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vendredi 12 août 2022

Le "vai te foder" brésilien

le ministre Guedes
Dans l'A-Propos du 15 août 2008 qui ouvre ce blogue, j'avais osé une assertion digne d'Hubert Védrine à la différence près qu'il convenait, lui, que la France était certes une puissance moyenne mais d'influence mondiale. Sous la statue d'Alphonse XII, j'écrivais donc dans les jardins du Retiro au quinze-août 2008 :
« (1) La France est une ancienne grande puissance de taille moyenne, dont le prestige est mis en péril par l'affaissement moral et mental de ses peuples et par une gestion inqualifiable de sa république.»

Je crois bien avoir eu raison sur ce prestigieux penseur de la diplomatie française, et m'en désole d'autant plus que le péril annoncé est aujourd'hui bien visible : l'influence mondiale de notre pays n'est fait que de communication française sans application concrète au dehors. En fait, elle disparaît lentement et sûrement. A preuve l'absence de tout effet dans les cas suivants :
  • M. Paulo Guedes, ministre brésilien de l'économie, nous envoie officiellement "nous faire foutre" depuis Brasilia, après avoir déclaré auparavant que Mme Macron était vraiment moche ! La dispute vient du blocage des accords UE-Mercosur par M. Macron à Bruxelles au motif d'une gestion inadéquate des incendies d'Amazonie. On attend les appréciations étrangères sur les feux de Gironde, immaîtrisables faute de moyens adaptés.
  • Vladimir Poutine n'a tenu aucun compte du harcèlement téléphonique du même, jusqu'à le marginaliser en mettant au centre du jeu diplomatique Recep Erdoğan, à qui justement M. Macron fit les gros yeux en 2020 lors de la campagne d'exploration gazière en mer Egée. Le Turc, pas impressionné par les pattes Village d'Emmanuel Macron, l'homme équivoque qui épousa sa "mère", annonce reprendre les recherches sismiques avec un navire plus gros cette fois. Il se fout complètement du groupe aéro-naval français, si tant est qu'on le bouge à portée des missiles de Tartous.
  • La junte malienne, dont M. Hollande a sauvé le pays du califat, nous pisse à la raie en soutenant même que nous avons renseigné les groupes djihadistes qui attaquent leurs positions. Pis encore, elle importe de Russie un système de DCA avec radars (source Africom) qui n'est d'aucune utilité pour lutter contre l'EIGS ou le GSIM mais lui permettra d'interdire le survol de son territoire par les avions alliés, lesquels jusqu'ici n'écoutaient rien de ses menaces ; outre la protection anti-aérienne des résidences de la junte.
  • Devant l'incapacité de la France paternaliste à parer la disette annoncée, le président Macky Sall (Sénégal et UA) va à Sotchi négocier en personne le déblocage des grains et fertilisants de la Mer noire avec Vladimir Poutine, et y parvient finalement. Sergueï Lavrov va de ce pas en Egypte, au Congo-Brazza, en Ouganda et en Ethiopie ramasser les jetons des succès de la négociation directe entre l'UA et Moscou.
  • On ne reviendra pas sur le soufflet diplomatique reçu de nos alliés anglais, américains et australiens dans l'affaire des sous-marins, qui ont considéré que payer le dédit suffirait amplement à calmer les vapeurs de la vieille nation éconduite. Ce qui fut vrai. Cela ne prive pas les cerveaux du Château d'échafauder une alliance militaire dans la zone indo-pacifique avec les mêmes et l'Inde, alors qu'aucun de ceux-là ne nous y attend, le tonnage français disponible sur zone étant ridiculement faible.
  • Avant de finir, faisons la liste des aides militaires au régime ukrainien pour s'apercevoir que nous sommes très loin derrière les autres pays européens bien moins bruyants que nous, sans parler de la Grande Bretagne et des Etats-Unis ; mais il n'est de jour que nous ne donnions notre avis.
  • Dernier clou dans le cercueil de l'influence, l'inefficience totale de la France dans la solution de la crise libanaise, dont nous nous prétendons le "parrain" sans qu'on ne nous ait rien demandé. Les rodomontades de Macron sur les ruines fumantes des silos en sont restées au stade des actualités cinématographiques.
Etait-ce la faute exclusive de M. Macron ou la dérive d'insignifiance vient-elle de la tendance de fond d'un inéluctable destin ? Charles de Gaulle n'a rien réussi de probant dans les affaires étrangères, il n'a pas fait cesser la guerre du Vietnam malgré le discours de Phnom-Penh ; il n'a pas détaché le Québec du Canada ; nos relations avec l'Algérie devinrent exécrables dès le début et nous nous mîmes à dos nos voisins européens et atlantiques à force de vouloir imposer à tous notre Europe française qui sentait bon le Premier Empire. Les chimères gaulliennes disparurent avec lui. Sans doute parce que les chiffres sont têtus et, n'en déplaise aux philosophes, l'économie prime. Or, si on la classe dans les listes mondiales, la nôtre est en recul depuis la mort du président Pompidou. S'y ajoute le cancer de la Dette et les trois cancers des déficits, budgétaire, commercial et social que rien ni quiconque ne semble pouvoir résorber, sauf à déclencher une révolution des assistés. Aucun pays, si riche soit-il, ne résiste longtemps au drainage continu de sa valeur ajoutée dans le tonneau sans fond du bien-être social. Le monde nous regarde nous liquéfier, certains avec attendrissement, d'autres avec ravissement mais la plupart avec indifférence. On attend l'ultimatum des Comores, un jour wagnérisées, à "libérer" Mayotte.

Pour prolonger l'illusion, nous cherchons à intervenir ci et là de notre propre chef à tout motif, pour exister sur la scène internationale, mais quand y sommes-nous appelés ? Tout nous montre que c'est notre président qui se propose de lui-même, comme à Beyrouth l'an dernier ou à Yaoundé, Cotonou et Bissau fin juillet. Avec tant d'insistance qu'il faut venir avec le carnet de chèques pour être bien reçu. Nous devons accepter et faire dire à nos dirigeants que la France est une puissance moyenne européenne, mais disposant d'une zone exclusive maritime très étendue, trop étendue peut-être pour ses présentes capacités de défense. Il n'est plus que temps de taire notre insupportable arrogance et de recalibrer nos moyens dans tous les compartiments diplomatiques et militaires en réduisant nos ambitions et en renforçant nos interventions dans le champ de nos intérêts de proximité et sur notre outremer. Souvenons-nous de la maxime : qui peut courir longtemps et loin avec des galoches de 44 s'il chausse du 41 ? Laissons les empires s'affronter à leur guise. Nous ne sommes plus de taille. Nous avons trois jours de munitions pour faire une guerre du modèle ukrainien. Un point c'est tout. La grandeur c'était au IVè siècle. Nous sommes au Vème, celui du Bas-Empire finissant.

lundi 6 décembre 2021

En revenant de la vigie

Nie-de-pie de navire
Le spectacle du monde est confondant de bêtise. "Salut à Toi, Tu as gagné" chanterait Jacques Brel. Aussi loin que porte le regard et pour peu qu'on comprenne quelles cartes vont se retourner sur la table, on est saisi par la puérilité de certains dirigeants de l'espèce humaine qui me semblent plus cons quand leur pays est plus grand. A tout honneur, le Grand Xi Mao II, ou comment un parti communiste peut susciter des génies à partir d'un certificat d'études. On lui sait deux maîtres qu'il doit surpasser, Mao Zedong et Deng Xiaoping, sans imaginer que l'objectif une fois atteint - c'est fait puisqu'il est entré dans la Constitution de la République populaire de Chine - il va s'appliquer à égaler son modèle ultime qui est Khian-loung (Qianlong), empereur des Grands Tsings qui régna au XVIIIè siècle de notre ère au firmament de tous les empires du Milieu, le Louis XIV chinois. Sa biographie (en anglais) est édifiante (clic). La mission de Xi Jinping, son obsession est d'achever la marche au limes de l'empire disparu et d'agréger Taïwan, les Pescadores et les Diaoyu à la Chine éternelle revenue à la première place du monde. Pour l'instant, les escadrilles chinoises pénètrent quasi-quotidiennement l'espace aérien de la République de Chine (Taïwan) afin de provoquer l'accident qui justifiera aux yeux du peuple Han le sacrifice de ses "boys" qu'il faudra bien lancer à l'assaut des plages minées de l'île rebelle pour laver l'affront. A supposer qu'ils y réussissent, le premier ambassadeur convoqué ensuite par Xi Jinping, bouffi d'orgueil comme jamais, sera celui de la Fédération de Russie à qui sera posée une seule question : combien vous faut-il de temps pour évacuer la rive droite de l'Amour ?

Justement, la Russie. Son comportement menaçant en frontière de l'Ukraine a donné lieu à plein d'analyses quant aux motifs de ce priapisme poutinien. Les moins informés évoquent la crainte de Moscou de voir l'OTAN avaler le pays, alors que la déstabilisation du Donbass par les Russes n'est intervenue qu'après la révolution de couleur dont l'intention était de s'associer à l'Union européenne, d'OTAN il n'était pas question. Et c'est pourtant la revendication explicite du Kremlin présentée au Département d'Etat. Or l'OTAN n'en veut pas. Cette revendication qui résonne comme une scie, cache un motif bien plus solidement ancré dans l'esprit des dirigeants russes qui est celui du refus de l'indépendance ukrainienne, tout simplement. Le but est de réintégrer la République ukrainienne encore "séparée" dans le giron de la Fédération de Russie avec la Crimée et les républiques-croupions de Donetsk et Lougansk. A cet effet la propagande interne russe en fait des tonnes sur l'humiliation des petits frères gouvernés par un président juif financé par le Juif Soros et qui n'attendent que leur libération ! Et ça marche. L'opinion russe est maintenant persuadée que l'invasion de l'Ukraine sera facile et brève puisque la population se lèvera comme un seul homme contre la clique de Kiev et soutiendra les libérateurs. Le seul problème est que les Etats-Unis et les alliés orientaux de l'OTAN sont au courant. D'où la mise en garde de Jens Stoltenberg, promettant un prix très élevé de l'aventure. En clair, l'Occident s'est fait baiser en Crimée, pas deux fois !

Plus près de nous... les Brexteurs ! L'affaire qui était pliée dans l'esprit des séparatistes est en train de merder pour la simple raison que le 1O agrège les difficultés intérieures qu'il ne maîtrise pas aux inévitables ajustements extérieurs consécutifs à l'exécution du traité de divorce. Londres négocie à l'indienne - ceux des lecteurs qui ont vendu quelque chose à l'Inde me comprendront - en instrumentalisant son propre désordre et n'honorant jamais son accord plus longtemps que minuit comme Cendrillon dans son carrosse. C'est le syndrome des "améliorations" consécutives à la signature. La dernière race au monde juste après le crapaud disait-on dans les milieux d'affaires européens quand j'étais jeune, on voit très bien ce pauvre Boris Johnson juché sur le nénuphar, grimmé en clown ébouriffé ! Sauf qu'entretemps, les entrepreneurs de la Tech partent vers un environnement plus prévisible, administré par des adultes, à tel point qu'il devient difficile pour un informaticien un peu pointu de trouver un poste à son niveau en Angleterre aujourd'hui. Beaucoup de boîtes d'intermédiation, de cabinets d'affaires sont partis sans tambours ni trompettes, ne laissant sur place qu'une agence de liaison sinon rien. Bien des start-up ont cherché des couveuses ailleurs. Le projet d'un Singapour-sur-Tamise semble fragilisé ; il faut dire que le monde est grand et que le soleil brille partout. La dispute franco-anglaise de la pêche signale à nos partenaires européens la façon de négocier du gouvernement de Londres ; ils peuvent visualiser les difficultés qu'ils doivent attendre de toute négociation bilatérale qu'ils engageront avec lui. Sans parler même de la crise de Calais qui sert de repoussoir français en politique intérieure, le cabinet de Priti Patel acquiesçant à Paris ce qu'elle va refuser aux Communes.

Le quatrième point chaud pourrait devenir brûlant avant les autres. Le goupe des "Cinq plus Un" (les USA étant en congé) vient de suspendre à nouveau les négociations de dénucléarisation avec le nouveau gouvernement iranien à Genève, après une reprise de deux jours succédant à une énième rupture (source). Pourquoi ? Le nouveau cabinet du président Raïssi, ex-chef des juges issu des fondamentalistes de Qom, détricote les divers accords partiels obtenus du gouvernement précédent Rouhani au motif de réorientation et contestation des sanctions américaines non liées à l'atome, ce qui laisse comprendre que des mois passeront sinon plus, avant qu'un nouveau traité ne soit mis sur la table. Entretemps, et après avoir expulsé les inspecteurs de l'AIEA viennoise des sites nucléaires iraniens, le nouveau gouvernement est suspecté de pousser les feux de l'enrichissement d'uranium au grade militaire afin d'arriver au plus vite au seuil de l'ogive détonnante. Evidemment, tant le Conseil de coopération du Golfe que tous les services russes comme occidentaux anticipent une vitrification des usines atomiques par Israël avant que l'arme ne soit prête. Selon le camp et l'éloignement de la zone à risques, on parle en mois, moins souvent en années. Si la réflexion de Jacques Chirac* de 2007 était encore d'actualité il y a quatre mois, l'irruption de fondamentalistes hystériques à la manœuvre laisse craindre que la consommation par le régime d'un bon million d'Iraniens ne soit qu'un tribut à la gloire d'Allah, qui pourvoiera à leur vengeance. C'est une question à suivre sur les sites spécialisés en polémologie.

* Dans un point de presse le 29 janvier 2007 devant le Nouvel Observateur, le New York Times et l'International Herald Tribune, le président Chirac avait soutenu que la détention par l'Iran d'une bombe atomique était suryout stupide puisqu'elle n'aurait pas fait deux kilomètres dans les airs que la cité de Téhéran serait rasée.


Finissons sur un sourire : D'avoir obtenu 39% au second tour du congrès LR alors qu'il n'en espérait pas plus de 6 au premier, Eric Ciotti a pris le melon ! Oubliant que c'est la ligne Pécresse qui a gagné au jeu des petits chevaux républicains, le voila qui prépare un accord de fusion pour sauver son programme. Il n'a pas compris le protocole d'investiture du parti et je m'en étonne. D'autant plus qu'il annonce lancer un mini-mouvement à lui. Les vieux réflexes ont la peau dure !


[1988°]

lundi 20 septembre 2021

Aukus, et maintenant ?

La diplomatie française est chauffée à blanc par la trahison de Scott Morrison et les chancelleries occidentales et russe attendent la réaction de Paris qu'on annonce musclée. Le fait est que les propos lénifiants du Département d'Etat et de la Maison Blanche vis à vis de la France (qui, selon eux fait son caprice) a de quoi ulcérer l'Elysée, autant qu'en suinte un indéniable mépris à notre endroit. De leur point de vue, l'allié historique, difficile parfois mais toujours revenu, a besoin de deux mois pour retrouver ses esprits, après quoi on reprendra le bizness comme avant ! Ils nous considèrent comme quantité négligeable dans le grand jeu qui s'ouvre en Asie. Dit en passant, le Canada et la Nouvelle-Zélande sont remontés comme des pendules. Notre pouvoir de nuisance en Europe occidentale est surévalué, comme d'ailleurs le poids européen dans le gouvernement de la crise mondiale vers laquelle courent les Etats-Unis. Ont-ils tort ? Oui et non.

Osborne Naval shipyard
- Un des halls du chantier naval d'Osborne à Adélaïde -


La France est présente dans la zone indo-pacifique depuis très longtemps. Réunion, îles éparses du canal de Mozambique, Nouvelle Calédonie et Loyautés, îles de la Société, Marquises et Clipperton, en gros. Même avec un million six cent mille ressortissants, cela ne fait pas de la France une "puissance". A noter que le destin de la Nouvelle Calédonie va se jouer lors du troisième et dernier référendum constitutionnel de décembre prochain. Ce n'est sans doute pas sur cette zone d'intérêts que la France va pouvoir manifester sa mauvaise humeur, sauf si nous détectons des agitateurs australiens en Nouvelle Calédonie comme ce fut le cas lors des émeutes canaques des années 80. En fait, par delà les proclamations vengeresses, nous n'avons pas les moyens de ruer longtemps. La seule fente dans le mur des réalités serait d'acquérir une autonomie stratégique à quelques-uns dans une zone d'intérêts américains, où les nôtres seraient découplés de ceux des Etats-Unis. Le problème est que nous sommes seuls et sans le sou !

L'OTAN demeure et manœuvre encore sous commandement intégré mais le lien transatlantique de confiance est rompu. D'autres que nous le disent. L'esprit atlantique s'est évanoui. Je n'aurais jamais cru que pareille chose advienne du fait des Américains, même si la dérive des continents était palpable depuis Obama. C'est acté maintenant ! A défaut d'imaginer le grand renversement d'alliances qui entrerait dans l'histoire - les vieux gaullistes en frémissent d'avance - nous pourrions retrouver une place d'équilibre dans le monde non-aligné en endossant le rôle d'Etat modérateur que nous avons joué dans le passé, aussi longtemps que nous conserverons notre siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Résonne encore dans ma tête les applaudissements déclenchés à New-York par le discours de Dominique de Villepin devant le Conseil un certain jour de février 2003, à destination des menteurs hystériques du Département d'Etat et du Pentagone qui cherchaient par tous moyens à en découdre avec l'Irak pétrolier de Saddam Hussein. C'est sans doute plus dans cette enceinte onusienne que nous devrions réagir qu'au sein des institutions européennes, malgré le bon discours sur l'état de l'Union 2021 d'Ursula von der Leyen au parlement de Strasbourg, qui exige la prise en charge par l'Europe de son propre destin en approfondissant une Europe de la défense. Nous savons que les pays d'Europe de l'Est et quelques autres défendront bec et ongles le lien atlantique avec le primat américain aussi longtemps que la Russie nous menacera, en vrai ou dans leurs têtes. Cette course à l'indépendance polémologique européenne nous épuisera, d'autant plus que l'humiliation que nous venons de subir de la part du monde anglo-saxon amoindrit le semblant d'autorité stratégique que nous parvenions à instrumentaliser jusqu'ici, sans convaincre vraiment, même notre partenaire le plus proche, l'Allemagne. Celle-ci renouera-t-elle après le 26 septembre avec le pacifisme schrödrien qui la sortirait des embarras militaires ? Et dit plus simplement encore, une Europe guerrière sans l'Allemagne et le Royaume-Uni ne fera peur à personne. Justement, il apparaît que le "1O" a choisi le grand large au sein du concept échevelé de Global Britain. Tant que Boris Jonhson sera aux affaires, il sera inutile d'essayer, d'autant qu'avec le scoop Aukus il a éprouvé une joie rare à humilier la nation de Michel Barnier.

Alors essayons autre chose. Ruser un peu. Les Etats-Unis ont des alliés que nous serions bien inspirés de ne pas ménager systématiquement désormais, et des adversaires qui pourraient profiter parfois de notre indulgence. Si à l'occasion nous entraînons quelques autres pays derrière nous, Canada, Afrique de l'Ouest, Amérique latine, pays arabes, Indonésie, voire Nouvelle Zélande, Russie etc... l'effet pourrait être notable et même parfois bloquant par le jeu des majorités. Mais attention, nous n'arriverons à rien si nous ne réparons pas notre valeureux pays criblé de dettes et de déficits qui nous entravent. Pour être pugnaces, il faut être sérieux et le montrer. De fait, notre faiblesse est structurelle, en nous-mêmes, et il ne sert à rien de tonner contre lui ou l'autre si nous n'avons plus les moyens d'être craints. Commençons demain matin à réformer notre système de prestations sociales et la gabegie incroyable de nos dépenses publiques. Alors pourrions-nous par exemple commencer l'exploitation de nodules polymétalliques dans notre zone économique exclusive et construire une flotte du Pacifique de pêche et de guerre pour sécuriser les routes maritimes, réguler les mines profondes et la pêche industrielle, afin qu'on commence à nous voir ! Une "puissance" doit se voir. On me dit dans l'oreillette que M. Macron a sorti l'arrosoir des campagnes électorales et que la dépense publique etc... faut oublier ! Faut oublier aussi le satellite de renseignement américain au Sahel.

Entretemps le gouvernement australien s'échigne à dénoncer des insuffisances dans le programme "Attack" sans qu'il soit possible de savoir précisément lesquelles. L'éternelle histoire de la rage et du chien ! Et la presse australienne est déjà passée à autre chose, même dans l'Advertiser d'Adélaïde !

Il n'y a plus qu'à tirer l'échelle !



Ce matin en Australie...

Dans la presse australienne de ce lundi 20 septembre 2021, le coulage du contrat français avec Naval Group ne fait plus les gros titres même si quelques éditoriaux et commentaires persistent ci et là. Outre le saut technologique que représente le pacte Aukus, c'est l'explosion du prix du programme Attack qui fut le plus souvent mentionné la semaine passée. Signé en fanfare pour 50 milliards de dollars australiens en 2016, le prix avait atteint 89 milliards de dollars australiens au printemps 2021 ; mais nul ne fait semblant d'ignorer que le programme nucléaire sera bien plus cher encore, même s'il entre dans une augmentation du pourcentage de Pib dédié au réarmement du pays décidé par le cabinet Morrison.
Peu d'informations factuelles sur les conséquences locales de la rupture de contrat mais 7News.com informe que 350 ouvriers enrôlés dans le programme Attack vont être réembauchés dans d'autres chantiers navals de l'Etat (ASC) et plus spécialement dans la mise à niveau des vieux sous-marins de la classe Collins et celle des destroyers de la classe Hobart.

Voici une courte revue :

The Sydney Morning Herald :
Australia has already sunk $2.4 billion into the Naval Group agreement to supply 12 conventionally powered submarines. On top of the construction cost, the boats were expected to cost $145 billion for maintenance over their life cycle. It would have been Australia’s largest military acquisition, but the move to nuclear-powered submarines will be even more expensive. (la suite)

The Canberra Times :
C'est fini: can the Australia-France relationship be salvaged after scrapping the sub deal ? (la suite)

The Advertiser :
Massive story submarines deal hid. Opinion: The subs deal was a momentous – but what it overshadowed was huge too. (la suite)

The Age :
This time France and President Macron – dudded by Morrison, US President Joe Biden and British PM Boris Johnson – have a much more clear-cut reason to feel aggrieved. Emmanuel Macron has good reason to feel angry and deceived by Australia And the French President’s fury has to be taken seriously. With the imminent retirement of German Chancellor Angela Merkel and Britain’s Brexit departure, the putative leadership of Europe is about to pass to Macron and France. The European Union is among the world’s largest trading blocs and represents one of the world’s largest economies. The bloc is also Australia’s second-largest trading partner and second-largest source of investment. (la suite)

Brisbane Times :
Australia may have trashed a relationship it honours every Anzac Day on the Somme. For the rest of the world, it was a little like watching an old war movie. The Anglo bloc, standing together, resolute: the US, with junior partners Britain and Australia. No matter that Australia had just binned a multibillion-dollar defence contract with a major regional ally which happens also to be one of the world’s leading democracies. And deigned to give them scarcely a word of warning. The world’s cameras later caught the stupefaction, fury and depth of emotion of the French, feeling “stabbed in the back” by the Aussies. As a result, for Australia, a bilateral relationship of trust and confidence, paid homage to every year on Anzac Day in the Somme and northern France, may have been durably compromised. (la suite)

The New Daily :
View From The Hill: For Morrison, AUKUS is all about the deal, never mind the niceties. Scott Morrison, whose COVID face masks have the Australian flag emblazoned on them, likes to talk about “the Australian way” of doing things and Australian values. But it is not “the Australian way” to secretly plan, over a very long time, to deceive a close friend of this country, and then to treat them in a most humiliating and disdainful manner. That does not align with “Australian values” of honesty and fair dealing. (la suite)

vendredi 26 mars 2021

Loup y es-tu ?

affiche chinoise du film Zhan Lang

Les "loups combattants" de l'Empire revenu au milieu du monde sont au front pour longtemps, depuis que le reste de la planète doute de plus en plus fort des explications fournies par les autorités sanitaires de Wuhan et Pékin. S'y ajoute la bronca mondiale contre le "traitement" de l'irrédentisme ouighour par des remèdes tout droit sortis des pires cauchemards soviétiques. Mais de tout cela le public de Royal-Artillerie est au courant et il ne sert à rien de recuire en daube l'actualité comme savent bien le faire les médiats de réinformation que nous ne citerons pas. C'est la conversion de la diplomatie chinoise qui nous intéresse ici.

Quand la Chine populaire est sortie de la nuit communiste sous la férule du Hakka malin, Deng Xiaoping, que sa longue expérience du monde avait convaincu de confier à la fièvre de l'or le relèvement de son pays ruiné par la révolution culturelle maoïste, il était de bon ton d'être efficace et discret dans les chancelleries. Et depuis cette époque, les ambassadeurs de la Chine populaire, bien que fortement secoués par le massacre de Tian An Men, avaient partout ou presque gagné la réputation de gens délicats, souvent fins lettrés, toujours de bonne compagnie. Même sous Hu Jintao, j'en témoigne. La reprise en main du peuple des Hans par le grand vociférateur Xi Jinping a renouvelé le personnel diplomatique aux fins d'hégémonie économique, et culturelle ensuite, contre l'Occident et ses alliés, le Japon ou la Corée du Sud. Le premier motif voire même le seul est la menace que représente leur soutien aux procédures démocratiques qui balaieraient le Parti. Le journal La Croix avait fait l'an dernier une analyse fouillée du phénomène "lycanthrope", que vous pouvez lire en cliquant ici.

Quoiqu'ils pensent au fond d'eux-mêmes et malgré leur éducation bien supérieure à celle de leurs prédécesseurs, les Zhan Lang modernes sont à l'offensive sur tous les fronts et avalent les remontrances officielles avec appétit. Parfois nous aimerions avoir les mêmes dans le réseau diplomatique français. Où tout cela va nous mener, va les mener ? Mais auparavant un avertissement :
Aucun gouvernement national n'a eu dans l'histoire la responsabilité de quatorze cent quarante millions d'âmes, comme l'assume à sa façon la Chine populaire actuelle ! Concevons-en une certaine humilité. Si nous pouvons nous offusquer des agendas politiques et stratégiques chinois, il est difficile de proposer le nom d'un dirigeant occidental ou nippon qui serait en capacité de remplacer les dirigeants en place.

Sans remonter aux calendes, rappelons quelques vérités. La décolonisation opérée par la République de Chine du maréchal Tchang Kai-Chek fut un succès acquis dès le moment où la Chine obtint en 1945 son siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies avec droit de veto. La honte de la période impériale mandchoue était effacée mais la guerre civile chinoise allait "retravailler" le concept au bénéfice du Parti communiste chinois victorieux. Cette période d'humiliations et de traités inégaux sera dès lors brandie de plus en plus souvent au fil des mandats présidentiels alors que normalement elle aurait dû s'estomper avec le temps. Il en va pareillement de l'hostilité grandissante envers l'empire nippon, malgré les compensations fournies par le Japon moderne à l'économie chinoise et avant tout à la construction d'une flotte marchande de classe mondiale. Tout montre que l'instrumentalisation de l'histoire coloniale est un ressort puissant pour le gouvernement des foules qui ont besoin de brandir le poing en cadence contre le mal absolu du moment. Le parti use et abuse de cette période coloniale, comme le fait à son niveau le FLN en Algérie.

Jusqu'à l'avénement de Xi Jinping, les présidents successifs de la période post-Tian An Men n'ont eu de cesse de rétablir l'empire sur ses marches historiques en refondant une puissance économique sur les vertus sonnantes et trébuchantes du libre-échange mondial. Quoi qu'il ait été jugé nécessaire d'entreprendre au plan de la souveraineté (Vietnam, Tibet extérieur), la priorité fut toujours donnée à la reconstruction industrielle et à la formation d'ingénieurs (le plus souvent dans les universités américaines). Le pouvoir chinois connaissait parfaitement les défis qu'il affrontait et que nous listons pour mémoire ci-dessous :
  • Pérennisation des pouvoirs du Parti communiste chinois (en voie de ringardisation rapide)
  • Développement des provinces côtières par les zones franches étrangères
  • Résorption de la crise agraire sur fond de jacqueries latentes
  • Assainissement des actifs bancaires plombés par les crédits douteux aux provinces et municipalités
  • Pollution généralisée de l'eau
  • Pollution généralisée de l'air
  • Géopolitique de l'énergie (qui aboutira à prioriser le nucléaire)
  • Réarmement avec les crédits disponibles
Mis à part le domaine énergétique où la ressource avait du mal à suivre la demande, tout avançait à son rythme propre sauf le premier point. Ce fut le crampon dans la falaise du pouvoir dont se saisirent les princeling aux dents longues. Bo Xilai, roi de Chongqing, faisait campagne pour remettre du rouge partout ; ce qu'il n'avait pu faire à Dalian qu'il avait quand même transformée en ville-modèle. Lui et l'équipe de Xi Jinping affrontèrent la coterie des libéraux shanghaïens de Jiang Zeming qui "vendait le pays aux étrangers", mais il n'en pouvait rester qu'un à la fin : Bo Xilaï est en prison, Xi Jinping se pavane à Zhongnanhaï.

Comme tout satrape communiste, Xi jinping est obsédé par sa destitution voire pire. Aussi éleva-t-il (comme Poutine en Russie) la destruction de toute opposition au rang de cause nationale sous la couverture facile de la lutte contre la corruption. On a beaucoup tué légalement sur les places de marché à midi pile ! Sauf le noyau dur des Shanghaïens qui assurent leur propre protection, il n'y a plus d'opposition intérieure au régime. La voie est libre désormais pour partir à l'assaut de l'ennemi parfait dans l'emploi, les Etats Unis d'Amérique qui contestent la primauté de l'Empire Céleste sur son aire de souveraineté ; laquelle couvre la péninsule coréenne, toutes les mers entre le continent et l'Océan pacifique nord, et jusqu'aux eaux territoriales de l'archipel indonésien des Natuna. Au nord, c'est plus flou, mais le projet de reconquête de la Mongolie extérieure se voit comme le nez au milieu de la figure (on les achète) et ne restera dès lors à reprendre que la rive droite de l'Amour arrachée par les Russes. La projection hors de la zone impériale se fait par les Routes de la Soie. C'est de la logistique, de l'expansion culturelle et la prise de comptoirs (avec ou sans garnison).

Les ambassadeurs ont reçu pour mission d'avancer sur la zone d'effort au rythme que le gouvernement central imprime aux routes de l'hégémonie sans même attendre d'instructions. Tout y passe jusqu'à l'hyène folle Bondaz Antoine, qui a déplu sur l'affaire sénatoriale de Taïwan. Il y a plus de cent cinquante ambassadeurs chinois en réseau dans le monde. Avec leurs attaches culturelles et militaires, ce sont des acteurs efficaces de la déstabilisation politique des pays-hôtes et de l'acquisition de données utiles par tous les biais collaboratifs ou d'échanges. Tout sujet fait ventre pour asséner la supériorité chinoise. Exemple : la nouvelle guerre du coton ramassé par des esclaves musulmans est déjà planétaire, à tel point que les manufacturiers de vêtements se couchent tous l'un après l'autre après s'être fait gronder. Le dernier, Hugo Boss qui a assis sa réputation sur le feldgrau de la Schutzstaffel confectionné dans des camps de travail forcé, a assuré sa clientèle chinoise de n'utiliser que du coton de première qualité, celui du Xinjiang.

What next ? Si l'on se noie dans les chiffres, autant faire les bourgeois de Calais ! Mais c'est (à mon humble avis) tout autant une question de mental ! Résister à la poussée chinoise en attendant que le balancier revienne (il le fait toujours) demande une conviction intime de sa propre valeur. Il y a six nations au monde qui résistent ouvertement : le Japon, l'Australie, l'Inde, la Grande Bretagne, les Etats-Unis d'Amérique et le Canada. L'Allemagne collabore déjà et aucun autre pays européen n'est de taille. L'Union européenne risque d'être happée, un pays après l'autre. La France a testé ses limites à Lang Son (ou Cao Bang) en 1950. Au plan de la force (la seule valeur respectée quand tout a échoué), nous ne sommes que l'ombre de ce que nous fûmes, mais nous pouvons encore faire mal dans des enceintes diplomatiques comme l'Assemblée générale des Nations Unies où nous sommes écoutés par la francophonie et le monde arabe. Faudrait-il quand même avoir quelques idées et la volonté d'en découdre. En symbiose avec les six pays précités, nous devrions participer à un coup d'arrêt de l'arrogance chinoise et le meilleur axe de contention de l'hégémonie est la question de Taïwan.
Que ferait la Chine populaire si une douzaine de pays majeurs déclaraient que la République de Chine est souveraine à Formose et que la légitimité de ses dirigeants découle de la volonté populaire exprimée dans des élections démocratiques ? Taïwan n'a jamais appartenu et d'aucune façon à la République populaire de Chine. C'est le point d'appui du levier. Il ne m'étonnerait en rien que le Congrès américain objecte un jour dans ce sens pour marquer son mépris de l'attitude belliqueuse chinoise en Mer de Chine méridionale. La Chine populaire romprait-elle les relations diplomatiques avec tous ces pays ? Impensable, son économie en mourrait et des millions d'ouvriers pauvres envahiraient les rues des mégapoles industrielles ! Mais la leçon porterait, c'est sûr, quand cesseraient les hurlements des loups combattants.

un loup, des lunes

mercredi 26 février 2020

Die eine heißt Veronika 
L'autre s'appelle Marie


La succession d'Angela Merkel tarde ! C'est le moins que l'on puisse dire tant la liquéfaction de la Chancellerie passe d'eau sous la porte. Y domine l'impression (vue de l'extérieur bien sûr) d'une gestion fébrile des affaires courantes qui se limiterait à la réorganisation des écuries légataires d'un pouvoir qui fait son mandat de trop. La pantalonnade parlementaire de Thuringe, la faille entre la CDU droitière et la CSU sociale doucement s'élargit, qui peut finir en fracture. La tuerie de Hanau, instrumentalisée comme jamais pour enfoncer le parti national-nationaliste Alternative für Deutschland, qui finalement ne fait pas plus dans le chauvinisme que ses cousins du cercle de Visegrád, donne du grain à moudre aux adversaires d'une Allemagne-puissance qui poussent à l'éternel repentir d'un cortège d'horreurs vieux de trois-quarts de siècle. Tout affaissement de l'Allemagne ne nous profite plus, nos économies sont interpénétrées et nos soucis extérieurs presque partout partagés, quel que soit le chancelier à poste. Et dans le compartiment de la défense, sans l'Allemagne, notre résistance concrète sur la béance du nord-est est plus que mal assurée, même si la géographie des guerres à venir modifie les espaces et la rose des vents.

Trois mandats "hambourgeois" de la chancelière Merkel ne sont pas parvenus à établir une diplomatie qui fasse la toise. La menace non voilée d'attaquer les importations de voitures allemandes aux Etats-Unis stoppe le gazoduc Northstream et vitrifie la riposte européenne aux contre-mesures américaines. A tel point qu'on se demande ce que fait aujourd'hui la République fédérale dans des cercles décisionnaires comme le format Normandie sur l'Ukraine, la table ronde à quatre sur Idlib et la nouvelle conférence euro-iranienne sur la bombe atomique des mollahs. Il suffira que le Département d'Etat fronce les sourcils pour que l'Allemagne obtempère afin de sauver VW, Daimler-Benz et BMW ; à moins qu'un seul tweet de la Maison Blanche n'enterre les décisions dans l'heure !

Eut-il suffi de ruser ? Plutôt que de douter à haute voix de l'engagement atlantique des Etats-Unis, ne valait-il pas mieux d'arbitrer les crédits budgétaires nationaux afin d'atteindre rapidement les fameux 2% PIB de dépenses militaires pour leur enlever un gage ? En plus, il ne s'agissait pas de réarmer, mais simplement remettre en fonctionnement de nombreux équipement arrêtés sur parc par défaut de pièces de rechange. Les taux d'immobilisation du matériel militaire de la Bundeswehr sont hallucinants. Une fois l'armée allemande réactivée, la force obtenue pouvait servir ensuite à combler le déficit de confiance germano-américain. Mais non ! Le complexe pacifiste a pris le dessus et l'effort fut confié aux "explications". Les choses pourraient changer si une CDU déportée à droite arrivait aux affaires et musclait sa stratégie, au moins pour bloquer la fuite d'électeurs vers les partis d'extrême-droite. Cela nous concerne directement.

Inutile de développer l'intérêt de conjuguer nos forces en période de basses eaux atlantiques, surtout après le départ des Anglais. Si la relation spéciale anglo-américaine est chahutée par le trumpisme échevelé du locataire de la Maison Blanche, elle demeure active avec le protocole nucléaire de la double-clé. Le Brexit anticipe une océanisation des forces britanniques même si les coopérations françaises perdureront ; mais c'est l'état d'esprit qui sera complètement changé : Britannia rule the waves ! Ceci nous pousse inexorablement vers la continentalisation du nôtre. Et en matière de guerre ouverte, se pose au-delà des moyens disponibles la question de l'intégration des corps ou simplement des états-majors, la seule alliance ne suffisant plus (à mon avis).

Sur cette question, l'initiative de M. Macron, qui n'a pas été repoussée à Berlin, consistant à avancer notre frontière sensible du Rhin à l'Elbe, milite pour l'intégration des états-majors continentaux. Les réticences allemandes sur nos opérations sahéliennes l'exclut pour nos clusters coloniaux. La fusion des corps quant à elle ne semble pas pertinente quoiqu'en ait voulu montrer la Brigade franco-allemande de Müllheim. Mais la standardisation des armes, calibres et procédures en cours ne nuira pas, ce que permet encore le combat OTAN. Reste la question de la langue d'emploi que nous ne traiterons pas aujourd'hui mais qui empêche l'intégration des unités élémentaires, compagnies/escadrons.

La conclusion de ce billet me fait remonter à mon année allemande de manœuvre avec le panzer grenadier bataillon entre bois en triangle et bois en croissant : on se sentait épaulés !



Paroles du SansSouci de la Légion

A la sortie de la caserne,
Il y a un vieux moulin.
Deux jolies filles habitent là,
Et chantent soir et matin.
La blonde c’est Véronica,
Et la brune c’est Marie.
Ces jolies filles sont les amours
De toute la compagnie.

Pira la la,
Pira la la...
Pira la la la la la la la la.
Pira la la...
Pira la la, Véronica Marie.

Pour toi Véronica,
Ha ! Ha ! Ha !
Pour toi Véronica,
Ha ! Ha ! Ha !
Pour toi Véronica,
Véronica Marie.

lundi 10 février 2020

Une intention allemande

Ce billet fait suite à celui du 8 février titré La Bombe européenne.


La diplomatie est le plus sûr moyen de cacher une intention stratégique (sauf à la Maison Blanche) et les ballons d'essai lancés par la Chancellerie de Berlin et par ceux qu'on appelle les milieux autorisés convergent au renouveau diplomatique de la République fédérale jusqu'ici nanisée. J'en citerai quatre bien connus, sans autres références puisque ce travail n'est pas une thèse universitaire.

(1) D'abord, lors du G7 de Taormina, la chancelière décréta publiquement que la confiance dans l'alliance Europe-Etats-Unis était fortement écornée par les déclarations pétaradantes de Donald Trump. Ceci induisait un changement d'étagère du dossier OTAN.
(2) Par ailleurs, il fut dit et répété à Berlin et à New York que la France était le passager clandestin au Conseil de sécurité des Nations-Unies car elle siégeait en première classe avec un billet de seconde.
(3) Puis, la Chancelière refusa carrément de participer à la force spéciale Takouba au Sahel qui reste pour elle une zone d'enlisement colonial français.
(4) Récemment, "on" fit état d'un intérêt particulier pour une coopération germano-française dans le domaine de la dissuasion nucléaire dont les constituants sont à la peine sur le plan budgétaire.

On n'y comprend pas grand chose si on ne décèle pas l'intention. La détermination américaine d'activer un jour l'article 5 de la Charte atlantique est douteuse et il faudra tester le Congrès qui n'a pas envoyé l'assurance de son contraire. Ceci implique une évolution de l'approche stratégique allemande, appuyée au-delà des marches du Reich reconquises, sur une connaissance approfondie du futur partenaire russe dont les intérêts économiques en Mer baltique sont déverrouillés par une chancelière russophone, ayant succédé à un chancelier russophile (fin de l'incidente).
La consécration du renouveau diplomatique allemand est le siège au Conseil de sécurité. Mais le fauteuil permanent au Conseil est réservé aux puissances nucléaires. Parmi les pays atomiques extérieurs, seule l'Inde pourrait prétendre entrer au club mais l'Allemagne jamais, on sait pourquoi. Sauf ? Sauf si le siège de la France devient celui de l'Union européenne, maintenant que le Royaume-Uni a fait sécession. Et qui pèse le plus lourd et de beaucoup dans l'Union européenne ? Outre l'Allemagne, ce siège représenterait aussi d'autres pays européens qui, à l'exception de l'Italie, ne participent ni au G7 ni au G20. Cela fait du monde intéressé.
M. Macron accèdera-t-il à la demande en négociant un renvoi d'ascenseur sur la défense européenne ou tout autre domaine ? L'avenir proche va nous le dire. Mais d'ici là, le couple Merkel-Von der Leyen (son ancien ministre de la Défense) va avancer ses pions sur l'échiquier vers le "pat" !

Pour faciliter la passation de pouvoirs à New York il est utile d'amoindrir les capacités de souveraineté de la France en usant ses forces. La France est engagée partout sur l'ancien empire (Levant, Afrique, outremers). Les opérations sahéliennes qui ne parviennent pas à réduire la ressource des ennemis sont sans fin et la France s'y épuisera ou perdra la face. L'autre angle d'attaque est la collaboration industrielle. Les ministères de la Défense ont décidé de construire en commun le char lourd du futur MGCS (Main Ground Combat System) chez KNDS* et le chasseur-bombardier du SCAF (Système de combat aérien futur). L'ombre portée de la puissance industrielle allemande, qui a déjà montré son expertise dans la série des chars Léopard (6869 exemplaires produits !) et s'est fait la main sur le Typhoon d'Eurofighter GmbH (683 exemplaires produits chez Airbous), va ringardiser l'industrie d'armement de l'Etat français qui jusqu'ici avait surtout produit des "invendables". Le seul concurrent sérieux dans l'industrie d'armement (avec l'Italie) va se retrouver sous une tutelle qui ne dit pas son nom : les capacités de productions, le cash-investissement, les canaux d'exportation ne sont pas comparables, et comme dans toute entreprise, c'est celui qui vend le plus qui parle le premier et le dernier, on peut prévoir une revanche allemande sur l'histoire.
* Krauss-Maffei Wegmann + Nexter Defense Systems


Si au prestige industriel indéniable de nos voisins, s'ajoute une capacité dissuasive extorquée aux forces stratégiques françaises, la puissance accomplie de la belle République pacifique la désignera pour succéder à la France seule dans le fauteuil "européen" du Conseil de sécurité, en tout bien tout honneur avec la collaboration des vingt-cinq autres Etats membres afin de ne pas provoquer les pays de l'Est et la Russie. Il y faudra du temps et beaucoup de savonnage pour astiquer la plaque onusienne mais Berlin y arrivera, si en même temps les Français persistent dans l'erreur socialiste qui les appauvrit, les affaiblit, les laisse à la merci de pays riches. Il semblerait que ce déclin ne soit chez nous combattu qu'en paroles et manipulations statistiques. Depuis deux ans et demi on ne voit rien de décisif sauf des proclamations parfois tempétueuses mais vite remisées.

Notre thèse pourrait être qualifiée de complotiste en ce qu'elle est développée sur des indices et n'a pas donné lieu à des synthèses produites par le principal intéressé qui la confirmeraient. Mais si l'intention allemande était bien de revenir dans le Top 5 des puissances à la faveur d'une mainlevée américaine, c'est bien ce protocole progressif d'une totale suprématie européenne qu'elle devrait suivre.

mardi 20 août 2019

G7, de Rambouillet à Biarritz

Quand le président Giscard d'Estaing proposa que les chefs des six plus grands pays de l'OCDE passent trois jours ensemble loin des affaires pour discuter de l'état du monde, il n'eut qu'à choisir un des nombreux châteaux de France, proche d'un aéroport. Et ce fut Rambouillet. Chacun savait parler directement à son homologue, le sommet était en anglais et en français, et les fauteuils les plus occupés étaient ceux qui regardaient la cheminée. On était en novembre. La déclaration finale mérite sa lecture en cliquant ici. Les pays s'orientaient vers la libéralisation des échanges pour palier les désagréments du choc pétrolier de 1973. Notons qu'il y avait eu précédemment des réunions à Washington entre ces mêmes partenaires pour harmoniser les réactions vis à vis du défi pétrolier "arabe" provoqué par Kadhafi et Mattei (ENI) contre les Sept Soeurs*.

En pleine guerre froide, la géopolitique du moment était pire qu'aujourd'hui. On ne se posait pas la question d'être sérieux. Aujourd'hui on cherche à faire sérieux ! D'où le barnum du 45ème G7 à Biarritz. Le président Macron, à qui l'on reconnaît une belle aisance rhétorique, joue l'affaire comme un festival d'Avignon basque. Admirez-moi, admirez-moi ! Et toute la côte est sous occupation du pouvoir central pour que la parade des démocraties soit réussie. Le détail des dispositions de confinement a de quoi surprendre en plein mois d'août le long de la très touristique côte basque. Qui entrera dans la ville bunkerisée pendant les trois jours de l'exercice ? Mais le maire de Biarritz est content. Il sera sur la photo.

Bien sûr le sommet appelle un contre-sommet qui lui se tiendra à Hendaye. Sans émeutes, quoi se mettre sous la dent ? La presse attend du sang comme à l'accoutumée, en rappelant les G7 qui ont dérapé comme à Gênes. Elle fait des émissions sur le black block, parle d'abondance des alter-mondialistes, antifas et autres alternatifs écologistes jaunes ou verts. Jean-Dominique Merchet, et bien d'autres avec lui, ne saura se contenter des punchlines de Donald Trump et du communiqué final en langue de bois. Il énumère sur LCI tous les risques potentiels avec une gourmandise non dissimulée. Il va y avoir du sport, ne quittez pas l'écran !

Mais il manquera l'acteur qui donnait la réplique jadis. Aussi pour rehausser le prestige national, monsieur Macron a recréé le prologue de Paillasse en invitant le petit Csar à Brégançon. Débarqué d'un hélicoptère lourd plus grand que le "fort", Vladimir Poutine s'est prêté à la représentation théâtrale qui s'est déroulée à nul effet, comme prévu. La Russie est prise au piège de l'hybris poutinien qui a fait l'erreur stratégique de Crimée. Si la reprise de la municipalité russe de Sébastopol pouvait se fonder sur des motifs historiques qu'on ne rappellera pas (Catherine II etc), capturer toute la Crimée était stupide à deux points de vue : cela déclenchait la bronca occidentale et des sanctions très pénalisantes ; le pays est un désert stérile sans eau ni électricité, cher à entretenir et à sécuriser, pure perte ! Eut-il réfléchi avant de lancer ses troupes anonymes, que Poutine aurait eu tout le temps d'expliquer pourquoi "Sébastopol" était russe pour l'éternité et moyennant une compensation financière, aurait réglé la question avec l'Ukraine (qui se gardait le désert !). Et qui pis est, la guerre à bas bruit du Donbass et de la passe de Kertch n'est justifiée chez l'état-major russe qu'en défense de la péninsule de Crimée. En attendant ? en attendant on fera semblant.

Le G7, qui a dérivé lentement du club anglais plein cuir à la foire de Chatou, va être remodelé par la présidence française, ainsi que nous l'explique le site officiel de l'Elysée :

Le G7 [sera] l’occasion, en 2019, de faire évoluer le format du groupe, en y associant 1/ de grandes démocraties qui ont une influence régionale majeure ; 2/ des partenaires africains pour bâtir un partenariat renouvelé ; 3/ des acteurs clés de la société civile, avec l’objectif de former des coalitions autour de projets et de solutions pour lutter contre toutes les formes d’inégalités, de façon plus efficace, légitime, concrète.

Vont donc s'ajouter aux fondateurs, l'Afrique du Sud, le Chili, l'Australie, l'Inde, Le Burkina Faso, l'Egypte, le Sénégal, le Rwanda ; et des associations de défense des libertés civiles dont le nom est affublé du chiffre "7", tels Youth7, Labour7, Women7 etc...
Si on dit barnum, c'est bien le Barnum historique à trois pistes où seule la piste centrale est intéressante.

Fallait-il bloquer le Pays basque en plein été pour trois jours de cirque ? On notera pour finir qu'à l'exception des Etats-Unis, aucun des pays participants n'a de problème avec un autre pays présent à Biarritz. Mais tous ou presque ont de graves problèmes avec des pays hors-G7. Ce qui souligne l'inutilité du show diplomatique à l'intention des masses laborieuses et démocratiques.



(*) Les Sept Soeurs : BP, CFP, Texaco, Mobil, Chevron, Shell et Standard Oil

mercredi 28 mars 2018

Une comédie burlesque interminable

Le renard et le chat de Pinocchio
L'expulsion massive de diplomates russes par la plupart des grandes démocraties occidentales signale au Kremlin, puisqu'il en est encore besoin, que les actions disruptives de ses services extérieurs sur la zone OCDE ont atteint les limites de la patience diplomatique.
La liste est longue des opérations étrangères de déstabilisation à la seule gloire du petit Csar, la Russie n'en retirant aucun bénéfice, si elle n'est pas en train de décrocher sérieusement par suite des blocus et sanctions mis en place par l'Occident fatigué des mensonges qui ne cachent évidemment rien.

Le faisceau d'expulsions est assez bien réalisé. Tous les pays de l'Union européenne ne sont pas dans le coup, et même le pays hôte des institutions, la Belgique, n'a décidé qu'une expulsion de pure forme. La moitié seulement procède pour le moment. Certains pays au contact comme les pays baltes et la Finlande expulsent symboliquement un seul diplomate, annihilant une réponse musclée. La dispersion des réactions ne permet pas de globaliser les contre-mesures, il faut que Lavrov traite les 28 un par un ! Enorme travail en perspective auprès de gens qui n'en pensent pas moins et sont tous las des pitreries et dénis qui fleurent bon l'ancien temps.

Outre-atlantique, les Etats-Unis réduisent à néant les importants moyens russes du consulat de Seattle (Wa) et purgent la délégation onusienne ; le Canada, partenaire obligé des Russes sur l'Arctique, expulse aussi et refuse trois accréditations. Sur l'Arctique encore, la Norvège qui a une ZEE importante dans l'océan polaire et une frontière terrestre avec la Russie marque le coup, ainsi que le Danemark, autre partenaire incontournable par le Groenland et verrou de la Baltique. Tout ceci fait beaucoup sur la zone très sensible du pôle nord.

A remonter le temps, on voit que la décrédibilisation du triumvirat Poutine-Lavrov-Medvedev remonte à la déstabilisation de la Géorgie après que celle-ci ait envoyé des troupes en Irak combattre Saddam Hussein, se rangeant donc dans le Camp du bien. Appuyé sur les enclaves rebelles abkhaze et ossète,le Kremlin a mis le souk en Mer Noire orientale, comme il y est parvenu en Mer Noire occidentale avec la Transnistrie. Evidemment la poudre répandue n'attendait que l'allumette ! On la gratta en 2008 et tout était prêt dans le tunnel de Roki. Puis ce fut l'invasion de la Crimée par des troupes anonymes en véhicules désimmatriculés, et l'infiltration du Donbass ukrainien par des soldats russes partis en permission au soleil avec leur canons de campagne ! La Russie n'y est jamais pour rien et toute action est sanctionnée d'un référendum en sa faveur.

Pour faire bon poids, l'armée et la marine russes manœuvrent en permanence sur la Baltique orientale et en Mer blanche, obligeant les riverains à une surveillance de tous les instants dès fois qu'il prendrait aux Russes l'idée de découdre leurs écussons dans la nuit. La chasse russe vole en permanence sans transpondeurs dans les couloirs internationaux, obligeant les pays riverains à monter voir. Les bombardiers stratégiques russes descendent sur l'Atlantique-Est au large des côtes de Norvège, Ecosse, Irlande, Bretagne, Galice et Portugal pour tester régulièrement les réactions des chasses OTAN*. Personne ne comprend le but de tout ce bruit, sauf à imaginer une sorte d'enfantillage à usage personnel. L'argent public serait mieux placé dans l'industrialisation d'un immense pays, riche en ressources minières, qui est obligé d'importer la plupart des biens manufacturés de consommation courante.
(*) Le Secrétaire général vient d'expulser sept membres de la mission permanente russe auprès de l'Alliance atlantique en Belgique et refuse trois nouvelles accréditations. Il en reste tout de même vingt à poste.

Le bombardier Tu-160 teste l'OTAN régulièrement

Passons sur l'expédition de Syrie après quand même avoir signalé que la tactique russe n'a pas changé depuis Grosny. Dans son livre de conversations avec Poutine, Oliver Stone fait répéter deux fois le nombre de frappes aériennes de l'aviation russe en zone rebelle : entre 70 et 120 par jour, sept jours sur sept (cote 123), ce qui est ingérable en actions ciblées mais possible en tapis de bombes aveugle comme en Tchétchénie. Ajouté aux barils de poudre de l'aviation alaouite, les civils syriens n'ont qu'à bien se tenir. Au résultat, les zones rebelles ont été les plus visées, les zones du "califat" beaucoup moins, n'en déplaise aux poutinolâtres.

S'ajoute à cela l'immixtion dans les élections démocratiques aux Etats-Unis et sans doute ailleurs (Macron l'a reproché publiquement à Poutine lors de sa visite au château de Versailles), en plus des tentatives répétées d'effraction dans les systèmes informatiques d'occident, même s'ils ne sont pas les seuls dans ce dernier cas. Déstabilisation globale de toute la sphère d'influence russe, espionnage à tous les étages, il faut être bien prétentieux pour croire que ces comportements puissent durer longtemps ! La riposte diplomatique occidentale est aussi une humiliation puisque le Kremlin ne peut dépasser une réciprocité de façade, car de l'Occident et de la City de Londres la Russie a bien besoin, qui savent faire la part entre le pouvoir central et les peuples de la Fédération.

Le pouvoir russe, embaumé à la méthode Coué, va un jour se réveiller surpris de constater que le monde ne l'attend pas et ne montre aucune frayeur au défilé des missiles de la revanche. La guerre économique, la vraie, se joue ailleurs que dans le complexe militaro-industriel.
Or la Russie ne fabrique rien par elle-même sauf des armes ; le reste, elle le fait faire sur son sol plus qu'elle ne le fait ou l'importe et son indépendance en souffre. Il n'existe aucun produit russe dans les supermarchés d'Europe occidentale ; elle ne vend rien de notable sauf des hydrocarbures, des métaux, du charbon et du poisson. Mais comme ses exportations sont valorisées par les bourses étrangères de matières et denrées et qu'elle compte sur elles pour nourrir sa population, elle est otage des cours mondiaux comme un pays d'Afrique et donc de sa propre facturation, plus qu'elle n'est en position de menacer ses clients. Malgré les sanctions, son premier partenaire commercial est encore l'Europe même si la Chine monte en gamme. Si le pipe vers l'Ouest se tarissait, ce ne sont pas les pays d'Asie centrale, la Chine, l'Iran (ou le Venezuela) qui prendraient la suite, ils sont déjà pourvus.

Le Kremlin n'a de réel pouvoir que de nuisance, et c'est cela que l'Occident lui renvoie publiquement à la figure aujourd'hui dans ce vaste mouvement de ras-le-bol, sans crainte de représailles coûteuses ! La communication occidentale commence à dissocier ostensiblement le pouvoir politique de la société civile, c'est un mauvais présage qui ne peut qu'inquiéter les kagébistes d'autant que des intérêts économiques puissants sont en jeu en Russie même, intérêts que le Kremlin contrarie. On a déjà vu ailleurs des dictateurs balayés par l'oligarchie, l'argent achète tout, même la Tcheka. Aussi le Kremlin va-t-il faire monter les œufs en neige dans l'opinion russe pour faire applaudir sa partition théâtrale d'une résistance à l'encerclement fasciste comme en 41. Mais il y aura bien quelques citoyens soupçonneux pour se demander à quel motif le monde entier ou presque leur en veut tellement, alors que chaque voyage à l'étranger leur prouve le contraire ! Les civils russes sont bien accueillis partout ; les oligarques aussi.




lundi 12 juin 2017

Qatar, premier round



Alors que toute la Ligue arabe semblait aimantée dans la même direction lors de la visite de Donald Trump à Riyad, les conseillers du roi Salmane d'Arabie séoudite ont déclenché l'embargo sur le Qatar. Le motif exprimé à la face du monde est sans intérêt, car risible. Toute la péninsule laisse fondations charitables, confréries pieuses et autres organes islamiques financer les groupes de combattants musulmans jusqu'à atteindre parfois l'organisation du prétendu Etat islamique pour le Levant et l'Irak. Cela fait des années que le Qatar fait la nique au puissant royaume des Séouds, tant par le désalignement stratégique que par la propagande laïque d'Aljazeera. Et qui pis est, l'émirat, partageant un champ gazier sous le Golfe avec l'Iran des mollahs, est accusé de compréhension à l'égard du grand démon chiite assoiffé de conquêtes (Irak, Yémen, quoi demain...).

Une carte nous montre que le Qatar est une presqu'île accessible par mer et par air si l'Iran le veut bien, dès lors que l'Arabie Saoudite ferme le pédoncule terrestre. Donc les observateurs payés au mois supputent une provocation séoudienne visant à jeter le Qatar affamé par le blocus dans les bras de l'Iran, ce qui justifiera le déferlement d'une division blindée venant sauver le sunnisme arabe de l'hérésie. Remarquez que c'est arrivé au Bahreïn où la majorité chiite s'est soulevée spontanément jusqu'à ce que la dynastie El-Khalifa appelle le roi au secours, qui a fait donner les chars - il n'y avait que la Chaussée Roi Fahd à franchir. L'Iran a toujours nié fomenter des troubles, on peut ne pas le croire ou l'inverse, et noter que la contestation débordait largement la communauté chiite. Au moment d'écrire ces lignes, l'Iran force déjà le blocus par avion et fait manœuvrer une petite escadre au large du Sultanat d'Oman pour encombrer le détroit. Quant au Bahreïn, c'est devenu aujourd'hui un royaume maté, une valeur sûre pour les Séouds.


Mais il y a un os pour refaire le coup du Bahreïn au Qatar. Le Grand Turc s'en mêle, qui a fait voter au parlement d'Ankara le déploiement de troupes turques dans l'émirat où une base s'apprête à les recevoir. Le roi peut se mesurer aux Turcs loin de chez eux, en souvenir de l'épopée de Lawrence d'Arabie, et faire donner ses armées toutes neuves, mais le terrain est miné en quatre endroits : les alliés occidentaux ont cinq bases militaires : le CENTCOM des Etats-Unis a une grande base aérienne à El-Udeid (Qatar), une base navale pour la V° Flotte à Manama (Bahreïn), les Britanniques développent une base navale au port bahreïni de Mina Salman et la France une base marine active à Abou-Dhabi qui double ses capacités de Djibouti, plus une base aérienne (BA104) incluse dans la base émirienne d'El-Dhafra. Il y a peu de chances que les artilleries turque et séoudienne donnent de la voix sur zone. D'où l'offre de médiation de l'émir Sabah IV du Koweit, pris en tenaille entre l'Irak (toujours revanchard) et l'Arabie séoudite hégémonique, qui craint pour sa vie et ses puits.

Les deux pays occidentaux les plus "mouillés" sur le Golfe persique sont la France et les Etats-Unis, les Anglais étant toujours la référence historique. La logique diplomatique voudrait que les trois occidentaux s'entendent - il ne serait pas inintelligent que la Grande Bretagne soit investie médiatrice - et que commencent des discussions entre les Emirats arabes unis, l'Arabie heureuse, le Qatar en prenant soin de bien refouler la Turquie des salles de conférence pour les raisons qu'on vous expose ci-après. Un mot sur le sultanat d'Oman, voisin incontournable mais détesté de Riyad pour son indépendance d'esprit et sa position stratégique sur le détroit d'Ormuz alors que Riyad n'a nulle part ce type de levier géographique.

Recep Erdoğan refait à Doha le même coup que Vladimir Poutine avait fait à Damas en envoyant ses armées au secours de Bachar el-Assad. Comme Poutine, il a une petite base en construction près de Doha qui fait tête de pont ; comme Poutine, il veut surprendre les chancelleries du monde qui doivent l'admirer comme le Soliman revenu ; comme Poutine, il est très content de faire la nique aux Américains. Le déploiement turc est fait sous le couvert d'un accord de défense mutuelle de 2014 avec une clause automatique dite de "casus fœderis" (style art.5 du traité de l'Atlantique nord). Erdoğan signe ce genre d'accord avec qui il peut dans le projet ottoman d'un retour de la Turquie au premier rang des nations. L'intrusion de la Turquie n'apporte aucun crédit d'apaisement, a fortiori vis à vis de l'Iran. On voit bien que la paix n'est pas l'obsession d'Ankara qui semble vouloir prospérer sur les cassures arabes et le fumier commercial des Emirats. Et comme nous le voyons en Syrie, le gouvernement Erdogan ne se battra éventuellement sur le Golfe que pour ses propres intérêts qui... rejoignent ceux de l'Iran dans les provinces kurdes de l'Est.


Mais puisqu'on parle de Poutine, notons que le ministre des affaires étrangères El-Thani est monté samedi dernier voir Sergeï Lavrov à Moscou pour se plaindre du sort fait à l'émirat. Les Russes détestent que les fils noués dans l'affaire syrienne soient coupés et ré-entortillés autrement, juste au moment où l'on va en finir à Mossoul et à Raqqa avec l'organisation Etat islamique. Tout le monde a son filleul dans cette guerre et les rôles sont attribués, les hiérarchies aussi. Après bien des tâtonnements, le Kremlin est parvenu à rester du côté de la crosse en ménageant les loups sunnites et les moutons chiites pour la suite à donner. Mais nul à Moscou n'a l'intention de s'attarder sur l'Euphrate, la guerre coûte un bras et tout bouleversement, sans parler même d'une guerre déportée sur le Golfe, enferrerait les forces russes sur place. A la fin, on arrive à une confrontation américano-russe qui ne peut pas tourner en affrontement mais, vu les histoires d'interférences de hackers russes dans l'élection présidentielle américaine, ce n'est vraiment pas le moment de discuter d'une garantie de stabilisation du Golfe persique avec les Russes au Congrès de Washington.

Justement, comment va réagir le gorille de neuf cents livres qui sommeille dans le coin de la pièce ? Le président Trump n'est pas encore prêt, ce type de dossier inextricable ne pouvant être assimilé en une seule semaine. Et puis il est carrément obsédé par tous ceux qui voudraient le foutre à la porte de la Maison Blanche.

Alors, les Turcs, les Arabes, les comment déjà ? Emiratis, Qataris, Koweitis, c'est des dollars américains au moins ? Même pas, mon Commander-in-Chief, des piastres de nègres !
- Riyals, rials, dinars, dirhams...
- Ta gueule, Steve ! appelle-moi Mike Pompeo à Langley !


Quelle issue, sans issue ?
(1) Pronostic vital engagé pour le commerce de Dubaï.
(2) Quid du Conseil de coopération du Golfe qui manœuvre les divisions blindées ? Avec l'imbrication des accords mutuel de défense, partout ailleurs ce Conseil aurait volé en éclats. Sauf ici, vous savez l'expression "l'orient compliqué" ! Seuls le Quai d'Orsay et le Foreign Office y comprennent quelque chose, et nous n'y sommes pas.

jeudi 25 mai 2017

Aux commandes d'AirForceOne

Le grand Gamin tout beauf au chien de prairie mort sur la tête fait un sans-fautes dans le vieux monde, à savoir qu'il n'a encore insulté personne qui ne s'y attendait pas, sauf un peu, le président réélu de l'éternel Iran. Mis à part ce raidissement que nous estimons contre-productif*, le Commander in Chief se couche comme un roseau sous le vent de la realpolitik à mesure qu'il avance dans sa tournée promotionnelle d'une diplomatie en anglais facile. Aussi, l'inquiétude des chancelleries commence-t-elle à se dissiper et le sera tout à fait quand Air Force One décollera de Sicile pour retourner à la Maison Blanche soigner son hyperactivité chronique. Lire avec profit le brûlot mi-amusé mi-angoissé de David Brooks dans le New York Times (15 mai), When the World is Led by a Child.
Note : (*) La République islamiste sera plus facilement abattue par les Levi's 501, les réseaux sociaux US ou chinois et le Coca Cola que par le confinement ou l'embargo. C'est la rue et le bazar qui feront plier les mollahs désormais enrichis et ouatisés.

Hubert Védrine confiait à Pascal Gauchon le mois dernier dans la revue Conflits l'exigence d'une attention redoublée à l'égard du pouvoir erratique américain : « Il va falloir analyser froidement ce qui sort, au jour le jour, de la pétaudière de Washington. Wait and see! Complété par : observation et vigilance. Il est difficile de distinguer les sujets sur lesquels il (Trump) va s’entêter car c’est ce que réclame son électorat (et que de dégâts en vue !), et ceux où la réalité le recadrera brutalement. Ainsi je suis persuadé qu’il ne "sortira" pas les États-Unis de l’OTAN.» On sait depuis ce soir qu'il n'en sort pas !

Ainsi est-il parfaitement inutile de gloser sur les mots de campagne ou les intentions exprimées par le Gamin puisqu'il ne s'y tient pas. On doit suivre l'évolution de la pathologie au jour le jour, noter la température, les humeurs, les silences, et verser la cellule Amérique du Quai d'Orsay à l'Hôpital Sainte-Anne de Paris, spécialisé dans les chiens fous et autres canards sans tête, qui démêlera tout ça. Bonjour monsieur Le Drian ! Autant dire que dérouler une prospective de la présidence Trump est se foutre du monde, ce que nos experts en géostratégie savent faire le mieux, jamais décontenancés par l'infirmation de tous leurs savants pronostics.

Au fait, on dit que l'ambiance au retour sera russe. Flynn, Comey, Rosenstein, Manafort, Brennan, Mueller, Sessions et l'ambassadeur Kislyak sont dans le casting de vidange de la fosse à purin des interférences russes sur la campagne présidentielle de 2016. Trump est-il vraiment au courant des détails ? Ses dénégations marquent plus l'agacement de subir le pilonnage de la presse qu'il hait que la conviction d'avoir tout bien fait tout propre. Y comprend-il quelque chose ? oui, si on le lui explique longtemps ! Une procédure d'impeachment ne sera pas enclenchée au Congrès puisque les Républicains ont la majorité et les investigations en cours, même positives (il y a de fortes chances qu'elles le soient), risquent bien de ne pas l'atteindre au simple motif non dit, qu'il n'est pas capable d'intuiter les nuts and bolts d'un projet pareil ! Les politiciens américains qui vont aux élections de mi-mandat commencent à sentir l'odeur putride de la campagne achevée et intègrent le mouvement présidentiel de navette à tisser dans leur préparation. Faire des croix sur le calendrier mural de la cuisine est leur meilleur anxiolytique.

Finissons sur les résultats de la réunion spéciale de l'Alliance atlantique du 25 mai, qui nous concernent plus que la guerre de cent ans des fils d'Abraham en Palestine que Donald Trump abandonne à leur haine héréditaire : "le problème est tout entier entre vous deux". Qu'ils s'en démerdent !


Le Beauf en majesté bouscule le Monténégrin et prend la pose et la lumière !

A Bruxelles, le Secrétaire général Stoltenberg a organisé les débats en fonction des capacités d'attention du président américain. Ainsi les interventions des chefs d'Etat ont-elles été limitées chacune à deux ou trois minutes pour éviter que le Gamin ne s'empare de son smartphone pour tweeter sur la météo belge ou féliciter la station spatiale ! Les mémos ont été simplifiés au niveau d'une classe de cinquième comme on en fait défiler parfois au Quartier général, sachant que Trump n'avait pas lu les dossiers atlantiques préparés par ses services. L'important pour tout le monde à Bruxelles était que, n'y comprenant rien ou pas grand chose, il laisse les affaires en l'état, se contentant de réclamer une hausse des participations européennes. C'est ce qu'il a fait avec véhémence après avoir évoqué l'article 5*** du Traité de l'Atlantique nord dans son allocution mémorielle devant la sculpture du Onze-Septembre. Il n'est pas allé plus loin dans la confirmation de cet engagement très important pour les Etats riverains de la Mer baltique, si l'on en croit le reportage de Foreign Policy (clic). Il inclut cependant une donnée nouvelle dans le schmilblick financier - et c'est tout ce qui l'intéresse en bon businessman - les contributions promises antérieurement par les Etats-membres et non versées (23 pays sur 28**) sont inscrites au "crédit" du compte US et restent dues, ce qui ne va pas de soi en Allemagne et à l'Est ! Considérons que l'engagement américain du Gamin tiendra bien dix-huit mois à partir de maintenant, après... c'est après, S.E.O.O.* !
* sauf erreurs ou omissions
** selon la Banque mondiale les cinq pays finançant leur défense à 2% PIB ou plus sont les USA, la Pologne, la France, l'Estonie et la Turquie
*** Art. 5 du Traité : « Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l'article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord.»
« Toute attaque armée de cette nature et toute mesure prise en conséquence seront immédiatement portées à la connaissance du Conseil de Sécurité. Ces mesures prendront fin quand le Conseil de Sécurité aura pris les mesures nécessaires pour rétablir et maintenir la paix et la sécurité internationales.»


Double complément : l'Européenne de la délégation américaine est Melania Trump. Slovène de naissance, Melanija Knavs parle cinq langues et a vécu quelque temps à Paris, Londres et Milan. Elle affirme à qui veut bien cesser de l'admirer pour l'écouter un peu, donner son point de vue sur tout à son mogul de mari, qu'il en tienne ensuite compte ou pas.
De formation pratique - sa beauté rayonnante n'empêche pas un don de perception des réalités - elle apporte le témoignage de captivité des Européens de l'Est et plaide pour sauvegarder aujourd'hui leur sécurité. Elle montre aussi une certaine finesse dialectique qui semble interdite à son mari . Elle assume sa charge de First Lady avec élégance ; c'est l'Europe finalement !
Autre "modératrice" de talent dans l'entourage présidentiel, Yaël (Ivanka Trump) Kushner. Elle a du sang tchèque par sa mère et parle aussi français. C'est une battante intelligente qui sait réussir en affaires de façon classique et s'est convertie au judaïsme par amour. Les femmes de l'entourage Trump remontent le plafond de verre de la compréhension du monde, comme souvent :)



lundi 14 novembre 2016

Atlantic City Trump



De son premier voyage aux États-Unis d'Amérique, Winston Churchill avait ramassé ses impressions dans une formule rapide : La barbarie éclairée au gaz ! C'est ce que nous servent en d'autres termes les médiats français pour s'offusquer de l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Et pourtant, le connaissent-ils ou font-ils semblant de l'ignorer ? N'étant pas de son cercle d'amis intimes, je n'exclus aucune foucade de Donald le barbare d'ici au 20 janvier 2017. Mais au moins il bosse comme un fou. La légende dit qu'il ne dort que quatre heures par nuit et se lève avant l'aube pour dévorer la presse. Puis il dirige ses propres affaires et gagnent ses millions à lui... en famille, bien qu'il ne soit ni juif, ni sicilien. Il est (était) reçu dans toute la bonne société de New York pour son entregent, sa franchise vulgaire, son exposition médiatique - il paraissait dans une émission de télédivertissement - et bien sûr, sa fortune. L'article que lui consacre la Wikipedia est particulièrement copieux. Son intrusion dans la campagne républicaine n'offusqua que les concurrents obligatoires du Great Old Party, plus par le crime de lèse-majesté - ce type n'était pas même sénateur - que par le ton de son programme rhétorique décapé à l'acide qui ne choquait que les rosières.

D'ascendance rhénane et fils d'une mère écossaise, celui que nous ne connaissons pas est par contre connu de la middle class américaine, un peu comme, toutes proportions gardées, Bernard Tapie chez nous. On le sait grand bosseur, un peu plouc, le schpountz en tuxedo, ne devant sa fortune qu'à lui-même et presbytérien du dimanche aussi. Un type qui s'arrache, ça veut dire beaucoup dans le Midwest. Regardez la carte par comtés ci-dessous. Joe-Six-Pack aime Trump ! On n'imagine pas les scores que feraient aux Etats-Unis les chefs de rayon de la classe politique française payés au mois, qui seraient considérés comme des fonctionnaires communistes, infoutus de créer quoi que ce soit de leurs dix doigts sans le renfort d'un salaire. Après le prytanée militaire, Donald fit une école commerciale à l'Université de Pensylvanie et, comme dans la Bible, reçut les Cinq Talents de son père pour les transformer en tas d'or. Ses insultes médiatisées, ses gestes agaçants, ses exagérations ciblées ont été mises au compte du sketch de campagne, seuls les journaux prirent cela pour argent comptant, croyant aussi que ça le desservirait. Les électeurs de l'Amérique profonde, de toutes races et conditions, ne s'y trompèrent pas...
Et Trump marcha sur l'eau.


La victoire du tycoon newyorkais impacte directement l'Europe occidentale et orientale par le chapitre "défense" de nos relations inextricables parce qu'il a parlé de ça juste après l'histoire du mur mexicain. En fait, TAFTA, accords d'infrastructures, droit maritime, Interpol, NSA, tout va pivoter autour de ce chapitre. Lors d'un meeting à Issy-les-Moulineaux samedi dernier, Jean-Frédéric Poisson ne s'y est pas trompé qui a soutenu que l'élection de Trump à la Maison Blanche signait la reprise en charge de nos intérêts propres par nous-mêmes. En effet, Donald Trump sort de la veine traditionnelle du Parti républicain qui cherche depuis longtemps à rééquilibrer droits et devoirs au sein de l'Alliance atlantique, comprenez : dans la répartition des efforts budgétaires. C'est une antienne sénatoriale que de faire payer l'Europe qui se vautre dans le "socialisme déficitaire" aux frais des contribuables américains qui les protègent. Ils n'ont pas tout à fait tort, le parapluie atlantique leur coûte cher, et ils s'estiment peu payés en retour, surtout quand ils essuient des refus de soutien en cascade comme dans l'affaire d'Irak en 2003. Rappelons qu'alors, le pays-hôte des quartiers généraux atlantiques (la Belgique), l'entrepôt logistique et sanitaire (l'Allemagne), l'allié historique (la France), le voisin de confiance (le Canada) et la position avancée sur la zone d'effort (la Turquie) avec quelques autres, ont tous refusé de participer à la guerre de destruction du régime de Saddam Hussein (à des motifs tous différents), signalant ce faisant que la participation à l'OTAN n'était pas un sujétion à sa politique étrangère comme le clament en France ses adversaires hystérisés. En passant, Trump a la même volonté de partage des frais avec le Japon et la Corée du Sud.

On attend avec impatience le nom du Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, lui qui devra mettre en mouvement les planètes de la diplomatie mondiale. Il y a deux soleils et une planète froide : La Chine, les Etats-Unis et la Fédération de Russie. Les effets de cette mise en mouvement sur l'Europe émiettée ne seront que la conséquence du partage du nouveau ciel qui déjà l'exclue. Ce sera donc à l'Europe, à défaut, aux trois grands pays du barycentre européen, de prendre en compte pour elle-même et après-coup, les cartes jetées sur la table par les trois joueurs précités. Elle, ne blindera pas sauf dans l'hypothèse peu probable d'une parité budgétaire des efforts militaires de part et d'autre de l'océan qui est hors de portée des majorités actuelles aux affaires, nonobstant l'absence de tout leader européen pour longtemps.

A choisir un scénario assez crédible, ce serait celui de la finlandisation. Quatre pays européens sont déjà finlandisés (Autriche, Finlande, Suède et Suisse) qui s'en portent très bien parce que leurs voisins ne le sont pas. L'accord peut intervenir entre Trump et Poutine de faire baisser la pression aux frontières russes en échange de la non-intervention de l'Union européenne sur les pays au contact, doublé d'un arrêt définitif de la marche à l'est de l'OTAN. L'Union européenne, déjà inexistante es-qualité au plan diplomatique, serait dès lors finlandisée et sa diplomatie dirigée depuis Washington. L'OTAN continuera donc, mais comme garde-chiourme de la Commission européenne qui fera où on lui dira de faire.

Le schéma moins probable mais pas impossible non plus est l'éclatement de l'Alliance atlantique suite à des renversements de majorité dans certains pays. Dès le moment où l'Alliance militaire éclaterait, ses quatre piliers européens ne compteront chacun que sur eux-mêmes. La Grande Bretagne assumera son destin atlantique et se protégera du continent ébulliant en rejoignant le dispositif américain (comme le Canada) - le Brexit va l'y aider ; l'Allemagne musclera sa sécurité intérieure et protégera ses marches orientales par un pacifisme actif - en fait, elle entrera en négociations industrielles partout où elle se sentira menacée ; l'Italie, pays charnière entre les deux méditerranées, tentera de prendre le contrôle économique de la rive sud de la mer, de la même façon que l'Allemagne le fera du glacis oriental ; et la France ?

SNLE

Au moment du grand marchandage (2017-2019), la diplomatie de la France sera dirigée par Alain Juppé, Marine Le Pen, François Fillon ou Nicolas Sarkozy puisque cette fonction est du domaine réservé : aucun n'a émis un message clair sur la question diplomatique, hormis les célébrations d'usage, postures avantageuses et mises en garde habituelles. Il n'y a aucun plan et il n'y a pas de sous non plus. Sauf à dynamiter l'Etat-providence, déporter deux millions de fonctionnaires surnuméraires aux Kerguelen, écraser l'émeute sous les chenilles et rebâtir sur les ruines fumantes du socialisme à compte d'autrui, on ne distraira pas les ressources financières nécessaires. Or la sécurité de la France est la plus complexe du continent parce que le pays est ouvert sur quatre mers et subit la fameuse béance du nord-est par où tout le monde l'envahit depuis toujours (sauf les Wisigoths). La France seule aura beaucoup de mal à continuer d'exister pendant la transition jusqu'au temps de stabilisation planétaire qui suivra. C'est sans doute dans cette configuration d'une France faible et isolée que la force de dissuasion est la plus pertinente : Nous avons peu de moyens à vous opposer mais si vos menaces s'exécutent nous nous suiciderons avec vous ! Tout autre slogan est ridicule. En attendant l'apocalypse, il nous faudra tenir nos côtes, nos montagnes (on peut collaborer avec nos voisins alpins et pyrénéens) le Rhin et la grande plaine du nord... C'est beaucoup pour un pays qui se goinfre aux subsides sociaux.

Sortir le groupe aéronaval de la nasse méditerranéenne, accroître en nombre et disperser nos sous-marins nucléaires dans la profondeur stratégique (2); armer trois flottes de garde-côtes dignes de ce nom ; déployer des moyens modernes de surveillance des frontières terrestres ; durcir la pugnacité de nos armées de terre et de l'air en réduisant les taux d'indisponibilité de matériel éprouvés et augmenter les manœuvres militaires du corps d'armée ; et surtout garder et défendre nos ZEE (zones économiques exclusives maritimes) qui sont le patrimoine des générations montantes, convoquera des crédits importants. Le but à atteindre est unique et suffisant : faire peur ! L'OTAN y parvient parfaitement à entendre les hurlements du monde russe et ses relais infiltrés en France. Restera à mesurer nos efforts sur notre première zone d'intérêts, l'Afrique. Tout cela ne se fera pas avec la politique du hamac et les retraites du Club Med.

En résumé, le Burden Sharing dont va nous parler matin et soir la nouvelle administration américaine va impacter directement notre insouciance et notre mode de vie d'un autre âge. Je pense que la jeunesse le comprendra mieux que ses aînés, intoxiqués à mort au socialisme en intraveineuses.


(1) Pour mémoire nous listons les dépenses militaires en poucentage des PIB 1988 et 2015 (source SIPRI Stockholm) des pays significatifs pour ce billet de Royal-Artillerie :
- Autriche 1,3% et 0,7%
- Belgique 2,5% et 0,9%
- Bulgarie nc. et 1,3%
- Canada 2,0% et 1,0%
- Danemark 2,0% et 1,2%
- Croatie nc. et 1,5%
- Tchéquie nc. et 1,0%
- Estonie nc. et 2,0%
- Finlande 1,6% et 1,3%
- France 3,5% et 2,1%
- Allemagne 2,5% et 1,2%
- Grèce 3,6% et 2,6%
- Hongrie nc. et 0,8%
- Italie 2,2% et 1,3%
- Lettonie nc. et 1,1%
- Lituanie nc. et 1,1%
- Luxembourg 0,9 % et 0,5%
- Montenegro nc. et 1,6%
- Pays-Bas 2,6% et 1,2%
- Norvège 2,8% et 1,5%
- Roumanie 4,2% et 1,4%
- Russie nc. et 5,0%
- Serbie nc. et 2,0%
- Slovénie nc. et 1,0%
- Espagne 2,4% et 1,2%
- Suisse 1,6% et 0,7%
- Suède 2,4% et 1,1%
- Royaume-Uni 3,8% et 1,9%
- Etats-Unis 5,6% et 3,3%
- Monde entier 3,4% et 2,3%
- Union européenne 2,8% et 1,5%
NB : La chute du Mur de Berlin est passée par là entretemps.

(2) Cela n'est pas sans conséquence sur le mode d'emploi des personnels navigants qui actuellement bride les déploiements.
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