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lundi 12 octobre 2015

Vers la Loi du Fort*

(*) The Castle Doctrine (clic)
Ce billet sera sans images, exceptionnellement. Vous allez comprendre pourquoi.

Vous connaissez Dubois, Lachèvre, Lion, Ledoux, Marcuna, Debêche, Debrenne, Damiens, Godin, Maillet et Roure. Non ? Mais plus sûrement Ieng Sary, Son Sen, Khieu Samphâng, Hu Yuon, Hu Nim, Nuon Chea, Ta Mok ? Oui, vous y êtes, ce sont des Khmers rouges, pour certains, enseignants ! Les premiers étaient charron, serrurier, limonadier, cordonnier, menuisier, bijoutier, orfèvre, vinaigrier, boucher, gardiens de la paix. Ils ne valaient pas mieux que les communistes exotiques que vous avez reconnus au premier coup d'oeil. L'histoire les a notés dans les massacres de Septembre 1792 quand de "braves" citoyens partirent tuer les ennemis du peuple, des prêtres et beaucoup de Suisses à l'Abbaye, une centaine de prêtres aux Carmes, deux cents droits communs à La Force avec la belle Lamballe en prime, des gens en nombre à la Conciergerie et au Grand Châtelet. Puis la tuerie augmente le lendemain, des filles de joie à La Salpêtrière après les avoir connues, et beaucoup d'enfants à Bicêtre, les plus durs à finir, raconte un des héros de la journée. Et ça continue le lendemain... Travail harassant qui mérite salaire. Ils ont demandé à être payés !

L'histoire regorge d'horreurs et la française autant sinon plus qu'une autre, qu'on pense aux guerres de religion (relire Montluc), aux dévastations allemandes causées par le Roi-soleil (on apprit ensuite que la vengeance était un plat qui se mangeait froid), aux atrocités des guerres vendéennes, à la Commune de Paris, et dans l'histoire à tout le monde, aux deux guerres mondiales avec l'apothéose des incinérations aériennes de villes entières et à la terrible guerre sino-japonaise qui vit à Nankin l'ultime accomplissement du bushido, rare perversion de la chevalerie nippone. Il s'en oublie !

Le Dr Robert Lascaux qui, après la Grande Guerre, étudia longtemps la bête humaine dans les années 30, substituait au "Tu ne tueras point" du Décalogue une règle plus complexe qu'il exprimait ainsi :
« Tu ne tueras point si le respect de la vie de ton prochain est favorable à l'expansion de ta race (ndlr: ou de tes convictions) ; dans le cas contraire, tu dois tuer.»

C'est la base de l'engagement des recrues pour l'armée. Tuer sur ordre ou sans ordre si risque. Au cessez-le-feu, nos braves conscrits ont posé la baïonnette essuyée et le couteau de tranchée ébréché pour la faux, sans remords... d'autant qu'ils n'avaient rien demandé. Aujourd'hui on voit s'exercer la règle d'extermination dans les rangs de l'Organisation état islamique, constituée principalement de volontaires, dans la plus parfaite sérénité à ce qu'en montre leur propagande. Les décapitations en ligne (et doublement) n'innovent en rien sauf dans leur publicité universelle, les sections de guerre psychologique procèdent ainsi depuis la nuit des temps pour impressionner l'ennemi. Tamerlan balisait ses routes avec des piles de crânes. Chez nous, on laissait mûrir les vaincus aux remparts du Moyen-Âge. Les carnets de marche régimentaires sont emplis de crimes de guerre pour l'exemple. Lors de son éclatement post-soviétique, la Yougoslavie avait fait très fort dans le domaine de l'indicible.

Qu'est-ce à dire finalement ? Que le bon sauvage éduqué dans le pacte social est une construction intellectuelle. A la moindre occasion, la bête qui affleure sous le cuir chevelu peut se déchaîner. Les gardiens des camps de concentration nazis était des fonctionnaires paisibles, bien contents d'échapper à la létalité du front russe. Ce constat de bestialité intérieure ruine toute la charpente morale et judiciaire de nos sociétés occidentales qui approchent lentement du chaos. Chaque semaine chez nous, nous avons le complet exemple d'une descente aux enfers avec le terrorisme islamiste qui s'affranchit de toutes les mesures de contention. De plus en plus la bête tient la rue, commande à la rue, dicte en un sens la politique pénale quand ce n'est pas le protocole de police. Contrer l'assassin se fait dans des règles de pure urbanité car le moindre faux-pas éveille un risque d'annulation. Il est ahurissant de voir comment les politiciens moulent leurs convictions sur l'excuse et sur les conditions d'existence de la lie de la société. A ne citer qu'une énormité, nous choisissons l'abrogation de la double peine par Nicolas Sarkozy. Une culture dans le droit fil de la thérapeutique judiciaire qui borne le Bas-Empire revenu.

Le bon sens le plus élémentaire devient chaque jour une cible depuis le donjon des principes gouvernant une société utopique dont on force le "bonheur". On combat le droit naturel dans tous ses chapitres et d'abord dans celui des mœurs. Les sentiments patriotiques les plus sains sont piétinés avec entrain puisque nous sommes devenus tous frères globalisés. On prend des gants avec les ennemis déclarés de notre société qui se transforment en assassins, assassins auxquels on cherche des excuses comme à un singe des poux. Nous sommes envahis de "déséquilibrés" et de malheureux "radicalisés". Radicalisés en prison, dans "nos" prisons, c'est de notre faute, bien sûr. La Justice, laissée aux mains de politiciens de rencontre, est en perpétuelle refonte sans que l'on comprenne bien ce qui la conduit si ce n'est sa misère budgétaire et la faillite du système carcéral¹ ; quant à la Sûreté publique, elle fut trop longtemps laissée à la direction de braillards² de tréteaux gouvernant l'émotion pour qu'elle agisse avec la sévérité nécessaire, empêtrée dans les règles d'engagement et les profils de carrière. Sauf sursaut rapidement - on pense à Mai 2017 - le peuple va commencer à rêver au Deuxième Amendement de la constitution américaine qui suppléerait à la liquéfaction de la puissance publique pour assurer la sécurité quotidienne des gens.

Nous devons renouer avec une société d'ordre, fondée sur le droit naturel et le bien commun, avec le soupçon de charité chrétienne qui va bien. Quoi de plus réac, fachiste, moranien ! Mais comment contenir autrement l'abominable homme des villes caché dans les replis cérébraux du genre humain ? Sans ordre rétabli, nous allons vers une paix armée, nécessairement, pour palier l'inconséquence des élus et l'arrogance de la haute fonction publique qui ensemble verrouillent tout. Protégeons-nous, et de nous-mêmes aussi, ne sachant pas quel démon sommeille encore en nous, attendant l'appel de son maître !



(1) Relire le dernier quart de l'ouvrage Surveiller et punir de Michel Foucault (bon courage).
(2) Les deux chefs de la Police, Sarkozy (avec Cécilia dans l'emploi de directeur de cabinet !) et le mussolinien du menton Valls, furent surtout des déclamateurs, faibles avec les forts, forts avec les faibles. On accordera à monsieur Cazeneuve un peu plus de retenue, même s'il court les micros au premier mort.

Postscriptum du mardi : Plusieurs lecteurs (plusieurs commence à 2) se sont émus de n'avoir pas compris d'emblée l'intention de cet article privé d'image, à quoi le Piéton du roi tient à répondre que l'intention était une mise en scène croisée de la nature humaine et d'un état de crise sociale. C'est-y-plus clair ? L'homme est foncièrement pourri, ce que le Darwinisme, qui n'est pas la science de l'évolution mais celle de l'éradication continue, explique très bien : les salauds les plus forts et les plus rusés ont nettoyé en permanence tout autour d'eux. Or les périodes de désordre réveillent la bête, et il va falloir s'en protéger à défaut de pouvoir compter sur les pouvoirs publics. Pour illustrer ce propos nous signalons que le titre de l'article est cliquable...

mardi 20 novembre 2012

Nouvelles du front, le vrai

La Grèce attend son argent, titre la presse. Les caisses sont vides et les quarante milliards promis seraient les bienvenus (44,5Mds€ exactement = T2: 31,2 + T3: 5,0 + T4: 8,3). Le FMI n'y croit pas et demande de saquer 22000 bouches inutiles, en plus des 27000 prévues d'ici à 2014. Le total à rayer des cadres s'élevait déjà à 125.000 pour fin 2016, il passerait à 147.000. La Grèce répond "non".

Stournaras, ministre des finances héllènes
La Grèce attend "notre" argent, et celui du Tiers-monde car les disponibilités du Fonds monétaire international sont d'ordinaire réservées aux pays faibles en décalage dans leur développement. Ce qui n'est pas le cas de la Grèce qui, à part bronzer, ne semble pas vraiment vouloir se développer. En attendant l'embellie, le Trésor héllène lève des fonds à 4% sur le marché, ce qui n'est pas catastrophique pour un pays insolvable hors-perfusion.
Le gouvernement d'Athènes a pris deux décrets au début du mois (source Le Parisien) : Le premier, plutôt humiliant, met en place un "mécanisme de contrôle budgétaire automatique" exigé par les créanciers, qui vise surtout les finances jusque là largement incontrôlées des collectivités locales et des grandes entreprises publiques (ndlr: les tricheries étaient généralisées, les fonctionnaires d'Etat licenciés étant réembauchés par les villes ou les fromages républicains). Il prévoit également un suivi mensuel assorti de corrections (augmentation des impôts locaux, mutations obligatoires de personnel...).
Ce décret, que la constitution prévoit dans "des situations d'urgence", impose aussi que les recettes des privatisations soient versées "sur le compte spécial de l'Etat consacré au paiement du service de la dette". Sous la pression de l'UE et du FMI, la Grèce doit procéder à des privatisations et concessions de patrimoine foncier et immobilier censées lui rapporter 9,5 milliards d'euros d'ici à 2016, dont 2,5 milliards en 2013.
Le second décret précise des modalités de réduction des dépenses de santé et d'ouvertures de professions à la concurrence. Il aligne sur le régime général des fonctionnaires les retraites des employés du parlement, et prévoit des coupes de 20% dans les pensions de plus de 3.000 euros.
Quand on sait la gabegie éhontée de l'Etat grec, il n'y a pas de quoi hurler au loup !
L'euro ne pouvant profiter qu'aux peuples qui travaillent, le pays des fonctionnaires doit pouvoir dévaluer sa monnaie pour pouvoir les payer en monnaie de singe (Nebout chez Bilger). Donc, sortir de l'euro et montrer aux europhobes combien on s'en sort mieux tout seul !
Hasta la vista, baby !


Pour nous, c'est Moody's qui fait des siennes, depuis Francfort en plus ! .
Richard Cantor, patron "risque" de Moody's
Ils déclassent notre note de confiance (le fameux AAA), avec perspective négative, ce qui est doublement vache pour le gouvernement Ayrault, car c'est bien le pronostic (donc l'avenir) qui est fait et non la notation du bilan clôturé le 5 mai 2012, comme le prétend M. Moscovici. Moody's prétexte « une perte de compétitivité graduelle mais continue, des rigidités des marchés du travail, des biens et des services et des perspectives budgétaires incertaines en raison de la dégradation des perspectives économiques. De plus, la capacité de la France à résister à d'éventuels nouveaux chocs futurs de la zone euro diminue d'autant plus que son exposition aux pays fragiles de l'Union monétaire, via les liens commerciaux ou bancaires, est beaucoup trop importante ». Standard & Poor's avait fait ce pronostic il y a dix mois pour enlever le AAA à la France ; Fitch va y venir en janvier, mais c'est une agence moins importante et possédée par le groupe français Fimalac, donc douteuse dans son jugement soumis à d'éventuels conflits d'intérêts.
Le seul point positif devrait être une remise en cause par le gouvernement de la dépense publique qui tue toutes ses bonnes intentions ; mais déjà s'élèvent des rangs de la Gauche les clameurs d'une classe dissipée contre le prof qui a donné des notes trop sévères. Et l'inimitable Jean-Luc Mélenchon, jamais en retard d'une vocifération stérile, de hurler à l'attaque du pays par la Finance. Il va bientôt aboutir à la fortune anonyme et vagabonde, prélude à la dénonciation des trois confédérations !


Plus grave est la falaise fiscale américaine.
Eric Cantor chef du GOP à la Chambre
Ce sont des décrets à effets automatiques qui découlent de la Loi de Finances 2011 et qui entreront en vigueur à des dates prévues en 2013. Ils visent à réduire le déficit public de près de 50 pour cent. Parmi ces lois, on trouve la cessation des allègements fiscaux Bush et la fin de certaines dépenses budgétaires courantes. Si les grands programmes fédéraux ne sont pas touchés, sécurité sociale, pensions fédérales de retraite, primes aux anciens combattants, le fonctionnement de beaucoup d'agences et services fédéraux sera perturbé par les coupes et les séquestres conservatoires de crédits. Même si à long terme on peut attendre un redémarrage puissant de l'économie américaine (bientôt auto-suffisante en énergie), on en prédit quand même une forte récession immédiate, désastreuse en termes d'emploi, et dangereuse pour la finance mondiale par l'onde de propagation, dixit le FMI. Républicains et Démocrates en discutent maintenant sous la pression de l'administration Obama II. S'il n'en sort rien, nous sentirons le vent de la déflagration plus fort qu'à la Noël 1999. On me dit dans l'oreillette qu'on s'en fout puisque la fin du Monde est annoncée pour le 23 décembre ! Finalement tout finit toujours par s'arranger, même mal !





mercredi 25 juillet 2012

Les agences, entre morale et réalité


La mise sous surveillance négative du "triple A" des pays vertueux au motif de leur solidarité forcée est dénoncée par la morale économique. L'Allemagne, les Pays-Bas et le Grand Duché sont "punis" de renforcer la zone euro par leurs interventions monétaires, zone qui sans eux se fracturerait en deux ou plusieurs parties, la partie sud se soudant à l'Afrique. Si la zone euro se brise, l'onde de choc se propagera au reste du monde et les répliques du séisme seront nombreuses. C'est bien le motif du soutien mesuré certes mais effectif des trois pays visés à leurs voisins méridionaux. On ne peut vouloir une chose et son contraire, et pourtant c'est bien ce que font les gnomes de Moody's. Qui sont-ils à se prévaloir du principe de réalités antagonistes en fonction du temps ? Des gens qui analysent les risques encourus en plaçant votre argent dans du papier émis par celui-ci ou celui-là, entreprises ou Etats. Avec quarante pour cent du marché de gestion des risques, l'agence, deuxième au classement des casse-couilles derrière S&P, n'est pas un nain ; son bilan total tutoie les 3 milliards de dollars, pas mal pour une firme de matière grise.

Dans le même élan où elle "dégrade" la vertu du Nord, Moody's confirme celle de la Finlande qui a exigé un traitement de faveur de la part des GIPSIs et se trouve un peu mieux protégée de leur banqueroute. Allons au communiqué de leur bureau de Canary Wharf. Accrochez vos ceintures, ce n'est pas un articulet de La Tribune, Open Office a décompté cinq mille mots. Au prix du papier, la presse ne s'est pas embarrassée de détails noiseux. Royal-Artillerie vous le résume, car la France est impactée de par son exposition aux bons toxiques des amis du Sud.


Motif global retenu par l'agence
Les décisions de l'Eurogroupe ont paradoxalement obscurci le pronostic, la Grèce étant plus susceptible de sortir qu'hier, au détriment du soutien chichement mesuré déjà à l'Italie et à l'Espagne. Si les réformes institutionnelles appliquées bientôt à l'Eurogroupe sont effectivement capables de régler la plupart des problèmes, il est moins sûr qu'elles interviennent à temps. Les quatre pays étudiés font office de prêteurs en dernier ressort et la masse des enjeux financiers les déséquilibrera.

Motif spécifique allemand
L'Allemagne ne peut résister à l'accroissement de ses engagements dans le cadre européen actuel et son système bancaire est mouillé en profondeur dans les systèmes bancaires malades grecs, italiens et espagnols. Se chargeant progressivement de la dette des autres, elle accroît la sienne propre, sans gages sûrs. La banqueroute éventuelle de ses débiteurs ne terrassera pas l'Allemagne mais, si sa situation actuelle est saine, la perspective ne l'est plus puisque l'avenir est entre les mains de décisionnaires espagnols et italiens attelés à couper leurs dépenses publiques afin de réduire leur exposition aux marchés et soulager le niveau global de solidarité qui pèse directement sur l'Allemagne. Donc AAA maintenu mais avenir douteux.

Motif spécifique néerlandais
IDEM plus :
...une croissance atone et l'éclatement probable d'une bulle immobilière entre un surendettement des ménages et la chute des prix gageant les crédits, éclatement qui pompera le pouvoir d'achat jusqu'à effondrer la demande intérieure. Un relâchement de la discipline fiscale est aussi redouté.

Motif spécifique luxembourgeois
Comme les deux précédents, mais aggravé par le fait que le Grand Duché n'est plus qu'une énorme banque dont il tire tous ses revenus, l'emploi et ses impôts. Tout séisme bancaire en Europe mais aussi ailleurs affectera gravement le pays. Les actifs bancaires couvre deux fois le PIB du grand Duché, mais les actifs offshore représentent vingt fois ce PIB et les actifs non-bancaires offshore gérés depuis le Luxembourg représentent, eux, cinquante fois ce PIB ! Même si les pare-feu interbancaire limitent à 40% la part offshore du bilan consolidé du système, le "colosse paradisiaque" a des pieds d'argile, mais aussi beaucoup de savoir-faire. Cette surexposition à la crise mondiale rapportée à la taille du pays justifie le doute de l'analyste.

Motif finlandais
Le pays est créditeur net. Son business bancaire est régional et de taille modérée. Small is beautiful.


Finalement...
Il est intéressant de savoir ce qu'attend Moody's pour changer d'idées. Ils le répètent trois fois : « Conversely, the rating outlook could return to stable if a benign outlook for the euro area, reduced stress in non-core countries and less adverse macroeconomic conditions in Europe in general were to ease medium-term uncertainties with regard to the country's debt trajectory. »
En fait, ils attendent la météo des marchés et ne font aucune recommandation qui serait d'ailleurs mal acceptée des pouvoirs nationaux, même s'il se dit partout que seule une fédération politique rapide de l'Eurogroupe décramponnera les spéculateurs des basques gitanes.
En résumé, un futur meilleur n'est pas écrit, on s'en doutait. Quand vont-ils noter la France ?

mardi 10 juillet 2012

Eurobreak®


La rupture de l'Union européenne est-elle si loin ? C'est compliqué nous dit-on mais nécessité fait loi et la nécessité se chiffre en trillions ! Mazette, on a passé les milliards d'euros, chère médème (c'est combien en anciens francs? 600 fois pire). Les dettes souveraines ne sont plus seules en cause, on y agglomère les passifs bancaires de bilans opaques. Aucun ne sait jusqu'à combien de profondeur il peut lui-même couler. La Finlande crie qu'elle va couper le filin du corps mort, les Pays-Bas émergent du coma où les a plongés le dernier Conseil européen et ne veulent plus mourir pour les rastacouères prodigues quand ils sont eux si économes. Mais c'est d'Allemagne que monte la bronca contre le "Sud". Lui soutenir que la prospérité revenue de ses clients latins fera du bien à la Deutschland AG ne la déride pas, rien n'y fait ! Les montagnes d'euros dus que constitue le risque latin-grec annihilent tout raisonnement. Est-ce si grave, docteur ?
Que la CSU menace de briser la coalition à Berlin tient de l'ordinaire bavarois, que les libéraux s'y mettent, juste pour ne pas disparaître des colonnes de la presse teutonne, passe inaperçu, mais que les écologistes s'en inquiètent autant laisse accroire que l'opinion allemande est terriblement remontée contre nous. Contre nous, parce que chacun sait désormais que la rupture de la digue italo-espagnole va submerger la France, un pays qui n'a pas avancé d'un pouce dans la résolution de son désordre depuis l'entrée en campagne des partis il y a un an. Cette campagne politique ne semble toujours pas finie, à preuve la grand messe sociale du palais d'Iéna, tenue dans l'enceinte de l'assemblée la plus inutile de la République, le Conseil économique et social. Si l'idée n'est pas critiquable en soi, elle laisse percer une tendance à l'embobinage que les syndicats ont déjà détectée. Regretteront-ils un jour le hussard Sarkozy qui ne les mouillait pas dans les décisions impopulaires ? On verra ça plus tard.

Les symptômes de l'eurobreak® ? Ils sont visibles et déniés. L'argent commence à sortir des caisses des banques du Sud et quitte la zone euro ; les banques sont fragilisées par un recours excessif au leverage ; les contreparties opérationnelles sont plus difficiles à tel point que la BCE repousse les dépôts vers le marché pour tenter une fois encore de le fluidifier ; le mismatch est la règle ; le service de la dette mange partout le disponible que ne laisse même plus la récession généralisée ; la France s'enorgueillit d'acheter (jusqu'ici) des fonds à 2.5% d'intérêts mais l'Allemagne le fait entre zéro et 1,4% et les latins dépassent 6%.

Les gesticulations du Conseil européenn affairé à brosser son image vis à vis des opinions nationales plus qu'à prendre des décisions exécutables au moment, la stérilité de la bureaucratie européenne qui découvre le vide sous ses pieds, l'opposition ouverte des deux poids lourds continentaux que sont la France et l'Allemagne, tout ceci laisse augurer d'une rupture de la zone euro.
Comment s'y préparer ? Savoir. Allons à Whitehall écouter le scénario diffusé par les autorités monétaires britanniques :
Les pays rejetés de l'Eurozone convertiront instantanément tous les dépôts bancaires sur leur sol en devises nationales, même les dépôts en devises étrangères, même les dépôts non-résidents. Un contrôle des changes très strict sera appliqué dès la première minute, quitte à être assoupli par la suite. A midi (façon de parler) les cambistes fixeront les valeurs respectives des monnaies et le soir, les bilans des sociétés exposées seront considérés comme infectés et leurs actions, toxiques, dévaluées en vue de la séance en bourse du lendemain. A partir de ce moment tous les investisseurs internationaux gèleront leurs décisions sur l'Eurozone et reporteront leurs disponibilités hors d'Europe, si ce n'est pas hors marché des capitaux tant la contagion mondiale est redoutée. On achètera des bananes.
Que faire alors ?
Tout dépend de votre exposition au danger. Réfléchissez-y déjà, ce blogue est gratuit et n'a pas la prétention de lancer des bouées de sauvetage. Mais vous pouvez téléphoner à Nanterre (c'est une taquinerie).

Notre handicap est que les socialistes sont des hommes de réunions, de motions, de congrès, incapables de prendre la vraie décision dans le secret de leur cabinet. Ils ne sont en plus pas taillés pour. Des fonctionnaristes, des apparatchiks, pas vraiment des guerriers !

Pour ceux qui aiment les cartes, voici celle de la fragmentation de la banquise UE :
Si on observe la ligne de fracture, elle laisse hors de l'épure l'Irlande, la Grèce et Chypre. La Grèce qui demande un moratoire de deux ans pour payer sortira la première. Le Royaume-Uni a réussi son coup, mais en ruinant son marché de proximité. Les trois pays scandinaves libres maintiendront leur couronne nationale (sur lesquelles il n'y a pas d'échanges significatifs) et les PECO ne s'agrègeront pas à l'euromark pour ne pas perdre le peu de compétitivité qu'il leur reste. La Finlande décidera du sort de l'Estonie cousine, mais il n'est pas dit qu'elle reste dans la zone euromark. La comptabilité lui dira quoi faire. Les deux pays baltes observeront la Pologne qui a aussi un problème de compétitivité avec les productions hors-union.



Autant dire que l'Union européenne dans son ensemble redeviendra un simple marché commun, une zone de libre-échange. Combien de temps la bureaucratie bruxelloise s'agrippera-telle à ses directives européennes d'acharnement thérapeutique est un pari qui tire des larmes... de joie. Que fera l'Allemagne ? On peut raisonnablement penser qu'elle partira vers l'Est où tout reste à faire et où gisent les matières premières.

Une réunion de l'Eurogroupe est prévue le 20 juillet. Sauvés !
En fait.... nous ne nous en relèverons pas.
Un gouvernement de coiffeurs.


Note ® : la locution eurobreak est une registered mark déposée en application de la loi européenne ACTA qui protège l'élucubritude et la néologitude


lundi 29 septembre 2008

2010 ou 2009 ?

maquereau
Me faisant trop d'honneur, mes convives du vendredi - le jour sacré du poisson au domaine - me posèrent la question qui tue : "c'est quoi cette crise mondiale en fait ?" puis se bousculant, d'ajouter la question cachée : "et et et ... que risque la France, et et ... que peut faire Sarkozy ?". Le plus facile était in cauda, chère Médème. Réponse : "Rien !"

Les rois-mages s'appellent Ben Bernanke(1), Tim Geithner(2), et Hank Paulson(3), pas Sarkozy, ni Gordon Brown, moins encore Merkel. Dans trois mois M. Sarkozy redevient le premier producteur de pinard de la planète ; point-barre !
L'Etat n'a pas mis ses oeufs dans le bon panier ; au lieu d'acheter des châteaux de crus et des fermes à foie-gras, il a investi dans la fabrication d'automobiles (15% de Renault), celle d'avions (EADS), de navires (Chantiers de l'Atlantique), de centrales atomiques (AREVA), tous secteurs ébranlables par la crise puisqu'ils ne vivent que de la croissance, si tant est bien sûr que la crise surgisse aux rivages de l'Europe, comme chacun le pense dans les médias catastrophiques qui cherchent du tirage.

Le président des Français ne maîtrise que le train de vie de l'Elysée. Il n'a la main ni sur la monnaie, ni sur l'économie et gère la pénurie d'argent public en transférant les effets d'annonces d'une catégorie à l'autre. Aurait-il ces moyens qu'on se demanderait encore à quoi pourraient-ils lui servir, dès lors que c'est l'Etat qui a disparu en capacité, ne laissant que nuisance et prédation. "Tax-attak" est le sobriquet en vogue de notre chef. Ses opposants demandant de surtaxer les riches, ceux-ci plient les gaules. La parenthèse libérale se referme, la République retourne par force à la soviétisation puisqu'elle ne "comprend" pas autre chose. Sécurité d'abord ! Dans deux mois, nous aurons un Plan, un Emprunt national, puis la nationalisation au "franc symbolique" des secteurs manufacturiers les plus populeux, peut-être un contrôle des changes. Non ?

argent virtuel facile
La crise n'est pas purement financière, elle est aussi morale. Cupidité et avidité ont gouverné le monde depuis la rénovation du capitalisme à partir de l'ère Reagan. Les sociétés financières anglo-saxonne grossirent et mutèrent jusqu'à créer à partir de rien des instruments de marchés financiers que même les honnêtes gens n'arrivaient pas à comprendre. Les législateurs chargés de la surveillance détournèrent le regard pour ne pas passer pour des cloches.
Quand plus tard, cet avant-hier, les coûts hypothécaires de l'immobilier s'enflammèrent, les plus gros acteurs de la finance sautèrent à pieds-joints dans le feu avec des fonds qu'ils empruntèrent massivement (jusqu'à 10 fois leurs fonds propres) aux épargnants, en leur plaçant toutes sortes de produits sûrs comme les assurances-vie, afin de prêter ensuite cet argent frais aux acheteurs de maisons qui ne pouvaient faire face à leurs mensualités de crédit. Peut-être pensaient-ils acquérir un parc immobilier gigantesque à vil prix à mesure des saisies judiciaires sauf qu'ils étaient deux à manger sur la bête, l'hypothèque de premier rang et sa titrisation*, .
Les prêts souscrits par des particuliers aux abois furent aussitôt divisés en tranches, titrisés et revendus sur les marchés financiers par les grosses banques comme dérivés mathématiques juteux à des spéculateurs avides de placer leur argent à des taux supérieurs à ceux des bons du Trésor américain.
Quand la défection des emprunteurs immobiliers de base fut générale, tout le secteur se retrouva à poil, et le marché financier s'effondra juste après que celui de l'immobilier en ait fait autant. Les détenteurs de ces titres fabuleux n'avaient en main que les larmes des petits accédants à la propriété, et plus aucun lien actif vers le secteur immobilier, ... en perdition.
(explication dérivée de celle donnée par Massimo Calabresi dans Time magazine)

Que risque la France ? Tout !

boule de cristalNon pas que notre secteur bancaire implose** même s'il encaisse des pertes sévères, mais parce que la récession américaine pèsera sur l'activité du monde entier. Les pays émergents travaillent d'abord pour l'Amérique. Les Etats-Unis concourent pour un quart au PIB mondial (la France pour moins de 5%), et les deux empires asiatiques ferment déjà des usines - pour cent raisons certes mais la tendance est à la fermeture - parce que leurs marchés de consommation intérieure n'ont pas encore atteint une taille suffisante pour contrebalancer une contraction forte des exportations. Par la globalisation, le ralentissement asiatique va métastaser sur notre secteur extérieur et comprimer le peu de croissance que nous avions encore, d'après l'INSEE (mais où la voit-on ?).
Le seul point positif est un relâchement de la pression sur les matières premières, les métaux rares et l'énergie, qui devrait détendre les prix internationaux.

Si les Etats-Unis franchissent le seuil de la récession, si la Chine et l'Inde diminuent leurs investissements industriels et repoussent nos services à plus tard, si le Japon, grand consommateur de luxe français, part en stagflation ; compte tenu que notre secteur immobilier va pratiquement stopper et que les fonds publics ne pourrons s'y investir en masse puisqu'ils ne sont plus disponibles, nous aurons de la chance de ne pas entrer en récession nous-mêmes.
Destruction de postes de travail en masse, faillites laissant des ardoises à tout le monde, crédit stoppé sauf pour les happy few qui n'en n'ont pas besoin, rentrées fiscales en chute libre. Déficit alors vite insupportable si l'on conserve à l'Etat le même périmètre de dépenses, ce déficit creusant une dette dont le paiement d'intérêts (service de la Dette) finira par manger la moitié du budget public. A partir de là, gouvernance africanisée, tutelle du FMI, etc...
Sauf à licencier massivement dans la fonction publique, séquestrer l'épargne des ménages au-delà d'un certain plafond et diminuer fortement les pensions de retraites, il n'y a pas d'issue. Dans un pays addicté comme le nôtre à l'état-providence et dont tout les ressorts sont débandés, c'est la ruine assurée, et ...... la fuite des criquets, qui par millions s'envoleront vers des terres encore en production. Nous aurons au moins gagné ça : Mourir entre nous !

champ de pavot afghan
Simplicité fondamentale

Et le 8 là-bas en Afghanistan, me direz-vous ? No problemo ! Les soldes seront payées par le gouvernement de Kaboul en balles de coquelicots ! On reviendra au troc et ici à la simplicité fondamentale :
- la Poste ne distribuera que du courrier et ne jouera plus à la banque ;
- les pondéreux seront acheminés par voie d'eau ;
- les Bretons feront du porc pour nourrir les Bretons, comme les Gascons en feront en Gascogne...
- les voitures auront des moteurs mixtes qui atteindront le 120 ;
- l'Assemblée nationale ne représentera que les conseils régionaux, le nombre de sièges de députés sera divisé par deux, le Sénat et le Conseil économique et social seront supprimés ;
- le lait sera fait avec des vaches à lait ;
- les banques ne prêteront pas plus d'argent qu'elles n'en possèdent ;
- la santé sera dispensée par dispensaires sans débours ;
- la loi Marthe-Richard sera abolie par l'ordre des notaires et des comptables au chômage ;
- on rétablira la peine de mort pour les plombiers indélicats et polonais ;
- Rachida Dati aura le temps de faire des croix sur son semainier ;
- les royalistes iront tous les matins à la messe pour interroger la Providence ;
et la France deviendra enfin le plus bel éco-musée du Monde.

Notes :
(1) président de la FED
(2) président de la réserve fédérale de New York
(3) secrétaire au Trésor
* la titrisation a été expliquée dans un billet précédent
** la mutualisation des pertes bancaires est un leurre en cas de crash. Elle ne fonctionne que pour secourir les déposants d'une ou deux banques en perdition à la fois.



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mardi 23 septembre 2008

Steagall firewall

JMKNous vivons dans une collectivité qui est organisée de telle sorte qu'un voile d'argent recouvre un large espace entre les biens eux-mêmes et le propriétaire des richesses. Le propriétaire apparent des biens eux-mêmes s'en est assuré la propriété en empruntant de l'argent au véritable possesseur de la richesse. C'est surtout par l'intermédiaire des banques que tout cela s'est fait. C'est-à-dire que les banques ont en échange d'un dédommagement fait intervenir leur garantie. Elles tiennent la place entre emprunteur et prêteur véritable. C'est pourquoi une diminution des valeurs monétaires aussi sérieuse que celle qui se produit actuellement, menace de faire s'écrouler toute notre structure financière. Les banques et les banquiers sont aveugles de nature. Ils n'ont pas vu ce qui allait arriver [...] Un banquier sensé n'est hélas point un banquier qui voit venir le danger et l'écarte, mais un banquier qui, lorsqu'il se ruine, le fait d'une manière orthodoxe et conventionnelle, en même temps que ses collègues, de façon à ce qu'on ne puisse rien lui reprocher.

La spéculation est par essence irresponsable dans ses choix et responsable dans ses effets. Dans les temps anciens l'agiotage était réputé sale comme l'usure et laissé à des castes aussi enviées que réprouvées. Si aujourd'hui les marchés de matières servent à établir leur prix en fonction de l'époque de leur mise à disposition, les marchés de valeurs sont justifiés par la profession comme des réservoirs de capitaux abondés par les actionnaires et les "joueurs", mis à la disposition des entrepreneurs et innovateurs ; et secondement comme des places d'établissement quotidien des prix des valeurs inscrites à la cote. Si les choses en restaient là, il y aurait certes des secousses en fonction des frictions économiques régionales et/ou globale, mais le système se réparerait de lui-même, en laissant quelques suicidés sur le bord de la route.

le taureau et l'ours
Le problème vient de la créativité financière provoqué par la stabilité économique. On peut considérer que la croissance mondiale régulière obtenue depuis les années 80 grâce à la globalisation des échanges de biens et services participe d'une certaine stabilité par sa vitesse acquise, même si les tensions sur les marchés de l'énergie signalent que l'avion mondial amorce un virage à grand rayon. La logique bancaire est de prendre plus de risques hétérodoxes en proportion de la perception que les grandes banques ont de cette stabilité ; la finance devient spéculative et ouvre la porte à l'instabilité jusqu'à recourir à la cavalerie et au jeu pyramidal que l'on appelle "jeu de Ponzi" : le système s'écroule et doit être relevé ex-nihilo.

La crise des subprimes est assez simple à expliquer :
Pour capter les petits ruisseaux qui font les grandes rivières, les banques américaines ont prêté des fonds à des ménages pauvres pour acquérir leur logement, au motif que la hausse régulière des prix constatés de l'immobilier épongeait facilement les quelques défauts de remboursements qui pouvaient intervenir en marge de cette masse financière de plus en plus grande. La banque prêteuse escomptait le dossier à la banque hypothécaire de stature nationale pour récupérer des liquidités et faire un autre prêt à un autre client.
En cas de sinistre on vendait la maison, la banque hypothécaire récupérait capital et intérêts dûs, et le solde de la plus-value servait au ménage à changer de voiture (à crédit).
Mais le marché immobilier s'est retourné quand la Réserve Fédérale a augmenté progressivement ses taux directeurs que Greenspan avait laissés trop bas, renchérissant d'autant les remboursements des ménages (les prêts anglo-saxons sont à taux variable). Il est devenu de plus en plus fréquent que les défauts de remboursement de prêts ne puissent plus être financés par la vente du bien dont la valeur qui ne couvrait plus le capital dû. Jusque là la situation restait difficile pour tout le monde, banque et particuliers, mais techniquement gérable avec des pertes et des pleurs (en France c'est pareil avec les prêts bonifiés Robien sur des logements sans locataires, ou avec les prêts à taux zéro pour les pauvres appauvris).
Le problème surgit alors sur le "marché des titres".

schéma titrisation
En 1980 les banques américaines ont inventé la titrisation qui vise à constituer des packages de créances dans une société de groupage qui émet à son tour des titres représentant des fractions des packages d'origine. Ces titres s'échangent comme n'importe quelle valeur en bourse. Pour creuser la technique de la titrisation, cliquez ici et gardez le doliprane à portée de verre. Pause !

Pourquoi Royal-Artillerie s'implique dans ce genre d'explications un peu touffues ? Pourquoi ne pas faire des billets sur "nos" problèmes, "nos" solutions, "nos" projets, "nos" mémoires ? Parce que l'heure est réellement grave, pour que le gouvernement ultra-libéral américain engage mille milliards de dollars dans la défaisance de créances pourries afin d'éviter le coma financier international. Nos affaires sont bien secondaires en ce moment, à mon avis du moins. Reprenons.

dominos de la crise
Les prêts concédés aux pauvres en dessous des critères raisonnables standard d'attribution, s'ils étaient considérés comme globalement syndicalisés en garantie, étaient affectés quand même d'un coefficient risque et se négociaient parfois au dessous de leur valeur nominale. Pour un taux donné, baisser le nominal augmente le rendement. Quand ce rendement a franchement dépassé celui des bons du trésor américain - parce que les défections d'emprunteurs apparaissaient - les banques et les institutions financières de la planète ont commencé à prendre des titres subprimes pour améliorer leur bas de bilan. Certaines banques se sont beaucoup chargées. Or la spirale baissière du marché immobilier fut accélérée par les restrictions de crédit bancaire décidées par les banques en fenêtre qui avaient pris trop d'ardoises, et le marché "hypothécaire" des subprimes s'est effondré comme un château de cartes, les valeurs titrisées ont suivi et tous les porteurs de titres subprimes ont vu leurs capitaux fondre comme neige au soleil. Or ils avaient des engagements par ailleurs, des garanties données dans d'autres compartiments auxquels ils ne pouvaient répondre. Même le titan de l'assurance AIG s'est lancé à garantir sur ce marché avec le résultat que l'Etat américain l'a racheté (en spoliant les actionnaires). La banque centrale de Singapour vient de sommer leur filiale locale de donner des preuves tangibles de sa solvabilité. On ne rigole plus !

A partir d'ici, je me retire sur la pointe des pieds car le foisonnement du désastre n'est plus à la portée de mon pauvre cerveau. Les banques sont interconnectées comme les neurones et quand elles sont trop nombreuses à choper la chtouille, c'est toute la tête qui est malade.

gnome pensif
D'aucuns, partisans de l'omnipuissance des banques centrales, imputent à Bernanke le déclenchement de la crise par la remontée des taux directeurs de la FED. C'est court ! Je ne me hasarderais pas à avancer des solutions techniques, ce qui à mon niveau serait ridicule, mais pas mortel dit-on ; je fais néanmoins quelques remarques de bon sens en conclusion :

(a)- le marché des subprimes n'est pas régulé, alors que les deux grandes banques hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac furent créées à l'origine par l'Etat comme gendarme de la syndicalisation des prêts et leur refinancement. Or les banques en fenêtre ont très souvent bypassé les deux géants pas assez accommodants sur les conditions d'octrois des prêts aux pauvres. Il faut obliger les banques de détail à placer leurs dossiers désormais chez eux deux.
(b)- la titrisation est en cause. Il faut l'encadrer et l'interdire sur certaines valeurs volatiles. Je pense que certains pays moins aventureux comme la Chine risquent bien de l'interdire chez eux.
(c)- la dérégulation des marchés à terme de matières et denrées est une source de désordre insupportable car elle exaspère la spéculation qui prend la planète en otage pour la transformer en casino géant. Il faudrait revoir la "liberté fondamentale" de l'effet de levier.
(d)- Il faut rétablir le Glass-Steagall Act de 1933 qui avait séparé banque de détail et banque d'investissement (celle-ci appelée chez nous banque d'affaires). C'est un coupe-feu qui manque aujourd'hui, et s'il est contraignant pour la finance apatride qu'il prive d'un adossement confortable sur les masses collectées au détail, il sauve les meubles du petit déposant.

Le concept du capitalisme sauvage à l'évidence instable a vécu faute de carburant financier pour nourrir la bulle des dérivés. C'est une implosion, une auto-destruction, et ce n'est pas une si mauvaise chose. Reste à construire une gouvernance mondiale des échanges qui retire aux banques le travail qui est normalement du ressort des gouvernements. Le slogan "politique d'abord" (un peu détourné de sa signification historique) est plus que jamais d'actualité.
La qualité des leaders en charge ou près d'accéder peut aussi inquiéter, mais nous verrons en fin d'année ce qu'ils en pensent, à l'invitation de M. Sarkozy.

Au fait, le texte en italique qui ouvrait de billet fut prononcé en pleine crise par John Meynard Keynes en 1931.


taureau gagnant
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