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mardi 11 septembre 2018

C'est con les canards, mais ça fait cossu*

C'est ainsi que le dernier empereur de la Cité interdite regardait chaque matin le miroir de la Tongzi que ridait le sillage des mandarins, parés de couleurs de vitrail sous le soleil rasant. Il leur jetait des poignées de blé écrasé et parfois de l'avoine à chevaux, puis il retournait à ses eunuques, autorisés à passer les portes du palais dès le petit matin, pour en recevoir l'hommage et les conseils timides. De la même manière à cent ans d'intervalle, les princes d'ici en situation d'accéder mais privés de miroir, regardent entre deux biscottes beurrées leur écran bourré de flagornerie courtisane. Dans le tiroir ils prennent des parchemins tout neufs et des médailles pieuses qu'ils jettent aux connards, euh... aux canards de la cour, mais pas basse. Et eux de réciter : "Vous z'êtes le plus beau des z'hôtes de ce bois". A dire vrai, aucun n'a de canards, ni de mare ou d'étang... c'est une allégorie !
(*) Michel Audiard in Cent Mille Dollars au Soleil d'Henri Verneuil

Il est très curieux de voir la dérive d'emmurement des prétendants au trône en ce début de siècle, surtout de celui dont on croyait l'esprit plus délié que la moyenne de ses concurrents. A l'heure de la cinquantaine, il s'enferme déjà dans son "château" de Dreux qu'il fait visiter comme un nouveau riche, joue au seigneur féodal mais sans fief ni censive, pavoise sa tour à son chiffre, remet des trophées aux gueux d'en-bas, sonne du cor du haut de chez lui pour fêter les champions du monde, fait partir la course cycliste, retranche ses enfants de l'école et, et, et... promeut les intérêts d'une fondation partisane qui défend des idées pro-vie - qui sont un peu les miennes - mais qui, dans une logique de récupération du pouvoir, le coupe des deux-tiers des Français qui devront un jour le plébisciter. Donc, même s'il ne le souhaite pas, il sort du jeu.

Son père, titulaire d'une charge virtuelle sans avenir à son âge, se confit en jeux de rôles, créant des ordres de chevalerie et des croix qui meublent ses longues soirées sous tisanes, court les messes de repentir et maintient à leurs frais une palanquée de chevaliers d'opérette enthousiasmés par des "titres en attente". C'est le pain dur qu'on jette aux canards de la mare que nous évoquions plus haut. Feu son père en faisait grand emploi pour son argent de poche. Ce microcosme confine au nanocosme mais qu'importe, il n'y a que peu de place devant l'âtre armorié !

L'abandon chez le parti d'Orléans du camp clos et, selon la formule de Brantôme, de ses combats à outrance, devrait réjouir les partisans de l'aîné des Capétiens, duc d'Anjou à ses heures, occupé à Madrid par ses affaires, sa famille et son clan, mais toujours prêt à se rendre disponible pour jeter lui-aussi du pain dur à ses canards français. Ô Dieu des Francs ! le voila parti combattre le gouvernement espagnol à la tête d'une fondation nationale franquiste héritée de sa mère, nouvelle duchesse de Franco à la mort de la sienne, fondation menacée de délégalisation par une partie des Cortes de Madrid, ce qui normalement devrait pousser son président à prendre le maquis comme dans la période carliste. C'est vrai qu'on commençait à s'emmerder ! N'est-ce pas Bauffremont, euh... Monsieur le Duc ?

Amerrissage impeccable !

La doxa anti-franquiste française lui interdit désormais de briguer le trône de France avec le minimum de chances nécessaire, au milieu de la République établie dont le cœur a toujours penché pour les républicains espagnols. Ce fait nouveau n'est pas mortel en soi pour la Cause, mais peut le barrer des manifestations régaliennes du souvenir où il est automatiquement invité, comme la messe anniversaire de la création des Invalides par son ancêtre Louis le Grand. Serait alors fini le plan "com" de l'Institut de Bourbon qui vise à imprimer son visage et sa prestance dans l'opinion à travers des manifestations qui ne mangent pas de pain politique et ne gênent pas les pouvoirs en place. Alors comme chez les D'Orléans à l'époque du défunt comte de Paris, sautera-t-on l'héritier de Louis XIV, incapable par immoralité et défaut de tenue correcte en Valle de Los Caídos, pour adouber son fils ?
L'espérance légitimiste ne pourrait que s'effondrer, car elle roule sur des lois à écartement fixe comme des rails de chemin de fer. Depuis la résurgence des Bourbons après la seconde guerre mondiale, les lois irréfragables du royaume ont été dès le départ le leitmotiv de la revendication légitimiste contre la branche cadette usurpatrice. Tout le principe dynastique partirait à l'eau, les ultrabrites nous le confirment : le peuple ne choisit pas son roi, Dieu y pourvoit. Circulez !

C'est à ce stade que l'on devrait se disputer sur la logique céleste qui a laissé crever le projet capétien issu du sang du roi David pour le relancer sur des bases en l'état improbables, si tant est qu'on les connaisse un jour. A part le roi d'au-delà des mers, le bateau blanc ou le retour de John Frum, je ne vois rien que je puisse expliquer pour faciliter la restauration par le Ciel en la reliant au passé. Et cela tombe très bien, l'affaire étant de foi plus que de raison, s'acharner à convaincre relève de l'intercession divine ou de la foudre ; à quoi j'ajouterais qu'on tue plus pour la foi que par la raison.

En attendant l'hypothétique renfort de la Providence, nous devons parler de monarchie tous les jours ou presque et ensemencer l'opinion à l'idée d'une famille royale, en lieu et place d'éphémères locataires de l'Elysée qui n'ont pas l'intérêt du pays chevillé au cœur comme des rois, ne possédant par eux-mêmes qu'un infime fraction du patrimoine, mesurable en toises, parfois à crédit ! Une personne étrangère au microcosme m'assurait tantôt que les émirs du Golfe, les princes de Monaco ou de Liechtenstein, le sultan de Bruneï et dans une moindre mesure les rois et reines du Nord, se démènent pour le bien commun et la perpétuation de leur monarchie parce qu'elle leur appartient, c'est leur "chose". A qui appartient la République française ? On le saura quand la banqueroute publique aura tari les prestations sociales généralisées à compte d'autrui. Se lèveront alors les contributeurs contre les assistés en colère ! La guerre de tous contre tous, la Gaule éternelle quoi ! Et personne au-dessus de la mêlée pour couvrir le vacarme et faire entendre raison, au canon s'il le faut.

D'accord, ce n'est pas tendance ! La famille royale l'est-elle encore ? Je vais de ce pas donner à manger aux canards. Les miens sont des colverts. 后会有期。À tchao, bonsoir !




lundi 26 septembre 2016

De l'abdication des rois de ce temps

SM Akihito 125è Empereur du Japon
Le Japon se prépare à l'abdication de sa majesté impériale qui dans son discours¹ à la nation du 8 août dernier, la demande. Il met en avant l'âge et ses misères physiologiques rapportées à une fonction iconographique, incarnative, intercédante avec les puissances célestes, ce qui est contradictoire en un sens. Demi-dieu sur terre du Japon éternel, il devrait mourir tranquillement à son poste, la succession étant assurée. Tant que tourne la lentille du phare on n'en change pas et la présence ressentie de l'empereur suffit. Il fut dans l'histoire des souverains invisibles et très puissants, voire craints dans leur silence. Est-il nécessaire de sortir au balcon pour être roi ?


Contrairement aux royaumes d'Asie où peuvent régner des ombres, la situation est différente chez les monarchies européennes où la fonction représentative est bien plus harassante puisque la seule exercée publiquement. Consulter le programme des maisons royales qui est affiché jour après jour sur le site de Régine Salens Noblesse & Royautés vaut mieux qu'un long discours. Même la lointaine monarchie hachémite de Jordanie n'y déroge pas. La plus belle reine du monde est de tous les événements jusqu'à épuiser ses couturières, le petit roi arrive à la suivre parfois.

Ce sont les reines des Pays-Bas qui avaient ouvert la voie de la retraite, abdiquant de leur vivant, qui Wilhelmine en faveur de Juliana, celle-ci en faveur de Beatrix qui à son tour cédera le trône à son fils Willem-Alexander. Le Grand Duc Jean de Luxembourg a de même passé la main à son fils Henri tout comme le prince Franz-Joseph II de Liechtenstein en faveur de son fils Hans-Adam II. Les plus marquants furent les retraits du roi Juan-Carlos d'Espagne en faveur de son fils Felipe VI et du roi des Belges Albert II en faveur de son fils Philippe. On ne peut parler d'abdications sans évoquer celle du pape Benoît XVI, fin théologien et piètre dictateur, à ceci près qu'il ne put désigner son successeur.

Le prince des Asturies devient Felipe VI
Ces successions du vivant du titulaire deviennent une heureuse coutume. Les monarchies modernes ne souffrent pas la diminution des capacités du prince en charge. Qu'on se rappelle la mise en péril de la dynastie espagnole par l'accident de chasse à l'éléphant du roi d'Espagne et les révélations que cet outrage écologique a débondées sur sa vie privée. Le royaume fait face à de sérieux ennemis, à commencer par les Basques et les Catalans, sans parler de la révision constitutionnelle appelée par la succession de deux filles qui oblige à revenir aux Partidas d'Alphonse X. Tous ces rois prématurés tiennent leur rang avec dignité et mènent les affaires avec sagacité et transparence. Ils savent le poids de l'Opinion sur leur avenir. Leurs épouses sont toutes un soutien efficace et remarquables la plupart du temps.


Reste à part la mère de toutes les monarchies constitutionnelles. La reine d'Angleterre va atteindre les soixante-cinq ans de règne. Elle aura épuisé quatorze premiers ministres et se sent d'attaque pour continuer, au détriment de son fils aussi mal marié que remarié et plutôt insaisissable quant à ses intentions. Le Royaume uni a fait sienne l'idée de passer le relais entre elle et son petit-fils William, duc de Cambridge, qui avec son épouse inséparable s'active comme l'héritier imminent de la couronne britannique.

- un parfum d'éternité -


La monarchie étant un régime de chair et de sang, a cet avantage sur les régimes froids, de l'adaptation. La "coutume" se crée en continu. Nos rois de France n'abdiquaient pas, seule leur mort était le signal du renouveau. Souhaitons que les sages qui veillent aux lois fondamentales du royaume de France sachent le jour venu en adapter les dispositions aux circonstances, ce que les anciens n'avaient jamais cessé de faire du vivant de la monarchie avant que leurs lointains successeurs ne les figent dans des concepts hors du temps quand la monarchie fut morte. Les Lois sont une indication, un cadre, un canevas, un scénario. Elles évolueront à nouveau lors de la renaissance du royaume, naturellement. Pour le moment, gravées dans le marbre funéraire d'un régime disparu, elles nous servent de main courante sur la via ferrata de la restauration ; mais il faudra bien quitter un jour les parcours touristiques escarpés et entrer dans la vraie vie des nations.


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lundi 6 février 2006

Les Sept Lois

Les sept piliers de la sagesse nationale ou Lois fondamentales du royaume.

le roi PharamondLoi de dévolution
Loi salique
Loi d'indisponibilité
Loi de souveraineté
Loi de catholicité
Loi de légitimité
Loi de nationalité


Ces lois s'imposent à tous, maison royale, corps constitués, états de la nation, et priment toutes décisions du monarque. Elles sont réputées intangibles, surtout par lui. Ses lois ont été forgées au fil des siècles, à partir de textes fondateurs rédigeant des coutumes antérieures, d'édits royaux, de testaments et recommandations royales, et d'une jurisprudence parlementaire abondante. L'ensemble s'étirant sur quinze siècles.

Il est d'immenses analyses qui courent les étagères de nos bibliothèques et servent de plaidoyers pour telle ou telle situation particulière du moment. Ces travaux de Chicane rémunérant sans doute leurs auteurs au poids, il nous a paru utile de ramasser les règles à l'essentiel à l'intention des jeunes royalistes et de ceux plus avancés qui découvrent la construction monarchique de l'état. Que les légistes distingués nous pardonnent, mais mon fils de treize ans m'a demandé de lui faire court.
Voici donc un vade-mecum de ce corpus juridique ramené au squelette.
Les maximes retenues ne sont pas les titres de ces lois, mais ont été choisies pour mémoriser les principes énoncés. Les titres sont délibérément simplifiés pour leur mémorisation. Nous avons divisé le codex royal en sept lois pour sacrifier au mythe biblique. On pourrait en faire cinq ou neuf.

Loi de dévolution ou de successibilité automatique
"Le roi est mort, vive le roi"

Dès le dernier souffle du roi, son successeur est le roi. Les lois le désignent, jamais les hommes.
Pour sacrifier à certaines circonstances graves, des lois oubliées ont été exhumées pour satisfaire à ce principe et ne pas tomber dans le travers de la cooptation ou de l'élection. Ainsi l'Etat perdure sans rupture d'aucune sorte, et normalement sans surprises.



Loi salique
"Les lis ne filent pas"

Selon le code barbare des Francs saliens « De terra salica nulla portio hereditatis mulieri veniat, sed ad virilem sexum tota terrae hereditas perveniat ». Le successeur du roi défunt est son fils survivant dans l'ordre de primogéniture. Le roi est un mâle. S'il advenait après un désastre ou disons (pour conjurer le sort) après désintégration du noyau atomique, que la Maison royale soit anéantie, le peuple recouvrerait le droit inaliénable de restaurer une monarchie. Ceci en application de l'Edit de 1717 du Conseil de régence, confirmé par Louis XV dans un édit de 1723.
La dénomination "loi salique" est quelque peu abusive. La Loi salique rédigée vers 500 est un code beaucoup plus large que la seule règle des successions de propriétés foncières sur les terres franques. C'est un tarif des peines, un code pénal.
La loi primitive a été complétée par la règle de "planche et pont" qui interdit au fils de la seule reine de régner s'il n'est aussi celui du roi légitime.
Ceux qui veulent creuser la question ne feront pas l'économie du traité Peyré de 1828 titré "Lois des Francs".



Loi d'indisponibilité
"Le Dauphin n'hérite pas du Roi"

Il naît avec cette disposition héréditaire pour lui succéder, et ce n'est pas le sacre qui le fait roi, mais sa seule venue au monde.
La règle d'indisponibilité de la couronne qui s'articule aussi avec l'inaliénabilité du domaine, annule par avance toutes dispositions testamentaires touchant la succession, ainsi que les effets de toute abdication, transport ou annulation de droits dynastiques.



Loi de souveraineté absolue
"Le roi de France est empereur en son royaume"

Il ne répond à personne sur terre, à nul empire, à nul pontife. Il n'a de jugement à craindre que celui de Dieu. C'est la règle de transcendance.
Si elle ne fut jamais contestée par les monarques qui se succédèrent sur le trône du saint Empire, elle créera bien des disputes avec le pouvoir papal.
Elle serait évidemment discutée en notre présente époque de dévolution européenne.



Loi de catholicité
"France, fille aînée de l'Eglise"

Le roi est lieutenant du Seigneur sur terre. A l'époque de la Réforme, la monarchie a choisi de rester dans l'Eglise catholique, et ce principe demeure, du moins pour le roi et la Maison royale. La loi de catholicité ne porte rien qui puisse faire de la religion catholique romaine, la religion d'état. Elle s'applique au roi, pas à la nation. Il doit au minimum obéir dans sa vie aux règles du droit canon.



Loi de légitimité
"Les princes du sang ne se marient pas sans le consentement du roi"

La règle vise à se prémunir d'alliances néfastes autant qu'elle exalte la vertu.
En exigeant que les enfants dynastes soient issus de mariages légitimes approuvés, elle exclut les bâtards, même légitimés ou les revendications lointaines. Cette disposition ne leur retire pas la qualité de "princes du sang". Il vaut mieux pour eux qu'ils l'exercent à la guerre qu'au Conseil. Cette disposition vise aussi à la paix de la famille royale que pourrait miner certaines incertitudes d'antériorité. C'est aussi un hommage implicite à la reine, un minimum sur une terre de chevalerie.



Loi de nationalité
"Le roi est français sur des terres françaises"

Depuis le Serment de Strasbourg qui partagea l'empire carolingien entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, les Français ont vocation à régner sur toute la rive gauche du Rhin. Après mille ans de brassage des maisons royales d'Europe, il serait plus sûr de parler d'une règle européenne, la nationalité de nos jours et plus encore demain, devenant d'abord la résidence du guichet social et fiscal formant l'état duquel ressortit le titulaire.



Terminons sur un sourire provocateur puisé dans le dictionnaire philosophique de Voltaire.
« La loi fondamentale de tout pays est qu'on sème du blé si l'on veut avoir du pain ; qu'on cultive le lin et le chanvre si on veut avoir de la toile ; que chacun soit le maître dans son champ, soit que ce champ appartienne à un garçon ou à une fille ; que le Gaulois demi-barbare tue tout autant de Francs entièrement barbares, qui viendront, des bords du Main qu'ils ne savent pas cultiver, ravir ses moissons et ses troupeaux, sans quoi le Gaulois deviendra serf du Franc, ou sera assassiné par lui.»

En médaillon, Pharamond, présumé premier roi des Francs, qui édicta le code pénal que Clovis fera plus tard rédiger.

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