov et Brest(-Litovsk). Les républiques augmentées d'Ukraine et Biélorussie furent dotées d'un siège à l'ONU pour marquer définitivement la frontière après un nettoyage ethnique brutal. Ainsi le contentieux russo-polonais n'est-il pas seulement dû aux quarante-cinq ans d'occupation soviétique et au massacre de Katyn.

Dans la préparation du sommet atlantique de Varsovie (8-9 juillet 2016) le ministre polonais des affaires étrangères exigeait la mise en œuvre immédiate des dispositions du sommet de Newport (septembre 2014 au pays de Galles) pour ce qui concernait les renforts occidentaux en rotation sur les pays baltes, des manœuvres militaires en Pologne même, l'activation effective du bouclier anti-missiles et un soutien à l'Ukraine par la formule de la porte ouverte.

Mme Albright
Lors de ce sommet de Varsovie, il obtint le concours parallèle de Madeleine Albright, ancien secrétaire d'Etat de Bill Clinton et tchèque de naissance, qui, sans manières, appela un chat un chat et poussa à l'extension vers l'Ukraine et la Géorgie, autant qu'il en serait demandé par ces pays. Malgré ses quatrevingt ans, Albright a gardé son caractère entier et sa parfaite détestation du Kremlin. On aurait pu attendre des minutes du sommet le coupage à l'eau claire de ses provocations ; il n'en est rien. Le communiqué final en cent trente-neuf points s'ouvre par l'accueil du Monténégro et la formule pacifique d'usage et se clôt en remerciant le pays hôte de son accueil. Pour le reste, on relèvera plusieurs axes qui gêneront toute réactivation du Conseil Otan-Russie (COR) jusqu'au jour où celle-ci viendrait à résipiscence, dont le concept réitéré de projection de la stabilité en avant des frontières de l'Alliance et la dénonciation de la duplicité russe en termes non équivoques dès le paragraphe 5 : "Les actions agressives de la Russie, y compris ses activités militaires provocatrices à la périphérie du territoire de l'OTAN et sa volonté avérée d'atteindre des objectifs politiques par la menace ou l'emploi de la force, constituent une source d'instabilité régionale, représentent un défi fondamental pour l'Alliance, ont nui à la sécurité euro‑atlantique, et menacent l'objectif, que nous poursuivons de longue date, d'une Europe libre, entière et en paix."

Secretaire général OTAN Stoltenberg
Le paragraphe 10 va désespérer Thierry Mariani, qui annule d'avance toute approche en crabe d'aucun membre de l'Alliance quant à l'abandon de la Crimée ou du Donbass. Mais le plus disert sur un futur dangereux est ce que l'on trouve au paragraphe 12 : "Nous restons ouverts à un dialogue périodique, ciblé et substantiel avec une Russie qui soit disposée à mener des échanges au sein du Conseil OTAN‑Russie sur la base de la réciprocité, en vue d'éviter les malentendus, les erreurs d'appréciation ou les escalades involontaires, et à accroître la transparence et la prévisibilité. Nous disposons également de lignes de communication militaires. Nous sommes convenus de continuer de nous servir de tous ces canaux pour aborder les questions d'importance critique auxquelles nous sommes confrontés, et nous appelons la Russie à faire bon usage de toutes les lignes de communication". En clair :
Nous réactivons le téléphone rouge de la guerre froide qui faisait revenir à la maison les avions menaçants. La suite du communiqué¹ relève des dispositions détaillées prises sur les points chauds (y compris l'Etat Islamique) et sur les structures atlantiques de réaction rapide.

La Pologne a obtenu presque tout ce qu'elle cherchait sauf le commandement de la brigade alliée en rotation : consolider le rempart et le doter en effectif comme otage de son intransigeance. Elle appelle à transférer chez elle un grand quartier général atlantique et se dit prête à prendre plus que sa quote-part des frais. Mais est-elle sûre à ce point de l'article 5 du traité de Washington qui ferait accourir les 28 autres membres ? Cet article dont les pays de l'Est ont plein la bouche prévoit que la partie attaquée répliquera « en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée ». Les mesures prises seront soumises au Conseil de Sécurité dans la plainte qu'il recevra. Une déclaration collective de guerre automatique n'est pas explicite. Sans attendre que la Pologne ait compris le "truc", l'Allemagne réarme.


(1): les lecteurs peuvent le lire en français sur le site de l'OTAN.

PS d'aujourd'hui : lire aussi l'analyse convergente de Jean-Gilles Malliarakis sur L'Insolent (clic) et l'article de Luc de Goustine chez Renouvin (clac) qui prend le parti du Kremlin avec l'automaticité que l'on connaît.

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lundi 23 mars 2015

Areva ou les limites du colbertisme

Ce billet a été publié dans l'Action française 2000 du 19 mars 2015 (n°2905 p.10) sous ce même titre. Il entre en archives RA avec des liens complémentaires en bas de note qui n'apparaissent pas dans la version papier faute de place et une notice plus développée sur Hans Hermann Hoppe*.

Avec un chiffre d'affaires sensiblement constant, l'action Areva a perdu 88% en 7 ans. Ce n'est pas "la faute à pas de chance" car y fut concentré le meilleur des cerveaux français, et c'est sans doute en celà que les déboires de la filière d'excellence sont inquiétants. Le premier reproche que l'on puisse faire à l'ancienne patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, est le fiasco technique d'UraMin. Alors que beaucoup de grands dirigeants français ont suivi un cursus de sciences molles qui les autorise à méjuger les affaires industrielles (la liste est longue), Atomic Anne, agrégée de sciences physiques par Normale Sup, est issue du prestigieux Corps des Mines et s'est donc lourdement trompée dans son cœur de métier.
Tout le reste en découle puisque la Justice examine l'alternative entre une erreur par incompétence et une mauvaise décision parfaitement documentée. Le résultat de l'instruction menée par la Brigade financière de Paris et par le juge Van Ruymbecke signalera si l'ingénieur Lauvergeon était sous-calibré pour exercer la dictature nucléaire française consentie par les pouvoirs publics en souvenir du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA), ou si elle a cherché dans ses multiples fonctions sa propre gloire. Cette affaire est la pierre de touche qui révélera la nature profonde des erreurs d'Areva : cafouillages typiques des entreprises d'État dont le propriétaire est un buste en plâtre qui trône dans les mairies. On n'ose parler d'escroquerie délibérée et pourtant, beaucoup de millions ont circulé !

Yellow Cake
L'affaire est digne d'un roman de Gérard de Villiers. En quelques lignes, la voici : en quête de mines d'uranium à agréger au patrimoine de la COGEMA devenue Areva, la direction du groupe repère la mine centrafricaine de Bakouma qui avait été découverte par le CEA en 1958 et jugée inexploitable alors, site à moitié noyé, minerai enfermé dans une gangue d'apatite quasiment infractable, logistique ruineuse. La hausse du prix de l'uranium changeait-elle aujourd'hui le compte d'exploitation ? Aucun personnel de terrain ne le crut, mais tout l'état-major voulait acheter sans voir, ni même consulter les copieuses archives de la COGEMA. Les patrons se sont laissé rouler dans la farine par les vendeurs, une holding minière canadienne qui fit fortune dans la transaction, quasiment en faillite dans l'exploitation ! Le monde de l'uranium est un boudoir, chacun savait les permis d'UraMin sans valeur. Sauf Areva ?

Les déboires d'Areva sont typiques de la gestion étatique des entreprises publiques, la morgue passant trop souvent la raison. Que ce soit l'enthousiasme potache à la rédaction du contrat finlandais d'un EPR™ qui n'en finit plus de s'achever dans les pénalités de retard ; les présomptions arrogantes d'ouverture du marché chinois à des réacteurs de 3è génération, qui pourrait bien se limiter pour nous aux quatre unités de Taïshan, le reste du programme national étant sinisé sous licence Westinghouse à tout motif même déloyal comme la standardisation des filières pour optimiser la maintenance ; que ce soit l'agonie du réacteur EDF de Flamanville ; et bien pire, le désastre d'Abou Dhabi où pour une fois la composante politique du projet avait bien manœuvré mais que la suffisance ou l'inconstance des contractants a ruiné au bénéfice d'une technologie coréenne, tout simplement bien présentée ; nous avons touché du doigt dans chacun de ces dossiers le "détachement" d'élites techniques imbues d'elles-mêmes que rien ni personne ne pourrait critiquer. Jusqu'à ce que les alarmes hurlent ! La Cour des Comptes a signalé les ravages d'une technocratie irresponsable par nature, puisqu'elle travaille sur fonds publics, avec l'argent de tous et de personne, contrairement aux groupements anglo-saxons qui engagent sur ces créneaux des compagnies propriétaires de leurs actifs et de leur avenir, dont l'excitation à conclure tranche avec l'impassibilité narquoise des fonctionnaires français.

Réacteur EPR™ de Flamanville

Quels que soient ses diplômes, ses talents personnels et l'expérience acquise en butinant le domaine industriel de l'État, Anne Lauvergeon qui accumule partout les jetons d'administrateurs, reste incapable de mettre aujourd'hui son chéquier sur le tapis vert pour signer un milliard de dollars à la fin du tour de table. On trouve ces entrepreneurs à leur compte outre-atlantique et en Asie. Ils ne vivent pas dans l'entreprise, c'est l'entreprise qui leur sert de cœur et de poumons. Cette véritable "incarnation" de l'entreprise est invincible. Et le concept n'est pas réservé aux Américains :
Quand Monsieur Deng débonda l'énergie créatrice de la Chine épuisée par le communisme, il fit confiance à l'impatience des individus à s'établir socialement et à s'enrichir, et pas du tout à la réforme des grands combinats étatiques. La France de Monsieur Hollande n'a pas encore franchi ce seuil d'intelligence, et pour protéger le "triomphe" du secteur public, Areva sera peut-être réprimandée mais pas condamnée. Comme le dit Hans Hermann Hoppe :"l'efficacité est liée à la propriété privée pour que chacun soit incité à faire des efforts" et le même de conclure à la privatisation gagnante de l'État en ramenant un roi propriétaire puisque la monarchie est la forme la plus comptable de l'avenir du pays, pays qui n'est que le sien. En attendant, Areva a récupéré Philippe Varin, le loser de chez Peugeot qu'il a bien fallu poser quelque part puisque les Chinois n'en voulaient pas ! Il préside aujourd'hui le conseil d'administration depuis la mort de Luc Oursel il y a huit jours, éphémère successeur d'Anne Lauvergeon.



Pour ceux qui veulent creuser la mine sur ce blogue :
- Résultats du groupe
- Uramin et Areva - mine de rien
- Uramin, la synthèse d'un scandale
- Uramin, omerta chez Areva
- l'ingénieur Balkany dans le schmilblick minier africain
- Areva chez Bellaciao
(*) Hans-Hermann HOPPE est professeur au Département d'Economie de l'Université du Nevada à Las Vegas, Senior Fellow du Ludwig von Mises Institute et rédacteur en chef adjoint de la Review of Austrian Economics. Il est né le 2 septembre 1949 à Peine, en Allemagne de l'Ouest. Il a fréquenté l'Universität des Saarlandes à Sarrebruck, la Göthe Universität de Francfort s/Main et l'University of Michigan à Ann Arbor pour des études de philosophie, sociologie, histoire et économie. Il a reçu en 1974 son doctorat en philosophie et son diplôme post-doctoral (sociologie et économie) de la Göthe Universität à Francfort. Il a enseigné dans plusieurs universités en Allemagne, de même qu'à Bologne, au Bologna Center for Advanced International Studies de la Johns Hopkins University.
Outre de nombreux articles et brochures, il a publié Handeln und Erkennen (Berne, 1976), Kritik der kausalwissenschaftlichen Sozialforschung (Opladen, 1983), Eigentum, Anarchie und Staat (Opladen, 1987), A Theory of Socialism and Capitalism (Dordrecht, 1990) et The Economics and Ethics of Private Property (Auburn, 1993).
C'est le dernier venu et le meilleur supporter de la monarchie** parmi les grands esprits parce qu'il fonde sa démonstration sur du concret, un peu à la manière de Maurras. Il présente ses idées sur un site web personnel (clic) et sur les sites des instituts que nous avons cités.
(**) Royal-Artillerie : De la supériorité économique de la monarchie

lundi 16 février 2015

L'argent de la Conquête

Ce billet a été publié dans le numéro 2902 de L'Action française 2000 daté du 5 février 2015 (p.10) qui faisait un dossier "Islam". Il entre en archives RA avec quelques liens supplémentaires pour qui veut creuser le sujet de la finance islamique.

La capture des âmes se fait plus souvent par le chemin de la charité, celui emprunté par les Frères musulmans d'Egypte après avoir observé nos Pères blancs, et que suivent toujours le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien. Pourvoir à l'essentiel, l'oreille en devient attentive. Mais il est des limites à la culture des pauvres et finalement pour progresser, il s'agit d'attaquer le marché de ce qu'on nomme par convention les classes moyennes. Le rendement est moindre mais la qualité monte, on ne peut plus se contenter de textes primitifs et du chant des sourates. Aussi la pédagogie doit-elle être rehaussée. Il faut convoquer à sa définition des esprits déliés comme Tariq Ramadan, voire des experts incontournables en leur domaine. Dans le catalogue de propagande il y a le rapport du Croyant à l'argent. C'est le chantier qui fut confié à la City de Londres, Vatican de la finance, cerveau-moteur de toute l'ingénierie financière du monde. Il en est sorti la finance charia-compatible.
Nous n'avons pas l'intention d'éplucher la charia financière ici¹, mais on devine déjà que sont interdits le prêt à intérêt ou la négociation des dettes et forcément, l'agrandissement des porcheries bretonnes.

C'est parti comme un marché de niche il y a dix ans. La masse brassée aujourd'hui dans le monde dépasse deux trillions de dollars américains pour 40 millions de clients en accroissement constant (source FMI). Quatre-vingt pour cent de cette masse sont sur des comptes bancaires, 15% en bons obligataires (sukuks), 4% en fonds d'investissement et 1% en assurances islamiques (takafuls). Le Dubai International Financial Centre estimait l'an dernier à 270 milliards de dollars la masse des seuls sukuks en circulation. Tous les taux d'accroissement sont à deux chiffres. Si au plan mondial la finance islamique reste encore noyée dans les énormes quantités d'argent en circulation chaque jour, elle est sur une trajectoire d'émergence par la concurrence acharnée des places financières mondiales à en capter les flux.

L'évolution est sensible. A la fin du XXè siècle, les pétro-monarchies investissaient leurs surplus financiers dans de l'immobilier ou dans l'industrie stratégique à côté de placements boursiers à fort levier comme le London Metal Exchange ou plus trivialement en bons du Trésor. La finance typée islamique a attendu longtemps de s'immerger dans l'économie générale. Elle a poussé ses pions partout. Une fois le nihil obstat accordé, elle entre dans des entreprises sur le modèle des banques rhénanes. Son intérêt est marqué pour les firmes intelligentes sous-capitalisées auxquelles elle apporte le tour de table. Les fonds chinois font pareil. Son action étant fondée sur la charia, elle sélectionne des domaines d'activité « hallal » et s'exclut de l'armement ou des casinos par exemple. Mais il est des accommodements avec le Ciel. A côté de ces investissements "purs", grossissent aussi les participations laïques quand l'intérêt d'un pays exige du fonds souverain spécifique qu'il absorbe des activités "entre-deux". C'est le cas des CMN à Cherbourg² qui construisent aussi des corvettes de guerre et qui sont dans l'orbite d'Abu Dhabi. Il y en a beaucoup d'autres partout³ où le savoir-faire est primordial, jusqu'aux moteurs de chars (MTU, Deutz).

Reste à faire le pronostic des priorités islamiques entre la Conquête et la gestion patrimoniale d'excédents colossaux. Dans Le Choc, Samuel Huntington notait que « la résurgence religieuse à travers le monde est une réaction à la laïcisation, au relativisme moral et à la tolérance individuelle, et une réaffirmation des valeurs d’ordre, de discipline, de travail, d’entraide et de solidarité humaine ». La clef d'analyse pour un pronostic crédible est peut-être dans la démographie. Explosera-t-elle que la finance islamique devra être détournée de la gestion de fortune pour accompagner le Charity Bizness de conversion des foules. Sera-t-elle contenue que la finance islamique se capitalisera jusqu'à rejoindre les cercles à gros cigares. Dans les deux cas, la paix chez les économies d'accueil sera recherchée. Un Croyant n'en est pas moins homme, avisé parfois.

Notes :
(1) cf. Aldo Levy «Finance islamique - Opérations financières autorisées et prohibées» chez Gualino-Lextenso Editions, Paris 2012
(2) voir le billet Sinbad de la Hanse sur RA et dans l'AF2000 datée du 16.09.2010 sous le titre "Abu Dhabi conquiert l'Europe"
Additions sur le blogue :
(3) Liste des banques islamiques du monde
(4) Institute Of Islamic Banking
(5) the Economist - Islamic Finance



dimanche 26 janvier 2014

France-Chine la longue marche

Sous le titre Partenariat en perspectives, ce billet a été publié dans l'Action française 2000 du 16 janvier 2014 dans le dossier "Noces d'or franco-chinoises" à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'ouverture de relations diplomatiques normales entre la France et la Chine populaire, sous le premier septennat du général De Gaulle. Il entre en archives Royal-Artillerie.

Le 27 janvier 2014, l’orchestre symphonique de la Garde républicaine de Paris donnera un concert au Musée national de Chine à Pékin, et le 28 au Grand Théâtre de Shanghaï à l'initiative de la Fondation Charles de Gaulle et de l'Institut des Affaires étrangères du Peuple chinois. Suivront des expositions itinérantes. On eut aimé faire mieux pour le cinquantenaire de la réouverture de relations diplomatiques établies par le roi Louis XIV et l'Empereur Kang-Hi, relations affaiblies par les traités inégaux puis interrompues par la guerre sino-japonaise et ses conséquences ; mais notre aisance financière nous bride. Charles de Gaulle est le seul président français imprimé dans les mémoires célestes, le côté "théâtre ambulant" y étant pour beaucoup car le paraître est une qualité recherchée en Chine. Le mettre en avant dans cette commémoration est à la fois juste et avisé si on veut tirer l'événement par le haut, après l'avalanche de cuirs et couacs de cette décennie. Nous n'avons pas tant d'atouts en Chine pour ne pas les utiliser tous.

Cinquante ans de partenariat diplomatique, puis stratégique à partir de 2001, ne laissent d'étonner, mais la Chine a une considération particulièrement avantageuse de la France qu'elle voit plus grande qu'à la toise. Cette péninsule du bout du monde, où le soleil accepte de se noyer, cumule la géographie inédite d'un finistère et la réelle beauté de paysages contradictoires et inédits. Son histoire, longue quand même de la moitié de celle de l'éternel empire, est la construction inlassable sur le même coin de Terre d'un petit empire à lui seul, indépendant et arrogant toujours, envahissant parfois, en bien des points semblable à l'enracinement continu des Hans sur leur sol. Et pour les maîtres d'aujourd'hui, elle fut l'inventeur de tous les communismes originels. Kampé ! Le pays fait riche, la culture impressionne, ses atouts sont inimitables ; et sa gastronomie universellement prisée est le meilleur label qui puisse convaincre un Chinois converti aux crus bourgeois du Bordelais.

Si leur partenaire est le plus petit des Cinq Grands ou dit-tels qui veulent juger les nations au Conseil de Sécurité, la France y ajoute le gouvernement de l'Afrique, soit directement par sa gendarmerie coloniale, soit indirectement par le travail de réseaux inavoués et de services rompus au métier. Ce tropisme français nous vaut d'ailleurs des bataillons de locuteurs français chez les Chinois qui commencent leur carrière en Afrique francophone, et un peu de respect aussi. Le Mali à cet égard nous a fait beaucoup de bien, comme Bouteflika au Val-de-Grâce.

✝ Paul BERLIET
L'autre intérêt porté à notre pays est à l'image des produits de luxe dont nous sommes si fiers et à juste raison : la technologie de pointe appliquée. Notre cousin germain est apprécié au poids de son sérieux et à l'épaisseur de ses carrosseries, quand nous-mêmes le sommes aux fulgurances de l'innovation. Transport ferroviaire, énergie électrique nucléaire, missiles, gros porteurs aériens les appâtent, même s'ils ne passeront pas de contrat d'exclusivité à notre bénéfice. Et dans des domaines moins évidents, nos relations sont plus développées qu'on ne le dit pour des raisons de confinement technique, au sein de groupes de travail permanents abordant les questions militaires. D'où leur totale incompréhension de contrats mercantiles passés jadis avec Taïwan dans le domaine des armements, Mirages et frégates La-Fayette, affaires visant à contrer sur sa zone d'effort le complexe militaro-industriel américain ! Les effets pervers de ces contrats qui se font encore sentir chez nous, suggèrent à nos interlocuteurs, largement commissionnés pour se taire, de ne pas nous dire : on vous l'avait bien dit. Ceci nous amène à considérer notre handicap majeur : le défaut de vista et l'impermanence.

Avec tous les atouts dont nous disposons et malgré une taille globale devenue modeste au pantographe de la mondialisation, nous avons la main dans certains domaines, l'eau par exemple. Tout le monde n'en peut dire autant. Mais nous entamons gravement cet avantage qualitatif par la faiblesse de notre régime politique fondé sur les zigzags de l'alternance qui montrent à l'envi foucades et demi-tours, en face d'un empire ayant aboli le temps sur un vecteur de développement inchangé depuis l'aube du monde. Le surgissement démocratique d'amateurs ou de parvenus ignorant toute étiquette, voire d'une grossièreté inexplicable chez les héritiers de la "France des Lumières", n'est pas compréhensible pour des dirigeants chinois formés sur plusieurs lustres à la compétence et à la sérénité exigées par de hautes fonctions de responsabilités. Rappelons qu'il s'agit rien moins que d'administrer sous une même loi un milliard et trois cent cinquante millions de gens ! Du jamais vu sur Terre.
Le "China Dream" du président Xi Jinping n'est que la feuille de route des anciens empereurs, on n'en pourrait dire autant du nôtre. Finalement le peuple français a la redoutable imbécillité d'élire ceux qui obéreront au mieux ses chances, ce qui suffit à convaincre les Chinois que notre démocratie doit rester cantonnée chez ses fondateurs, ce dont ils tirent grand avantage.

Jean-Pascal TRICOIRE
Cet affolement constant des élites chez nous - ne citons pas les trépidations de ces jours-ci (ndlr : au moment, Dieudonné, Valls et Julie Gayet) - et l'impermanence des politiques menées entament plus qu'on ne croit la confiance de nos partenaires, et ce, même au niveau du chef d'entreprise chinois intéressé à se développer en France. Ils sont tentés de ne saisir qu'une opportunité à court terme au lieu de privilégier l'avenir, au simple motif que nul ne sait de quoi sera fait le lendemain chez nous. Les désordres en voirie ne les effraient pas - ils connaissent les leurs, parfois plus sanglants - mais la déconsidération des cadres, l'anarchie syndicale, l'apathie de l’État à réprimer les désordres industriels, la complexité mouvante des procédures, les réticences à l'achat de valeurs patrimoniales captives comme les vignes, qu'on n'emportera donc jamais, et un code du travail monstrueux freinent l'élan alors que l'intention est là. D'où l'intérêt d'une diplomatie parallèle établie sur la durée et menée par des connaisseurs, diplomatie sans dentelles capable de limer les aspérités et les surprises d'une politique au jour le jour, d'un niveau parfois affligeant.

Cette diplomatie parallèle mérite d'être renforcée, le Comité France-Chine fondé par Paul Berliet et présidé aujourd'hui par le patron de Schneider Electric n'y suffit plus. D'autres capteurs de marchés dans les mains d'acteurs économiques validés par le business - un langage que les Chinois comprennent sans explications - doivent investir l'espace à côté des réseaux classiques d'influence que sont les chambres de commerce, les PEE, Ubifrance, Invest in France Agency (IFA), Sopexa, Atout France ou le French Centre for Research on Contemporary China de Hong Kong. Notre présence se renforce déjà au niveau des piétons. Les expatriés permanents se comptent eux-mêmes vingt mille à Shanghai, quinze mille à Hong Kong et sept mille à Pékin. Ils se disent contents. Cinquante ans de mariage sont des noces d'Or. Champagne !


dimanche 15 septembre 2013

40 ans sous la couronne SKF

Ce billet est paru il y a dix jours dans l'Action française 2000 du 5 septembre 2013 (n°2869) sous le titre Quarante ans de règne pour annoncer le jubilé du roi de Suède Charles XVI. Il entre en archives Royal-Artillerie dans sa version originale.

Charles XVI Bernadotte de Suède
On astique les grands landaus noirs au palais royal de Stockholm et la Garde recoud ses boutons de vareuse. La fête du jubilé dans dix jours s'annonce populaire puisque les comptes publics du pays sont à l'équilibre. C'est d'ailleurs une routine chez les royaumes du Nord que d'avoir cette sérénité budgétaire. Les pays scandinaves sont "socialistes" en diable, redistribuent beaucoup, chôment peu et partagent un handicap terrible : leurs habitants sont rares sur de vastes territoires inhospitaliers que le soleil boude la moitié du temps. Hormis les bords de mer, l'Etat y gère un désert mais dégage de l'excédent budgétaire ; cherchez l'erreur. La théorie des climats nous dirait après Montesquieu que l'Arctique forge des caractères sérieux alors que les pays de cocagne latins induisent l'indolence et la procrastination, mais pour ce qui concerne le royaume de Suède, on peut parler aussi de maturité citoyenne ancienne et de perspicacité d'une classe politique honnête, non engoncée dans des principes à déclamer comme nous en assène ici la logorrhée républicaine.
Deux observations étayent cette qualité mature du modèle froid : de vieille tradition parlementaire – leurs Etats généraux remontent au Moyen-Âge - le pays a reconverti son système représentatif en parlement monocaméral économique, la Diète royale où les députés entrent à la proportionnelle. On ne truque donc pas les scrutins.
Deuxième observation, le droit social ne subit pas l'effet de cliquet qui interdit chez nous de mordre sur les "avantages acquis". Quand l'ombre de la banqueroute du fameux modèle suédois s'est dessinée dans les années 90, la société fut réformée complètement, et on peut discuter aujourd'hui d'un projet de départ à la retraite à 75 ans sans que les interlocuteurs ne se sautent à la gorge.
Les Suédois sont pragmatiques et ennuyeux, à l'image du "mobilier national" (IKEA), mais au moins ont-ils un projet de pays à leur taille, bordé, réalisable. Neutre depuis la Grande Guerre du Nord au XVIII° siècle, ce qui fut jadis une grande nation militaire se replia sur ses intérêts essentiels et traversa deux guerres mondiales à l'abri. Mais le royaume n'était pas coupé du monde et les opportunités saisies à l'occasion. Le Marché commun s'offrait-il en zone de libre échange bien plus vaste et riche qu'un hypothétique marché anglo-scandinave, que la Suède, après avoir changé son volant de côté¹, le rejoignit sans états d'âme. L'intégration monétaire risquait-elle de miner l'autonomie des politiques budgétaires et brider sa compétitivité internationale, qu'elle fut en revanche refusée.
Les aléas d'une collaboration euro-américaine sont amortis par la coopération inter-baltique sous la forme du Conseil nordique². Celui-ci reprend des couleurs depuis la crise des budgets latins et la germanisation de l'Eurogroupe ; à tel point que « L’État fédéral du Norden », dernier bouquin de l'historien Wetterberg qui remet en situation une vieille tentation scandinave, est un bestseller ! Si l'Allemagne réussit l'anschluss économique et financier de ses "clients" on reparlera sérieusement du Norden.

la famille en charge

Mais le royaume de Suède n'est pas qu'un pays de luthériens affairés. On y entend des rumeurs sur la Cour, on brûle des voitures à Husby et l'Etat peut montrer les dents comme dans l'affaire de Pirate Bay³. Le communautarisme y fait les beaux jours du parti xénophobe (20 députés) et on a essayé de tuer Lars Vilks pour ses caricatures du Prophète ; le chômage en banlieue est de 8,8% contre 3,6% en ville ! Entre-temps les Chinois ont racheté Volvo et Saab est mort. A travers ces vicissitudes, la Suède néanmoins ne se désunit pas. Sa croissance est positive (0,8% en 2012), le commerce extérieur rapporte des couronnes (6% du pib), ils vendent des roulements à billes (skf) et de l'air comprimé (Atlas copco) à tout le monde, et des avions de chasse aux Suisses. Que demande le peuple ?
Un roi, mais pas celui des grenouilles. Un roi accessible qui les aime et les représente bien. Une famille qui incarne la pérennité de la Nation, la continuation du Projet, une présence immuable qui permet de traverser l'obscurité de l'hiver, un phare dans la brume. Carl XVI Gustaf est roi de Suède depuis quarante ans (15/9/1973). Sa fille Victoria lui succédera, et sa fille ensuite, depuis le retrait de la primogéniture mâle de la loi de dévolution de la couronne. Le jubilé des 40 ans fêtera le 68ème roi de Suède et la pertinence d'une saga nordique inaugurée sur ce même territoire par Fjölnir, fils de Njörd, dieu de la Mer, du Vent et du Feu, au tout début de l'Histoire.



(1) La circulation passa de gauche à droite au matin du 3 septembre 1967
(2) Islande, Danemark (et Groenland), Féroe, Norvège, Suède, Finlande, Îles Åland, Estonie, Lettonie, Lituanie.
(3) Pirate Bay est un gros site multiplexé de téléchargement mondial dont les acteurs ont été traduits en justice en 2010.

vendredi 21 juin 2013

Retour à Rancho Mirage

Un billet paru dans l'Action française 2000 du 20 juin 2013 (n°2865) sous le titre Méfiance cordiale et archivé sur Royal-Artillerie sous le mot-clé AF2000 (37 entrées).


Le G2 californien qui a réuni près de Palm Springs les présidents Barack Obama et Xi Jingpin n'a pas accru sensiblement la température ambiante de leur diplomatie, sauf les 40°C à l'ombre. C'était pourtant le but, malgré le nom équivoque de l'endroit, Rancho Mirage. Les sujets techniques mis au programme ont été débattus certes librement, mais les stratégies se sont avérées irréconciliables, repoussant aux calendes ce qu'un diplomate présent appelait l'étincelle de confiance. En attendant l'étincelle, les départements concurrents de chacun des pays se contenteront d'honnêteté dans l'interprétation des faits, au seuil du vœu pieux.

Deux conceptions se heurtent à découvert, le légalisme international des Etats-Unis¹ qui, en matière de droit maritime, droit de la propriété, droits de l'homme, affronte l'imperium imprescriptible et quadrimillénaire de la Chine ; à découvert, depuis que le nouveau président l'a formellement revendiqué en promouvant son fameux China Dream : l'Empire du Milieu revient sur ses marches géographiques et culturelles historiques et rien ne lui résistera. La polémique ne cesse d'étonner quand on sait le concert de louanges qui précéda l'avènement du nouvel homme fort de la Chine, que l'on disait "dégrossi à l'étranger", accommodant et simple d'allure. C'est oublier qu'il est Fils d'Immortel², nourri au lait de la revanche et missionné pour effacer les humiliations occidentales et japonaises du passé, le tout dans la plus parfaite bonhomie. C'est bien pour cela que le Standing Committee du Politburo l'a choisi, après l'apparatchik amidonné Hu Jintao qui n'a fait que défendre.




Corée
Malgré cette béance entre deux conceptions du monde, la diplomatie américaine est allée au plus loin possible et a marqué un point inattendu. Elle a su enrôler le président chinois dans sa vision du risque coréen au cœur même de sa zone de responsabilité. Pour mesurer l'enjeu il faut se souvenir que la Corée est le seul pays de la région à avoir pour mère-patrie la Chine éternelle. Cet attachement culturel existe de part et d'autre de la ligne de démarcation et il est impensable de voir se dresser aucune Corée contre la Chine, jusqu'à sans doute s'en faire l'avocat bénévole en cas d'extrême tension. Cette allégeance pourrait être comparée à celle d'un dominion britannique vis à vis de la couronne anglaise. Or, c'est le protégé officiel de Pékin, Kim Jong-un, qui vient lui-même de contrevenir au serment de suzeraineté en dilapidant l'aide structurelle chinoise dans la production d'armes nucléaires, par définition inutile sous le parapluie nucléaire chinois. L'injure est double, foi et hommage sont parjurés. Il était dès lors facile d'amener la délégation chinoise à collaborer, ce qui fut fait en finesse.

Hacking
L'autre point pratique débattu au soleil torride de Californie fut la guerre cybernétique. Match nul ! Si les attaques chinoises sont prouvées malgré les dénégations gouvernementales, les attaques américains le sont aussi, et qui pis est, instruites sur la base de la XXè Directive présidentielle du mois d'octobre 2012 qui organise l'offensive informatique tous azimuts (OCEO - Offensive Cyber Effects Operations). Difficile aux diplomates les plus talentueux de se dépêtrer de ce dossier surtout quand un service au contact avoue avoir fait dérailler les centrifugeuses d'un centre d'enrichissement d'uranium en Iran, par exemple (Stuxnet). Comme en Mer de Chine méridionale, la confiance n'étant pas encore acquise, on s'en tiendra à l'honnêteté des rapports et à la lisibilité des signaux optiques de bord à bord.

Extradition
Une mesure collatérale est passée inaperçue. Les services de l'Institut chinois d'enquête et surveillance disciplinaires (China Discipline Inspection and Supervision Institute) viennent d'ouvrir des discussions avec l'Immigration américaine pour le rapatriement de fonctionnaires corrompus cherchant asile aux Etats-Unis. La seule contrainte dans le dossier est de prouver de manière irréfutable les faits de corruption.


Le G2 de Rancho Mirage n'a pas amoindri le risque de guerre future dans le Pacifique Nord, les Etats-Unis ayant poliment refusé de se retirer derrière le méridien de Pearl Harbor - mais il l'a raisonnablement retardé, au grand soulagement du Japon qui craignait la naissance d'une certaine familiarité entre deux conceptions du monde qui le prennent en étau. Pendant les travaux diplomatiques, la vente continue, et Monsieur Hollande est venu prendre des cours.

- navires nippons -



(1): Ce légalisme est patent par le simple refus de Washington de signer certaines conventions internationales car elles engageraient leur application, alors que Pékin signe tout et n'applique pas.
(2): Les huit Immortels sont tous morts comme nous en assure la Wikipedia.


lundi 21 janvier 2013

Et Malthus fut naturalisé allemand !

Tout à l'heure à Berlin, les autorités allemandes et françaises célébreront le cinquantenaire du Traité de l'Elysée et en creux le triomphe dérangeant du IV° Reich. Un article est paru dans l'Action Française 2000 du 17 janvier dernier sous le même titre, n°2855 p.8) mais pas avec ce chapeau spécifique "blogue". Il entre en archives RA. Le voici pour les abonnés absents.

Dans Le Figaro de dimanche, Valéry Giscard d'Estaing déplorait l'absence de projet européen franco-allemand. Il milite pour une fédération Europe-Unie des pays de l'Eurogroupe qui achèverait l'harmonisation monétaire, budgétaire et fiscale. La procédure qu'il retient serait de travailler au projet déjà entre Paris et Berlin, puis de partir le vendre de capitale en capitale. Il oublie de demander l'adoubement populaire d'une évolution institutionnelle décisive, même si l'identité nationale resterait intacte à son avis, après que ces domaines auraient été dévolus à Bruxelles, puisqu'elle participe de souverainetés plus subtiles, comme le mode de vie, l'organisation sociétale (éducation, santé, protection sociale), le droit des personnes, domaines qui, eux, resteraient la propriété insaisissable des nations. Il minimise aussi la divergence d'axes et cet agacement réciproque qui affleure parfois. L'Allemagne a "son" projet, la France prend le train, descend du train, remonte dans le train mais ne conduit aucun train (20.01.12).






Allons-nous vers une rivalité démographique des grands pays d'Europe occidentale ? Le croisement des courbes nationales de natalité donnent à l'horizon 2050 la République fédérale ex-aequo avec le Royaume-Uni à 74 millions d'habitants, suivis de la France à 71 millions. Malgré la continence allemande, ce bloc des trois "grands" fera 43% de l'Union européenne actuelle et écrasera littéralement le reste, l'Italie stagnant à 61 millions. Les projections au-delà ne sont pas vraiment sérieuses. Il est probable que le sous-continent sera gouverné par ce triumvirat qui agrégera quelques "clients" pour s'imposer en toutes circonstances aux autres partenaires et aux débris de la Commission européenne. Reste le dosage.

Le Traité de l'Elysée, dont nous fêtons dans six jours le jubilé, organisait une collaboration franco-allemande dans les domaines culturel et politique dont il ne subsiste que le décor et des sourires forcés. L'époque était au miracle économique d'un nain politique coupé en trois par les hasards de la victoire alliée, miracle que récompensait la grande puissance morale du monde en lui octroyant la parité sur le pavois des chefs. C'était avant le Mur ou plus précisément avant le chancelier Kohl. Avec un sens aigu de la manoeuvre qui, disait Napoléon, est un art tout d'exécution, le chancelier peu disert fit l'anschluss de sa soeur orientale à la barbe des alliés, se transporta à Berlin, et mit quelques semaines à formuler une garantie sur la frontière Oder-Neisse qui le séparait de l'ex-Prusse orientale. Le nain était mort. Nous étions en 1990, Mitterrand régnant, la France ne savait comment accepter cette surprenante émancipation ; outre-Manche, Margaret Thatcher y était carrément hostile. Pour le bien de l'Alliance, avant que la nouvelle République fédérale ne poursuive sa marche au soleil levant, les occidentaux sauvèrent les apparences en se retirant de Berlin et les Soviétiques acceptèrent une montagne de deutschemarks pour se taire. Le Traité de l'Elysée entrait au musée des traités.

Une nation pacifiste qui règle ses problèmes chez elle

Malgré l'illusion d'une collaboration renouvelée en façade à chaque alternance politique qui aurait dû faire s'interpénétrer les deux peuples, les Français jugent mal l'Allemagne actuelle, qui, il est vrai, n'est pas leur destination favorite de vacances. L'ogre menaçant dont les chars marchaient à l'eau du robinet n'existe pas, le pays s'est transformé. Rentré en lui-même, libéré de toute diplomatie, il s'inscrit dans une problématique mondiale où son industrie excelle mais qui lui dicte beaucoup de préventions quant au destin d'une planète finie surexploitée. Aussi l'Allemand ne fait-il pas d'enfants. La «contrainte morale» exprimée par Malthus d'un juste apportionnement des ressources et des besoins obtenu par la continence maritale des défavorisés est généralisée à tous dans l'Allemagne actuelle : quel avenir pour nos enfants sur une planète surpeuplée en proie aux guerres asymétriques et aux revanches de tous ordres, et lourdement pénalisée par le réchauffement climatique que nous avons provoqué ? A vue d'homme, aucun !

TR Malthus
D'où l'intérêt de l'Allemand pour les prescriptions malthusiennes du Club de Rome (Halte à la croissance !), pour réduire l'empreinte carbone dès le niveau individuel (succès des Grünen), pour ne pas sur-peupler son morceau de Terre, en contrepartie de quoi les activités maintenues doivent viser en tout l'excellence des procédés, seule garantie écologique à la fin. Et se croisent ici les deux théories, malthusienne et darwiniste : l'avenir est limité aux meilleurs, les autres disparaissent. Le chancelier Gerhard Schröder était exactement sur cet axe quand il lança son Agenda 2010 qui rehaussait le niveau qualitatif des productions allemandes à moindre coût (en libérant les salaires et en délocalisant sur ses marches orientales les opérations élémentaires) sans hésiter à couper dans la dépense publique affectée au confort social pour dégager de la finance. Ceci fut fait en droite ligne de la critique malthusienne des Poor Laws anglaises : « Un homme qui est né dans un monde déjà possédé, s'il ne peut obtenir de ses parents la subsistance qu'il peut justement leur demander, et si la société n'a pas besoin de son travail, n'a aucun droit de réclamer la plus petite portion de nourriture, et en fait il est de trop. Au grand banquet de la nature, il n'y a pas de couvert vacant pour lui. Elle lui commande de s'en aller, et elle mettra elle-même promptement ses ordres à exécution.» (TR Malthus, Essai sur le principe de population, 1798). Travailler pour manger, on dit les pauvres plus malheureux aujourd'hui en Allemagne qu'en France. Les variations dans la perception du non-bonheur rendent la comparaison difficile, mais il est paradoxalement vrai aussi que le chancelier actuel, Angela Merkel, brille au firmament des sondages de popularité, ce qui laisse accroire que l'apportionnement des ressources précité est accepté à l'aune des disponibilités acquises plus qu’à celles présagées par la démagogie. Le piteux état des finances latines ne pousse pas les classes pauvres à la revendication irresponsable. C'est sans doute cette conscience civique qui est la plus large fracture entre nos deux pays. Il reste une dignité à l'Allemand que nous avons perdue dans le moulinage continu de nos revendications sociales à compte d’autrui.

Un déclassement durable du partenaire français, égal au départ

Coupé Maybach
Il est bien fini le temps de nos objurgations, déjà vaines jadis. Nous sommes devenus "La Grande Nation" dans l'opinion publique qui se rit de voir annuler un contrat d'armement franco-saoudien par Daimler-Benz, propriétaire des châssis ! Dans aucun domaine, l'Allemagne ne nous fait de "cadeau" et sa concurrence fut rude, parfois à la limite de la déloyauté lorsque, par exemple, Siemens donna la technologie TGV de première génération aux Chinois pour contrer Alsthom en Chine où la firme française disposait de positions trop solides à son goût. De même voit-on l'Etat allemand pénétrer les conseils d'administration du groupe EADS pour casser le monopole aéronautique toulousain. Et la liste s'allonge.
Que subsiste-t-il du concept originel au jubilé du traité de l'Elysée ? Cette visite obligée à la belle-mère chaque année dont il ne sort rien que des communiqués rédigés par avance que personne ne lit, et du champagne pour tout le monde. Le Traité de l'Elysée fut signé par le président Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer le 22 janvier 1963 à Paris. Cette réconciliation formelle fut préparée dès le retour au pouvoir du général de Gaulle, alors que les deux économies étaient comparables et que le nouveau franc français, issu de la dévaluation de décembre 1958, valait 0,855 mark allemand (l'ancien franc était pratiquement à la parité de cent pour un). L'année 1960 sera le point d’origine de toutes les comparaisons franco-allemandes. Cinquante ans plus tard le franc vaut 0,298 marks (-65%) et on le dit surévalué ; le retard de notre PIB est de 30%. L'Allemagne a reconstruit son économie à la taille qu'elle avait à la Belle Epoque relativement aux autres, et elle a rénové tous les länder orientaux récupérés en ruines en 1990. Ses comptes sont aujourd'hui à l'équilibre avec un commerce extérieur "triomphant". A l'inverse, nous subissons les trois déficits majeurs (budgétaire, commercial et social) écrasés que nous sommes par un Léviathan étatique qui saigne le pays comme les médicastres de Molière leur patient ! Les comparaisons seraient cruelles et déplacées lors de la célébration du cinquantenaire, mardi prochain à Berlin. On s'y taira.

samedi 12 janvier 2013

Algérie, un tout petit voyage

Le président français se lance sur le Mali, en ne tenant finalement aucun compte des demandes algériennes de lever le pied pour favoriser une solution politique sous l'arbre à palabres, et aussi pour que leurs "services" attachés à la déstabilisation de tous leurs voisins, en particulier au sud-Sahara, n'aient pas travaillé en vain sur les groupes islamistes impliqués qu'il s'agit d'installer au désert pour bien dégager le Sahara utile algérien. C'est donc l'occasion d'archiver un billet qui est paru dans l'Action Française 2000 du 3 janvier 2013 (n°2854 p.9) sur le voyage de François Hollande à Alger. Ce billet n'entre pas dans la situation malienne. Les faits et chiffres sont ceux reçus à la date du 29/12/12 ; ils ne sont pas actualisés. Ce billet venu chez RA répond au billet du cinquantenaire du mois de mars 2012.

La visite du président français en Algérie a été jalonnée de contrats industriels et commerciaux qui marquent la volonté réelle du gouvernement de développer le pays en dehors de la filière pétrolière ; réelle, au sens où le pouvoir algérien y met de gros moyens financiers. Symétriquement, des partenariats ont été conclus entre les ministères respectifs pour que chaque acteur politique entre un peu dans l'histoire des deux nations. Ils seront ce qu'en laissera le vent des disputes inévitables au niveau des services d'application de part et d'autre, il y en eut tant !

Symbol
Oued Tlélat accueillera l'usine Renault. La ville nouvelle de 2200 hectares est développée activement pour décompresser le port d'Oran, logements sociaux (chinois et turcs), écoles, lycée, hôpitaux. L'Aménagement du Territoire prévoit 350.000 habitants à terme. La main d'oeuvre est dite qualifiée, mais l'usine n'offre que 350 postes pour le moment. Ce projet est structurant pour les Algériens qui y voient la colonne vertébrale de l'industrialisation de la Wilaya d'Oran par la naissance d'une industrie mécanique et électronique absente jusqu'ici, tout étant misé sur le complexe pétrochimique et gazier d'Arzew, pauvre en emplois généralistes.

L'Etat algérien annonce un investissement de 1,2 milliard d'euros pour mettre cette usine en production. Cela commence au quai dédié sur le port d'Oran pour recevoir les caisses SKD1 en flux tendu de Roumanie, l'aménagement foncier des 150ha et la construction des infrastructures ancillaires, réseaux d'énergie et de communications, viabilités, bâtiments des services. Renault met 50 millions au pot et prend 49% de la ligne de montage stricto-sensu. Rappelons que jusqu'en 1970, la RNUR avait exploité une unité de montage à El Harrach, qui avait terminé au contentieux. Ici le Losange fait plutôt figure d'opérateur technique d'un élément spécifique et déterminant du projet régional. Son partenaire industriel n'est autre que l'ex-Berliet-Afrique, la SNVI qui cherche à améliorer ses procédés de fabrication. Avec un investissement de seulement quatre pour cent dans le dossier, on comprend mieux la grosse différence entre le montage marocain de Tanger Med où Renault-Nissan s'est chargé de tout pour une usine de classe internationale qui sort 30 voitures à l'heure dès la phase I, et celui d'Oran-Tlélat où la production va débuter sur le papier à 7 voitures/h en 2014. Le marché automobile algérien est prometteur (500.000 importations de voitures en 2012), il était temps que les autorités s'inquiètent de produire un peu localement mais les 25.000 Symbol (75.000 plus tard peut-être) mettront du temps à être identifiées dans le trafic.

Un bus de la SNVI (ressemblance RVI)
Nous sommes loin d'un accord historique ! Et les autres contrats sont à l'avenant : l'usine de médicaments Sanofi à 70 millions d'euros, les confitures Biaugeaud, les sutures chirurgicales Peters Surgicala et le logiciel hospitalier Medasys font tout le reste !
Les proclamations des autorités françaises pour orner le voyage de M. Hollande sont au seuil du ridicule et la reconnaissance des outrages anciens est carrément inopérante, même si les caciques inamovibles de la nomenklatura algérienne y tiennent beaucoup pour maintenir l'enfumage historique des jeunes générations. Ces jeunes générations sont sensibles à la propagande gouvernementale sur un passé d'humiliations et ont réagi positivement à la construction historique d'une nation ex-nihilo. Un Algérien est fier de l'être. Mais elles se posent des questions élémentaires à l'occasion du cinquantenaire du triomphe : pourquoi un peuple si pauvre dans un pays si riche (26 milliards de dollars d'excédent commercial en 2012), pourquoi doit-on importer presque tous les produits de consommation courante, pourquoi aucune industrie locale n'accompagne le développement d'un aussi vaste pays, pourquoi ce pays est-il si ennuyeux – c'est le sentiment qui prévaut parmi la jeunesse. Le patronat privé a fait une liste de cinquante propositions de réforme pour fêter ce Cinquantenaire². Les mesures préconisées sont de bon sens et ne dépareraient pas le programme électoral d'un parti politique français tant il y a de similitudes troublantes. Très volontaristes, elles signalent la faillite du régime, qui à sa tête pille le pays, à sa base le bloque par une bureaucratie jalouse et arrogante.

L'ambition algérienne était jadis d'atteindre la parité économique avec l'Espagne, et le projet n'était pas irréalisable avec les bases agricoles et industrielles que la France avait laissées en partant, sans même compter la rente gazière d'exportation. Parvenu au jubilé, le tableau est plutôt sombre, dit carrément l'ancien ministre des PME, recyclé dans le privé. La croissance en moyenne de 5% est extensive, éphémère et acquise sur fonds publics ; le chômage – problème crucial d'une population très jeune – n'est pas traité à la racine par la création d'emplois pérennes sur investissements massifs – les caisses de l'Etat débordent - mais atténué par un traitement social inefficace, comme chez nous. Quand elle se compare à d'autres grands pays du Tiers Monde, l'Algérie se désespère : les Emirats n'engrangent aujourd'hui que 35% de leurs recettes commerciales par les hydrocarbures contre 88% en 1980 ; l'Egypte, 34% contre 67% ; l'Indonésie, 39% contre 76% ; les recettes commerciales de l'Algérie étaient fournies à 98,9% par ce secteur en 1980, elles ont baissé à... 97,05% en 2012 ! En dehors du secteur gazier, il n'y a donc aucune compétitivité internationale de l'économie, et peu d'efficacité localement, à voir la masse et la nature des importations : vingt pour cent représentent la « facture » alimentaire, le reste se partage entre les voitures (surtaxées en douane), les médicaments, les autocars et camions, le fer à béton, les laitages et les sucreries. Aucun intrant de développement, uniquement de la consommation.

Port d'Oran
Le pays est rongé par une logique de rente qui le gangrène, et les positions en douane acquises de longue date par de puissantes familles sont menacées par le développement intérieur où tout investissement privé est soumis à licence. Alors c'est au Nord que se lève l'espoir des jeunes générations, chez l'horrible colonisateur, mais aussi chez tous ses voisins européens. Hélas, nous ne sommes plus un exemple de développement efficace, et nos incitations ou conseils sont très mal reçus à destination. Or, un développement d'ampleur en Algérie est primordial pour nous qui recevons en premier le choc migratoire d'une population désespérée qui parle notre langue. Au résultat, le voyage du président de la République n'aura servi à rien ; Renault avait déjà signé le 25 mai ! Finalement, François Hollande a apporté la seule coopération qui vaille pour les jeunes Algériens, la simplification des visas !


(1) En SKD (semi knocked down), les sous-ensembles du véhicule sont fournis soudés en kits ; en CKD (complete knock-down), on approvisionne toutes les pièces et on assemble les composants sur place par des opérations élémentaires, vissage, rivetage, emboîtement à force.

(2) Forum des Chefs d'Entreprises (FCE) qui s'est réuni à l'hôtel El Araussi d'Alger les 14 et 15 mars 2012 sous la présidence de M. Réda Hamiani, ancien ministre des PME.


Postsriptum: Billets précédents sur l'Algérie :

mercredi 26 décembre 2012

Boxing day à Florange

Ce billet est une commande récapitulant les billets précédents sur ce sujet. Elle est parue dans l'Action Française 2000 du 20 décembre 2012. Elle entre en archives RA le lendemain de Noël, jour férié de la St-Etienne en Alsace-Moselle (boxing day) .

Les quatre cents kilomètres à la mer pénalisent les deux haut-fourneaux de Hayange, dit-on au siège d'ArcelorMittal. Avant de poursuivre, précisons que Florange n'est que l'adresse des bureaux du site sidérurgique contesté, qui s'étire dans la vallée de la Fensch, au nord de Metz, sur un maillage ferroviaire privé exploitant 250 kilomètres de voies. Sur ce site intégré, on va du magma à la canette à boisson en partant du coke fabriqué à Serémange et du minerai aggloméré à Rombas vers les hauts-fourneaux de Hayange, qui coulent la fonte pour l'aciérie de Serémange-Erzange. Les brames passent aux laminoirs à chaud puis à froid, écrouissage, étamage à Ebange. Depuis l'arrêt de la phase liquide les brames viennent de Dunkerque, mais l'excellence est dans le train à froid dont ArcelorMittal ne veut se séparer car l'outil, qui livre entre autres les constructeurs automobiles allemands, est réputé pour sa qualité.

Ainsi que l'expliquait Serge Fuss de la CFDT après l'arrêt technique du second haut-fourneau, l'intégration complète du process, phase liquide et laminage à froid, est « un grand atout économique, car cela nous permet, par exemple, d’utiliser les gaz des hauts-fourneaux et de l’aciérie pour faire fonctionner les laminoirs. La sidérurgie est très haute émettrice de gaz à effet de serre, mais chez nous, le bilan carbone est beaucoup plus favorable qu’ailleurs : peu de transports, hormis le minerai qui arrive par voie fluviale, les expéditions qui partent par le même chemin ou par la voie ferrée, et des hauts-fourneaux qui polluent presque deux fois moins que nos concurrents, car nous maîtrisons l’injection de poussières de charbon qui freine la formation de gaz carbonique ».

Et d'autres mettent en avant que la clientèle des produits finis est à proximité, voire sur place à Florange même comme Tata-Steel Rail et Thyssen-Krupp Presta, et que la distance moindre des bassins industriels de transformation en aval amortit quand même un peu le coût d'approche des matières premières apportées de la mer.
Deux rapports ont conclu à la viabilité du site intégré : l'un officiel, établi par une commission ad hoc dirigée par M. Pascal Faure fut remis en juillet dernier au gouvernement qui semble-t-il ne l'a pas lu, sauf M. Montebourg ; l'autre, interne, déniché récemment par les syndicats, est réfuté par la direction financière de la firme qui n'aurait pas chargé la mule de tous les coûts induits qu'elle doit porter. Il y a pour le moins un gros doute. Le rapport Faure devrait être passé au crible d'un expert, un sidérurgiste (Francis Mer à tout hasard, ancien patron d'Usinor-Sacilor et ministre des finances de Jacques Chirac), sur la base des calculs faits par ArcelorMittal dans le deuxième rapport. Ce serait plus logique que de continuer la partie de poker-menteur entre MM. Mittal et Ayrault où l'on sait d'avance qui ramassera le pot.


Les HF de Hayange

On pourrait alors poser une question toute simple : pourquoi ArcelorMittal persiste-t-il à vouloir garder la cokerie de Serémange afin de fournir les hauts-fourneaux de Dunkerque qui retourneront les brames ainsi coulées aux laminoirs d'Ebange ? C'est son affaire, me direz-vous ! Mais vous tirez sur 400km le charbon primaire puis sur 400km le coke en retour et sur 400km ensuite les brames dans l'autre sens, détruisant l'économie de l'alternative. A moins que de stopper les deux hauts-fourneaux de Hayange ne sécurise l'importation de brames russes qui en 2011 arrivaient par vingt mille tonnes/mois !

Si après les deux rapports précités, il était confirmé pour la troisième fois par cette contre-expertise que le site intégré de Florange est viable économiquement, il serait alors temps de bloquer le dépeçage indien et d'exproprier l'opérateur « mondial », par tous moyens légaux, afin de conserver autant que faire se peut les bases industrielles lourdes qui nous restent, car c'est de la destruction de notre industrie dont on parle et pas que de six cents emplois.

L'affaire est éminemment politique, au sens noble. Elle devrait enthousiasmer un pouvoir socialiste ayant une affection particulière pour les masses laborieuses et démocratiques. Pas du tout. Eblouis, un peu jaloux, mais si contents d'approcher la Fortune, nos apparatchiks de province se sont laisser hypnotiser par Kaa le python du Livre de la Jungle ! Et pour apaiser les syndicats ahuris ils ont nommé le sous-préfet de Thionville(sic) "contrôleur" du développement des nouveaux processus sidérurgiques à très basses émissions de carbone (ULCOS en anglais) !

Edouard Martin, CFDT-Florange
Florange est, bien plus que Notre-Dame-des-Landes, le dossier risqué pour le pouvoir socialiste, parce qu'en matière de sidérurgie la vérité dérive au sein d'un marché libre impossible à maîtriser depuis Paris. Une seule voie, passer le projet à des professionnels de la filière aussitôt l'expropriation décidée.

L'absence criante de politique industrielle dont le ministère du Redressement productif n'est que l'alibi détesté, l'entêtement puéril d'un premier ministre robotique dépassé par les enjeux, la défiance des élus de terrain devant cette mollesse des chefs au premier choc sérieux, la liquéfaction continue de notre industrie et d'emplois non remplacés, tout concourt à lever un fort mécontentement dans le populaire qui peut emporter le gouvernement et ruiner la cohésion parlementaire. Mais la sidérurgie française vivra, faudrait-il passer sur le ventre du capital vagabond, parce qu'elle est la base même de notre renaissance !

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