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jeudi 29 avril 2021

Le Poupoutche

Ce qui est intéressant dans la Tribune des vingt généraux en colère est moins le texte de la lettre très convenu mais intéressant à plus d'un titre (clic), que la nature des réactions déclenchées. La lettre, signée par onze cents soldats de tous grades, exprime aujourd'hui le mécontentement d'un corps constitué dans sa section "Pensionnés", après le soulèvement du peuple en anarchie que furent les Gilets Jaunes, soulèvement qui fut éteint par dilution politicienne et découragement à hauteur d'yeux. La méthode Castaner n'est pas applicable à des officiers et sous-officiers de l'armée, sauf à prendre un pari dangereux sur l'avenir. C'est sans doute ce qui a fait peur à certains membres du pouvoir, peu doués pour les analyses socio-politiques, qui en sont même venus à utiliser la logorrhée gaullienne du Quarteron en souvenir du putsch des généraux de 1961 qui, lui, n'était pas de la frime. Agnès Pannier-Runacher s'est ainsi inscrite dans la page d'histoire du jour avec un quarteron de généraux en charentaises (pas si mal trouvé), défaisant par cette saillie bien des efforts à maintenir l'artisanat de la pantoufle en Périgord. Ministre agitée des fermetures d'usines, elle avait un creux dans l'agenda pourtant fourni en ces temps de crise. Mais c'est plutôt la réaction de la ministre de tutelle Florence Parly qui pose problème :

Elle dégaine d'entrée pour incitation à l'insurrection ! C'est beaucoup ! En ces circonstances, il aurait mieux valu prendre la peine de lire le texte soigneusement, aussi soigneusement qu'il a été rédigé par Jean-Pierre Fabre-Bernadac pour publication dans Valeurs Actuelles. Pourquoi VA ? Peut-être que la presse subventionnée aurait refusé de mettre en péril ses subsides d'Etat ? Les signataires dénoncent une sécurité générale très détériorée et expriment leur écœurement sur les conditions de vie faites à des populations françaises abandonnées par les pouvoirs publics. Rien qui justifie une assignation, sur la base de quelle loi d'ailleurs ? Encore moins une insulte à la face des militaires d'active, comme le proclame la ministre qui cherche l'élément de langage qui ira bien, en vain. Mme Parly aurait pu s'évader de la bulle technocratique et réfléchir à une réponse plus "maternaliste", faisant part de son émotion, manifestant l'injustice de ces assertions à l'endroit d'un gouvernement qui ne cesse d'augmenter les moyens affectés à la guerre, expliquant etc... etc... etc. Non ! Arrogance type SNCF. Elle a joué petit jeu. Et ce n'était même pas son département de pouvoir qui était attaqué.

Gal Martinez


Jean Castex s'est méfié du bâton merdeux plus facile à prendre qu'à lâcher, du moins en public, et son collègue de l'Intérieur, confronté chaque matin au caillassage de ses forces de police, a pris le parti d'ignorer. Les carences de l'Exécutif, ils les vivent quotidiennement et ne seraient pas loin d'approuver la lettre ouverte des généraux s'ils ne mettaient pas en danger de fragiles équilibres politiques en année électorale. Des réticences il y en d'autres. A commencer par les généraux qui dénoncent ces choses depuis longtemps mais qui n'ont pas signé ; même si on devine qu'ils furent sollicités. Bertrand Soubelet, général de la Gendarmerie sanctionné par le ministre Valls, aujourd'hui vice-président du parti Objectif France (Rafik Smati) ; Didier Tauzin, général parachutiste entré en politique sous son mouvement Rebâtir la France ; l'ancien chef d'état-major Pierre de Villiers, attendu comme Godot, mais qui à la fin ne viendra pas, quoiqu'en pense son frère Philippe. Deux képis "politiques" ont malgré tout fait un pas en avant : Antoine Martinez (en photo), général d'aviation, président des Volontaires Pour la France, et Christian Piquemal, général de la Légion, dont on ne parle plus depuis qu'il s'est fait embarqué par la BAC de Calais sur ordre de la sous-préfecture. Mais quand on sait la pyramide hiérarchique de l'armée mexicaine française, cela fait au bout du compte peu d'étoiles sur la piste aux reproches !

Côté opposition, c'est l'effroi ! surjoué par Mélenchon le chaviste, Hamon le dhimmi, Cocquerel l'insoumis payé au mois, et jusqu'à Pierre Laurent (PCF) qui, abandonnant toute mesure, appelle à ce que "les vingt généraux, signataires d'un appel à une intervention militaire, soient poursuivis et condamnés par la Justice". On ne se refait pas, la condamnation serait inéluctable avec le Parti au pouvoir. De son côté, Marine Le Pen fait une offre de service légitime, même si M. Fabre-Bernadac s'en irrite, dès lors qu'elle sait qu'une forte proportion de cadres subalternes des armées votent pour le Front national - RN. Sur le fond, la sémantique, ce blogue n'a rien à ajouter, n'étant pas un fanzine de l'indignation. Ses lecteurs sont mieux au courant que le Piéton des vicissitudes de ces temps complètement républicains. Aussi briserons-nous là, sauf à prévenir les enthousiastes que rien ne viendra de nos généraux. A-t-on déjà vu un coup d'Etat téléphonné ? En attendant l'active, restera en mémoire l'honneur sauvegardé de ceux qui, il y a soixante ans ce mois-ci, n'ont pas envoyé une lettre de remontrances : Jouhaud, Challe, Zeller, Salan, mais surtout les chefs de corps des unités d'engagés qui refusèrent la grande braderie gaulliste.
« De Dunkerque à Tamanrasset... » qu'ils disaient ! Ça avait une autre gueule !

lundi 19 février 2018

Un service en chantier


Moralement je suis contre le service militaire. Faire combattre les laboureurs en lieu et place des hoplites heurte ma vision d'une société classique. Chaque chose à sa place ! La conscription militaire rejoint le concept si meurtrier du citoyen-soldat fournissant son budget de morts aux états-majors libérés du souci d'économies en hommes. Aussi pour plusieurs raisons, le projet présidentiel de service national évite-t-il la version militaire qui a prévalu depuis la "Levée en masse" de 1793 jusqu'aux années Chirac. Mais les difficultés de tous ordres apparaissant à mesure que l'on construit ce machin, le pronostic vital du truc est engagé : soit le projet amalgame plusieurs missions qui satisferont les opinions diverses et éclairées jusqu'à devenir l'usine à gaz habituelle, notre spécialité française ; soit il sera remisé sine die jusqu'au retour à bonne fortune, car en plus ça coûte un bras. Il y a pourtant un problème à résoudre dans notre société et particulièrement dans notre jeunesse : l'égoïsme et la parcellisation.

Contrairement à jadis, les différentes classes jeunes coexistent sans se traverser, les sas de décompression fonctionnant très mal. Au sein de chaque classe, l'ascenseur social est le plus souvent en panne. Nous avons une société jeune bloquée au sein de laquelle montent les antagonismes et qui en plus se territorialise. On peut laisser les choses ainsi, à l'américaine, et c'est le communautarisme général qui n'a pas que des inconvénients (on sait où taper) ; on peut aussi avoir l'ambition de précipiter la mosaïque ethnique en une "nation". Auquel cas le SNU est un bon outil. Qu'en faire alors ?

Gal de La Porte du Theil
D'expérience, la cohésion la plus probable est obtenue dans le "faire-ensemble" plus que dans les grands discours ou les ateliers d'expression citoyenne. Aussi devrait-on creuser les domaines civiques les plus utiles où la réunion de main d'œuvre et de compétences est possible en grand nombre. Le premier domaine qui me vient à l'esprit est le secourisme. On peut dépasser la position latérale de sécurité et le bouche-à-bouche pour former la jeunesse à secourir son prochain immédiatement, et le sauver parfois. Les gestes appris, les connaissances assimilées ne s'oublieront pas et fourniront la reconnaissance réciproque dans chaque classe d'âge.

L'autre champ d'exercice en commun est le chantier. On pense en premier lieu aux chantiers de restauration du patrimoine, mais on pourrait aller jusqu'aux fouilles archéologiques. On peut pousser jusqu'à l'absurde et faire le canal Seine-Nord. Il se crée une vraie camaraderie dans ces espaces. On peut aussi profiter de la période de service national pour faire des présentations en immersion dans nos armées à ceux que tenteraient un engagement militaire. Cette possibilité serait plus sûre pour tester la motivation de l'engagé et réduire le coefficient d'abandons qui oblige à une coûteuse remonte des TED. L'Etat y regagnerait largement le prix.

Bref ! Les idées ne manquent pas et le succès est à portée, si les organisateurs parviennent à éloigner la bureaucratie qui ne manquera pas de compliquer à l'extrême le fonctionnement du schmilblick afin de garder la main sur le nouveau domaine.

Cela va sans dire, mais mieux en le disant, ces chantiers sont créateurs d'emplois dans les compétences recherchées d'encadrement et transmission de savoirs non scolaires. Finalement, nous vivrons le retour des Chantiers de Jeunesse. Gag ! Terminons sur un hymne de saison provenant de cette armée d'Afrique avec laquelle nous finirons un billet d'avenir.




Durée de la période ?
Je lance le dé : c'est le "4" qui sort. Quatre mois donc !
Plus besoin de débats au parlement.


vendredi 15 septembre 2017

Bataille de Sidi Brahim

Passation du drapeau à Vincennes

« La bataille de Sidi Brahim s'est déroulée du 23 au 26 septembre 1845 entre les troupes françaises et Abd El Kader. Elle dura trois jours et trois nuits.

Les Français, commandés par le lieutenant-Colonel Montagnac, avaient engagé à la légère le 8e bataillon de chasseurs à pied et le deuxième escadron du 2e régiment de hussards contre les troupes d'Abd El-Kader.

Imprévue, la rencontre tourna mal pour les troupes françaises. Après un premier combat, elles furent réduites de 450 à 82 chasseurs et hussards face à 10.000 combattants de l’émir. Acculés, les chasseurs de la compagnie de carabiniers se réfugièrent dans un marabout d'où ils repoussèrent tous les assauts.

Après plusieurs jours de siège, les hommes, sans eau, sans vivres, à court de munitions, en furent réduits à couper leurs balles en morceaux pour continuer à tirer.

L'émir Abd El Kader fit couper la tête du capitaine Dutertre, fait prisonnier et amené devant le marabout, pour exiger la reddition des chasseurs. Malgré tout, Dutertre, avait eu le temps d'exhorter les survivants à se battre jusqu'à la mort. Lorsque l'émir demanda au clairon français, Guillaume Rolland, de sonner la retraite, celui-ci n'en fit rien et sonna la charge. Lors d'une de ces demandes de reddition, un chasseur répondit « merde » à l'émir. Les survivants, n'ayant plus de munitions, chargèrent à la baïonnette. Ils percèrent les lignes ennemies et, sur les 80 survivants, 16 purent rejoindre les lignes françaises (5 moururent quelques jours plus tard). Seuls 11 chasseurs sortirent vivants* de la bataille. Le caïd de Nedroma, Nekkach, recueillit une partie au moins des survivants et refusa d'ouvrir les portes de sa ville aux troupes de l’émir.»
(©Armée de Terre)
(*) un survivant racontera le combat des chasseurs au marabout de Sidi Brahim dans l'Écho d'Oran du 4 octobre 1845
« Faire Sidi-Brahim » est devenu un ordre d'assaut désespéré chez les Chasseurs ; il s'est conclu aussi par la victoire comme celle du 7è BCA dans les Vosges en 1915 sur l'Hilsenfirst (clic).

Comme nous le signale le blogue La Couronne, se tiendra demain samedi au château de Vincennes la Fête des Chasseurs dite de Sidi-Brahim, en présence d'Henri d'Orléans, invité de marque pour commémorer la création en 1838 du premier Bataillon de Chasseurs à Pied par le duc d'Orléans, fils du roi des Français, au fort de Vincennes. La famille d'Orléans fut et demeure proche des Chasseurs depuis sa création. Le sous-lieutenant François d'Orléans fut tué en Kabylie au 7è BCA en 1960, ce bataillon est parrainé par Marie d'Orléans et de Liechtenstein ; Jean d'Orléans parraine quant à lui le 4è Régiment de Chasseurs de la 27è Brigade d'infanterie de montagne.

De nombreuses unités seront représentées à Vincennes et comme chaque année le drapeau des chasseurs sera transmis à une unité méritante (puisque les chasseurs n'ont qu'un seul drapeau de corps, les bataillons ayant leur propre fanion). Cette journée est l'occasion de relire la lettre du maréchal Lyautey qui en 1931 exaltait l'esprit chasseur depuis son château de Thorey (Meurthe & Moselle).
L'esprit Chasseur ? Mais c'est justement ce qu'en d'autres termes j'ai toujours prôné.
C'est d'abord l'esprit d'équipe, de "mon équipe"
C'est la rapidité dans l'exécution des ordres de la part de gens qui "pigent" et qui "galopent" -
C'est l'allant, c'est l'allure, c'est le "chic" -
C'est pour les chefs le sens social dans le Commandement, c'est l'accueil aimable.
C'est servir avec le sourire - la discipline qui vient du cœur -
C'est le dévouement absolu qui sait aller lorsqu'il le faut, jusqu'au sacrifice Total -
Lyautey




vendredi 11 novembre 2016

Témoin de l'enfer

Chaque année, au mois de novembre, le Piéton du roi lit ou relit un ouvrage sur la Grande Guerre en souvenir de ses grand-pères qui la firent et en revinrent, l'un comme infirmier, l'autre comme chasseur alpin (au 7). J'ai connu d'autres anciens combattants de 14-18 dans la famille et j'ai retenu des récits qu'il fallait leur arracher, l'étroitesse de la vision qu'ils en avaient rapportée. La guerre les dépassait et continuait à les dépasser après qu'ils en eurent franchi le terme par un hasard extraordinaire, seuls restaient les souvenirs de l'effroi, l'horreur et la camaraderie, le séisme des pilonnages, l'extermination de compagnies entières en une ou deux nuits, les salles immenses de blessés et mourants, le concert ininterrompu des gémissements de douleurs. On n'imagine pas ! Cette année, j'ai lu les mémoires d'un simple soldat des transmissions au 162è RI de Verdun. Il écrit bien. C'est un étudiant en médecine de Bordeaux, mobilisé dans l'infanterie qui manquait de "chair". La guerre est vue de la même façon, comme à travers une meurtrière très fine qui ne permettrait de ne voir qu'un angle étroit de l'espace et ce pour une raison technique assez simple : toute la pose des lignes de communications devait se faire de nuit à peine de déclencher un barrage d'artillerie destiné à les couper. Le jour, l'escouade s'enfouissait en espérant que rien ne tombe pile sur le poste, ce qui arrivait malgré tout. La nuit, on travaillait dans la terreur. Pas le temps de prendre du recul sur la stratégie de la guerre !

Les livres de combattants racontent tous les mêmes scènes de la vie quotidienne : l'alimentation difficile, les marches de nuit, les gaz, la soif, le courrier, les bombardements, les assauts, les cadavres pourris, les blessures, les copains morts, les rats, les ordres pas toujours compréhensibles. Quatre faits font exception à cette routine dans les mémoires du simple soldat¹ :

(i) Le colonel commandant le cent-six-deux, qui tout seul et par deux fois mate la révolte de ses troupes en juin 1917 ;
(ii) La saleté repoussante des abris et tranchées allemandes reprises, et en 1918 l'abandon systématique de matériel et armement par les Boches qui retraitent volontairement, signalant un effondrement moral des armées impériales ;
(iii) Le travail de formation d'unités américaines composées de bleus que les Poilus appelaient "les Sioux", qui suscitaient un immense respect pour avoir traversé l'océan afin de défendre une terre qui n'était pas la leur ;
(iv) Le renfort décisif des tirailleurs sénégalais à la bataille du Matz (29è BTS, Compiègne, juin 1918) qui colmatent la brèche ouverte par les Boches dans les lignes du 162è, du 66è et du 32è RI, donnant l'assaut à la baïonnette sur deux cents mètres et sauvant les meubles.


Nous allons finir sur l'engagement des Sioux entre Meuse et Moselle à Flirey en mai 1918. Le 162 et le 151è RI sont montés de Toul pour relever un régiment de zouaves de la Division marocaine qui a fait un carnage dans les rangs ennemis. Les accompagnent des régiments de la 26è "Yankee" Divison du Massachussets qui ont fini leur instruction et ont été exposés au feu pour une première fois au Bois Brûlé de la forêt d'Apremont et à Seicheprey. Laissons parler Cuvier qui relate ses souvenirs sans pathos commercial (p.158):

Les Boches ont voulu "tâter" les Américains et connaître leur valeur exacte. Une forte attaque par des stosstruppen³ s'est déclanchée de nuit, sur notre gauche, après un fort marmitage. Les heures d'écoute à l'ampli, où parviennent toutes les conversations téléphoniques du secteur, sont très édifiantes. Dès la première alerte, le général américain appelle le colonel Bertrand. Dans son français spécial, il lui tient en substance ce langage : « Nous sommes vos élèves, nous agissons sous votre direction, vous pouvez compter sur nous pour tenir ». En effet, les premières lignes sont emportées, mais les secondes résistent et, en fin de compte l'ennemi est arrêté. Le lendemain notre Bataillon de réserve part à la contre-attaque, reprenant le terrain perdu. Les Boches tentent de « remettre ça », mais la surprise passée, les Sioux se cramponnent, et peu à peu le secteur redevient calme. Des téléphonistes qui travaillèrent dans la zone du combat, ont vu le bled parsemé d'Américains tués, la baïonnette au canon de leur fusil, témoignant de leur résistance et de leur courage.



Le soldat Cuvier termine ses mémoires par une prière de Louis Mercier² avec laquelle nous finirons aussi, avant de nous retirer sur la pointe des pieds ; ils sont tous morts maintenant, ou presque tant que vivront ceux qui les ont connus, puis à notre propre mort, ils entreront dans l'histoire, la grande, celle qui fait les géants !

Seigneur, nous vous prions pour ceux d'entre nos frères
Qui sont vivants ce soir et seront morts demain.
Donnez à leur départ le temps d'une prière
Et prenez doucement leurs âmes dans vos mains.




(1) La Guerre sans galon de Georges Cuvier aux Editions du Combattant, Paris
(2) Prières de la tranchée de Louis Mercier à la Librairie Lardanchet, Lyon 1917 (clic)
(3) Bataillons de choc allemands
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mardi 17 juillet 2012

Second livre blanc de la décennie

Ce 14 juillet, le chef de l’Etat et des Armées a lancé son Livre Blanc sur la défense. Présidée par M. Guéhenno¹, de la Cour des Comptes, ancien chef du département de maintien de la paix de l’ONU et actuellement adjoint de Kofi Annan pour la Syrie, la commission convoquée devra préparer la loi de programmation militaire 2014-2019 qui sera soumise au parlement l'an prochain. Le ministre de la Défense Le Drian a déclaré la réflexion collective, y invitant "l'ensemble des Français". Nous le prenons au mot, et notons pour n'y pas revenir qu'il n'est pas en charge de l'affaire, une façon comme une autre de signaler que le domaine est réservé à l'Elysée ! M. Hollande est lieutenant-colonel de réserve de l'arme du génie et c'est un progrès par rapport à son prédécesseur qui en guise de service militaire se limita à faire le bidasse au Quartier Balard, pas trop loin de chez sa maman. Même Gainsbourg avait fait plus ! Le raisonnement du président actuel est déjà bien dégrossi sur les questions militaires. Les similitudes avec la présidence Chirac se multiplient. On verra bien.

Les enjeux défense ont été cernés. En bref :
"Cohérence à rétablir entre les missions, le format et les équipements des armées, préservant aussi, dans la durée, la disponibilité des matériels et l'entraînement et l'activité des forces. Priorité à accorder aux capacités qui assurent à notre pays une liberté d'appréciation, de décision, et d'action, en particulier dans des domaines-clés tels que le renseignement et les capacités d'action spécialisées. Politique industrielle et de recherche pour assurer le maintien des compétences scientifiques, technologiques indispensables à l'autonomie stratégique et à notre souveraineté, dans le cadre national, mais aussi, autant que possible, européen. Recrutement, formation et gestion des ressources humaines nécessaires à la défense et à la sécurité nationale, comme au respect des droits des personnels". On ne pouvait faire plus vague et consensuel. On cache sous ce verbiage trois questions cruciales : la dissuasion nucléaire, l'intégration OTAN et le prix accepté pour être défendu.

L'opposition qui sort d'un Livre blanc qu'elle n'a pu mener à terme, si tant est qu'elle l'ait réussi - ce dont doute la Cour des Comptes en évaluant le prix de la piste aux étoiles - va se cabrer, c'est presque sûr. La France doit tenir son rang et lustrer son pouvoir de nuisance dans une posture de baudruche grandiose héritée des années de songe-creux de la politique étrangère gaulliste. Or la France impécunieuse d'aujourd'hui n'est pas convoquée par l'histoire ; elle a des intérêts vitaux, c'est tout et beaucoup pour elle. Quels sont-ils en vrai ?
- sûreté de ses approvisionnements énergétiques
- sûreté du territoire métropolitain
- sûreté/pacification des marches
- défense des possessions ultramarines
Elle a des contraintes ou avantages géopolitiques indépassables :
- la béance historique des frontières du nord-est
- l'accès direct à quatre mers
- la pression migratoire de populations relevant d'un schéma culturel hostile
- une notoriété mondiale dans l'industrie de l'armement (trop) sophistiqué ;
sans oublier la Légion étrangère !



Zone d'intérêts
Une analyse point par point lasserait. Si l'on tient compte des forces alliées déjà projetées, on voit que la France réunit sept des huit paramètres ci-dessus dans une tranche de longitude de 30 degrés seulement, du 15°W au 15°E. Cette zone inclut le bassin occidental de la Méditerranée, l'Atlantique-est et sud-est, la moitié du continent africain ; et on peut déjà dire qu'en dehors de ce quartier d'orange "nous nous aventurons". Si l'on prend en compte le huitième paramètre, l'outremer, il saute aux yeux que l'intuition "marine" était la bonne et que nous devons mettre le paquet sur la composante royale de nos forces armées, pour revenir peut-être à l'équilibre obtenu par la III° République entre les différentes armes.
Les conflits où fut appelée la France durant ces vingt dernières années sont des conflits sur l'eau, sauf le Tchad et l'Afghanistan qui ne sont pas des pays mouillés. Liban, Bosnie, Côte d'Ivoire, Somaliland, Libye sont des théâtres d'opérations pour l'aéronavale. Retour à la diplomatie de la canonnière puisqu'il le faut bien.
On rappelle que par ses possessions ultramarines la France dispose de la seconde plus grande ZEE (zone économique exclusive) du monde avec 11035000 km², derrière celle des États-Unis (11351000 km²) et devant celle de l'Australie (10648250 km²). Il viendra un jour où nous devrons la défendre, même contre des amis bien intentionnés, je pense à l'Australie (Nlle Calédonie et Loyautés) et au Brésil (Guyane), sans parler de nos terres australes trop poissonneuses dans un monde en quête de nourriture.

En résumé, le piéton du roi mettrait le paquet sur l'escadre


Sûreté de la métropole
Elle est servie aujourd'hui par une force de réaction atomique et par la guerre en coalition intégrée. On peut longtemps philosopher sur la souveraineté gagée sur l'une et dégagée par l'autre, il n'empêche que ce dispositif est le plus sûr que nous ayons eu de longtemps. La béance du nord-est nous oblige à une force continentale de choc blindé suffisamment résiliente pour tester les mauvaises intentions d'un agresseur qui aurait écrasé l'Allemagne, avant de délivrer le feu d'enfer. Pourquoi chercher une alternative à l'OTAN qui fonctionne bien, dans une défense européenne que personne ne veut sincèrement autour de nous. La Grande-Bretagne n'y tient pas sauf à créer un meilleur marché de l'armement pour ses arsenaux, l'Allemagne dans une posture évangélique ne vise pas autre chose - elle se défend d'ailleurs très bien avec ses Léopard-II exportés mondialement -, aucun pays de l'Est ne veut d'Eurodéfense et n'y croit pas une seconde, les Scandinaves sont mentalement neutres tant que la Baltique reste calme, l'Espagne et l'Italie qui ont bien percé sur le marché aéronautique aimeraient poursuivre mais sont fauchées et se contentent de retombées économiques. Reste la France qui se voit une vocation de "chef", mais de qui et à quel prix ? Le boss est toujours celui qui paie et met la masse au pot. En ce qui nous concerne, c'est fini pour trente ans. Next point !



En alliance
Nous avons retrouvé le bon niveau de préparation OTAN. Après quelques mois de réglage pour notre réintégration, nous avons rempli le job afghan à la satisfaction de tous, en remontant même dans l'estime de nos contempteurs. Nous garderons le commandement ACT-OTAN de Norfolk (Allied Command Transformation) où nous serons aux premières loges pour anticiper des évolutions atlantiques futures et les influencer.
Que demande le peuple à la fin ? La paix, à n'importe quel prix. Nous contribuons pour 11,6% au budget militaire OTAN, intégrés ou pas, et c'est relativement bon marché pour faire peur aux autres. Seuls, nous ne faisons plus peur.

Terrorisme et plus
Impossible de passer sous silence la question de l'islam radical qui est un défi typé "défense" désormais en sus de sa cotation "police". Les développements à suivre au Sahara dans lesquels nous nous impliquerons fatalement seront là pour le prouver. Dans notre quartier d'orange nous devons être capables d'intervenir en soutien d'opérations locales d'éradication en apportant logistique et renseignement, voire en excisant le furoncle nous-mêmes. D'où l'importance de capacités de projection autonomes et d'alliances de confiance, ce qui n'est pas encore le cas, mais reconnaissons à M. Fabius la volonté d'y travailler sérieusement. Son récent voyage en Algérie était centré sur la collaboration militaire.




Question finances...
le budget français de la défense est améliorable en efficacité dans ses systèmes d'administration. Hormis la pléthore d'officiers supérieurs et généraux qu'il faudra bien se résoudre à affronter un jour, il n'y a pas de gisement d'économies substantielles² et les mauvais choix budgétaires et techniques³ d'hier ne sont pas réparables à court terme. L'exercice programmatique sera donc difficile pour la commission Guéhenno, d'autant qu'il reste toujours 50 millions de dollars à trouver en France d'ici à la Noël 2013 et aucun ministère n'est volontaire pour suicider ses effectifs ! Le travail du Livre blanc, de la meilleure qualité qu'il soit, risque de finir sous la hache d'un eunuque épilé de Bercy, incapable d'épeler "fusil".



(1) M. Jean-Marie Guéhenno est un technocrate stérile et prolixe à la fois, de l'écurie Jobert, garé à l'ONU, à qui l'on ne pourra que demander de présider les débats; la commission comptera 40 membres, dont un allemand et un anglais.
(2) On discutera à l'envi de la pertinence stratégique des bases de Djibouti et d'Abou Dhabi comme de l'accord de secours automatique passé avec les Emirats.
(3) La sophistication de nos armes poussée au maximum par la vanité des ingénieurs de l'armement brime leur commercialisation et leur disponibilté d'emploi. Le Leclerc comme le Rafale semblent invendables sauf à perte, et le CDG est abonné aux quais de Toulon.

mardi 14 février 2012

Le Nonagone du piéton du roi


Neuf propositions inédites plus une pour la détente (la gâchette), c'est la contribution de bon sens du blogue Royal-Artillerie au débat électoral pour la présidentielle. Ce mini-programme sans ordre de priorité est soumis au principe de non-cohérence, à savoir que les mesures ne sont pas liées entre elles. Leur choix est librement autoporteur.
Ce nonagone, non approuvé par cinq cents parrains, sera adressé aux candidats présidents de la République, et lequel répondra en acceptant d'inclure dans son propre programme une seule des neuf propositions gagnera la voix du Piéton du roi, qu'il pourra afficher dans sa salle de bains, au dessus du miroir. Sans se prendre au sérieux, l'affaire est quand même sérieuse, une fois.

PRIMO : Réhaussement de l'enseignement des langues vivantes.
Les professeurs de langues étrangères du collège au lycée seront progressivement recrutés parmi les diplômés locuteurs de leur langue maternelle, et les lycéens quitteront le second degré en parlant couramment deux langues étrangères.
Le ressort de cette mesure est à bander au niveau européen pour que tous les professeurs de langues de l'Union européenne soient locuteurs natifs. Ainsi le marché du professorat sera élargi - les profs de français enseigneront partout -, de même pour ceux d'allemand, anglais, italien, espagnol...
RA+
La capacité à s'exprimer naturellement dans deux langues étrangères est un atout de compétitivité indéniable. Les peuples ne disposant pas d'une langue universelle sont paradoxalement plus ouverts au monde et plus performants dans leurs entreprises, et dans les organisations planétaires où se prennent les grandes décisions ; cette aisance à jongler parfaitement avec au moins trois langues donne l'aisance nécessaire à la cafétéria pour s'ouvrir les portes des directions, toutes choses égales par ailleurs.

DEUZIO : Pour une tête bien faite.
Les langues mortes structurantes comme le grec et le latin seront intégrées de plein pied au programme des collèges, en commençant par les établissements zonés. On retirera des programmes les cours "sociétaux" décérébrants pour libérer des heures et on allongera l'année scolaire comme en Europe du Nord. Ces matières sont des formateurs inégalés de l'esprit et en priver la jeunesse d'où qu'elle vienne c'est du vol.
RA+
Ces deux langues sont à la base de notre civilisation. Des expériences ont été tentées dans des quartiers moins favorisés disposant de collèges difficiles,  de donner des cours de langues mortes sur une année. Ce fut un franc succès, les élèves ayant ressenti une augmentation de la considération à leur égard et une fierté bien placée ensuite. Ne jamais oublier que le grec est une formation de l'esprit aux mathématiques.

TERCIO : Achèvement du parc de logements sociaux.
Les permis de construire seront remontés au niveau de la sous-préfecture pendant sept ans. Après avoir fixé le mode de calcul et la fraction de logements sociaux obligatoires par commune, les nouveaux permis seront suspendus sur les communes n'atteignant pas le niveau règlementaire, pour n'être libérés qu'au jour du dernier mètre-carré social livré à la location.
RA+
La république se consume dans les satrapies locales surtout quand on leur offre le droit de déroger moyennant amende. Les riches paient. Si la cause du logement de tous est vraiment une priorité, et le spectacle de nos rues nous l'indique, l'amende inefficace doit être remplacée par le gel des permis. Il suffira de relever d'où proviennent les cris d'orfraie pour cibler une réaction plus fine, mais la seule menace déjà enclenchera un mouvement de construction à bas coûts.

QUARTO : Libération de la production d'énergie.
Le monopole de distribution électrique de l'EDF sera abrogé. Les systèmes individuels de production de courant ne seront plus reliés au réseau mais alimenteront les circuits domestiques dédiés à cette production. L'achat à perte sera terminé, et les foyers auront recouvré la liberté de produire sous la seule contrainte environnementale et de voisinage.
RA+
Contre le mondialisme, certains prônent le localisme. C'est à la force hydraulique que le point 4 est dédié. Dans ce cadre, rénové par l'intrusion des libertés citoyennes de premier échelon, il faut remettre en route les moulins, relever les biefs, placer des turbines et laisser prendre du courant électrique à la nature. Un syndicat d'usagers des eaux par quartier ou hameau peut régler la cohabitation de tous.

QUINTO : Réarmement du voltigeur.
Le nouveau fusil d'assaut de l'infanterie sera développé et fabriqué dans les arsenaux français et ses munitions produites en France. Il est inadmissible que la munition d'infanterie soit de nouveau achetée aux Emirats ou en Israël, avec les problèmes de qualité que l'on sait.
RA+
Le triste score de l'embuscade d'Uzbin est en partie dû au défaut d'interopérabilité des munitions de fusil entre le soutien américain et nous. La munition française au calibre OTAN fut à l'origine conçue pour le fusil FAMAS, pur produit de la Manufacture de Saint-Etienne. Elle n'est pas standard. Le fusil ayant achevé sa carrière, il est question de le remplacer par un HK allemand sinon un Herstal belge, ce qui laisserait croire à tout le monde que nous sommes devenus incapables de faire un fusil en France avec des munitions interopérables ? C'est proprement énorme.

HEXO : Peine zéro pour les condamnés étrangers.
Les ressortissants étrangers condamnés au pénal seront remis à l'administration pénitentiaire de leur pays de naissance avec lequel sera passé un traité de collaboration, munis d'un "viatique" calculé sur la moitié du prix de journée en prison française. Les économies de places et de programme de constructions seront significatives, et la mesure éventuellement dissuasive.
RA+
La question de la surpopulation carcérale est centrale dans le budget de la Justice, l'enfant délaissé de la République. Se séparer des condamnés étrangers allègerait d'autant le stress sur l'institution et procurerait aux pays d'accueil des moyens financiers pour assurer leur réinsertion au pays natal et améliorer leur système carcéral dans un cadre coopératif.

HEPTO : Incarcération des condamnés politiques.
Suppression du sursis dans les condamnations de toute nature d'élus politiques dans l'exercice de leurs fonctions électives et inégibilité à vie. La République ne pouvant fonctionner que sous l'utopie de la Vertu, les comportements immoraux la mettent en danger.
RA+
Le sursis est aujourd'hui la règle en matière de concussion et l'inégibillité très rare. A tel point que l'on voit des politiciens condamnés en première instance et en appel, se faire "blanchir" par des électeurs hostiles à l'immixion d'une justice extérieure à la cité dans les affaires de celle-ci. La récompense du "condamné injustement" est un affront à la Justice qui ne doit pas être toléré.

OCTO : Régularisation des sans-papiers travaillants.
Tout travailleur, capable de fournir les preuves d'un emploi stable sur pièce de tiers non impliqué, sera admis à la procédure de délivrance de papiers administratifs et obligatoirement syndiqué à l'organisation de branche de son choix.
RA+
Fort avec les faibles, telle est la devise de l'Administration. Le minimum d'humanité demande qu'un travailleur honnête puisse disposer des papiers nécessaires à sa vie sociale. Ceux qui ont franchi les frontières et travaillent, parfois durement dans des métiers délaissés, ont montré assez de courage pour être positivement "oubliés". Reste à organiser la règle pour que la mesure ne soit pas une convocation à immigrer à tout prix.

ENNEO : Combattre l'obsolescence programmée.
L'allongement de la durée d'utilisation des biens fabriqués par l'industrie accroîtra mécaniquement le pouvoir d'achat des consommateurs et allègera la pression sur les matières premières. Un label octroyé par le Ministère de l'Industrie, et non par aucune corporation de fabricants, identifiera les produits dont la durée de vie n'aura pas été trafiquée.
RA+
L'obsolescence programmée des produits fut décrétée aux Etats-Unis en 1925 par l'oligopole des fabricants de lampes afin de doper leurs ventes. Elle s'est étendue à tous les compartiments de l'industrie, à tel point que les imprimantes électroniques actuelles recèlent des codes de mort technique au bout d'un certain nombre d'impressions. Un certain degré d'éphémérité est recherché dans tout produit de grande consommation, mais celle de la mode est la seule indomptable




DES PROPOSITIONS INÉDITES ET SENSÉES
C'EST SUR ROYAL-ARTILLERIE



BONUS : Développement de l'archipel des Kerguelen.
Colonisation choisie parmi les associaux de métropole, pour préparer le dernier refuge du génome gaulois avant réchauffement climatique, tout en faisant baisser la pression dans les quartiers de non-droit.



http://prin.tt/wGjj1g 

vendredi 16 décembre 2011

L'honneur du commandant

 

Demain sera décerné chez Royal-Artillerie l'Âne du Roi 2011. En revanche, il nous est apparu nécessaire avant ce prix de dérision d'inclure dans les derniers billets de cette année un hommage particulier au commandant de Saint-Marc qui, à 89 ans, vient d'être fait Grand Croix de la Légion d'Honneur.
Si cette distinction récompense la vie à tous égards remarquables d'un officier de race qui ne s'est jamais "perdu", elle purge aussi d'une certaine façon le décret d'exclusion médiatique des partisans de l'Algérie française qui ne pensent pas non plus s'être perdus. J'en fus et le demeure.
L'honneur et les honneurs. Un mot, deux acceptions. Que sacrifie-t-on au premier pour obtenir les seconds ? dit De Montéty dans son billet du Figaro. Et Marius de répondre que «l'honneur c'est comme les allumettes, ça ne sert qu'un fois». Hélie de Saint-Marc n'a jamais eu de doute ni de tentation. Il ne fut pas un homme de compromis, ce qui l'aura sans doute bridé dans sa carrière, mais lui laisse le bénéfice d'une vie sans regrets sur lui-même. On sait le déchirement intérieur que provoquèrent les abandons des indigènes dont il avait eu la charge et assumé la protection, et il poussa jusqu'au bout la sacralité de la parole donnée, concept totalement anachronique. Le temps n'a pas de prise sur la conscience des âmes bien nées.

Au moment de ces lignes, les choses se remettent à l'endroit. Un homme va perdre son cordon de Grand-Croix après un jugement tardif mais honnête de son comportement de satrape à la marie de Paris. Il avait la stature de ce qu'on appelait jadis le "grand chef catholique" et son entrée sur la scène politique avait nourri très largement l'espoir de voir enfin le pays nettoyé d'une gabegie éhontée et d'un amolissement dangereux, et de voir surtout ressoudée la fameuse fracture sociale. C'était une grande illusion, le grand homme n'était pas de la race des seigneurs mais un magicien populaire en quête d'établissement de lui-même et des siens. Une fois "arrivés", ces démagogues font dans le compassionnel pour recoudre leur image. Vanité punie.

A l'extérieur de la caste des malins, certaines naissances prédestinent au meilleur, il suffit d'en être conscient pour transformer l'essai de la Nature. C'est le cas d'Hélie de Saint-Marc.
Respects.




Grand-Officier de la Légion d'honneur, en date du 28 novembre 2002.
Croix de guerre 1939-1940 avec 1 citation
Croix de guerre des TOE avec 8 citations
Croix de la valeur militaire avec 4 citations
Médaille de la résistance
Croix du combattant volontaire de la Résistance
Croix du combattant
Médaille coloniale avec agrafe « Extrême-Orient »
Médaille commémorative de la guerre 1939-1945
Médaille de la déportation et de l'internement pour faits de Résistance
Médaille commémorative de la campagne d'Indochine
Médaille commémorative des opérations au Moyen-Orient (1956)
Médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l'ordre en Afrique du Nord (1958) avec agrafes « Algérie » et « Tunisie »
Insigne des blessés militaires
Officier dans l'ordre du Mérite civil thaïlandais Sip Hoc Chau

lundi 12 septembre 2011

Atout France

Il y a une semaine, dans un post qui a marqué son temps - c'est-à-dire trois minutes - et dont la lecture est recommandée à SciencesPo sous le titre "Le fascisme peut passer, la preuve !" nous rappelions que la France a besoin d'un Projet avec un grand P.
Discuté maintes fois sur ce blogue¹, le voici enrichi des réflexions qu'exigent les incantations politiciennes de campagne. Partant du pronostic qu'en 2012 et quelque soit le vainqueur à l'Elysée, mille intérêts se ligueront contre la kärcherisation des écuries d'Augias, nous bâtissons le Projet sur le fumier existant en espérant que le bon sens y soit convoqué le plus souvent possible.

Les deux pieds dans la merde comme un vrai coq gaulois, nous avons décidé de compter nos billes. La queue de trajectoire du Projet étant l'équilibre de nos échanges et le retour en puissance du pays dans sa zone traditionnelle d'influence, Europe continentale, Méditerranée et Afrique noire occidentale, il convient de s'intéresser d'abord aux atouts de la France qui, s'ils ne sont pas nombreux, ont quand même le poinçon d'excellence. Aéronautique, nucléaire, automobile, astronautique, agriculture commerciale, ferroviaire, navale, gastronomie, missilerie, luxe et BTP.
Ce que nous faisions moins bien, nous ne le faisons plus, les délocalisations ont tranché. La bancassurance est aussi un atout majeur mais nous n'avons jamais pu transformer l'essai et devenir des références mondiales ; notre latinité peut-être ; la consanguinité de l'Etat et des banques sans doute ; les copains-coquins ; l'absence de capitalistes réellement propriétaires de leurs fonds qui sont leur propre banque et n'ont pas besoin de "tour de table" pour agir.
Il y a donc onze domaines ; à vingt pages pièce, ça fait une thèse que nous vous épargnerons en oubliant l'histoire de chacun. Aux faits, direct :

Aéronautique
Personne ne nous dispute un savoir-faire de premier ordre. Quelles que soient les coopérations, Concorde, Airbus, Rafale, sont français. Et le troisième va commencer à se vendre après les démonstrations libyennes, puisqu'il a surclassé l'Eurofighter Typhoon par sa versatilité et son endurance.
Avec des groupes puissants comme Dassault, EADS, Thales, Safran, Zodiac, et quelques autres un peu moins grands, nous avons tout pour réussir dans ce secteur de pointe. Privilégions-les chaque fois que possible.

Nucléaire
C'est le gros morceau d'avenir. Malgré tous les inconvénients de la filière, cette énergie est celle de demain pour deux motifs au moins : on ne fournira pas l'énergie suffisante à onze milliards d'hommes avec des moulins à vent ; la fracturation du noyau atomique pour en libérer son énergie phénoménale est un palier dans la conquête de la matière par le génie humain. Les miroirs convexes sont bien aussi, mais on ne joue pas dans la même cour technologique. Les pays émergents l'ont bien compris qui privilégient tous la filière nucléaire au grand dam des écologistes de hamac qui leur font les gros yeux et voudraient les laisser au temps de la lampe à huile, bio !

Automobile
Certes deux millions de véhicules fabriqués en France ne font plus le poids comparés à la production chinoise, et nous sommes condamnés à échéance à monter en gamme. Mais nous avons les bureaux d'étude capables d'innover et de surprendre ; à moins bien sûr qu'ils ne s'endorment et soient remplacés par des bureaux chinois ou coréens dans la même marque automobile. On pense au bureau Peugeot de Shanghaï qui crée de bien belles choses avec 400 ingénieurs. Nos ingénieurs de chaînes sont aussi très pointus dans la fabrication de petites voitures peformantes et économiques. Le marché est mondial et nos constructeurs doivent l'être aussi. Ce n'est pas catastrophique qu'ils montent des usines sur les marchés destinataires si l'esprit et la technique hyper-pointue restent en France. Mais ce n'est pas gagné d'avance contrairement à d'autres atouts dont nous disposons.

Astronautique
On pense à Ariane, système franco-européen qui prend régulièrement des parts de marché, mais aussi à toute notre industrie de satellites qui n'est le second de personne. Mais la belle Hermes ne sortira pas de Toulouse (photo). Au moment où la NASA lève le pied et où la Russie rencontre des problèmes d'obsolescence de ses lanceurs Soyouz, il ne faudrait pas (quand les finances seront rétablies) succomber à la tentation d'un grand projet pharaonique européen pour la gloire, mais se concentrer plutôt sur la recherche et développement de vaisseaux faciles à vendre maintenant, un peu à l'allemande, en privilégiant l'exploitation rémunératrice des cartes en main. Heureusement que les déficits nous freinent dans notre propension gaullienne à tutoyer des étoiles toujours hors de portée. Au fait, nous avons déjà parlé du bouclier anti-missile dans l'AF2000 ici.

Agriculture commerciale
C'est notre domaine le plus fragilisé. La révision de la Politique Agricole Commune est réclamée par de nombreux pays qui n'ont pas un secteur primaire de la même importance que le nôtre. Nos adversaires sont toujours les mêmes, menés par la Grande Bretagne qui favorise l'importation à bas coûts de produits alimentaires fabriqués en masses. Il faut dire que leurs talents culinaires les obligent à tout prendre !
Dans les ajustements nécessaires à la préservation ou la réparation de notre environnement - les algues vertes sont une honte - il faut garder à l'esprit, au-delà de l'autosuffisance des approvisionnements, que notre agriculture est un poids lourd à l'exportation et donc qu'elle rentre des sous dont nous avons plus que jamais besoin.
Sans traiter la question des OGM, peut-on quand même dire sans se faire insulter que nous sommes le seul pays où on laisse faucher les champs d'OGM, où on laisse détruire les laboratoires de recherche. Les autres avancent et nous devrons un jour leur acheter des licences ! En ce sens M. José Bové aura bien mérité de Monsanto qui lui votera une pension à vie, pour à sa mort l'empailler dans le hall du siège social à Saint-Louis (sur un tracteur de fer blanc).

Ferroviaire
Un peu alarmé de la progression du TGV chinois sous licence gratuite Siemens, je m'en suis ouvert à des amis continentaux pour apprendre que s'il était un transport en Chine qu'ils ne prendraient pas, c'était bien le TGV. Non pas seulement pour la technologie Siemens qui lors de la percussion des TGV de Wenzhou (23.07.11) s'est avéré carrément inférieure à la technologie française de la rame-flèche - le train s'est plié en accordéon et les voitures ont sauté le pont dans la rivière - mais surtout pour la ligne au sol. Sa signalisation et son ballast 100% "fonctionnaire chinois" qui font partie intégrante des systèmes de trains rapides, ont été minés par la corruption de l'administration des travaux publics.
Dans le transport urbain, les Canadiens nous ont taillé des croupières, ce qui a réveillé Alstom qui est sorti de son schéma "polytechnicien" - je dessine un train que je ne prendrai jamais - et qui revient avec des rames modernes qu'elle peut montrer ailleurs dans le monde. Si nous reprenons des couleurs, exportons-les. La SNCF fait quand même 25% de son chiffre d'affaires à l'étranger !

Navale
C'est un secteur d'excellence dans lequel nous souffrons beaucoup de la concurrence de tous nos voisins, faussée, comme chez nous d'ailleurs, par les subventions publiques. Nous savons tout faire, du sous-marin au paquebot géant en passant par les frégates et les porte-avions. Mais nous vendons peu, et parfois à perte, car les prix sont tirés.
Le globe étant majoritairement une planète d'eau, un pays qui veut rester dans la course en tête ne peut pas se passer d'une navale puissante. Et maintenir cette industrie va coûter cher, en attendant la renverse, car il y en aura une lorsque les niveaux salariaux auront monté chez nos concurrents asiatiques. Mais ils ont de la ressource : déjà débarquent de leurs navires à Rotterdam des barges chaudronnées en Chine auxquelles il ne manque que les moteurs, les auxiliaires et les apparaux de manutention. Nos usines de moteurs, bien que passées parfois sous contrôle étranger, doivent être défendues et aidées sur les DOM-TOM déjà, puis dans des projets marins subsidiaires de grands contrats. C'est important même si le retour sur investissement en est différé.

Gastronomie
Nous sommes la référence mondiale. En passant, merci à Michelin, notre petit "livre rouge" à nous. Nos grands chefs n'ont pas usurpé leur réputation, nos écoles sortent en continu une relève talentueuse, nous ne risquons que de développer encore notre hégémonie, si nous ne nous jetons pas dans la mode des menus sectaires et sans saveurs de l'empire écologique qui nous menace dans nos assiettes, au motif facile de notre santé.
Nos vins que l'on disait concurrencés par les productions des fermes à pinard du nouveau monde, montent en gamme régulièrement, et sont de plus en plus prisés par ceux qui les boivent sans y rajouter du Coca ! Nos fromages sont inimitables, même par les Hollandais, l'autre pays du fromage... et pour une fois dans l'assiette, nous faisons la nique aux Chinois qui dans ce domaine se disent à la fois sel de la terre et sucre du ciel. On les aura comme à Verdun, et tant pis pour le cholestérol, il faudra bien partir un jour de toute façon.

Missilerie
C'est un domaine moins connu mais nous faisons des missiles qui touchent. En Libye nous avons explosé le tableau noir. Nous devrions persévérer aux premières places, à moins que le "fils de" qui préside à la moitié du secteur et dont la réputation de dilettante n'est plus à faire, ne sacrifie la filière... au tennis qu'il comprend mieux. Restons sérieux. Avec des missiliers aussi pointus que les associés dans MBDA et des acteurs de la filière comme Thalès, nous devrions rester dans le petit groupe de tête pour aborder un jour aux rives du "bouclier anti-missiles" avec nos amis anglais.

Luxe
Pareil. C'est un secteur dont nous sommes inexpugnables et prédateurs de concurrents, à croire que nos chefs d'entreprises ont apostasié. Le Chanel Five, Opium ou Shalimar bien sûr, mais n'importe quel flacon doré "Machin Paris" s'arrache. On peut prospérer dans la mode ailleurs même à haut niveau, mais la consécration c'est une griffe de Paris. Le luxe est français d'abord, puis d'ailleurs. Les petits marquis qui font semblant de nous gouverner n'offrent pas autre chose à leurs conquêtes. Le Comité Colbert, lobby utile, veille.

Mais pour que tous ces secteurs croissent et embellissent notre quotidien par la multiplication d'activités périphériques et de sous-traitance, il faut libérer les énergies et la créativité en faisant reculer les contraintes idéologiques qui nous brident depuis la sanctification de la social-démocratie. Le Mur de Berlin est partout tombé sauf en France.

Le onzième atout n'est pas aussi flamboyant que les dix autres puisque nos concurrents ont beaucoup appris de nous, et que les champs d'exercice de cette activité est immense chez eux en comparaison du nôtre. Ce sont les travaux publics.

BTP
Nous avons des groupes mondiaux de BTP. Bouygues, Vinci, Eiffage sont des monstres adossés à une vrai industrie de base nationale représentée dans le monde entier par Ciments Lafarge, Saint-Gobain pour le verre et le solaire et Schneider Electric pour l'énergie électrique. Les marchés énormes des empires émergents suscitent l'établissement de groupes nationaux de BTP aidés parfois par les pouvoirs locaux désireux de garder des devises ; c'est le cas de la Chine en pleine frénésie de construction dont les entreprises prennent des adjudications à l'étranger (Algérie, Tunisie, Pologne,...). Mais si le projet à l'appel d'offres est "impossible" on le donne encore aux Français, comme le démontre la filiale hongkongaise de Bouygues, Dragages HK, qui prend des tunnels entre et sous les tours !!!

Ses onze atouts sont les leviers de notre renouveau. Inutile de nous disperser, devenons, redevenons leaders mondiaux et le reste nous sera donné de surcroît. C'est ce que nous verrons dans un prochain billet qui détaillera le Projet (CLIC).


Note (1): Posts antérieurs consacrés à ou évoquant le Projet : taper "pouvoirs régaliens" dans la barre de recherche : il en sort huit pages

dimanche 30 janvier 2011

Af-Pak, finir le job !

Nous entrerons cette semaine dans l'année du Lapin d'Or (le 3 février). Normalement, c'était jusqu'ici un signe de tranquillité pour une année diplomatique. Mais la règle zodiacale est de métal ; attention les doigts. Les natifs de ce signe sont dits offenser le Ciel de l'Est et doivent s'approcher de trois signes favorisés que sont le chien (comme wardog), le cochon (de lait du méchoui pas hallal) et la chèvre (du légionnaire). Les pythisses taoïstes prédisent aux natifs des autres signes une année barbante ! Pourquoi devrons-nous alors combattre encore en Afghanistan si sous de tels auspices il ne se passe rien ? Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Fin du chapeau gai.

Avertissement sans frais : Ce billet n'a pas l'outrecuidance d'être un renfort pour la politique offensive du président Sarkozy, qui nous lit chaque matin bien sûr, mais la convergence d'idées ne peut nous épargner un certain effort d'analyse, au moment où se lèvent ci et là les clameurs munichoises du renoncement, même dans la sphère royaliste. On pourra lire avec quelque effarement le billet pacifiste et désinformé de M. Renouvin en cliquant ici.

Recadrage

Cette guerre n'est pas américaine même si Dominique de Villepin et Ségolène Royal en débat à Grenoble vendredi dernier (28.01.11) nous l'affirment. Elle n'a pas été déclarée par le président des Etats-Unis un lendemain de cuite, mais par une puissance étrangère de la manière la plus spectaculaire possible, en détruisant avec fracas deux gratte-ciel emblématiques de la capitale de l'Occident, New York. Seuls les Japonais à Pearl Harbor avaient fait mieux, mais pas en terme de victimes ! 2605 sans les avions en 2001 contre 2403 en 1941. Dire que la guerre est américaine signifie qu'ils l'ont bien cherché ! A qui le tour ? La France ? Qui l'aura bien cherché aussi ? Cette puissance étrangère était al-Qaïda, et personne d'autre - désolé pour les paranoïaques du complot maison -, al-Qaïda alliée au régime taliban afghan d'alors et à quelques autres services secrets islamiques parce qu'on sait déjà tout. L'émoi fut planétaire mais pas dans le même sens partout. Deux constatations du rédacteur : dans les immeubles bourgeois du Caire, on a ci et là sabré le champagne la nuit du 11 septembre. Dans le quartier du Panier à Marseille, chaque "Onze" c'est nuit blanche et musique à fond !

La réaction la plus saine à l'attentat gigantesque était d'aller éradiquer le nid de freux qui avaient organisé ça, et le président Chirac, un des premiers sur le tas de ruines fumantes, joignit nos forces spéciales à l'expédition punitive. Rappelons qu'elles furent les seules à avoir vu Oussama ben Laden dans l'alidade mais n'ont pas reçu l'ordre de stop (?).

Que l'Administration Bush ait foiré la suite, n'est pas discutable. Voulant finir la guerre que son père avait d'une certaine façon perdue, et sous les pressions du lobby pétrolier dont il était issu, le président Bush junior laissa courir la désinformation propagée par le Pentagone, son vice-président et les services, pour attaquer préemptivement l'Irak arrogant et d'une certaine façon "tuer le père". Ce faisant, il sauvait al-Qaïda de l'incinération finale en reportant tous ses efforts entre Tigre et Euphrate. Il finit par le comprendre et se débarrassa des faucons mouillés¹ pour son second mandat.

Son successeur a abandonné la démocratisation forcée d'un pays qui n'existe pas en temps de paix pour rétrécir ses ambitions, afin qu'elles tiennent dans un calendrier électoral. Paradoxalement c'est du côté de la démocratisation rustique et de la libération des femmes et des fillettes (elles vont à l'école, enfin !) que l'empreinte sera la plus durable, quelle que soit la fin de l'histoire.

La stratégie de l'Administration Obama en Afghanistan est limpide si elle n'est pas simple : finir l'état-major central d'al-Qaïda et sécuriser les fusées nucléaires pakistanaises. La méthode ne l'est pas moins : nettoyer, tenir la position, construire de l'infrastructure, transférer la position aux autorités afghanes (clear - hold - build - transfer). A quoi s'ajoute, la destruction systématique par les drones de la CIA des talibans et alqaïdistes réfugiés aux Warziristans. Le score monte chaque jour et la ressource en moudjahidine d'un certain niveau n'est pas inépuisable.

Nul ne sait si la Coalition aboutira sur son projet, les certitudes se dévoilant toujours après coup quand on écrit l'histoire. Mais déjà il y a une majorité dubitative chez les analystes-experts quant au succès de l'entreprise, ce qui pour moi ne veut pas dire plus que quantifier le flux d'informations, et sans doute pas établir la bonne solution par la loi du nombre. Il n'en reste pas moins vrai que le pays recèle de grandes zones d'insécurité qu'il ne semble pas possible en l'état de réduire.

Demain

Le reproche de guerre américaine va de pair avec celui de l'otanisation. Faisons un sort à la vassalité consécutive à l'otanisation de nos forces armées. Combien de fois faudra-t-il répéter que la charte atlantique et sa pratique n'obligent pas à suivre aveuglément la puissance dominante de l'Alliance. En mars 2003, des pays essentiels à l'OTAN ont refusé leur concours aux anglo-américains. Il faut les citer à nouveau pour les malentendants : La Turquie en charge des intérêts de l'Alliance au Moyen-Orient, l'Allemagne au centre du dispositif atlantique continental, la Belgique pays hôte des sièges OTAN les plus importants, le Canada pays frère des Etats-Unis. La France, non impliquée alors dans le commandement intégré, pouvait refuser elle aussi sans problème l'aventure Bush II. Le Setter fou du Quai d'Orsay en décida autrement pour passer à la postérité, en organisant une guerilla extravagante au siège de l'ONU à New York contre notre allié de référence qui versait dans la fabrication la plus douteuse ! C'était son problème ! Nous en fîmes le nôtre², incapables de peser d'aucune façon sur l'issue inéluctable, la guerre.

Depuis, beaucoup d'eau est passée dans les oueds du désert ! Le Croissant vert dont les situations conflictuelles étaient paradoxalement calmes est depuis quelques semaines secoué par les révoltes arabes. A l'exception des sujets des émirats du Golfe persique, ces peuples ne furent jamais gouvernés gentiment puisqu'on leur prêtait un tempérament d'amadou. Ils affrontent la Trique dans une hystérisation traditionnelle mais peuvent obtenir une démocratie. Si ces pays obtiennent des démocraties à l'occidentale (pas d'autre modèle en rayon), le contrecoup sera rapide hors du monde arabe. On pense à l'Iran en quasi-faillite économique et à ses voisins afghans, lassés de la guerre des clans. Même si d'expérience on en sait l'issue, tout prurit démocratique dans ces contrées nous sera favorable car il désagrègera les pyramides féodales corrompues jusqu'à l'os, et ouvrira le vide créé à celui capable de mettre le paquet. Espérons que Barack Hussein Obama soit à l'heure !

Quoiqu'il advienne, en Afghanistan, nous sommes engagés avec tout le monde atlantique, et d'au-delà, pour faire aboutir le choix stratégique américain précité (al-Q et bombe A pakistanaise). Comme tout le monde, nous programmons le retrait de nos forces en fonction des acquis, à commencer par la capacité de l'ANA à pacifier ses territoires. Le job fini, bien ou moins bien, nous partirons tous ensemble. Qu'adviendra-t-il si la Coalition échoue et reflue ?

Après-demain

Gouverner c'est prévoir, et ceux qui réclament notre départ rapide sans expliquer la suite donnée se disqualifient des fonctions gouvernementales. C'est triste d'en trouver chez nous.

Si la Coalition échoue et reflue, l'islamisme mais pas seulement lui, beaucoup de gens dans le monde musulman, jusqu'à une certaine bourgeoisie, fêteront la victoire des pouilleux de la montagne sur les Croisés hyper-équipés et en surnombre qui les ont défiés. Tous les partis islamistes seront submergés d'adhésions et de militants enthousiastes. L'Islam radical sortira partout vainqueur, sauf en Chine peut-être. Au Pakistan, les foules surchauffées feront le lit des fondamentalistes et les vibrations déstabiliseront l'Inde. Les deux puissances sont nucléaires, en guerre larvée et n'ont pas confiance en la parole donnée par l'autre. En Iran, le pouvoir des mollahs qui nous détestent n'aura plus de craintes et les freins du programme de bombe atomique seront desserrés. On égorgera un caricaturiste danois au prochain Aïd pour le fun.

En France, ce sera moins dramatique ...au début.
Où nos caves d'immeubles en cité sont taguées aux pochoirs Ben Laden et AQMI, les fondamentalistes recruteront facilement et auront sous la main des masses malléables qui pourront être plus tard ordonnées en cohortes. La charia et l'engagement moudjahid se diffuseront dans les cités et nous verrons naître de petits émirats particulièrement vénéneux et quasiment blindés dans toutes nos conurbations. Les musulmans sincères se tairont, à moins d'être les premières victimes de la radicalisation. Des voix plus fortes que d'habitude s'élèvent de leurs rangs ces jours-ci pour dénoncer la prise en otage de l'islam par les terroristes. La persécution des chrétiens d'orient leur est insupportable puisqu'ils sont ici dans une position symétrique aux coptes d'Egypte. Cliquer ici sur l'entretien donné au Progrès de Lyon par le président du conseil régional du culte musulman en Rhône-Alpes. Cela suffira-t-il à contenir les salafistes des cités et leurs supplétifs de droit commun ? Bien sûr que non.

On se doute qu'il en sera de même en Angleterre et dans d'autres pays infectés par l'islamisme. Ne parlons pas de l'Afrique du Nord qui passera rapidement sous la coupe des fondamentalistes, soit brutalement, soit sur le modèle turc par le détour d'une conversion des campagnes.

Qui les affrontera ici ? Nos CRS sont-elles aguerries(4) ?De qui sont composées nos compagnies d'infanterie ? Qui se fraiera un chemin à travers leurs défenses faites de femmes et d'enfants, comme à Gaza ou... à Chanteloup-les-Vignes tel que je l'ai de mes yeux vu ? Qui ouvrira le feu à deux cents mètres pour économiser la voltige ? Qui décrètera le couvre-feu général et le fera respecter ? La patrie-des-droits-de-l'homme et ses religionnaires de la tolérance communautarisée lèveront-ils d'immenses cortèges pacifistes et violents à la fois comme on en vit durant la crise des Pershing, lorsque Mitterrand disait au Bundestag en 1983 : "les SS-20 sont à l'est mais les pacifistes sont à l'ouest"; et comme on le revit à Strasbourg lors du 60° sommet de l'OTAN en avril 2009 ?

Nous pourrons "tenir" trois ou quatre cités embrasées, mais pas toutes. Et ceux qui veulent subvertir notre société décadente le savent bien. Le désordre appelle immanquablement l'ordre. L'offre viendra tout naturellement des boutefeus, on l'a déjà vu lors des émeutes dites de Clichy-sous-Bois en 2005. Il faudra négocier des avantages et leur vendre pas cher quelques chameaux d'apaisement³. Mais sur la crémaillière de la Conquête, l'islam fondamentaliste aura gagné un ou deux crans, jusqu'à la prochaine fois. Et ainsi de suite.

Aussi devons-nous déjà faire front à la source de la menace et rester en Afghanistan jusqu'au bout pour ne pas perdre la face. Et en cas d'échec, improbable mais quand même, nous rentrerons avec tous les coalisés, ayant tous le même problème à résoudre au retour dans nos pays respectifs, ce qui suscitera cette fois une autre forme de solidarité, sur le maintien de l'ordre et le renseignement, solidarité sans laquelle l'avenir sera très sombre pour notre civilisation.

Dès ce moment nous saurons aussi que la vitrification préalable des républiques fondamentalistes d'Iran ou du Pakistan sera une option stratégique ouverte ! Mais ceci est une autre affaire dont nous espérons n'avoir jamais à parler.

A quelque chose malheur est bon, notre armée de terre a fait un saut qualitatif important par sa participation à la guerre coalisée, les opérations de gendarmerie débonnaire africaine l'avaient entièrement rouillée. La lame brille hors du fourreau.

Notes :
(1) expression traduite de celle créée par The New Hampshire Gazette qui englobait tous les va-t-en-guerre de la première Administration Bush Jr qui surent dans leur jeunesse échapper à l'expédition du Vietnam et se déclarèrent experts contre les officiers généraux. Voir leur « chickenhawk hall of shame ». En français nous les appellerions les planqués de l'arrière.
(2) surtout lorsque en conférence de presse, à la question de savoir qui de Saddam Hussein ou des Etats-Unis la France voulait le succès, Villepin refusa explicitement de répondre. Le discours de Villepin à l'ONU est ici.
(3) il suffit de connaître le catalogue de revendications en Angleterre pour savoir de quoi il retourne. On va jusqu'à l'entrée de la charia dans les prétoires, au motif du droit coutumier anglais !
(4) ces temps-ci des pelotons entiers de CRS (Lyon, Marseille, Perpignan) se font porter pâles pour contourner la loi d'astreinte permanente et d'une certaine manière, faire grève.

Soutenons le soldat français

C'est donc bien contre les effets induits sur notre propre sol d'une éventuelle capitulation que se battent avec courage et talent nos soldats, et pas pour le triomphe de la Pax americana. Soutenons-les ! Le soutien de l'arrière est plus nécessaire encore quand la situation au front est difficile. Ne les décevons pas comme nous le fîmes à leurs aînés d'Indochine et d'Algérie. Et surtout de notre bord ! « France, mère des arts, des armes et des lois ». Il faudrait que le sonnet patriotique de Joachim du Bellay se vérifie de temps en temps. Ce ne sera pas drôle tous les jours, mais c'est par mauvais temps qu'on reconnaît les âmes sures.



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