Affichage des articles dont le libellé est dominos. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est dominos. Afficher tous les articles

lundi 22 mai 2017

Les licornes de fer de l'empire céleste


OBOR, c'est le grand projet impérial du China Dream de XI Jinping, One Belt, One Road, appelé à structurer la diplomatie chinoise sur toute l'Eurasie en structurant des axes de développement lourd : on parle infrastructures logistiques, centrales électriques, urbanisation... Des variantes plus ambitieuses encore sont diffusées par les agences d'influence pour ajouter un peu de "romantisme" au projet mais aujourd'hui nous nous en tiendrons aux segments parfaitement concrets. Les acquis chinois sont déjà nombreux sur la zone d'effort et formatent les relations diplomatiques avec les deux autres empires, Fédération de Russie et par ricochet les Etats-Unis. Une carte d'abord, prêtée par le MERICS de Berlin (The Mercator Institute for China Studies) pour cerner le projet.


Le pivot historique de la Route de la Soie est en Iran. Les échanges entre le Cathay et la Perse remontent à l'époque des Parthes et il y a du respect mutuel entre les deux nations. Placé jadis au cœur du dispositif commercial est-ouest, l'Iran retrouve naturellement ses marques dans l'OBOR. C'est dans l'ombre de cette influence que s'inscrit la revitalisation du couloir de l'Indus jusqu'au nouveau port pakistanais de Gwadar au débouché du Golfe persique sur le détroit d'Ormuz, qui permet aussi d'accéder à l'Océan indien, zone commerciale la plus prometteuse dans l'avenir. Au nord, les républiques turcophones s'emboîtent les unes dans les autres, chacune ne valant que ce que vaut ses voisins. Elles permettent en bout de course d'atteindre la mer d'Azov en passant au nord de la Caspienne. Elles sont alliées à la Chine pour deux raisons : le marché chinois de consommation d'hydrocarbures et de coton d'une part, de l'autre, la résistance opiniâtre de Pékin à l'irrédentisme ouighour qui menace les autocraties régionales par ses fermentations islamistes. Le débouché naturel occidental de la Route de la Soie est la Turquie, ou la Syrie ! On comprend qu'Erdogan ait fait le voyage.

Mais l'OBOR est plus avancé qu'un "projet". Empruntant les infrastructures soviétiques, la Route de la Soie est déjà ouverte dans sa partie froide. Ainsi le trafic ferroviaire par train-bloc vers le soleil couchant fut inauguré le 5 juillet 2015. Un test de 80 conteneurs sur wagons fut lancé au départ de Kunming (Yunnan) pour remonter à Zabaïkalsk sur la frontière russe, traverser la Sibérie puis la Biélorussie jusqu'à Brest et enfin Malaszewicze en Pologne pour transborder les boîtes sur des wagons à l'écartement anglais. Puis Rotterdam. Le trajet dura 19 jours. Les porte-conteneurs de la conférence font Ningbo-R'dam (container yard à container yard) en 50 jours (source). Un test ponctuel fut fait en 2014 entre Yiwu et Madrid. Donc la logistique ferroviaire n'est pas complètement ringarde, d'autant que les Chinois ont montré leurs capacité à lancer des trains de 200 conteneurs sur la taïga. En janvier 2017 ils ont fait un Yiwu-Barking (Londres) en 18 jours. Et le 10 avril dernier (en photo ci-dessous) un train de whisky est parti de Corringham pour Yiwu (Shanghaï).


L'intérêt est de s'affranchir des aléas maritimes et géopolitiques dans une solution quand même rentable en participant au développement local de l'Asie centrale. C'est un peu la philosophie d'aménagement de l'Ouest sauvage américain par les fameuses lignes transcontinentales. Les cadences ne sont limitées que par les capacités de transbordement à l'écartement large ou normal. Les programmes sont établis vers des chantiers classiques de manutention comme Duisburg, Hambourg, Rotterdam... La Deutsche Bahn, opérateur majeur de ce trafic signale que 40000 conteneurs ont été acheminé sur le fuseau Chine-Europe avec des délais compris entre 12 et 16 jours. Un trafic annuel de 100000 conteneurs sera atteint en 2020 (source). Les opérateurs majeurs sont pour l'instant hollandais, allemand et suisse. Le temps est la moitié du transit time maritime, la masse transportée plus rapidement est bien moindre certes et le prix à la tonne moins avantageux (un porte-container océanique prend de 5 à 10000 boîtes de 40 pieds) mais le prix par fer est beaucoup moins cher que par avion pour un délai acceptable. Le transport ferroviaire est auto-financé ; inimaginable en France où l'on chercherait partout des subventions publiques pour construire l'usine à gaz qui va bien !

Il est probable que ce volet ferroviaire sera pour longtemps l'axe majeur de l'OBOR, entre deux puissances économiques (UE et Chine) écrasant toutes les autres sur le continent eurasien. Les ateliers de Dalian ou Datong produisent des locomotives "grand froid" qu'ils vendent facilement en Asie centrale. Par chance les opérateurs européens sont habitués à gérer la complexité de ce type de trafic sur le réseau dense européen, et le dispositif nous apporte de la valeur ajoutée. Le projet est typique du gagnant-gagnant. Il nous reste maintenant à charger des trains vers la Chine :) Notons pour les archives historiques que Calberson France avait lancé un projet de train-bloc régulier entre Gennevilliers et Pékin à la fin des années 80, en raccrochant le Transsibérien en Pologne. Comme souvent en France, les autres acteurs sont restés assis pour voir ce qu'il adviendrait du projet, bien qu'il soit soutenu officiellement par les opérateurs chinois. C'était l'époque où toute l'équipe Calberson Chine parlait couramment le mandarin, mais pas sa haute direction. L'entreprise (GEODIS) appartient maintenant au pôle fret de la SNCF.

Train-bloc chinois vers Riga (Estonie)

On gardera pour une prochaine fois l'étude de la concurrence ainsi créée avec le Passage du Nord-est qui est en cours d'exploration. Il s'agit de passer des navires de commerce entre la Mer du Nord et la Mer jaune par l'Océan arctique en profitant du réchauffement climatique. On peut anticiper que cette route sera empruntée par les vraquiers plutôt que par les porte-conteneurs qui ont besoin de régularité et de ports d'escale rapides, ce qui n'est pas le cas sur toute la côte russe.

Le volet maritime de l'OBOR est moins évident. Les routes existent et sont exploitées par trois alliances maritimes dans lesquelles sont déjà les grands transporteurs chinois : l'Ocean Alliance regroupe CMA-CGM (FRA), COSCO (RPC), Evergreen (ROC) et OOCL (HKSAR). L'inclusion de l'Afrique anglaise dans un courant d'échanges risque d'être décevante, au moins au départ. Il n'y a pas de réels volumes et les acteurs locaux laissent encore à désirer, sauf à recoloniser les ports comme au Pirée. Plus surprenant est le projet de contournement de la Mer de Chine méridionale par les trois fuseaux terrestres : l'un traverse la Malaisie en direction de l'Indonésie par le hub de Singapour, l'autre passe le Triangle d'Or birman (l'ancienne Tea Horse Road) depuis le Yunnan en direction de Calcutta, le troisième descend du Cachemire, longe l'Indus puis franchit le Balouchistan vers le port "chinois" de Gwadar (voir la carte ci-dessus). Les deux derniers fuseaux posent problème à l'Inde qui, accablée de neuf cents millions de pauvres, n'a pas les moyens de suivre, encore moins de concurrencer le projet de Pékin par le sien propre. Mais le but à atteindre n'est peut-être pas si désintéressé pour Pékin.


La masse de crédits d'investissements déversée sur les fuseaux terrestres de la One Belt sera en renminbi yuans. A partir d'un trillion de dollars en RMB en circulation hors de la zone d'intérêts chinois (Asie du Sud-Est), la monnaie céleste devient une devise internationale et monnaie de réserve, et on parle déjà au pluriel, en trillions ! Paul Chan Mo-Po, Secrétaire au Trésor de Hong Kong, ne s'y est pas trompé qui veut mettre au pot de l'Asian Infrastructure Investment Bank et faire prendre par les banques de la place les opérations quotidiennes de l'OBOR. D'aucuns doutent que les tycoons honkongais suivent le risque pris par l'Administration en surenchérissant sur l'OBOR, leurs affaires locales rapportant bien plus et sans risques majeurs ni souverains. Il n'en reste pas moins que le savoir-faire inimitable de la place de Hong Kong et ses connexions privilégiées au sein de la galaxie Nylonkong (clic) sont un atout pour le projet de Xi Jinping.

Plus généralement, le projet chinois qui devrait mobiliser des trillions de yuans sur dix ans suscite réticences et jalousies d'autant plus que Pékin "achète" les pays partenaires par des crédits à guichet ouvert. OBOR c'est open bar ! Ce pourquoi la délégation de l'Union européenne au grand raout du 14 mai à Pékin a marqué publiquement son agacement en brandissant les barrières non-tarifaires chinoises au commerce réciproque, sans parler des libertés publiques fortement secouées en Chine continentale.
Le président de la Chambre de commerce européenne à Pékin, Wuttke, est allé jusqu'à dévoiler que les compagnies chinoises profitaient de l'ouverture des investissements extérieurs pour faire évader plus facilement des capitaux. L'Inde pour sa part a montré son petit air boutique en refusant que "son" Cachemire soit inclus dans l'OBOR. Par contre Kim Jong-un avait envoyé un observateur : des cartes existent pour un fuseau Harbin ou Shenyang vers Busan sur la mer du Japon. Les Etats-Unis étaient absents ; Donald Trump essaie de comprendre ce qu'il se passe dans tous ces p*tains de pays imprononçables comme la Saskatchewan. Mais Vladimir Poutine est content, lui qui bénéficie gratuitement de la géographie ad hoc pour profiter à fond de ce projet colossal.

China Ocean Shipping (Group) Company

Postscriptum : un éclairage différent sur l'excellent site QuestionChine :
Le projet pharaonique des routes de la soie à 1700 milliards de $ par François Danjou (17/5/17)

lundi 27 avril 2015

Coke en cale

"On a triplé Triton" : ce n'est pas un message codé de Radio-Londres, mais la courageuse initiative de l'Union européenne à l'endroit des migrants de plaisance en Méditerranée. La France mettra deux bateaux dans les eaux internationales comme l'Allemagne, la Grande Bretagne comme la Belgique, un. Le reste viendra d'Italie qui a choisi une géographie provocatrice en avançant des îles jusqu'en Afrique du Nord. Les rescapés, qu'en faire ? "On" réfléchit. "On" est un con, disait l'adjudant des Bêtises de Jacques Laurent. Nous y sommes en plein. Ces messieurs dont les burnes sont en bocaux sous l'escalier, voudraient un mandat des Nations-Unies pour sortir leur virilité. Plus pleutre tu meurs ! Pourquoi ne pas demander aux Etats-Unis d'en prendre, en mémoire des deux grands déconneurs que furent XLI et XLIII ou encore attendre Jeb Bush ? Sans oublier les nôtres :
D'Abou Kammash à El Salloum s'étend aujourd'hui entre Tunisie et Egypte une Terra Nullius que l'on appelait jadis la Libye. Jadis, avant que deux petits merdeux ne décident de refaire le monde en vrai et non plus seulement dans le fond du sofa. N'y revenons pas, cela n'avance à rien, ils seront jugés plus tard, soit par les peuples concernés*, soit par l'histoire.

La pression migratoire débouchant sur la côte libyenne en direction de l'Europe méridionale menace son bien-être relatif et par beaucoup d'aspects, ses modes de vie. On est obligé d'avouer que la crainte sourde en chacun de nous n'est pas tant la peau noire des migrants que les moeurs incompatibles que certains transportent ici en ayant fait allégeance à l'islam. Or il est démontré maintenant - mais on le savait chez nous depuis la haute époque classique - que l'islam n'est soluble dans aucun pays développé, surtout quand le pays est sincèrement démocratique. Cette religion est hégémonique dans l'espace public dès qu'elle représente une forte minorité de résidents. En fait, elle se découpe des territoires culturels et économiques dans le tissu social pré-existant. Et si l'on veut bien sonder les coeurs et les reins, toute l'affaire de Libye se joue là-dessus.

Du passé faisons table rase, enfin presque, et voyons comment bloquer cette inondation démographique si je choisis un terme polémique, mais finalement une goutte d'eau salée au regard des cinq cent millions de citoyens de la douce Union. Avant-guerre, les quatre puissances navales de Méditerranée (Espagne, France, Italie, Grèce) auraient organisé le blocus des côtes et géré tout ça au canon.

Syrte en Libye


Le trait de côte fait 1750 kilomètres de long (950 nautiques) et son contrôle est à la portée d'une escadre appuyée par des systèmes de surveillance aérienne classique. Le but aurait été de filtrer l'activité nautique en ne laissant passer que la pêche et le commerce et en arraisonnant le trafic de gens. Pour vider le sas, on aurait pris deux ports sur la côte afin d'y débarquer les prises et saccager les bateaux. Mais nous ne sommes plus dans les années 30.

Il y a justement...les gens. Tous des fuyards sans espoir de retour, qui proviennent de zones de conflit, de dictatures cruelles ou de zones sans économie : Syrie, Soudan, Erythrée, Somalie, Sahel... on trouve même des Afghans et des Irakiens, très loin de leurs bases. Prétendre que ces gens sont en ballade nautique pour avoir leur numéro de sécurité sociale est une ignominie même si dans le paquet vous en trouverez bien un ! Ces gens sont concentrés dans des camps à la merci de malfaisants qui les exploitent durement, sinon contrôlés par les mafias portuaires qui en tirent le maximum avant l'embarquement. La pression subie par ces migrants dans la zone d'attente fait partie du logiciel de trafic ; elle fait monter mécaniquement le prix à payer pour en sortir coûte que coûte, et elle estompe la perspective de dangers plus grands. Les dernières réticences à monter de nuit sur des épaves flottantes s'avèrent vaines, les récalcitrants sont "nettoyés" au su de tous. Bizness d'abord !

On voit déjà que débouchant sur un retour au pays de départ, le blocus ne résout rien, sauf à exterminer de la racaille au hasard des rencontres si les lois européennes l'autorisent. Les gens débarqués dans les ports de reprise devront être dirigés vers des camps humanitaires équipés, défendus et organisés par les Nations Unies, à défaut d'elles par l'Europe. Et qu'en ferons-nous ensuite ? Certains pourront être reconduits dans les zones sans économie en y injectant des crédits de développement, mais il n'est pas envisageable de ramener du monde dans les pays en guerre avant le retour hypothétique de la paix. Langue au chat ?

Pas tout à fait. Il va nous falloir boire la goutte d'eau salée et sans doute quelques verres de la même qui vont suivre, car les alternatives sont rares. Alors organisons le remploi des migrants dans nos économies nationales en les répartissant avec justice entre nous tous, et bridons leurs velléités d'importer leurs mœurs exogènes quelles que soient leurs croyances in petto. Et pour bien montrer notre détermination à rester libres et nous-mêmes, attaquons de front les provocations publiques de l'islam en Europe, sans mollir. Ceux des nouveaux qui n'en sont pas se fondront assez vite dans la masse des Européens et néo-Européens, les exemples abondent de communautés d'origine étrangère à forte valeur ajoutée. Les autres ne doivent pas former chancre et ce sera la condition unique d'entrée à peine d'expulsion à première requête sur le ferry de son choix. Pas de place pour la chance non plus.

Sur le chapitre maritime du défi on entendra avec profit l'avis, autorisé aujourd'hui, du contre-amiral anglais Chris Parry que nous livre Breibart-London (clic).
Amen !


Chenal de Lampedusa

(*) les peuples concernés étaient au départ bédouins, berbères et arabes auxquels s'ajoutent aujourd'hui les peuples maltais, siciliens, calabrais et demain tous ceux du bassin occidental de la Méditerranée ! De quoi faire un petit "Nuremberg".

mercredi 22 février 2012

Au bord du gouffre...

...la Grèce doit sauter !

La première moitié de ce billet (police Times) est une contribution au débat sur le site de Frédéric Taddeï www.Newsring.fr, contribution postée le 17 février à la rubrique Monde. La seconde moitié est de géopolitique ; c'est donc celle que nous développons ici pour les lecteurs de Royal-Artillerie.

Papandréou avait eu la bonne intuition quand au sommet du G20 de Cannes il avait sorti son référendum du chapeau. Cris d'orfraies de la nomenklatura en charge de la pensée dominante à l'idée de pouvoir être contestée par l'un de ses souverains !
Le camp des sceptiques grandit chaque jour en Europe du Nord quant au pronostic. Et sans doute n'y a-t-il pas besoin de longues années d'amphitéâtre en économie politique pour douter qu'un pays sans Etat ni économie puisse survivre à la saignée des médicastres. Aussi le choix de nous quitter n'en est plus un pour la vieille nation.
Le peuple grec doit être "mouillé" dans le Saut par un référendum, après la description honnête de son avenir. La remise en selle aux législatives d'une classe politique douteuse ne résoudra rien. Certes, ce faisant, la Grèce plantera les banques, les zinzins¹ et les Trésors qui ont pris des bons grecs sachant le pays pourri, elle laissera une ardoise aux marchands d'armes (RFA), mais elle tarira le drainage de son propre sang par ses créanciers. Lui fermera-t-on l'accès aux marchés ?
Pourquoi irait-elle ensuite sur les marchés dès lors qu'elle n'a plus à faire les échéances ? Pour payer l'Etat au sens large chaque mois. Il suffit de trois choses pour y parvenir et elles ne peuvent se faire que par l'électrochoc du saut :
(i)- Etablir les rôles fiscaux et encaisser les taxes ; peut-être qu'une flat tax simplifierait la réforme.
(ii)- Lever de la rente perpétuelle à 3% auprès des capitalistes résidents ou d'outremer, essentiellement l'église orthodoxe et l'armement naval.
(iii)- Passer un traité d'alliance avec la nouvelle Russie orthodoxe pour obtenir des conditions privilégiées d'accès à l'énergie, et imprimer des drachmes à bon compte.
L'effet domino ?
Tous les analystes des banques et des zinzins le prédisent mais aucun économiste distingué n'y mettrait sa main au feu. L'économie grecque ou ce qui en reste, c'est peanuts au niveau de l'Union européenne, et il est idiot de mettre dans ce jeu l'Espagne et surtout l'Italie. Le FES peut aider le Portugal sans problème, et les Portugais sont bosseurs.
Les nations rieuses ne menacent pas les nations sérieuses. Schäuble a-t-il l'air menacé ?

La minute géopolitique

Disons déjà que du fameux "effet domino" la Grèce se tape si elle sort du schmilblick européen ! C'est le point (iii) qui est intéressant. A voir l'extrême méfiance des autres états européens à l'endroit du gouvernement grec et de sa fonction publique, on peut avancer que sera noyé sous les larmes de crocodile son largage de l'eurozone avec les conséquences sociales et comptables que l'on sait. Renchérissement de la Dette en euros, dévaluation vertigineuse de la monnaie de substitution, fermeture des comptes d'épargne et comptes courants, chômage de masse, généralisation du troc, assèchement des caisses publiques, émeutes, répression...). Il faut se rappeler l'Argentine, assujettie à une monnaie étrangère incontrôlable qu'était le dollar US.
C'est pourquoi la Grèce doit sauter pour sauver ce qui peut l'être encore en appliquant les deux recommandations (i) et (ii) ci-dessus. Et la bonne idée serait d'en prévenir le grand frère russe pour s'assurer du minimum vital qu'est l'essence. Le traité d'alliance qui - après les effusions spectaculaires de l'Orthodoxie - servira d'abord à financer les concours russes et mettra une base navale hellène à disposition de la Flotte de la Mer Noire, non pour escale mais pour stationnement et construction et réparation navales. Le rêve du Csar en eaux chaudes. Tout le paquet devrait être mis d'ailleurs sur la mer puisque la flotte commerciale grecque est encore la quatrième du monde (clic sur le rapport ONU 2011) avec 3213 navires et la première en tonnage avec 202388152 dwt. La mer, ce sont des chantiers navals pour servir toute la Méditerranée orientale, une vraie industrie de mécanique marine à créer avec les Russes, et bien sûr le tourisme que la moindre valeur de la drachme renflouera.
Il y aura sans doute deux ans de mauvais, où il faudra retourner son bout de pelouse pour y faire des légumes, mais rapidement le soleil ramènera les sourires et les Anglaises en shorty.

Ce renversement d'alliance aurait un impact régional conséquent. L'ami des Grecs sur zone est le Serbe. Orthodoxie, alphabet, ennemis communs (Albanie, Turquie), proximité mentale. La Serbie dispose d'une vraie industrie avec laquelle elle espère entrer dans l'Union européenne. La Grèce, avec son tempérament commerçant, peut être une aide significative dans la distribution serbe sur les pays méditerranéens, et en Afrique où les communautés grecques sont nombreuses et actives.
Le tout est de convaincre le peuple de jouer cette renaissance à pile ou face, par référendum, et de faire la nique aux proconsuls germaniques. Avec la composition politique du pays², le choix du Saut n'est pas impossible.
Dans la mesure où les experts présdisent pour nous faire peur que le défaut calamiteux dynamiterait les partis politiques (ce ne sera que justice) et où l'Etat cachexique devra reculer sur son domaine régalien abandonnant la solidarité à l'Eglise orthodoxe, il ne serait pas incongru de fermer la voûte de l'Etat reconstruit a minima par un chef d'Etat permanent délié des joutes picrocholines, un roi quoi !



(1) Les Zinzins : les investisseurs institutionnels, ceux qui ont accès directement aux adjudications du Trésor.
(2) « Le porte-parole du gouvernement a confirmé ce lundi 13 février la tenue d’élections législatives anticipées en avril prochain. Ce scrutin s’annonce mouvementé tant les équilibres politiques en place sont en train d’être bousculés par un peuple en colère. Et ce seront sans nul doute les élections les plus incertaines que la Grèce aura connues depuis la fin de la dictature en 1974. Car le bipartisme, qui a marqué la vie politique ces 30 dernières années, socialistes du Pasok d’un côté, droite de Nouvelle démocratie de l’autre, est en train de voler en éclats. D’après un sondage paru la semaine dernière, le Pasok est même passé sous la barre des 10% d’intentions de vote. Une chose est certaine, on va assister dans les prochains mois à une recomposition du paysage politique grec, où les partis de gauche, des communistes à la gauche réformatrice, pourraient jouer un rôle important. Ils n’ont d’ailleurs jamais été aussi haut dans les sondages. » (Stathis Kouvelakis, King's College, Londres)

samedi 28 janvier 2012

Place Tahrir ou des Cocus

 

Que pense le maréchal Tantawi, embaumé vivant derrière son bureau reverni ? Qu'ils pendent le raïs et me foutent la paix ! Il a pris ses assurances auprès des Frères musulmans vainqueurs des élections, à charge pour eux de laisser l'état-major venir à une retraite tranquille, à charge pour lui de leur prêter main forte dans la pacification des naïfs. L'humour cairotte, redoutable de précision et acidité, aura-t-il raison du pacte de non-agression mutuelle ? J'en doute si les salafistes s'en mêlent. Demandons-le à Tariq Ramadan, grand enfumeur de gaouris devant l'Eternel. Il est courageux.

Islam, pluralisme, démocratie dans ses fondements plutôt que dans ses pratiques, deviennent un amalgame possible de la nouvelle alchimie islamique. La non-représentation des niais de la Place est un vrai problème d'autant qu'ils se sont dressés contre sans trop savoir ce pour quoi ils se battaient, plus loin que la liberté individuelle à l'occidentale. Sont-ils adaptables à l'Etat des Frères ? A l'évidence ils n'ont pas combattu la religion et accepteront peut-être les finalités d'une charia dépouillée des règles néandertaliennes. L'Islam littéral du Coran ânonné est très minoritaire et cantonné au monde arabe. Wahhabites et salafistes sont l'exception culturelle fondée sur l'illettrisme et le lavage de cerveaux des madrasas. Le centre de gravité de l'Islam est quelque part entre la Turquie, la Malaisie et l'Indonésie où cohabitent, avec quelques accrochages sanglants parfois, les valeurs occidentales et celles de l'islam réformé.

Sans doute Tariq Ramadan dévoile-t-il sans y toucher la ruse des Frères musulmans, dont son grand-père fut le fondateur, assassiné par la police du roi Farouk. Un Etat, civil d'abord, reconnaissant l'expression de tous et affichant à tous les carrefours de l'opinion la liberté de dire et faire jusqu'à la limite non franchie de ne pas agresser la liberté d'autrui. C'est cette frontière qui va devenir mobile, avec la mise en pression de cette liberté d'opposition aux nouvelles valeurs ; en même temps que seront nommés aux postes-clés de tous niveaux, du quartier aux ministères, des Frères et des idiots utiles. Sera établi plus tard un Etat islamique adapté aux mœurs égyptiennes passablement corrodées par le canal de Suez, quand la société aura été patiemment verrouillée.

Les chancelleries européennes ne croient pas aux assurances des Frères Musulmans la main sur le coeur, même s'ils enfreignent en s'en vantant un principe majeur de la charia: ils vont lancer des emprunts à intérêts sur le marché international des capitaux pour faire vivre le pays. Les Américains du Département d'Etat restent très prudents, se contentant d'émettre des avis sans frais, mais David Pollock, une pointure du Washington Intitute for Near-East Policy (clic), expliquait hier soir le double langage de la confrérie en se fondant sur des exemples concrets, faciles à trouver entre leurs deux sites, anglais et arabe. On peut lire son article ici. Nous ne nous y attardons pas, chacun devine.

crédit Shawn Baldwin, NYTimes
La fin de l'histoire risque de ne pas être celle attendue. Au-delà des questions "fondamentales" sur la préséance des valeurs, va surgir le retour de bâton économique. Si les Frères musulmans ont prospéré indéniablement sur la misère bien réelle des laissés-pour-compte de la société égyptienne en politisant leurs œuvres caritatives, il leur était utile de dénoncer le système, un des plus pourri de la région. Il n'y a aucune raison aujourd'hui de prédire aucune embellie économique pour l'Egypte "crasseuse", d'autant que le tourisme s'est effondré et qu'il n'a jamais nourri tout le monde. Trouveront-ils des fonds islamiques pour donner le change en endettant la nation jusqu'au cou ? Les bailleurs ont eux-aussi leurs limites et leurs sûretés, et il est peu probable qu'ils pontent à fonds perdus. Reviendront un jour place Tahrir les cocus d'hier en bien plus grand nombre et le peuple immense des bidonvilles derrière eux, voulant monnayer leur espérance disparue*.

Liberté, égalité, tolérance ne sont pas inscrits dans la Charia. C'est là que se croisent à quatre-vingt-dix degrés les valeurs de la place Tahrir et celles du nouveau parlement. C'est ce sac de nœuds le bout de l'histoire.


(*) addendum postérieur : c'est exactement ce qu'il s'est passé avec l'appel à Abdel Fattah al-Sissi le 3 juillet 2013.

jeudi 1 juillet 2010

Le Reich en pente douce

Ce billet en version intégrale est paru dans l'Action Française 2000 du 17 juin 2010, sous le titre "Face à la crise, Berlin fait cavalier seul". Les illustrations ont été ajoutées. Il entre en archives RA.


Merkel by Chappatte, ©GlobeCarton
[] Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ne se quittaient plus à en croire l'Elysée. Ensemble ils réprimandaient les mauvais élèves, écrivaient aux commissaires de M. Barroso, proclamaient au Conseil des gouvernements, riaient au dîner protocolaire, montaient en ballon, mais lundi soir 7 juin, avaient acté leur séparation de biens. A l'heure de son bouillon, Madame le chancelier avait en effet éconduit notre gentil président pour ne manger qu'un sandwich au bureau ! Il est revenu à Berlin lundi dernier 14 juin sur convocation, pour entendre les mesures de gouvernance de l'Euroland retenue par la Chancellerie. Entretemps M. Fillon avait récité dimanche à la presse son plan de rigueur pour mettre un peu de sérieux dans les bagages présidentiels.

Dans la presse internationale, il est rarement question des actions d'un couple franco-allemand. C'est dommage. On y parle d'abord de la relance américaine dans la douleur d'un chômage inhabituel là-bas ; du plan britannique de rigueur drastique motivé par l'inflation de la fonction publique ; de l'impressionnant plan prussien de destructions budgétaires pour quatrevingt-six milliards d'euros calculés à la virgule du million près ; et parfois, concurremment avec le problème espagnol de défaut à l'échéance, on évoque sans s'y attarder le flou artistique des mesures françaises qui tardent à prendre effet et font monter le taux des CDS (1). A l'instar de nos politiques (hors-micros), nul ne croit à notre capacité d'économiser une partie seulement des cent milliards déclarés par M. Fillon, surtout avec vingt-deux mois de campagne électorale présidentielle.
La France, tout entière dévouée au verbe – l'Elysée est envahi de "rédacteurs" -, joue les utilités à Bruxelles, se vante d'être le môle fédérateur, passe au pupitre plus qu'à son tour dès qu'un projecteur s'allume, mais l'auditoire consulte sur l'iPhone les dernières nouvelles de Berlin.
Que veut faire l'Allemagne ?
Disons tout de suite qu'à l'exception de leur balance commerciale, leurs chiffres sont arithmétiquement presque aussi mauvais que les nôtres, mais ne résultent pas des mêmes causes. Surinvestissement là, surconsommation ici. Puisque c'est un billet économique, deux données comparées entre la RFA, la France et le Royaume-Uni dans l'ordre : déficits publics respectifs pour 2010 de 145mds€ ou 5,5% pib, 174mds€ ou 8% pib et 189mds€ ou 11% pib ; dette publique au 1er janvier 2010 : 1700 mds€ ou 73% pib, 1500mds€ ou 78% pib et 930mds€ ou 68% pib ! Trois grands malades donc. On ne pronostique au moment que la guérison d'un seul.

Wolfgang SchaubleL'approche luthérienne de la crise est certes égoïste mais surtout intraitable. Aucune des solutions avancées par Paris n'est retenue par Berlin et quand elle doit s'y plier, l'Allemagne ajoute le codicille qui en coupe les effets. La dernière en date est la garantie demandée aux Trésors nationaux sur les prêts octroyés aux malades par le FESF (Fonds européen de stabilité financière) de 440 milliards. La France généreuse demandait la garantie solidaire illimitée de tous et la pérénisation du fonds. L'Allemagne ne garantit les fonds levés qu'à hauteur de sa propre contribution et limite ce dispositif à trois ans. Quand la France demande à mollir sur le pacte de stabilité actuel (le fameux 3-60(4) pour ne pas enrayer la reprise, l'Allemagne exige son durcissement et l'obtient, même si la déchéance automatique du pécheur est reportée. Et lorsque M. Sarkozy veut marquer son passage d'une pierre blanche en institutionnalisant les sommets des chefs d'Etat de l'Eurogroupe, la chancellerie y voit une perte de temps, d'argent et se contente d'exiger la déclaration de banqueroute des Etats incapables de redresser leurs comptes ! On ne peut pas s'opposer plus ! La posture de "couple" que cultive les responsables français et la presse à reluire en est d'autant plus ridicule que chacun sait que nos cousins sont agacés de ce concubinage prétendu.

Quand nous reprochons à nos cousins germains le coût exorbitant de leurs tergiversations - Bercy diffusait le message à Bruxelles le 7 juin qu'en « janvier, ça nous aurait coûté 15 milliards, aujourd’hui 750 milliards » - ceux-ci laissent comprendre ne pas vouloir perdre leur belle jeunesse à écouter les "sentiments" des uns et des autres traduits en douze langues de réunions en réunions. Pendant les travaux, la vente continue ; ils prennent chez eux les mesures non-concertées qu'ils jugent appropriées. Le divorce est-il consommé ? Peut-être pas comme cela, mais la communauté d'intérêts a fondu. Nous ne jouons plus dans la même cour. Nous avons la grandeur, ils ont l'industrie.

François BaroinAvons-nous donc si tort que cela dans notre critique du provincialisme teuton ?
Les économistes les plus affûtés de la place jugent que le raidissement allemand est une approche primaire de la crise et que la purge décidée à Berlin ressortit aux médicastres de Molière. Le réglage d'une reprise attelée au redémarrage des pays émergents sur fond de crise de confiance monétaire doit être minutieux, et d'autant plus qu'il s'applique à seize pays différents dont trois mourants. Nul ne doute que les services allemands soient à la hauteur des analyses exigées par une situation complexe, mais la tétanisation de la chancellerie traduit-elle une émotion confinant à la panique ? Les pires scenarii ont été passés en revue à Berlin en partant du constat que l'économie à réparer ressemblait à une économie de type post-guerre-perdue. Déficits étatiques et sociaux géants, dette abyssale en boule de neige, activité ralentie. La social-démocratie a dévoré les pays d'Europe, mais dans le coeur de Merkel, c'est bien la Soziale Marktwitschaft(2) qui est en cause, malgré l'Agenda 2010 lancé par le chancelier socialiste Gerhard Schröder. L'Allemagne travailleuse et déjà reformée vit encore au-dessus de ses moyens. C'est la Deutschland AG über alles qui est menacée dans ses fondamentaux même si elle travaille bien. Il n'est donc plus temps d'affiner les dosages avec des voisins, et si le débat est virulent au sein de la nouvelle coalition du pouvoir, le consensus est large dans le pays que cette fois sera celle de l'Allemagne première servie. Le monde repart-il sans l'Europe, que l'Allemagne achète cette opportunité. D'où le désintérêt manifeste pour les solutions communautaires qui traînent en longueur, sans parler de l'exaspération à subir la morgue française et sa personnalisation un peu vulgaire.

Finalement la locomotive rhénane a décroché du train européen, ou bien c'est nous. Elle avance aujourd'hui sur des marchés planétaires quand la France vit ses chances en Europe, un compartiment parmi d'autres du jeu stratégique allemand. La charge émotive de premiers partenaires réciproques a fusé, l'avenir est aux BRICs. Notre désindustrialisation – provoquée pour partie par l'Agenda 2010 précité qui contractait notre marché extérieur de prédilection - ne nous permet pas de suivre.

gerhard SchroederEn 2003, Gerhard Schröder (en photo) décida d'enrayer le déclin en fédérant toutes les forces vives dans un pacte national de combat pour gagner la mondialisation. Il impliquait le patronat, les syndicats, la fonction publique, le Bundesrat représentant des länder, le Bundestag et le gouvernement. Décapage à l'acide du code du travail, fusion et alignement des allocations chômage et sociales sur la moins élevée, assurance maladie réformée et suppression des indemnités journalières maladie, chasse aux niches fiscales, modération des taux d'impôts directs, refonte de la taxe professionnelle, taxation des opérations de bourse, amnistie fiscale des repentis... du déjà dit chez nous mais aujourd'hui seulement. En écho, l'industrie est revenue progressivement aux quarante heures et le défi fut accepté par tous bon gré mal gré³. En juin 2008, avec un budget exécuté en excédent, deux Allemands sur trois demandaient une plus grande protection sociale. C'est finalement la crise grecque qui a stoppé la revendication. Le gouffre qui s'est ouvert en une nuit sous les pieds de ce beau pays où beaucoup d'Allemands vont en vacances, a rameuté au rempart. Le pacte Agenda 2010 a porté fruits. Le commerce extérieur allemand approchera bientôt le trillion d'euros à l'export avec un solde positif de vingt pour cent ! Avec de tels résultats, vous obligez les autres à vous écouter ! Avec les nôtres, vous restez seul.
Ainsi certains pays du Nord sont-ils prêts à s'accrocher à la locomotive et une réunion des ministres des finances germanophones (exit les interprètes indiscrets) s'est tenue officiellement sur les questions de transparence bancaire le 14 février 2010 à Luxembourg, réunion à laquelle assistaient autour de Wolfgang Schäuble, le Grand Duché, l'Autriche, le Liechtenstein et la Suisse. Certains y ont vu les prémices d'un Euromark réservé aux peuples tristes et besogneux, mais la sécession n'est pas encore mûre, si d'aucune manière exclue. Seraient intéressés, les Pays-Bas, la Finlande et la Slovénie.


l'euro est un mark
Quoiqu'il en soit, les choix allemands nous regardent-ils ? Eux nous ignorent, mais nos économies sont encore imbriquées au dixième et la répercussion sera immédiate en France. Nous pouvons regretter mais un peu tard d'avoir dépensé tant de moyens et d'énergie à conserver un statut grandiloquent de "grande puissance" au lieu de mettre le paquet sur l'économique. Avoir les moyens de sa politique est un préalable incontournable de nos jours où l'Intendance ne suit jamais mais précède. Notre Etat est comme une tunique de Nessus qui traînerait par terre ; la France industrielle est un fantôme.

Notes :
(1)Credit Default Swap, valorisation du risque souverain sur les marchés
(2)Une économie de marché sociale
(3)Les lois Hartz durcissant des conditions d'embauche et d'indemnisation ont créé de nouveaux mots : Prekariat, Unterschicht que l'on traduirait par "lumpenprolétariat".
(4)Déficit budgétaire limité à 3% de Pib et dette publique sous les 60% de Pib




Une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur à signaler ? Contactez le piéton du roi à l'adresse donnée en bas de page et proposez votre correction en indiquant le titre ou l'url du billet incriminé. Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

lundi 29 septembre 2008

2010 ou 2009 ?

maquereau
Me faisant trop d'honneur, mes convives du vendredi - le jour sacré du poisson au domaine - me posèrent la question qui tue : "c'est quoi cette crise mondiale en fait ?" puis se bousculant, d'ajouter la question cachée : "et et et ... que risque la France, et et ... que peut faire Sarkozy ?". Le plus facile était in cauda, chère Médème. Réponse : "Rien !"

Les rois-mages s'appellent Ben Bernanke(1), Tim Geithner(2), et Hank Paulson(3), pas Sarkozy, ni Gordon Brown, moins encore Merkel. Dans trois mois M. Sarkozy redevient le premier producteur de pinard de la planète ; point-barre !
L'Etat n'a pas mis ses oeufs dans le bon panier ; au lieu d'acheter des châteaux de crus et des fermes à foie-gras, il a investi dans la fabrication d'automobiles (15% de Renault), celle d'avions (EADS), de navires (Chantiers de l'Atlantique), de centrales atomiques (AREVA), tous secteurs ébranlables par la crise puisqu'ils ne vivent que de la croissance, si tant est bien sûr que la crise surgisse aux rivages de l'Europe, comme chacun le pense dans les médias catastrophiques qui cherchent du tirage.

Le président des Français ne maîtrise que le train de vie de l'Elysée. Il n'a la main ni sur la monnaie, ni sur l'économie et gère la pénurie d'argent public en transférant les effets d'annonces d'une catégorie à l'autre. Aurait-il ces moyens qu'on se demanderait encore à quoi pourraient-ils lui servir, dès lors que c'est l'Etat qui a disparu en capacité, ne laissant que nuisance et prédation. "Tax-attak" est le sobriquet en vogue de notre chef. Ses opposants demandant de surtaxer les riches, ceux-ci plient les gaules. La parenthèse libérale se referme, la République retourne par force à la soviétisation puisqu'elle ne "comprend" pas autre chose. Sécurité d'abord ! Dans deux mois, nous aurons un Plan, un Emprunt national, puis la nationalisation au "franc symbolique" des secteurs manufacturiers les plus populeux, peut-être un contrôle des changes. Non ?

argent virtuel facile
La crise n'est pas purement financière, elle est aussi morale. Cupidité et avidité ont gouverné le monde depuis la rénovation du capitalisme à partir de l'ère Reagan. Les sociétés financières anglo-saxonne grossirent et mutèrent jusqu'à créer à partir de rien des instruments de marchés financiers que même les honnêtes gens n'arrivaient pas à comprendre. Les législateurs chargés de la surveillance détournèrent le regard pour ne pas passer pour des cloches.
Quand plus tard, cet avant-hier, les coûts hypothécaires de l'immobilier s'enflammèrent, les plus gros acteurs de la finance sautèrent à pieds-joints dans le feu avec des fonds qu'ils empruntèrent massivement (jusqu'à 10 fois leurs fonds propres) aux épargnants, en leur plaçant toutes sortes de produits sûrs comme les assurances-vie, afin de prêter ensuite cet argent frais aux acheteurs de maisons qui ne pouvaient faire face à leurs mensualités de crédit. Peut-être pensaient-ils acquérir un parc immobilier gigantesque à vil prix à mesure des saisies judiciaires sauf qu'ils étaient deux à manger sur la bête, l'hypothèque de premier rang et sa titrisation*, .
Les prêts souscrits par des particuliers aux abois furent aussitôt divisés en tranches, titrisés et revendus sur les marchés financiers par les grosses banques comme dérivés mathématiques juteux à des spéculateurs avides de placer leur argent à des taux supérieurs à ceux des bons du Trésor américain.
Quand la défection des emprunteurs immobiliers de base fut générale, tout le secteur se retrouva à poil, et le marché financier s'effondra juste après que celui de l'immobilier en ait fait autant. Les détenteurs de ces titres fabuleux n'avaient en main que les larmes des petits accédants à la propriété, et plus aucun lien actif vers le secteur immobilier, ... en perdition.
(explication dérivée de celle donnée par Massimo Calabresi dans Time magazine)

Que risque la France ? Tout !

boule de cristalNon pas que notre secteur bancaire implose** même s'il encaisse des pertes sévères, mais parce que la récession américaine pèsera sur l'activité du monde entier. Les pays émergents travaillent d'abord pour l'Amérique. Les Etats-Unis concourent pour un quart au PIB mondial (la France pour moins de 5%), et les deux empires asiatiques ferment déjà des usines - pour cent raisons certes mais la tendance est à la fermeture - parce que leurs marchés de consommation intérieure n'ont pas encore atteint une taille suffisante pour contrebalancer une contraction forte des exportations. Par la globalisation, le ralentissement asiatique va métastaser sur notre secteur extérieur et comprimer le peu de croissance que nous avions encore, d'après l'INSEE (mais où la voit-on ?).
Le seul point positif est un relâchement de la pression sur les matières premières, les métaux rares et l'énergie, qui devrait détendre les prix internationaux.

Si les Etats-Unis franchissent le seuil de la récession, si la Chine et l'Inde diminuent leurs investissements industriels et repoussent nos services à plus tard, si le Japon, grand consommateur de luxe français, part en stagflation ; compte tenu que notre secteur immobilier va pratiquement stopper et que les fonds publics ne pourrons s'y investir en masse puisqu'ils ne sont plus disponibles, nous aurons de la chance de ne pas entrer en récession nous-mêmes.
Destruction de postes de travail en masse, faillites laissant des ardoises à tout le monde, crédit stoppé sauf pour les happy few qui n'en n'ont pas besoin, rentrées fiscales en chute libre. Déficit alors vite insupportable si l'on conserve à l'Etat le même périmètre de dépenses, ce déficit creusant une dette dont le paiement d'intérêts (service de la Dette) finira par manger la moitié du budget public. A partir de là, gouvernance africanisée, tutelle du FMI, etc...
Sauf à licencier massivement dans la fonction publique, séquestrer l'épargne des ménages au-delà d'un certain plafond et diminuer fortement les pensions de retraites, il n'y a pas d'issue. Dans un pays addicté comme le nôtre à l'état-providence et dont tout les ressorts sont débandés, c'est la ruine assurée, et ...... la fuite des criquets, qui par millions s'envoleront vers des terres encore en production. Nous aurons au moins gagné ça : Mourir entre nous !

champ de pavot afghan
Simplicité fondamentale

Et le 8 là-bas en Afghanistan, me direz-vous ? No problemo ! Les soldes seront payées par le gouvernement de Kaboul en balles de coquelicots ! On reviendra au troc et ici à la simplicité fondamentale :
- la Poste ne distribuera que du courrier et ne jouera plus à la banque ;
- les pondéreux seront acheminés par voie d'eau ;
- les Bretons feront du porc pour nourrir les Bretons, comme les Gascons en feront en Gascogne...
- les voitures auront des moteurs mixtes qui atteindront le 120 ;
- l'Assemblée nationale ne représentera que les conseils régionaux, le nombre de sièges de députés sera divisé par deux, le Sénat et le Conseil économique et social seront supprimés ;
- le lait sera fait avec des vaches à lait ;
- les banques ne prêteront pas plus d'argent qu'elles n'en possèdent ;
- la santé sera dispensée par dispensaires sans débours ;
- la loi Marthe-Richard sera abolie par l'ordre des notaires et des comptables au chômage ;
- on rétablira la peine de mort pour les plombiers indélicats et polonais ;
- Rachida Dati aura le temps de faire des croix sur son semainier ;
- les royalistes iront tous les matins à la messe pour interroger la Providence ;
et la France deviendra enfin le plus bel éco-musée du Monde.

Notes :
(1) président de la FED
(2) président de la réserve fédérale de New York
(3) secrétaire au Trésor
* la titrisation a été expliquée dans un billet précédent
** la mutualisation des pertes bancaires est un leurre en cas de crash. Elle ne fonctionne que pour secourir les déposants d'une ou deux banques en perdition à la fois.



Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

mercredi 27 août 2008

Une politique caucasienne ?

char européenLa Question caucasienne est vieille comme les annales et ses nationalités inextricables. On dit que les Ossètes descendent des Alains, tribu scythique de la sphère iranienne, qui formèrent la cavalerie lourde des grandes invasions. La Wikipedia est prolixe sur ce sujet détonnant, nous vous y adressons d'un clic.

Le Caucase partagé en deux versants nord et sud, bien séparés par une ligne de crêtes d'altitude, est un fourmillement d'ethnies semblable aux Balkans. il n'est en aucune partie européen, ce qui ne nous empêche pas d'y faire de téméraires représentations. Nous n'avons pas déjà lâché le bâton merdeux yougoslave que nous sommes allés saisir le caucasien ! Quelle mouche pique l'Union européenne, France en tête, de se mêler de tout. Décidément nos effervescences diplomatiques couplée à l'ingérence béhachélienne nous mène chaque fois au fossé, forts en gueule et pas longtemps si l'interlocuteur hausse le ton.

Toute la zone est depuis toujours dans la mouvance stratégique de la Russie. L'Arménie, qui doit historiquement sa survie à l'Union soviétique, l'a parfaitement intégré dans son schéma de collaboration régionale. Pourquoi la Géorgie n'en a pas fait autant est un mystère, d'autant que le président géorgien Chevardnadzé, ancien ministre soviétique de Gorbatchev, avait accepté un modus vivendi praticable pour quelques décennies au moins. C'étaient peut-être sans compter avec les forces nationalistes abkhaze et ossète qui ont "poussé au crime" le grand-frère russe pour se mettre sous son ombre tutélaire.
oursLe reflux impérial consécutif à l'implosion de l'URSS n'était qu'un temps creux dans la chronique hégémonique des Csars. Moscou reconstruit ses marches, patiemment, et sans frais exorbitants, à l'exception d'une hypothèque sur un lointain futur car le bâton merdeux ne l'est pas moins pour elle-même !
Les Tchétchènes, les Ingouches, les Avars et cinquante autres, ne sont pas sûrs pour l'empire renaissant, ce qui n'empêche pas qu'il soit dirigé par un formidable joueur d'échecs, Poutine.

Ses atouts ne sont pas minces :
Il dispose d'une cohésion nationale forte, de matières premières indispensables à ses voisins, mais s'ils le boudent, markétables par le monde entier, d'une technologie militaire de pointe disposant d'arsenaux actifs et d'un marché intérieur convoité par la capitalisme mondial. Son contempteur principal, les Etats-Unis, est embourbé dans son propre impérialisme, et dans trois cas au moins ne peut manoeuvrer sans l'assentiment russe : en Iran, en Afghanistan et en Corée du Nord.

On parlera longtemps de la démarche irresponsable du Pentagone qui n'eut de cesse d'encercler la Fédération de Russie en même temps qu'il sollicitait ailleurs son appui ; jusqu'à créer en Géorgie une armée succursale de la sienne, tellement américanisée qu'il fit croire au pouvoir géorgien que l'attaque de sa province ossète se ferait d'ordre et pour compte la bannière étoilée. Mal lui en prit !

T90 russe
Poutine avait un coup d'avance, la main droite posée sur la vanne de Gazprom, la gauche sur le codex international de dépeçage slave créé par nous pour le Kosovo. Ses forces de réaction étaient prêtes, à l'affut. Il ne "subit" aujourd'hui aucun autre revers que les déclarations solennelles des Occidentaux qui viennent de se faire moucher d'importance.

Je crois bien que le président de l'Union européenne n'est pas au niveau requis par la gestion d'une crise continentale d'ampleur. Nous ne sommes plus au stade d'élaborer un compromis d'avocat sur la nappe en papier du Café du Palais, mais à celui d'exécuter un schéma diplomatique réfléchi, depuis longtemps, et testé. Or ce n'est apparemment pas le cas, les éructations de M. Kouchner nous le montre. Nous n'avons rien dans notre dossier. Nous n'avons rien dans aucun dossier du Quai.

Saurons-nous tirer les leçons de cette cagade en rabattant d'abord notre morgue ? Qui sommes-nous pour dicter leur conduite aux vieux empires ? Est-ce parce que nous avons perdu le nôtre que nous nous autorisons à donner des cours du soir au monde entier ?

Caucase
Reconstruisons d'abord notre Etat, notre économie, notre moral et nos armées. Aujourd'hui nous n'existons plus. La Chine nous en a convaincu au début du mois en exigeant la présence de Sarkozy aux illuminations pékinoises puis en lui interdisant de rencontrer le Dalaï Lama ; c'est au tour de la Russie qui va nous dire où nous pouvons "faire" ; avant que les Etats-Unis ne nous arrache le dossier géorgien des mains pour cause d'impuissance bruyante.

Quand cette reconstruction sera achevée, nous aurons bien le temps de nous préoccuper de notre gloire dans les affaires du grand monde, avec des gouvernants responsables et compétents, autant dire du sang neuf !
Pour le moment, nous avons jeté l'Union européenne dans la gueule de l'ours avec une petite buchette de tendre peuplier pour la tenir ouverte.
Chapeau les cons !


Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

vendredi 18 juillet 2008

Ian l'Africain

Ian Douglas SmithLe billet précédent m’a remis en mémoire des discussions que j’avais eues toute une année dans un bar corse de la Contrescarpe où nous étions quelques uns « Behind Rhodesia » à refaire l’avenir du diamant blanc d’Afrique australe si mal taillé. Et nous parlions de l’incroyable Smith, la « paire » la plus lourde d’Afrique !
Chevalier moderne à la quête de l'impossible graal, Ian Smith fut aussi de ces boxeurs qui ne jettent jamais l'éponge et se relèvent toujours du countdown, la gueule cassée. Il a tout essayé pour "sauver" la Rhodésie du cancer marxiste-léniniste, jusqu'à l'égalité absolue "un homme, une voix", ce slogan ravageur qui ouvre la porte à toutes les manipulations d'idées et arithmétiques. Comme dans tous les bons romans de chevalerie, l'histoire finit mal pour le héros, dépêché dans la fleur de l'âge, mais pour contredire les légendes, le lion au coeur fidèle sauva sa vie et mourut tard ...

Il naquit un 8 avril 1919 dans le bush rhodésien à Selukwe (Shurugwi), un bourg agricole et minier (chrome) où son père d'origine écossaise était chevillard. La guerre interrompit ses études à l'université de Grahamstown (RSA) pour l'enrôler dans la RAF en 1941 comme pilote volontaire. Affecté d'abord au Moyen-Orient dans une escadrille rhodésienne sur Hurricane, le 237° Squadron, il se blesse au décollage à Alexandrie en 1943 et en sort défiguré et borgne. La chirurgie plastique de l'époque lui redonnera un visage humain mais le fera souffrir jusqu'à la fin de ses jours.

spitfire
Il remonte en 1944 sur Spitfire dans une escadrille de chasse basée en Corse qui escorte les bombardiers américains en route pour l'Allemagne. Il est descendu à la mi-44 au-dessus du Pô et saute en parachute derrière les lignes allemandes. Il les traverse et rejoint le maquis italien de Sasello où il se terrera 5 mois en attendant que le front allié avance vers lui. Il passera alors en France libérée pour rejoindre son escadrille et continuer de voler jusqu'à la fin de la guerre.
Il retournera ensuite à l'université Rhodes de Grahamstown pour finir sa licence en commerce, se mariera en 1948 et achètera une exploitation agricole chez lui à Selukwe. Il est bientôt élu député et commencera sa carrière politique, animé d'une foi inébranlable dans le développement nécessaire de l'Afrique australe par les Blancs, seuls capables de faire aboutir ce projet.

drapeau de la république de Rhodésie
La Grande Bretagne confrontée comme la France et le Portugal à la vague de décolonisation, se mettra en travers du projet "suprémaciste", confiant aux richesses naturelles de l'Afrique australe le soin d'aplanir les difficultés du passage de témoins entre les colons et les natives. Dans tous les cas de figure c'était un mauvais calcul. La lutte politique durera quinze ans, de la première contestation du projet anglais en 1964, en passant par la déclaration d'indépendance du 11 novembre 1965 qui précèdera la proclamation de la République de Rhodésie le 2 mars 1970, jusqu'à l'avènement du premier ministre noir en 1979, Mgr Abel Muzorewa.
Les guérillas communistes de Robert Mugabe et Joshua Nkomo l'emporteront finalement aux élections de 1980 qui se dérouleront dans un climat de terreur ordinaire et de bourrage d'urnes, sous le regard impavide de Londres, débarrassée du fardeau rhodésien pour de bon.

éléphant de face
Ian Smith restera un moment ministre sans portefeuille du nouveau gouvernement, s'occupant de promouvoir son pays auprès des investisseurs étrangers, puis il sera chassé par Mugabe. Il se retirera alors dans sa ferme à Shurugwi qu'il parviendra à conserver ; puis avec l'âge, il reviendra à Harare contempler la descente aux enfers de sa chère Rhodésie, jusqu'à ce que la maladie ne le rattrape et l'envoie se soigner au Cap en 2006. Quelques chiffres lui donnent raison :

Extrait d'une relation de voyage au Zimbabwe de JP Turquoi du Monde (juin 2008) :
Deux billets de banque traînent sur le trottoir d'une avenue d'Harare. Ce sont des coupures de 100 millions de dollars zimbabwéens. Pourtant, aucun passant ne se baisse pour les ramasser. Car ils ne valent rien. Absolument rien. Mi-juin, une cigarette coûtait 300 millions de dollars et un minuscule paquet de cacahuètes deux fois plus. Pour s'offrir un café, il fallait débourser 1 milliard de dollars. Sans compter le pourboire. Laisser moins de 200 millions était pris pour une insulte.
Les prix valsent d'un jour à l'autre. Fin juin, le billet vert américain, la monnaie de référence, s'échangeait contre 6 milliards de dollars zimbabwéens. Les billets de 100.000 qui avaient cours en 2007 ne sont déjà plus qu'un souvenir. Avant même d'avoir été patinés en passant d'une main à l'autre, ils ont été balayés cette année par les coupures de 10, 50, 100, puis 250 millions de dollars. Entre-temps, la banque centrale a tenté une sorte d'opération coup de poing en retirant de la circulation tous les billets dont la valeur allait être divisée par 1 000. L'opération a été un fiasco.
Depuis quelques mois, de nouvelles coupures ont fait leur apparition. Il ne s'agit plus de billets de banque, ni de chèques au porteur, mais de special agro-cheques, dont la valeur va de 5 milliards à 50 milliards de dollars. Dans quelques semaines, des special industrial-cheques de 100 ou 1 000 milliards vont peut-être voir le jour.
(source full size).


dollar de collection
Ian Smith mourut à 88 ans chez sa belle-fille près du Cap le 20 novembre 2007. Fut-il pour quelque chose dans l'avènement de Mugabe et en conséquence dans la ruine de son magnifique pays ? D'aucuns pensent que sa résistance acharnée exacerba la force des organisations extrémistes noires qui prirent finalement le pouvoir à la barbe de l'establishment modéré. C'est l'opinion du Telegraph de Londres.

Feue la République de Rhodésie a conservé une ambassade à Reykjavik (Islande) et une communauté.


Cinq minutes avec Ian Smith



Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

lundi 25 février 2008

Kosovo 4/ƒ

blason onusien du KosovoNous ne laisserons pas Mitroviça sous le feu des canons albanais ! Comme le disait Albert Sarraut de Strasbourg à la remilitarisation de la rive gauche du Rhin par la Wehrmacht, la diplomatie russe manie le bâton dialectique, à défaut de pouvoir forcer une décision favorable à son allié serbe. Moscou envoie à Belgrade son vice-premier ministre et futur président Medvedev en compagnie du ministre Lavrov chargé des affaires étrangères. Il ne peut être question que de bloquer l'accès du Kosovo aux enceintes internationales et de discuter du futur oléoduc Mer Noire - Adriatique qui devrait traverser la Serbie, le tout enveloppé de la plus sincère chaleur humaine slave. Mille regrets, les divisions russes sont engluées en Tchétchénie.

Que la Russie mette désormais des bâtons dans les roues occidentales n'est pas pour déplaire à bien des pays, d'abord aux Grecs, et, gouvernement mis à part, à bien des Français également. Les Accords de Dayton de 1995 qui cessaient la guerre intra-yougoslave, ne prévoyaient pas la sécession de la province kosovare, pas plus que la Résolution 1244 du Conseil de Sécurité de l'ONU de 1999, spécifique au Kosovo. On peut dire que c'est bien l'aggravement par les Albanais de l'insécurité de la province onusienne qui a conduit les pays engagés au Kosovo à s'en débarrasser. « La situation y est intenable », disait récemment un diplomate allemand. Il aurait pu rajouter "ras le bol" et sa pensée aurait été complètement exprimée.

Les Russes annoncent des réactions en chaine. Nous avons déjà dit ne pas croire à l'effet dominos. Mais le jeu de dominos intéressant directement l'affaire kosovare n'est-il pas déjà manipulé par le tandem serbo-russe, dans un sens offensif, puisqu'il n'est question pour eux que de dénoncer les républiques albanaises en devenir ? Vallée de Preshev en Serbie méridionale, Macédoine occidentale, districts albanais du Monténégro. A les entendre, ces cantons albanais enkystés au flanc d'états multi-ethniques "sans problèmes" sont sous la coupe de la mafia albanaise - les Russes savent de quoi ils parlent - et deviendront des abcès d'incendies racistes. En faudra-t-il beaucoup de poudre pour les allumer et prouver ainsi le bien-fondé de la "théorie des dominos" ? La suite nous le dira.

arson US embassy Beograd
Car il y aura une suite. Non par l'intervention musclée de la Russie qui est barrée de partout pour intervenir physiquement, si tant est qu'elle le veuille sincèrement. Elle a retiré son bataillon en zone d'occupation allemande (quelle ironie !) en 2004. La suite viendra plus probablement de l'irrédentisme serbe des cantons extérieurs qui peuvent légitimement user des mêmes ruses pour s'agglomérer à la mère-patrie quand celle-ci leur donnera le feu vert. Ce qui ne serait que justice. Les ruses des uns feront les ruses des autres. Et les Albanais de l'extérieur embrayeront à leur tour. D'ailleurs les esprits forts ne préconisent-ils pas le reclassement ethnique, chacun chez soi et les moutons etc. A oublier que si les chiens et les chats se détestent dans la même ferme, le fermier lance la fourche. Mais rien ne garantit qu'une fois reclassées dans des Etats homogénéisés, les ethnies ne profitent des moyens que procurent un Etat légal pour entrer tout simplement en guerre ouverte. La solution même difficile des conflits inter-ethniques au sein d'Etats multi-ethniques est souvent préférable à la solution de conflits ouverts d'état à état légalement constitués. Les Balkans héritent de frontières les traversant en tous sens, ferments d'autant d'Etats, prétextes à séparer les antagonismes. En vain ! C'est sans fin.

Jusqu'à se demander combien de décennies faudra-t-il pour régler la Question ottomane. L'homme malade de l'Europe, disait-on. Mais qui était vraiment malade ? Tout est parti du Congrès de Berlin (1878), en l'absence des Turcs et des Balkaniques qui n'auraient jamais pu s'entendre sur rien, notons-le, et 130 ans plus tard, en 2008, le processus reste inachevé ! Centre trente ans d'histoire qui couvrent 1300 pages, écrit petit ! Les Américains n'ayant pas eu le temps de les lire, il est normal qu'ils aient privilégié des solutions apparemment simples. En fait, il n'y a pas de solution. C'est le syndrome du bâton merdeux, plus facile à prendre qu'à lâcher.

C'est très frustrant pour un esprit cartésien. Mais il faut parfois accepter ses limites comme on le fait des mystères qu'on révère. Les Balkans n'offrent aucune solution de paix durable "à l'intérieur de frontières sûres et reconnues". Quelle n'était pas notre chance de profiter à deux pas de chez nous de l'Union soviétique et de la Yougoslavie qui se partageaient la police de cette région ! Et nous rêvions, béats, aux plages enchantées de la Roumanie de Ceausescu ou au paradis de l'autogestion titiste, en moquant le parapluie bulgare. Nous n'avions que des compliments à leur faire. Est-ce à dire que la botte de fer serait le seul principe de gouvernement convenable ? Les Serbes l'ont très longtemps cru. [soupir]

En passant, remarquons que les Turcs sont imbriqués dans les affaires européennes depuis bien trop longtemps et avec plus d'intérêts qu'il n'en ont poursuivis au Moyen Orient où seul l'irrédentisme kurde les a convoqués, pour que nous traitions la question turque, héritière de l'autre, par dessous la jambe.

carte Europe nuit

PS : A y regarder de près on verra que la procédure de reclassement des dominos n'aura pas été initiée par l'Etat kosovar, pour la simple raison que c'est un état-refuge qui veut maintenant consommer les crédits internationaux promis et se faire oublier, pour les raisons que donnait le général italien Fabio Mini dans un billet précédent. La Grande Serbie orthodoxe fera-t-elle face un jour à la Grande Albanie musulmane ?

Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :


En attendant, marchons ensemble :
affiche de la manif Kosovo du 2 mars

mercredi 20 février 2008

Domino ci domino là

dominos deboutLes experts brandissent la théorie des dominos en remontrance au dépeçage de la Serbie à l'insu de son plein gré. Ils ont raison, ça fait vendre. Aucune théorie géopolitique ne fut plus fumante que celle des dominos du regretté Foster Dulles. Le basculement d'états voisins d'un état considéré d'un camp à l'autre, tint plutôt à leur déstabilisation par fait de guerre chaude, civile ou froide. Le Cambodge a basculé après le coup d'état de Lon Nol et les bombardements massifs de la piste HoChiMinh qui s'ensuivirent.
Le basculement de la Chine méridionale dans le camp du capitalisme sauvage doit certes beaucoup à la vitrine hongkongaise, mais combien plus à la Révolution culturelle de la Bêtise qui a montré l'usure extrême de la tunique maoïste.
Les intérêts économiques (et surtout miniers) ou les revendications identitaires sont plus puissants que l'idéologie, matière purement intellectuelle qui ne se mange pas mais peut devenir un poison violent en injection.

Dans Le Figaro d'hier, Laure Mandeville énonce les dominos qui vibrent à l'annonce de l'indépendance du Kosovo. En partant de l'épicentre du séisme kosovar, il n'y en a pas tant que ça finalement :
La province albanaise de Macédoine, la Bosnie serbe, le Kosovo serbe (appelons le ainsi), la Roumanie hongroise, la Moldavie transnistrienne, l'île de Chypre turque, la Catalogne et le Pays Basque ; Tchétchénie, Abkhazie et Ossétie du Sud ; le Kurdistan ; le Tamoulistan cinghalais, l'île philippine de Mindanao et si l'on veut aller au bout du monde, le Tibet, le Xinkiang ouigour et Formose. Rajoutons la Corse pour faire joli.

armes de la YougoslavieChaque fois, des nations s'opposent à des états. Elles et moi-même serions-nous plus heureux si ces territoires acquéraient leur indépendance ? La question est égoïste, mais honnête. Il y en a une seconde : que veut dire indépendance dans un monde globalisé comme la Terre d'aujourd'hui ?
Après les trois premiers mois de réglages, le Kosovo sera à la merci des bailleurs de fonds qui le feront vivre au quotidien. L'indépendance se limite-t-elle à l'immunité diplomatique des dirigeants ? Dans le cas du Kosovo l'on peut se le demander, comme nous en prévient le général italien Fabio Mini qui a dirigé les forces de la KFOR en 2002-2003, et qui se lâche dans le Corriere della Serra :
« L’indépendance conviendra à ceux qui commandent : le premier ministre Thaçi qui fait des affaires avec le pétrole, l'ancien premier ministre Haradinaj qui est jugé devant le Tribunal pénal international de La Haye , l'ancien premier ministre Ceku qui veut devenir généralissime, le milliardaire Behgjet Pacolli qui a besoin d’un endroit pour mettre l’argent de son empire ». Et de préciser : « Ce qui intéresse les clans, c’est un endroit en Europe où vont s’ouvrir de nouvelles banques. Un port franc pour l’argent qui arrivera de l’Est. Monte-Carlo, Chypre ou Madère ne sont plus sûrs. Je comprends la hâte des Kosovars. Je ne comprends pas celle de la communauté internationale. » (source Novopress).

La France souveraine elle-même est-elle si indépendante que cela ? Le gouvernement n'arrive même pas à administrer correctement son Etat vermoulu, et se réfère en tout aux puissances extérieures, sauf pour les affaires du théâtre démocratique intérieur. A la différence près, qu'elle ne vit pas (encore) de subsides internationaux. Finalement, le critère objectif devrait être tout contenu dans la question-qui-tue posée aux "indépendantistes :
"Subvenez-vous déjà à vos besoins, et persisterez-vous à y subvenir dans le futur ?". Si vous répondez deux fois "oui", vous vous engagez à ne pas solliciter de transferts d'ajustements structurels auprès du FMI pendant trente ans à compter de ce jour !

La parole est aux Catalans : oui, oui, aux Basques : oui, oui, aux Taïwanais : oui, oui, aux Ossètes du Sud : euh, aux Corses : euh, ... facile ! Trop !
Trop, parce que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes dispose aussi de mes contributions fiscales et, que cela puisse finir par faire beaucoup si l'on multiplie les états mendiants, ne semble pas freiner les grands élans d'émotion kouchnérienne. C'est un "droit acquis" donc inattaquable. J'en fais à ma tête et tu paies ! A noter en passant que la Serbie débarrassée du Kosovo devrait mieux rebondir et assumer ce rôle de tigre balkanique que lui offre les économistes distingués.

Comment les royalistes approchent-ils cet affrontement nation-état ? En désordre ! Les plus en vue n'hésitent pas à donner la main aux Jacobins créateurs de la nation territorialisée par la Constituante, et précipitent à dessein dans le concept de nation, l'Etat, la souveraineté, les frontières, la patrie voire la "race", bricolage politique du plus mauvais aloi. Or il est tant de différences dans le monde brassé d'aujourd'hui entre tous ces ingrédients que l'on peut s'étonner d'y voir participer les royalistes, eux qui sont supposés avoir plus de recul dans leur réflexion et de bases. C'est pour ça qu'on les aime !

blason corseHormis la Terre Promise (?) - un vieux truc qui marche encore - il n'est aucune loi supérieure qui légitime un Etat au-delà de la protection et du meilleur bien-être relatif procurés à ses administrés - une définition du Bien commun. Un Etat ne peut se maintenir moralement de son propre chef, par le fait accompli, il doit servir. Or nos états modernes se jugent inexpugnables des territoires qu'ils administrent - j'allais dire sans titre - étant admis universellement qu'ils sont la meilleure réponse aux défis de toutes sortes qu'affronte l'espèce humaine. C'est loin d'être vrai et en l'espèce, l'Etat serbe qui gérait la Yougoslavie, ne fut pas un modèle. Mais s'attaquer à l'un d'eux c'était s'attaquer à tous jusqu'à dimanche dernier, dans l'esprit du moins de la Charte de San Francisco qui régit les Nations Unies ou plutôt les Etats qui tiennent ces nations. On peut légitimement douter du bien-fondé de ce postulat, sauf à accepter que l'expérience séculaire des chancelleries impose de brider les citoyens dans une sorte de paix congelée sur toute la planète. Ainsi l'observation de certains "dégels" comme celui du Kosovo qui doit normalement aboutir à la Grande Albanie, état-croupion de l'Union européenne, est d'autant plus intéressante qu'ils font bouger les lignes, et qu'insensiblement ce sont les nations qui reprennent sournoisement l'avantage sur Rome. La Yougoslavie n'a pas fini de réorganiser ses nations et l'Europe de se "länderiser".
Les Etats ont perdu la manche. Certains veulent l'ignorer ou pensent que la bataille n'est pas finie.

J'ai entendu dire que les Sardes voudraient quitter la Botte. Que me prendront à moi les Corses ? Rien ? Alors qu'ils partent avec ma bénédiction s'ils ne se retournent pas ! On me dit dans l'oreillette qu'ils veulent quand même l'huile d'olive, l'oliveraie et la presse à pierre, plus les bouteilles gratuites avec les étiquettes collées devant derrière !?^^ Sont devenus sionistes !

mapemonde ancienne

Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

Articles les plus consultés