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mardi 30 août 2022

Epilogue

Un an après l'accident, Martha et un vieux copain de lycée avaient ouvert un restaurant français à Saarbrücken, qui évoquait Marseille et le film Borsalino. Ça marchait moyen mais ils faisaient les frais. Des vieux de la ville s'étaient habitués et venaient voir la jolie patronne accorte et prévenante qui sinon boitait bas. Liliane n'avait jamais quitté la maison de convalescence où elle était surveillée pour un enfoncement du thorax. Aucune des deux n'avait entendu parler du crime turc de Mannheim, les garçons ayant jugé de ne pas parler de cette séquence estivale, à la fois pour ne pas plomber l'ambiance et accessoirement pour leur propre sécurité. C'est la traction qui relança l'affaire.
L'année suivant celle de la mort d'Alf et Med, Romain-Jean s'était laissé convaincre par un journaliste parisien de faire le reportage prévu sur la rénovation du cabriolet Citroën chocolat. Il s'était dit que les protagonistes étant aujourd'hui au repos dans le riant cimetière de Kolari à trois mille kilomètres de là, rien ne s'opposait à ce qu'il promeuve son talent dans la restauration de véhicules de collection. C'était aussi terminer le projet commun à tous les trois. Et le reportage parut dans Autoretro. La couleur spéciale n'avait pas changé. Il faut dire qu'elle rehaussait magnifiquement le modèle. Il y eut deux vidéos mises en ligne sur Youtube qui détaillaient les travaux mécaniques et de carrosserie, et qui se terminaient par une pub pour le garage de Calais, Calais Coachworks. Presque six mois après le reportage, Romain-Jean fut appelé par son ouvrier à descendre du bureau, un monsieur voulait le voir. Peut-être un Libanais ou un Syrien - il y avait des gens de partout pour le tunnel - lequel se présenta en lui tendant une carte de visite :

- Gehad Arslanoğlu, FAYA Group Ticaret As, Edirne
- Bonjour, que puis-je pour vous, efendim ?
En excellent français, le visiteur turc lui répondit que c'était une longue histoire qui concernait surtout des amis à lui, mais que s'il n'avait pas le temps maintenant, il pourrait revenir sur rendez-vous. Intrigué Romain-Jean le fit entrer :
- Je ne sais si je pourrais vous aider mais j'ai un peu de temps maintenant, venez dans mon bureau, par ici, s'il vous plaît.
M. Arslanoğlu monta l'escalier du bureau et déposa son chapeau sur le coin de la table, prit la chaise qu'on lui montrait et commença son histoire.

Il avait perdu son épouse dans la tragédie d'un crime d'honneur qui avait défrayé la chronique en Allemagne, à Mannheim exactement, c'est à côté de Ludwigshafen. Sa famille très traditionnaliste avait décidé de laver dans le sang l'affront d'un adultère présumé, et ses oncles avaient été condamnés avec leurs hommes de main pour deux assassinats, son épouse et sa sœur. Ils étaient détenus à Stuttgart. Par son épouse, il avait appris l'existence d'un cabriolet Citroën ancien de couleur chocolat qui d'une certaine façon était mêlé à l'affaire parce qu'il l'avait voiturée elle et sa sœur lors de vacances coupables entre guillemets dans le sud de la France. Et voilà que la voiture précisément décrite était maintenant sur Youtube et à Calais.
Romain-Jean alla droit au but.

- Je suis au courant du voyage de la voiture dans le sud. Que voulez-vous savoir aujourd'hui et pourquoi, enfin, si je peux me permettre cette question ?
- Je voudrais rencontrer l'un ou l'autre des garçons qui ont fait ce voyage avec cette voiture pour savoir la vérité sur les vacances de mon épouse et de ma belle-sœur. Depuis leur décès, rien ne peut nuire. C'est personnel.
Sans doute le Turc refusait-il les évidences même si son épouse avait dû parler de quelque chose au retour forcé de vacances. Romain-Jean fut gêné de lui dire que les deux garçons auxquels il pensait s'étaient tués sur une route de Finlande et qu'ils y étaient enterrés. Son visiteur prit cette affirmation pour une esquive.
- Vous êtes sûr ?
- J'étais à l'enterrement, Monsieur, c'était à Kolari sur le cercle polaire, le 26 septembre 2023.
- C'est arrivé comment ?
- Un accident de la route banal dans un virage, entre un gros camion de bois qui se déporte à gauche et une voiture venant en face et roulant trop à gauche. J'ai des photos de la voiture, une Volvo Amazon de collection. Je peux vous les montrer.
- Euh... désolé ! Non, c'est inutile. Merci.
- Je n'ai pas d'information sur leurs vacances dans le sud de la France, nos relations étaient justes de mécanique et carrosserie ; ce en quoi il mentait, mais ne sachant rien des intentions du veuf, il avait préféré maintenant sortir du jeu.
Le Turc baissa la tête, pensif et manifestement accablé ; puis il le remercia de l'avoir écouté et redescendit les marches lentement son chapeau à la main. Il s'arrêta un instant dans le rectangle de lumière du rideau de fer ouvert sur la rue et se recouvrant, prit à droite.


FIN


cabriolet Citroën
[clic]



samedi 27 août 2022

Où on passe le cercle polaire, une fois !

Roman de gare estival - Chapitre 9
Il reste deux ou trois jours de roulage selon le temps qu'il fera pour atteindre la destination finale au-delà de laquelle plus rien n'existe.

C'est à Umeå qu'ils vécurent le tournant du voyage. Après un ravitaillement copieux au Systembolaget de la ville qui ce jour-là fermait à 15 heures, c'était samedi, il rentrèrent au petit cottage qu'ils avaient loué dans un camp pour touristes à huit cent mètres de la plage. Les provisions étaient copieuses avec du poisson en boîte, des boulettes de viande à la sauce brune, du pain plat, du pain levé et des pêches en conserves de Thaîlande. Les garçons se mirent en cuisine dès six heures, il suffisait de réchauffer finalement. Les filles mirent la table, de la musique et on passa l'aquavit, puis des bières à 3,5° en vente libre, et des liqueurs parfumées de deux couleurs en petits flacons, jaune et verte... et on acheva l'aquavit qui n'aime pas prendre l'air. C'est bourrés comme des Russes qu'il finirent par se coucher sans trop savoir avec qui. Sauf qu'au matin à se lever pour chasser le mal de crâne, il parut évident à tous les quatre qu'il y avait eu "échange" et sans doute pire, sans précautions. Une bonne douche plus tard, on convint à l'unanimité d'oublier le déraillement puisqu'aucun d'entre eux n'en gardait le souvenir et de trouver la pilule du lendemain au principe constitutionnel de précaution. Mais l'affaire laissa des traces car ils ne se regardaient plus l'un l'autre de la même façon avec cette complicité muette qui avait présidé à leur relation jusqu'ici. Alf se disait même qu'à l'occasion, il saurait trouver le moyen de lever le doute. Peut-être sur le chemin du retour s'ils réunissaient les mêmes circonstances. Mais tout compte fait à la fin, ils possédaient ensemble un secret maintenant. Et c'est dans cet équipage qu'ils reprirent la route du nord le surlendemain, lundi, se promettant de ne plus mélanger les alcools en se rabattant sur le vin moins traître. Mais il était cher.

Il ne restait plus qu'à entrer bientôt en Finlande pour ressortir ensuite en Norvège et atteindre la queue de trajectoire au fin fond de la Laponie, Kirkenès. Le van allemand qu'ils avaient cotoyé au motel de Sundsvall y montait aussi, mais en faisant l'école buissonière. Ils étaient équipés comme pour une expédition au pôle Nord et cela ne rassurait pas nos amis qui s'interrogeaient sur ce luxe de précautions qu'ils n'avaient pas jugé bon d'embarquer. Med se sentait à ce moment-là comme un Congolais qui montait au Mont Blanc en espadrilles. Aussi avaient-ils prévu de questionner en détail les permanenciers de l'automobile club de la première "grande ville" sur les risques ou l'absence de risques à cette saison, avant de s'enfoncer au pays des rennes. Une chose était sûre, le temps changeait rapidement comme en montagne chez nous depuis qu'ils avaient franchi le cercle polaire arctique. Même si ce n'était pas la Ligne, l'équipe déboucha le champagne avec des biscuits tuilés en se photographiant sous le panneau indiquant le passage du Cercle. Les blousons fourrés étaient toujours à portée dans la voiture avec des bonnets de laine et pas rangés au fond de la malle. De même avaient-ils pris l'habitude de mettre leurs chaussures de marche quand ils roulaient, pour parer toute éventualité météorologique ou les effets d'un accident. Et justement...

carte de Botnie

Le camion de grumes de 40 tonnes se déporta sur sa gauche dans un virage plus serré quand Med venait lui-aussi sur la gauche de sa voie pour rattraper la courbe imprévisible ; il roulait à 75 km/h et dans le hurlement de ferraille dont les morts sur la route se souviennent toujours, l'Amazon qui avait chassé et surviré fut carrément écrasée par le train avant du Scania. La suite, nous ne la connaissons pas. Le rapport succint d'accident transmis aux familles dont on avait retrouvé la trace dans les papiers des voyageurs signalait le décès de deux garçons assis devant et des blessures sérieuses infligées à deux jeunes filles assises sur la banquette arrière. Leur rapatriement avait été confié à AWP France, société de secours aux voyageurs désignée par leurs cartes bancaires. Les corps des garçons seraient conservés un mois à la morgue de Kolari après l'autopsie à Rovaniemi, la capitale de la région, en attendant la décision des familles, soit de les rapatrier par le système d'assistance, soit de les inhumer en Finlande avec une participation modique.

Ne vint à l'enterrement que la soeur aînée de Med qui monta en train de Liège par Cologne jusqu'à Stockholm puis Gällivare en pleine Laponie, en autocar ensuite. Elle mit quarante heures mais avait une phobie sévère de l'avion. Romain-Jean avait été averti du décès d'Alf par sa mère qui avait été prévenue par l'ambassade de Finlande à Paris. Elle lui demandait d'avoir plus d'informations des autorités locales puisqu'il parlait l'anglais. Plutôt que de multiplier les appels à Kolari, il décida d'assister aux obsèques de son meilleur copain et partit de Calais vers Londres pour prendre un vol SAS vers Pajala via Stockholm et Luleå. D'un côté comme de l'autre, les familles n'avaient pas voulu se mettre en frais. Elles firent faire une gerbe chacune chez la fleuriste du village que leur avait indiquée le responsable local des pompes funèbres. Le pasteur prononça la prière d'usage devant les fosses jointes, tout en finnois, et tendit l'aspersoir. Y assistaient l'adjoint au maire et un délégué de l'entreprise de camionnage, le gérant des pompes funèbres municipales, ses quatre acolytes et deux retraités venus là par compassion. A peine eurent-ils tourné les talons que le fossoyeur démarra le bobcat municipal pour l'enfouissement. Romain-Jean ne voulait pas attendre qu'il tasse la butte à coups de godet et accéléra le pas. La sœur de Med rejoignit l'arrêt d'autocar pour attraper le prochain à ce qu'elle dit, mais il semblait douteux qu'il en passe un avant ce soir. Romain-Jean rattrapa l'adjoint au maire pour lui demander s'il était possible de voir la voiture. Il lui fut répondu qu'elle était une pièce à conviction qui illustrerait le rapport d'accident attendu par les autorités judiciaires de Rovaniemi. Mais vu la distance qu'avait franchi le Français, l'adjoint le confia à un chauffeur de la mairie qui l'amena à la casse-auto où gisait l'Amazon rouge. Romain-Jean avait nourri le secret espoir de la sauver en souvenir de son pote Alf. Le soir apportait la bise du pôle et l'épave était irrécupérable.

Toutes les vitres avaient explosé et le train avant était rentré dans l'habitacle avec la colonne de direction. Le moteur-boîte avait cassé l'arbre de transmission en reculant. Les secours avaient scié le pavillon en carré pour extraire les victimes. La clé était toujours sur le contact et la montre qu'il avait rajoutée sur le tableau de bord indiquait la bonne heure, comme un souffle ultime de vie. L'habitacle était plein de verre et brisures de toutes matières sous lesquelles il miroitait de l'huile sur le plancher, qui n'était pas de l'huile ; le coffre béant avait été vidé. Les roues arrière étaient intactes et montraient des pneus neufs. Il n'y avait plus de places à l'avant et deux minuscules espaces à l'arrière. C'est cette bulle dans la ferraille qui avait sauvé les filles de la mort, mais les séquelles des blessures provoquées par l'écrasement de la carrosserie dureraient sans doute longtemps. L'employé de mairie lui dit que le chauffeur du camion était toujours à l'hôpital et qu'il avait raconté l'accident à la police. A ce jour, personne n'avait dit qui était au volant, au prétexte des besoins de l'enquête, une discrétion qui semblait suspecte à Romain-Jean. Le premier communiqué de la "gendarmerie" qui avait été traduit en anglais indiquait que la Volvo aurait franchi la ligne jaune continue avant un virage à gauche quand le camion de grumes arrivait en face à vitesse normale en prenant tout sa voie mais que la sienne. Il était sûr que les autorités locales n'incriminerait pas le chauffeur routier, bien qu'il soit Pakistanais, et encore moins l'entreprise qui était un employeur local où le travail était rare. La venue du délégué à Kolari pouvait aussi signifier qu'il fallait accorder les violons de circonstances dans la dernière ligne droite administrative. Romain-Jean avait remarqué pendant le trajet en autocar entre Pajala et Kolari qu'ils n'avaient croisé quasiment personne sur les trente kilomètres du parcours. Ceci aurait pu laisser croire aux Français qu'ils étaient réellement seuls au bout du monde et faire relâcher leur attention, jusqu'à faire l'écart de carres fatal. Romain-Jean hésita un instant à prendre un souvenir comme le bouchon du réservoir mais préféra éviter les questions. Elle partirait à la compression dans quelques mois. De retour à la mairie, l'adjoint lui proposa un hébergement pour la nuit chez une paroissienne et lui offrit de le faire ramener à l'aéroport de Pajala demain matin par un employé de mairie qui avait des courses à y faire pour lui et le bureau.

Le Beechcraft décolla à l'heure. Quand il redescendit sur Luleå, Romain-Jean put contempler le port industriel encombré de grumiers et où stationnaient des brise-glace attendant l'embâcle de la baie. Il laissait deux potes sous terre avec qui faire des projets était terminé. Même s'il ne s'agissait que de bagnoles, Romain-Jean encaissait la tragédie comme un échec personnel ; il ne comprenait pas, pourquoi ce goût amer dans la bouche. Il était à un doigt d'imaginer une rupture du bras Pitman ou d'une rotule de direction sinon même une avarie du boîtier. Pourtant il avait ouvert le boîtier au garage pour changer les bagues, et les biellettes lui étaient apparues plutôt récentes. Une refabrication indienne ? Il ne pouvait libérer son esprit de ce tracas. S'il connaissait assez peu Med, Alf avait été son copain d'enfance depuis le collège, et ils avaient fait les quatre cents coups par toute la côte d'Opale. Jamais perdus de vue, ils passaient d'agréables soirées au pub, parfois en bonne compagnie. La page était tournée comme par un coup de vent froid. Il accusait le coup ! Deux mois plus tard, Liliane décédait à l'hôpital de Metz d'une embolie pulmonaire, il n'en sut rien.


mardi 23 août 2022

Il suffit de passer le Pont

Roman de gare estival - chapitre 8
Bientôt libérés de pointage à Copenhague, Med, Alf et leurs amies attaquent la partie exotique du voyage vers le grand nord.

Øresundsbron
Le pont ? Il faut le voir en photo avant que d'y passer. Le mégapont de l'Øresund est le marqueur inoubliable du voyage en Scandinavie. Mille mètres suspendus au-dessus de l'eau et trois mille cinq cents mètres enfouis sous l'eau, ça vous la coupe ! Prouesse d'architecte certes, mais aussi un pied fabuleux pour les ingénieurs et le designer. On y va !

Le quadrille s'était confirmé à Copenhague et le lendemain de la rixe, Alf était passé au poste prendre des nouvelles des nationaux. Il apprit que les résultats revenus de l'hôpital étaient bons et donc qu'ils pourraient faire mouvement dès demain s'ils le souhaitaient, sans récidive bien sûr.
- Quand on a su que des Français se battaient en ville, on est venus vite, mais ce n'étaient pas les Français habituels, dit le capitaine du poste en souriant.
- Ils sont comment d'habitude, demanda Alf en rejoignant l'Amazon.
- Plus exposés au soleil ! Et ils ont des série 7 ou des classe S noires ! Bon choix l'Amazon, tout forgeron sait réparer ça et ça rend sympathique par ici.
- Il y a encore des forgerons au Danemark ?
- Oui, le dimanche pour faire des animations pour touristes. Vous montez où ?
- Kirkenès si Dieu veut !
- C'est loin, bonne route quand même ! Prenez une carte d'automobile club pour la Suède dans une station-service, comme le Riksförbundet M Sverige, ça aidera en cas d'imprévu, même pour deux roues crevées.
- Merci beaucoup. Salut Capitaine !

Et Alf rejoignit les autres à l'auberge de jeunesse pour annoncer les préparatifs. Il ne restait que 2400 kilomètres avant la mer de Barents, selon le Michelin.

C'était vrai, le passage du pont de l'Øresund valait à lui seul le voyage, et Alf avait trouvé de la documentation à l'Office de tourisme, ce qui leur avait permis de préparer le saut du détroit. Il traduisait la brochure anglaise à haute voix : depuis l'île danoise de Seeland jusqu'en Scanie suédoise : 7850 mètres de long avec les précurseurs à niveau et souterrain. L'infrastructure totale avec les voies d'approches routières et ferroviaires faisait seize kilomètres. L'architecte s'appellait Georg Rotne, il est suédois et son nom est entré dans l'histoire des travaux publics comme Gustave Eiffel. D'accord, répliquait Med, nous avons quand même le majestueux pont de Normandie et le viaduc anglais de Millau tout d'élégance ! Et Liliane de couper l'effet en précisant que le mégapont Hong Kong-Macao ne faisait que cinquante kilomètres au dessus de la Rivière des Perles. Et à Macao il y a des casinos, mdr !
- Oui, ce n'est pas Chaudes-Aigues, on savait déjà, répliqua Alf, qui leur avait narré leur passage dans la seule ville au monde à n'avoir pas inventé l'eau chaude.
Le quadrige s'était formé naturellement, Med et Martha, Alf et Liliane, mais Med semblait plus accroché car sa cavalière avait des arguments peu courants, au Plessis-Robinson s'entend ! Un profil de statue grecque, le nez dans le prolongement exact du front, de grands yeux curieux de tout, la gorge haute et petite, le reste dans les canons, et une conversation volubile mais créative. Liliane était brune aussi. Moins grande, elle faisait sans doute le même poids compensant la toise par des rondeurs bienvenues. Avec un visage d'ange moins expressif, elle était le type d'Alf. Mais lui avait un caractère de marin, sans attaches fortes, et s'il montrait chaque jour une galanterie de premier jour, il ne la badait pas comme Med badait Martha. A les regarder parler et s'affairer, on savait qu'elles ne venaient pas d'une souche lotharingienne, mais plus sûrement d'Italie méridionale. C'est du moins ce que pensait Alf.

Ensemble vous décidâtes de zapper Stockholm que vous feriez au retour selon le temps imparti. Depuis Malmö vous remontâtes par la rive orientale du détroit vers Helsingborg où s'embranche la route qui monte au lac de Vättern. Des gîtes y étaient facilement accessibles où vous passâtes deux nuits, puis rejoignîtes la route de la côte du golfe de Botnie qui montait en Finlande en faisant étape à Söderhamn, terminus de la nationale 50, où vous aviez réservé un AirBnB dans une maison en bois par l'entremise d'une connaissance de Paris. Deux jours furent dédiés à la pêche, et ce fut barbecue-poisson midi et soir. Les deux couples commençait à fusionner de leur côté chacun et ce qui n'était au départ qu'une idylle de voyage, pour l'agrément de la compagnie et la gaîté des soirées, montrait chaque jour les prémices d'un compagnonnage, si on pouvait le dire ainsi. Med et Martha avaient des conversaztions soutenues sur des plans de maison et Liliane, qui avait un bon coup de crayon, dessinait des profils de maisons écologiques. Alf en revanche prenait du temps pour l'entretien de la voiture. Le défi n'était-il pas de l'amener jusqu'à Kirkenès, et de la redescendre. L'Amazon allait quand même sur ses soixante ans ! Son copain Romain-Jean de Calais lui avait fait un plan d'entretien en distance et temps. Il s'apppliquait à le suivre si ça ne dérangeait pas le programme. Pour le moment, les fluides eau et huile avaient gardé leur couleur neuve et le circuit de freinage avait été passé à la Penrite silicone, donc sans entretien. Il convenait quand même de vérifier tous les niveaux le matin à froid ; une simple routine. A Kirkenès il chercherait un pont de garage pour graisser les trains roulants et huiler le châssis avant de redescendre. Pour le moment il huilait les charnières de porte, le verrou de capot-moteur et de malle et repoussait chaque matin le graissage des axes de pédalier difficile à atteindre. Il avait aussi une boîte d'ampoules de phare car en Suède on roulait tout le temps en feux de jour et ça bouffait les bulbes. Quelle connerie par beau temps !

Sundsvall

Justement, la latitude se rappela à eux le matin du départ vers Sundsvall. Un brouillard tenace qu'ils croyaient venir de la mer, enveloppait tout et à la station-service la caissière leur avait recommandé de différer leur voyage tant que le bouchon d'étoupe ne serait pas dissous par le vent, car en fait, c'est la forêt qui poussait des nuages au ras du sol sous le vent d'ouest. Ils se le tinrent pour dit et partirent faire un brunch dans une cafétéria en face du poste à essence en attendant l'embellie. Le temps était vraiment moche et le soleil, bien blanc comme plein d'eau, ne parvint à percer que vers midi. Il fallait raccourcir d'autant l'étape du jour. Finalement au bout de deux heures de roulage ils atteignirent avant Sundsvall une sorte de motel au bord d'un lac qui louait des huttes. Sur la route, il ne passait plus un chat. La météo devait être sérieusement hostile, valait mieux attendre que les dieux du panthéon viking soient mieux disposés à leur égard. Il y avait déjà une famille hollandaise (d'après la plaque) et deux couples d'allemands, du moins à ce qu'on devinait des femmes blondes en short bronzées cirage. Oui, ils avaient aussi un van Volkswagen immatriculé "HH" à Hambourg. Le bureau du motel avait un espace "picnic" comme on pouvait le lire sur la plaque au-dessus de l'entrée du store et où on achetait, à prix raisonnable bien qu'un peu plus cher, le strict nécessaire pour survivre à une nuit et pas d'alcool. L'espèce humaine ayant cet avantage sur les expèces animales de sublimer ses pulsions, la nuit fut dédiée à l'amour, comme il se pratiquait chaque soir en ces lieux prisés de la bonne société venue de la ville proche changer les olives d'eau. Vers 9 heures le soleil rayonnait. Un café expédié avec des brioches un peu sèches et vous décidâtes de faire au moins quatre cents kilomètres pour rattraper un peu sur le programme initial, sachant toujours qu'il faudrait s'arrêter avant cinq heures pour trouver où coucher. On ferait les sandwiches au prochain bled. Et l'Amazon vrombit !

(la suite au prochain numéro)

jeudi 18 août 2022

La baston

Roman de gare estival - chapitre 7
C'est parti pour Amsterdam, la porte de la Scandinavie. L'armement de l'Amazon étant réalisé, il sied maintenant de faire le vrai voyage.

Le meurtre des deux copines de vacances de l'été dernier continuait à affecter les relations d'Alf et Med avec les filles qu'ils rencontraient. Mais d'avoir appris qu'elles étaient régulièrement mariées, juste en fugue, leur laissait croire qu'ils avaient fait un pas hors de l'épure "soleil, sexe et mer" en entrant dans des complications imprévisibles, ce qui les dédouanait au fond de leur sentiment diffus de culpabilité.

Trois jours avaient passé. Le camping international était plein. Beaucoup d'Anglais venus par le ferry de Newcastle, et le reste de toutes provenances. Alf avait une liste de curiosités incontournables, le Rijksmuseum d'abord, une croisière dînatoire en bateau-mouche pour laquelle il serait mieux d'être accompagnés et surtout, le Musée maritime. On pouvait aussi louer un vélo. C'est la crosiière qui fit décoller le voyage. Il ne fallut pas grand effort pour convaincre deux françaises qui partageaient une Amstel avec nos deux brigands d'abandonner les sandwiches poulet-mayo-salade du kiosque pour un vrai repas assis, boisson à volonté, avec la ville qui défile derrière la glace. Mais c'est au Rijksmuseum le lendemain qu'on forma le "pack". Alf fit très fort devant une copie des Joueurs de cartes d'Hendrick van der Burch - Med le savait savant sur le siècle d'or hollandais mais quand même - la prise était de 1660 :

tableau hollandais
Le chapeau du joueur est en castor du Canada ; le motif des carreaux de sol est chinois ; le pichet en faïence de Delft imite la porcelaine de Canton ; le tapis est turc ; la carte marine invite à rêver ; le jeune serviteur d'importation aux boucles dorées en livrée chamarrée regarde le jeu, surpris par qualque chose. La fillette repose son chien sur un coussin en brocart de soie italienne à l'insu de sa mère qui bluffe. Les fenêtres nous séparent de l'ailleurs qui est partout présent dans la pièce. Fin de l'exposé sur la mondialisation occidentale. Mais c'est avec Wermeer que vous vous éclatâtes ! Alf avait la manière d'éveiller l'intérêt du nyctalope, celui qui entre dans la pénombre d'un tableau, et chaque pièce à deviner s'avérait intéressante. Que faisait dans La liseuse le gros cupidon dans son cadre sous le repentir découvert en 2017 ? il l'a remis dans La dame debout. Pourquoi cette obsession ? Qui se reflète dans le carreau de la liseuse ? le mari ? De qui est-donc la lettre ? Alf avait des réponses qu'il apportait avec une conviction telle qu'il était cru sans rire. Les filles n'avaient pas fait l'école du Louvre, mais de la bonne bourgeoisie lorraine elles rapportaient l'attention et le bagage. Il y avait donc un échange et cela était prometteur pour la semaine de vacances annoncée. Et voici, sans plus attendre, la minute à boire pour chasser le spleen batave (avec la traduction en dialecte) :

Your rainstorm creates spots On my pearlwhite mood My hands are on your hips But my mind is at the door They say it becomes a habit I tried But no matter how it turns My house protecs no more It rains harder than i can take Harder than i can drink It rains harder than the ground can take Harder than i can Your rainstorms are the clouds On my heavenly blue mood My hands are on your hips But my mind is at the door Your eyes remain grey Denying every color It's like there's no one living there Like there's nothing going on It rains harder than i can take Harder than i can drink It rains harder than the ground can take Harder than i can Your rainstorms are too dark For my heavenly blue mood Cause's my head is in the clouds And my hand is at the door Harder than i can take Harder than i can drink It's raining harder than the ground can take Harder than i can It's raining harder than i can take Harder than i can drink It's raining harder than the ground can take Harder than i can

Depuis l'ouverture du grand pont sans doute, le ferry si commode d'Amsterdam à Göteborg n'existait plus. Vous feriez donc une plage de la Frise pour le coup d'œil exceptionnel puis gagneriez Copenhague. On n'évite pas Copenhague s'il y a de la place pour quatre à l'auberge de jeunesse. Il y en avait ! Et un parking aussi à proximité. Depuis l'épisode du Rijksmuseum, le niveau du voyage s'était rehaussé, ce qui faisait marrer Alf quand il voyait Med distrait de ses obsessions de pitécanthrope : se nourrir pour se reproduire. Evidemment, on ne pouvait secouer ces dames comme des cagoles après qu'elles aient insisté au point-presse pour prendre un guide culturel de la ville plutôt que "Bars & Lounges". Mais Alf l'avait feuilleté rapidement pour retenir le nom de deux ou trois rues loin du désert de la soif. C'est ainsi que savamment guidée, l'équipe parvint à l'entrée du Wessels Kro, bar historique mais tendance et pas trop touristique, quoique ! Du poisson en smørrebrød, du porc grillé-persillé-patate, le plat national dit-on ; escargots à la canelle (c'est un petit gâteau pégueux) et des pintes de bière, eurent raison de l'appétit des dîneurs. L'addition et vous rentrâtes à pied. Riche idée pour se faire des souvenirs. De fait, sorti du night district - le red district était ailleurs - l'affluence avait beaucoup baissé et ils étaient trois qui barraient maintenant le trottoir en éructant dans un pâtois incompréhensible et pâteux, que même Shakespeare avait refusé d'insérer dans son Hamlet. Med avait assez bu pour tenter de négocier le passage mais Alf qui tenait mieux la mousse, rangea les filles derrière eux et s'adressant à Med lui dit d'une voix forte :
- Quand faut y aller, faut y aller !
Feintant du gauche il décocha un coup mortel dans les joyeuses de la plus proche des brutes, et Med recouvrant la mémoire de ses cours de noble art entra en mêlée de crochet en upercut. Les filles avaient reculé, Martha fouillait dans son smartphone le numéro des flics. Le problème est que les trois cochons danois étaient trop bourrés pour sentir les coups. C'est un vieux truc d'apache des fortifications que de ne pas engager des ivrognes. Alf et Med commençaient à l'apprendre et le manque d'assiduité à la salle de muscu se faisait sentir. Finalement c'était le 112. Liliane était partie relever la plaque de rue qu'elle avait photographiée à cause d'un nom imprononçable, et le temps de revenir, un petit attroupement s'était formé mais de renfort, point, ils étaient tous Danois ! Cinq minutes après, la sirène enfin. La Passat jaune et blanc arriva, suivie peu après par un fourgon, laissant supposer que la POLITI allait embarquer tout le monde pour démêler le vrai du faux au poste.


- Qui a appelé le 112, demanda un sergent de police.
Martha se retint à quatre de lever la main en réalisant qu'elle allait monter elle-aussi dans le panier à salade. Liliane et elle reprirent leur chemin vers l'auberge où elles attendraient des nouvelles. Elles étaient crevées en plus et passablement "intoxiquées". A l'éthylotest dans le fourgon, les trois Danois sortirent vainqueurs haut la main, ce qui rehaussa leur fierté. Chacun néanmoins se tenait à carreau, les flics ayant menacé d'enchaîner leurs invités aux mains courantes s'ils remuaient ou s'invectivaient. Arrivés au poste, la séquence papiers, interrogatoire, attente interminable faisait ressembler ce moment-là à une garde-à-vue. Alf et Med avait pris le parti de ne rien demander, de se tenir tranquilles et de somnoler. Med avait choisi un coin de la banquette pour se caler facilement. Il faut dire qu'étudiants, ils avaient déjà fréquenté les salles de police et même les cages pour Med. Deux heures étaient passées qu'on appela enfin Med pour sa déposition. Il fut bref et concis. Alf suivit qui n'en rajouta pas, sauf à admettre le coup de pied qui avait été apparemment signalé par le Danois. Puis il leur fut notifié en (mauvais) français qu'ils étaient libres de rentrer à l'auberge mais pas de quitter la ville avant que les résultats des examens médicaux des trois Danois ne soient tombés. Ils devraient donc revenir au poste avant de partir mais certainement pas demain.

- On leur a donc mis la branlée ? dit dehors Alf en riant.
- J'ai foutrement sommeil.
Il était quatre heures du matin et le ciel était déjà clair.
Ils ne se souvenaient plus du code et durent réveiller les filles pour l'obtenir et entrer se pieuter, morts !
(la suite au prochain numéro)

lundi 15 août 2022

Allez aux joutes !

affiche de la Saint-Louis de Sète
S'il vous reste des RTT à prendre, ne les monétisez pas, partez pour Sète ! Six jours de fête dans la cohue de la plus jeune capitale de Septimanie. Créée par Colbert en 1666 comme base navale des galères, L'Île singulière est un monde fermé sur ses codes, ses mœurs, ses coutumes, et comme l'a si bien chanté Brassens, une ville de copains inséparables. Elle s'ouvre chaque année au mois d'août pour la Saint-Louis. N'y voyez aucune souvenance du saint roi des Francimans, le nom de cette fête votive vient du calendrier, comme Toussaint ou Fet'nat, parce qu'on fête tous les Louis le 25 du mois.

Cliquez sur l'affiche, et si Calameo démarre, vous aurez le programme et les photos. Amusez-vous bien, avant qu'on ne vous coupe le gaz cet hiver. En cliquant sur la photo aérienne on entre dans l'histoire d'un port étrange à l'identité forte.

vue aérienne de Sète

mardi 9 août 2022

Une Amazon finalement !

Roman de gare estival - chapitre 6
L'affaire commence ici : Eté Première (clic).
Eté 2023

Il va sans dire que l'année se passa sur le qui-vive. Med avait trouvé un poste à la clinique publique de Neuilly et pour raccourcir son trajet, vivait maintenant sans boîte aux lettres dans la grande tour Défense 2000, perdu au milieu de plus de trois cents appartements. Alf avait pris un boulot dans un chantier fluvial à Deûlémont. Ils utilisaient l'un et l'autre leur deuxième prénom et évitaient les manifs et les trombinoscopes, surtout sur les réseaux sociaux. Arriva le mois de juillet, et le projet de voyage au grand nord avec lui. Vous n'alliez pas refaire la Croisière jaune sud-nord cette fois avec une Citroën Kergesse. La Onze, même révisée de fond en comble et à laquelle Romain-Jean avait apporté quelques watts supplémentaires et les jantes à rayons qui changeaient complètement le look, n'irait pas au cercle polaire ; non plus que vous ne laisseriez le journal numérique local faire une demi-page sur les Frenchies sympa montés chez les casques à cornes dans une décapotable septuagénaire, bien improbable sous leurs latitudes. Il fallait changer de caisse.

Volvo rouge
La maison d'enchères hollandaise Catawiki passait des coupés anciens qui avaient moins la cote maintenant que les zones de faible émission se multipliaient en Europe. L'idée sympa pour la Scandinavie serait une Amazon. Robuste, facile à réparer et à régler si on changeait les carburateurs SU d'origine par des HIF ; c'était le modèle idéal pour rouler décalé et sûr dans des consommations raisonnables. Catawiki venait de lancer l'enchère sur une 122 batave de 1965 rouge en état d'usage, un peu en dessous du standard collection. Vous vous y mîtes et huit jours plus tard vous emportiez l'enchère à 7099 euros plus les frais. Restaurée au retour des vacances, elle en vaudrait le double ou pas loin, c'était le bon plan, même si ce n'était pas la 123 plus prisée. Le week-end suivant, Alf partit la récupérer à Katwijk, et la ramena sans histoires chez Romain-Jean à Calais. Sans préparer un Paris-Pékin, il y avait quand même un minimum à prévoir pour franchir le cercle polaire. Contrôler les compressions, passer l'allumeur à vis platinées à un modèle électronique, changer la bobine, les quatre bougies et le faisceau complet par des composants blindés, vidanger tous les fluides et certainement désembouer le réservoir. Par chance, la boîte 4 n'avait pas d'overdrive qui est un nid de chagrins sur les anciennes Volvo. Les amortisseurs avaient été renouvelés par l'ancien propriétaire, il suffisait de mettre des pneus pour le nord et les Uniroyal MS étaient le meilleur compromis prix/grip. Les sièges étaient bons et le débosselage des ailes attendrait. Restait l'armement du navire et à déterminer sa route.

Pour une voiture moderne, Michelin donnait 3322 kilmomètres et trente-neuf heures de roulage pur entre Calais et Kirkenes (clic) en passant par la côte suédoise du Golfe de Bothnie. C'était le barreau posé sur la carte. L'idée n'étant pas de faire un pélerinage aux saints du pôle nord, la plus grande concentration de filles libres était au camping international d'Amsterdam, sur le barreau Michelin ou presque. Vous continueriez par la Frise et passeriez le grand pont de l’Øresund qui a donné son nom à cette série policière suédoise de haute volée, The Bridge (Bron) avec Sofia Helin (Saga) qui écrase toute la distribution et marque le cinéphile pour longtemps.

Par sa bonne connaissance de la langue allemande, Alf avait entretemps suivi toute l'affaire de Mannheim dans la presse locale et s'était abonné à l'édition numérique du Stuttgarter Zeitung (la belle invention !). Il avait maintenant toute l'histoire. Assez classique en somme dans le chapitre du choc de civilisations. Deux jeunes turcs de la même famille, cousins germains, s'étaient épris de deux sœurs rencontrées au cours municipal d'allemand pour étrangers le soir. Elles n'étaient pas à proprement parler des professeurs de cette association mais des bénévoles qui remplissaient toutes les tâches administratives et d'organisation des cours. Les deux garçons venaient de Thrace, d'un clan de marchands versés dans le commerce international d'urée, et eux-mêmes étaient destinés à travailler dans les bureaux de l'antenne allemande de la firme turque. Les jeunes gens se fréquentèrent pendant un an puis les familles décidèrent de conclure un beau mariage double ; les parents des filles étaient de respectables fonctionnaires des Voies navigables. Le facteur déclenchant était, ne le cachons pas, la beauté et la blondeur des fiancées bien avant leur niveau d'études juste correct. Grand mariage bruyant à Mannheim, voyage(s) de noces en Anatolie et sur la Mer noire jusqu'à Trébizonde, super-appartements sur la Maximilianstrasse, le bonheur carton plein, et beaucoup de bon argent dépensé. Sauf que ! Le journaliste en charge de l'affaire devait être un copain de Thilo Sarrazin et ne manquait aucune occasion de proposer au lecteur l'incompatibilité d'humeur entre deux systèmes éducatifs si différents qui ne pouvaient s'assembler que dans une "tutelle occidentale", ce qui au XXIè siècle n'était plus accepté dans l'espace turcique, même en Thrace. Ce n'était point tant les jeunes maris qui étaient en cause que leur famille, moins avancée sur le chemin des libertés féminines et de l'égalité des chances que n'en montraient les apparences de la vie courante. Les femmes ne portaient pas de foulard, les hommes de misbaha, mais mentalement la propagande incessante pour une réislamisation de la Turquie avait réveillé un fonds patriarcal ancien.

Med avaient des exemples de ruptures franco-africaines, toutes faites dans le même moule. L'étudiant lauréat ramenait au pays sa conquête française, blonde toujours, et une fois le "butin" promené par toute la parentèle, il prenait une épouse dans la coutume de la tribu pour se reproduire. Certaines faisaient leur deuil d'un amour romanesque en attendant que jeunesse se passe, d'autres, affolées de voir la leur s'enfuir dans une cage ethnique et qui pis est, matriarcale souvent, trouvaient la fente dans la palissade et par le consulat rentraient au pays. Il n'y avait d'expérience aucun autre endroit où réussir un mariage de la diversité que dans le pays de l'épousée, à la stricte condition que les familles ne s'en mêlent pas. Le drame de Mannheim cochait toutes les cases du crime annoncé.

la blonde

Le crime venait d'abord d'un machisme exacerbé au sein de familles vite hostiles sur fond de valeurs incompatibles. Un an avait passé et les familles turques ne voyaient pas arriver d'enfant, de garçon surtout. Les époux furent encouragés à se donner plus de mal, mais quand au bout de dix-huit mois il s'avéra que toutes les positions, sauces pimentées et tisanes stimulantes ne donnaient pas de résultat, il fut admis chez les Turcs que les épouses étaient stériles, et commença à s'insinuer dans la lézarde de la défiance qu'ils s'étaient fait posséder par la famille allemande avec des épouses défectueuses. Puisque bien sûr, au stade le plus avancé de la civilisation orientale, un mariage n'était que de procréation. Ne l'entendant pas de cette oreille, les beaux-parents conduisirent leurs filles chez le meilleur gynécologue de la place, qui après des examens approfondis déclara qu'elles avaient tout pour concevoir, porter et faire naître un enfant. Ce qui incita leurs parents à dépasser un peu le sens des convenances en déclarant tout de go aux parents des garçons que ceux-ci étaient mal montés ! Et que le plus simple était de consulter de leur côté. Ce qui s'avéra être une injure grave, un Turc ne pouvant pas être infirme sur ce plan. Deux ensemble, moins encore ! Il y aurait eu d'autres solutions comme l'insémination assistée mais c'était attenter à l'honneur du nom. La négociation du style chevillard aurait dû commencer là, mais poussés par leur bon droit, les parents allemands attisèrent la dispute de cent façons et surtout avec ce soupçon de supériorité qui fit la réputation de la race dans la campagne de France. Mais fait étonnant quand même, ce ne furent point les maris qui réagirent - le doute avait germé quand même dans leur cortex - pas plus que leurs pères respectifs, trop abasourdis par l'évidence, mais les oncles des époux, excédés des rires et quolibets qui fusaient dans leur dos quand ils passaient au café serrer des pognes ou au kiosque jouer, alors que jusque-là leur autorité naturelle dans la communauté imposait plutôt un silence respectueux. Entretemps, les filles prirent leur distance avec une ambiance de plomb et, va savoir ce qu'il se passa dans leur tête, filèrent en direction du sud jusqu'au camping ombragé de la Tamarissière qu'on leur avait conseillé en Agde quand elles louèrent les vélos. Une carte postale de vacances mal dirigée et elles furent repérées. Les oncles descendirent pour les remonter et les tenir serrées dans le genelev privé de la Maximilianstrasse. Les choses durent tourner plus mal encore en cage, puisque deux séides furent commandés pour laver l'honneur de la famille, sur place ! Les quatre individus interpelés n'étaient pas les maris et leurs pères mais les oncles et les tueurs à gages. De quoi tenir la page jusqu'à la Toussaint.

Dans la mesure où les agents actifs dans le double assassinat étaient sous les verrous, vous comprîtes alors que vous ne risquiez plus grand chose en restant un minimum prudents. L'Amazon filait un bon 120 sur l'autoroute en direction de la capitale internationale de la beuze. Vous vous étiez donné trois jours pour faire votre marché, en oubliant volontairement que vous seriez choisis et pas l'inverse finalement. Le plus simple à l'arrivée serait de commencer par laver la voiture qui en avait bien besoin. L'eau attire !

(la suite au prochain numéro)

lundi 1 août 2022

Où l'on s'achète une minerve !

Roman de gare estival - chapitre 5
La nouvelle se déplace au nord.

ferryboat

Rentrés comme prévu au Quinze Août, Alf repartit du Plessis-Robinson et continua sur Calais où un ancien copain du collège technique avait un garage réputé en anciennes et ferait une révision complète de la Traction à prix d'ami, à la seule condition d'être cité dans le magazine Autoretro où paraîtrait la voiture au printemps prochain. L'autoradio Radiomatic - il n'en restait que la façade - balançait ses fréquences dans des haut-parleurs modernes et Alf s'en mettait plein les oreilles avec la capote fermé pour cause de mauvais temps. Après Noailles, il chargea sur la nationale un jeune couple d'Anglais trempés qui remontaient au ferry de Calais. Quand fut épuisé le sujet sur la voiture super-sympa mais qui consommait beaucoup sans doute, Alf sut qu'ils avaient passé leurs vacances sur le lac Léman. Quelle idée ! Puis ils étaient remontés par la Bourgogne, évitant Paris et sa faune urbaine, les rats, les voyous et la merde des chiens. Alf ne relança pas, sachant qu'ils décrivaient aussi la banlieue de Londres comme à Seven Sisters. Le garçon était plutôt beau pour un Rosbif et la fille semblait à côté de lui un en-cas. Mais comme sa plastique commençait à souffrir des nuits à bières, on sentait qu'elle s'y était faite. Alf comprit très vite qu'il n'y aurait pas de conversation, surtout au premier barrage de CRS protégeant la côte des routiers double-usage. "Les Français avaient créé le problème migratoire transmanche en ne retenant pas les faux réfugiés désireux de passer en Angleterre et en fermant les yeux sur les passeurs". Inutile de leur expliquer qu'en France, le migrant était une culture, au même titre que le maïs ou le canard gras, et que rien ne changerait jamais, ni de ce côté du Channel ni de l'autre. Il les mena aux bureaux de l'embarcadère qu'ils pénétrèrent sans se retourner, et reprit la route du littoral vers chez lui, mit la cassette de Wilson Pickett et monta le son :
Mustang Sally (au casque).

Les vacances étaient terminées depuis une quinzaine. S'ils n'avaient pas fait tant que ça de photos, ils avaient passé du bon temps, avec de super-nanas décoincées qui plus est, et montraient un bronzage très classe moyenne supérieure. Alf avait repris son poste de dessinateur industriel dans un chantier naval de Calais et Med était retourné dans sa clinique. La titine était sous housse chez Romain-Jean qui allait la préparer cet hiver pour le reportage d'Autoretro. Il était envisagé de lui ajouter des watts comme à l'époque avec un compresseur Constantin, mais aussi un visco-coupleur de ventilateur de chez Rover pour réduire le couple perdu, une culasse Speed (pas facile à trouver) et sans doute de vraies jantes à rayons pour mieux refroidir les tambours de freins. Mais le premier travail était d'ouvrir la boîte de vitesses dont la seconde sautait, obligeant à tenir enclenchée la queue de vache avec le genou. Ça n'était pas la tringlerie. Sur la carrosserie, on ferait juste un polish pour la garder dans son jus, Alf et Med s'en chargeraient en venant un samedi au garage. Le programme était simple et abordable. Alf rentrait le vendredi soir chez ses parents à Zutkerque pour faire un peu de jardinage le week-end, son linge et ballader le terre-neuve le long de la rivière. Parfois il montait un hameçon à sa canne d'ado et allait pêcher au coup quand il ne pleuvait pas. A Calais, il avait son pub et des copains de zinc et comme toute sa classe d'âge à Calais, il sautait à l'occasion des Anglaises qui venaient sur le continent faire des courses. Une vie réglée de célibataire en somme.

Med fut réveillé en sursaut par le téléphone bien qu'il soit onze heures mais c'était un samedi. Alf appelait de chez ses parents. Il avait la Voix du Nord dans les mains avec un titre en page 3 qui lui glaçait le sang. Il parlait à mi-voix.
- Ecoute ça :
Crime d'honneur à Mannheim au Bade-Wurtemberg, titrait le canard avec une photo d'un immeuble entouré de voitures de patrouille et d'ambulances. La police est intervenue la nuit dernière dans un immeuble de la Maximilianstrasse à l'appel de voisins effrayés par des cris de terreur apparement féminins provenant du dernier appartement. L'équipe d'intervention renforcée dut fracturer la porte pour trouver deux femmes dans la trentaine baignant dans leur sang sur le tapis du salon. Quatre hommes furent appréhendés comme témoins dans l'immeuble, dont un qui tentait de gagner le toit, mais qui ne sont pas connus des services de la police criminelle. D'après les témoignages recueillis à proximité par les correspondants du Stuttgarter Zeitung, il pourrait s'agir d'un crime d'honneur, vu l'appartenance communautaire de la famille. Les premiers éléments divulgués sur les victimes indiquent qu'elles étaient originaires de la Sarre.
Suivait des considérations sur les statistiques de criminalité dans un district plutôt calme...

Un blanc au bout du fil. Med était suffoqué et ne disait rien. Au bout d'un moment Alf brisa le silence pour dire que d'une certaine façon, c'était écrit : des Turcs ne laisseraient pas passer ça et le petit du camping ne s'était pas trompé. Vous sûtes instinctivement que vous étiez aussi des cibles ; si l'honneur de la famille turque avait été ruiné, c'était en partie de votre faute. Alors vous échafaudâtes les prémices d'un protocole de sûreté qui commençait par ne pas se rencontrer déjà, pour éviter que l'un ne mène à l'autre. Le plus sûr était de quitter les logements présents au cas où une enquête de voisinage par des malfaisants ne démarre à la Tamarissière ou autour. Le bureau du camping avait les adresses et la photocopie des cartes d'identité. Ainsi Med se fit à l'idée de quitter le Plessis-Robinson pour Paris intramuros et Alf prit un petit triplex rue de la Monnaie à Lille, qui était déjà dans ses intentions en location-vente. Ils avaient la chance d'être restés célibataires mais chacun de son côté prévint sa parentèle qu'il partait en mission à l'étranger sans possibilité de le joindre. Si les explications ne suffisaient pas, ils étaient près à se fâcher avec les leurs. Il y avait aussi le reportage à venir dans Autoretro. Ils étaient indentifiables bien plus facilement par la Onze décapotable de couleur marron que par aucun autre signalement précis. Il fallait annuler et arrêter les frais chez Romain-Jean. Comment le prendrait-il ? Surtout si la meilleure précaution était de ne pas l'informer du pourquoi pour éviter la dissémination, lui qui était en ce moment identifiable par la voiture garée chez lui. Mais à la fin du mois, Alf fit une rencontre utile.

Un pote d'un pote était turc (ou kurde). Quand un soir au pub la conversation avait roulé sur la civilisation toujours archaïque de la Turquie populaire et sur les crimes d'honneur chez les paysans d'Anatolie. Alf apprit sans que les autres ne le sussent qu'il devait être mort à cette heure. Le protocole de vengeance communément admis voulait que l'amant soit sacrifié le premier, si possible sous les yeux de la femme adultère, laquelle devait tourner de l'œil pour faire bonne contenance avant que d'y passer à son tour. A distance, on pouvait rapporter à l'épousée les glaouis du défunt comme preuve de l'exécution. S'ils étaient encore vivants il n'y avait que deux raisons probables : soit ils étaient restés introuvables mais alors pourquoi priver les "coupables" de la douleur du spectacle promis en les égorgeant les premières ; soit les maris les considéraient comme des pigeons innocents qui auraient été séduits par leurs femmes dévergondées. Faudrait peut-être continuer à réfléchir... Chacun avait retrouvé un boulot correct ; un nouveau logement sympa ; ils décidèrent de s'en tenir au plan une année encore et jusqu'après les vacances de l'an prochain. Le mieux d'ailleurs n'était-il pas de les passer en... Norvège ? A Kirkenes, les Turcs ne vont jamais à Kirkenes. Et les Russes non plus maintenant.

Kirkenes harbour
(la suite au prochain numéro)

mardi 26 juillet 2022

Cap au nord !

Roman de gare estival - chapitre 4
L'idylle teutonique s'était brisée net, les partenaires de jeu étaient mariées... à des Turcs. On faisait plus simple au théâtre. Alf et Med avaient repris la route du nord par le plateau de l'Aubrac afin de saluer un pote vétérinaire de l'AEF qui sévissait chez les eskimos de Nasbinals. Absent, leur avait répondu une femme revêche se prétendant de Marvejols, qui pouvait être son épouse, sa secrétaire ou la bonne du curé, leur précisant le dos tourné que le mardi il était souvent au casino de Chaudes-Aigues. Contact !

machines à sous

Chaudes-Aigues donc, son casino où l'on mange bien, servis par des filles de salle pas farouches, les flèches noires de Chain Flour et la ville triste de Clermont-Ferrand furent au menu des jours suivants... jusqu'à Vichy. Mais pas d'Obi-Wan au casino, il devait être en main lors de leur passage en salle. Vichy ! Un peu de canotage sur l'Allier, flâner le soir dans le quartier des sources à observer les élégantes, manger au kiosque en guettant la bonne fortune d'une rencontre galante avant de rejoindre le petit hôtel proche de la Maison du Missionnaire, c'était reposant. L'Hôtel du Parc affichait complet mais vous n'en saviez rien. La ville belle et blanche, l'était-elle autant jadis qu'on avait pu comprendre pourquoi l'exode du gouvernement de 40 s'y était terminé. A partir de Vichy, le retour vers Paris était tout tracé par Moulins et la nationale 7, en traction comme aux temps bénis des congés payés ! Pourquoi aviez-vous fait un détour par G... ?

Ah oui, pour acheter des cadeaux aux familles, des assiettes, des coupes, des petits sujets. Dans la première boutique de faïences sur la route avec parking, Med fut abordé par une Américaine - décidément ! - qui ne comprenait pas le ticket de caisse qu'on lui avait remis. Il faut dire qu'il comportait six lignes pour deux achats seulement. Med avait une tête à redresser les torts ? Peut-être, se dit-il flatté. Ah... la vieille chevalerie ! Il leva la tête en direction de la caissière l'air interrogateur. Elle fit non de la tête, ce qui le décida à approcher.
- Pourquoi tout ça ?
- La caisse facture hors-taxes et ajoute la TVA ligne par ligne, c'est le logiciel qui est comme ça.
- La première fois que je vois une caisse tout public débiter hors-taxes.
- C'est comme ça et je n'ai pas le temps de vous expliquer.

Med fit signe à Alf qui regardait des vases bleus, et ils suivirent l'Américaine jusqu'au rayon des articles qu'elle avait pris. Les prix étaient sur des étiquettes électroniques (modifiables à distance comme au supermarché) et correspondaient aux chiffres inscrits sur le ticket. Le magasin étant en accès libre, les prix devaient être affichés TTC. Donc la caisse faisait du beurre sur les clients étrangers, surtout extra-européens, qui n'entravaient pas les subtilités du code de commerce français et avaient pour certains l'habitude de voir s'ajouter la taxe locale comme aux Etats-Unis.

- Vous lui refaites le ticket... tout de suite, exigea Med.
- J'ai des clients, lui répondit la caissière, le nez dans ses comptes.
- Tout de suite ou j'appelle l'éléphant dans le magasin.
Elle ne comprenait pas ou ne voulait pas refaire le ticket de la touriste américaine devant les autres clients. Elle traînait.
- Bon, j'appelle la police. Vous êtes en zone "gendarmerie" ? Ça ira plus vite.
- Mais arrêtez donc ! Je vais le lui refaire son ticket, c'est une erreur due au stress de l'affluence parce qu'il faut en plus surveiller les rayons où l'on vole.
- C'est ça. Refaites-le et on part.
Il prit le ticket pour le faire annuler et décaisser le trop-perçu. Elle, n'y comprenait rien.
- Kate, dit-elle en lui tendant la main.
- Médéric, mes amis m'appellent Med et voici Alf.
Ils sortirent, eux les mains vides et elle avec un sac à la main plein de papier-bulles en plus du sac-à-dos.
- Vous voyagez seule ?
- Je monte en Hollande rejoindre des copines, répondit-elle en bon français, et je prend la nationale 7 car beaucoup de Hollandais montent par les nationales pour ne pas payer de péages. Je fais du stop sur plaques hollandaises uniquement.
Ils regardèrent le trafic, et c'était vrai que chaque dix voitures environ passait une plaque jaune hollandaise.
- Si vous voulez, on monte vers Paris par la N7 parce que la voiture est trop ancienne pour l'autoroute. Et ils arrivèrent tous les trois sur le parking pour, elle, découvrir la décapotable à l'ombre.
- Ach du liebe Zeit ! Une ancêtre Citröen comme neuve ?
- On sera ce soir au Plessis-Robinson, c'est dans le sud de Paris, mais on peut vous conduire dans Paris si vous avez un point de chute.
Et vous parlez l'allemand ?
- Je viens du Dakota du nord. C'est courant là-bas.
- Ah, mazette ! On n'en sort pas, pétaing !

Elle dit "O.K et merci" et grimpa.
Puis vous reprîtes la route jusqu'au repas du soir que vous aviez choisi de faire ensemble à Malakoff dans un petit restau d'étudiants sans prétentions ni congélateur. La passagère n'avait pas encore décidé apparemment où elle voulait être conduite et le bruit du moteur et du vent en roulant avait freiné les épanchements. C'était une fille assez carrée, en short feldgrau comme il se doit pour une Américaine qui fait la route, avec une tresse roulée et blonde country. Après une salade composée (de maïs surtout) ils eurent du carré d'agneau avec des patates couffides et des choux de Bruxelles sautés aux pommes. Le repas finit de bonne heure. Med se lança à lui proposer l'hébergement si elle n'avait pas d'autre plan. Après quelque hésitation pour la forme, elle convint que c'était gentil de sa part mais qu'elle devrait partir tôt le lendemain pour reprendre son voyage de Hollande. Alf lui proposa de la déposer demain matin à une gare d'autocars européens comme Eurolines ou Flixbus ; il y avait tous les jours des cars pour Amsterdam. Parce que, insista-t-il, il n'était pas envisageable pour des raisons de sécurité de repartir en stop depuis une porte de Paris, surtout au nord. Vendu !


Chez Med, ils se firent une soirée jazz-bourbon-minipizzes. Le dégel était en chemin. A minuit passé, les vapeurs de malt aidant, chacun sut que Kate était montée avec l'autre. Et le mystère demeura entier. A 7 heures elle était sous la douche à réveiller toute la maison en attendant que passe le café. On avait choisi le terminal de Bercy quasiment sur le trajet qu'emprunterait Alf pour remonter la Traction à Calais en rejoignant la nationale 1. Mais ça c'était une autre histoire. Les toasts remontés de la Tamarissière sautèrent dans le grille-pain, la journée était lancée.

(la suite au prochain numéro)

vendredi 22 juillet 2022

Le vent fraîchit au grau

Roman de gare estival - chapitre 3
Comme signalé déjà, le blogue du Piéton du roi profite de l'été pour publier une séquence musicale de divertissement "païen", célébrant la mer, le sexe et le soleil. Des pharisiens s'en sont émus, qui considèrent la cause qu'ils s'approprient sans titres, écornée par l'écriture strictement ludique d'une nouvelle de plage, mais la caravane passe. Donc, Alf et Med avaient précédemment conclu avec leurs voisines teutoniques et les jours s'écoulaient entre le sable et l'eau dans la pinède de la Tamarissière...

Une semaine déjà que le ménage à quatre tournait rond. Vous étiez même allés jusqu'à Narbonne voir la capitale successivement romaine, gothe et arabe de la Septimanie : un sujet épais comme le bras qui tenait la journée, facile ! Savaient-elles que Narbonne fut le Poitiers-732 puissance 2, puiqu'on y massacra toute l'armée sarrazine et les milliers de colons arabo-berbères coincés sur la plage au pied de La Clape sans pouvoir embarquer. Ce fut inscrit dans l'histoire comme la bataille de la Berre-737 mais puisque les Annales sont écrites au nord, on n'en parle jamais, bien que l'issue de ces combats soit le vrai marqueur du reflux arabe. Alexia et Marie ouvraient de grands et si beaux yeux qu'on leur en aurait conté des heures, et la région recelait tout ce dont on avait besoin pour distraire les dames, jusqu'au mystère de l'abbé Saunière à Rennes-le-Château*.
Himmler jeune
Savaient-elle qu'Heinrich Himmler, le mec sévère avec les petites lunettes de Brasillach, avait commandé une mission spéciale pour rechercher le secret de Rennes-le-Château que les plus allumés des archéologues disaient n'être rien moins que l'Arche d'alliance pillée par Rome à Jérusalem et rapporté du sac de Rome par Alaric. D'ailleurs, puisqu'on en parle, le papa d'Alexia et Marie avait été un collaborateur des troupes française d'occupation. Chacun son tour mais comme il était Sarrois, c'était à moitié pardonné. Les jours passant, on entrait moins dans le réchauffement climatique et plus dans le water-polo. A quatre c'est plus simple. Bref, tout laissait comprendre qu'il y aurait une suite au roman de plage.
* Royal-Artillerie a déjà parlé de Rennes-le-Château ici.

Ce matin-là, Med prit la Onze pour aller en Agde faire des courses et ce jour-là Alf l'accompagna pour acheter des fruits frais chez des gitans de sa connaissance sur la vieille route de Vias et rapporter de l'agneau à prix coùtant. De retour à midi...
Elles s'étaient tirées !
L'emplacement était vide, nettoyé, les sacs poubelles enlevés, mais les vélos toujours enchaînés au pin.
Med gara la voiture avec précaution. Ils restèrent là, dans la voiture, un peu hébétés, sans oser demander au voisinage. Un gosse qui répondait au joli nom de Mouloud sortit de sous les pins derrière le bungalow attenant et s'avança, déjà prêt à leur raconter l'épisode. Il avait forcément tout vu puisqu'il badait les filles du matin au soir en cachette dans toutes leurs activités. Il s'arrêta à six mètres et attendit. Au bout de deux minutes, Alf leva la main, il vint et raconta en acceptant un coca frais.

La Mercedes était venue vers 10 heures. Une grosse bagnole gris foncé badgée 500 sur le coffre. Elle s'arrêta devant la tente des filles et deux mecs ouvrirent les quatre portes et la malle. Ils démontèrent la tente avec soin, la plièrent et chargèrent tous les sacs. Les deux filles montèrent derrière sans broncher, ni un mot, ni un refus, ni un battement de cil. Ni les uns ni les autres ne disaient mot, comme s'ils vivaient la fin de quelque chose d'attendu.
- C'est dommage, ne put s'empêcher de dire Mouloud.
- C'étaient quoi ces types, Mouloud ?
- A mon avis des Turcs, et probablement les maris. Ils n'ont même pas eu à parler.
- Comment ça ?
- S'avaient pas l'air de types à qui tu demandes cent balles. Les polos Ralph Laurens, les gourmettes, les bagouses en pierres de couleur, les futals à revers à quatre cent balles. Ils serraient pas des écrous chez Volkswagen.

Alf lui donna un paquet de Speculos qui était sur le dessus du panier, et ils déchargèrent la voiture. Mouloud ne partait plus, compatissant en un sens, ou curieux de voir comment ils allaient encaisser la gifle. Car il n'y avait pire gifle dans son imagination que de se faire larguer par une meuf. Heureusement qu'ils avaient la décapotable pour lever des filles et suffisamment de blé apparemment pour n'avoir pas à faire la cuisine chaque jour sur le petit réchaud ; ce qui aurait fait Mimile, avouons-le !

Port Mahon

Elles avaient passé une douzaine de jours de totale liberté, avait vécu l'idylle qu'elles étaient venues chercher avec des gars sympa, de vrais frenchies en décapotable - que demandent les Huns ? - elles avaient chacune inventé un personnage sans doute un peu plus jeune qu'elles, très tendance dans la mouvance écologiste, tout en ne parlant pratiquement jamais de leur vie quotidienne à Mannheim ; et elles étaient montées en ballon presque chaque nuit sans faire auparavant une heure de danse du ventre. Tiens, puisqu'on en parle, en blond caucasien, ça le fait aussi :


Vous n'aviez aucun élément pour remonter la piste et savoir ce qu'il adviendrait d'elles. Elles ne s'étaient pas comportées en professionnelles à la mer et probablement n'avaient-elles d'enfant ni l'une ni l'autre. Elles en auraient parlé et le sachant maintenant, pareils maris n'auraient pas lâché les deux sœurs sans surveillance avec une progéniture à couver. Peut-être avaient-elles laissé les cailloux du Petit Poucet d'ici au bureau de sortie du camping ; mais ils n'y croyaient pas vraiment. Avant d'aller à la paillotte de Daniel, il firent le tour par le bureau en demandant s'ils avaient vu passer Alexia et Marie qui de notoriété publique allaient et venaient avec eux depuis dix jours, au point de faire croire qu'il y avait un semblant de sérieux dans leur double liaison.
- Ah bon, c'est ça ! C'étaient elles dans la Mercedes fumée ?
Un type avait payé leur note en entrant. Il a fait salut de la main par la vitre en sortant. Elles, elles n'ont rien dit.

Alexia ressemblait un peu à Amber Heard et Marie plutôt à Léa Seydoux. Non, bien sûr, pas exactement mais vous comprenez. C'était juste pour mesurer la perte. On savait en revanche pourquoi les "maris" avaient fait le voyage pour venir les récupérer. Ils n'en avaient pas des tonnes de ce calibre dans leur communauté orientale. Au repas, Alf et Med convirent de lever le camp. Pour changer d'air et de souvenirs quotidiens mais peut-être et surtout pour ne pas subir les regards en-dessous et rigolards du voisinage qui avant l'apéro de ce soir serait tous au courant. Ils plièrent les affaires, donnèrent les provisions à Mouloud pour ses parents et chargèrent la Traction.
- Vous partez à leur poursuite ?
Alf sourit en hochant la tête.
- Je peux vous passez le canon scié que mon père tient dans la caravane.
- Il n'y en aura pas besoin, Mouloud. T'es un gentil garcon. Fais gaffe à toi, et où tu mets ton nez. Bye !
Et c'est comme ça qu'ils partirent finir la semaine qui leur restait dans une cure d'altitude par la A75. Ils en eurent pour quatre heures jusqu'au village d'Aubrac, et établirent leurs quartiers à l'auberge de jeunesse du Royal. Ils étaient sur la draille, c'était bon signe en un sens. Le monde allait et venait. La gérante leur fit l'avantage du garage fermé après avoir admiré la Traction de collection chocolat.
- Vous pouvez manger au village.

Ce fut mieux que bien et moitié moins cher qu'au Grau d'Agde.
Rentrés à l'auberge, les étages bruissaient déjà de jeux de société et de guitares. Mais Alf et Med avaient prévu de monter à cheval au bon air à Nasbinals dans un centre équestre qu'ils avaient réservé à la réception. Quel plaisir eurent-il à dormir au frais la fenêtre ouverte sans moustiques ! Il suffisait dès maintenant de laisser venir les rêves et leurs créatures. Med eut plus de mal qu'Alf à s'endormir, les créatures semblaient empêchées.

(la suite au prochain numéro)

lundi 18 juillet 2022

L'enfer de la Tamarissière

Roman de gare estival - chapitre 2
Il arrive que le blogue du Piéton du roi profite de l'été pour publier une séquence musicale de divertissement, célébrant la mer, le sexe et le soleil. Cette année, nous avons débarqué la semaine dernière deux copains au camping de la Tamarissière (Agde), et vous prendrez quelques jours avec eux. Sans obligation, bien sûr.


cul de lampe

la plage

Vous rentriez seuls tous les deux d'une boîte rive gauche, enfin une boîte en bambou, quand le vent s'est levé, tirant sur les piquets ; et c'est rare la nuit. Il avait changé de direction comme une pétasse éconduite vous annonçant du gros temps. Et si vous ne saviez pas où la mer monte de quatre mètres en trois coups de vagues, c'est bien à l'embouchure de l'Hérault. Le bouchon d'étoupe surgit aussitôt sur la mer écumante cachant les deux phares de la jetée du grau et très vite tous les luns de l'allée du camping disparurent ou sautèrent. Alf ton pote attendait les ordres. Il est du Nord, du grand Nord, de Zutkerque t'imagines, près de Calais... les noirs descendent de nuit dans la mer noire, t'imagines le rébus en verlan ? Il ne savait pas que le vent du Midi arracherait les piquets plantés profond certes mais dans le sable. Le premier sauta qui entraîna un second. Au maillet de bronze - ça rentre dans la Traction - vous renfonciez le premier au ras du sol, même en dessous, et vous approchiez du second quand un bras vous dépassa à droite et de longs cheveux fouettèrent votre visage quand on saisit le piquet tombé pour le mettre à frapper. Vous enfonciez ras-la-planche et vous vous retourniez : "le temps d'un éclair j'ai compris qu'elle était Allemande". Sa soeur se tenait derrière à surveiller les autres. J'en profitai pour aplatir toute la série. Ben... elles avaient monté leur guitoune à côté ce soir et enchaîné leurs vélos au pin. Vous étiez voisins... et c'est vous qui aviez la tire. Le cauchemar ne tarda pas, allongé sur le lit Picot : comment monter deux vélos sur la malle plate de la Traction ? Demain serait un autre jour. La pluie se déchaîna.

Ça tombe bien, ça vient de sortir, c'est Suédois et dans l'OTAN :


- Alf, tu dors ?
- Mmmm...
- Tu crois que la Onze pourrait remonter en Allemagne ?
- Parce qu'il faut remonter au fond de la Rhur peut-être pour se les faire alors qu'elles ont fait tout ce chemin pour se faire sauter ici ?
- Non, mais on peut "établir une relation". J'avais levé une campeuse de Düsseldorf au camping ouvert des Saintes Maries de la Mer il y a dix ans. Ils auraient dû mettre l'enseigne du Lotus Bleu. Les yeux verts. Je l'ai remontée à Düsseldorf.
- Et pourquoi t'es là ?
- Elle s'est barrée,...
avec une copine !
- Tu t'en vantes pas ?
- Non, bonne nuit !

Cela faisait une semaine que vous étiez encalminés à la Tamarissière avec une pile de boîtes de conserves vides qu'il faudrait se résoudre à porter au recyclage, et sauf deux passes ancillaires dans les dunes, vous aviez fait beaucoup de périssoire mais pas de kite-surf. Pourtant c'était un spot réputé pour le kite-surf. Finalement la zone était très familiale et pour entrer dans le vif des sujets il aurait fallu aller au camp du Grau, sauf que... il était nudiste. Médéric (Med) se demandait si le plan était si bon que ça quand on appela du seuil de la tente. Les Teutonnes apportaient des croissants. Alf se mit au café. Il avait changé la cartouche hier. Elles sentaient bon, l'algue et la dune à la fois. Germaines en tout comme sur un chromo, visiblement un peu plus âgées que la nuit passée. La conversation démarra lentement comme à chaque fois. Elles entravaient le français de bar. Alf comprenait l'allemand, Médéric moins, mais c'est lui qui parlait le plus. Au bout d'une demi-heure vous vous rendites compte que vous n'aviez pas parlé de vacances, d'un programme de visite, ni de soirée furieuse à venir, non ! du temps, uniquement du déréglement climatique et fatalement des risques de tsunami ! A la Tamarissière ? Alf se frappa le front. Mais c'est bien sûr, elles sont vertes ! Ça sera pas coton de conclure avec des militantes, même fumables tout à fait. D'accord, elles n'étaient pas des remèdes à l'amour comme les coupe-burnes françaises mais attention quand même. En plus, elles risquaient tout à fait d'être nudistes pour peu qu'elles viennent du nord du pays. Les nudistes sont désinhibées au point d'en perdre toute libido ! Med pensait la même chose et secouait la tête lentement, perplexe mais souriant intérieurement de la complexité nouvelle. Vous décidâtes de faire la plage ce matin pour parfaire le bronzage d'importation, on déjeunerait léger à la paillotte de Daniel, puis on roulerait vers Sète manger des glaces sur le canal et se faire une toile éventuellement, sinon on irait leur montrer la tombe de Brassens. O.K ? O.K ! Il préparait déjà les cassettes pour la Supplique en chemin (clic). Ah oui ! Elles s'appelaient Marie et Alexia.

On fit comme on avait dit jusqu'au cimetière, en passant par le carré allemand, quatre-vingt croix quand même, puis on partagea deux soles meunières sur le port à la tombée du soir, avec une mauvaise bouteille de rosé des sables, un Listel gris de gris, qu'elle trouvèrent "zupère" ! Elles s'étaient coiffées de la même façon, cheveux raides foncés blond à l'épaule, mais ce qui les distinguait des autres filles en terrasse c'était leurs yeux. Comment dire ? Miel. C'est ça, elles avaient l'une et l'autre les yeux miel, Alexia plus foncés, en amande comme les avait formés quelque ancêtre slave importé par Frédéric de Prusse pour travailler aux mines. Sans avoir des mensurations d'alcôves, elles étaient plutôt rebondies, pas trop grandes et en bonne santé, le vélo sans doute. C'est la conversation... qui pêchait. Après la haveuse à lignite, "grande comme l'immeuble que tu vois là", on entra dans une curieuse histoire de houilles qu'elles classaient par grade selon les nuisances émises à la combustion. Alf tenait à montrer qu'il était natif des mines lui-aussi et vous partîtes dans un débat corne-cul sur la valorisation des crassiers, tandis qu'elle parlaient entre elles pour tenir la dragée haute aux pollueurs, ayant cru comprendre que vous n'étiez pas si pressés de couvrir l'espace de moulins à vent - impossible de leur faire prononcer "éoliennes" - ni de fermes solaires sur nos causses arides. Pas de vaches ? pas de forêts ? c'est aride ! Med se garda bien d'ouvrir le chapitre nucléaire ; elles risquaient de rentrer en stop.

La route du lido dans la vieille décapotable fut un enchantement - le soir le moteur refroidit mieux - avec bien des appels de phares de sympathie avant que la nuit n'ait épaissi. En prenant l'entrée du camping, on entendit les flons flons de la soirée au Grau d'Agde, mais la journée avait été assez remplie pour n'avoir pas à passer encore le fleuve. Alf prit quatre mousses au fond de la glacière qui avait fondu et, chacun sa rabane sous le bras, vous partîtes vers la plage voir les étoiles que l'orage de la veille avait lavées. Etonnants silences. Les anges passèrent, puis la suite de la soirée fut conforme aux canons de la théorie de l'évolution et les lares paillards de la Tamarissière se resservirent une tournée.
(la suite au prochain numéro)

traction bordeaux

samedi 16 juillet 2022

Été première !

Traction décapotable
Demain commence l'été des plages. Après huit heures de décapotable de collection sous un soleil oxyacétylénique, et deux pleins, vous voilà rouge sang faisant la queue à la pharmacie pour un tube de combo vaseline-paraffine-glycérol marqué "Pierre-Fabre" de Castres (méfiez-vous des imitations américaines). Avec un pot de crème à bronzer siouplait ! Mais si vous êtes malin vous aurez acheté deux kilos de graisse à traire dans un store agricole en chemin.

...... La nuit tombe déjà ; il est temps de sortir boire en paillotte des mojitos en bouffant des tapas au citron, des churros pour caler et des trucs indéfinissables mais "in" que vous aura proposés la barmaid vénale et teinte. Les doigts pleins d'huile, pas facile d'amorcer les timides mais ce n'est que le premier jour !
J'ai eu du mal à trouver un tube de qualité, la production de plage 2022 est un vrai shitstorm. Donc il faut revenir aux valeurs sûres, un clip cubain par exemple. Oui, c'est un clip de propagande, une façon d'avoir les crédits de tournage (faut tout leur dire):



Savez-vous pourquoi les Cubaines sont si belles ? C'est la faute à la souche ancienne de métissage. Ces enfoirés d'Espagnols y débarquaient le premier choix, comme nous-mêmes le faisions à Port-au-Prince. Rassurez-vous pour nos autres Antilles, le fond de cale était laissé à Charleston. Bon, c'est la première nuit au camping de La Tamarissière. Demain sera un autre jour sans coup de soleil. On se fait un petit corps-à-corps virtuel avec la reine réunionaise du zouk caraïbe, pour huiler les articulations avant d'aller au page. Et ça commence par une splendide Indian Chieftain Dark Horse noir mat !




Indian motorcycle
Ne pas choisir !

mercredi 22 septembre 2021

Summertime VII (7/7)

 

Baigneuse

L'été finit ce soir. On va mettre une petite laine et repasser par la plage. Vous allez voir, c'est jeune, c'est frais :




Dans la séquence Summertime de Royal-Artillerie il y a forcément un écran sportif, du shuffle classique venant du temps béni où les libertés basses et sans masque ne se discutaient même pas, avant les talibans quoi !




Enfin ! le tube de l'été que personne n'a vu venir, qui est pourtant en odeur de synthé ou de schnouf. Prévenez la folle à barbe dans son château-cage que le grand remplacement est terminé. Voici la version karaoké que M. Macron aurait dû écouter avant d'aller à Marseille :




Un petit slow-paillotte pour la route (clic) ? Et on démonte !

samedi 21 août 2021

Summertime (VI) l'auto pornographique

Bien que la situation générale soit moins grave qu'un épisode de guerre mondiale comme les hommes savent si bien en déclencher, le cœur n'est pas à rire. Le 15 août 2021 restera une date historique comme celle de la chute de Constantinople : l'Occident mis en échec à Kaboul par des hordes de pouilleux embrasés par leur foi. En hommage à nos "sœurs" comme en rêve le taliban errant par les nuits sans lune, voici la minute féministe qui va bien au teint des Afghanes :


Oh well I'm the type of guy who will never settle down Where pretty girls are well, you know that I'm around I kiss 'em and I love 'em 'cause to me they're all the same I hug 'em and I squeeze 'em they don't even know my name They call me the wanderer, yeah the wanderer I roam around around around Oh well there's Flo on my left and there's Mary on my right And Janie is the girl with that I'll be with tonight And when she asks me which one I love the best I tear open my shirt I got Rosie on my chest 'Cause I'm the wanderer yeah the wanderer I roam around around around Oh well I roam from town to town I go through life without a care 'Til I'm as happy as a clown With my two fists of iron and I'm going nowhere I'm the type of guy that likes to roam around I'm never in one place I roam from town to town And when I find myself a-fallin' for some girl, yeah I hop right into that car of mine and ride around the world Yeah I'm the wanderer, yeah the wanderer I roam around around around, let's go Oh yeah I'm the type of guy that likes to roam around I'm never in one place I roam from town to town And when I find myself a-fallin' for some girl I hop right into that car of mine and ride around the world 'Cause I'm a wanderer, yeah a wanderer I roam around around around, around, around 'Cause I'm a wanderer, yeah a wanderer I roam around around around, around, around... !


rose rouge-noir


Bref, pour remonter le moral de l'espèce humaine, le rapport du GIEC est tombé : on est foutus, on mange trop ! Nous perdrons la terre plus tôt que prévu et sûrement ; l'homme en est la cause. A l'heure où nous mettons sous presse, des irresponsables parlent encore de... développement ! Ce ne sera que justice à la fin ! Nous sommes au sortir du jurassique juste avant l'arrivée de l'astéroïde. Nous laisserons dans les sables crépusculaires de notre civilisation les témoignages de nos folies.

Après qu'auront disparu les êtres de chair, leur survivront pendant quelques décennies des êtres de fer. Pour quelques mois encore, il est possible de sauver un dinosaure. Et le plus abouti dans le cycle d'attrition naturelle du programme est la Cadillac Deville 1965. Des lignes parfaitement horizontales pour des modèles les plus longs, les plus larges, les plus bas que tout ce que la production américaine avait montré. Le modèle à découvrir ci-dessous est mû par un moteur de 429 pouces-cubes avec pour jockey un carburateur quadruple corps qui délivre 340 chevaux. Deux tonnes d'acier et de chrome sur 5,68m de long et 3,29m d'empattement, royal ! Si vous en croisez une, achetez-la, et comme notre ami dans la vidéo, planquez-la dans une grange. Le combo V8 GM - HydraMatic est inusable et vous trouverez toujours de l'essence de contrebande pour la faire tourner... la nuit en campagne, quand la police photovoltaïque dort. En guise de notice nécrologique la voici :





Il ne vous reste plus qu'à prendre la route pour l'université d'été de l'Action française à Roanne, même si l'effondrement de la civilisation humaine, sur une planète qui s'ébroue pour s'en défaire, n'est pas au programme. Ça commence demain dimanche.

Roulez bolides !


deux motos

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