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jeudi 2 septembre 2021

À la St Louis foin non rentré est à demi gâté !

Son excellence Don Luis a laissé diffuser par son secrétariat français une longue homélie à l'occasion de la Saint-Louis dont il est deux fois le descendant pour être né aussi le même jour que ce roi. Ce pensum doit être lu sur le site officiel de la Légitimité en cliquant ci-dessous sur pause.

[Pause - 3 minutes de votre temps]

Chacun de vous s'est fait maintenant une opinion de ce qui restera pour moi un catalogue de généralités portables n'importe où, ancrées dans la tradition et forcément dans le passé, ce qui n'est pas condamnable en soi mais légèrement décalé. J'ignore ce qu'en penseront les jeunes générations qui affronteront des défis autrement prégnants, mais les soucis du prince sont-ils ceux de demain ? A tout prendre, autant valait saisir l'histoire. Le roi Louis IX fut celui des septième et huitième croisades, à la fin de laquelle il mourut de dysenterie à Tunis. Il n'y en eut aucune autre ensuite, malgré la combativité assise de la papauté d'alors ; sauf à contempler la neuvième croisade que conduisirent quatre présidents américains successifs et qui s'est terminée lundi dernier 30 août 2021 par le retour des derniers croisés !

Luis-Alfonso de Borbon Martinnez Bordiu

Il aurait été de saison que la plume du prince aligne les planètes de notre avenir plutôt que celles d'une astrologie sociétale, et l'affaire d'Afghanistan est à la charnière de deux occidents ! Mais l'important n'était-il pas de sortir quelque chose ou n'importe quoi pour relancer l'intérêt des fidèles passablement délaissés depuis la translation des cendres du général Franco exhumé du mausolée de Los Caidos vers le caveau familial de Madrid. Car, malgré des déclarations qui ne sont pas de sa main depuis qu'il a abandonné sa page* Facebook en espagnol, le duc d'Anjou n'est plus en phase de conquête des cœurs en France où d'ailleurs il ne vient plus. A quoi servent donc ces déclarations compassées, ses vœux convenus ? A nourrir une posture déférente adoptée par les légitimistes français qui, depuis l'arrêt du journal Le Lien Légitimiste, ont rompu avec une attitude critique mais loyale envers la cause et le prince, qui visait d'abord à améliorer la perception de l'héritier Bourbon que pouvait avoir son lectorat. Terminé ! On enfile comme des perles les intentions de messe du souvenir. Autant dire que la cause royaliste a atteint sa queue de trajectoire, peut-être avec le rappel à Dieu du baron Pinoteau (†2020) et de quelques autres "producteurs de talent" comme Daniel Hamiche (†2020). Thierry Ardisson et Didier Barbevilien n'y suffiront pas. A voir l'écume du temps se briser en permanence sur la grève immobile, d'autres se taisent. Bien sûr, restent quelques bizarres affairés au "complot" sur des sites abandonnés de tous ! Ils ne font même plus rire les rares informés.

* Son dernier message fut le suivant (29/05/2019) : « El 30 de Mayo De 1919 el rey Alfonso XIII consagra España al Sagrado Corazón De Jesús, en el Cerro De Los Ángeles. 50 años después, Don Francisco Franco renueva dicho voto, en presencia de los príncipes Don Juan-Carlos y Doña Sofía. Hoy se cumplen 100 años, qué mejor manera de defender los Principios Básicos de la Civilización Cristiana : la tradición y la familia.»

L'intérêt du légitimisme est de rétablir une monarchie dans le droit fil dynastique, en éliminant les compétiteurs, comme le faisaient de leur temps les lois fondamentales du royaume de France. Un mot résume cela : automaticité. Très simple. Un héritage. Un héritier ! Ceux qui le contestent pour gagner une course virtuelle au pouvoir sont forcés d'entrer dans le couloir des arguties, invoquant des protocoles internationaux dont personne à l'époque ne mettait en doute l'inanité (Paix d'Utrecht), voire de créer des lois de circonstances comme le vice de pérégrinité afin de noyer le tonneau de leurs remords. Mais tout ceci ne tient que si vous voulez rétablir le modèle antérieur. Les maisons princières qui se disputent (pour la galerie) en sont très loin. Le modèle nordique des rois pour de rire sur papier glacé est passé par là. L'héritier de Bourbon se contenterait (a-t-il dit, mais le pensait-il vraiment, en a-t-il même une idée claire ?) se contenterait donc d'un trône à l'espagnole. Pour sa part, l'héritier de Juillet deviendrait roi en lieu et place du président d'une Cinquième République amendée. Dans l'un et l'autre cas, nous sommes très loin d'une monarchie de reconstruction nationale qui, comme on le serine souvent ici, doit commander sans entraves au domaine régalien pour tenir l'essentiel des instruments gouvernant cette nation.
Les deux principaux prétendants en ont-ils conscience ? Nul ne sait ce que pense le bedeau de Dreux, momentanément exilé dans un gîte gratuit de Montréal de l'Aude. Mais en revanche, il ne me surprendrait pas que Louis de Bourbon, confronté dans sa chair et ses comptes à la haine viscérale des partis républicains battus à la guerre d'Espagne et qui cherchent une revanche sur un adversaire affaibli, soit maintenant moins démocrate qu'il ne le déclarait à New York lors de la naissance des jumeaux. C'est pourquoi, s'il fallait en passer par les "héritiers" au lieu d'élire à Senlis un Capet 2.0, c'est l'Espagnol qui garderait ma préférence, outre le fait que ma confiance est plus facilement obtenue de l'athlète que du rentier perdu.
Reste le Mérovingien caché à Rennes-le-Château qui mettrait tout le monde d'accord. Ou dans le Sud encore, un Wisigoth. Sinon celui d'au-delà des mers ! Rien ne viendra du Nord, ils ne savent pas rêver.

Tableau à l'antique de Poussin
Cénotaphe de Papacito sur la Montagne d'Alaric
D* ET IN ARCADIA EGO *M



Ceci étant dit, le légitimisme français n'est pas qu'un hommage au duc d'Anjou descendant du roi saint Louis. Le travail de certains cercles creuse la question politique comme nous le montrent les cahiers de l'université d'été Saint-Louis dont la livraison 2021 mérite une lecture attentive (120 pages). En voici la conclusion :

N’étant ni démocratique (pouvoir désigné par une volonté générale chimérique), ni théocratique (autorité directement désignée par Dieu), ni hiérocratique (autorité désignée ou commandée par les clercs), l’autorité du roi vient, non seulement de la loi qui le désigne, mais principalement de sa reconnaissance personnelle et institutionnelle de la loi naturelle (au minimum), de l’autorité ultime de Dieu, de la souveraineté de Jésus-Christ, dans cet ordre. Le dernier niveau de légitimité — qui est aussi le plus achevé — se rencontre, entre autres, dans la royauté traditionnelle française. Comme ce dernier niveau implique les précédents, la légitimité du roi peut être reconnue de manière universelle par chacun de ses sujets, quelle que soit sa confession religieuse, voire son agnosticisme. Accomplir la loi naturelle — parfaite par la Révélation 63 —, faire grandir ainsi notre raison et notre cœur, c’est réaliser notre humanité, ce qui constitue précisément la volonté du Créateur.

Le cahier 2021 est téléchargeable en cliquant ici.

jeudi 8 juin 2017

Le Lien légitimiste nouveau n'attend que vous

Gérard de Villèle par Madame sous le noyer de Petit-Prix
C'est une opportunité rare pour un mécène de la cause royaliste. Coup de tonnerre, Gérard de Villèle appelle à candidater pour la reprise du Lien légitimiste dont il ne veut plus assurer la publication pour des raisons personnelles (santé). L'organe de référence de la Légitimité est un bimestriel de vingt pages sous format demi-tabloïd qui a une réputation de sérieux et d'indépendance, d'aucun le jugeant même trop libéral pour être lu à la veillée de la crypte ! Pensez donc, il a promu au fil des éditions l'économiste monarcho-anarchiste Hans Hermann Hoppe. Disert sur l'histoire de l'Ancien régime dans ses recoins oubliés et expert de la Restauration pour la raison que l'on devine, le Lien légitimiste est aussi un journal d'actualités du microcosme sachant critiquer discours et postures s'il y a lieu, et soutenir toujours la maison de Bourbon.

Le repreneur ne peut être seulement un bénévole motivé par l'incandescence de sa foi en le roi. Le média doit évoluer pour suivre la marche du temps, passer au format tabloïd sinon même berlinois, accroître sa pagination, pouvoir ultérieurement soutenir une périodicité mensuelle et se promouvoir par un site professionnel sur internet, etc etc... Si les bonnes volontés compétentes sont bien sûr un renfort utile dans toute démarche de communication, le défi - et c'est l'avis individuel et portatif de votre rédacteur préféré - ne peut être relevé que par une personnalité en capacité de distraire les fonds nécessaires à la rénovation du support pour exploiter la mine légitimiste jusqu'au bout, le bout étant bien sûr l'établissement du prince Louis de Bourbon dans le paysage quotidien des Français.

Le Piéton du roi, ne répondant pas aux critères proposés, sans pistoles et refusé au triste privilège de l'âge, ne peut remporter l'adjudication malgré son vif désir de voir continuer ce canal d'opinion de haute qualité qui lui fit l'honneur insigne d'accepter dans ses colonnes ses libres réflexions. De tout ce qui précède il n'est rien qui engage la publication ou sa rédaction, le présent billet étant une initiative personnelle et non sollicitée. Voici le scan du dernier numéro du Lien légitimiste raccourci à deux pages. Tout y est utile.


Joindre la direction du journal pour manifester ses intentions et s'informer sur les détails techniques indispensables à la reprise, c'est facile par courrier, courriel ou téléphone. A défaut, l'onglet Contact de ce blogue reste un moyen d'accès indirect.

M. Gérard de Villèle
Le Lien légitimiste
2 Le Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint-Martin

✉ gerard 'chez' villele.com
☎ .... ... ...

Yapuka !


Catoneo


vendredi 7 avril 2017

Quid du roi ces temps-ci ?


La fièvre médiatique est à son comble, l'haleine fétide des journalistes empuantit les lucarnes bleues. S'il est un vaincu de la campagne présidentielle dans l'Opinion, c'est d'abord LE journaliste de plateau. Comme le disait Bompard* à un professionnel de la profession qui ne cessait de lui couper la parole mercredi dernier pour accélérer son bout d'émission :
« laissez-moi finir, je sais que ça peut être difficile à comprendre pour vous, mais vous allez voir, ça va bien se passer à la fin.»
Se plaignant d'une carence de débats au fond et ne relevant la journée durant que des petites phrases ou des erreurs bénignes des candidats, les gens du quatrième pouvoir se sont déconsidérés. Jusqu'à vouloir mettre les doigts dans des thématiques qui ne s'apprennent pas dans les écoles de journalisme et se ridiculiser plus encore. La volière à perroquets dans tout son vacarme. Ne peuvent affronter les médiats et leur formatage idéologique que ceux qui les menacent publiquement jusqu'à l'attaque ad hominem, comme en usent Jean-Luc Mélenchon et son staff. La démocratie occidentale est devenue un combat contre l'information crétinique. En d'autres temps on en rirait, on n'en rit plus car on sait les gens perdus et malléables, la loi du Nombre faisant le reste. Mais la mort annoncée de l'ensemencement vertical des nouvelles (et autres fake news) va peut-être nous libérer d'un grand poids dans les années qui viennent.
* Manuel Bompard est patron de l'équipe de campagne de JL Mélenchon


Robert de Prévoisin
Dans cette vallée de souffrances que serait devenu le candidat royaliste ? On aime à n'avoir pas à se poser la question. Robert de Prévoisin que l'on peut féliciter pour son engagement courageux, nous a évité un bombardement irrémédiable en n'obtenant pas de parrainage, malgré un démarchage en chemin de croix sur des terres moins hostiles a priori, Bretagne et Normandie. S'il n'a pu convaincre personne en tête à tête, comment y serait-il parvenu au pupitre devant un auditoire indifférent parfois hostile, poursuivi ailleurs par les sarcasmes des réseaux sociaux envahis de trolls haineux ? Aurait-il obtenu le soutien des royalistes du PAF, rien n'est moins sûr, les places sont chères et la lutte à les prendre de tous les instants.
Car, et c'est la pierre de touche de la pertinence d'une candidature, le sondage encourageant de BVA ne voulait rien dire ; pas plus qu'il n'en voulait dire en 2006. Nulle part dans le vrai monde nous n'avons trouvé 17% de monarchistes convaincus. Sans doute bien des sympathisants des émissions historiques à la gloire des vieux rois (comme disait Sarkozy) ont-ils répondu positivement à une proposition de restauration qui ne les engageait en rien et n'avait aucune chance d'aboutir, pour faire plaisir à l'enquêteur fourvoyé dans un concept irréaliste à mille lieux des soucis des gens. Sans doute réagirais-je pareillement si j'étais invité à répondre à une page de questions sur le bouddhisme en France par Matthieu Ricard. Jusqu'à ce que M. de Prévoisin jette l'éponge, il n'était pas utile de mettre en doute son interprétation des résultats achetés, cela aurait entravé la marche en avant du pré-candidat. C'est chose faite maintenant.

Les choses furent dites de manière plus vigoureuse mais en pure perte le 29 août 2009 dans un billet fameux de Royal-Artillerie, qui fit un bruit d'enfer sur le forum intégriste du Trône & l'Autel (forum à l'enseigne du scorpion qui se suicida de son propre venin), en suite d'un éditorial de Gérard de Villèle, renforcé de feu Jacques Rolain, dans le n°28 du Lien légitimiste. On peut y revenir en cliquant ici, dont nous extrayons la conclusion concernant la démarche électorale ci-dessous :
...Pendant que Villèle se pousse un petit blanc de Touraine pour éponger les vapeurs de cheddite, Jacques Rolain revenu de la sainte-barbe où il comptait les barils, fait pivoter le bord et aligne l'Alliance royale à mitraille. Il constate comme beaucoup que le flou pseudo-artistique sur la question dynastique voulu par Yves-Marie Adeline pour ratisser large, entame la crédibilité du programme. Royal-Artillerie a souvent dit que la réponse "après on verra bien" n'en était pas une, et qu'elle laisse au citoyen l'impression que l'ouvrage est inachevé, ouvert sur l'incertitude, mal fagoté. D'ailleurs lors de la campagne des parrainages 2007, cette fausse réponse était la partie la plus faible du discours d'Adeline, la critique systématique de la procédure [électorale] venant juste après en termes de contre-productivité. Et Rolain d'insister : l'infléchissement légitimiste « permettrait de poser clairement les principes de la monarchie exercée par le roi légitime et de la comparer à celle créée pour le président d'une République qui ne cesse de se chercher et de se définir ». Au moment où le parti d'Orléans au mieux possible avec le régime actuel, quémande et obtient des croix, ce que vous ne ferez jamais (non ?), cartes sur table, messieurs de L'Alliance, il faut aller à Caracas (ndlr: où résidait le prince et son épouse en 2009) !

Sauf à être en capacité de réussir un montage politico-médiatique et financier à la Macron - si elle aboutit, cette fabrication fera date dans l'histoire des démocraties - la voie électorale, ouverte par Yves-Marie Adeline est définitivement refermée dans une compétition présidentielle. Rappelons qu'YMA n'obtint pas ses parrainages non plus. L'extinction annoncée du régime obsolète actuel qui avait donné le signal de la ruée monarchiste, est déjà gérée par la classe politique aux manettes qui fourbit les substituts possibles : soit une Vè République déchiraquisée, soit une VIè République populaire.
Et puis Macron, c'est aussi un yuppie charismatique qui a pris trois millions d'euros chez Rothschild, qui a été secrétaire-général adjoint de l'Elysée et ministre de l'Economie. L'entregent du bonhomme n'y est pas pour rien. Je ne vois personne au moment dans l'emploi au sein du mouvement monarchiste français, ni chez les chapelains ni chez les princes, qui sont en plus réfractaires aux emplois publics de haut niveau. Pourquoi ? sera toujours un mystère pour moi quand on laisse entendre qu'on dirigerait facilement l'Etat si on les y conviait. Il reste aux royalistes à intégrer les conseils municipaux et départementaux afin de peser sur les décisions publiques dans le sens du bien commun, mais sans se faire d'illusions sur le changement de paradigme qu'induirait leur activisme.

Royal-Artillerie avait "fait" les campagnes de Jean-Philippe Chauvin (AF aux législatives contre Devedjian), d'Yves-Marie Adeline (AR - présidentielle 2007) puis de Patrick de Villenoisy (AR - présidentielle 2012). Tout était prêt pour promouvoir sur ce blogue la thématique choisie par le candidat de l'Alliance royale, avec des rebonds négociés sur d'autres supports. Contribution certes modeste mais les petits ruisseaux... etc. Ce quatrième échec libère le Piéton du roi de la discipline de ses perceptions. On fera ailleurs et autrement.



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lundi 27 février 2017

Purges démocratiques


Ce long billet a paru en Libres propos dans les pages 5 et 6 du bimestriel Le Lien légitimiste n°73 qui vient de tomber dans les boîtes. Rédigé le dix février, il n'anticipe aucun événement grave pouvant faire dérailler la campagne électorale pour un prochain président de la République. Il constate et explique la situation de chaque camp à une date donnée. Il entre en archives Royal-Artillerie sous le libellé LLL. L'iconographie est propre au blogue.

Sommaire du numéro 73 (janvier-février 2017)

* Editorial de Gérard de Villèle : Autour de Saint-Denys...
* Les libres propos de Catoneo : Purges démocratiques
* L'impôt juste existe-t-il ? par Gabriel Privat : Causes du poids de l'impôt. Une croissance continue de l'État face à une société décomposée.
* Points d'histoire d'Alain Cohen : Les procès des anciens intendants durant la Révolution
* Commentaires et apostilles de Franck Abed : Les Monarchies dans l'Europe moderne...


Avec l'aide de la presse, le régime républicain se sera défait de quasiment tous les chefs de parti et autres champions endémiques à la démocratie en l'espace de quatre mois. On assiste à une véritable reprise en main par l'Opinion de la représentation nationale qui devrait s'achever par la purge des parlementaires douteux au mois de juin prochain. La première louche d'huile de ricin fut administrée le 13 novembre 2016 au parti écologiste pour sortir Cécile Duflot de la compétition, puis vint l'abdication du président sortant, l'évacuation des ténors historiques de la Droite (un ancien président, un ancien premier ministre, un ancien chef de groupe), la chasse sanitaire du premier ministre Valls tirée par les derniers collectivistes de Solférino, et in fine la désintégration de la probité impeccable du vertueux monsieur Fillon, rattrapé par sa boulimie discrète de dépenses publiques contre lesquelles il disait se battre. Gravement blessé, il continue !

François Fillon ne voit pas de motif à l'irritation des gens dans l'affaire de son attachée parlementaire. Retranché derrière le paravent bien mince de la légalité du montage familial, il n'a pas compris qu'on l'accuse de goinfrerie, formule ramassée pour emploi fictif avec enrichissement personnel. Contenir et réduire la dépense publique ne commence-t-il pas en bridant son propre appétit ? Non ! Il nous faut lois et décrets, disputes parlementaires à grand tapage pour serrer au gosier. On ne peut se restreindre de soi-même, tant qu'il y en a faut-il en prendre ? C'est le syndrome du croupier qui ramasse au râteau tous les jetons de la table. Aveugle, au point de ne pas remarquer qu'au moment du scandale quatre-vingt-onze pour cent des députés ne s'abandonnaient plus au népotisme y trouvant peut-être à redire, le candidat de la Droite propre croit traverser l'amoralité de sa position sans dommages irrémédiables. La légalité, la morale et la façon d'en parler sont trois chapitres différents dont un candidat doit s'imprégner. François Fillon n'a voulu lire que le premier et a compromis ses chances, surtout chez les petites gens de la besogne tranquille ne gagnant pas beaucoup, qui sont effarés par les sommes engagées, présentées d'ailleurs de manière habile par la presse. Imperturbable, Marine Le Pen campe debout le dernier recours au milieu des ruines. Pour l'instant.

Lui fait face, avec des chances réelles de la battre, le dernier avatar du hollandisme consensuel : Emmanuel Macron. Les soutiens rapides obtenus en même temps que sa trahison, l'engouement des foules piétinant à milliers devant les estrades, le ralliement continu de parlementaires socialistes et du Centre, tout laisse accroire une formidable rénovation de la politique politicienne, sans programme. En est-il seulement besoin ? Connaissant la propension du chef de l'Etat à organiser les courants partisans, on peut aussi avancer l'hypothèse d'un coup d'Etat contre la Gauche jurassique : après le constat d'une impopularité irrattrapable du chef socialiste et celui de l'impossibilité de réduire la Fronde imbécile qui bloquait toute loi réformiste obligeant le ministre à passer en force, il est permis d'imaginer que les caciques du canal hollandien aient décidé de déplacer le cadre de pérennisation de leurs emplois hors des structures institutionnelles du Parti encombrées d'agitateurs.

C'est assez simple : depuis les débats en commission parlementaire, les députés ont été séduits par le charisme du ministre Macron capable de tenir le crachoir à ses contempteurs quatre heures durant, le coude sur le classeur sans l'ouvrir, parce qu'il connaissait à fond son projet de loi ; un peu - dit en passant - comme le faisait Jérôme Cahuzac dans les mêmes circonstances, éblouissant son auditoire pour avoir enfermé dans sa tête tout le budget de la nation, chapitre par chapitre.
Alors, usés par les tergiversations du locataire de l'Elysée et inquiets pour la perpétuation de la rente, les responsables socialistes voient en M. Macron leur sauveur, tant dans l'image avantageuse du yuppie chanceux que par le fait, rarissime dans leur rangs, d'avoir gagné beaucoup d'argent sans trop ponctionner la prébende républicaine ni piller les allocations. "On" lance donc En Marche et on laisse s'entre-tuer la vieille garde ringarde dans une primaire organisée pour évacuer le premier ministre démissionnaire contre lequel M. Hollande garde une dent. Puis ça se complique. Le candidat sélectionné le 29 janvier par la Belle Alliance populaire est le chef des Frondeurs, marqué à la culotte par l'alliance révolutionnaire des Insoumis dont le champion, excellent tribun, amasse des foules à chaque meeting. Comme il est très difficile à Benoît Hamon de rallier les suffrages sociaux-démocrates qui sont drainés par En Marche, il doit puiser dans le même baquet de suffrages révolutionnaires que le mouvement de La France Insoumise de M. Mélenchon, ce qui pourrait diviser par deux les voix de la Gauche utopique... sauf ! si le Conseil national du Parti communiste décidait de rallier le Parti socialiste gauchi, en se purgeant du vieux prébendier orgueilleux qui patine sous les dix pour cent d'intentions de vote. Question de générations : contre le démon Macron, vaut-il mieux jouer la carte de la jeunesse Hamon ou celle de M. Mélenchon ? La nouvelle alliance PCF-PS ne prendrait que le risque de figurer au second tour de la présidentielle après une énième révision sémantique du projet collectiviste ! Même s'il lui en coûte, M. Mélenchon ne met qu'une condition à son ralliement : que M. Hamon se coupe des soutiens Vallsistes (peu nombreux) contre lesquels ils se battent ensemble depuis des années. Feu vert alors pour paraître au second tour avec des chances sérieuses de l'emporter et dynamique électorale assurée pour les élections législatives, outre le fait que le candidat écologiste à deux pour cent Yannick Jadot pourrait rallier M. Hamon (sous réserve d'abandon programmé de la filière nucléaire) et assurer le coup. L'épée de la victoire est dans la main de Jean-Luc Mélenchon, il doit s'en traverser le corps pour survivre.

Dans l'hypothèse où la Gauche dure resterait divisée entre égos et où le candidat-système Macron franchirait l'obstacle pour l'emporter à la fin sur Marine Le Pen, tous les députés frondeurs seraient liquidés en juin par l'oligarchie menacée. En ce cas et seulement en ce cas, les parlementaires qui auraient compris l'embrouille magistrale du Premier secrétaire de Corrèze renaîtraient sous l'enseigne En Marche et conserveraient un nombre important de sièges dans la prochaine législature à mesure que tomberaient dans l'escarcelle les sections locales. Le Parti socialiste canal réformiste et ses prébendes seraient sauvés, ailleurs et autrement ! On comprend l'engouement manifesté pour M. Macron dans les travées socialistes, enrichies du renfort de la bourgeoisie d'Etat qui met au pot sans compter.

Il reste un chef historique à décapiter mais il se méfie. François Bayrou bénéficie d'une image sympathique dans l'Opinion qui lui permettrait de capter quatre ou cinq pour cent des suffrages à la présidentielle. Et c'est un bon débatteur. Si la candidature d'Alain Juppé le déportait hors-champ par la promesse d'un groupe parlementaire centriste à lui, l'évacuation du maire de Bordeaux l'autorise désormais à pourrir le débat. Ce gage de 4% serait ponctionné sur les suffrages qui vont à Emmanuel Macron, le mettant sérieusement en danger. Ce danger se négocie ou se joue. Nul ne sait encore à l'heure de ce billet si M. Bayrou traversera le Gave de Pau mais il est tenté d'exercer ce chantage. Pour finir, quid de la reine des sondages ? On purge encore...

Marine Le Pen brisera-t-elle cette fois le "plafond de verre" ? Tout comme l'utopie généreuse de Benoît Hamon, l'étrécissement de l'épargne populaire par l'abandon de l'euro et le débondement de la dette dans une relance keynesienne pourraient lui coûter la victoire par défection de la classe moyenne-basse où gisent les parts de marché qui lui manquent ; nonobstant l'effet de repoussoir d'une nationalisation coûteuse des secteurs stratégiques et un retour au Plan du modèle russe qui a passé de mode. Le programme du Front pèse une grosse de mesures (144) dont on peut ne retenir que le Frexit référendaire et la ligne Maginot en guise de résumé. Passer de vingt-cinq à cinquante-et-un pour cent exige un doublement des voix : l'échec éventuel du Front national en mai prochain paverait la voie du succès vers l'élection en 2022 du seul député maison qui ait montré carrure intellectuelle et charisme dans les débats à la Chambre comme sous les préaux électoraux : Marion Maréchal-Le Pen serait la candidate naturelle du parti rénové dans cinq ans parce qu'elle surclasse les technocrates de sa tante, engoncée par eux dans un discours binaire "Bruxelles - Immigration". Ainsi se terminerait le cycle des purges démocratiques de tout le spectre politique français et le rajeunissement bienvenu de l'establishment. On relèvera quand même que le modèle électoral est en défaut puisque dans la dernière ligne droite, le suffrage universel sera pris en otage par deux candidats d'appoint appelés au suicide : Jean-Luc Mélénchon et François Bayrou.

Terminons sur une curiosité. Au milieu de l'orage qui foudroie tout politicien debout, le ciel s'échancre pour entrapercevoir l'embellie monarchiste. Etonnant ? Depuis le 1er décembre, nous vivons en monarchie. Libéré des grimaces de la communication démagogique, le chef de l'Etat fait le job dans les règles et sans doute avec plaisir. Il ne rit plus comme un benêt à tout bout de champ dès que se montre une caméra ; son cabinet mené par l'austère monsieur Cazeneuve épaulé de ministres tristes, se fait oublier à tel point que les bancs du Palais Bourbon sont souvent clairsemés. On sent que le pays est géré, les décrets passent, sa diplomatie existe, ses avions bombardent, son artillerie canonne. A l'exception d'empiétements sur notre vie personnelle, comme il en va des ministres acharnés Rossignol et Touraine, l'étage régalien des pouvoirs est navigué en eau calme, loin des quarantièmes rugissants de l'an dernier. Le pouvoir s'exerce en complet détachement des circonstances politiques. De fait, nous vivons un espace de temps conforme au projet monarchiste français : des fonctions essentielles réservées au-dessus de la mêlée gauloise et n'interférant pas avec la dispute subalterne. Le rêve passe lentement !
10 février 2017


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lundi 2 janvier 2017

Déboisement des impétrants


Ce billet a paru dans Le Lien légitimiste n°72 de novembre-décembre 2016 (p.4 et 5) à la rubrique des 'Libres Propos de Catoneo' sous le titre De l'essartage des lauréats. Il entre en archives Royal-Artillerie à la St Basile, patron des calomniateurs, sous le libellé LLL.

Au grand tournoi de hache franque bien des crânes ont été fendus, dont celui des deux derniers présidents de la République et celui du Gaulliste de référence, ancien premier ministre. A croire que ce régime magique se purgerait des indésirables par lui-même ! De la poussière du champ clos monsieur Fillon a surgi, impeccable, épilé, qui fut désigné champion du Parti de l'Ordre, le dimanche anniversaire de la mort de Clovis. Un destin exceptionnel ! La Droite de gouvernement alignant les bannières de ses différences a rangé son infanterie en cohortes serrées qui regardent amusées la cohue des volailles socialistes tentant d'étouffer leur désordre dans un front de façade qui ne pourra recevoir d'aucune façon l'assaut ! Leur chef a passé Varennes sans encombres. Est-ce fini déjà ? Pratiquement, quoique !
Ce qui était, à l'origine du concept gaullien, la rencontre d'un homme et d'un peuple, a disparu dans la guerre des partis, renouant avec l'ADN gaulois du pays qui abaisse mécaniquement la fonction présidentielle au profit des baronnies subalternes et des chefferies provinciales réduites à leurs guichets achalandés. Le pays est "latin" comme jamais, clientéliste en diable, fait de petits calculs, et si le programme brutal de réformes de monsieur Fillon est jugé par beaucoup indispensable à la survie de notre État-nation, les mêmes en redoutent les incidences personnelles sur eux-mêmes et attendent in petto qu'un troisième tour législatif et un quatrième tour social versent deux fois plus d'eau que de vin dans la jarre ! Le gouvernement botté de monsieur Fillon tiendra-t-il le choc de ses promesses ? Rien n'est moins sûr.

François Fillon
Le champion de la Droite sérieuse est un apparatchik de quarante ans de pratique. Il a commencé sa vie active en 1976 comme assistant parlementaire du député du Maine, Joël Le Theule. Il a occupé tous les postes du microcosme y démontrant une échine souple - contre Maastricht mais pour Lisbonne - jusqu'au dernier emploi qui lui valut le sobriquet de "collaborateur" de la part de son patron. Au jeu des citations, postures et manifestations diverses, on trouve chez lui tout et son contraire et nous ne jouerons pas aujourd’hui, d'autres s'en chargent qui veulent démonter l'armure. Monsieur Fillon est un vrai... politicien, si adroit qu'il ne fait pas politicien. Fils de notaire, bien marié, une seule fois, cinq enfants bien élevés, vie de famille au manoir, il rassure bien au-delà de La Manif Pour Tous. Ce qui devient inquiétant est quand même de l'entendre se revendiquer de Philippe Séguin, un homme politique ayant construit sa légende de bonapartiste dans les combines d'appareil pour finir imprécateur. Même la loi Séguin de 1987, la seule ayant gardé son nom, qui ouvrait l'apprentissage à toutes les filières, n'a pas eu les outils de contrainte nécessaires à son succès - trente ans après nous envions encore l'Allemagne. Archétype de la "machine à perdre", le cacique ténébreux, mais ondulant à ses heures comme devant François Mitterrand lors du fameux débat de la Sorbonne, est parvenu à ruiner le travail de Chirac à Paris jusqu'à perdre la mairie en 2001 après avoir capitulé en rase campagne. C'est Jean-Gilles Malliarakis qui en parle le mieux¹. Premier président de la Cour des Comptes en fin de carrière, agressant de ses remontrances parfois pertinentes les cabinets dépensiers successifs, il a voulu entrer dans l'histoire comme gaulliste social en attaquant toute mesure d'économie sur une fonction publique pléthorique dont il se fit le héraut. Et quand le quotidien de référence de l'opposition publiait ses récriminations avec gourmandise, le journaliste, épris d'équilibre subitement, signalait à côté « qu'en un quart de siècle, les dépenses publiques de personnels, en milliards d'euros constants [avaient] plus que doublé, passant de 140 milliards en 1980, puis 173 milliards d'euros en 1990, et 227 milliards d'euros en 2000 à 288 milliards d'euros en 2007 ». Alors la légende Séguin cacherait-elle un art vérifié du pouvoir de nuisance ? On avait compris qu'il reprochait surtout aux gouvernements visés de ne pas l'avoir retenu comme le premier ministre qu'un fort en thème comme lui à l'évidence méritait d'être. L'intensité de son agitation dans un parcours erratique de trente-sept ans l'y autorisait sans doute, mais pas ses nerfs. Monsieur Fillon a-t-il vu cet échec séguiniste avant de se réclamer de ce grand inutile ? Pourquoi ? Pour faire à son tour patriote-libéral-social ? Et le programme carré qu'il espère forcer à la Chambre pourra-t-il passer sans arrondir les angles ? Le nombre des sceptiques s'accroît ; ils anticipent les amendements qui huileront les commissions parlementaires si tant est que la Chambre nouvelle soit conquise et acquise au président nouveau, l'électorat n'ayant pas peur des cohabitations.

A preuve de tout cela, il y a deux réformes préalables à la grande Réforme d'un pays failli comme le nôtre qui n'apparaissent pas. Et si ce sont des réformes difficiles², elles sont aussi le passe-fil de toutes les autres, du moins elles en ouvrent le canal.

Marine Le Pen
Il y a d'abord la séparation du Parlement et de l'État. L'État est pris ici dans son acception générale d'administration du territoire et des peuples. En attendant qu'un roi simplifie l'épure constitutionnelle, le parlement est souverain en ce qu'il porte l'expression de la Nation. Il n'est pas logique que le parlement chargé de mettre en œuvre la politique de la Nation, soit envahi par les corps constitués de l'administration publique et ses affidés. Ils ne peuvent légiférer d'un côté et rédiger voire différer sine die les décrets d'application de l'autre. Il y a clairement conflit d'intérêts*. La pénétration de la fonction publique dans les rouages parlementaires est une absurdité dont s'est protégée la Grande Bretagne par exemple. L'inéligibilité des fonctionnaires cesserait leur pression au parlement et permettrait d'ouvrir la voie à la réduction du périmètre de l'État contre laquelle ils se battent becs et ongles. Comparés à nos partenaires de l'OCDE, nous avons 1,6 million de surnuméraires rapportés à la moyenne, et plus encore comparés au cousin germain. Réduisons le périmètre pour réduire les effectifs (et non pas l'inverse). On pourrait le faire en plus ou moins vingt ans au fur et à mesure des départs en retraite.

(*) Le patron, la Nation, est gouverné par ses employés, les fonctionnaires !

Aparté : quand les syndicats de fonctionnaires instrumentalisent le travail pénible des infirmières ou le danger d'exercer celui de policier ou de pompier, il faut répondre que nous n'avons pas cinq millions ciçnq cent mille agents de ces catégories et par contre beaucoup de doublons entre la fonction d'État et la fonction territoriale et aussi du bois mort détaché ci et là.

Emmanuel Macron
La seconde réforme-mère est le sevrage des syndicats professionnels aux financements publics. Les syndicats ouvriers et patronaux ne doivent pouvoir compter que sur les cotisations de leurs adhérents, ce qui forme la première motivation de leurs cadres à défendre leurs intérêts propres. Ceci ne veut pas dire qu'il faille pétrifier leur influence à la masse des cotisations actuelles. Dans la mesure où certains services aujourd'hui "publics" seraient reversés aux partenaires sociaux responsables, la masse d'adhérents augmenterait forcément pour simplement couvrir les besoins de tout un chacun, comme il en va chez nos voisins. Le tarissement des subventions publiques changerait carrément le programme de défense des intérêts catégoriels qui resteraient différents des intérêts généraux que les centrales syndicales disputent aux élus. On passerait du parasitisme au paritarisme vrai. Une bonne coopération serait d'ailleurs utile au point suivant.

Jean-Luc Mélenchon
Devrait intervenir dans la foulée une troisième réforme au titre de la justice sociale. Elle serait comprise par tous jusqu'au hameau le plus reculé dans un pays friand d'égalité : l'euro cotisé pour sa pension future doit avoir la même valeur pour tous. Cette proclamation d'une réelle égalité en droits serait le sceau de justice qui validerait tout le reste du programme. Il s'agirait d'établir une retraite équitable universelle par points. Les régimes de pensions de base publiques et privées devraient être fusionnés pour aboutir à un régime unique. Le système par points permettrait ensuite d'arrêter les régimes spéciaux qui sont une vraie gangrène pour la cohésion nationale tant les disparités sont grandes et les bénéficiaires arrogants. La caisse unique par points supprimerait naturellement de nombreuses caisses complémentaires et de substitution qui vivent dans le déficit perpétuel. Le futur statut de la caisse unique pourrait être apparenté à celui de la Banque de France, protégée comme il faut pour y interdire les doigts crochus de l'État qui viendrait sinon y calmer le prurit de son impéritie, comme il le fait aujourd'hui en pillant la Caisse nationale pour alimenter la ligne budgétaire des pensions de ses fonctionnaires. Il serait possible à tous de cotiser ailleurs pour soi-même mais sans défiscalisation pour ne pas diminuer la ressource des cotisations obligatoires.

Malheureusement, on ne voit pas ces projets dans les cartons de monsieur Fillon, même si dans le microcosme parisien le troisième est évoqué plus fréquemment que les deux autres, parce que des pays modernes utilisent les points à leur entière satisfaction. Seule la bureaucratie tsariste retranchée dans les caisses spéciales y fait obstacle chez nous et quelques idéologues en péril, l'intelligence cédant le pas au goût du pouvoir petit !

Vincent Peillon
Reste tout simplement à monsieur Fillon d'être élu. Élu contre l'État ! Le mal français réside dans l'étatisation à outrance² qui plombe le génie de ce peuple et sa créativité naturelle : le mammouth est devenu un géant et bien malin qui le tuera. Avec cinquante-sept pour cent de captation de la richesse produite, l'État français est devenu invincible ; et si l'on y ajoute les monopoles socialistes stratégiques que sont l'EDF, la SNCF et quelques autres, on voit la République parfaitement installée pour continuer à vampiriser la Nation sur laquelle elle se vautre, énorme. D'ici mai 2017, quatre mois peuvent suffire à l'État pour se sauver de l'amputation en faisant peur à tout le monde. Cela a commencé. L'État dans son ensemble devient dans l'esprit de la Gauche quelque sorte de sécurité sociale globale qui protégerait de tout. Ses fortifications sont en cours de relèvement. On va hisser l'artillerie de rempart.

Saluons pour finir l'intelligence du politburo de Sens Commun qui, pour une fois à droite, monte en croupe du candidat le plus proche de ses idées susceptible de gagner, plutôt que de soutenir son propre candidat forcément relégué à une campagne de témoignage que personne n'entendra. Le grand sweepstake de l'an prochain se courra entre cinq écuries de tailles comparables, comme on pouvait s'y attendre : un centre, flanqué de part et d'autre des deux partis historiques de gouvernement qui chercheront à le phagocyter, et deux extrêmes qui se touchent. Tout le spectre politique est couvert, il n'y a plus de place, sauf pour un messie.

(1) Cf. L'Insolent
(2) Ce sujet avait été traité dans Royal-Artillerie en deux billets du mois de novembre :
- Trois réformes-mères
- La Réforme impossible
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lundi 31 octobre 2016

Du royalisme de combat

Les royalistes qui ne lisent pas Le Lien légitimiste perdent quelque chose. Contrairement à ce que l'on pourrait attendre du légitimisme souvent engoncé dans des habits de cour et des idées anciennes, Le Lien surprend par sa liberté de ton et surtout par son acuité dans l'observation du microcosme monarchiste. La dernière livraison (n°71) n'échappe pas au compliment. Dans un éditorial de quatre pages, Gérard de Villèle remonte pendules et bretelles pour nous démontrer à la fin que le «royalisme politique» n'existe plus. L'empathie voire l'enthousiasme manifesté par des sondages d'opinion dégageant presque un cinquième de royalistes en France (clic) croise les résultats de l'enquête du CEVIPOF (clac) révélant qu'une majorité de Français veulent en finir avec cette République de m... pour mettre un pouvoir fort, détaché des Chambres et des lobbies, capable d'assumer une direction et pour ce faire, d'écraser tout contempteur en régime de dictature provisoire à la romaine. Nous en rêvons depuis si longtemps. Y a plus qu'à ! Oui mais :

A l'approche du 11-Novembre, cela me fait penser au général de Castelnau, pourquoi ? Après la Grande Guerre, celui que l'on appelait le Capucin botté lance un mouvement catholique de reconquête de l'espace politique. On l'a vu dans son département de naissance, l'Aveyron, faire partout salle comble et d'aucun prédisait le succès, une certaine "revanche". Las ! les acclamations ne se transformèrent pas en suffrages et le composé "grand chef catholique" ne précipita jamais, parce que le paysan avait minutieusement évalué ses intérêts premiers. Villèle constate que le royalisme français d'aujourd'hui, que BVA signale à 17% de l'électorat, ne précipite pas non plus en suffrages et pis que tout en soutiens financiers. Les chapelles sont exsangues, les sébilles pleurent, les publications rament. Les royalistes ne croient pas au succès de leurs idées (les monarchistes un peu plus).

Louis de Bourbon
Est-ce faute de candidat royaliste attrayant ? Ne serait-ce pas plutôt une impossibilité génétique ? Le royaliste voudrait bien manifester dans les urnes son soutien au prince qu'il vénère mais son représentant ne lui plaît pas toujours et monseigneur ne se soumettra pas aux suffrages de la nation pour accéder, même s'il est plausible qu'il doive vite convoquer un plébiscite une fois arrivé au pouvoir pour asseoir sa légitimité (cf. l'adresse de Louis XV à la nation en cas de vacance dynastique). L'addiction anesthésiante au confort démocratique fait croire l'Etat-Providence menacé par tout dispositif d'autorité extérieur à la caste étatique, même s'il ne s'agit pas du tout de ça. Castelnau avait de l'allure, un palmarès et trois fils sous les croix blanches, mais qui paierait les trains d'amendement pour chauler le plateau du Ségala ? C'est aujourd'hui encore la réflexion des édiles "parrains" d'un candidat royaliste, confrontés aux caprices de l'échelon de pouvoir directement supérieur à eux et décideur en première instance. La nation est abrutie d'assistance et coincée dans un mille-feuille administratif du modèle tsariste qui l'aliène.

Quant à la vision dynastique du manant de base, parlons-en ! Nous entrons là le scalpel dans la fracture ouverte, la plaie saignante et gangrenée. Nous avons une querelle interminable et proprement stupide entre les maisons princières, ceux que Jean-Gilles Malliarakis appelle dans l'Insolent "la descendance du mari de la princesse Palatine, du Régent et de Philippe Égalité, etc. [qui] par haine de ses aînés, et pour l'avènement des régimes affreux dans lesquels nous croupissons, a fait plus en Europe que tous les carbonari" ; contre ceux que Yann Moix appelle dans Paris-Match "notre roi, descendant des Bourbons, branche espagnole, le duc d'Anjou, avec sa belle gueule d'acteur hollywoodien, sa royauté loge dans son sang et son royaume, dans ses rêves". Autant dire qu'on est mal barrés d'entrée !

Il apparaît finalement que la voie étroite, mais défrichée à son insu par le CEVIPOF, serait sans doute d'aider à l'avènement du dictateur romain qui, une fois les écuries d'Augias nettoyées rock-bottom, pourrait adapter la Constitution, et coiffer, s'il le veut, la couronne de France afin d'engendrer une nouvelle dynastie ! Au moins celui-là aurait prouvé quelque chose à l'échelle du pays, alors que tous les héritiers présumés des Quarante Rois sont en défaut sur ce point, n'ayant rien montré encore de leurs capacités, se contentant de surfer sur des dispositions successorales non-légalisées de dévolution d'une couronne franque que leurs aïeux ont laissé rouler au ruisseau ; ce qu'on pourrait nommer : la rente perpétuelle dynastique à zéro pour cent ! Attention : ce qui précède n'est pas la ligne éditoriale du Lien légitimiste mais un concept extravagant royalartirisé, comme ce qui suit d'ailleurs.

Jean d'Orléans
Les capacités bien ordinaires des prétendants, la faiblesse de leurs diplômes, la timidité de leurs entreprises quand ils en ont, tout se ligue pour les éconduire des allées du pouvoir qui les écraserait lors de la collision entre eux et les corps constitués de l'Etat issus des grandes écoles de la République. Question d'envergure ! Plus grave, le risque est sournois mais réel d'un décrochage des familles princières avec la nouvelle élite occidentale si la génération montante n'est pas poussée dans des études plus difficiles que celles de leurs parents. Il faut que les enfants passent des concours de premier rang pour tenter Normale Sup, Polytechnique, les Mines, les Ponts, Centrale, SupOptique, Supelec, ou faire médecine, quelque agrégation de droit public ou de mathématiques etc. Qu'ils ne nous impressionnent pas ne nous empêche pas de continuer à montrer de l'affection pour eux et leur famille et à nous plaire à les rencontrer, en souvenir d'un passé que nous n'avons pas vécu. Mais à prétendre sérieusement, ils doivent se hisser au niveau exigé par de futures circonstances ! Si nous nous battons aux premiers échelons à propager l'idée du roi avec de bien faibles moyens, ils ont aussi à se battre pour nous mériter.

D'accord, ce n'est pas tout de construire des utopies de ré-instauration par la monkisation de l'espace politique. Puisque le temps presse, nommons les "dictateurs romains" possibles. Deux seulement sortent du lot à l'heure où nous mettons sous presse (que les touristes non retenus nous pardonnent) : le général Didier Tauzin et le député Jean-Frédéric Poisson. En homme d'expérience, Gérard de Villèle a choisi le second, nous allons le suivre et le mettre en photo. Le roi est vivant, poussons Poisson ! A la Primaire de la Droite et du Centre, votez Poisson au premier tour du 20 novembre, on verra bien ensuite. Jean-Frédéric Poisson est monarchiste en plus (clic), lui qui déclarait ce tantôt à Eric Muth de Vexilla Galliæ :
Ce qui serait bienvenu en 2017, c'est un responsable politique qui se sente profondément, charnellement lié à la France, et à la tâche qu'on lui aura confié. Un responsable qui prenne la mesure des enjeux considérables que devra affronter le pays dans les prochaines décennies, et qui sorte d'une vision gestionnaire de la politique. Un homme qui soit un chef, qui ait un cap, une vision pour notre pays, et le désir de le restaurer dans sa grandeur, et dans sa souveraineté. Sinon, nous allons vers le chaos.

Jean-Frédéric Poisson


Dans ce numéro de vingt pages, il y a aussi un article très instructif de Philippe de Lacvivier sur l'imposture étatique déroulée par Hans-Hermann Hoppe et publiée ce mois-ci aux Editions du Drapeau Blanc sous le titre La Grande Fiction, l'Etat, cet imposteur (première traduction française de H3). L'article s'ouvre par une citation de Frédéric Bastiat : « L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». Et l'auteur de dénoncer l'escroquerie de l'impôt consenti (mais par qui, où et quand ?) avant d'autopsier le catholicisme officiel à l'aune des dix commandements. C'est assez épais mais captivant. Quand le lecteur reprend son souffle, il a d'autre raison de se réjouir de son abonnement : Benoît Malbranque de l'Institut Coppet fait défiler sur neuf pages le mémoire d'Arthur-Michel de Boislisle sur les grands économistes du siècle de Louis XIV, discours lu en 1875 à l'Académie des Sciences morales et politiques. Il analyse surtout Boisguilbert et Vauban pour nous raconter l'odieuse prescription du traité de la Dîme Royale qui conduira à la mort du maréchal. Dans une lettre du 21 août 1711 au Contrôleur général des Finances Desmarezt, l'infatigable Boisguilbert convoque Sully comme un grand libéral en des termes définitifs que nous ne pouvons pas ignorer :
« Il est à propos, Monseigneur, que je vous présente le ministère de M. de Sully... Vous verrez qu'il trouva la France en plus pitoyable état qu'elle ne l'est aujourd'hui, et qu'au milieu de deux guerres, il la rétablit, paya toutes les dettes et amassa trente millions d'argent quitte au roi, parce qu'il rendit les peuples riches par la protection qu'il donna au labourage et au commerce du dedans. Vous apercevrez à même temps qu'il n'eut point plus grands adversaires dans sa route que le Conseil du roi et les courtisans, jusques aux princes. Cependant, comme il eut le Maître et les peuples de son côté, il vint à la fin à bout de tout. »
Hoppe, Boisguilbert, le Lien serait-il une publication libérale ? On en parlera une autre fois. A la fin de l'article, une certaine tristesse vous saisit quand vous comprenez qu'au-delà de l'autisme de la Cour et des Finances, les hésitations du monarque enferré dans les guerres furent fatales à sa descendance. La Révolution n'était pas inéluctable si la Couronne l'avait menée elle-même ! Un roi tire le char. Derrière, il est déjà mort !

Mais sans roi au char, ça ne marche pas mieux, à preuve :
De nos jours, le narcisse blafard qui trône à l'Elysée bouchonne sur la vague des circonstances dans la politique du chien crevé au fil de l'eau. Après s'être vengé du Petit Reître en défaisant tout ce qui performait bien de son prédécesseur, il n'a su conduire aucune réforme de désincarcération de l'économie, de levée d'écrou des initiatives individuelles, refusant au succès entrepreneurial son juste bénéfice, se laissant bloquer dans un coin par tous les dinosaures syndicaux et chavéziens qui battent le pavé en plein état d'urgence, faisant fuir talents et capitaux. Résultat : un chômage honteux à l'aune européenne et la méfiance généralisé de nos voisins. Et pourtant ! Il fut jadis professeur d'économie politique à SciencesPo dans la veine libérale et livrait au Matin de Paris des chroniques économiques pas du tout jurassiques. D'où Macron, récupéré dans l'équipe de conseillers à l'Elysée parfaitement en phase avec le vrai président. Hollande était bon en amphi et au pupitre, mais au commandement, noyé dans les combinaisons et la synthèse, il n'est pas obéi. Ses idées sociales-démocrates sont assumées de longtemps sur le plan intellectuel mais inapplicables par le canal présidentiel aussi bouché que les tinettes de Solférino. Macron est donc parti. Hollande voudrait bien nous faire croire qu'il navigue mais il est déjà perdu car les Français ont perdu confiance. Terrible sondage qui lui donne 4% de popularité ! Même Pétain parvenu à la frontière suisse en 1945 devait faire plus ! Et Monsieur Sapir de l'EHESS mais aussi de l'Ecole Economique de Moscou n'hésite pas à l'inhumer politiquement à six pieds sous terre, en tapant la tombe du plat de la pelle pour bien égaliser, dans un pamphlet au napalm inimaginable il y a un an encore dont on prendra connaissance par ici. C'était une digression induite par le livre incendiaire de Davet et Lhomme. Revenons à nos moutons.

Dans ce numéro 71, Gabriel Privat part de la Dîme royale de Vauban pour s'installer à Quimper où il va décortiquer nos taux d'imposition parmi les plus élevés du monde, qui aboutissent à une addiction à l'assistanat habilement liée à la pression fiscale. Le système est vicieux, on le savait mais il l'explique si bien qu'on se croirait intelligent.
En refermant le journal on fait la connaissance de Claude Giry (1942-2016), un ami de Guy Augé, décédé au mois d'août, qui fut un des fidèles d'entre les fidèles du légitimisme...

Voilà ! Lisez le Lien légitimiste. On ne peut prétexter l'insuffisance de ressources pour éviter l'abonnement : dix euros, la version électronique livrée dans votre boîte à courriels. Trente euros, le bimestriel papier dans votre boîte à lettres.


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[ Prochain billet le 11 novembre 2016 ]

lundi 12 septembre 2016

Essai de géopolitique djihadiste

Le billet donné par le Piéton du roi au Lien légitimiste pour sa 70ème livraison a été augmenté par le rédacteur-en-chef d'un cadrage plus large. Le voici donc en complément d'Arès publié ici le 29 août dernier. Les illustrations ci-dessous ont été ajoutées par Royal-Artillerie.

Le grand désordre que nous subissons est imputé par beaucoup à l'islam qui force sa place non seulement dans les croyances individuelles mais sur tout l'espace social car cette religion est littéralement totalitaire. Elle ne distingue pas Dieu de César. Alors se pose la question existentielle de savoir si l'islam est l'otage du choc des civilisations qui aurait créé l'islamisme ou bien s'il est la principale infanterie de cette confrontation ? Est-il le vecteur involontaire ou sournois de l'islamisme, ou bien sa victime ? C'est tout le dilemme. Et tant que les présidents des confréries musulmanes n'auront pas tranché le nœud gordien qui selon eux les étouffe, en proclamant que la France n'est pas une terre d'islamisation, de par son histoire universelle et ses mœurs politiques, les pouvoirs du moment oscilleront entre confinement indulgent et répression, selon l'état de l'Opinion. Autant dire la pire politique ! L'affaire est de longue mèche ; elle fuse depuis la décolonisation.

Dans un éditorial donné le 20 juillet dernier (après l'attentat de Nice) au site d'information numérique Vexilla Galliæ, le prince Charles-Emmanuel de Bourbon Parme analyse les causes premières du djihadisme : « Lorsque nos dirigeants nous expliquent, la voix ferme et le regard dur, que cet attentat n'est que l'un des premiers dans une guerre qui commence, ils se trompent et ne nous rendent pas service en ne nous disant pas toute la vérité. En effet, la grande confrontation entre le monde occidental et l'islam radical a commencé peu à peu avec les conflits de décolonisation où la religion servit souvent de catalyseur aux populations révoltées. L'islamisme réveillé dans la lutte contre la présence européenne a pris, par la suite, tous les visages. Se cachant sous les oripeaux de l’État socialiste, de la guérilla libératrice, de la révolution nationaliste, il a, en vérité, doucement progressé avec des confréries, au fur et à mesure de l'arabisation des sociétés décolonisées.»

Nonobstant, les luttes d'émancipation de l'Orient compliqué furent le plus souvent laïques dans le droit fil de la révolution kémaliste turque, et c'est bien à partir de l'Afghanistan que s'y agrège la composante djihadiste, donc islamique. Kémal Ataturk fut le précurseur, il abattit le Califat ; le Bloc national des capitalistes syriens de Choukri al-Kouatli chassa les Français ; en Irak, Abdul Karim Qasim coupa les ponts avec la Grande-Bretagne, c'était un marxiste ; lui succèdera le parti laïque Baas ; Nasser, Khadhafi, Bourguiba, Boumédiène, aucun de ceux-là n'étaient des lideurs confessionnels. Leurs successeurs (Inönü, Assad, Saddam Hussein, Moubarak, Ben Ali, Bouteflika...) encore moins. La seule exception fut Anouar el-Sadate, un homme de grande piété en toute modestie.

Autres temps autres mœurs
Un demi-siècle plus tard, cette émancipation fondamentalement républicaine et laïque est subvertie d'un côté par le chiisme intégral de Qom et d'un autre côté par par un wahhabisme médiéval qui trouve sa source en deux endroits : la théocratie séoudite et la confrérie des Frères musulmans égyptiens. La première citée disposait jusqu'à il y a peu de ressources illimitées pour pousser sa cause partout ; on parle de deux centaines de milliards de dollars. La seconde dispose de la méthode imbattable développant un socle caritatif de proximité. L'islam trouve un écho dans tous les peuples du Croissant vert comme le dit le prince de Bourbon-Parme et ce sont les Américains qui pour faire pièce aux Russes empêtrés dans une guerre de montagne, firent vibrer cette corde islamique contre le marxisme athée du Kremlin. Ils armèrent à profusion les bandes d'insurgés afghans avec du matériel récent jusqu'au succès que l'on sait, et instruisirent au combat des chefs naturels qui en faisaient la demande comme Oussama Ben Laden. Jusque là disposant de sabres et de pétoires, les moudjahidines accédèrent aux dotations qui permettaient de composer des unités de combat modernes. Ainsi ce ne sont plus des bandes hirsutes qui entrèrent dans Kaboul en 1992 mais des compagnies complètes. On verra resurgir des unités constituées sur le modèle réglementaire en Irak, bien aidée en cela par la bourde énorme du proconsul américain, Paul Bremer, qui débanda l'armée baassiste de Saddam Hussein, fournissant les cadres instruits et une organisation militaire offensive à la nouvelle antenne irakienne d'Al-Qaïda, devenue plus tard l'Etat islamique en Irak et au Levant après le pillage des arsenaux de Mossoul.




Que ce soit en Afrique ou au Moyen Orient, les bandits assassins sont devenus des unités formées, équipées, bien armées, même si elles trafiquent de tout pour glaner des ressources. Autant le rezzou religieux ne pouvait tenter le jeune citadin européen peu enclin à bivouaquer longtemps dans le désert, autant l'incorporation dans une armée moderne inscrite dans un Etat factuel est valorisante. La cause n'est pas perdue, au contraire elle est proclamée gagnante. Et l'issue plutôt favorable qui se dessine dans l'élimination de l'Etat prétendûment islamique ne gommera pas la professionnalisation du djihadiste dans sa tête. Il est devenu un soldat, et revenu à la maison bientôt, il aura acquis les réflexes des forces spéciales infiltrées, du moins le croira-t-il, renforçant ainsi sa détermination (*ndlr).

L'analyse du prince de Bourbon-Parme cadre bien le problème mais ne va pas jusqu'à sa solution. Si tous nos princes admettent que l'islam n'est pas endémique en France, ils n'ont pas pris position sur un islam génétiquement modifié, adapté aux mœurs de la nation. Leur critique récurrente des erreurs de la République ne doit pas primer la rénovation de la charpente confessionnelle du pays qui prendra en compte tous les paramètres historiques et d'actualité. Ce chantier (**ndlr) est lancé par les pouvoirs publics. La laïcité à la française à l'évidence n'est plus la réponse utile ! C'est donc maintenant plus compliqué pour nous aussi.
C.-F. 25/08/2016


NDLR :
(*) Il s'agit du format de la guerre asymétrique 3.0 qui va succéder au califat de l'OEI effondrée à Raqqa.
(**) C'est le chantier confié à Jean-Pierre Chevènement par la Hollandie en déroute.


lundi 29 août 2016

Arès

« Très puissant Arès, fardeau des chars, au casque d'or, au grand cœur, porte-bouclier, sauveur de villes, armé d'airain, aux bras vigoureux, infatigable, puissant par ta lance, rempart de l'Olympe »

Juste avant l'ouverture du combat de coqs, ce billet est paru sous le titre Pour faire la guerre, il faut un chef... à la rubrique Les libres propos de Catoneo dans Le Lien Légitimiste n°70 tombé dans les boîtes aux lettres la veille de la Saint-Louis (p.3 et 4). Il se termine sur l'absence visible d'un chef capable de mener la reconquista, mais il appelle une suite au gré des révélations. Il entre en archives Royal-Artillerie sous le libellé LLL.

C'est le dieu de la guerre à outrance qu'invoque le vieil Homère. On serait bien en peine de trouver son avatar moderne dans notre classe politique française affairée aux prébendes. Et pourtant ! C'est de pugnacité autant que de stratégie dont nous avons besoin maintenant, pour vaincre l'ennemi intérieur sans verser dans une effroyable guerre civile. Car on sait depuis l'antiquité que montrer sa force et ôter tout doute de son application aveugle est le plus sûr moyen de maintenir la paix en période de turbulences. Lyautey en avait fait sa devise au Maroc.

Didier Tauzin, général en retraite et candidat à la présidentielle de l'an prochain, déclarait au lendemain du carnage de Nice : "Dans la situation qui est la nôtre, laisser en place certains responsables politiques devient presque criminel. Il faut des gens sérieux au pouvoir et ils ne le sont pas." Car si nous sommes en guerre comme le crient messieurs Fillon et Valls, nous devons nous armer en conséquence, sur le plan du commandement d'abord. C'est bien tout le problème d'une démocratie engoncée dans le calendrier électoral hors duquel toute réorganisation relèverait du coup d'Etat. Le président Hollande, dont les pouvoirs excèdent ceux du Roi Soleil, n'a aucunement la carrure de l'emploi même si les opérations extérieures dans lesquelles il nous a engagés sont plus heureuses que moins, avec l'appui indéfectible de l'allié américain. Mais contre l'ennemi intérieur ouvertement déclaré, il est tétanisé par les effets collatéraux et peut-être électoraux des mesures indispensables que la nation attend de lui. On touche ici au défaut premier de la démocratie : la réélection ! Si banal pour les monarchistes qu'il est inutile de s'y étendre.

Le meilleur système de surveillance et de prévention des révoltes - et le nôtre a tous les moyens nécessaires sur le papier - ne tiendra pas plus longtemps que son plus faible maillon, le facteur humain de mise en œuvre. La vacuité des ministres, la logorrhée du président, la guérilla des administrations retranchées derrière la juridisation méticuleuse des procédures, l'essoufflement des unités de terrain engagées dans une agitation sécuritaire ne visant qu'à calmer le bon citoyen, tout cela augure mal d'une victoire à court terme. Et sur le long terme ?
Les indicateurs remontant des cités signalent que les adolescents arrivant à l'âge de faire des bêtises seraient encore plus remontés que leurs aînés contre la France. Qu'on ne s'en étonne pas, trente ans de reculades et de gros yeux ont définitivement émoussé l'autorité de l'Etat détenteur de la violence légale qui devait contenir leurs revendications. On voulait calmer les banlieues de la diversité en débondant les crédits d'accompagnement des politiques urbaines, en vain. La haine a gagné. La peur du gendarme a disparu. L'Etat est caillassé ! La situation peut donc encore empirer et ce, quelle que soit l'issue de la guerre syrienne contre l'Organisation de l'Etat islamique dont l'extinction signerait, dit-on, notre victoire. Notre victoire contre qui... contre quoi d'ailleurs ? l'islam sanglant dérivé du wahhabisme séoudien ? la dictature féroce du clan Assad ? la revanche des loups sunnites du désert irakien contre les moutons chiites ? la base invaincue du terrorisme mondial Al-Qaïda ? Personne ne peut démontrer, comme le proclament les communiqués du conseil de défense de l'Elysée, que l'éradication de Daech terminera également la subversion de notre société. Nous en serions heureux, mais le flambeau de la barbarie sera ramassé par quelqu'un d'autre ! Il faudra autre chose qu'un arsenal défensif de surveillance électronique pour retrouver l'insouciance bien française que le monde nous enviait. A moins que par un miracle inconnu, les musulmans extirpent eux-mêmes les fous de Dieu de leurs communautés et les traînent en justice pour atteinte à la sûreté de l'Etat, il faudra passer à l'attaque. A l'attaque des barbares sur notre sol, le plus souvent nés de notre sol. Derrière qui ? Nul n'imagine messieurs Hollande ou Cazeneuve aux Thermopyles et l'avertissement du général Tauzin est de pleine actualité, sauf à considérer l'impétuosité du Premier ministre comme la prémisse de velléités guerrières. Mais M. Valls les a tous contre lui et ne peut pas actionner les leviers du domaine réservé complètement chiraquisé par l'Elysée ! Alors nous sommes bloqués dans la rhétorique de préau jusqu'en mai 2017 et nous serons submergés de déclarations, postures avantageuses et promesses inoxydables par tout ce que le pays compte de politiciens avides de démonstrations définitives jusqu'à ce que nous nous rendions compte que le régime imposé a sélectionné le fond du panier et qu'il se trouve pris dans la mélasse de la médiocrité quand ce n'est pas de la lâcheté.

Bien sûr, la société française produit toujours autant d'esprits brillants, de caractères affirmés, de gens formidables, mais plus aucun de ceux-là ne s'investit dans la politique tant l'image de cette forme d'action sociale a été dégradée par la classe aux affaires. Notre excellence est dans la recherche, les nouvelles technologies, les sciences exactes, l'aventure de l'entreprise et le courage de l'exploration. La politique salit !

Aussi, quand apparaît sur scène le vidangeur de la caste en défaut, peut-on faire autrement que de lui prêter main forte ? Surtout si son projet croise nos préférences institutionnelles et s'il déploie son raisonnement autour du domaine régalien, notre marotte. Bien sûr, monsieur Tauzin ! sauf que le Monck nouveau n'est pas encore arrivé. Il négocie, déjà ! Quand d'un côté il affirme à juste raison que l'islam est par essence conquérant et hégémonique, il prévient aussi dans la même journée que les musulmans sont innocents des crimes commis en son nom puisque la conquête par le sabre est ontologique à leur religion. C'est un peu tordu mais pas si rare dans le microcosme politique où la parole est réglée sur l'effet d'opinion. Ainsi en va-t-il par exemple du parti gaulliste de M. Dupont-Aignan et de ses accointances avec Fils de France, une agence électorale de l'UOIF exploitant le filon chevènementiste d'un Islam de France. Pour combien d'autres petits partis en mal de soutiens, l'islam francisé est-il la solution ? Le ministre des cultes Sarkozy leur avait montré la voie avec le CFCM. Et chacun de courir à la protection du crépis des mosquées, aux cantines sans porc, à la victimisation des dévots amalgamés aux assassins, au financement des associations culturelles halal, jusqu'aux baux emphytéotiques qui contournent la loi de 1905, pour à la fin nous suggérer que Michel Houellebecq est moins un écrivain qu'un prophète dans son roman Soumission.

Le combat commence par un assaut du microcosme politique qu'il faut dégager des listes à l'occasion du renouvellement des Chambres. Il se continuera par la mise en œuvre de nos lois sans trembler, quelles que soient les injustices provoquées par l'annulation des nombreuses dérogations clientélistes qui les brident, jusqu'à l'exil ou l'expulsion des résidents nationaux ou étrangers menaçants, afin de retrouver un jour la paix civile. En l'utilisant dans sa globalité, notre Etat de droit suffit à nous défendre. Ne perdons pas de temps en propositions législatives et en amendements ; portons au pouvoir en 2017 ceux qui sauront combattre pour le vieux pays, car l'homme prime les moyens ; et gouvernons par ordonnances : "La guerre est un art simple et tout d'exécution", disait Bonaparte. En attendant le général pugnace et déterminé qui va nettoyer les écuries d'Augias, écoutons nos princes, quand ils nous parlent.

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Le Lien Légitimiste
2 Le Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint Martin

Abonnement électronique à 10 euros (6 n°)


Postcriptum du 25 août 2016 :
Au moment où paraissaient ces lignes, le prince Louis de Bourbon avait décidé de nous faire mentir en publiant un long communiqué ciblant l'ennemi intérieur et dénonçant notre affaissement moral. Extrait : Le mal qui atteint la France me parait double. Il y a d’abord une guerre de civilisation, déclarée par un ennemi plus ou moins visible et insidieux, et que désormais les gouvernants semblent enfin désigner par son nom mais, surtout, une très profonde et grave crise morale ou d’identité, sorte de cancer de l’intérieur qui nous affaiblit tout autant, peut-être même davantage, que l’ennemi désigné... On peut en prendre connaissance dans son intégralité sur le site du Salon Beige en cliquant ici.

lundi 1 août 2016

La Mémoire d'un ordre naturel


Ce billet a paru dans la rubrique Libres propos du Lien légitimiste n°69, tombé dans les boîtes fin juin (p.17). Ecrit bien avant le référendum britannique, il anticipait sans le savoir la fracture du Royaume Uni par l'exercice du procédé démocratique le plus brutal possible. Galles et Angleterre s'opposent désormais à l'Ecosse et l'Ulster. Londres fait sécession intérieure. L'ancrage monarchique qui tenait ensemble tout l'attirail grand-breton ne semble pas suffire, mais un Premier ministre adroit fait le projet de circonvenir ses pairs au Conseil européen pour satisfaire les brexiteurs sur la forme et les hérauts du libre échange sur le fond.
Le RU est une fédération de quatre nations, la France un Etat-nation. C'est la différence entre nos deux pays qui laisse tout son intérêt au billet du Piéton réclamant de ré-aimanter la société autour d'un souverain. Cet intérêt est décuplé par la demande anxiogène des Français d'être enfin gouvernés par des hommes en lieu et place des bêtes à concours qui trustent le pouvoir par le jeu mortifère des partis politiques. La constitution de 1958 était faite pour un chef d'Etat naturellement fort, elle fut de bonne application pour son "dauphin" Pompidou, mais montra bien des défauts quand les coteries partisanes la submergèrent ensuite. Il n'est plus besoin d'avoir autorité et charisme aujourd'hui pour prétendre à gouverner la France, mais de soumettre à ses vues un parti rassemblé et convaincre de nombreux sponsors. Nous sommes bien loin de l'ordre naturel. Ce billet entre en archives Royal-Artillerie sous le libellé LLL.

Bimestriel sur abonnement pour dix euros en version électronique et trente euros pour la version papier (6 numéros). Envoyer le chèque à : Le Lien Légitimiste 2, Le Petit-Prix 37240 La Chapelle Blanche Saint Martin.

« Puisque donc l'âme est immortelle, qu'elle a éprouvé de multiples réapparitions, et contemplé toutes choses, celles de ce monde et celles de l'Hadès, il n'est rien qu'elle n'ait appris, si bien qu'il n'est nullement surprenant qu'à l'égard de la vertu comme de tout le reste, elle soit en état de se ressouvenir de cela même qu'elle savait antérieurement. Car, puisque la nature tout entière est liée par des affinités, et que l'âme a appris toutes choses, rien n'empêche qu'en se remémorant une seule chose, on ne retrouve de soi-même toutes les autres, à condition d'être courageux et d'une endurance sans faille dans la recherche ; car ce qu'on nomme chercher et apprendre n'est en somme que réminiscence.» (Socrate* à Ménon dans un dialogue de Platon sur la vertu).

Comme s'il se souvenait d'un ordre naturel vieux comme le Temps, le petit d'homme organise d'instinct son environnement social en pyramide (famille, école, équipe sportive) et l'âge venant il ne s'en départit pas jusqu'à ce qu'on le force à raisonner sur d'autres bases. Est-ce cette inclination qui fait le succès des rois dans l'esprit humain ? Depuis l'aube du monde, l'espèce s'est organisée en pyramide et si d'aventure il s'est vu un peuple différent du modèle courant, il n'en reste rien, à croire qu'il n'a jamais existé. C'est le drame de l'impossible organisation par l'horizontalité, par la démocratie : l'être humain en ressent d'abord le côté artificiel, plaqué sur sa nature profonde, avant que d'être forcé d'y croire par une doxa politique de consommation courante, même si au bout du bout, il s'avère que ça ne marche pas. C'est le point où est rendu notre bel occident, pour paraphraser Maurras. La démocratie d'étage régalien ne marche pas. Pour preuve, à l'étage fédéral on lui substitue la technocratie, seule organisation capable apparemment de développement cohérent. En revanche, au niveau local l'arbitrage démocratique reste pertinent, soyons juste.

Les défauts inhérents au suffrage universel ont partout suscité des protocoles d'application censés les surmonter. Notre pays, dans ses modes de scrutins avantageant le bipartisme, est un champion de la fabrication des résultats électoraux, dès lors que le peuple est un souverain incapable. Mais le constat n'est pas nouveau. Proudhon** allait jusqu'à nier en termes définitifs le peuple remis en selle par la Deuxième République :
«Le Peuple, non plus que Dieu, n'a des yeux pour voir; des oreilles pour entendre, une bouche pour parler. Que sais-je, s'il est doué d'une espèce d'âme, divinité immanente dans les masses, comme certains philosophes supposent une âme du monde, et qui, à certains moments, les émeut et les pousse; ou bien si la raison du Peuple n'est autre que l'idée pure, la plus abstraite, la plus compréhensive, la plus dégagée de toute forme individuelle, comme d'autres philosophes prétendent que Dieu n'est que l'ordre dans l'univers, une abstraction ? Je n'entre point dans ces recherches de haute psychologie: je demande en homme pratique de quelle manière cette âme, raison ou volonté, telle quelle, du Peuple, se pose, pour ainsi dire, hors de soi, et se manifeste ? Qui est-ce qui peut lui servir d'organe ? Qui a le droit de dire aux autres : c'est par moi que le Peuple parle ?»
(Solution du problème social, 1848).

Et le même de pulvériser ensuite le suffrage universel qui n'est que l'arithmétique d'un arbitrage atomisé par des individus tous inégaux dans leurs capacités d'appréhension des questions sociales, en d'autres termes : faire droit à la quantité jusqu'à ce qu'une fraction de l'Opinion dépasse, même d'un cheveu, les autres pour les combattre légalement, les pressurer, le comble de la stupidité ! C'est le ferment des guerres civiles rampantes qui hantent la République depuis son rétablissement.

Nos concitoyens sentent bien au fond d'eux-mêmes que notre société est dans l'erreur. Ils ne perçoivent pas l'âme collective dans le désordre ambiant, il faut leur signaler qu'il n'y en a jamais eue. Le peuple n'a pas d'âme, son expression est fabriquée. Dans le passé, on le leur a fait croire mais dans les faits, la démocratie en ses meilleurs moments ne fut que le socle d'élection d'une nouvelle aristocratie capable de gouverner les corps sociaux jusqu'à ce que la dispute intrinsèque au modèle achète l'un et l'autre par le débondage de privilèges dévorant le capital de la nation pour en distraire le plus possible au profit d'intérêts particuliers, relançant déjà l'affrontement des factions que l'on avait su un moment apaiser. Le peuple, certes sans "âme" mais pour le coup unanime, constate la chienlit générale et l'incapacité des procédures politiques à y porter remède : les taux actuels d'impopularité sont accablants. De quelque bord qu'on l'observe, le système est récusé tous les jours dans son financement, ses modes opératoires, sa pseudo-aristocratie.

Le pays est écrasé de dogmes étatiques portés par une caste de fonctionnaires pléthorique qui finit par engloutir la valeur ajoutée de l'activité économique du secteur libre, sous le regard impuissant d'une caste politique, immense elle-aussi, et dont beaucoup de membres sont des fonctionnaires protégés, caste qu'il faut nourrir d'abondance dans ses réclamations et ses inutilités. Conscients de la captation de l'héritage républicain par une nomenklatura plus habile que savante, certains bégaient une resucée de la Quatrième république sous un numéro Six, plus encore soviétisée que le gouvernement provisoire de la Libération ; d'autres poussent à réduire un Etat impotent au bénéfice d'une approche technique des défis mondiaux par des équipes compétentes au niveau européen ; les rêveurs appellent à nationaliser des capacités de décisions qui ont disparu à jamais du fait de l'incurie crasse de notre propre Etat-nation ! Aucun, du moins si peu, n'appelle à revenir au modèle naturel ressenti en chacun depuis toujours : la pyramide et sa pointe immobile qui sert d'amer à tout le pays.

Nous devons retrouver le sens du monde en reconstruisant nos sociétés dispersées aujourd'hui en groupuscules hostiles. Le plus simple n'est-il pas d'y réintroduire d'abord l'aimantation générale que constitue partout ailleurs l'affection des peuples pour leurs souverains de chair et d'os ? Et d'accord enfin sur ce premier point, commencer à hiérachiser nos priorités d'intérêt général pour construire le Projet commun dont la France a maintenant un besoin urgent, à peine de fondre comme neige au soleil dans le magma global dont elle n'a pas su tirer tout le parti possible. Il nous reste peu de temps pour exercer ce qu'il nous reste d'autonomie à réparer notre pays. Le temps ? L'organisation mondiale des blocs en cours pourrait bien nous le prendre. Hâtons-nous !

* « Non seulement Socrate est la plus pure incarnation du bon sens et de la philosophie pratique dont la Grèce ait fourni le modèle, mais il demeure l'immatérielle image du beau moral et du vrai, non moins que l'exemple de la valeur civique et militaire, le symbole de la mort du juste » (Joseph Orsier). Lisez Socrate (chez Platon) un philosophe des plus modernes et des plus "clair" dans sa tête, qui vous changera des philosophes germaniques obscurs à la mode ! Nous avons été créés par la thalassocratie grecque et nous ne venons pas des landes de Courlande ni des marais de Poméranie, l'agonie du néant.

** Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), un des plus éminents publicistes du parti républicain socialiste (selon le Lachâtre de 1856), inventeur de slogans définitifs comme "la propriété, c'est le vol" ou "la démocratie, c'est l'envie".

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