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mardi 15 janvier 2013

Du délire du droit d'auteur à la mort


Aaron Swartz (1986-2013)
C'est un combat qui ne finira jamais, celui des droits intellectuels d'auteur. Pour avoir pillé à visage découvert des travaux scientifiques universitaires de la base JSTOR en passant par le portail du MIT de Cambridge (Ma), Aaron Swartz¹ a été poursuivi par les services fédéraux du Procureur des Etats-Unis au Massachusetts, qui se sont acharnés à ses basques lui promettant 35 ans de prison et un million de dollars d'amende, alors que JSTOR, conscient de la disproportion de la réaction judiciaire, avait retiré sa plainte. Stupéfait du suicide de ce génie informatique, JSTOR vient d'ouvrir ses archives à qui en veut. Beaucoup de chercheurs dans le monde en font autant des leurs, ce qui n'ôtera jamais chez les fonctionnaires de la justice américaine qui semblent parfois chercher la caméra du regard, la certitude d'avoir agi à bon droit. Ils allaient "se payer" Internet et l'hacktiviste emblématique, de quoi faire la Une ! C'est raté, il ne leur reste que la honte tant l'émoi est grand sur le Web. Une pétition pour révoquer le procureur Carmen Ortiz a été ouverte par les internautes sur le site de la Maison Blanche. Le Massachusetts Intitute of Technology, penaud, lance une enquête interne sur cette affaire vécue comme une grosse tache sur sa réputation.

Protéger toute création de l'esprit comme en dispose le Code de la propriété intellectuelle m'a toujours paru un péché d'orgueil, sinon la criminalisation d'un accaparement normal des idées circulantes par tout homme vivant en société. L'esprit se nourrit des données qui l'environnent en permanence, s'imprègne de toute interactivité qu'il provoque, en construit des thèses et synthèses, concepts, et parfois en matérialise une création sous forme d'un objet ou d'un procédé nouveau. Avant que cette matérialisation n'intervienne, il est a priori très discutable de vouloir "breveter" des idées ou une chaîne d'idées comme une oeuvre littéraire ! Or c'est bien ce domaine intellectuel qui est protégé par les lois au motif simple que l'on doit pouvoir vivre de son cerveau, même en l'absence de matérialisation d'une idée ! Les intellectuels purs revendiquent un niveau de vie bien supérieur à celui du manuel quelle que soit l'utilité de leurs travaux, réputés souvent "progrès de la connaissance" alors que leur jus de crâne n'est jamais mis à l'épreuve de la Vie.
Matérialiser une idée devient dans ce système moins que jamais nécessaire si le marché existe pour acheter du concept stérile encore. Combien d'inventeurs ont voulu breveter des dessins techniques ? Combien d'informaticiens, des bribes de code ? Combien d'universitaires, de laborieuses compilations ? Cela nous paraît normal puisque nous baignons dès l'enfance dans le "copyright", le ®, le © ! Mais à la fin quelle vanité, si l'on pense que tout préexiste !

Aaron Swartz, infatigable chevalier du Libre, n'avait malgré ses gènes et son intelligence qu'un seul et sympathique défaut : peu doué en affaires ! Il s'est battu pour la diffusion gratuite (ou presque) des connaissances à tous. Dans sa croisade il heurtait beaucoup d'intérêts mercantiles et la suffisance des auteurs installés. Il n'a pu supporter leur énorme pression, 35 ans c'était le minimum, le tarif étant à 50 ! RIP.

« Aaron a combattu pour un système politique plus démocratique, ouvert et rendant des comptes ; et il a aidé à créer, bâtir et préserver une variété étourdissante de projets scientifiques qui ont étendu la portée et l'accessibilité de la connaissance humaine » a dit sa compagne à la presse.

L'eulogie d'Aaron Swartz, au hasard, sur PCImpact en cliquant ici.





En attendant la destruction de ce droit bourgeois, sont entrés dans le domaine public au premier janvier 2013 ceux dont les noms suivent et bien d'autres encore : Léon Daudet, Stefan Zweig, Victor Margueritte, Apollinaire...



(1) Swartz c'est de lui-même ou en collaboration :
- la licence Creative Commons
- le fil RSS (version 1.0)
- le site d'actualités partagées Reddit
- le collectif Demand Progress (anti PIPA/SOPA)
- ...

mercredi 31 octobre 2012

Google vs. Kane

Citizen Kane sur le bouillon
Les journaux que pille le géant de Mountain View - je vais être sympa, c'est ma logeuse - exploitent des schémas économiques corne-cul et s'en plaignent. Subventionnés à mort en France (car il en meurt, comme le journal russe France Soir), soutenus par la publicité des corporations commerciales et publiques comme la corde tient le pendu, ils cherchent de l'argent comme un Hébreu la manne au désert, au lieu de réinventer la fabrique de l'information adaptée, la fabrique pas l'information, adaptée non pas aux temps - le temps ne lit pas - mais aux clients. Couverts d'experts comme un chien de puces, ils se sont fait bourrer le mou sur la e-économie, un pied dedans, un pied dehors, changeant un peu mais pas trop, gardant les plumes d'antan pour afficher des signatures, faisant jeune, gratuit ! Que dalles ! Les quotidiens sont devenus "horaires", rafraîchissant leur production en continu ; ils travaillent 24/7 et saignent des frais. Les hebdomadaires s'y sont mis aussi, qui cannibalisent le créneau du quotidien et sont aux pièces pareillement. C'est le grand foutoir de l'information en continu, avec beaucoup de recopies, même entre grands titres. Et à la fin, le bénéfice est ce que laisse la publicité, s'il en reste !

Chacun des grands journaux de la planète a choisi sa voie et aucun n'en est content : le New York Times est en kiosque et en ligne, le South China Morning Post de Honk Kong est en ligne mais limite votre IP à deux articles avant de vous abonner, le Times de Londres est en kiosque et met en ligne une version d'accroche avec juste le début des articles, le Asahi Shinbun de Tokyo double ses éditions papier d'éditions digitales libres (dont une en anglais).


La plupart des internautes, n'ayant pas d'agrégateur maison qui monte à l'écran la sélection de sites d'information choisis, s'en remettent à des compilateurs automatiques comme Google News ou Yahoo News. L'article qui dans le tas les intéresse, ils vont l'appeler au site du journal pour le faire monter dans leur navigateur. Ceci suppose une édition digitale du journal, mais d'abord un kiosque de présentation, ce que fait Google puisque c'est de lui qu'il s'agit. Les journaux d'Europe occidentale se sont mis en tête de vendre au kiosque Google. Pas con ! Sauf que le tératosaure californien les envoie ch... en menaçant de les jeter du présentoir, car Internet cool c'est gratuit sous toutes apparences, l'argent pour l'affichage étant sur un second écran qu'on ne voit pas.

Qu'à cela ne tienne ont dit les journaux brésiliens, déréférencés à 90%, si t'en veux pas, j'le remets dans ma culotte, et de s'en trouver bien au plan économique. Pourquoi ? Parce que les internautes brésiliens ne sont pas des benêts et que s'ils veulent lire O Globo à l'écran, ils appellent le site http://oglobo.globo.com/ dans leur barre de navigation ou en favoris, et c'est parti ! Mais la raison du succès dans l'alternative n'est pas là.

Les journaux du Brésil, des Etats-Unis, d'Angleterre, du Japon, de Hong Kong, et nous pourrions continuer avec tous les grands journaux d'Amérique et d'Asie, ont un lectorat étendu. Les journaux français en comparaison n'en ont pas vraiment. Très mal gérés, leurs tirages sont ridiculement bas et les chiffres OJD sont forcés pour gratter sur les courses aux guichets publics, puisque les invendus sont énormes, dit-on ! C'est leur cancer depuis les années 70 quand ils sont entrés dans la spirale baisse des tirages/hausse du prix/diminution de la pagination. Quand je passe Le Monde ou La Croix à un ami d'Asie, il croit tenir en main une feuille confidentielle qui vit de scoops destructeurs tant le numéro est mince !
Sans subventions de tous ordres, il n'y en aurait plus aucun. Les prix sont du double de ceux des journaux étrangers, toujours plus épais. Par contre la qualité rédactionnelle des quotidiens français est infiniment supérieure à la moyenne mondiale, il faut le dire aussi.

Une expérience perso :
Je me suis abonné à bon prix au Figaro six mois par porteur cinq jours par semaine (OFUP à 68cts/j). Levé à 7:00:00, je descendais à la grille prendre le journal dans ma boîte à lettres verte à 7:30. Il y fut toujours ! J'ai déjeuné le coude sur mon journal tous les matins comme au Claridge ! J'ai dû interrompre cette livraison par suite de plusieurs absences. Je vais renouer le contrat pour six autres mois dès que je serai stabilisé. C'est vraiment l'usage le plus intéressant d'un journal, rien ne surpassant son édition papier de par la plasticité du support et la vitesse de consultation (voir la vidéo ci-dessous pour le "support"). Ce service pourrait-il "sauver" la presse quotidienne ? Les anglo-saxons ont inventé il y a longtemps le portage aux aurores. Essayons donc d'importer des idées ! Des fois qu'on ait trouvé quelque chose de bien ailleurs !


Et d'ici là, embauchons de vrais gestionnaires puisque nous avons déjà de bons rédacteurs. Les tristes capitalistes allemands qui se sont mis aux rotatives ont décidé de se passer de Google. Et les Belges, une fois ? Décidément, nous serons toujours en second.



Deux sites peuvent être consultés en enrichissement :
- l'article de la Wikipedia sur la crise de la PQN
- le compteur Mediatico qui recense des titres en ligne du monde entier.

dimanche 5 février 2012

Un "six-février" en 2012 ?


La République des concussionnaires faillit mourir au sixième jour de février 34. Le hasard, les circonstances, lui accordèrent un sursis à exécution de six ans. Liquéfiée à terme, elle disparut à l'égout, dont on tira cinq ans plus tard la même mouture recyclée prenant le numéro suivant. Pour seulement treize ans. Au bout desquels elle rendit les clefs à son fondateur qui, un numéro plus loin, en fit sa chose. Celle-ci va fêter ses 53 ans le 13 mai prochain si on compte le premier jour de la V° République au putsch d'Alger. C'est beaucoup pour une République. La déliquescence de ce régime césarien exacerbé par le quinquennat, est conduite par l'impéritie d'héritiers sans talents ; annonce-telle un saut de numéro ? Si ça vous amuse ! répondrait le président Mitterrand !

La question du jour ne peut-elle être : un 6-février bientôt ?
Y a-t-il des analogies ? Oui et non. Si la crise économique est bien là et que la crise sociale induite pointe l'oreille, il n'y a pas de ressentiment profond contre la classe politique, bien que des affaires comme Karachi, Taïwan puissent y suppléer. Le "tous pourris" est un agacement populaire qui peut dégénérer au pire en entartage ! Il n'y a pas non plus de structuration du peuple en ligues comme autrefois, pas plus d'ailleurs qu'une vision structurée¹ de la société, laissée à la satisfaction de ses besoins et loisirs. Disparue aujourd'hui l'éthique fasciste de Drieu La Rochelle, souvent appariée à l'esthétique de Robert Brasillach* dont la gravité fait sourire de nos jours : « Le facisme n'était pas pour nous une doctrine politique, écrit ce dernier en 1941. Il n'était pas davantage une doctrine économique... Le fascisme c'est un esprit » (Notre Avant-guerre). Drieu était plus lyrique encore quand il affirmait dans L'Emancipation Nationale que « c'est le mouvement politique qui va le plus franchement, le plus radicalement dans le sens de la restauration du corps - santé, dignité, plénitude, héroïsme - dans le sens de la défense de l'homme contre la grande ville et contre la machine ». Que l'on puisse appliquer la devise, juste coupée après "homme", aux jeunes russes du Komsomol n'étonnera personne d'informé. «Qui possède la jeunesse, possède l'avenir» disait-on à l'Est, et son encadrement allait de soi. Les temps étaient à l'exaltation d'une jeunesse saine et généreuse, printemps du monde nouveau. Normalement on devrait incruster ici le MP3 de la Giovinezza italienne pour planter un piton.
Nous sommes loin de tout ça. Discobole mal en phase avec son futur, Drieu La Rochelle interrompra sa "marche au soleil" en 1945, non sans avoir exploré l'écho marxiste de son fascisme bucolique. L'esprit² de 34 avait vécu, écrasé sous ses propres bombes. L'éthique naturelle qu'on ne disait plus fasciste sera reprise par d'autres tout au long de la reconstruction européenne dans des mouvements anodins virilisants sous la rosée matutinale, jusqu'au jour de l'étouffement mercanti, ordonné par la société de consommation et de jouissance à crédit. Les fumées de shit ont remplacé l'air pur de la cambrousse. Il n'y a plus d'idéal, il n'y a que des besoins.
* messe du souvenir pour Brasillach, fusillé le 6 février 1945, pour sa sœur Suzanne (†2005) et son époux Maurice Bardèche (†1998), ce lundi 6 à 10h à Saint-Jacques du Haut-Pas à Paris.

Si le fascisme est passé de mode, si le naturalisme fleuri qui fit les beaux-jours des peace&love s'est éteint dans le caporalisme écologiste, si le Sens de l'histoire a curieusement disparu à la chute du Mur et laisse tourner en rond la générosité de la jeunesse, une rébellion molto strano n'en gronde pas moins. Chez nous les experts la situent dans "la France invisible" et d'une rébellion épisodique à la révolte générale il y a peu à franchir. N'attendons pas l'Insurrection qui vient portée par les maigres effectifs d'un prolétariat en fuite vers le tiers-monde - quoique mille Black Blocs puissent faire des dégâts -, pas plus une révolte altermondialiste confisquée par des professionnels de l'agitation payée au mois ; mais une révolte complètement démocratique de la jeunesse - au sens péjoratif grec - abusée par la gérontocratie en place.
Palliant le mutisme du Ministère de l'Intérieur, la Fédération des pompiers décompte 30.000 voitures brûlées en 2011, sans compter la statistique Paris et Couronne en cours ! Los indignados s'amalgameront-ils avec les incendiaires des cités ? Quand ? Faudra-t-il lancer sur nos places Tahrir de faux révoltés pour les vaincre par absorption ? Les digéreront-ils ? Que les officiers de pont du Titanic se rassurent, les insurgés disparaîtront probablement de fatigue tous seuls au bout de quelques mois, mais notre société se sera échouée, ils auront noyé la salle des machines, le poumon d'acier de l'Etat en réanimation, cet Etat impotent qui prend son oxygène de la confiance des prêteurs étrangers qui le perfusent. Il sera à terre, sans le sou, à la merci des usuriers qui dépèceront le pays. Ça a commencé. Les investisseurs arrivent.


Que penser du grand foutage de gueule quand on a vingt ans ! Le mois finit le vingt si l'on a un travail, on se loge par miracle, par copains, par maman, les remarques les mieux fondées, même civiques, se brisent sur le mur des guichets qui ne sont jamais responsables, la force a toujours raison, la couleur de peau fait le suspect, tout ira mieux demain, les politiciens s'occupent des futilités nécessaires, le parlementarisme joue à chat avec un exécutif d'annonces, et chacun de s'abonner au syndicat des sortants car l'échéance du bail approche. Pas d'idées neuves, pas de courage politique, des mots, des slogans usés, de la com, des spin doctors par wagon complet, des plateaux télé, des tweets, de bons jeux de mots et des mauvais ! A la fin rien ne bouge, un peu de presse, un peu d'écume c'est tout. Non ! Des millions de chômeurs.


La jeunesse est manipulée, surtout par ceux qui s'en disent proches ; mais elle le sait. L'élan des "indignés" a pris naissance dans l'opuscule d'un vieillard scandaleux, Hessel, posture et imposture, organisateur avec d'autres à la Libération, de l'Etat invasif baptisé social-démocratie. Devenu Providence par inclination naturelle des gens à l'indolence, cet Etat en faillite ferme aujourd'hui les fenêtres de l'esprit et de la contestation pour jouir des derniers remugles de son pouvoir sur la nation dont il tire toute substance et rémunération. Au-delà du débat philosophique entre l'histoire faite et l'histoire en perpétuelle construction, toute l'affaire des lois mémorielles d'obligation³, les lois de contrôle des libertés internétiques, celles réglant les comportements sociaux et calibrant les moeurs acceptables, les interdits de la nouvelle coutume éditée par les ligues morales, tout converge à la contrainte au moule pour mille choses du quotidien. La fabrication de l'homme nouveau n'a jamais été aussi avancée et insupportable littéralement. Qu'il est loin cet homme nouveau en chemise d'uniforme brune ou noire ! C'est son cerveau qui est maintenant vêtu par l'Etat, sous l'uniforme de la pensée unique.

Y a-t-il des analogies ?
Peut-être ben qu'oui ! Reste à observer où s'allumera la mèche d'un prochain "six-février". J'attends.



(1) Voir les leçons de l'échec tirées par Maurice Pujo.
(2) On peut creuser la question en ligne avec Persée qui publie les notes de Raoul Girardet sur l'esprit d'un fascisme français de 34 à 39.
(3) Au débat du 23 janvier dernier pour le vote au Sénat de la loi anti-turque, le sénateur corse radical Alfonsi s'exclamait au micro en des termes approchant ceci : "Tout le monde est contre cette loi ubuesque en commission mais une majorité sera trouvée en séance pour la voter !" Les clients du jour étaient les franco-arméniens. Que vendra-t-on demain aux franco-turcs, franco-machins ou franco-trucs pour ramasser cent mille voix au râteau croupier ? La classe politique se défend chaque jour de vouloir créer le puzzle communautariste dans ses intentions ciblées, mais par ses lois de conjonctures, ses interprétations douteuses des textes, elle s'y emploie avec application dès les sunlights éteints. L'antiparlementarisme ne peut être que primaire pour la majorité silencieuse, comme en 34.

vendredi 3 février 2012

MegaUpload

Cet article a paru en page Société de l'Action française 2000 datée du 2 février 2012 sous le titre "Flux culturels et subversion". Il entre en archives RA.

Le Forum économique mondial de Davos qui a clôturé ses travaux dimanche dernier a planché, entre autres risques planétaires, sur celui de l'inter-connectivité. Les experts du forum ont identifié, parmi une dizaine de risques graves, l'hyper-complexité de notre société dont les infrastructures essentielles telles que l'électricité, l'eau, le gaz, les transports, les communications et la circulation de l'information sont désormais à la merci de groupes d'individus organisés en réseaux parfois éphémères, capables de provoquer à très peu de frais des dévastations dans les domaines économiques voire géopolitiques, quand il fallait autrefois mobiliser d'importantes ressources à la seule disposition des Etats pour y parvenir.
C'est dans ce contexte qu'a surgi l'affaire MegaUpload et la réplique des Internautes. Si le grand public y voit la charge des ayants-droits jusqu'ici contentés par des lois fortement rémunératrices pour les producteurs de supports d'abord, les fournisseurs d'accès ensuite, et s'il en reste, les créateurs, il constate tous les jours que le marché des biens culturels s'est retourné et que le modèle de captation en cascade de la valeur ajoutée est désuet. Le combat des voraces contre les coriaces, comme disait le député Jean-Pierre Brard lors des débats kafkaïens sur la loi « Création & Internet » (Hadopi), est lancé. L'agitation médiatique des faiseurs d'opinion contre une nouvelle industrie qu'ils ne comprennent pas vise à occulter le changement de paradigme qui a transféré le pouvoir du monde physique au monde virtuel. Et la vraie question est là. Jusqu'où iront les Anonymous dans leur riposte pour défendre ce nouveau commerce des idées et de l'art.
MegaUpload était un site mondial d'hébergement de fichiers trop lourds pour être transmis en pièce jointe d'un email. Y cohabitaient fichiers légaux et illégaux au sens des lois de copyright. Confisquer les serveurs amalgame gens de bonne foi et pirates, et les pénalise tous avant un quelconque jugement. Les réseaux alternatifs comme Les Anonymous combattent autant pour la liberté d'accès aux données transférables que contre l'autonomie répressive d'administrations incontrôlables.
En revanche, si bloquer les accès au site du FBI, de l'Elysée, de la HADOPI, de Vivendi, du Parlement européen et d'autres grandes institutions est devenu anodin à cause du bombardement médiatique incessant, l'affaire est riche des prémices d'une Anarchie revenue.
Certes, ce ne sont pour le moment que les sites Internet accessibles de l'extérieur qui sautent par déni de service (surcharge des demandes d'accès) et pas encore les réseaux intranet bouclés sur eux-mêmes, mais des passerelles existent, construites et bloquées par des humains et donc franchissables et démontables par des humains. N'a-t-on pas vu les programmes informatiques de commande des centrifugeuses nucléaires iraniennes infectées par un virus israélien ? Des hackers devenus depuis professionnels de la sécurité ont piraté des bandes magnétiques et des documents classifiés, des codes d'accès sensibles dans des organisations aussi protégées que le Pentagone, la NASA, des codes bancaires dans des comptabilités sécurisées ou des fiches signalétiques de police. Ces données peuvent être altérées et réinjectées assortis de codes de prolifération. S'il s'agit de la conduite d'un réacteur atomique, de la route d'un navire ou du pilotage d'un aéronef, on frôle la panique.
Il y a en plus des fous géniaux comme l'Anglais Gary McKinnon, obsédé par l'invasion des lézards, qui casse l'informatique des commandements américains pour en extraire les preuves irréfutables. Mais les occupations coupables de quelques cerveaux enrichis en synapses ne sont rien à côté d'une subversion cybernétique. Les Anonymous qui mènent un combat de fourmis rouges contre l'Autorité permettent de déceler l'émergence des vielles recettes de déstabilisation de notre société, le rêve inachevé de leurs grands aînés, Bakounine, Kropotkine, Malatesta. Espionnage, sabotage, guerre électroniques sont des menaces prises en compte au plus haut niveau des organisations de défense et l'attention des observateurs est doublement captivée par l'implication évidente des réseaux sociaux, grands ou discrets, dans les révoltes arabes.
Ainsi le tapage médiatique autour de l'affaire MegaUpload occulte-il la prise de conscience par l'opinion de nouveaux dangers qui planent sur nos sociétés, expulsant du raisonnement de l'électeur moyen le doute légitime quant à la capacité de nos dirigeants de s'en prémunir et le cas échéant d'y faire face. Nous n'osons croire qu'on puisse éteindre un pays avec relativement peu de moyens physiques, compensés par du talent. Et pourtant.



samedi 21 janvier 2012

"Cyberwar" première


Qui trouverait normal de payer un centime la page pour la consultation d'ouvrages à la bibliothèque municipale ? Que faites-vous sur la photo sinon copier des idées d'autrui dans votre mémoire. Ce "pillage" n'est apparemment pas encore décelé par la police des esprits, quoique le Patriot Act américain s'y soit intéressé, en faisant obligation aux bibliothécaires de remettre les fiches de consultation sur demande des services, voire de signaler les requêtes déviantes de leur propre initiative s'il veulent concourir au "bibliothécaire patriote du mois".
Ce que l'on accepte à la lecture, on le refuse à l'ouïe. Vous avez le droit de transférer gratuitement de la connaissance dans votre cerveau sur une base papier à travers le nerf optique, vous n'avez pas celui de transférer à l'oeil la même connaissance par le nerf auditif. Votre nerf optique sera néammoins coupable si cette connaissance qu'il lit a été produite sur une machine de cinématographie au lieu de la banale presse d'imprimerie. Et on en vient à la production et au droit d'auteur associé.

La diffusion mondiale de la connaissance et des idées, images, obsessions, cauchemars fabriqués par le cerveau humain, au moyen d'un simple clic de souris, a bouleversé le mode de production et celui de réception. On peut faire cent lignes de punition pour expliquer cela, mais on peut aussi ramasser cette révolution en quelques mots. Les clés du moteur production-réception ont changé. La monétisation du transfert cède le pas au flux gratuit de grand débit. Le schéma de la cascade d'acteurs économiques est obsolète dans toutes les activités humaines virtuelles, dont font partie les activités intellectuelles. Cela peut aller très loin, comme on le voit dans les batailles de brevets entre les géants de l'informatique où l'on dépose des bouts de codes de programmation en prévision d'une attaque judiciaire lancée à partir du vieux droit, dans le seul but de freiner ou de tuer le concurrent. La vieille industrie en vient même à attaquer l'intention non concrétisée, comme on l'a vu au combat logiciel entre la Communauté du Libre (GNU-Linux... etc) et Microsoft.
HADOPI, PIPA, SOPA sont de la même veine. Ces lois antipirates au motif impeccable pédagogisent le respect de la propriété intellectuelle (sans réfléchir à son incongruité récente). Toute pédagogie est une propagande, en l'espèce, celle des fabricants de l'ancien monde des lampes à huile. Un aspect moins reluisant de ces organisations est le bureaucratisme caporalisant qui soutient mordicus que n'est légal que ce qui est autorisé. La première réaction de la présidente de la HADOPI au premier coup de canon du FBI sur MegaUpload est explicite : « Ce qui s'est passé aux Etats-Unis est une bonne chose. Megaupload est un site qui offre des services pour lesquels il n'a jamais eu d'autorisation ». Tout le problème est là, dans le meilleur des mondes, ce qui n'est pas autorisé est interdit. Chine, Corée, Iran, France, Etats-Unis demain?, même combat. Il semblerait toutefois que la Maison Blanche ait entraperçu le faisandage des maisons de disques et des majors de cinéma prétendant détenir un monopole de production ; on ne gagnera pas la guerre de novembre avec des morts-vivants. En France, le gouvernement en fin de piste est le fondé de pouvoir des agonisants. Que sera le prochain ? Syndic des artistes engagés ?


Le monde nouveau c'est l'encyclopédie WIKIPEDIA (sauvée récemment par ses utilisateurs et contributeurs) et tous ses dérivés en "wiki", ce sont les moteurs de recherche dans la production humaine universelle comme Google, Bing, Yahoo, Baïdu, Exalead, Altavista, Ask Jeeves..., les fonds d'archives numérisés des universités du monde entier, et maintenant tous les livres libres de droits mis en ligne par scanner ; mais aussi les modes d'emploi de n'importe quoi en libre service sur son écran domestique et tous les services imaginables, jusqu'à la livraison chez soi d'une laitue sur simple clic. Il y a abondance de possibilités. Proprement insupportable pour les tenants du rationnement monétisé.
La limite à cette liberté nouvelle de diffusion reste par contre la marchandisation des copies, même si le copisme est enregistré comme religion au royaume de Suède. La copie gracieuse n'est pas le vol. Voler c'est soustraire, copier c'est multiplier. Mais les artistes meurent-ils ?

Justement non. L'année 2011 a vu le box-office exploser en France avec 215.590.000 entrées en salles, soit 4% de plus qu’en 2010 (206,8 millions d’entrées), résultat nettement supérieur à la moyenne des dix dernières années qui était de 191 millions. Et cette année fut celle où l'on a le plus téléchargé de films. Pourquoi ? Parce que spectateurs et chargeurs sont souvent les mêmes. C'est pareil pour le spectacle vivant sur scène. Les théâtres et music halls sont pleins (si l'artiste est bon), les tournées marchent bien, et le téléchargement aussi. Même constat, c'est le même public. Par contre, ceux qui ne touchent pas autant qu'avant sont les maisons de conserves, les PicardSurgelés du showbiz qui voient le succès se faire sans eux. Le public va au rayon frais ! C'est tout le logiciel de la filière qu'il faut rénover et se dire peut-être que dans notre civilisation, on ne fera plus fortune avec des ritournelles moulinées à la console de mixage.

Revenons à l'affaire MegaUpload. La presse nous compte tout ça par le menu, à l'affût d'une guerre cybernétique qu'elle va suivre avec gourmandise, en apprenant les codes à mesure du récit. Les services américains ont sous-estimé la réaction universelle. MegaUpload est aussi un hébergeur de gros fichiers et la fermeture de cette bibliothèque pénalise des centaines de milliers d'internautes, y compris des thésards, des scientifiques, même des professionnels qui ont archivés à bon compte. Les blocages de rétorsion ne font que commencer, et pour une fois ce ne seront pas les hackers américains qui prendront la tête du mouvement mais tous les autres. La raison est le Patriot Act promulgué contre le terrorisme islamiste. Par le Patriot Act le prévenu connaît l'infraction qui motive son arrestation après inculpation. Les services administratifs ont toute liberté pour appréhender qui bon leur semble avant même un constat d'infraction pour "trouver" l'infraction, avant de le déferrer à la justice. C'est un schéma semblable à celui de la HADOPI française qui prend à son bon plaisir un pouvoir judiciaire remis à sa bureaucratie. Contrairement à notre service de police dépassé, les autorités américaines sont bien outillées avec la NSA (National Security Agency) qui a accès à toutes les communications sur son territoire mais déploie en plus un bataillon de hackers trentenaires retournés à son profit avant jugement - c'est avec nous ou bien c'est 30 ans - et qui vont mener la vie dure aux Anonymous, donc les effectifs sont faits de jeunes geeks très doués certes mais moins expérimentés dans le "crime". Les revers qu'ils essuieront déclencheront-ils le soutien de hackers plus affûtés, capables de mettre en l'air toute la communication gouvernementale des Etats associés contre les pirates ? Ce sera plus intéressant que notre misérable campagne électorale.
En attendant, le sites d'hébergement lourd et de partage vont se multiplier avec des logiciels d'exploitation plus sophistiqués et des localisations plus difficiles à attaquer. Les "pirates" quitte le côtre de Jean Bart pour le sous-marin. Combien de satellites militaires faudra-t-il mobiliser pour les réduire ?



vendredi 30 décembre 2011

HADOPI la bataille

dinosaure SACEM
Nicolas Sarkozy au Forum de la culture d’Avignon : « Certains d'entre vous se sont inquiétés quand j'ai dit que j'étais prêt à un Hadopi-3. J'ai bien conscience que la technologie évolue. Ce qui compte, c'est de protéger les droits d'auteur. Si la technologie nous permet une nouvelle évolution, eh bien on adaptera la législation (18.11.11).» Quelle mouche a piqué le petit reître ? Les lobbies qui vivent du droit d'auteur (ô combien plus que les auteurs !) entrent eux-aussi en campagne contre la nouvelle économie d'abondance et vont assieger le lit des candidats à la présidentielle pour en sonder les reins et les coeurs. Le Centre national du cinéma (CNC), celui du livre (CNL), celui en gestation de la musique (CNM) et la SACEM vont verser leurs forces dans une structure de pression, l’ACCEN (Assemblée pour la création et la culture à l’ère numérique). Cette confédération des has-been va traiter d'égal à égal avec la fronde des fournisseurs d'accès, Orange, Free, Bouygues et Vivendi. L'affaire est porteuse de tapage, un candidat ne peut s'en extraire ; il doit faire du bruit sur les tréteaux électoraux. Revenons aux débuts.

Second anniversaire de la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet, créée par le décret n°2009-1773 du 31 décembre 2009. A souhaiter qu'il ne soit pas le deuxième, même si Flanby tremble d'un bord à l'autre chaque mois : il faut dire qu'il y a "droit" dans droit d'auteur, c'est pavlovien pour un socialiste un peu sincère, mais l'affaire est d'un autre niveau. Dans la guerre planétaire des Etats contre les nations, la bataille cybernétique est primordiale, à voir d'ailleurs les leviers déclencheurs de la révolution arabe et l'énormité des moyens mobilisés en Chine pour contrer l'information libre du Net. Les réseaux sociaux réinventent la démocratie directe, la pire menace pour les démocraties auto-proclamées que leur classe politique est parvenu partout à transformer en démocraties représentatives afin d'asseoir leur carrière et établir leurs familles. C'est contre cette dérive de la transformation que se sont levés les internautes et l'on peut dater cette insurrection de 2002, quand le Parlement européen dut débattre du "brevet logiciel". Les batailles se sont succédées au fur et à mesure des Directives de contrainte, groupées sous le nom de Paquet Télécom, puis à l'occasion des lois de protection d'une industrie phonographique obsolète mais rusée jusqu'à faire marcher devant elle ses propres artistes exploités, comme les femmes en youyous précèdent l'infanterie trouillarde de certains pays orientaux. Les morts-vivants du spectacle en conserve cachent (mal) la prise de contrôle des oligopoles sur les libertés publiques en plein accord avec la caste au pouvoir qui s'agace d'être doublée dans les divers compartiments de l'information. Le droit d'auteur a bon dos. La démocratie directe c'est l'enfer pour tous les gouvernements... dès fois que nous, les irresponsables non diplômés, décidions un beau matin, par exemple au hasard, d'araser les minarets ou de fermer les frontières !

Ainsi voit-on se liguer pour le filtrage généralisé de la Toile, riches crapules de l'entertainment, prébendiers du prêt-à-penser et idiots utiles de la lutte contre la pornographie comme certains UMPopulaires en chasse sur les terres du Front. En second lieu viendra vite l'éradication des sites rebelles à l'Ordre établi, la qualification du crime restant de l'appréciation d'une Administration courtisane et docile. La lutte des voraces contre les coriaces a dit le député Brard. Puissent les coriaces être nous. Les voraces quant à eux semblaient irrémédiablement perdus quand le ministère de tutelle de leurs appétits s'avisa de leur vitesse d'attrition dans un rapport commandé par M. Mitterrand et publié le 30 septembre dernier sous le titre « Création et diversité musicale à l'ère numérique ».
On y apprend que la profession est à la ramasse et les pleureuses de subventions de brandir la destruction de 4000 emplois en dix ans. Que le spectacle vivant ait augmenté sa billetterie de 60% en quatre ans ne compense pas le désastre puisque l'argent ne va pas dans les mêmes poches ! Et oui, le spectacle vivant rémunère d'abord la sueur, un concept anarchiste. Alors, "au secours l'Etat !" Pourquoi soutenir la filière cinématographique et pas la filière phonographique ? M. Mitterrand va donc lancer un grand "fromage" républicain, le Centre National de la Musique, pour y recevoir ses amis et 145 millions d'euros de nos impôts pour commencer, et maintenir sous perfusion les rats crevés des maisons de disques. Heureusement que la Crise réglera l'affaire par défaut de crédits de paiements. Que les artistes se produisent donc au rayon frais plutôt qu'en surgelés, ils y gagneront beaucoup en vérité et reconnaissance du public, à voir l'affluence en festivals et music-halls, et des sous aussi. Et tant pis si c'est peanuts pour la production d'art industriel !

Le 13 novembre 2009, quarante auteurs¹ de tous horizons avaient réuni leur défense de la liberté cybernétique dans le petit bouquin que je vous présente ci-dessous et qui mérite bien ses 9 euros. En voici la quatrième de couverture qui suffit toute à sa présentation :
« La bataille Hadopi » dessine les prémices d'une guerre qui ne fait que commencer. La Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des droits sur Internet est devenue plus que l'acronyme d'une propagande, c’est désormais un symbole. Le symbole d'une entreprise de contrôle des techniques et des usages d'Internet.
Les technologies numériques sont en effet au cœur de nos vies : apprentissage, échange, travail, amour, participation démocratique..., nos sociétés sont transformées de fond en comble. Nous sommes aujourd'hui tous acteurs de ce bouleversement, dont le point nodal est la liberté d'expression et la liberté d'accès à Internet. Blogs, réseaux sociaux et autres sites participatifs sont désormais au centre du processus démocratique, et du plein exercice de la citoyenneté.
Face à l'autodiffusion et l'autopromotion sur Internet d'artistes talentueux dans tous les domaines de l'Art (musique, cinéma, littérature, art plastique…) on nous oppose l'image stéréotypée du « pirate », alors que nous sommes de plain-pied dans les nouvelles pratiques de contribution et de dissémination des œuvres en libre échange, basées sur le modèle du copyleft.
La guerre déclarée pour contrôler Internet se déroule en France, en Europe et dans le monde. Le syndrome Hadopi le montre parfaitement, les lobbies menés par les industries culturelles, prétextant la défense de la création, veulent transformer Internet en minitel² et imposer une société fondamentalement injuste où le partage serait criminalisé.
La loi Hadopi élude les questions de rémunération des auteurs, propose un arsenal de répression coûteux qui ne rapportera pas un centime supplémentaire aux créateurs et plongera l’internaute dans une insécurité juridique totale. Seuls les anti-Hadopi auront proposé des solutions concrètes visant à améliorer les revenus des artistes et garantissant le respect des droits fondamentaux des internautes avec la Licence Créative ou le Mécénat Global.
Hadopi est un sujet vaste et complexe, recouvrant de nombreux domaines. C'est pourquoi 40 auteurs, opposés à cette loi, ont décidé de participer à la rédaction de ce livre (politiques, sociologues, enseignants, militants associatifs, journalistes, artistes, auteurs, juristes, poètes, etc.).
Cet ouvrage, document sociologique et politique rare, vous propose leurs réponses, points de vue complémentaires et analyses. Une autre vision de demain, loin de l'erreur Hadopi »
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Un extrait pris les yeux fermés et qui résume bien la situation : c'est d'Olivier Auber, artiste-ingénieur-inventeur-muséographe qui n'a pu entrer dans aucune case (clic) : « Trois corps tentent de surnager dans la tourmente : les « auteurs », les « consommateurs » et le corps des « intermédiaires ». L’Internet rend multipliable à l’infini les productions des premiers. Il facilite leur appropriation par les seconds, au prix d’une insécurité de leurs droits, de leurs données et de leurs identités. Il menace, voire réduit à néant le rôle des troisièmes. Un quatrième corps, celui des politiques, tente de planer au dessus de l’étendue liquide, mais il est ballotté au gré des courants et menacé lui-aussi d’engloutissement. La tempête est rude, car c’est la notion même de « valeur » que l’Internet dissout, c’est-à-dire ce qui permettait il y a peu de distinguer les corps entre eux et les individus qui les composent. Au final, c’est l’argent, tel qu’il a toujours été conçu, qui fuit.»

Le bouquin est édité sous licence Creative Commons par In Libro Veritas. Il fait 386 pages en petit format 105x150mm (version bronze, isbn 978-2-35922-015-5), facile de lecture dans les transports en commun saturés. A lire pour bien comprendre les enjeux et prévenir la victoire de l'éteignoir national, le Propriétaire !
Les rats pourront satisfaire leur curiosité à l'oeil en cliquant ici.

Note (1): HADOPI : liste des auteurs plus connus:
Alain Lipietz - Accès Internet droit fondamental
Benjamin Bayart - La neutralité du réseau
Bruno Mauguil - Les lobbies d'abord
Daniel Cohn-Bendit - Hadopi et le paquet Télécom
Francis Lalanne - Le gueux, le marchand et le prévôt du roy
♰ Francis Muguet - Le mécénat global
Jean-Pierre Brard - Le combat des voraces contre les coriaces
Jacques Attali - Quand la propriété devient le viol
Jérémie Zimmermann - La charpente vermoulue de l'Hadopi
Laurent Chemla - A ceux qui les ont conduits au désastre
Maxime Rouquet - Hadopi et le Parti Pirate
Michel Sitbon - La paix de Big Brother
Nicolas Dupont-Aignan - Hadopi, quand les lobbies s'attaquent aux citoyens
Patrick Bloche - Sanction pédagogique : la censure du Conseil constitutionnel
Note (2): Minitel est pris ici pour son architecture radiale (typique du modèle de contrôle social développé par le Commissariat au Plan) par opposition à Internet qui est une toile d'araignée avec d'innombrables fils transversaux, fournie par une multitude de serveurs de toutes tailles dispersés partout.

Poscriptum
En 2012, nous suivrons avec un intérêt spécial la mise en pression des sociétés de pouvoir par l'organisation anarchiste altermondialiste "We are Anonymous". Son développement en quelque sorte de cerveau global du piratage informatique, aussi noble qu'en soient les buts affichés, inquiète tous les systèmes de contrôle d'opinion et les équipes de sécurité des sociétés publiques et assimilées. Tournant le dos au culte de la personnalité d'un Julian Assange chez Wikileaks, les Anonymous fonctionnent réellement à ce qu'on en peut voir comme une société égalitaire de "neurones". L'expérience confirmera ou pas le modèle de résistance à la Connerie. Ils recrutent des hackers sans limite d'âge, dès la pré-adolescence.

Surveillez vos gamins !


Surveillez vos mamies !


Màj. du 3 janvier 2012
Le box office 2011 a fait 215 million d'entrées, un record depuis 40 ans.
Cherchez l'erreur.

Màj. du 30 janvier 2012

PETIT PRÉCIS DE LA RIPOSTE GRADUÉE HADOPI
Moins invasive que le Patriot Act américain auquel on l'a parfois comparée, la loi française « Création et Internet » limite le champ d'investigation aux ordinateurs des prévenus mais sans aucune décision de justice. Le fonctionnement de la machine à débusquer les « voleurs d'art » est bien réglée. Le moteur de toute l'affaire est entre les mains des majors habilités(1) par la CNIL, qui sous-traitent le moulinage des données circulant sur Internet à la société nantaise Trident Media Guard. Ils lui fournissent chaque semaine la liste des empreintes électroniques à créer pour dépister l'échange de produits sensibles, et les machines de TMG chargent ces marqueurs sur les flux d'échange de données pour identifier les contrevenants par leur IP(2). La liste de numéros est envoyée aux majors qui vont vérifier la légalité des droits, et le paquet passe chez la Haute Autorité. Celle-ci soumet la liste des IP aux fournisseurs d'accès pour qu'ils mettent un nom et une adresse sur chaque numéro. A partir de là, commencera la procédure dite de riposte graduée(3), vocable emprunté à la guerre atomique, que nous déroulons dans un version simplifiée ici : avertissement sans frais de l'abonné et rappel à la loi (sans lui indiquer le fichier téléchargé qui l'a fait tomber), second rappel à la loi par lettre recommandée aux récidivistes dans une période de six mois, coupure d'un mois de l'accès à Internet des récalcitrants à la troisième fois en un an, avec inscription au casier judiciaire, cette sanction est prononcée par un juge. Et pour ceux qui récusent leur responsabilité derrière l'écran, il est créé un nouveau délit, la négligence caractérisée par défaut de sécurisation de l'ordinateur (art. L335-7-1 du Code de la propriété intellectuelle). Les peines encourues sont la contravention de 1500 euros au troisième rappel au titre de la négligence caractérisée et 3750 euros en cas de réabonnement ailleurs pendant la coupure.

Notes:
(1) SCPP: Société civile des producteurs phonographiques, SDRM: Société civile pour l’administration du droit de reproductions mécaniques, SACEM: Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique.
(2) IP = Une adresse IP (Internet Protocol) est un numéro d'identification qui est attribué à chaque branchement d'appareil à un réseau informatique
(3)  l’article L331-24 du code de la propriété intellectuelle fixe un délai de saisie de l’HADOPI par les majors : des faits plus anciens que six mois seront prescrits concernant les sanctions administratives, riposte graduée et suspension de l’accès Internet.

vendredi 22 juillet 2011

Câblez-vous, je le veux.

La Commission de Bruxelles a gagné la bataille du Net mais peut-être pas la guerre. Au motif louable d'organiser le financement des autoroutes à haut débit dans le cadre d'une directive européenne de stratégie numérique appelée Agenda digital (clic), les professionnels de la filière ont convenu de différencier leur prix d'accès selon le débit et la bande passante offerts. Tous les Européens à 30 Mbps minimum en 2020 et la moitié d'entre eux à 100 Mbps est du domaine du slogan bureaucratique, mais ça marche bien pour contenir la liberté internétique dans les limites imposées, disent-ils, par la comptabilité.

Le triumvirat du projet était constitué d'un producteur de contenu de masse (Vivendi), d'un équipementier des centres de traitement et des voies (Alcatel-Lucent), et d'un transporteur (Deutsche Telekom). Jusqu'ici quoi de pire... sauf que l'amalgame préétabli entre la production et la circulation amène à financer l'une par l'autre et donc détruit la neutralité d'Internet. On crée un tarif, non pas à la valeur intrinsèque du produit, mais à sa sophistication marketing et à l'intensité du désir d'achat. Un peu comme si au péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines la Porsche 911 payait le double du camion dix fois plus lourd sur la chaussée à tout le monde.

Tout content d'être aux manettes (il y a une certaine proximité entre la direction de la société universelle et la représentation permanente française au Conseil européen), Vivendi vient de publier ses onze propositions (détaillées ici) que nous listons ci-dessous ; les titres des propositions forment le commentaire du piéton du roi :

(1) Bunkerisation : les créateurs de contenu doivent bénéficier de dispositifs d’incitation adéquats afin de ne pas être évincer par l'arbitrage des marchés. Vivendi-SNCF même combat.
(2) Mutualisation : les fournisseurs d'accès ne peuvent être laissés seuls devant le défi d'investissement que représente l'Agenda numérique. A nous la BERD.
(3) Dérogation de concurrence : les acteurs ne doivent pas être bridés par la Commission dans leur stratégie de domination de leur segment, voire monopolistique.
(4) Création du marché commun numérique : le cadre règlementaire doit être paneuropéen pour éviter le dumping.
(5) L'innovation sans risque : les modèles économiques (actuels) doivent être pérennisés afin de garantir leur profitabilité, gage de créativité.
(6) Passe-droits : les marchés bifaces seront privilégiés entre un créateur de contenu et un transporteur à qui le premier paiera la dîme de priorité de passage, afin de boster l'innovation;
(7) Des crédits : l'Europe doit "encourager" l'investissement puisqu'il y va du bien-être des consommateurs.
(8) Priorité au privé : les lignes et équipements des opérateurs privés auront le pas sur ceux du secteur public, sauf en rase campagne où celui-ci sera appelé à contribution.
(9) Le câble forcé : les obstacles réglementaires au tirage de lignes en fibre optique et le câblage des copropriétés seront levés pour abaisser les coûts de déploiement.
(10) Normalisation : des normes d'exploitation interopérables sont indispensables en Europe afin de rentabiliser les OPA.
(11) Répétition martelée de la neuvième proposition.
C'est donc bien un décalogue, et le président Jean-Bernard Moïse Lévy de découvrir "un degré de consensus remarquable et inattendu entre ces acteurs de toute la chaîne de valeur".

Les dérives d'Hadopi¹ qui consacrent un modèle économique désuet, nous avaient préparés au bétonnage des positions des acteurs du Web qui se sentent menacés par la créativité des geeks. Il faut dire que les internautes leur en font voir des vertes et des pas mûres. La dispute réside dans l'affrontement de deux modèles sociétaux. On sait que force restera à la Loi, mais on peut y aller voir quand même, derrière Benjamin Bayart².


Le système orwellien est pour le minitel. Mais la communauté internétique, née dans l'université américaine des années "peace & love", est anarchique. D'un côté, une architecture en étoile, en roue, vous tenez le moyeu, vous tenez tout ; de l'autre, des fils dans tous les sens, un désordre incompréhensible à SciencesPo. Or dans ce foutoir inimaginable, chacun peut théoriquement servir la Toile à partir de sa propre machine, s'il peut résoudre son alimentation électrique afin de la laisser branchée. Horreur, de l'information sans diplômes, des thèses sans jury, et pire que tout, des inventions sans le CNRS ! Or voilà que se popularisent les panneaux solaires, qui avec un train de batteries au plomb, annulent l'empêchement. C'est très grave, chère médème, car de toute la production de contenu émise sur le Web ce sont les internautes qui assurent la plus grande part aujourd'hui !
Et oui !
Que serait le chroniqueur judiciaire français sans le geek innocent fourvoyé à l'audience de Strauss-Kahn pour tweeter les mimiques du vieux jaculateur privé de parole ? Quand partira le grand reporter couvrir les massacres d'Homps si le geek syrien n'a pas tweeté les images des foules assadistes acclamant leur raïs sur la place de la Nouvelle Horloge ? Qui donne les premières photos de l'attentat d'Oslo ?

Cette "organisation bruxellienne" du Web de demain engage notre liberté de manière insidieuse mais sûre. Moi j'y tiens, même si la liberté peut être vénéneuse, les royalistes ne le savent que trop. Je suis né en un temps où on pouvait être condamné pour avoir nui à personne désignée. Puis est venu avec un ministre communiste le délit d'expression de sa pensée sans personne désignée. Ce qui induit forcément une police de la pensée intime : vous ne pouvez pas penser cela, c'est impossible, voyons ! Reste à capter les canaux de diffusion qui avaient réussi à s'affranchir des anciens. 1984 plus que jamais, mais on n'est pas de la montagne pour rien !

Finissons sur un slogan pour le Parti Pirate, un des acteurs du Net libre qui cherche à se présenter aux élections à venir :

Voler c'est soustraire
Copier c'est multiplier


Note (1): Relire nos billets "Contrôle parental national" et "Hadopi". Plus de billets à propos d'Internet dans la barre de recherche.
Note (2): Sa conférence Internet et Minitel est un must de la Communauté du Libre.

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