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mardi 9 août 2022

Une Amazon finalement !

Roman de gare estival - chapitre 6
L'affaire commence ici : Eté Première (clic).
Eté 2023

Il va sans dire que l'année se passa sur le qui-vive. Med avait trouvé un poste à la clinique publique de Neuilly et pour raccourcir son trajet, vivait maintenant sans boîte aux lettres dans la grande tour Défense 2000, perdu au milieu de plus de trois cents appartements. Alf avait pris un boulot dans un chantier fluvial à Deûlémont. Ils utilisaient l'un et l'autre leur deuxième prénom et évitaient les manifs et les trombinoscopes, surtout sur les réseaux sociaux. Arriva le mois de juillet, et le projet de voyage au grand nord avec lui. Vous n'alliez pas refaire la Croisière jaune sud-nord cette fois avec une Citroën Kergesse. La Onze, même révisée de fond en comble et à laquelle Romain-Jean avait apporté quelques watts supplémentaires et les jantes à rayons qui changeaient complètement le look, n'irait pas au cercle polaire ; non plus que vous ne laisseriez le journal numérique local faire une demi-page sur les Frenchies sympa montés chez les casques à cornes dans une décapotable septuagénaire, bien improbable sous leurs latitudes. Il fallait changer de caisse.

Volvo rouge
La maison d'enchères hollandaise Catawiki passait des coupés anciens qui avaient moins la cote maintenant que les zones de faible émission se multipliaient en Europe. L'idée sympa pour la Scandinavie serait une Amazon. Robuste, facile à réparer et à régler si on changeait les carburateurs SU d'origine par des HIF ; c'était le modèle idéal pour rouler décalé et sûr dans des consommations raisonnables. Catawiki venait de lancer l'enchère sur une 122 batave de 1965 rouge en état d'usage, un peu en dessous du standard collection. Vous vous y mîtes et huit jours plus tard vous emportiez l'enchère à 7099 euros plus les frais. Restaurée au retour des vacances, elle en vaudrait le double ou pas loin, c'était le bon plan, même si ce n'était pas la 123 plus prisée. Le week-end suivant, Alf partit la récupérer à Katwijk, et la ramena sans histoires chez Romain-Jean à Calais. Sans préparer un Paris-Pékin, il y avait quand même un minimum à prévoir pour franchir le cercle polaire. Contrôler les compressions, passer l'allumeur à vis platinées à un modèle électronique, changer la bobine, les quatre bougies et le faisceau complet par des composants blindés, vidanger tous les fluides et certainement désembouer le réservoir. Par chance, la boîte 4 n'avait pas d'overdrive qui est un nid de chagrins sur les anciennes Volvo. Les amortisseurs avaient été renouvelés par l'ancien propriétaire, il suffisait de mettre des pneus pour le nord et les Uniroyal MS étaient le meilleur compromis prix/grip. Les sièges étaient bons et le débosselage des ailes attendrait. Restait l'armement du navire et à déterminer sa route.

Pour une voiture moderne, Michelin donnait 3322 kilmomètres et trente-neuf heures de roulage pur entre Calais et Kirkenes (clic) en passant par la côte suédoise du Golfe de Bothnie. C'était le barreau posé sur la carte. L'idée n'étant pas de faire un pélerinage aux saints du pôle nord, la plus grande concentration de filles libres était au camping international d'Amsterdam, sur le barreau Michelin ou presque. Vous continueriez par la Frise et passeriez le grand pont de l’Øresund qui a donné son nom à cette série policière suédoise de haute volée, The Bridge (Bron) avec Sofia Helin (Saga) qui écrase toute la distribution et marque le cinéphile pour longtemps.

Par sa bonne connaissance de la langue allemande, Alf avait entretemps suivi toute l'affaire de Mannheim dans la presse locale et s'était abonné à l'édition numérique du Stuttgarter Zeitung (la belle invention !). Il avait maintenant toute l'histoire. Assez classique en somme dans le chapitre du choc de civilisations. Deux jeunes turcs de la même famille, cousins germains, s'étaient épris de deux sœurs rencontrées au cours municipal d'allemand pour étrangers le soir. Elles n'étaient pas à proprement parler des professeurs de cette association mais des bénévoles qui remplissaient toutes les tâches administratives et d'organisation des cours. Les deux garçons venaient de Thrace, d'un clan de marchands versés dans le commerce international d'urée, et eux-mêmes étaient destinés à travailler dans les bureaux de l'antenne allemande de la firme turque. Les jeunes gens se fréquentèrent pendant un an puis les familles décidèrent de conclure un beau mariage double ; les parents des filles étaient de respectables fonctionnaires des Voies navigables. Le facteur déclenchant était, ne le cachons pas, la beauté et la blondeur des fiancées bien avant leur niveau d'études juste correct. Grand mariage bruyant à Mannheim, voyage(s) de noces en Anatolie et sur la Mer noire jusqu'à Trébizonde, super-appartements sur la Maximilianstrasse, le bonheur carton plein, et beaucoup de bon argent dépensé. Sauf que ! Le journaliste en charge de l'affaire devait être un copain de Thilo Sarrazin et ne manquait aucune occasion de proposer au lecteur l'incompatibilité d'humeur entre deux systèmes éducatifs si différents qui ne pouvaient s'assembler que dans une "tutelle occidentale", ce qui au XXIè siècle n'était plus accepté dans l'espace turcique, même en Thrace. Ce n'était point tant les jeunes maris qui étaient en cause que leur famille, moins avancée sur le chemin des libertés féminines et de l'égalité des chances que n'en montraient les apparences de la vie courante. Les femmes ne portaient pas de foulard, les hommes de misbaha, mais mentalement la propagande incessante pour une réislamisation de la Turquie avait réveillé un fonds patriarcal ancien.

Med avaient des exemples de ruptures franco-africaines, toutes faites dans le même moule. L'étudiant lauréat ramenait au pays sa conquête française, blonde toujours, et une fois le "butin" promené par toute la parentèle, il prenait une épouse dans la coutume de la tribu pour se reproduire. Certaines faisaient leur deuil d'un amour romanesque en attendant que jeunesse se passe, d'autres, affolées de voir la leur s'enfuir dans une cage ethnique et qui pis est, matriarcale souvent, trouvaient la fente dans la palissade et par le consulat rentraient au pays. Il n'y avait d'expérience aucun autre endroit où réussir un mariage de la diversité que dans le pays de l'épousée, à la stricte condition que les familles ne s'en mêlent pas. Le drame de Mannheim cochait toutes les cases du crime annoncé.

la blonde

Le crime venait d'abord d'un machisme exacerbé au sein de familles vite hostiles sur fond de valeurs incompatibles. Un an avait passé et les familles turques ne voyaient pas arriver d'enfant, de garçon surtout. Les époux furent encouragés à se donner plus de mal, mais quand au bout de dix-huit mois il s'avéra que toutes les positions, sauces pimentées et tisanes stimulantes ne donnaient pas de résultat, il fut admis chez les Turcs que les épouses étaient stériles, et commença à s'insinuer dans la lézarde de la défiance qu'ils s'étaient fait posséder par la famille allemande avec des épouses défectueuses. Puisque bien sûr, au stade le plus avancé de la civilisation orientale, un mariage n'était que de procréation. Ne l'entendant pas de cette oreille, les beaux-parents conduisirent leurs filles chez le meilleur gynécologue de la place, qui après des examens approfondis déclara qu'elles avaient tout pour concevoir, porter et faire naître un enfant. Ce qui incita leurs parents à dépasser un peu le sens des convenances en déclarant tout de go aux parents des garçons que ceux-ci étaient mal montés ! Et que le plus simple était de consulter de leur côté. Ce qui s'avéra être une injure grave, un Turc ne pouvant pas être infirme sur ce plan. Deux ensemble, moins encore ! Il y aurait eu d'autres solutions comme l'insémination assistée mais c'était attenter à l'honneur du nom. La négociation du style chevillard aurait dû commencer là, mais poussés par leur bon droit, les parents allemands attisèrent la dispute de cent façons et surtout avec ce soupçon de supériorité qui fit la réputation de la race dans la campagne de France. Mais fait étonnant quand même, ce ne furent point les maris qui réagirent - le doute avait germé quand même dans leur cortex - pas plus que leurs pères respectifs, trop abasourdis par l'évidence, mais les oncles des époux, excédés des rires et quolibets qui fusaient dans leur dos quand ils passaient au café serrer des pognes ou au kiosque jouer, alors que jusque-là leur autorité naturelle dans la communauté imposait plutôt un silence respectueux. Entretemps, les filles prirent leur distance avec une ambiance de plomb et, va savoir ce qu'il se passa dans leur tête, filèrent en direction du sud jusqu'au camping ombragé de la Tamarissière qu'on leur avait conseillé en Agde quand elles louèrent les vélos. Une carte postale de vacances mal dirigée et elles furent repérées. Les oncles descendirent pour les remonter et les tenir serrées dans le genelev privé de la Maximilianstrasse. Les choses durent tourner plus mal encore en cage, puisque deux séides furent commandés pour laver l'honneur de la famille, sur place ! Les quatre individus interpelés n'étaient pas les maris et leurs pères mais les oncles et les tueurs à gages. De quoi tenir la page jusqu'à la Toussaint.

Dans la mesure où les agents actifs dans le double assassinat étaient sous les verrous, vous comprîtes alors que vous ne risquiez plus grand chose en restant un minimum prudents. L'Amazon filait un bon 120 sur l'autoroute en direction de la capitale internationale de la beuze. Vous vous étiez donné trois jours pour faire votre marché, en oubliant volontairement que vous seriez choisis et pas l'inverse finalement. Le plus simple à l'arrivée serait de commencer par laver la voiture qui en avait bien besoin. L'eau attire !

(la suite au prochain numéro)

jeudi 30 juin 2022

Impair, passe et manque !

Préambule d'actualité

Le sommet de l'OTAN à Madrid s'est achevé sur l'incorporation de deux pays neutres au commandement intégré de l'Alliance. La Suède et la Finlande ne font plus confiance aux locataires actuels et futurs du Kremlin et rejoignent l'Ost ! Ce sera dans l'histoire moderne la plus grosse défaite de Poutine que d'avoir fait avancer la ligne de crise sur sa propre frontière occidentale ; n'y était jusqu'ici exposée que l'enclave de Kaliningrad, qu'il avait fallu surarmer pour faire croire à ses habitants qu'ils étaient menacés par l'ogre Sam, ce qu'ils espéraient secrètement. La Turquie pour sa part, a obtenu la modernisation de son armée de l'air et la répression du parti communiste kurde en Scandinavie. On verra s'il elle a aussi les mains libres au Rojava syrien. Pour le moment elle s'affiche comme convoyeur de grains parce que le crédit russe ne peut pas laisser pourrir le grain ukrainien dans des entrepôts bombardés en même temps que s'annonce une famine au tiers-monde, dernier vestige de l'influence de Moscou sur terre, depuis son expulsion de la zone OCDE.

T72

Pendant ce temps ils ont bien du mérite, les blogmestres de la droite dure, de trouver une balistique stratégique à la guerre russe d'Ukraine. Si l'intention du petit csar est claire et répétée, pour ne pas dire assénée en continu, la non-prise en compte des collatéraux laisse accroire que le lt-colonel du KGB de Dresde n'était qu'un employé aux tampons, alors qu'il est un génie dont le dossier de canonisation avance dans les comptes bancaires du patriarche Kirill. Celui qu'une frange majoritaire de la droite française voyait jusqu'ici comme le saint sauveur de la race blanche né de la tradition la mieux ancrée dans les valeurs du passé, le dispute à Gribouille dans l'exécution de son projet ouvertement impérial. Il ne faut pas être très hostile pour prédire la ruine de l'ouvrage en faisant la liste des résultats attendus par tout ce que le monde compte de compteurs.

L'économie d'abord !

A la Noël russe, si une économie marchande de pénuries survit à la guerre par des échanges licites avec les grands pays émergents et la contrebande sur le marché du double-usage, elle aura perdu le marché de proximité de sa première valeur d'exportation : gas, pétrole, houille russes auront disparu des marchés européens et nippons. Certes ils pourront les revendre au tiers-monde, mais ces matières à prix d'ami se substitueront à des flux antérieurs qui par la force des choses devront être détournés où on les attend : le marché de l'énergie est à somme nulle dès lors que tout écart entre offre et demande est ajusté par le prix de marché. La Russie de M. Poutine aura diversifié sa production vers des pays tiers, moins solvables, moins disants. Et le Kremlin aura perdu son tout premier levier de chantage sur l'Europe, le plus facile, on-off !

Chat échaudé... les investissements étrangers dont la Russie a tant besoin pour relever le niveau de vie général de sa population, seront mesurés voire adossés à des garanties métalliques tels que les Etats en exigent des pays en guerre, surtout bien sûr s'ils en ont en réserves. Mais c'est moins l'argent que les connaissances qui se tarissent ; le transfert des technologies avancées est stoppé pour longtemps, les pays émergents n'y suppléeront pas. Le déclassement technologique de la Russie est affiché pour au moins deux générations ; ce qui va sortir les gens du Kremlin de la cour des grands. Trop d'usines sont à l'arrêt faute de composants ou de sous-ensembles pour que l'embryon d'industrie russe puisse redémarrer avec des alternatives chinoises ou indiennes (et à quel prix ?). En attendant ils clouent leurs avions au sol et ne livrent ni voitures modernes ni biens d'équipement domestique.

La force ensuite

On dit que la Russie bénéficie des stocks énormes de l'Union soviétique, suffisamment pour n'avoir pas à s'inquiéter de leur consommation dans le temps. Mais vu le taux de coulage des crédits militaires d'entretien depuis trente ans, nul ne sait, et peut-être le Kremlin pas plus que d'autres, ce qui est bon de guerre dans ces stocks et ce qui est bon de casse ! Et comment entretenir correctement une missilerie de précision sans les cartes électroniques de rechange ? En les faisant faire en Chine populaire au prix fort ? qui pis est, le produit est consommable par définition. Ils en reviendront - c'est déjà fait - aux missiles non guidables d'ancienne génération qui cherchent un effet de masse et de terreur sur des cibles au juger et maintiendront au plus haut niveau la réprobation de l'opinion internationale.

L'aviation russe ne combat pas, elle bombarde, et on aimerait voir ce que ses démonstrateurs de foire feront dans le vrai ciel contre des aéronefs occidentaux. Quant à l'arme blindée, elle semble inépuisable, moins quand même que les équipages qui n'en voit pas le bout. On est loin de la Percée de Sedan ! Les destructions sont impressionnantes (des deux côtés) même après deux gorgées de vodka.

La nouvelle stratégie ?

Les objectifs naturels de la Russie à son occident sont la rive gauche du Dniepr pour reconquérir la terre historiquement slave, et le corridor de Suwalki qui relie l'enclave russe de Kaliningrad à la Biélorussie occidentale par la Lituanie. Les trois pays baltes à forte minorité russe seraient alors coupés de l'Union européenne par la terre (mais pas par mer). A supposer que l'enclave ne soit pas devenue cible légitime de guerre et qu'ils y parviennent au prix de moults renoncements ou désaccords occidentaux, ce serait pour en faire quoi ? Pour battre la carte au mur de la baguette magique devant une assistance médusée ? L'Union soviétique revenue serait probablement dès lors ostracisée comme elle ne le fut jamais du temps de l'URSS et sa désorbitation conduirait certains pays comprehensifs à l'être moins, selon leurs intérêts bien compris.

Quelle joie s'emparerait alors des peuples ukrainiens et baltes libérés par la Russie, à reprendre les bonnes habitudes des queues alimentaires et des tickets de rationnement ! De la pénurie de tout et de tissus. Tous en gris dans la crasse de la Bêtise d'Etat ! Allez à la messe, c'est gratuit !

Comment tenir longtemps une position aussi exposée avec une économie effondrée sous perfusion indienne et chinoise ? Au prix exorbitant de compensations insoupçonnées jusque là. Les Indiens sont assez tordus et cupides pour extraire le meilleur avantage possible de la position de faiblesse de la Russie. Mais si on a parlé de la rive gauche du Dniepr, on pourrait maintenant parler de la rive droite de l'Oussouri et de l'Amour. Ce territoire dont les Russes sibériens ne font rien, faute de capital-risque et de courage au labeur, intéresse de plus en plus la Chine populaire dont la population du Dongbei piaffe d'impatience à mettre en valeur des terres autrefois chinoises qui leur manquent aujourd'hui.

En conclusion...

La guerre d'Ukraine n'est pas gagnée, loin s'en faut. Mais une chose est sûre, l'Europe réarme. Et ce réarmement se fait sur des armes de prochaine génération apportant aux pays décisifs dans l'affrontement une puissance de feu inégalée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. L'Allemagne projette à l'horizon de vingt ans la première armée conventionnelle du continent. Ils ont les usines à niveau et le savoir-faire. La France sera obligée de suivre, en distrayant des crédits de ses prestations sociales, sauf à disparaître de l'échiquier européen. La Grande Bretagne se saignera aux quatre veines pour tenir ses atterrages orientaux et le Détroit de Danemark qui la contourne. La clique mafieuse de Moscou n'aura plus qu'une réponse à faire, brandir ses ogives nucléaires. Bonne nuit les petits !

cul-de-lampe grenouilles

Que la paranoïa de Poutine apprenne aux chroniqueurs de tous les bords à ne pas se fier aux analystes payés au mois en matière de soviétologie et à laisser passer les vrais kremlinologues devant, qui eux, lisent entre les lignes, tendent les fils au bon endroit et comprennent l'état des lieux dans un monde complexe et irrationnel. C'est le charme russe ! Alors quand d'aucuns émettent un doute sur les qualités profondes de Poutine et déconstruisent sa mission salvatrice - qu'on lui paie des milliards - il serait prudent dans les rédactions de droite au moins, de lever un sourcil et de s'interroger. On en est moins ridicule ensuite, à chercher à rattraper le coup de manière fort piteuse, quand ce n'est pas de se jeter dans des théories du complot des services américains, des illuminatis et autres rose-croix qui font rire les gens sensés. Que cela serve !

mercredi 30 mars 2022

Faits, méfaits et allégations

Toutes les guerres commencent par un mort, un premier mort, et il a partout le même nom dans toutes les langues du monde ; il s'appelle "Vérité". Ainsi l'avait dit Kipling au petit Mowgli autour d'un feu de camp au fond de la jungle.
Dans l'affaire d'Ukraine il faut toujours garder ce proverbe à l'esprit, sans qu'il ne doive empêcher non plus de comprendre la situation à l'aune des allégations fournies par les parties en conflit. Un gros mensonge en dit souvent autant qu'une simple vérité. Mais ça demande plus de temps d'analyse que n'en ont à leur guise les experts et autres professionnels de la guerre qui hantent les plateaux télévisés. Méfions-nous donc de l'assurance platronnée par les intervenants. Les meilleurs sont parfois timides.

Tout le monde s'est royalement trompé depuis le sur-bluff initial de Vladimir Poutine qui éludait toute invasion, jusqu'au pessimisme affiché du CEMA Burkhard donnant il y a quinze jours, quinze jours justement aux forces ukrainiennes pour capituler ; lequel pronostic était repris en boucle sur la piste aux étoiles des commentateurs en 2ème section. Bon, on ne va y passer tout cet article non plus.

Dans ce combat contre la vérité il y a les justifications historiques de la russification de l'Ukraine pour endosser les discours de Poutine niant toute originalité à cet "assemblage" de pays issus des partages européens et de la guerre froide. S'y mêle l'Orthodoxie, tout un roman ! Des conférenciers ou éditorialistes de notre bord ont acheté la boîte à outils historiques du Kremlin parce qu'elle instrumentalise l'histoire à l'explication de la situation présente qui s'oppose à la logique découlant de la saccade d'événements antérieurs voire carrément anciens. Il ne laisse de m'étonner que nos penseurs ait gobé si facilement les reconstructions historiques d'un dirigeant, à la limite inculte, sans creuser un peu plus sous le vernis de la propagande. Chaque lecteur les reconnaîtra sans qu'il soit besoin de les nommer. Sauf qu'une fois encore leurs savantes conclusions croisent à angle droit les réalités du terrain. Et plus que toutes autres, la nation niée mais précipitée en bloc par la guerre ! Que vient faire la Galicie polonaise reprise par l'Autriche dans la schmilblick de 2022 ? la fondation du port d'Odessa par Catherine II quand la ville fut dépeuplée plusieurs fois et la dernière de tous ses juifs ? Les appartenances territoriales du passé ne sont pas pertinentes tant les populations ont été brassées, tuées, rebrassées en ces contrées. A l'exception aujourd'hui de la municipalité fédérale de Sébastopol et des enclaves russes sur la côte du Donbass (les Russes y remplaçant jadis les Ukrainiens morts de famine, et à nouveau en 2014 vidées des derniers Ukrainiens de souche) toutes les villes sont passées à l'Ukraine, même les villes russophones de Kharkiv (quatre fois détruite dans le passé), Marioupol et Odessa. Et les petits bleds partout, même indécis au départ de la crise, ont rallié rapidement la Résistance, toujours derrière leur maire, quel que soit l'idiome employé au marché du coin. Il faut dire que l'animosité criminelle déployée par l'Union soviétique en Ukraine est facilement remontée des profondeurs de l'histoire à force de bombardements russes. Subitement, on se souvint des contes de la veillée parlant des horreurs d'avant-guerre ! Parlant de l'holodomor !

S'il est un match dans le match que l'Ukraine a gagné c'est celui de la communication, et ce, grâce au président Volodymyr Zelensky dans le rôle de sa vie, comme au maire de Kyiv, Vitali Klitschko dans le combat de ring de sa vie. Comme quoi, l'Ecole de Guerre n'est pas l'alpha et l'omega de la capacité à vaincre : un peu d'intelligence, un peu de résilience mentale ne nuit pas. Le pays en ce moment a la chance de les avoir ! Mais ne laissons pas croire que la communication du Kremlin a échoué en Russie : le peuple adhère à la fable de la menace de destruction des Russes par l'Occident diabolique.

table de négociation Istanbul

Que penser de l'échange de bons procédés entre les délégations russe et ukrainienne à Istanbul ? On se souvient des trains de blindés russes remontant soi-disant vers leurs casernes d'origine avant que ne soit lancé l'assaut vers le Sud avec d'autres. On imagine les mêmes colonnes blindées quittant leurs position retranchées autour de Kyiv et faire demi-tour, s'il ne s'agit pas de la relève de la garde par des unités recomplétées et réinstruites. La Vérité a la chance de disposer d'un réseau satellitaire de renseignement qui compte les points et les compare à ceux échangés sur le tapis vert d'Istanbul. Tenons-nous en aux faits et ne conjecturons pas plus que de raison. Poutine ne peut pas faire la paix à son détriment. Ça le tuerait ! Mais il est une hypothèse crédible : les pouparlers de paix, s'ils sont connus des unités élementaires russes, vont déclencher une certaine inappétence au combat de l'infanterie russe chez laquelle nul ne voudra jouer le rôle du dernier mort avant clairon de l'armistice.
On parlera bientôt de la neutralisation stratégique garantie de l'Ukraine telle que la propose Kyiv.

vendredi 14 août 2020

"Blue Homeland"

Préambule

L'agitation quasiment hystérique du président turc en Méditerranée orientale ne peut être comprise sans connaître Le Plan. Comme le "China Dream" de Xi Jinping, Recep Tayyip Erdoğan a son "Mavi Vatan". J'en ignorais les détails jusqu'à ce que je croise sur le site de l'IIMSR le capitaine de frégate en retraite Eyal Pinko qui m'expliqua tout ça par le menu. La doctrine turque s'appelle "The Blue Homeland". A partir d'ici c'est le marin israélien qui parle à travers une traduction belle infidèle typiquement RA [temps de lecture 9 minutes]:



The Blue Homeland

La doctrine Blue Homeland (on ne va pas traduire), qui fut annoncée par l'amiral turc Cem Gurdeniz en 2006 sous couverture du gouvernement, a pour but de consolider le contrôle turc des trois mers, pour affirmer l'influence régionale et internationale de la Turquie tout en accédant aux sources d'énergie, dans une démarche de souveraineté pour gérer sa croissance et la pression démographique sans dépendance d'aucun pays. Derrière les objectifs déclarés de la doctrine Blue Homeland, la Turquie cache celui d'annuler les effets du Traité de Lausanne qui fut imposé aux Turcs en 1923. Ce traité imposé après la Première guerre mondiale à la chute de l'Empire ottoman réduisit ses marches et les laissa sous contrôle occidental pour presque cent ans bientôt. Jusqu'aux années 2000, la Turquie put jouir des faveurs occidentales et américaines qui lui permirent d'affirmer sa souveraineté tout en se protégeant de la menace communiste. A la chute du bloc communiste et de l'affaiblissement de la Russie, la Turquie fit face à des besoins énergétiques corrélés à sa croissance économique et démographique (80 millions d'habitants aujourd'hui et un pronostic de 90 millions en 2030). L'énergie est le moteur de la croissance turque [...] mais ses sources d'approvisionnement sont toutes étrangères : les fournisseurs sont la Russie, l'Iran, l'Irak et la Libye. La Turquie a importé en 2018 plus d'un million de barils/jour de pétrole et 51 milliards de mètres-cubes de gaz de ces pays. La géoposition des sources étrangères d'énergie oblige la Turquie a être active militairement pour assurer un flux continu comme par exemple au nord de la Syrie et de l'Irak, en Libye et sur la Corne de l'Afrique. D'un autre côté, la Turquie affronte politiquement ces pays (Russie, Iran, Irak, Libye) même si ceux-ci ne le souhaitent pas vraiment. Par exemple, les tensions et la coordination délicate des combats face aux Russes dans le nord de la Syrie illustrent la finesse du jeu russo-turc qui par moment croise à angle droit les intérêts politiques, militaires et économiques turcs. Cependant, la probabilité d'un conflit ouvert entre la Turquie et la Russie (en général et en Syrie particulièrement) est très basse.

L'analyse turque du besoin d'indépendance énergétique conduisit à formuler la doctrine Blue Homeland dont le but, déjà mentionné, est de maîtriser des sources d'énergie et de créer un espace libre de contraintes dans ce domaine. Deux zones de contrôle sont assignées par la doctrine Blue Homeland : La première zone comprend les trois mers qui bordent la Turquie : Méditerranée (ndlr: orientale), Mer Egée, Mer noire. La seconde zone est stratégique (ndlr: pour les appros) ; elle comprend la Mer rouge, la Caspienne, la Mer d'Arabie et le Golfe persique. La domination turque et l'accomplissement de la doctrine BH se manifestent par un déploiement de la puissance navale sur ces mers, y compris par le contrôle de réservoirs de pétrole et de gaz. Un autre aspect de l'affermissement d'une supériorité réside dans le soutien politique aux pays de la région considérée, l'établissement de bases militaires et l'entraînement de forces militaires locales susceptibles de se ranger à ses côtés. Ainsi la Turquie a construit des bases militaires et navales en Somalie, au Soudan, en Libye et au Qatar, avec formation des soldats, fourniture d'armement, munitions et autre soutien militaire. Dernièrement, on a lu que la Turquie avait envoyé en Libye depuis la Syrie deux mille mercenaires et des conseillers militaires qui travaillent en son nom pour défendre et maintenir en place le gouvernement libyen.


Construction d'une puissance navale

La marine turque opère régulièrement en Méditerranée, en Mer noire (surtout devant la Bulgarie) et en Mer Egée sur les approches orientales des îles grecques. La marine turque a commencé à manœuvrer aussi en Mer rouge, dans le Détroit de Bab el-Mandeb, en Mer d'Arabie et sur le Golfe persique, et même conjointement avec le Pakistan. La coopération avec le Pakistan est basée sur une perspective stratégique de développement d'une présence permanente turque en Mer d'Arabie (ndlr: Gwadar) jusqu'aux golfes de l'Inde. La Turquie a compris que sa topographie terrestre couverte de montagnes était un avantage défensif qui la protégeait d'attaque au sol. Les frontières maritimes qui s'étendent sur trois mers, sont en revanche son point faible en un sens, mais constituent aussi une opportunité pour sécuriser des approvisionnement énergétiques indépendants et son expansion tout à la fois. Ce raisonnement, bien dans les traces de l'histoire ottomane, a conduit Erdoğan à initier un programme de construction d'une force navale appelé "Milgem", très peu de temps après son accession au pouvoir. Ce programme bénéficie de fonds et moyens abondants mais affirme aussi que l'établissement de la Turquie comme puissance régionale et internationale passe par le développement d'une technologie locale et d'une industrie turques indépendantes. L'industrie de défense turque est centrée sur le développement et la production de vaisseaux, avions et systèmes d'arme avancés pour l'armée en général et la flotte en particulier. Plus encore, la Turquie a pour ambition de devenir un leader mondial dans le commerce de l'armement, ce qui lui permettra d'influencer pays et politiques des pays, comme il en va dans les modèles américain, chinois et russe.

Dans le projet "Milgem", quatre corvettes ont été développée et construites pour la lutte anti-sous-marine, une autre pour l'acquisition de renseignement, quatre frégates surface-surface et quatre autres pour la lutte antiaérienne. Toujours dans ce projet, quatre corvettes modernes ont été construites pour la marine pakistanaise ces dernières années. De même ont été construits pour la marine turque trente-trois chalands de débarquement d'infanterie et de blindés sur les côtes ennemies. Le développement de capacités de soutien au débarquement sur les plages permet à la Turquie d'opérer sur les îles orientales grecques et d'en prendre le contrôle au cours d'une campagne. La Turquie construit en plus dans ses propres chantiers navals six sous-marins code U-214 allemand sous licence et appui des chantiers HDW (ndlr: Howaldtswerke Deutsche Werft AG, Kiel). Ces six sous-marins turcs (incorporant des capacités anaérobies qui autorisent une longue endurance en immersion) doivent être opérationnels de 2021 à 2027 et rejoindront la flotte des dix sous-marins classiques que la Turquie exploite depuis longtemps déjà. Le summum de la construction des forces navales turques est le porte-avions qui mettra en action les chasseurs F-35. Le porte-avions qui est attendu en opérations pour 2021, accroît sensiblement les capacités opérationnelles de la Turquie en Méditerranée et en Mer rouge, en insistant particulièrement sur la Libye, le Soudan et d'autres pays de la région. La Turquie envisage même de construire un second porte-avions. Il n'y a aucun doute qu'un groupement aéro-naval développera de manière décisive ses capacités de dissuasion. Durant les prochaines années, la marine turque mettra en ligne :

- 16 avions de reconnaissance
- 40 hélicoptères
- 16 sous-marins (avec les 6 HDW en construction)
- 21 frégates
- 35 torpilleurs
- 32 chasseurs de mines
- 1 navire de commandement et soutien à longue portée
- une douzaine de navires ancillaires

La marine turque enrôle environ 260000 personnels, y compris des commandos et des fusiliers-marins régulièrement entraînés par les Etats-Unis, et qui sont équipés de missiles anti-char, de blindés et d'armes de combat au sol. Ces troupes ont accumulé une grande expérience dans les campagnes de Syrie et de Libye, expérience qui leur servira à améliorer capacités opérationnelles et doctrine de combat.


En résumé

La vision Blue Homeland qui est active depuis les années récentes n'est pas que celle d'Erdoğan, l'homme fort de Turquie, mais s'accorde avec une aspiration nationaliste qui convoque la Turquie à retrouver l'influence politique et économique qu'avait obtenu en son temps l'Empire ottoman. Ce sont des considérations politiques et économiques qui conduisent la vision du Blue Homeland dont l'essence-même est d'offrir à la Turquie l'indépendance dans les domaines économiques et énergétiques. L'indépendance énergétique turque dépend de sa capacité à exploiter et contrôler les eaux de la Méditerranée, de la Mer noire, de la Mer Egée, de la Mer rouge et du Golfe persique. La doctrine Blue Homeland bâtit une force navale conséquente pour la Turquie qui comprend non seulement des douzaines de nouveaux navires et aéronefs mais aussi la technologie et les capacités domestiques de construction navale, la production d'aéronefs, celle des capteurs de données et plus généralement l'armement. L'effort de construction des forces turques va apporter dans les années à venir une puissance navale de plus de cent quarante navires (y compris les sous-marins), plus de soixante aéronefs (dont des chasseurs) et des milliers de troupes de marine. Cet effort est soutenu de démarches politiques et militaires telles que la formation d'unités au combat et leur équipement dans des contrées éloignées comme la Libye, le Soudan, le Qatar et le Pakistan. Début mars 2019, la marine turque a conduit l'exercice de guerre le plus important depuis sa création. La manœuvre qui fut appelée "The Blue Homeland", a suivi et validé la doctrine turque établie en 2006 et a donné le tampon final sur ses capacités militaires, en surface et en immersion, dans l'attaque des côtes et le débarquement. Les ambitions navales turques sont devenues réalité treize ans seulement après qu'elles furent déclarées. [...]
Erdoğan sait qu'Israël, la Russie, la France, l'Egypte, l'Arabie séoudite, la Grèce et Chypre ne soutiennent pas ses ambitions politico-économiques, et c'est pourquoi il applique à pas lent la Doctrine afin de ne pas être surpris en train de menacer la stabilité régionale (ndlr: c'était peut-être vrai au printemps dernier, ça ne l'est plus). Mais l'achèvement de la doctrine BH assurera à la Turquie son indépendance énergétique et lui permettra d'être une puissance maritime, économique et politique régionale capable de contrôler les eaux de la Méditerranée (orientale), de la Mer Egée, de la Mer noire et de la Mer rouge. [fin de l'article de Eyal Pinko]


Commentaires

Il y a plusieurs étages à commenter. Le premier point qui fasse débat est la légitimité ou non de la démarche géopolitique de la Turquie islamique qui vise à revenir sur les marches de l'empire défunt, qui fut aussi un califat. Le traité de Lausanne a dénié toute souveraineté maritime à la Turquie en Mer Egée au bénéfice des héritiers de la vieille thalassocratie hellénique. L'affaire aura tenu 97 ans. La Turquie réarmée peut reprendre les îles orientales grecques, parce que c'est vital pour elle, donc inéluctable. Elle laissera peut-être les populations résidentes vaquer à leurs occupations touristiques, mais l'eau sera rouge ! Cette provocation enfreint le droit, l'alliance atlantique et les bonnes mœurs des chancelleries mais quand on a dit ça, on n'a pas avancé beaucoup. La situation en Mer de Chine orientale et méridionale est comparable avec celle en Méditerranée orientale. Ou bien on négocie un amendement au traité de 1923 qui ne lèse personne, ou alors on fait la guerre à la Turquie. Qui va la gagner ? Celui qui aura les Etats-Unis et la 6è Flotte avec lui.

L'étage en-dessous est dans le rapport de puissance, de puissance tout court. Le talon d'Achille (gag) de Recep Tayyip Erdoğan est son économie domestique qui est assez mal en point, sans parler de sa monnaie qui est une piastre sans valeur. Pour devenir puissant, il faut une chaudière économique performante, à défaut, beaucoup de rentes minières à valoriser comme le fait la Russie de Poutine lente à s'industrialiser. La brutalité de l'administration AKP est la cause du blocage économique et la classe moyenne en est persuadée. A 867b$ le PIB turc est en bas du Top-20 au même niveau que celui des Pays-Bas. Ce n'est pas beaucoup pour un pays de 80 millions d'habitants qui veut construire une escadre de suprématie. Mais, comme on le voit ailleurs, crève le paysan s'il faut couler l'acier. Sauf insurrection générale !

Le dernier étage est le nôtre. Faute de succès intérieurs, le président Macron compense ses déboires nationaux par une agitation extérieure tous azimuts. Que l'on sauve le Liban, pourquoi pas, même si la corruption endémique de la kleptocratie locale est le plus sûr gage d'échec. Quoique les rapports qui rentrent montrent que les intervenants extérieurs comme la France ne s'encombrent plus de pseudo-autorités locales en pleines magouilles. Si les moyens choisis sont "spectaculaires" (dixit Erdoğan), ils nous engagent peut-être plus que de raison, surtout si on les renforce encore en Mer Egée. Que ferions-nous si un sous-marin grec torpillait le navire de recherche sismique Oruç Reis en haute mer (photo) ? Nous avons déjà essuyé un vent de la part de l'Amirauté turque en voulant arraisonner un cargo escorté à destination de Tripoli. Allons-nous nous ranger au côté de l'escadre grecque et ôter les tapes de bouche ? Quatre autres marines sont intéressées à la question : la 6è Flotte US, celle de sa Gracieuse Majesté au point d'appui de Gibraltar avec la RAF sur la base anglaise d'Akrotiri à Chypre, l'escadre italienne et l'escadre russe de Sébastopol. Avons-nous parlé à ces gens ? Il semblerait que la 6è Flotte américaine envisage de nous mettre des bâtons dans les roues. Je laisse à chacun le plaisir de délirer sur les suites à attendre d'une confrontation gréco-turque en Méditerranée orientale. [Fin des commentaires]

dimanche 8 mars 2020

In bed with Erdogan

L'affaire turque est sérieuse et toute explication prend le risque du contrepied tant est imprévisible le Sultan Erdogan. Devons-nous chercher à le comprendre ? C'est l'ambition de ce billet qui fera date dans les annales diplomatiques du Quai d'Orsay si d'aventure il y pénétrait un jour. Fin de l'entame humoristique.


En tant qu'Européen, on peut détester Erdogan pour la bordée d'insultes avec laquelle il décore toute adresse à l'Europe occidentale, nous faisant la leçon mal apprise à tout mauvais escient et particulièrement pour nous, Français, dans ses diatribes contre la colonisation. Il est inutile de lui renvoyer en pleine figure la colonisation impitoyable de la nation arabe par les Ottomans, cela renchérit son hubris d'être comparé aux grands ancêtres. Mais puisque l'affaire qui nous occupe ce soir est d'origine syrienne, il faut rappeler trois choses :

D'abord, la liquidation de l'Empire ottoman après la Grande Guerre a fait renaître l'irrédentisme kurde par toute la montagne depuis Elazig en Turquie jusqu'à Bakhtaran en Iran. Sous le mandat de la SDN, les Français privilégièrent les Kurdes qui nous en sont reconnaissants encore aujourd'hui, même si le projet anglo-français d'un Kurdistan indépendant a foiré sous la pression de Kemal Ataturk. Premier mauvais point.

A l'époque du mandat syrien, la France avait un intérêt particulier pour le sandjak turc d'Alexandrette, aujourd'hui Iskenderun, au point de le rattacher à la Syrie. Puis, sous la pression insistante des Turcs qui procédèrent au nettoyage ethnique du territoire, le Front populaire échangea cette république-croupion contre la neutralité turque pendant la guerre qui s'annonçait avec l'Allemagne. Deuxième mauvais point.

Pendant la présente guerre de Syrie, les puissances occidentales sur zone ont utilisé l'infanterie kurde pour réduire les troupes de l'Organisation Etat islamique, lui apportant couverture aérienne et préparations d'artillerie. Or les Kurdes syriens poursuivent un projet d'établissement d'un Etat autonome dans le nord de la Syrie sur le modèle du Kurdistan irakien d'Erbil établi sur la frontière turque. Ces Kurdes, quoiqu'ils en disent, sont affiliés au PKK qui créé beaucoup de soucis à Ankara. Troisième mauvais point.


La stratégie d'Erdogan est très simple : outre la nécessité d'abolir le régime alaouite sanglant de la famille Assad, elle consiste à éparpiller les Kurdes le plus loin possible de la frontière turque afin qu'ils ne s'ancrent pas au sol, et à créer une zone tampon qu'il entend remplir de trois millions de réfugiés syriens présentement sur son sol. Reste à résoudre la question des autres nationalités de migrants qu'il a en surnombre ! Mais compte-tenu de l'intention répétée et prouvée du régime de Damas de reconquérir la poche d'Idlib à n'importe quel prix en vies civiles, Erdogan anticipe une rupture de la digue frontalière laissant entrer un ou deux millions de Syriens supplémentaires. Ce qui dans l'état actuel de l'économie turque est carrément intenable tant pour le régime AKP que pour l'Etat lui-même. On peut ainsi comprendre qu'Erdogan manœuvre aujourd'hui pour décompresser ses camps de réfugiés en poussant sur la frontière de l'Union européenne quinze mille réfugiés de toutes nationalités pour tester la résistance du "mur". Et à dire vrai, ce ne sont pas les cinq cents millions d'aide humanitaire qui vont améliorer sa situation intérieure précaire.

Les causes et conséquences de la guerre civile syrienne sont bien expliquées dans la Wikipedia (clic). Idlib fut une des premières villes à basculer dans l'insurrection au début du printemps syrien quand il était permis de croire que la pression de la rue chasserait la famille prédatrice de Damas, comme à Tunis ou au Caire. A ce motif, les Assad vouent une haine tenace envers les populations du nord-ouest, qu'ils bombardent en aveugle, rasant écoles, dispensaires, marchés sans distinction. Le pire est que les Russes n'en font pas moins, mais si l'on se souvient de la reconquête de Grozny (Tchétchénie) on ne s'étonne de rien.

Il est deux questions en suspens : les milices djihadistes et les chrétiens d'Orient. Ce sont deux prétextes brandis par les soutiens français de Bachar el-Assad. Les milices sont indéniablement les supplétifs (pas toujours obéissants) de l'armée turque qui évite d'engager son infanterie portée dans la zone des combats. Ankara s'en servira jusqu'à leur extinction. Les chrétiens de Syrie sont otages du pouvoir alaouite qui instrumentalise leurs chefs et s'en sert pour ses campagnes de propagande. A dire vrai, ne restent autour de la famille que les alaouites, les chiites libanais et les chrétiens orientaux. La libération de ces derniers doit être à l'ordre du jour des puissances occidentales plutôt que de les laisser utiliser par les idiots utiles du pouvoir damascène.

Une morale de la fable : à faire la guerre, autant la faire à fond et la gagner. La chorégraphie occidentale depuis le début de l'affaire syrienne pêche en muscle et détermination. Le choix aurait pu être au départ de ne se mêler de rien, même avec la proclamation du nouveau califat ! Les monarchies arabes, riches à ne plus savoir quoi inventer comme investissement chez elles, auraient réglé le problème, entre elles d'abord et sur le terrain ensuite. Le foyer d'infection islamiste pouvait être contrôlé en France au départ et au retour des djihadistes en décrétant l'état d'exception... et en pourchassant les prédicateurs, les Frères et tous les factieux qui nous avaient déclaré la guerre. On n'y reviendra pas.

L'autre choix était ouvert après la seconde attaque chimique. Obama et les Communes britanniques portent une lourde responsabilité dans leur refus de réagir comme annoncé, ce qui donna au régime la libre pratique de toutes les exactions. On pouvait détruire le régime dans son palais et toutes ses infrastructures militaires. Bien sûr il fallait derrière occuper le terrain pour bloquer l'appel d'air, et sans doute écraser Raqqa, la capitale déclarée de l'OEI, comme jadis Dresde, avant de répéter la mesure sur Mossoul. C'était une guerre. Savons-nous encore la faire ? Nos états-majors et les armées y sont prêts mais qu'en est-il de nos politiques ? Alors il est assez facile de débiner Erdogan qui s'expose au balcon, engage des moyens, tape sur les concentrations de troupes et descend des Sukhoi syriens au nez et à la barbe des Russes dont on nous dit ici tant de bien ! Avant de le vouer aux gémonies, regardons la situation très critique dans laquelle sa position géographique l'a placé, tenons bon sur les frontières grecque et bulgare, et fermons notre gueule !

dimanche 7 octobre 2018

Lépante 447ème !

La bataille navale de Lépante devait décider du sort de la guerre ottomane en Méditerranée centrale et orientale au XVIè siècle. Les Turcs ayant conquis sur les Vénitiens l'île de Chypre et la forteresse de Famagouste dont le gouverneur sera pelé vif à l'été de 1571, le pape Pie V appelle à la croisade pour stopper l'énième poussée des "Barbares".

La rencontre des armées navales a lieu le 7 octobre 1571 au débouché du golfe de Patras sur la mer Ionienne, à proximité du site de la bataille d’Actium qui opposa la flotte de Marc Antoine à celle d’Octave en 31 avant JC. La Sainte Ligue écrase les Turcs, les livres d'histoire regorgent de récits, d'anecdotes et analyses ; nous n'avons pas la prétention de "refaire" l'histoire, mais relèverons deux points pour marquer cette commémoration : les forces engagées et l'issue de la guerre en Méditerranée. En attendant voici la célèbre fresque que Vasari posa au mur de la Sala Regia du Vatican en 1573 pour Grégoire XIII.



A.- Contributeurs à l'escadre de la Sainte Ligue sous le commandement de Don Juan d'Autriche (1545-1578), frère de Philippe II d'Espagne, et manœuvrée par des amiraux de talents tels que Marc-Antoine Colonna pour le Saint-Siège, le doge Sebastiano Veniero, Andrea Doria pour Gênes ou Andrea Provana di Leyni pour la Savoie à Nice :

202 galères et 6 galéasses vénitiennes armées de canons provenant des pays suivants :

- Royaume d'Espagne
- République de Venise
- République de Gênes
- Royaume de Sicile
- Royaume de Naples
- Saint-Siège
- Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (à partir de Malte)
- Duché de Savoie

La flotte de la Ligue perdra 12 galères seulement, mais 7000 hommes dans les assauts plus de nombreux blessés.

B.- Composition de l'escadre ottomane de Selim II sous le commandement d'Ali Bâcha, assisté de l'amiral Mehmed Siroco, gouverneur du Sandjak d’Alexandrie, du capitaine calabrais Ali Kilidj et du dey corsaire algérois Euldj Ali (qui capturera plus tard Miguel de Cervantès devant Barcelone):

210 galères plus 63 fustes et galiotes

Les Turcs abandonneront 117 galères à la Ligue et en laisseront 63 au fond, outre la chiourme en majorité chrétienne libérée par les captures. On parle au moins de 20000 morts au combat.




L'issue de la guerre vénéto-turque sera celle de la coalition qui se désagrègera par la détente. Les intérêts immédiats de chacun divergeaient. Les Vénitiens au contact du problème devront composer, dès lors que l'Empire ottoman avait reconstruit sa flotte et récupéré la suprématie navale en Méditerranée. Finalement Selim II conservera Chypre et l'année suivante le doge paiera tribut pour continuer à faire du commerce avec les Echelles du Levant et le bassin oriental.

La France de Charles IX et de Catherine de Médicis, embourbée dans les guerres de religion sur son propre territoire, aura d'autres priorités que de combattre le Grand Turc, avec lequel d'ailleurs François Ier avait scellé une alliance de revers contre Charles-Quint en 1536, alliance qualifiée d'impie mais qui aura l'avantage de nous ouvrir les routes commerciales de l'Orient et compliquera terriblement l'obsession française des Habsbourg. Les capitulations obtenues de la Sublime Porte (accords commerciaux) feront des jaloux chez les nations commerçantes comme les Pays-Bas ou ceux de la Hanse, mais la France moins mercantile n'en tirera pas tous les profits possibles (confer la Wikipedia).

Comme toutes les grandes pages d'histoire, Lépante est devenue une légende en Occident, de l'importance de Poitiers (732) pour la France, même si un succès militaire si éclatant ne put renverser l'équation géostratégique. Il faudra attendre que l'Empire ottoman pourrisse sur pied au XIXè siècle pour s'occuper à le détruire. Le résultat d'aujourd'hui sur ce qui fut et redevient sa zone d'intérêts n'est pas probant, les lambeaux du dépeçage Sykes-Picot peinent encore à se recoudre, et pour faire court, son aire de colonisation est à feu et à sang.

Il reste de tout ça que l'union est nécessaire parfois, et que la convergence d'intérêts européens peut les précipiter dans une force redoutable si nous voulons nous en donner les moyens, en mettant un bémol sur notre sacrosaint confort. A nous de nous en souvenir au moment où montent les périls. Les cadeaux diplomatiques n'existent pas sauf en présents de courtoisie. Nous risquons de danser sans choisir la musique si nous ne montrons pas les dents !




PS : Qui commémore Lépante avec nous ?

- La Société d'art et d'histoire du Mentonnais (ils y étaient)
- L'Agência Boa Impresa de Sao Paulo
- Le site Vivicentro de Naples avec une très belle vue de la bataille à vol d'oiseau
- Tempostretto de Messine
- Enna Press (Sicile)
- Il Cattolico


lundi 12 juin 2017

Qatar, premier round



Alors que toute la Ligue arabe semblait aimantée dans la même direction lors de la visite de Donald Trump à Riyad, les conseillers du roi Salmane d'Arabie séoudite ont déclenché l'embargo sur le Qatar. Le motif exprimé à la face du monde est sans intérêt, car risible. Toute la péninsule laisse fondations charitables, confréries pieuses et autres organes islamiques financer les groupes de combattants musulmans jusqu'à atteindre parfois l'organisation du prétendu Etat islamique pour le Levant et l'Irak. Cela fait des années que le Qatar fait la nique au puissant royaume des Séouds, tant par le désalignement stratégique que par la propagande laïque d'Aljazeera. Et qui pis est, l'émirat, partageant un champ gazier sous le Golfe avec l'Iran des mollahs, est accusé de compréhension à l'égard du grand démon chiite assoiffé de conquêtes (Irak, Yémen, quoi demain...).

Une carte nous montre que le Qatar est une presqu'île accessible par mer et par air si l'Iran le veut bien, dès lors que l'Arabie Saoudite ferme le pédoncule terrestre. Donc les observateurs payés au mois supputent une provocation séoudienne visant à jeter le Qatar affamé par le blocus dans les bras de l'Iran, ce qui justifiera le déferlement d'une division blindée venant sauver le sunnisme arabe de l'hérésie. Remarquez que c'est arrivé au Bahreïn où la majorité chiite s'est soulevée spontanément jusqu'à ce que la dynastie El-Khalifa appelle le roi au secours, qui a fait donner les chars - il n'y avait que la Chaussée Roi Fahd à franchir. L'Iran a toujours nié fomenter des troubles, on peut ne pas le croire ou l'inverse, et noter que la contestation débordait largement la communauté chiite. Au moment d'écrire ces lignes, l'Iran force déjà le blocus par avion et fait manœuvrer une petite escadre au large du Sultanat d'Oman pour encombrer le détroit. Quant au Bahreïn, c'est devenu aujourd'hui un royaume maté, une valeur sûre pour les Séouds.


Mais il y a un os pour refaire le coup du Bahreïn au Qatar. Le Grand Turc s'en mêle, qui a fait voter au parlement d'Ankara le déploiement de troupes turques dans l'émirat où une base s'apprête à les recevoir. Le roi peut se mesurer aux Turcs loin de chez eux, en souvenir de l'épopée de Lawrence d'Arabie, et faire donner ses armées toutes neuves, mais le terrain est miné en quatre endroits : les alliés occidentaux ont cinq bases militaires : le CENTCOM des Etats-Unis a une grande base aérienne à El-Udeid (Qatar), une base navale pour la V° Flotte à Manama (Bahreïn), les Britanniques développent une base navale au port bahreïni de Mina Salman et la France une base marine active à Abou-Dhabi qui double ses capacités de Djibouti, plus une base aérienne (BA104) incluse dans la base émirienne d'El-Dhafra. Il y a peu de chances que les artilleries turque et séoudienne donnent de la voix sur zone. D'où l'offre de médiation de l'émir Sabah IV du Koweit, pris en tenaille entre l'Irak (toujours revanchard) et l'Arabie séoudite hégémonique, qui craint pour sa vie et ses puits.

Les deux pays occidentaux les plus "mouillés" sur le Golfe persique sont la France et les Etats-Unis, les Anglais étant toujours la référence historique. La logique diplomatique voudrait que les trois occidentaux s'entendent - il ne serait pas inintelligent que la Grande Bretagne soit investie médiatrice - et que commencent des discussions entre les Emirats arabes unis, l'Arabie heureuse, le Qatar en prenant soin de bien refouler la Turquie des salles de conférence pour les raisons qu'on vous expose ci-après. Un mot sur le sultanat d'Oman, voisin incontournable mais détesté de Riyad pour son indépendance d'esprit et sa position stratégique sur le détroit d'Ormuz alors que Riyad n'a nulle part ce type de levier géographique.

Recep Erdoğan refait à Doha le même coup que Vladimir Poutine avait fait à Damas en envoyant ses armées au secours de Bachar el-Assad. Comme Poutine, il a une petite base en construction près de Doha qui fait tête de pont ; comme Poutine, il veut surprendre les chancelleries du monde qui doivent l'admirer comme le Soliman revenu ; comme Poutine, il est très content de faire la nique aux Américains. Le déploiement turc est fait sous le couvert d'un accord de défense mutuelle de 2014 avec une clause automatique dite de "casus fœderis" (style art.5 du traité de l'Atlantique nord). Erdoğan signe ce genre d'accord avec qui il peut dans le projet ottoman d'un retour de la Turquie au premier rang des nations. L'intrusion de la Turquie n'apporte aucun crédit d'apaisement, a fortiori vis à vis de l'Iran. On voit bien que la paix n'est pas l'obsession d'Ankara qui semble vouloir prospérer sur les cassures arabes et le fumier commercial des Emirats. Et comme nous le voyons en Syrie, le gouvernement Erdogan ne se battra éventuellement sur le Golfe que pour ses propres intérêts qui... rejoignent ceux de l'Iran dans les provinces kurdes de l'Est.


Mais puisqu'on parle de Poutine, notons que le ministre des affaires étrangères El-Thani est monté samedi dernier voir Sergeï Lavrov à Moscou pour se plaindre du sort fait à l'émirat. Les Russes détestent que les fils noués dans l'affaire syrienne soient coupés et ré-entortillés autrement, juste au moment où l'on va en finir à Mossoul et à Raqqa avec l'organisation Etat islamique. Tout le monde a son filleul dans cette guerre et les rôles sont attribués, les hiérarchies aussi. Après bien des tâtonnements, le Kremlin est parvenu à rester du côté de la crosse en ménageant les loups sunnites et les moutons chiites pour la suite à donner. Mais nul à Moscou n'a l'intention de s'attarder sur l'Euphrate, la guerre coûte un bras et tout bouleversement, sans parler même d'une guerre déportée sur le Golfe, enferrerait les forces russes sur place. A la fin, on arrive à une confrontation américano-russe qui ne peut pas tourner en affrontement mais, vu les histoires d'interférences de hackers russes dans l'élection présidentielle américaine, ce n'est vraiment pas le moment de discuter d'une garantie de stabilisation du Golfe persique avec les Russes au Congrès de Washington.

Justement, comment va réagir le gorille de neuf cents livres qui sommeille dans le coin de la pièce ? Le président Trump n'est pas encore prêt, ce type de dossier inextricable ne pouvant être assimilé en une seule semaine. Et puis il est carrément obsédé par tous ceux qui voudraient le foutre à la porte de la Maison Blanche.

Alors, les Turcs, les Arabes, les comment déjà ? Emiratis, Qataris, Koweitis, c'est des dollars américains au moins ? Même pas, mon Commander-in-Chief, des piastres de nègres !
- Riyals, rials, dinars, dirhams...
- Ta gueule, Steve ! appelle-moi Mike Pompeo à Langley !


Quelle issue, sans issue ?
(1) Pronostic vital engagé pour le commerce de Dubaï.
(2) Quid du Conseil de coopération du Golfe qui manœuvre les divisions blindées ? Avec l'imbrication des accords mutuel de défense, partout ailleurs ce Conseil aurait volé en éclats. Sauf ici, vous savez l'expression "l'orient compliqué" ! Seuls le Quai d'Orsay et le Foreign Office y comprennent quelque chose, et nous n'y sommes pas.

mardi 15 mars 2016

La diagonale du fou


SU-35

Quelle mouche a piqué le Csar de toutes les Russies avant la chute de Palmyre ? Vladimir Poutine plie les gaules et rentre à la maison. Pour quelles raisons ? Toutes les hypothèses sont sur la table des exégètes payés au mois, mais il en est une que je privilégie : la déception russe devant le peu de combativité de l'infanterie syrienne. Elle n'avance qu'après la vitrification de l'espace par les appui-feu russes. Quasiment réduite à sa composante alaouite, parfois enrôlée de force, elle ne se bat pas, elle occupe le vide créé. On va toucher du doigt la vérité de cette déception demain dans les combats de Palmyre, d'où l'armée syrienne s'était enfuie sans combattre à la simple annonce d'une avancée de l'OEI. Reprendra-t-elle la ville sacrée et s'y maintiendra-t-elle, seule ?

La deuxième raison qui peut avoir irrité Vladimir Poutine est un certain renouveau de l'arrogance de Bachar el-Assad et sa clique, fiers de la progression de leurs armées sur le terrain alors que tout le crédit est à porter aux opérations russes. Les voilà qui déjà nous signalent que le président alaouite sera imbattable en cas d'élection, alors que tous les acteurs de terrain, à la notable exclusion de l'Iran, le souhaiteraient déjà mort pour pouvoir écrire la suite !

La troisième raison est stratégique. la Russie n'a aucun intérêt à se brouiller avec la Turquie même si l'entêtement du Sultan Erdogan est difficile à gérer. La Russie est en délicatesse avec l'Union européenne sur la question ukrainienne, elle doit faire face à l'hostilité ouverte des Pays baltes et de la Pologne qui a conduit les Etats-Unis à renforcer sensiblement le front oriental de l'Alliance atlantique, ses alliés naturels de la CEI ne lui sont d'aucun secours ! Aussi pourquoi se mettre en plus la Turquie à dos ?

S'il fallait rajouter une autre raison, je pencherais pour un souci de détente avec l'Administration Obama qui est la seule clef pour faire baisser les sanctions européennes, les plus génantes. L'économie russe est très mal en point et aucune guerre n'a jamais guéri durablement un pays arrêté sur place, de son propre fait !

L'attitude de la Russie aux négociations syriennes de Genève qui s'ouvrent aujourd'hui, sera très éclairante, n'en doutons pas.

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mardi 31 juillet 2012

Un enkroumage avant congé


La longue histoire de Sainte-Sophie de Trébizonde
Construite par l'empereur byzantin Manuel Ier Comnène dit le Grand entre 1238 et 1263, l'église Sainte Sophie fut convertie en mosquée après la prise de Trébizonde par le sultan Mehmed II en 1461, et l'intérieur fut passé au blanc de chaux. On lui attacha une fondation charitable et pendant quatre siècles cet édifice remarquable a suscité l'intérêt de voyageurs et chercheurs si l'on en croit les relations de voyage d'auteurs connus (Çelebi, Pitton de Tournefort, Hamilton par exemple). Les intempéries et l'usure du temps ruinèrent l'église admirablement située sur un promontoire dominant la Mer Noire. Sur les encouragements de Rıza, Efendi de Brousse, elles furent relevées en 1864. Pendant la Grande Guerre elle servit d'entrepôt, de dispensaire pour les cholériques de l'armée russe, et à nouveau de mosquée à la fin des hostilités. De 1958 à 1962, la restauration fut parachevée par la collaboration de la Direction Générale des Fondations de Turquie et l'Université d'Edinburgh qui retrouva les fresques sous le badigeon, pour rouvrir finalement comme musée (ou plutôt comme témoignage d'une époque révolue) en 1964.


Avec son plan sur croix carrée surmontée d'un dôme haut, l'église est un bel exemple d'architecture de la dernière époque byzantine ; il n'en reste plus beaucoup en Turquie. Le narthex qui supporte une chapelle ouvre sur trois nefs. La nef médiane s'achève par une abside pentagonale et les deux nefs latérales par une abside semi-circulaire. L'édifice dispose de trois porches d'accès au nord, à l'ouest et au sud.
Les fresques qui sont la décoration majeure de Sainte Sophie ont été exécutées vers 1260 et présentent des thèmes bibliques. Sur le dôme trône un Christ pantocrator magnifiant l'essence divine de Jésus. Inscriptions pieuses, frises d'anges, vie du Sauveur, son agonie, ses apôtres et diverses compositions en état moyen ornent l'ouvrage intérieur. Les mosaïques au sol sont très effacées par les divers usages du lieu. Au tympan du porche principal, se déploie un bas-relief figurant la vie d'Adam et Eve, très usé par la pluie. L'église a disposé tardivement d'un campanile séparé s'élevant à 40 mètres qui fut érigé en 1463 à la mode italienne. Il est toujours là, orné de fresques à l'intérieur. L'ensemble au centre d'un agréable jardin est répertorié dans les guides touristiques comme un but de ballade à trois kilomètres seulement du centre-ville. (une source parmi la douzaine)
Nous en étions là jusqu'à hier, enfin jusqu'au 23 juillet.


L'Affaire
Lors de la réouverture au culte après rénovation de la "Mosquée des Arabes" à Karaköy (Istanbul), mosquée créée il y a longtemps de la conversion de l'église gothique Saint-Dominique qui avait été restaurée déjà par les Ottomans en 1913, le vice-premier ministre Bülent Arınç déclara que la Direction générale des Fondations en ferait de même bientôt de la "mosquée" Hagia Sophia de Trabzon (c'est notre Sainte Sophie). Et de rajouter qu'elle était à l'origine un lieu de prière plus qu'un musée et que la réactiver était préférable. Il n'en fallut pas moins pour que le site orthodoxe russe Pravoslavie hurle au charron, en cyrillique, repris en français par le site cousin Orthodoxie.com qui lance le titre de sa réprobation : Après l’église de Nicée, les autorités turques ont l’intention de transformer l’église Sainte-Sophie à Trébizonde en mosquée. Malheur à moi !

Je trouve ignoble que la belle église de Trébizonde soit donnée au culte musulman, d'autant que le bruit court que les mosquées sont vides en ville. Et de m'imaginer déjà les peintres turcs affairés comme les trois Ripolins à couvrir les fresques admirables à la glycérophtalique, sans parler d'Adam et Eve à poil sur le tympan qui seront burinés ! Mon sang wisigoth ne fait qu'un tour et je porte le pèt sur Newsring aussi sec, dans le fil d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Non mais des fois !
Contré par un turc aussi peu informé que moi mais dubitatif, j'écoute le tilt de mon oreille droite et je plonge : c'est quoi réellement cette affaire ? Il faut toujours commencer par là, mais bon, la paresse et l'urgence de la dénonciation d'une calamité prochaine.... l'urgence prime la forme !


Renaissance de la mosquée Hagia Sophia
Les dernières photos glanées dans des albums de touristes montre que l'église Sainte Sophie, si elle est toujours debout et régulièrement balayée à l'intérieur, souffre des outrages habituels du temps sur l'appareil de briques et de pierres tendres qui la constitue. Les fresques sont très usées et les bas-reliefs méconnaissables. On peut croire que la ville n'ait pas les moyens de prioriser sa restauration, n'en voyant pas l'usage plus loin qu'un but de promenade, et l'idée du vice-premier ministre de la mettre au catalogue de l'AKP - parti islamique modéré mais actif - comme subterfuge pour la restaurer, part peut-être d'un bon sentiment. Les termes de l'allocution s'appliquaient plus à la conservation d'un patrimoine qu'au dernier avatar de La Conquête.
Je le dis tout net, le site Orthodoxie.com s'est ridiculisé dans ce battage, et moi, pas moins.

L'utilisation comme mosquée a quatre siècles d'âge. Certes mon contradicteur sur Newsring, prétendûment journaliste, n'a pas eu l'intelligence de pousser son enquête, et j'aurais pu sortir l'arme dialectique imparable "à quelque chose malheur est bon", lui démontrant que cette contribution ne pouvait que l'éclairer sur la perception de la politique intérieure turque en Occident, mais c'était biaiser. Il s'est enferré dans la non-implication du régime dans les assassinats de prêtres et, pendu au piton mis à dessein, il y a perdu son temps de parole car c'était évident que le pouvoir turc n'avait aucun intérêt à laisser courir des spadassins incontrôlables (même si le procureur de Matalya était limite grotesque en offrant des circonstances atténuantes parce que les victimes imprimaient des bibles). Ces désordres ciblés sont-ils un effet de la subversion du réseau Ergenekon ? On le saura. Mais au départ, sur Sainte Sophie, on s'est fait enfumer.

Dernier message avant clôture estivale : méfions-nous donc des idéologues et parmi eux surtout les religionnaires, en se gardant bien d'entrer dans leur querelle. La vérité n'est pas leur raison.





lundi 16 juillet 2012

Ennahda du rêve à la réalité


De notre correspondant alangui à Djerba.
Le parti islamique tunisien vient d'achever son congrès fondateur de parti de gouvernement. La realpolitik a pris le dessus en cherchant à copier le modèle éprouvé de l'AKP turc. Peu préparés à gérer au sens plein, les cadres musulmans, s'ils sont intarissables sur la criminilisation des blasphèmes, peinent à saisir les rouages d'une administration moderne pour se cantoner jusqu'ici dans l'épuration. Qu'ils épurent la justice de Ben Ali n'est que justice, même si le cadi local ne va pas suppléer aux juges formés à la fac de droit. Pareil chez la police, bien que les vrais salopards se soient depuis longtemps réfugiés... en France. Il leur reste à écrire une constitution, ce qui leur fera une belle jambe, sous le hijab.

La question pénible que le congrès a esquivé reste ce p... de chômage qu'Allah n'a pas supprimé en nommant au palais Dar el Bey un croyant spécialiste de thermodynamique. Et pourtant, c'est bien l'absence de travail et la corruption notoire dans les procédures de recrutement qui ont ouvert les vannes de la révolution de jasmin dans la Tunisie profonde. Si les agents d'Ennahda ont parfaitement fait le job (comme l'AKP jadis en Anatolie) en expliquant que seul le parti religieux apporterait travail et morale au fin fond du pays, ils ont quitté leur zone d'effort dès que la victoire fut acquise, laissant les populations avec le soupçon métaphysique de se l'être fait mettre. Il n'y a pas plus de travail qu'avant, sinon moins quand les patrons ont fui.

L'AKP a sauvé sa conquête par la croissance à marche forcée, l'émigration des surnuméraires et une gestion avisée de ses adversaires. Mais ce sont des Turcs et le pays est grand. La Tunisie est une maquiladora, on y vient produire à bon compte depuis l'étranger, il n'y a pas de marché intérieur et les frontières économiques du Maghreb cassent toute perspective régionale, sauf en paroles lors de rencontre des "pays frères". Si la charia rampante ou évidente est de peu d'effet sur les usines, il n'en va pas de même pour le secteur tertiaire tourné vers l'étranger, et le tourisme d'abord qui fait 15% du PIB avec de l'argent frais. Même si le développment du pays n'est pas cantoné au tourisme - c'est tout de même un pays touristique de rêve - la Tunisie d'Ennadah ne pourra faire l'économie de cette "exportation statique" à des motifs idéologiques. Le gouvernement tiendra-t-il sa base partisane ? Parviendra-t-il à briser les groupes salafistes qui lui font une contre-publicité à l'extérieur ? Va-t-il à son tour encager ses opposants ? Rien n'est moins sûr.

Le dernier scrupule dans la chaussure est la question des femmes. Les femmes tunisiennes sont réputées pour leur entregent et leurs capacités à tous niveaux. D'ailleurs Ben Ali n'était-il pas gouverné par sa coiffeuse de femme ? La prévention pavlovienne du parti islamique à leur endroit pourrait bien priver le pays de compétences appliquées au bénéfice de compétences purement cérébrales dont il n'a jamais eu moins besoin.
Au vu des insuffisances qui se dessinent et mettent en péril autant la "réislamisation" que la rénovation économique, le paradoxe serait un monitoring de l'ambassade de Turquie à Tunis sur certains ministères, renouant par là avec la vieille Régence.


L'économique d'abord, la politique suivra !





mercredi 28 décembre 2011

Le sultan qui rêvait

 

"[La France] porte un message : chaque pays doit faire l'effort de revisiter son passé [...] La France ne donne de leçons à personne et la France n'entend pas en recevoir" (Sarkozy depuis Prague vendredi 23 décembre aux funérailles de Vaçlav Havel). Mais c'est tout le contraire qui se passe. Nous ne cessons de "juger" les pays étrangers et nous sommes obligés d'en recevoir les leçons, comme nous en donnent gratuitement notre puissant cousin germain. Ecrire l'histoire officielle française d'un pays étranger, c'est donc quoi ? Revisiter son passé s'il ne l'a pas fait lui-même ! Nous mettons le monde en demeure de se plier à notre jugement ! Et c'est Foutriquet l'historien de pacotille qui s'y colle ! L'écume des désordres sarkoziens ne retombera pas avec les jours qui passent, comme le souhaitait sans trop y croire notre ministre des Affaires étranges, Alain Juppé. Dans l'affaire turque, le tumulte est à l'avantage de la Turquie en ce sens qu'elle y trouve jusqu'ici son intérêt. Sa route est encombrée sur deux axes par la France mais plus pour très longtemps.

Le premier axe auquel on pense est l'intégration de la République de Turquie dans l'Union européenne. C'est devenu un projet secondaire pour le gouvernement d'Ankara, même si les Thraces et les Stambouliotes le réclament encore. Ayant obtenu le droit d'accès à la zone de libre échange de la Communauté européenne, cet acquit mercantile suffit à son développement, quand les "réformes démocratiques" exigées par la pensée unique bruxelloise encombrent son projet de ré-islamisation de la Turquie. Et puis l'Eurolande n'a plus les appâts croustillants à faire tourner les derviches.
In situ, les diaspora établies en Europe occidentale défendent énergiquement les intérêts de la mère-patrie comme on l'a vu la semaine dernière devant le Palais Bourbon, lors du vote de la proposition électoraliste de loi mémorielle. En passant, la forêt de drapeaux turcs et l'affluence de quatre mille manifestants ont clairement signalé à nous tous que les cartes de séjour ou d'identité ne "naturalisent" pas leurs porteurs. Ces gens-là sont des français d'immatriculation, pas plus !

Pourquoi dès lors Erdogan se chargerait-il du faix des moeurs occidentales ? D'autant que la crise approche aussi de la Turquie par ricochet. La stagnation de la zone OCDE va impacter directement les exportations turques qui sont en concurrence avec les productions du Sud et Sud-est asiatiques sur les marchés de consommation solvables. Le sursaut patriotique provoqué par l'outrage français sera bienvenu pour contenir la mauvaise humeur des ouvriers mis à pied.

Le second axe partage les mêmes ressorts que le premier mais se pare du manteau chic de la diplomatie. Le pouvoir économique turc a la légitime ambition de développer ses ventes sur l'ancien territoire ottoman, qui d'Oran à Bagdad représente des dizaines de millions de consommateurs, jusqu'ici fascinés par les produits européens puis asiatiques. Dans ce dessein, il rencontre le projet islamique de l'AKP qui vise à rétablir à terme à son profit le califat, aboli en 1924 par Atatürk, pour ne pas le laisser entre les mains des futurs gouvernements islamistes de l'arc arabe. Le califat est la seule autorité morale capable de contenir l'influence grandissante de l'université al-Azhar du Caire. Et si l'on sait que l'islam est une religion qui règle en détail les moeurs quotidiennes, on devine l'enjeu économique et culturel. L'Egypte populeuse et pauvre n'a pas les forces nécessaires pour monétiser son influence morale ; c'est en plus un pays battu trois fois sur sa propre zone d'intérêts. La Turquie a ce qu'il faut et son émergence économique lui fournit un budget militaire suffisant pour prétendre à une hégémonie régionale.

La France, loin de ses bases, est plantée en plein milieu du jeu ottoman, au Liban comme un piquet. Le contentieux est ancien. Souvenons-nous des accords Sykes-Picot qui dépecèrent le vieil empire nécrosé. Souvenons-nous aussi de la juteuse curatelle française des crédits budgétaires ottomans dispensés par notre Banque ottomane. Souvenons-nous de la mise en ébullition des populations arménienne et grecque d'Asie mineure par notre fameux droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (tiens justement !) ; souvenons-nous aussi du soutien indéfectible et vain de la France à la cause kurde à l'époque du mandat (cf. la vie et les oeuvres de Pierre Rondot, père de l'espion blocnoteur de Clearstream).
Aujourd'hui, Le renversement de la clique alaouite de Damas et l'abaissement du Hezbollah qui s'ensuivra libèreront les Libanais de la tutelle morale de la France, tutelle que même les chrétiens supportent de moins en moins, à lire les éditoriaux des quelques journaux francophones du Proche Orient. Il faut dire qu'à la dernière chaude alerte, quand Israël entreprit de raser le Sud-liban, notre président Chirac s'est spécialement vautré ! Aussi, j'attends de voir les contingents turcs coiffer le béret bleu et nous remplacer à la FINUL, et dans les contrats d'Etat.


L'interlocuteur principal en Méditerranée orientale reste pour quelques années encore les Etats-Unis et très concrètement la VI° Flotte de Naples. Si les Etats-Unis sont en droit d'appréhender une conjonction des nouveaux pouvoirs islamistes, conjonction appelée semble-t-il par la Rue arabe au motif de l'unité de la grande nation, conjonction qui réduirait à pas grand chose les chances de survie de l'Etat hébreu et compliquerait l'accès aux nappes pétrolifères du Golfe persique, ils n'auront pas la même crainte avec le califat turc, même s'il leur faudra marchander souvent avantages et retenues de part et d'autre. Si les dirigeants de l'AKP ne sont pas des génies reconnus - l'hystérie d'Erdogan en témoigne - cette réflexion est quand même à leur portée, et l'insistance avec laquelle la Maison Blanche avait poussé leur entrée dans l'Union européenne le leur signale. Auraient-ils le projet d'un marché commun oriental, sorte de demi-union pour la Méditerranée, que je n'en serais pas surpris.
Les investissements faits au Kurdistan irakien, l'implication quotidienne dans la défense de la Palestine, cette sorte de majorat réclamé dans l'affaire libyenne, les relations osmotiques d'état-major turc à état-major iranien, le resserrement des liens avec l'Azerbaïdjan turcophone et pétrolier, la non-intervention au Caucase reconnaissant la frontière méridionale de la sphère stratégique russe, sans parler de leur condescendance envers la Grèce ruinée, l'attention portée aux communautés musulmanes de Balkans, tous ces éléments dénotent l'émergence d'une puissance régionale renaissante.


Sarkozy ne fait pas le poids et son pays est abonné au déclin¹, mais personne n'ose le lui dire. Il se pourrait pourtant qu'il soit obligé bientôt de parer l'injure comme il est advenu de Berlusconi, humilié en public par ses collègues. La politique étrangère du président français est une politique de coups, actionnés directement depuis le château par le cabinet noir. Mais au Quai d'Orsay qui continue une politique arabe de la France en dépit du bon sens, ce n'est pas mieux. Après s'être aplatie devant Bachar el-Assad au détriment du Liban, la France suit le vent et maintenant mène l'attaque au Conseil de sécurité. S'est-on posé la question de l'origine de la mise à feu de l'Institut d'Egypte au Caire le 17 décembre dernier ? Sans doute, non ! A voir marcher notre président-total, littéralement sur des oeufs, on comprend que ça n'est pas son truc les "vieilleries". Lui, c'est le vélo et le jogging ! Peu lui chaut que l'institut ait été fondé par Napoléon Bonaparte ; le bâtiment actuel renfermait deux cent mille ouvrages sur l'histoire et la géographie de l'Égypte (clic). Et après ? On enverra notre échine souple de la culture trash, Frédéric Mitterrand, proposer de nouveaux rayonnages ; pourquoi se fâcher ?
(1) Dans dix ans, la France aura disparu du Top-10 des économies mondiales (source Centre for Economics and Business Research, Londres)


Reste le déclenchement de la crise diplomatique, la question du génocide arménien, qui n'en est pas une. Le contexte historique et les faits sont développés sur des sites documentés auxquels il serait ridicule de se mesurer. Le choix de Royal-Artillerie vous en propose trois :
- Le site Net Armenie.com qui fait une synthèse historique
- Le site Témoins de génocides impunis, très riche mais sur lequel je n'ai pas trouvé les Albigeois ni les Vendéens, ni les Cambodgiens...
- L'Armenian National Intitute basé à Washington(DC) qui met en ligne beaucoup de documents

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