Affichage des articles dont le libellé est Sahara. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sahara. Afficher tous les articles

samedi 12 juin 2021

De Barkhane à Takouba, la peau des chagrins

Le nouveau format sahélien de guerre aux djihadistes et autres séditieux était dans les tuyaux depuis trois ans, plus précisément quand l'état-major a proposé à l'Elysée de monter une force spéciale multinationale qu'on appelerait "Takouba" (du nom de la rapière traditionnelle des Touaregs, en photo ci-dessous). Le double putsch de Bamako n'a fait que hâter cette transformation, ajoutant au risque inhérent à l'OPEX le syndrome du piège à con.

épée des touaregs

Pour mettre les choses au clair, il ne s'agit rien moins que d'imiter le format américain en Afghanistan, en espérant déboucher sur autre chose que la négociation avec les djihadistes du califat saharien. En abrégé, faire occuper le terrain par l'armée nationale repassée à l'instruction, lui fournir la logistique et l'appuyer par des moyens sol-air efficaces, la renseigner par une surveillance aérienne sophistiquée, mener des coups de main pour neutraliser les chefs djihadistes, si possible en réunion ; le but ultime étant de sécuriser l'espace, le ré-administrer et en transférer la responsabilité aux autorités locales ("secure, build, transfer" : VP Joe Biden à Kaboul, vice-président d'Obama).

Le problème est que dans cette description, deux points apparaissent très faibles : "l'armée nationale" et les "autorités locales". Est-il besoin d'épiloguer ? Ce billet serait-il une commande du Figaro que nous remplirions les deux colonnes assignées, mais n'étant qu'une réflexion gratuite, nous irons à l'essentiel, sans préjuger d'être contredit par des experts comme Wassim Nasr ou Bernard Lugan... Des sites spécialisés comme celui du colonel Goya vont étancher votre soif de détails. Pour notre part, nous allumons la lampe sur quelques aspects moins traités.

Si nous réduisons l'empreinte au sol de notre intervention, un seul pays semble en mesure de tenir le choc, la Mauritanie. Les autorités de Nouakchott n'ont pas attendu M. Hollande pour se protéger du terrorisme islamiste en actionnant des moyens certes mesurés mais déployés intelligemment tant au front qu'à l'intérieur. Reprenant la stratégie des compagnies sahariennes, leurs commandos de chasse, connaissant évidemment les tribus nomades, parcourent le territoire à la recherche de cibles qu'ils éteignent. Surveillance aérienne et appui-feu sont disponibles. Des équipes chocs (Ops) font des raids sur les réunions d'islamistes en zone frontalière. A l'intérieur, les oulémas assurent un travail de rééducation des masses aux valeurs intrinsèques de l'Islam, afin de contenir voire d'annihiler la propagande populiste des "émirs" djihadistes (détails). Des cinq pays de la coalition, la Mauritanie est le seul vraiment gouverné, depuis qu'Idriss Déby est mort au Tchad.

Le Tchad est (était) le point d'appui de la France au Sahel. Le Tchadiens se battent sur deux fronts, le Lac et le Tibesti infesté de groupes armés en Libye. Le pays est en proie à des rivalités ethniques anciennes qui font et défont entre elles des coalitions éphémères. La succession d'Idriss Déby risque de dégarnir le front anti-djihadistes si chacun veut soutenir ses prétentions à N'Djaména l'arme à la main. La tentation des groupes djihadistes de surinfecter la plaie en progressant vers N'Djamena est grande, mais les oblige à se découvrir. L'état-major de Barkhane est dans la capitale tchadienne ! Le sac de nœuds !

Deux commentaires

Deux acteurs militairement puissants rapportés à l'enjeu observent notre enlisement : le Maroc et l'Algérie. Ces pays sont bien plus intéressants pour al Qaïda ou l'Etat islamique que les pays miséreux du Sahel. En plus, ils sont soumis à une fermentation islamique qui déraille le plus souvent vers le salafisme et deviendront des proies toutes désignées, pour peu que le peuple y prenne feu. Or ces deux pays restent sur leur quant-à-soi vis à vis des opérations sahéliennes de contre-terrorisme, se bornant aux commentaires. La dégradation de la situation malienne va-t-elle les réveiller ? Attendent-ils que nous ayons tiré les marrons du feu pour qu'ils les épluchent sans se brûler ? Renâclent-ils à se montrer en notre compagnie pour ne pas réveiller un passé d'étroite collaboration militaire de leurs peuples et du nôtre ? Il semblerait. Ils ne vont pas pouvoir se cacher longtemps derrière une rhétorique à usage interne, sauf à risquer de basculer du côté du mur à l'ombre. Les islamistes sont déjà au gouvernement de Rabat. En Algérie, ils sont à l'affût et organisés pour les élections d'aujourd'hui samedi 12 juin.

La force Takouba qui monte encore en régime avec des renforts locaux, a été constituée de plusieurs nations européennes non impliquées dans la colonisation africaine pour éviter justement le reproche de néo-colonialisme que l'on fait souvent à la France, qui s'ingère à première demande dans les malheurs africains. Quand Barkhane sera retirée du terrain, les opérations spéciales en seront compliquées, plus visibles, avec des risques de bavures épisodiques propres à ce combat furtif, et de la part de certains pays se posera rapidement la question du maintien de leur participation, initialement motivée par l'empathie plus que la sympathie à notre endroit. L'Allemagne qui s'occupe de l'instruction des FAMa ne restera pas non plus après le départ de Merkel, toujours réticente à prendre un risque d'enlisement.

Une conclusion

Si les choses dégénèrent comme elles en prennent le chemin au Mali, au Burkina Faso (et en Centrafrique), M. Macron ou tout autre chef d'Etat français qui lui succèdera pensera au piège rwandais de l'opération Turquoise. Cette fois, nous nous retirerons sur nos bases atlantiques, non, je l'espère, sans avoir appelé l'Algérie et le Maroc à nous succéder dans la "pacification" du Sahel ; s'ils veulent sauver leurs arrières. Ce que nous aurions dû faire bien plus tôt. Quand le président Tebboune prend à témoin ce mois-ci un journaliste d'Al Jazeera sur la circulation d'armes lourdes (deux mortiers de 120 capturés ce jeudi 10 juin à Aguelhok) sous la frontière algérienne sans que quiconque ne s'avise de l'interrompe, jusqu'à lui laisser le sentiment d'un encerclement, on est tenté de lui demander quand se décidera-t-il à intervenir dans sa zone d'intérêt, comme il en avait le projet, dit-il, en Tripolitaine si des mercenaires européens prenaient le pouvoir dans la capitale libyenne. L'Adrar des Ifoghas, c'est aussi en Algérie, non ? et personne ne lui reprochera de déborder un peu quand il prendra les freux en chasse. Pour terminer ce court billet, rappelons qu'en l'affaire, la composante militaire n'est qu'un volet de la lutte contre le djihad islamiste. Il faut aussi apaiser les tensions sociales liées au sous-développement chronique pour tarir le recrutement islamiste, et régler les conflits ethniques bien documentés ; et rien de cela n'est possible en ce domaine avec les gouvernements actuels. Bonne chance, Monsieur Macron.
(billet rédigé le 11 juin 2021)


sous-officier à cheval des compagnies sahariennes prenant ses ordres
- Lieutenant des Spahis lisant ses ordres portés par un adjudant des Chasseurs d'Afrique,
les ordonnances indigènes sont des Spahis, les chevaux, des barbes -

vendredi 28 août 2020

Sahel, la grosse fatigue

Le putsch malien a signé l'échec de la "pacification française" et peut-être son terme. Sur Orient XXI, Rémi Carayol fait l'analyse de notre intervention au Sahel, depuis le raid de M. Hollande sur Tombouctou jusqu'à la démission du dilettante socialiste IBK ces jours-ci. Après avoir évoqué la complexité explosive du Mali ethnique - Bernard Lugan avait fait le tour de la question structurelle dans ses bulletins mensuels "L'Afrique Réelle" - l'auteur qui se cantonne à relater la théorie des injonctions parisiennes à l'endroit du protectorat, fait sans l'assumer explicitement (ses lecteurs ne le comprendraient pas) le procès de la démocratisation à outrance, fameuses élections magiques, que le nouvel ordre mondial exige de tout régime en crise, comme il en va ce tantôt du régime confessionnel des Libanais. Aparté : le résultat le plus "probant" n'est pas au Liban mais en Irak où les communautés légitimées par leurs groupes parlementaires font masse pour se détruire à travers leurs milices.

Même si lundi, M. Macron demande au président Aoun un cabinet de mission, sous-entendu composé exclusivement de compétences utiles au pays, après avoir pris fait et cause pour le Hezbollah, nous ne sommes pas loin d'imposer à nouveau au Liban comme au Mali un gouvernement de coalition qui là-bas comme ici n'est que le compromis d'un partage des "affaires". Ces syndicats d'ententes frauduleuses n'ont partout réussi qu'à déporter un maximum d'argent dans les paradis bancaires. On parle ces jours-ci des millionnaires comme Karim Keïta (fils d'IBK) exfiltré en Côte d'Ivoire près de ses comptes, ou Zoé Kabila (frère de Joseph et gouverneur du Tanganyika) en délicatesse avec les donateurs américains. On peut les prendre un par un, c'est sans fin. Rolex ? Pas assez cher, mon fils ! On laisse tomber Ibrahim Boubacar Keïta pour corruption aggravée par un régime clanique légitimé par les urnes, avant de reconstruire un régime aux mêmes normes démocratiques mais plus obéissant ? Ce n'est plus de la politique étrangère mais l'idéologisation d'une mission de contention des fermentations populaires, nourries par le sous-développement chronique de l'Afrique noire.

Democracy, the God that failed ! écrivait Hans Hermann Hoppe. Qu'importe, ça sonne bien aux oreilles de l'opinion internationale et dans les enceintes onusiennes, la démocratie. Alors on persiste dans cette dérive qui finit par faire beaucoup de morts. Bien sûr, disent les normateurs, c'est parce que ces peuples sont immatures qu'ils sont incapables d'appliquer la vraie démocratie de Westminster qui les sauverait de l'abîme. A lire l'article de Carayol, on comprend bien qu'il n'est pas venu encore le temps des réalités. La guerre des partis, soutenue par Paris pour faire émerger une sacro-sainte majorité, est-elle plus supportable que la guerre des clans, des tribus, celle des civilisations nomades contre leurs voisines agro-pastorales ? Le coup d'Etat malien nous répond que non ! Les putschistes demandent du temps pour organiser la cohabitation de tous à l'intérieur de frontières internationales sures et reconnues. Trois ans c'est peut-être beaucoup mais dix-huit mois au moins sembleraient un délai efficace pour aboutir. Nous n'oserons pas brouillonner une feuille de route, mais il nous semble préférable de fédérer les intérêts tribaux dans un grand conseil des chefs coutumiers plutôt que de demander par millions les avis éclairés du berger peul, du planteur bambara, du marchand de graines et de sodas, du gonfleur de roues songhai et du pêcheur d'anguilles pour la distribution des maroquins. A le faire malgré tout, autant que la démarche soit purement décorative pour un régime fédéralisé par le haut. Reste Barkhane :


Les conseillers de M. Macron pensent-ils toujours tenir le Sahel depuis les plateaux mauritaniens jusqu'au Darfour avec un corps expéditionnaire de cinq mille hommes, même bien équipés ? Le théâtre d'opérations fait 36 degrés de longitude (du 12°W au 24°E) soit un dixième du globe terrestre. Les Américains ont dû faire un calcul rapide en 240 signes pour leur Commander-in-Chief et plient les gaules. Je ressors ma vieille carte 953 Michelin et je m'étonne que les Compagnies sahariennes aient pu tenir le territoire (sans doute moins peuplé) de l'Atlantique au Fezzan ! Elles enrôlaient des goumiers provenant de tous les groupes ethniques sahélo/sahariens, Maures, Bédouins arabophones, Toubous du Niger, Touaregs et autres ethnies de l'Est. Elles étaient autonomes, vivaient en autarcie, savaient tout faire et pratiquaient la vadrouille plus souvent que la vie de fort ; tactique qui sera reprise plus tard avec les commandos de chasse en Algérie. Nul ne met en question la détermination des commandants français au Sahel, mais Barkhane est un bien gros marteau pour écraser la mouche terroriste qui pond ses œufs partout en profitant du contexte psychologique. Va-t-on s'intéresser un jour au fond des choses ? A la compétition pour les maigres ressources, à la haine tribale remontant à la traite arabe, à la concussion généralisée mais parfaitement documentée chez nos services, au déni de tout vivre-ensemble... et en tirer les bonnes conclusions ? Mais sans jamais cesser de se demander où est la queue de trajectoire : dans quel but ultime sommes-nous là-bas ?


La doxa française est de protéger au Sahel l'Europe de l'infiltration des malfaisants du défunt califat. Oui bon ! Tous les attentats européens sont l'œuvre de résidents nationaux. Croit-on les combattre en patrouillant le désert ? Un truc m'échappe, et si nos partenaires européens sont de bonne volonté, peut-être doutent-ils maintenant de notre expertise, au vu des résultats moyens moyens. Le dispositif Tacouba cassera du terroriste, c'est sûr puisque l'Europe forme les meilleures forces spéciales, mais le cadet sans avenir de la fratrie de cinq à qui sera proposé un fusil, une moto et une femme n'aura pas besoin d'apprendre les hadiths du Prophète pour rejoindre la guérilla. La ressource est inépuisable, comme la misère quotidienne et morale de peuples éternellement sous-développés.

Finalement, nous en sommes partis trop tôt !

jeudi 7 février 2013

L'Afrikistan en panne

L'Afrikistan est mal barré. Ce qui doit bien ennuyer les éditocrates et think-tankistes qui vivent de l'alarme. On peut dire que le pas de clerc des bandes terroristes islamisées au Mali fonçant sur Bamako a porté un coup sérieux au projet verdâtre des fondamentalistes musulmans déroulés dans les amphis de géopolitique. Les séismes dont on annonçait les répliques sont au nombre de cinq, et paraissent plus que jamais réparables. Ce qui en soi n'est pas une mauvaise nouvelle, et d'abord pour le continent africain qui n'a pas besoin de perdre du temps avec ces foutaises théologiques. Les défis économiques et sociaux sont des falaises autrement plus hautes à grimper que le salut dans l'au-delà par l'asservissement des âmes. Il faut déjà vivre un peu avant de mourir.

Voici les cinq foyers cancéreux dans le sens des aiguilles, et notre pronostic sans frais :

(AA) Parti islamiste Ennahda au pouvoir en Tunisie

Rached Ghannouchi
Parti de l'étranger dirigé par des émigrés revenus cueillir les fruits d'une révolte dans laquelle ils ne se sont pas mouillés, il s'avère incapable d'améliorer le sort des gens à divers motifs dont le plus évident est la crasse idéologique qui bloque les rouages économiques comme du cambouis. Ce parti instrumentalise des bandes salafistes et les gros-bras de la LPR (le SAC d'Ennahda) qui sous-traitent une "petite terreur" au quotidien pour faire tenir tranquilles les braves gens (la majorité silencieuse de là-bas).
L'insatisfaction monte rapidement dans une population qui vient de comprendre qu'elle a été bernée par les agents électoraux du parti Ennahda qui avait passé la promesse dans les villages : un vote, un emploi. La population tunisienne, plus éduquée que la moyenne des habitants de la rive sud de la Méditerranée, n'adhérera pas, l'argumentaire islamiste étant tout simplement trop bête. L'assassinat du chef de parti Chokri Belaïd peut dégoupiller une réplique de la révolte de 2011 capable d'emporter tout. L'impudence du pouvoir à vouloir passer en force en articulant un double langage qui ne trompe plus personne, convoque la complicité de l'armée qui est loin d'être acquise. Notre pronostic est une raclée électorale pour Ennahda dans un scrutin anticipé.

(BB) Frères musulmans au pouvoir en Egypte

Mohamed Morsi
A l'inverse d'Ennahda, c'est un parti "souchien" qui a 70 ans de travail de fond dans les quartiers défavorisés et dans les campagnes. Si c'est bien la "démocratie" qui a porté les Frères au pouvoir, le principe "un homme-une voix" n'a rien résolu quand à la légitimité des vainqueurs. Comme en Tunisie mais avec un coefficient 8, ce vieux pays a une culture ancestrale et une bourgeoisie éduquée. Il est aussi un vecteur de "modernisation" dans tout le Proche Orient. L'indigence (voire l'absence) des programmes économiques et la duplicité puérile du président Morsi ont disqualifié aux yeux de l'Opinion ces doctrinaires ne sachant que parler ou menacer, et les dérives salafistes que l'on rencontre en Tunisie n'ont déjà plus cours en Egypte, la "rue arabe" s'étant ressaisie !
Le "café" et le souk se gaussent des prétentions fraternelles à vouloir bâcher les compagnes ! Les villes du canal qui font l'Opinion sont en quasi-insurrection. Il y a plus urgent que la charia car la misère galope dans l'artisanat, le petit commerce, les petits boulots et combines paisibles car l'argent ne circule pas. Dans le vivier électoral traditionnel des Frères - les fellahs pauvres du delta - les choses ne vont pas mieux car le tourisme a disparu et l'activité vivrière est désorganisée. Notre pronostic est un pronunciamiento finissant la supercherie islamiste car l'armée est intacte.

(CC) Pirates islamisés de Somalie

Les Shebbab somaliens sont maintenant dans la tenaille de deux puissances régionales qui ne négocient plus mais sont décidées à les tuer. Le ratissage français au Mali qui ne fait pas de prisonniers les y encourage. Ainsi Kenya et Ethiopie vont-ils pratiquer la solution finale, surtout le Kenya qui avait été durement secoué par les bombes d'al-Qaïda. Depuis octobre 2011 - date de la prise d'otages de 4 travailleuses humanitaires blanches - ses raids ne sont plus des manoeuvres de pacification mais de destruction. L'Ethiopie inquiétée sur sa frontière nord par l'Erythrée, Corée du nord africaine qui soutient les insurgés de l'ex-Somaliland, veut en finir maintenant.
En mer, la piraterie étant directement liée à la prospérité des Shebbab, sa réduction est impérative et c'est sans doute la seule fenêtre de collaboration affichée avec le monde extérieur au continent. On peut concevoir que de plus en plus de pirates seront ramenés devant les tribunaux kenyans, la vieille punition "haut et court" n'étant plus d'application malgré son indéniable dissuasion ; mais on sera plus discret en coulant les barques. Notre pronostic est une liquidation générale des Shebbab avec malheureusement des dommages collatéraux dus à leur propension à se réfugier dans les jupes des femmes.

(DD) Boko Haram du Nigeria

Abubakar Shekau
Cette secte nombreuse sévit dans les provinces du nord, contiguëment au Niger. Ayant adopté les codes islamistes et le terrorisme d'application qui va avec, elle est combattue par les forces nigérianes qui hachent leurs rangs sans état d'âme. Des éléments nombreux sont montés au Mali renforcer AQMI mais il semblerait qu'ils se soient débandés devant la réplique française et nigérienne, ce qui est plus facile pour eux qui sont majoritairement des Haoussas (noirs). Si les pertes encourues n'entameront sans doute pas la ressource au Nigéria surpeuplé, elles encourageront l'action d'éradication des forces nigérianes (police et infanterie) et notre pronostic est la liquéfaction de la secte par découragement ou moindre propension au sacrifice. Des vierges, il y en a de très belles sur terre et Boko Haram vient de déclarer un cessez-le-feu ! Nous ne faisons pas de pronostic pour le moment.

(EE) AQMI-MUJAO au Sahara

Le groupe islamiste touareg Ansar Dine doit être dissocié des deux groupes arabes, même s'ils sont interpénétrés. Il est probable qu'une paix forcée entre le MNLA-MIA et le pouvoir noir de Bamako, réglant la question de la représentativité douteuse de ces Touaregs insurgés, conduise à une autonomie jouable à condition qu'elle soit couplée au développement économique du nord. Le dispositif retenu affaiblira terriblement l'élan de la rébellion islamiste touarègue qui pour la première fois ne dictera pas ses conditions. Son chef charismatique à demi-fou, Iyad ag Ghali, se terrera dans une grotte des Iforas à guetter l'hydravion blanc du Qatar qui viendra l'emporter, tandis que ses troupes même bien armées seront débandées par les escadrons méharistes des nations voisines convenablement soldés et sous appui-feu continu. On compte sur les Tchadiens, et les Touaregs ralliés qui se referont un pucelage et,... nous-mêmes un peu.

Abdelmalek Droukdel, émir AQMI
Restent les deux composantes terroristes versées dans le narco-trafic¹ pour faire court. Les motivations religieuses affichées ne sont plus crédibles au sein des habitants du pays après la découverte des atrocités commises dans les villes prises. Il leur sera difficile de prospérer dans l'Adrar des Iforas avec l'hostilité déclarée ou contrainte des populations des vallées alentour. S'étant dévoilés comme des bandits cruels, ils ne pourront pas se muer en talibans afghans² vivant au milieu du peuple comme un poisson dans la rivière. Ils sont en plus perçus comme des "étrangers". C'est une courte vie de proscrits cernés qui les attend. Elle deviendra vite intenable quand les gardes-frontière des pays voisins auront été renforcés - l'Algérie a descendu 1400 hommes en renfort sur sa frontière - et qu'ils devront affronter sur leurs seules réserves Tchadiens, Maures et Touaregs marchant à la prime. En plus j'ai vu passer sur mon écran deux canons Caesar³ français qui montent vers le nord ! La chambre de décompression libyenne utilisée par Belmokhtar (Mister Malboro) qui joue à "chat perché" sera de plus en plus inaccessible par la reconstitution des forces libyennes.
La profession de djihadiste incandescent ne durera qu'aussi longtemps le permettra le trésor accumulé par le trafic et la prise d'otages. Notre pronostic est la neutralisation des zones de parcours par les Français et l'éradication par les drones américains des derniers noyaux durs protégeant leur fric, quand les plus fragiles seront retournés à la garde des chèvres.
Restent nos otages.

Actu: Ont été sauvés de l'incinération aérienne par les Touaregs les chefs de groupe terroriste Mohamed Moussa Ag Mouhamed (Ansar Dine) et Oumeïni Ould Baba Akhmed (MUJAO), capturés à In Hallil le 2 février. Direction sans doute le TPI.


(1) on lira avec profit un billet dédié au narco-trafic et à son extension au-delà des groupes terroristes par ici.
(2) les Talibans afghans commencent à se rendre... selon Al-Jaezira.
(3) canon semi-automatique de 155mm Caesar porté sur camion, qui met 8 coups/minute à 40 kilomètres, acquisition des données et calcul automatique en temps masqué ; c'est une arme de saturation.



Il y a de bonnes raisons de croire en la défaite de l'Afrikistan, mais la meilleure garantie de bonne fin sera une vraie gouvernance qui coupe les ponts avec la corruption endémique, permettant d'injecter des fonds de développement efficaces. Tous les pays africains sont concernés, tous y compris les pays non africains impliqués dans les projets !


Nairobi




mercredi 30 janvier 2013

Mali, c'est quoi demain ?

Kidal est tombé, le croissant rouge qatari est déconsidéré, les drones-tueurs américains vont décoller du Niger. Il faut passer à autre chose.
Bambara
On a pu un temps considérer le Mali comme le solde de répartition des espaces décolonisés. On attela deux régions antagonistes qui traînaient à la découpe, le désert au nord du fleuve tenu plus ou moins par les Touaregs, le fleuve des Songhaï et les terres à jardins du sud peuplées de Bambara. A tel enseigne qu'il exista au départ une Fédération du Mali groupant le Sénégal actuel et le Soudan français, Mali d'aujourd'hui. Cette géographie des restes, qui apparaît en Afrique et au Moyen-Orient au reflux des empires français et anglais, est de tout temps calamiteuse car une aimantation des ethnies aux pays voisins subsiste, et la devise du Mali « un Peuple - un But - une Foi » fait sourire puisque ce fut dès le départ tout l'inverse, à l'exception de l'islam soufi. L'histoire du pays est correctement résumée par la Wikipedia. La déposition du président Amadou Toumani Touré le 21 mars 2012 tient justement à ce qu'on ne voyait aucun but à sa politique autruchienne.

Le problème de toujours est la fracture entre Touaregs et Noirs. Les premiers ont besoin des seconds pour subvenir au quotidien dans la variété alimentaire, l'artisanat, le négoce de comptoir, toutes activités qui exigent la sédentarité pour se développer ; quand les seconds peuvent facilement substituer les produits d'élevage touaregs par les leurs. Ces élevages décimés par la sècheresse ont agglutiné beaucoup de nomades sans qualifications dans les villes au sud du Sahara. Les programmes de développement pilotés par Bamako ou par les agences étrangères les ont particulièrement évités. D'où l'ambiance de rezzou persistante dans les zones désertiques qu'ils patrouillent plus qu'ils ne les contrôlent. Les tribus sont assimilées aux trafics en tout genre jusqu'au juteux narcotiques qu'ils partagent avec les hordes arabes prétendument islamistes. Peu instruits, ils ont en revanche une haute considération d'eux-mêmes et un mental fort qui leur évite de tomber dans le piège du suicide bruyant pour la Cause et les 72 vierges-aux-yeux-noirs. Aussi est-il peu à craindre qu'un Touareg se fasse sauter en plein marché. C'est plutôt une occupation d'Arabe des villes. En ce sens, le concours des autochtones est utile à détecter le freux malade dans la foule.

Songhai
ATT, le président renversé, était un ancien parachutiste et il est surprenant qu'il ait laissé se liquéfier l'armée malienne jusqu'au point qu'elle déserte ses postes avancés dans le nord à la première annonce d'une colonne de rebelles assoiffés de sang. Il est vrai que le massacre par le MNLA de la garnison d'Aguel'hok (cercle de Kidal) rendue à court de munitions le 18 janvier 2012, qui avait été démembrée ensuite pour faire des vidéos sur Internet, avait cassé le moral et enflammé les familles des "sacrifiés". Mais de réactions offensives, point ! On peut dater ce lâche abandon de 2005 : Lors de la fête du Maouloud (naissance du Prophète), le colonel Kadhafi convoque à Tombouctou tous les chefs de tribus touaregues du quartier afin de signer ensemble la Charte pour la Fédération du Grand Sahara au nez et à la barbe du pouvoir de Bamako. Les "unités" étaient sa marotte. Après avoir humilié convenablement ATT, il rentre à Tripoli avec des groupes touaregs qu'il place en position de garde rapprochée du pouvoir. Ce sont ces groupes qui devront se débander à la chute du raïs libyen et retourner au nord du Mali, armés jusqu'aux dents. Ils y seront reçus avec les honneurs par les officiels !!! L'armée malienne doutait de la pertinence de cet accueil aimable mais maintint sa confiance à l'ancien général jusqu'à "Aguel'hok". ATT était devenu un président playmobil dans le déni perpétuel des réalités, fustigeant l'amalgame terrorisme-islamisme-azawad (c'était sa marotte à lui). Mal équipée, démotivée, ses cadres corrompus, une fraction de l'armée le renversera, à deux mois du scrutin présidentiel !

Kel Tamasheq
On sait bien que résoudre la question touarègue est essentiel à la pacification et au développement du Mali. Mais elle convoque deux préalables : que les quatre Etats impliqués au Sahara agissent de concert et ne jouent pas du vieil antagonisme ethnique ; que les Touaregs non sédentarisés s'inscrivent dans un schéma économique moderne - ce qui n'est pas tout de leur responsabilité, faut-il qu'ils y soient acceptés aussi. Le maillon faible du raisonnement est l'Algérie. Il y a un blocage mental du pouvoir algérien sur l'amélioration de conditions de vie au sud-Sahara. Ces territoires qu'ils ne se sont jamais vraiment appropriés n'ont d'intérêt pour eux que minier, et le plus fort affaiblissement des voisins sahéliens est recherché dans un but dont il est difficile de trouver la logique, quand on sait le déséquilibre des forces en présence ; la prospérité de la sous-région serait quand même préférable pour tous, y compris les nomades. Pourquoi dès lors traiter en sous-main avec tel groupe djihadiste contre tel autre ? Ce brassage de fange est caractéristique d'une intention de déstabilisation de la sous-région, mais pour quel profit ? C'est à la limite de la pathologie. L'attaque d'In Amenas les a-t-elle fait changer d'avis ? Ils ont tous les moyens de fermer la frontière (pas nécessairement sur le tracé point-trait) et s'ils avaient besoin d'un soutien dans le renseignement, l'Africom américain y pourvoierait de bonne humeur. Mais le soutien est un gros-mot. Le pouvoir en place qui vit sur la trajectoire d'une victoire militaire historique contre un empire européen - on a les contrefaçons qu'on peut, nous avons les nôtres - n'a besoin du soutien de personne. Qu'on se le dise ! Aussi, coincé entre l'insurrection rampante de la Kabylie misérable au nord, l'insatisfaction populaire partout ailleurs, et l'insécurité grandissante au désert, le gouvernement risque fort de cultiver son autisme face à l'imbrication des difficultés de tous ordres, un peu comme le faisait ATT dans ses derniers mois, la tête dans le sable à compter son or, laissant à la police le comptage des mécontents.

femme Dogon
ATT a-t-il perçu ces empêchements d'une politique de croissance comme il l'avait promise, et attendait-il "à la Chirac" la fin de son mandat ? C'est probable. Un homme politique, même un général parachutiste peut être dépassé par la fonction, les contingences, ses humeurs, sa résilience voire l'étendue de la corruption qu'il organise. Même sans cette gangrène, la meilleure bonne volonté des présidents¹ qui s'y sont succédés en libéralisant les codes socialistes pour inciter les entrepreneurs à créer n'a pu vaincre une chose : le manque de capitaux pour mettre en valeur les fondamentaux du pays qui ne sont pas nuls. C'est pourquoi la corruption d'Etat, qui a détourné les fonds de développement destinés à le pallier, est criminelle.
Le secteur minier produit de l'or, du fer, de la bauxite, des phosphates et du marbre. L'agriculture vivrière (blé, riz) ne peut suivre la démographie et l'agriculture commerciale (coton, maïs) n'est pas transformée sur place, faute d'investisseurs - il y a de vrais opportunités à créer des filières agro-alimentaires. Le cheptel laitier est important et le pays ne manque pas de protéines (viande, laitages) mais les filières de conservation insuffisantes obligent à importer du lait sec. La production avicole est de bon niveau ; la pêche est ridiculement faible par rapport à la ressource. Du fait des ruptures saisonnières et du climat sahélien dégradé, il manque des conserveries de fruits et légumes. Le reste de l'économie tient aux services, transport et commerce principalement. Les comptes du pays ne sont pas "horribles", et avec le retour d'un Etat compétent et honnête, et grâce à la jeunesse de sa population et à ses ressources, le Mali est un pays certes pauvre mais d'avenir. Avis aux capitalistes courageux.



J'amortis ce billet en présentant une ONG qui mérite le détour et qui oeuvre en pays dogon. J'ai travaillé pour ces gens, efficaces et désintéressés. Une courte vidéo en dira plus long. Si vous avez six sous de reste, c'est là qu'il faut les jeter sans hésitation !





(1) Un article de MaliJet passe en revue les grands chefs du Mali depuis l'indépendance et l'influence de la fonction sur leur comportement ; nous résumons :
- Modibo Keïta (Bamako 1915- Djikoroni 1977), intègre jusqu'à l'os mais socialiste buté, ne laissera à sa famille qu'une ferme à Moribabougou et nul compte bancaire en Suisse. Déposé par le suivant.
- Moussa Traoré (Sébétou 1936- ), général putschiste préférant le pouvoir à l'argent, laissera ses affidés faire fortune sur fonds internationaux quand lui ni sa famille ne furent ensuite remarqués par leur train de vie. Déposé par ATT qui fera la transition démocratique.
- Alpha Oumar Konaré (Kayes 1946- ), viendra à bout des revendications touarègues mais pas de la corruption désormais endémique de son entourage. Terminera ses deux mandats constitutionnels propre sur lui et s'est retiré à l'OIF.
- Amadou Toumani Touré dit ATT (Mopti 1948- ), revêtira la peau du mouton jusqu'à recevoir l'adoubement des grandes démocraties pour l'équité politique qu'il met en scène. Une gestion des pénuries à la Ben Ali, sa famille captera le plus de richesses possibles tant sur fonds internationaux que nationaux. La corruption gangrènera l'état-major. Déposé par un capitaine de rencontre, prof d'anglais au prytanée militaire, il va subir une procédure d'extradition au Sénégal pour répondre du trésor amassé par le clan.


mardi 29 janvier 2013

Jusqu'à Tombouctou, le sans-faute

Vitesse avec un poil de précipitation fait mieux qu'une résolution onusienne, et nous ne serons pas cruels envers les états-majors chamarrés de la CEDEAO qui n'en peuvent plus de se réunir dans les grands hôtels ; leur foie y survivra-t-il ? Sans qu'il soit besoin de connaître les plans du ministère de la Défense, le mouvement en tenaille épousant la boucle du fleuve Niger, la séquence de capture des pistes d'aérodrome, le chargement en sac à dos d'unités africaines relativement plus motivées que celles qui errent dans Bamako et surtout la cadence des opérations successives, tout démontre la parfaite maîtrise tactique avec des moyens somme toute limités, certains obsolètes (comme les tankers C135 de 40 ans d'âge).





Au grand étonnement des alarmistes de profession (toute la presse mainstream) les vaillantes colonnes de narco-terroristes-islamisés ont abandonné le projet de "libérer" un pays grand comme le Texas avec de l'armement de récupération dont on disait tant de bien dans les salons parisiens. Mais c'est Sarkozy, chère médème, qui a armé Al Qaïda au Maghreb islamique en foutant le feu en Libye ! Sans démentir un trafic d'armes, on ne peut que constater que les affûts russes quadruples de 23, les mitrailleuses russes de 14.5 et les SAM7 n'ont pas souvent aboyé. Il faut dire aux benêts qu'il ne suffit pas de tirer sur tout ce qui vole, faut-il encore pouvoir recommencer derrière, ce qui est déjà moins sûr quand on se démasque aux yeux de l'équipier en seconde passe. La discrétion devenant la règle numéro un de survie, et par pénurie d'essence aussi, les pick-ups ont été abandonnés pour fuir de nuit sans le marqueur thermique du moteur chaud.

Le plus déçu est sans doute "l'explicateur en chef" Tariq Ramadan qui avait islamisé le conflit pour pouvoir philosopher dessus et nous dire combien nous étions téméraires. Il a retourné sa thèse pour décrire aujourd'hui la ruée vers l'Or noir du Sahel (clic!). C'est évidemment plus vendable à l'opinion internationale que d'appeler à résipiscence les bandits qui écrivent des versets du coran sur le turban pour faire chic et maltraitent physiquement jusqu'à la mort les populations en défaut de piété, après les avoir outragées par le saccage de leurs lieux saints. Au vu et su de tout le monde, cela nécessite une petite restriction mentale en tête de la déclaration précitée dont la rédaction faux-cul est impayable : « L’idéologie et les pratiques des réseaux et groupuscules salafi jihadistes et extrémistes sont à condamner de la façon la plus ferme...». Il en fait tout un paragraphe et l'on ne peut que lui conseiller de vendre sa condamnation définitive au gouvernement islamiste de Tunis ou à celui du Caire ! C'est plutôt là qu'il y a matière à sévir. Peut-être que, comme à l'accoutumée, la version arabe est moins radicale !

ERC90 Panhard-Sagaie
Reste l'affaire de Kidal (voir la carte). Le MNLA touareg (Mouvement national de libération de l'Azawad) est entré dans la ville désertée par les freux d'Ansar Dine, leur cousins du chameau, ainsi que dans les villes de Tessalit et d'In Khalil plus au nord. Fortifiant leurs positions de négociation ils acceptent de participer à la chasse mais refusent d'ouvrir la porte aux forces maliennes, coupables d'exactions antérieures. On a effectivement noté des "dérapages" dans les villes libérées ces jours-ci. Tenant compte qu'une partie des sections d'Ansar Dine a changé de camp choisissant les vainqueurs, Kidal peut devenir rapidement un abcès de fixation de nos forces, non par une résistance inconsidérée des nouveaux propriétaires qui ne tiendront pas deux jours, mais plutôt par l'implication même involontaire des unités au contact en faveur de l'une ou l'autre des parties montées sur leurs ergots. Les Touaregs n'ont pas laissé tomber la revendication d'indépendance qu'ils pourraient maintenant rétrograder au niveau d'une simple autonomie, vu le "bordel" qu'ils ont mis en attaquant les postes maliens l'an dernier. Secondement, ces gens aussi beaux soient-ils sous l'objectif, n'ont jamais été capables de tenir à distance les colonnes terroristes avec lesquelles ils ont fait une alliance d'aubaine comme de vulgaires receleurs. On entre donc là dans la dispute régionale indémerdable. Il faut rentrer !

Nous avons démontré trois choses entre vingt :

(1) les terroristes islamisés n'ont pas la peau plus épaisse que le soldat lambda et quand ils ne peuvent plus montrer leur courage à battre des populations sans défense, ils détalent comme des péteux, quitte à se venger plus loin sur d'innocents nomades. Insaisissables, on ne peut les finir que par la technique du Waziristan, le drone armé. Que les pays voisins y réfléchissent !

(2) l'armée malienne est à reconstruire de fond en comble. Incapable de conserver aucun point d'appui dans le Nord, elle y retourne dans nos chariots passer ses nerfs sur des suspects, jusqu'à faire des exemples. Ceci n'augure rien de bon pour l'administration prochaine des chefs-lieux de cercle (préfectures) si la population se sent menacée. On se demande jusqu'à quel point cette armée pourra profiter de la formation militaire promise par nos alliés européens si en plus elle prend le melon de la "victoire".

(3) les armées voisines, sauf du Tchad et du Niger, sont de parade ; moins peut-être les troupes de l'avant que les états-majors, parce que la situation les met au pied du mur aux yeux de leur gouvernement. L'accumulation des réunions préparatoires, les atermoiements techniques cachent mal le défaut d'enthousiasme. Le travail offert n'est pas glorieux ; il ne s'agit que de tenir les villes, de patrouiller les pistes et de faire du renseignement de base auprès des populations dispersées pour prévenir la réinfestation du territoire par les freux ; si tant est qu'il en reste. Ce qui pose des responsabilités sur les épaules de l'Algérie et de la Mauritanie qui doivent impérativement fermer l'étau.





Fin de partie
Passant le commandement des places aux unités de la CEDEAO, nous n'avons plus rien à faire au Mali. A la CEDEAO de demander maintenant des appuis-feu aux pays africains convenablement équipés, mais ce serait normalement à l'Algérie de faire ça, sortir de son stupide autisme quand il s'agit de sa frontière sud. Certains en Afrique noire ont de l'artillerie puissante¹, d'autres de vrais avions². Pour la surveillance du territoire en altitude il est probable que les Etats-Unis laisseront leur satellite allumé et que les Bréguet Atlantic2 de l'OTAN se relaieront.
Ramenons donc nos gens sur nos bases de départ, renvoyons les moyens lourds en métropole et observons la traduction en actes des résolutions courageuses et définitives de la CEDEAO et de l'Union africaine.

A ce compte seulement, le président Hollande aura réussi un coup de maître, ce qui nous aidera un peu pour rénover la collaboration franco-africaine car il ne passera plus pour le bleu-bite de la réunion.


(1) l'Ethiopie ou l'Angola par exemple
(2) l'Afrique du Sud a des Gripen suédois

mercredi 23 janvier 2013

François l'Africain

Il court, il court, François Normal. A fond les manettes ! Plein nord, chef ! Pendant que les oracles débitent des thèses au mètre sur les délicats équilibres de la sous-région, il se fout du tiers comme du quart de leur avis et avait prévenu tout le monde : ce ne sont pas des islamistes, mec ! Des terroristes ! Des tueurs, a-t-on répété au Quai d'Orsay, peu friand de franchise. On ne capture pas ces animaux car aucun zoo ne les prendra ; alors on les chasse au Tigre, au Caracal, au drone, on les zigouille, les incinère, on les carbonise. Et tant pis pour les émirs du Golfe qui ne reconnaissent plus la douce France molle de la couille et souple des reins ! Il a quatre mille kilomètres de safari devant lui, le pied ! Ça change du petit bureau de Solférino... mais rino c'est rosse, mec ! ...quand il fallait recevoir les satrapes pleureurs des fédérations départementales venus quémander les investitures, les places, les prébendes sous un horizon fini.
Là-bas, pas d'horizon, il recule à mesure que tu avances, vrai de chez sûr, mec ! Je casse sans jacasser, j'efface, j'érode, je pulvérise et je ne parle pas aux cons, ça les instruit ! Ecrasé le Sarkoléon avec ses idées en jabot, ses fracasseries préparées, les piaillements de sa basse-cour aux abois médiatiques ! J'élimine et parle ensuite. Traînent-ils leurs pieds noirs que je n'attends personne, j'ai de l'essence et des cartouches, bon pied, bon oeil grâce à l'électronique, je sais où dévaster le banc de cons quand j'allume le sonar ! Sous le sable, sous le soleil, exactement !

Surprenante métamorphose d'un président de Corrèze plutôt terne, d'un secrétaire national magouilleur et moqué, d'un chef d'Etat indécis au départ. La fonction crée l'organe. Dans l'affaire malienne, le président Hollande y voit clair et prend ou laisse prendre les bonnes décisions. Le secret de la réussite au désert c'est la vitesse. On n'attend personne, on rattrape et on coxe les cibles en provoquant de la résistance car il n'y a nulle part où les mettre après. Il ne s'agit pas de repousser, mais de détruire, et les voisins du Mali sont désormais rassurés, qui vont donner la main à leur frontière, faire la mâchoire fixe de l'étau.

Mais le temps qui passe est aussi celui où naîtront les déconvenues, où viendront au jour de dures vérités. Au moins deux déjà : en dehors de la production de textes, rapports, projets, conférences en tout genre, l'Europe n'existe pas, Mme Ashton n'existe pas, M. Barroso n'existe pas, M. Van Rompuy n'existe pas. Plus embêtant, les armées de l'Afrique de l'ouest sont des gendarmeries rurales, des soupapes au chômage, des cantines à galons. Elles ne vainquent que contre des civils mal organisés. C'est leur première vraie guerre hors de la sphère nègre, comme au temps béni des ... tirailleurs. Vont-elles apprendre en marchant comme cela arrive parfois ? Sinon elles vont vite devenir encombrantes. Un rayon d'espoir, l'engagement de bataillons tchadiens plus aguerris qui combattront de nuit.

Bien sûr, à la fin, les tendances lourdes de la géopolitique auront le dernier mot, mais n'en déplaise aux experts qui voyaient tomber nos avions comme des mouches à cause des Sam7 pris chez Kadhafi, la vérité du moment au Sahara se rencontre derrière la dune pas sur les rayonnages ou derrière le clavier. Les aéronefs français volent et tirent, les hélicos algériens volent et tirent, les gros porteurs anglais, américains, danois, volent et se posent.
Alors, du néocolonialisme, de la françafrique, de la croisade revenue, les populations enfin libérées des pitécanthropes islamisés s'en foutent. Merci la France, bravo la France ! Allez en entendre l'écho en banlieue parisienne, c'est édifiant, pour une fois.



Ces peuples en valent la peine





Pour ceux qui ont le temps, je signale un travail fouillé d'Aymeric Chauprade (clic) sur la question, même si ne partage pas toujours ses analyses, et un avis autorisé de Bernard Lugan (clac) que je propose avec les mêmes réserves.

dimanche 13 janvier 2013

No Gas no War !

L'opération Serval - minou-minou - est orienté techniquement vers la destruction des stocks d'essence et des véhicules utilisés par les freux du désert. Les colonnes d'islamistes montées sur pick-up Toyota sont faciles à détecter en mouvement par le satellite ou le Bréguet Atlantic. Elles peuvent être traitées par les Mirage d'attaque au sol, les Caracal ou les Tigre, ou les drones armés (Harfang) sans qu'il soit nécessaire de s'y confronter. Les Rafale posés au Tchad s'y sont mis aussi. Nos troupes vont occuper les positions libérées en attendant la présence statique des bataillons africains en cours de constitution. Elles pourront être également parachutées sur les arrières de l'ennemi pour compliquer sa retraite, voire la diriger sur un azimut favorable à sa destruction. La guerre au désert étant une guerre de mouvement, on sait déjà que les Mujao, Ansar-Dine et autre Aqmi n'auront pas la part belle. Reste pour eux à se retrancher dans les montagnes arides, et partant de se fixer. Ce qui devient vite dangereux comme nous le montre le travail d'éradication continue mené par la CIA au sud-Waziristan. Quid des stocks de nourriture, d'eau et de munitions, après avoir fait la croix sur l'essence ?


D'aucuns, habitués à critiquer tout ce que la France peut faire de force, commencent à parler du bourbier malien et il est vraiment surprenant d'entendre le Setter Fou déclarer qu'au Mali, aucune des conditions de la réussite n'est réunie. Nous nous battrons à l'aveuglette, faute de but de guerre. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d'AQMI sont autant de guerres différentes (Dominique de Villepin au JDD ce matin). Pour qu'il y ait bourbier, il faudrait un peu plus de "couvert" et d'humidité, mais ceci dit, nous n'avons pas à affronter une hostilité déclarée des populations maliennes à notre endroit, qui, à l'exception peut-être terminée à l'heure où nous écrivons, des Touaregs, est à l'unanimité pour notre intervention et la libération du territoire envahi de dangereux psychopathes. La destruction des mausolés islamo-animistes a finit par convaincre ceux qui doutaient ! Nous n'ajouterons rien sur les fractures ethniques entre noirs et berbères du désert qui fragilisent la coalition d'intérêts qui a tenu tant qu'elle était triomphante à bon compte et sans pertes !


Le troisième point soulevé en France est la mise en danger de nos otages. C'est certainement le volet le plus pénible de l'opération. Nous sommes entrés en guerre mentalement le jour de la prise d'otages à la mine d'Arlit (Niger) quand il s'est avéré qu'il ne s'agissait que de rançon. Je ne parle pas du grand malade parti seul de Mauritanie pour se jeter dans la gueule du loup sans sa boîte de médicaments ; il fait partie de ceux qui osent tout ! La vie des otages étant vendue fort cher par leurs détenteurs, on peut considérer que ce prix les protège. Mais d'autres arguent que dans la tourmente ils peuvent aussi bien être exécutés dans l'effervescence de la guerre psychologique ou tout simplement en cours d'opération ne visant pas spécialement à les libérer. Il est éprouvant pour les familles des otages de les savoir menacés et l'incertitude quant à leur sort est insupportable. En l'absence de négociations (au Burkina-Faso) - absence invérifiable par définition - on a du mal à accepter qu'ils soient reclassés aujourd'hui en "dommages collatéraux" par l'état-major.






Derrière le clavier, nous ne pouvons souhaiter que trois choses :
- que l'affaire aille vite
- que les pays entourant la zone d'effort tiennent leurs frontières fermées du mieux possible (avec l'aide du satellite américain)
- que les colonnes soient éradiquées en totalité quand elles sont traitées




Pour suivre l'opération depuis son écran
un seul site crédible : 
Le Mamouth
(Jean-Marc Tanguy)





Homélie de Mgr Ravel aux Invalides

Alors que nous pacifions le Mali par la force, répondant à l'appel au secours du président Dioncounda Traoré, notre évêque aux armées a prononcé ce matin une forte homélie sur la mission du soldat. La voici sans autre commentaire.

Le 13 janvier 2013 à Saint-Louis-des-Invalides

Luc Ravel, un sacré évêque
Que notre prière pour la paix soit sérieuse et juste.
Il y a quelques jours, en Afghanistan, je célébrais Noël à Kaboul. Au camp militaire, a été bâtie une modeste chapelle. À l’intérieur, les murs s’achèvent à hauteur de plafond par un bandeau sombre sur lequel se détachent, très nettes, 88 plaques identiques, gravées d’une date, d’un nom, d’un insigne. L’insigne, celui de nos unités militaires. Le nom, celui d’un de nos frères d’armes. La date, celle de sa mort, brutale, mort pour la France, puisqu’il en portait les armes. Et je priais en face de Dieu, sous l’immense présence de ces Français, tués parce qu’ils voulaient détruire la guerre.
Car la mission suprême du militaire n’est pas de faire la guerre mais de la défaire, d’en bloquer la violence, puis de la rendre impossible. Sur le long chemin de la paix, c’est une étape toujours tragique mais parfois nécessaire. Je vous livre le fruit de ma prière à Kaboul, au moment où la France s’apprête à quitter ce théâtre de guerre. Je réfléchissais à quelle condition notre prière pour la paix était sérieuse et juste. Je me disais qu’elle ne peut pas être sérieuse, si elle oublie les drames de la guerre et elle ne peut pas être juste, si elle néglige l’héroïsme des militaires.
Gardons d’abord sous les yeux les drames de la guerre pour que notre prière soit sérieuse. J’en vois qui prient pour la paix comme ils prieraient pour avoir le soleil un jour de pique-nique. C’est dérisoire. Oui, revoyons par la mémoire ces corps tordus de douleurs. Me revient un souvenir brûlant, le corps de cet enfant de dix ans amené en hélicoptère à l’hôpital militaire, le ventre crevé par les éclats d’un engin explosif. Ou cet autre gamin, souriant dans les couloirs et courant vers nous avec deux béquilles et une seule jambe. L’autre avait été arrachée par une mine. Et comment ne pas baisser le regard quand nous croisons celui d’une femme meurtrie dans son cœur ? Telle cette maman, aujourd’hui totalement perdue, parce que son fils unique est mort, là-bas, au champ d’honneur. Elle ne s’en remettra jamais. Et tant et tant de peines vivaces, et tant et tant de blessures visibles et invisibles. Notre prière pour la Paix ne sera pas sérieuse, si nous ne nous tenons pas au bord de cet abîme d’horreurs où se tait la terrible douleur de la guerre. Car souvent la souffrance la plus forte se mure dans le silence le plus profond.
Gardons aussi en mémoire l’héroïsme de nos militaires pour que notre prière reste juste. Pourquoi examiner la justesse de notre prière pour la paix à la lumière de l’héroïsme dans la guerre ? Réfléchissons à nos demandes. Sans Dieu, nos paix sont en carton-pâte, elles font impression un moment, mais elles ne durent pas. Au mieux, nous parvenons à un cessez-le-feu laborieux et fragile. Ce n’est pas là encore la Paix. C’est pourquoi, nous implorons l’aide de Dieu. Jusque-là, nous sommes tous d’accord. Mais quelle aide demandons-nous à Dieu ? L’aide divine ne vise pas à nous donner la victoire contre nos adversaires. Dieu aime tous les hommes y compris nos ennemis. Il ne choisit pas son camp. Il ne va pas rajouter sa puissance à celle de nos chars. Il n’est pas un explosif supplémentaire, ni même une chance donnée au croyant pour éviter les balles. Il sait mieux que nous qu’une victoire ne donne pas la paix. Elle n’ouvre que le chemin d’un nouveau conflit.
Ne demandons pas à Dieu ce qu’il ne peut, ni ne veut, donner. Trop de victoires injustes ont été acquises et trop de guerres impies ont été réalisées au nom de Dieu. Dieu intervient sur le cœur. Il nous aide là où on trouve, justement, la vertu d’un soldat. Nous voilà conduit à regarder l’héroïsme, le courage, l’honneur, ces vertus qui traversent les défaites et les victoires : ce sont ces qualités intérieures qui obtiennent la paix définitive. Un acte de justice obtient plus que la menace d’une arme. Un médecin racontait à un de mes aumôniers ce qui lui est arrivé dans les Balkans. Alors qu’il était en patrouille avec quelques hommes, sa voiture se fait arrêter par des hommes armés et non identifiés qui braquent leurs fusils sur les soldats français. Instantanément ceux-ci pointent aussi leurs armes : la situation va tourner au carnage. Mû par une force intérieure, il sort sans arme du véhicule, les bras levés. Les mercenaires étonnés le laissent venir à eux voyant qu’il était désarmé. Il se met à leur parler et à leur serrer la main. Et il demande aux militaires français interloqués de venir aussi : tout le monde se serrent la main, échangent un sourire et se quittent sans un coup de feu. La maîtrise de soi a gagné la Paix. Dieu travaille à l’intérieur. Demandons-lui ces vertus dont la plus haute est l’amour.




lundi 26 novembre 2012

Guerre au désert ?

La guerre ce sont des cartes d'abord. Nous présentons la zone d'intérêt qui nous occupe ce matin, celle d'un immense désert libre de traits-points-traits, un territoire tel qu'il apparaît au sol, de la mer à la mer, sans frontières naturelles. C'est sur cette épure que planchent certains états-majors occidentaux dans l'intention louable de faire gagner les armées de droit contre les rezzous islamistes enkystés au Nord-Mali.


Qui sont-ils ?

En vrac...

AQMI (al-Qaïda au Maghreb islamique),
avatar du Groupe algérien pour la prédication et le combat, repoussé au désert par les services algériens.
En mouvement perpétuel à la lisière du Sahel, le groupe s'est financé par les rançons et le "convoyage" de drogue. Armé sur les stocks lybiens, il déploie quatre katibas dont trois arabes et une targuie commandée par un cousin d'Iyad ag Ghaly, patron d'Ansar Dine. Les katibas sont en concurrence sur le marché du pillage et du trafic mais solidaires en cas d'attaque.
Effectif d'automne : 1000 combattants actifs dont la moitié sur zone d'intérêt, le reste en Algérie dans les Aurès (source Lepac)

ANSAR DINE (Les Partisans de la Religion),
groupe targui dérivé du MNLA historique qui s'est radicalisé après le séjour de son chef en Arabie séoudite sur un poste diplomatique malien. Iyad ag Ghaly est un combattant réputé des "guerres" de 1990 qui dispose maintenant des soutiens financiers du Golfe persique. L'accès aux stocks lybiens et l'argent lui permettent de recruter en profondeur dans les républiques noires pour gonfler ses effectifs et compter lors de la phase finale. Son pivot est Kidal. A noter qu'il est entré en négociations avec le président burkinabé et a envoyé des émissaires à Alger. Il est dans une logique de "paix des braves" avec quelques postes politiques pour ses cadres.
Effectif d'automne : 400 combattants aguerris (source pifométrée)

MUJAO (Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest ),
groupe arabe algérien dérivé d'AQMI, a fait son trou par des rançons et des attentats au Sahara algérien. Apparaît très mouillé dans le narco-trafic qui reste sa première source de revenus. Le noyau de départ étant maigre en effectifs (moins d'une centaine de combattants), il recrute lui-aussi sur les républiques noires jusqu'au Nigéria chez Boko Haram, mais aussi des Songhaïs et des Peuls pour "naturaliser" son combat. Groupe maintenant à 50% noir. Deux pivots, Gao et Tombouctou.
Effectif : 2000 combattants, en progression mais beaucoup d'enrôlements alimentaires

MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad),
en quelque sorte les "résidents" touaregs. En lutte depuis toujours contre le pouvoir noir de Bamako, il est dirigé par Bilal Ag Acherif. Ils ont repris du poil de la bête quand un chef de tribu au service de Kadhafi est rentré de Lybie à la tête d'une colonne de tacticals lourdement armés. Ils ont chassé l'armée régulière malienne du Nord du pays mais, peu capables de tenir leurs positions (au moins sur une ville), ont été à leur tour chassés par les trois mouvement islamistes. Ils sont déployés en repli à la frontière mauritanienne et dans l'Adrar, attendant... savent-ils seulement quoi ? Ils viennent de prendre une râclée du MUJAO à Ménéka, mais 60 tacticals font depuis peu le siège de Gao pour donner au MNLA son pivot avant les négociations finales. Une délégation sera reçue au Quai d'Orsay jeudi 29 à la St Saturnin.
Effectif à ce jour : 1000 combattants aguerris mais en clans





Les trois "villes" du désert :

GAO (87 000 hab)
C'est un carrefour caravanier d'origine songhaï, mais surtout un pont sur le fleuve Niger.
C'est la capitale de l'Azawad oriental utile ; elle vivait du tourisme et de sa fonction de marché régional.

KIDAL (26 000 hab)
C'est une ville de montagne (alt. 525m) de l'Adrar des Ifoghas, en plein pays targui.
Sa position en fait le "château d'eau" du quartier, même si la ressource hydrique n'arrivait plus à suivre le développement économique.
C'est un carrefour tribal et un centre artisanal de services. Le tourisme est son avenir.

TOMBOUCTOU (55 000 hab)
Elle aussi sur le fleuve Niger par un canal remis en eau sur crédits libyens, plus qu'une ville, une légende.
Targuie ou songhaïe selon les époques, c'est la capitale du brassage nord-sud et surtout celle de toute la région Nord. Elle abritait les sièges des ONG investies au Nord-Mali et tous les services régionaux de l'Etat malien. Sa perte par l'armée malienne est inexcusable et il est trop tôt pour lui demander des comptes. Les touristes y reviendront certainement.


Marché de Gao (Mali)



La guerre annoncée
Sont convoqués à réfléchir et à agir parfois ceux dont les noms suivent :
- La Mauritanie, le Maroc, les Sahraouis de Tindouf, l'Algérie, le Fezzan lybien, le Tchad, le Niger, le Burkina Faso et le Sénégal (en gras ceux qui se battront, le voulant ou pas).

La CEDEAO sous mandat de l'ONU a convoqué des bataillons de la valeur d'une brigade de 3300 hommes provenant des armées régulières noires, supposée épauler une armée malienne renvoyée à l'instruction et remise à niveau par des conseillers européens. La France fournira les Atlantics de recherche et poursuite, et sans doute des "facilitateurs" au sol, plus les moyens classiques d'écoute. Reste à savoir comment sera traîté le renseignement et sous quel délai au niveau des états-majors tactiques. Il est à prédire que les groupes islamistes (les Touaregs du MLNA et d'Ansar Dine s'étant ralliés aux vainqueurs) n'attendront pas l'arme au pied l'assaut de leurs villes-pivots. Les katibas vont essaimer par sections dans toute la région, récupérant au passage vivres et munitions disposés sur le territoire à l'effet de mener une guerre longue (DOT Basique). C'est l'hypothèse guerrière, mais il se pourrait tout autant que les chefs de katiba disparaissent avec le pognon tout simplement, laissant derrière eux les tapis de prière et les kalashnikovs aux fidèles-djihadistes qui se feront massacrés par les drones.

Dans le premier cas, l'Algérie est indispensable au projet puisqu'elle forme le mur d'écrasement des groupes islamistes. Ceux-ci ne pouvant s'échapper par la mer à l'ouest, tâcheront de forcer les lignes tchadiennes à l'est vers le Soudan intégriste. Mais il n'est pas dit qu'ils y parviennent, les unités tchadiennes étant fort aguerries au combat dans les cailloux. AQMI et MUJAO peuvent être éradiqués au Tibesti sauf à passer au Fezzan, en payant cher la douane. L'Algérie bloquera-t-elle ? Elle en a les moyens militaires mais aucune volonté politique. Son gouvernement de pleutres privilégie encore le "retournement" des groupes islamistes. On dit même que ses services instrumentalisent le MUJAO à des fins inexplicables comme toujours. Certains observateurs résidents affirment même que l'Algérie, menacée dans son identité arabo-musulmane par sa propre imagination, a complètement occulté son "patrimoine" berbère et saharien qu'elle découvre à chaque période de tensions. Elle y a pourtant des obligations qu'elle n'a jamais remplies. Mais c'est une autre histoire.


Mise à jour :les Touaregs du MNLA ne sont plus dans les villes



A suivre !
La guerre n'est heureusement pas sûre si les "résidents" rebellés viennent sous l'arbre à palabres. Les autres, les "étrangers", seront le gibier de distraction de colonnes sahéliennes pour une fois bien équipées, éclairées et soutenues par des feux d'appui. Une grande manoeuvre multinationale, de quoi flatter l'orgueil des colonels en campagne.

Comme le fait remarquer Bernard Lugan, il ne sert à rien de pacifier le Nord-Mali s'il n'est pas possible d'aboutir sur le plan politique à un gentlemen agreement entre les Touaregs de l'Azawad et le gouvernement de Bamako. La balle est dans chaque camp des parties en cause, chacune ayant explicitement un don de mauvaise foi.
Quoiqu'il en soit, les dés sont jetés, l'ONU donnera le top-départ avant la Noël. Quant à l'armée malienne, il lui est conseillé de bien observer... pour plus tard se mettre au niveau exigé par la défense des prétentions souveraines de son (trop) grand pays.




Postscriptum du 28.11.12:
A lire sans hésiter le reportage de Muriel Steinmetz à Bamako dans L'Huma du 27 novembre.

mercredi 4 juillet 2012

Tombouctou


Quand le commandant Joseph Joffre prit Tombouctou le 12 février 1894, une des premières mesures administratives fut de fermer les usines à castrats. En effet, la cité mythique ne prospérait plus que sur la traite arabo-islamique dont elle était pour ses clients la porte du Sud. Les jeunes eunnuques étaient très prisés des familles nobles du Maghreb et le taux de rebut de 40% largement compensé par la prime à la revente. Une conséquence indirecte du procédé est qu'il ne subsiste pas de communautés issues de la traite négrière sur la rive sud de la Méditerrannée puisqu'elles ne pouvaient pas croître comme elles le firent dans la traite atlantique, ensemencement des harems mis à part. Mais le sujet n'est pas la légitimité de la castration islamique mais la ruine de la légende.

Après le lent déclin de la "ville interdite" à partir du XVII° siècle et le tunnel de la colonisation, Tombouctou avait repris des couleurs après l'indépendance en valorisant son capital touristique : la ville aux 333 saints écrasée de chaleur mais à portée du grand fleuve avait quelque chose des mille-et-une nuits sahariennes. Inscrite au patrimoine de l'humanité en 1988, elle offre le dépaysement total et a concouru au titre de "merveille du monde moderne" en 2007. Las, le désert avance malgré l'endiguement des dunes, et avec lui les problèmes.
Les purs esprits de l'islam incandescent invités par la fuite des forces maliennes, veulent aujourd'hui détruire les superstitions populaires néfastes à la gloire d'Allah. Bon ! Ils font peu de cas de la fonction apaisante du paganisme de proximité chez les âmes simples et se fourent le doigt dans l'oeil s'ils pensent intellectualiser les croyances qu'ils imaginent contrôler. Mais après tout ce n'est pas le but de l'invasion. Ces gens visent la constitution d'un émirat sahélien qui sera comme un pieu planté dans le coeur du vampire africain, rigolard et peu dévot. Si le saccage immobilier est de tous les temps, celui des consciences est plus rare : « Cette purification relève de la mentalité maladive commune aux monothéismes ; l’impossibilité de rien laisser vivre en dehors de ce que l’on est, la volonté de tout réduire à soi, jugé étalon du Bien et du Beau, une tendance ethnocidaire étendue à tout (Madiran c/o Ivane)». Le polythéisme, l'animisme, le scepticisme ont laissé partout fleurir leur contraire, mais où il a vaincu il les a dévorés. Ne nous émouvons pas de l'Inquisition islamique qui répète un peu la nôtre, les dieux n'ont pas de temps, et regardons sans sourire la liberté de croire des pays asiatiques qui se sont toujours méfiés de nos simplifications.


Revenons aux tacticals.
L'armée Ansar Dine est un gros bataillon de 500 hommes lourdement armé et marchant à l'essence. Qu'on ne me dise pas qu'un bataillon va plier l'Afrique de l'ouest en trois coups de tromblons russes ! A entendre les appels à l'aide des dirigeants de la région, il semblerait bien que si. Certains en appellent déjà à l'ONU, préalablement à un engagement des forces aériennes atlantiques sans doute. D'autres s'affairent depuis trois mois à constituer une réplique, comme nous l'explique la CEDEAO incapable de mobiliser ses armées-troncs (sans bras ni jambes). Quand donc les gouvernements d'Afrique se sortiront-ils les doigts de la boîte à loukoums et règleront ces questions entre eux sans éprouver le besoin de mendier à l'international ? Les communiqués de l'Union africaine sont édifiants et le dernier sorti un chef d'oeuvre bureaucratique. Mais la posture de la CEDEAO n'est pas mal non plus : Les pays d'Afrique de l'Ouest vont organiser samedi un "mini-sommet" à Ouagadougou pour tenter de former un gouvernement fort à Bamako et discuter de l'éventuel envoi d'une force militaire dans le Nord du Mali. Le président Alpha Condé disait hier sur France24 que les Américains exigeaient un gouvernement stable à Bamako pour ouvrir le dossier (ndlr: et la soute à bombes). Le traitement de la rebellion de l'Azawad requiert d'après lui, un triple appui : renseignement, aérien, logistique. Que feront-ils quand ils l'auront ?

Bernard Lugan, pontife diplomatique qui fait sur l'Afrique le pendant d'Alexandre Adler sur la zone russe, recommande d'enrôler les Touaregs du MLNA comme la mâchoire nord de l'étau dans lequel la CEDEAO enfermerait et briserait les djihadistes, en les rémunérant d'une quasi-indépendance de l'Azawad. je n'y crois pas, parce que je ne crois pas aux Touaregs. C'est un des plus beaux peuples de roman exotique mais ça s'arrête là. Ils sont incapables de construire un Etat, et les colonnes islamistes les perceront ou les achèteront. Les seules puissances en capacité de réduire la question à sa plus simple expression sont le Maroc et l'Algérie qui disposent de la logistique et de l'aviation, et qui seront aidés sans restrictions par le dispositif AFRICOM américain pour le renseignement. Il serait assez urgent que ces puissances régionales se bougent depuis que tout le sud de la Libye est tombé aux mains des tribus toubous, capables de s'aggréger à l'émirat en projet pour peu qu'on les intéresse.
On fait quoi ?


Articles les plus consultés