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jeudi 8 juin 2023

Les franchises municipales redeviennent nécessaires

La question des libertés basses revient en force avec la contestation populaire des édiles municipaux transformés en courroies de transmission des vues et bévues de l'Etat central, rôle normalement dévolu au préfet de la République. Depuis l'aube des temps, le maire, quel que soit le titre que lui donne la tradition ou la loi, a pour charge et fonction d'administrer ses concitoyens au meilleur avantage de la communauté entière qui l'a désigné. Il arrive assez souvent qu'il se dresse entre la technocratie aveugle et les gens, et c'est finalement sa première utilité sinon la seule. L'affaire de Saint-Brévin nous a montré à quoi conduit l'inversion de la charge : ayant choisi l'air du temps qui plaît en haut lieu contre le bonheur local, le maire est, d'une façon ou l'autre, chassé par ses électeurs avant le jour du règlement des comptes, celui de l'élection municipale. On est en plein dans la question des libertés communales qui doit trancher entre le bien commun à l'étage des collectivités locales et l'intérêt général proclamé par l'Etat national. D'où l'intuition du Piéton à cantonner cet Etat central au domaine régalien (cf. infra).

L'affrontement entre le pouvoir zonal ou royal et les villes a commencé au haut moyen-âge dès l'enclenchement de l'urbanisation de certains espaces propices à des activités plus évoluées que les labours et les moissons comme l'artisanat, l'industrie, la chicane et le négoce. Chaque fois que le territoire changeait de seigneur, l'impétrant devait reconfirmer les franchises municipales, à défaut de quoi il entrait en période de troubles et de moindre revenu. Parfois ça se passait mal et les hallebardiers n'y suffisant pas, il fallait porter l'affaire au niveau de pouvoir supérieur, la viguerie, la sénéchaussée voire même aux Etats. Quand on se retourne sur le passé, on distingue parfaitement que la revendication des libertés communales a rythmé toute la vie provinciale de l'Ancien régime. C'est la République qui imposa progressivement l'uniformisation grisâtre des mœurs et l'égalitarisme destructeur de créativité individuelle. Il n'est de jour que ne soit signalé un grand agacement de la "base", même si le peuple français est de ceux qui se couchèrent le plus vite devant la normalisation, au point d'en faire une "valeur républicaine".

le roi carliste Carlos VII
A l'opposé de nous est un pays rebelle à l'entropie qui s'appelle l'Espagne. La péninsule ibérique est un amalgame d'anciens royaumes jaloux qui ont laissé derrière eux le goût immodéré des particularismes, mais surtout celui des droits et privilèges associés (les fors). Les quatre provinces les plus fières sont l'Euzkadi, la Catalogne, la Galice et l'Andalousie, qui ne cessent de réclamer des garanties à l'Etat castillan. C'est d'ailleurs ce tropisme régionaliste qui a servi de porteuse aux trois guerres carlistes. La devise carliste est toujours résumée en quatre termes : "Dios, Patria, Fueros y Rey". Soit la définition d'un royaume fédératif respectant la patrie de chacun en ses droits, sous la protection de Dieu et du Roi de toutes les Espagnes.

Si le motif du déclenchement de la guerre espagnole du XIXè siècle tient en partie dans l'usurpation du trône par la fille de Ferdinand VII au détriment du frère d'icelui en 1833, apparaissent deux autres moteurs de la guerre : le réformisme libéral des bourgeois des villes contre le traditionalisme des propriétaires terriens, et la menace d'uniformisation des mœurs politiques gouvernant les territoires, explicitée par les Cortes de Cadix(1) en 1812 : ce sont les fameux fueros municipales. L'université de Salamanque les décrit précisément : « Les chartes locales, chartes municipales ou, simplement juridictions disposaient en leurs termes du droit applicable dans une certaine localité ou territoire dont le but était de réglementer la vie locale en établissant un ensemble de normes, coutumes héritées, droits et privilèges accordés soit par le roi, soit par le seigneur de la terre, ou convenus entre les habitants eux-mêmes. Ce système de droit local fut utilisé dans la péninsule ibérique depuis le Moyen Âge et fut la source la plus importante du droit espagnol.»
Note (1): La première constitution espagnole de 1812 décréta la suppression des fors pour favoriser l'égalité de tous les Espagnols sur tous les territoires. Cependant, ils furent restaurés sous le règne de Ferdinand VII (1814-1833)


On notera que sous le règne des Habsbourg les fors furent toujours respectés par le pouvoir central et parfois même élargis quand nécessaire dans la tradition du Saint-Empire, alors que l'avénement des Bourbons déclencha la centralisation forcée(2) dans la grande tradition césarienne française.
Note (2): par les Decretos de Nueva Planta les royaumes de la couronne d'Aragon favorable à une succession autrichienne furent dépouillés de leurs tribunaux, institutions propres et de leurs fors, qui furent remplacés par les modèles castillans, tandis que Navarrais et Basques conservèrent les leurs pour avoir soutenu les Français.


Pour revenir chez nous, le projet monarchique doit cesser les dérives caporalistes de la République Cinquième en instituant une monarchie fédérative et sociale qui se préoccupera d'abord du bonheur possible des gens, sur leurs terres, et de leur réelle protection, avant toute éducation des masses. Sinon, l'Etat deviendra vite oppressif si d'aventure il vous vient à l'esprit de faire autre chose que de consommer : penser à haute voix par exemple en dehors du catalogue officiel du prêt-à-penser. Nos chefs de la police (ou plus joliment dit "ministres de l'Intérieur") sont devenus progressivement ceux de la police de la pensée ! De Valls à Darmanin, c'est flagrant. Que l'Etat gère l'opinion au niveau national fut de toutes les époques, mais les libertés basses (clic) sont les plus valables, qui méritent d'être défendues pied à pied, même le dos au mur. Un article plus long embrayerait maintenant sur l'idée de décentralisation de Charles Maurras, mais les Amis du Chemin de Paradis font ça très bien.

En guise de conclusion, nous pouvons rappeler ce propos de Patrice Sicard(3) que le quotidien numérique Je Suis Français remet en ligne aujourd'hui et qui militait dès la fin des années 60 pour le moins d'Etat par la monarchie justement :
« Nous tirons de l’expérience historique les caractéristiques institutionnelles de l’État monarchique. Pour désamorcer l’impérialisme de l’État technobureaucratique, la solution est précisément la création d’un État dont le ressort profond ne soit pas la prise en charge universelle de tous les aspects de la vie nationale. Nous sommes royalistes parce qu’il n’y a pas moyen d’avoir un minimum d’État autrement que par la monarchie. Nous voulons réduire l’invasion de la société par l’appareil étatique, mais d’un autre côté celui-ci doit être assez indépendant, structuré et ferme pour imposer l’intérêt national, résorber les contradictions sociales, jouer la carte des forces populaires contre la technobureaucratie qui ne se dissipera certainement pas par un coup de baguette magique.»

Note (3): Patrice de Plunkett


A l'occasion, relire sur ce blogue-ci la lettre à Angèle de Robert Brasillach sur le carlisme en cliquant ici.
Et méfiez-vous des imitations !

Liens de cet article en clair :
- Carlos VII : https://es.wikipedia.org/wiki/Carlos_de_Borb%C3%B3n_y_Austria-Este
- Libertés basses : https://royalartillerie.blogspot.com/2008/01/libertes-basses.html
- L'idée de décentralisation : https://maurras.net/2008/03/24/lidee-de-decentralisation/
- Patrice Sicard : https://www.jesuisfrancais.blog/2023/06/06/breves-de-patrimoine-de-laction-francaise-patrice-sicard-dans-les-annees-1960-definissait-sous-forme-precise-et-equilibree-les-caracteristiques-institutionnelles-de-letat-m/
- Lettre à Angèle : https://royalartillerie.blogspot.com/2005/02/en-ces-jours-dartillerie-revenons-au.html

lundi 20 mars 2023

Nos yeux grand ouverts sur la démocratie

Francis Fukuyama
La fin de l'Histoire de Francis Fukuyama (TNI 1989) n'en finit plus de reculer dans le temps. Le triomphe des démocraties sur l'Axe du mal, un peu tout ce qui n'était pas elles, avouons-le, n'aura pas duré plus longtemps que la guerre préventive d'Irak de 2003, aux motifs que l'on voudrait obscurs mais qui en réalité tiennent dans la seule main de Georges W. Bush. Avec des novateurs en conservatisme appelés "néocons", Donald Rumsfeld, Dick Cheney et surtout Paul Wolfowitz, le jeune président se crut chargé du fardeau de finir le travail commencé par son père au Moyen Orient. On sait ce qu'il en fut et comment les hommes forts du tiers-monde sentirent alors le vent du boulet leur frôler les moustaches, reconfirmés dans leurs craintes par la liquidation de Mouammar Kadhafi près de Syrte en 2011. Alors le monde commença à se partager en deux espaces civilisationnels, démocratique et autocratique ; mais raconter le comment du pourquoi n'est pas l'objectif de ce billet.

Sans en faire une thèse, plutôt une conversation au coin du feu, nous allons essayer de percer la légitimité de la revendication chinoise qui prétend faire le bonheur du peuple au terme d'un processus d'éducation contrainte. Pourquoi la Chine populaire ? Parce qu'elle est devenu le modèle à suivre, modèle qu'elle exporte très bien et facilement. Ses dirigeants actuels feignent d'ignorer les prétendues avancées démocratiques célébrées par les pays du G7 et s'en tiennent aux arcanes marxistes-léninistes du paradis accessible à terme, dans la discipline confucianiste mâtinée de Qi Gong. Allons au fond : quel est le but légitime à atteindre pour les dirigeants qui gouvernent les sociétés humaines ? Satisfaire les besoins du peuple dont ils ont la charge dans l'optique du meilleur bonheur possible. Comme le dit la formule, le droit du prince naît du besoin du peuple. Quel est-il ?
  • Se nourrir à satiété
  • Se reproduire
  • Vivre en sûreté (abrité et sécure)
  • Obtenir d'autrui sa considération
  • Vaquer sans encombres
Le bonheur dépasse ces fondamentaux :
  • Acquérir un espace en propre à gouverner
  • Pouvoir se projeter dans l'avenir
  • Savourer la plénitude d'une situation stable et sûre
  • Accomplir son rêve
  • Mourir dans la dignité sans souffrances
Le distingué lecteur voit bien qu'il y manque quelque chose, l'amour.
Mais l'amour est aussi rare que le génie et nous bornons notre philosophie de comptoir aux limites du zinc.

Sauf le "gouvernement" du petit lopin qu'il modère, le régime chinois ne retire rien de la liste. Il en rajoute même du côté de l'enrichissement personnel et de la capitalisation des aventures personnelles. Il émet une seule interdiction : ne pas faire l'empereur ! Le Chinois ne peut distraire des moyens personnels ou collectifs pour enchâsser un royaume à lui dans l'empire, le dit-royaume serait-il petit. Même s'il y a des voies de contournement, il n'est pas libre d'organiser comme bon lui semble ses échanges avec autrui, son interaction, sa liberté toute relative s'arrêtant où commence non pas celle de son voisin mais celle de l'Empire. En résumé, il est exclu du champ politique. Il n'est pas la particule élementaire autonome du demos, et ça fout par terre toute la construction mentale socio-politique de l'Occident global. Le pouvoir chinois et ses imitateurs nient l'existentialisme et, blasphème, la qualité de "citoyen". Le problème pour l'Occident, s'il veut continuer à se mêler de la marche du monde, est que le modèle de régime illibéral ou à liberté limitée est facile à expliquer, à comprendre et à mettre en œuvre, ce qui va hâter les conversions .

La supercherie de notre côté est d'amalgamer des valeurs propres à l'humanité, à l'espèce, au concept démocratique. Le bonheur individuel peut prospérer à l'ombre de sociétés à liberté limitée qui assurent tous les fondamentaux précités. Dans quel but l'empire chinois revenu au balcon du monde a-t-il édicté ce régime de liberté limitée ? La raison la plus évidente est celle de se reconstruire lui-même sans opposition intérieure dans ce qu'il considère être son périmètre naturel et historique. Nonobstant les débordements stratégiques visant à étendre son gouvernement à des terres qu'elle n'a jamais gouvernées (et l'empire des Tsings la précédant pas beaucoup plus), la Chine populaire ne mérite de recevoir aucune critique tant que son pouvoir se concentre sur l'objectif du bonheur, ce qui n'est manifestement pas le cas, ni au Tibet ni au Turkestan oriental. Il serait avisé que nos chefs d'Etat prennent la mesure du champ d'exercice de leurs critiques et soient plus tranchants sur les évidences d'un comportement déviant, laissant au génie propre de cet empire trimillénaire le mode d'organisation politique qu'il souhaite dans son aire d'intérêts. En plus court, ne pas donner de leçon mais contrer rationnellement où c'est nécessaire.

Action ? Promouvoir la libertad à la mexicaine... sans jamais la définir.

Personnellement, moins je vois d'Etat, mieux je me porte, quitte à limiter mes ambitions à la fertilité de mon alleu et son bornage ; en Cévennes, c'est atavique, l'Etat invasif donne de l'urticaire.
Garçon, remettez-nous ça !

mardi 15 décembre 2020

La mise au pas de Hong Kong

La newsletter hebdomadaire d'Axios China est tombée dans les boîtes ce matin. Son principal sujet est la mise en œuvre de la loi chinoise de sécurité nationale sur le territoire de Hong Kong, loi rédigée en termes vagues permettant d'y pendre opposants et factieux. La newsletter en anglais de Bethany Allen-Ebrahimian est accessible par ici, et ci-dessous traduite sous la règle belle infidèle en français, suivie des commentaires d'usage.


Jimmy Lai

Grosse affaire à Hong Kong, le pire scénario se précise. La Loi de Sécurité nationale imposée à Hong Kong par Pékin dérape, en suivant le pire scénario que ses critiques craignaient. A la une des journaux, une vague d'arrestations au titre de cette loi draconienne a culminé la semaine passée avec le déni de mise en liberté provisoire du patron de presse pro-démocratie Jimmy Laï.
Le 11 décembre dernier, M. Laï qui édite le tabloïd Apple Daily réputé pour sa critique ouverte des autorités de Pékin, a été arrêté pour « collusion avec des puissances étrangères » et inculpé d'après les dispositions de cette loi. Une libération sous caution lui a été refusée et les poursuites judiciaires ont été reportées au mois d'avril 2021, le parquet demandant ce délai pour analyser plus de mille messages du compte Twitter de M. Laï - une façon impudente de reconnaître que ce qui est mis en examen c'est la liberté d'expression de M. Lai NDT : dit autrement, on inculpe d'abord et on en cherche les raisons ensuite au filet dérivant).

En fond d'écran, la Loi de Sécurité nationale qui a été imposée à Hong Kong par le législateur chinois à Pékin, subvertit la magistrature jadis indépendante de la cité et impose des peines sévères pour des crimes et délits vaguement définis, y compris la sécession, le terrorisme et la sédition. La manière dont Pékin instrumentalise la loi est claire maintenant. Au-delà de l'effet de glaciation qui provoque une vague d'autocensure, la nouvelle loi a déjà été invoquée pour inculper plus d'une douzaine de personnes, y compris plusieurs militants et commentateurs pro-démocratie. Avec l'imposition de cette loi créatrice d'une atmosphère de peur, les autorités hongkongaises se sont enhardies à sévir contre les protestations et la liberté de parole.

Cette atmosphère délétère a facilité la publication de sentences très dures, même sans invoquer la dite-loi. Les militants pro-démocratie Agnès Chow et Joshua Wong, connu dans le monde entier pour leur rôle de meneurs lors de la révolte des parapluies en 2014, ont été condamnés début décembre pour les manifestations de protestation qu'ils conduisirent en 2019. Mlle Chow a de plus été inculpée au titre de la Loi de Sécurité nationale.

Le chef du gouvernement de Hong Kong, Mme Carrie Lam, a défendu cette loi à plusieurs reprises, affirmant qu'elle ne serait employée que contre les élements radicaux et les ennemis du peuple, pendant que Zhang Xiaoming, un haut dignitaire chinois chargé des affaires de Hong Kong disait que cette loi « punirait un tout petit nombre de criminels qui mettraient gravement en danger la sécurité nationale ». Mais des juristes hongkongais et d'ailleurs avertirent que cette loi pourrait être appliquée plus largement afin de broyer toute organisation de la société civile. Jérôme Cohen, expert en droit chinois, écrivait en juillet dernier que l'impact de la loi sur Hong Kong serait déterminé par la façon dont Pékin entendrait l'y appliquer.

Quid de la suite ? Les militants hongkongais cherchant asile ou un statut de réfugié aux Etats-Unis rencontrent aujourd'hui beaucoup d'obstacles. Il y a un grand intérêt au Congrès et chez l'Administration Trump pour aider les habitants de Hong Kong à trouver refuge aux Etats-Unis. La Sous-commission aux frontières et à l'immigration du Comité judiciaire du Sénat américain va tenir une audition demain 16 décembre, avec pour témoins Nathan Law et quelques autres.

En résumé : L'arrestation de M. Laï révèle les pouvoirs et les intentions originels de la loi - inculper légalement le mouvement pro-democratie pour sédition, et l'écraser en conséquence.
Fin de la newsletter d'Axios sur ce sujet


le marteau du juge brise Hong Kong



Commentaires Royal-Artillerie


Nous sommes nombreux en Europe à avoir anticipé la queue de trajectoire d'une loi répressive communiste dont les dispositions floues permettent d'y faire entrer toute sorte de désobéissance civile, à commencer par la plus légitime, celle de l'ouvrir ! Tous les pays de l'Est ont connu ce type de lois qui habillait d'un manteau judiciaire les pires répressions. Quels que soient les rondeurs, les sourires, les toasts et les menues attentions, les communistes restent sur l'axe de la justification de tous moyens pour atteindre la fin recherchée, la plus évidente était toujours de perpétuer le Parti, sa nomenklatura, ses hiérarchies, les privilèges exorbitants qui s'y attachent. La fronde des Hongkongais - et il n'y a pas que la jeunesse du territoire à s'ébrouer - a commencé dès la restitution et le traité anglo-chinois, et ce, en dépit de toutes les assurances données alors par les officiels chinois. Mais tant de détails ne collaient pas au quotidien qu'un courant d'exode temporaire naquit rapidement, et ceux qui en avait l'envie et les moyens recherchèrent une nationalité et une résidence de secours. Le Piéton a vécu cela de l'intérieur. Avoir son mot à dire en tant que citoyen et donc réformer le Conseil législatif colonial fut le combat politique dominant. Après avoir observé l'évolution de l'opinion et mesuré les effets du principe "un pays, deux systèmes", une crainte de démocratisation sauvage a saisi les caciques de Zhongnanhaï, et plutôt que de négocier habilement en attendant la fin de la période de transition, Xi Jinping a fait, pour le vingtième anniversaire du retour à la Chine, sa grande parade militaire à Hong Kong dans le plus pur style sudaméricain, avant de décréter que la maison était cernée. Un peu d'intelligence ne nuit pas ; mais quand vous avez fait inscrire votre propre jus de crâne dans la constitution du pays, vous êtes moins tenté de penser finement. La transfusion démographique par importation de continentaux pour qui c'est une récompense dont ils sont redevables aux cadres du Parti local, a commencé dès la première année. Et d'abord dans les maternités ! Il suffisait de laisser grandir cette population redevable pour convoquer un jour un référendum de fusion des sytèmes qui annulerait le plus "démocratiquement" du monde le vieux traité colonial. Mais un communiste ne sait pas gérer l'imprévu ni la diversité, et moins encore le désordre. Aussi le Central, outre sa loi, a-t-il nommé comme proconsul continental à Hong Kong, Luo Huining, le chef du Parti du Shanxi dont la réputation de répression n'est plus à faire - celui-ci s'étant particulièrement fait remarquer dans la répression des chrétiens de la province après s'être fait la main sur les Tibétains. Quand on sait ce dont a besoin le Shanxi, on voit le niveau du Gauleiter !

La répression multiforme actuelle dépasse déjà le mouvement politique puisque sont mis en œuvre les moyens de contrôle des passeports BNO (British National Overseas) et des transferts bancaires à l'étranger émis par les Hongkongais de souche. Un sentiment de nasse commence à prévaloir chez tous ceux qui rêvent de partir et cela n'augure rien de bon pour la suite. Pour l'instant la population expatriée n'est pas visée mais chaque étranger travaillant à Hong Kong est informé des captures sauvages d'expatriés en Chine populaire à tout motif et représailles. Peu à peu on sent la mise sur le qui-vive de cette population très sensible à la sécurité des personnes et des fonds. La place financière de Hong Kong, jusqu'à hier troisième place mondiale quand même, n'a de richesse que d'hommes. L'Etat-cité de Singapour aimerait bien leur parler.

vendredi 23 octobre 2020

Du blasphème...

 

« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres »
(John Stuart Mill)



Il y a une trentaine d'années, l'archevêque de Paris Lustiger faisait une déclaration relayée par les télévisions dénonçant une caricature salace du Christ en croix. Il se disait habitué, lui et tout le clergé, aux caricatures de la presse anti-cléricale mais l'exercice avait cette fois grimpé d'un étage puisqu'on ne caricaturait plus le prêtre dans sa condition de pécheur mais Dieu lui-même, une première. Et l'opinion acquiescait que le bouchon avait été lancé trop loin cette fois. Les choses ont bien changé dans les cercles d'influence mais peut-être pas autant qu'ils le voudraient dans l'opinion. On notera à la décharge des caricaturistes de Charlie Hebdo comme à celle de leurs confrères danois qu'ils dessinent bien plus souvent le Prophète qu'Allah son Dieu.

La question se pose de savoir pourquoi les communautés musulmanes en France mais partout ailleurs ont une réaction épidermique instantanée à l'annonce d'une énième caricature de Mohammed ? J'ai relu le Dinet et El Hadj Sliman Ben Ibrahim avant de venir. Le prophète d'Allah n'est pas un clerc ni le gourou d'une religion nouvelle, mais un "messie". Les écritures le font naître « net de toute souillure, circoncis naturellement, et son cordon ombilical coupé par l'ange Gabriel (Djebraïl) » Il ne fera pas de miracles comme Jésus de Nazareth mais sa vie sera elle-même un miracle, dès sa plus tendre enfance. A preuve, cette séquence entre autres :

Il était parti un matin avec son frère de lait pour mener au pâturage les troupeaux de ses parents nourriciers. Tout à coup vers le milieu du jour, le petit camarade de Mohammed revint seul, et d'une voix entrecoupée de hoquets de frayeur, cria à son père et à sa mère : "accourez vite, mon frère le Qoraïche s'étant écarté de nous suivant sa coutume, deux hommes vêtus de blanc se sont emparés de lui, l'ont jeté à terre et lui ont fendu la poitrine !" Affolée, la pauvre Halima suivie de son mari, courut de toute la vitesse de ses jambes dans la direction indiquée par le jeune berger...etc. On retrouvera l'enfant intact que deux anges avaient opéré d'un caillot noir dans la poitrine. Puis vint le temps de la Révélation et des prédications. On peut comprendre que dans l'esprit des musulmans de notre temps, le Prophète soit plus que l'annonciateur d'une morale nouvelle, sans doute ce que les Grecs anciens reclassaient au-dessus des mortels juste au-dessous des dieux. A tel point que lorsque le Prophète mourut à la mosquée à 62 ans, la foule des croyants envahit l'édifice ne voulant croire à l'impossible ; certains criaient de ne surtout pas l'enterrer car il n'était qu'en voyage comme leur disait Omar le calife : « Non, le Prophète n'est pas mort ! Il est allé visiter Son Seigneur comme le fit Moïse qui, après une absence de quarante jours, reparut chez les siens. De même, il reviendra parmi nous. Ceux qui prétendent qu'Il est mort sont des traîtres. Qu'on leur coupe les mains et les pieds !»

On doit donc comprendre que Mahomet n'est pas un prophète ordinaire dans l'image mentale des musulmans. Face à cette image, la satire française ne doit pas tourner à l'obligation du sarcasme et de la caricature pour la caricature, si tant est que l'on veuille préserver la paix sociale (c'est aussi une question). La sanctification du Prophète est irréfragable ! On a envie de dire aux pouvoirs publics : "faites avec !". Mais quel est cet impérieux besoin de se foutre du monde partout et tout le temps ? La liberté de faire chier autrui ? un sport national ? L'esprit français, qui fut loué et imité par tout le monde civilisé, était d'une autre finesse que les dessins grotesques de Hara Kiri & Suite qui pataugent dans le pipi-caca de cours préparatoire et en défense desquels il faut s'enorguellir d'une formidable liberté d'expression scatologique. Qu'on essaie un peu de croquer dans des postures sordides d'enculage animalier les éditocrates qui font la pluie et le beau temps sur les plateaux télé, et on verra vite les limites qu'ils consentent à la liberté d'expression. On nous sortira certainement l'immunité journalistique parce qu'il y a des limites à tout ! Reste maintenant à discuter des Musulmans.


Arrivé jusqu'ici, chacun de nous doit avoir compris que la coprophagie du grotesque libertaire est une injure douloureuse faite au croyant. Et celui-ci doit comprendre qu'il est venu dans une République fondée à l'origine sur la haine, la dérision et l'exclusion. Bonjour ! A son tour à lui de "faire avec !" Les lois françaises ne mettant pas les dieux et les clercs à l'abri du blasphème - ce qui n'est pas le cas partout en Europe ni même en Alsace Moselle - le citoyen imprégné de religion doit détourner son regard et pour certains, laisser pisser le mérinos, pour ne pas croiser une offense insoutenable pour lui, mais à aucun moment s'aviser de conquérir l'espace public pour y imposer ses propres limites à la liberté d'expression. Vous souvenez-vous de l'exposition "PissChrist" en Avignon, cité des papes ? La bronca catholique fut nourrie ! Dans le cas particulier de l'islam, cette démarche de non-voyance est perturbée par le prosélytisme politique d'une fraction d'intégristes radicaux qui entendent soumettre toute la société à leurs lois. Ainsi, toute réaction à l'affichage de caricatures injurieuses sera traduite par une volonté de subversion islamique, ce qui est en partie vrai, mais en petite partie seulement tant que le tigre dort. Aux musulmans de faire le ménage en leur sein et puisqu'on sait que c'est très difficile pour des raisons tenant aux diverses origines et obédiences prospérant chez nous dans une anarchie cléricale entretenue par les ambitieux, c'est à l'Etat français de les aider à faire le ménage, avec la vigueur nécessaire et suffisante pour éradiquer le doute. A défaut de quoi nous révoquerons l'édit de Nantes.

L'actualité tragique offre une possibilité de nettoyage par tous moyens, bien sûr légaux (sic), et moins il prendra de temps, plus longs seront ses effets. Restera ensuite à ne pas retomber dans les erreurs accommodantes du passé, en retirant les zélateurs des canaux de propagande et subventions publiques. Si, par miracle, la France et les Français avaient une image assez précise de ce que doit être le plus beau pays du monde, nous aurions bien avancé dans la préservation de nos mœurs et coutumes, alliées à la liberté de croire et de penser ce que souhaite chacun. Mais nous en sommes loin avec les pouvoirs de rencontre que nous désignons régulièrement au sommet de l'Etat à l'issue d'un protocole perverti dans le clientélisme démocratique, le mafiatage partisan et le trucage des scrutins. A quoi s'agrège un quatrième pouvoir fortement corrompu, aux mains du Capital et qui pis est, stipendié par l'Exécutif ! Que le blasphème ne soit pas puni est une chose qui pour autant ne le rend pas obligatoire. La projection des caricatures de Charlie Hebdo sur les façades des édifices régionaux le soir de l'hommage à la Sorbone, est une faute morale plus stupide que grave, mais une faute quand même ! Pourquoi offenser tous nos compatriotes musulmans à propos de l'horrible assassinat du professeur d'histoire Samuel Paty, qui n'a certes pas promu les caricatures mais s'en est servi tout simplement pour illustrer un cours sur la liberté d'expression au moment historique du procès des assassins de Charlie Hebdo ? Il faut convertir patiemment les musulmans au libéralisme et à la séparation des domaines public et privé, quitte à les y forcer un peu au début, en supprimant les prières de rue par exemple. C'est faisable mais nul aux affaires n'a jamais essayé en vrai ! Comme disait Zemmour à Eric Naulleau récemment, les Français musulmans n'ont jamais posé de problèmes dans l'espace public jusqu'à l'importation de musulmans étrangers venus d'horizons où priment les interprétations littérales des hadiths et versets coraniques, interprétations frappées au coin d'un archaïsme redoutable qui coupe à angle droit tous les édits et codes de notre société civile. Si ces communautés veulent se tailler des fiefs inexpugnables dans l'espace français, il faut les sortir tout simplement du jeu social, en coupant les fils de la solidarité nationale et plus si affinités.

Voilà. Pour conclusion, finissons ce billet avec le cardinal Lustiger qui disait dans un de ses ouvrages : « L'une des erreurs d'optique où se porte le désir spirituel est de projeter sur le présent de l'Eglise une eschatologie réalisée au rabais. Cette erreur défigure l'espérance chrétienne. Elle transforme la vie chrétienne en un mythe ou, à l'inverse, en une insupportable tyrannie. On essaiera, par des moyens humains, de faire de la société chrétienne une figure du Royaume des cieux, alors qu'elle n'en est que la caricature souvent infernale.» (Cardinal Lustiger in La Promesse, éditions Parole & Silence, Paris 2002). Réécrivez ces quatre vérités en y mettant l'islam wahhabite et tout colle.


cul-de-lampe de Martin van Mæle 1872

vendredi 20 mars 2020

Un projet civilisationnel (G.A.R)


Chose promise, chose due, la recension critique du projet de société édité par le Groupe d'Action Royaliste est achevée au premier jour du printemps (avec un peu de retard). Dès l'abord, la confection de cet ouvrage de quatre cents pages est soignée, agréable, riche et sa maquette en couleurs sans doute chère à fabriquer. Le bouquin est à mettre dans toute bibliothèque royaliste. L'analyse de Frédéric Winkler est fouillée, articulée, la logique est partout présente, les citations pertinentes sont nombreuses et beaucoup sont tirées des réflexions du prince Jean d'Orléans et de celles des penseurs sociaux royalistes du siècle passé. Il y a aussi nombre de punchlines particulièrement utiles pour la dialectique du militant. C'est pourquoi dans une édition future, je suggère de dériver de cet ouvrage un tirage économique au format poche, sans images ni annexes, taille de police diminuée, un vademecum destiné aux camelots du roi et à tous les royalistes actifs, le fameux livre dans la poche près du poing américain.

Ceci dit, j'ai reçu la boîte de briques à plots comme un Lego sans le plan de montage, et la meilleure façon d'en faire l'inventaire est de tenir la rampe de la table des matières en donnant un avis si nécessaire. Le livre est construit de façon très classique en deux parties, le constat d'accident de notre société, le comment s'en sortir.
Le constat en Partie I est articulé en neuf chapitres que nous ne développerons pas puisque tout lecteur de Royal-Artillerie est parfaitement au fait des graves dysfonctionnements de notre société, agravés par le poids d'un Etat total qui se mêle de tout et le plus mal possible. Voici les neufs titres, on lira les chapitres sur Calameo ou après avoir acquis le bouquin auprès de l'Action sociale corporative ASC (voir notes en bas de page) :
A. Bilan du "Meilleur des mondes" (Huxley 1931)
B. Jeunesse et université ou la fin d'un monde
C. La République d'absurdie ou la démocratie
D. L'art ou la dissociété
E. La cité et la "communauté de rêves" de Malraux
F. Social et économie
G. Santé et environnement
H. Décentralisation et autonomie régionale
I. Comment en est-on arrivé là ?
- l'ensemble augmenté de trois annexes (brève histoire sociale, critique du libéralisme, l'épuration de 14-18)

C'est le comment en sortir qui nous intéresse ici. Il n'est pas moins question que de refaire une société nouvelle, et si l'auteur se refuse à la tabula rasa dénoncée par Edmund Burke, il sera vite rattrapé par l'impossibilité de faire en France des réformes de fond à froid. Une marche à suivre sera donc indispensable. La Partie II qui commence page 237 comporte sept chapitres :
J. Libération
K. L'Art
L. Ecologisme intégral
M. Francophonie
N. La monarchie de demain
O. Stratégie vers la monarchie
P. Notre arche d'alliance
- l'ensemble augmenté de quatre annexes (libertés économiques, pensée & action, révolution intérieure de chacun...)

On ouvre le combat d'escadre par les républiques royales qui devraient refonder les Etats régionaux dotés de la plus grande autonomie possible. Naîtront ainsi "la république familiale où ils naissent, la république municipale où ils vivent, la république provinciale de citoyenneté, la république professionnelle où ils travaillent". Il ne s'agit que de s'émanciper du jacobinisme déconcentré actuel au niveau pertinent pour le maximum d'efficience de la gestion publique sous réserve de dévolution au-dessus pour les affaires qui se traitent à plusieurs.

Mais rien ne sera réussi sans la réhabilitation du premier cercle humain, la famille. Tout doit être fait pour non seulement protéger la famille de la conception au décès, réparer les accidents de la vie, mais surtout dans une construction politique, en faire la première marche d'une société citoyenne. La famille devient la cellule-base des Etats généraux régionaux qui devront organiser les nouvelles républiques. C'est assez osé politiquement mais il faut choisir une brique de base.
Tout ceci concourt à une forme de libération de l'espace et des mœurs ! Néanmoins, à bien observer le pays réel dans son ensemble, on distingue à l'horizon 2040, une France globicéphale avec un Grand-Paris et ses riches marches de la taille d'un pays moyen européen et, sauf la métropole lyonnaise de taille approchante, des provinces qui porteront les stigmates d'un certain déclassement européen, autonomes en droit mais impécunieuses et qui resteront à la merci d'un Etat central attendant sa revanche. Sans doute les régions futures devront-elles englober plusieurs de nos provinces historiques pour être viables. Aparté : il est assez amusant de voir un groupe de réflexion d'Action française promouvoir l'organisation impériale à la limite de la confédération, mais ce n'est pas pour déplaire au Piéton du roi, qui, originaire du Bas-languedoc, est rétif à la centralisation des Francimans depuis Paris.

On touche ensuite au premier motif de ce projet avec le chapitre "Libération": la libération des professions et leur organisation en corporations. Le Groupement d'action royaliste a la fibre sociale depuis le début, dans la droite ligne des La Tour du Pin, Le Play, de Mun, Bacconnier, Bancel, tous ces gens dont les travaux furent à la base des lois sociales du Front populaire. Le livre fait la part belle à ce défi qui est à la fois central et complexe en évitant les slogans racoleurs. On y traite du syndicalisme ouvrier, de la sécurité sociale, de l'autonomisme local jusqu'à l'anarchie douce d'une vraie décentralisation. Plus que des mots, le combat affronte des titans bien vivants : capitalisme et socialisme qui se disputent encore la planète et l'asservissement des esprits. La France seule pourra-t-elle tenir à distance ces idéologies mortifères ? Peut-être mais à quel prix ? Car, à la fin de la réorganisation de l'outil France il nous faudra rester compétitifs et disons-le tout net, bien plus compétitifs qu'aujourd'hui où ce défaut majeur français est le premier vecteur de notre déclassement international (voir les études de Xavier Fontanet, un praticien de ces questions).
Il va sans dire que la libération du pays traversera nos universités dont l'autonomie sera pleine et entière.

Le chapitre suivant traite de "l'Art". Aucune incongruité dès lors que l'art et l'architecture sont deux piliers de la civilisation française et qu'à refaire une société nouvelle, il faut prendre en compte ces élégants soucis. Les Français de demain devront personnellement s'impliquer dans les arts afin que de la nation se lève une régénérescence ayant l'ambition de rayonner à nouveau sur les autres nations. Pays du luxe avec une bonne production littéraire, nous aurons moins de mal dans ce chapitre que dans celui de l'industrie.

Vient ensuite le chapitre de "l'Ecologisme intégral". On l'aura compris, l'intégral fait écho au "nationalisme intégral" de Charles Maurras, en ce sens qu'il ne laisse aucune activité humaine en dehors de lui. Les étages d'intervention s'empilent sans difficultés tant que demeure une conversation politique entre la nation et l'Exécutif. L'écologie humaine, régionale et nationale est gérable en tenant compte de la crise climatique réduite à sa dimension énergétique. Le projet réfute la pertinence de l'énergie nucléaire contre les énergies renouvelables, spécialement solaire. Il manque des chiffres de production opposables à la consommation et, bien que ce soit un autre débat, les causes et les moyens d'atténuation du réchauffement climatique font défaut. Le GAR englobe ce défi dans son travail sur l'écologie mais peine à déborder de l'hexagone. Au-delà il faut collaborer et donc "négocier" avec les intérêts parfois divergents de nos voisins. C'est finalement le seul vrai défi écologique : intégrer un ensemble de pays qui partagent les mêmes soucis et sont en capacité de déployer les mêmes moyens. Le Projet n'en parle pas. A preuve, la politique de la mer à qui on donne deux pages s'arrête à la ressource française alors que le Brexit nous apprend que la gestion halieutique est typiquement un problème international. A revoir donc ! Dans le chapitre écologique on ne peut éviter l'agriculture. Le Projet, qui promeut une agriculture traditionnelle respectueuse de la nature et des consommateurs sur l'axe de la Confédération paysanne, fait l'impasse sur l'agriculture commerciale française. Nous sommes un des grands acteurs mondiaux dans les oléagineux (graines à huile), les céréales (orge, maïs, blé dur, triticale, avoine, froment et même sorgho), laits et produits laitiers, sucre, vins, viandes. On parle de soixante milliards d'euros. A revoir donc en urgence !

Un chapitre important du Projet est la "Francophonie". C'est l'affaiblissement de l'usage mondial de la langue française qui a créé la Francophonie, à l'initiative de quatre chef d'Etat de pays décolonisés, Senghor, Diori (Niger), Bourguiba et Sihanouk au début des années 60. Il aura fallu deux conférences francophones à Niamey pour mettre le train sur les rails. La France, blessée dans son orgueil (déjà !) traîna les pieds et c'est le renfort du Canada qui viabilisa l'affaire. A l'instar du Commonwealth britannique, la Francophonie institutionnalisée est un soft power sans doute peu spectaculaire mais influent, à l'exception de l'Indochine maintenant anglophone et sinophone pour des raisons de développement économique assurant la survie d'une population grouillante. Ce qui rattache bien l'expansion d'une langue à la prospérité économique qu'elle permet, au-delà des grands auteurs ! On en revient toujours au binôme politique-économie dans n'importe quel ordre qu'on l'écrive. Une mention pour le Vietnam dont le gouvernement communiste s'accroche de manière ardente au club français pour prendre l'air que ne lui offrent ni l'ASEAN ni la Chine populaire.

On en vient au cœur du sujet : "La monarchie de demain" et l'introduction nous indique qu'il faut construire quelque chose et [ndlr: pas seulement courir les messes mortuaires, les galettes des rois et le camp viril] : "le problème des institutions se pose comme la condition de tout, comme l'obstacle contre lequel viennent buter toutes les nécessités, tous les besoins vitaux de notre société". Le projet part du constat que les libertés basses exigent le démontage d'une république massifiée, unifiée jusqu'au dernier bouton de guêtre (un exemple en passant du totalitarisme au jour d'écriture de cet article : les pharmaciens sont désormais autorisés à confectionner eux-mêmes du gel hydro-alcoolique anti-bactérien pour pallier la pénurie - gag soviétique : on n'a pas produit les flacons).

Après la doctrine comme souci, aurait dit Boutang, on en arrive à l'action : "Stratégie vers la monarchie". La libération de l'esprit par les bons auteurs et les cercles de réflexion débouche sur la pratique en commençant par le réseautage. Infuser la pertinence sociale de la monarchie exige une solide formation militante fondée sur des idées structurantes plus que sur des mots-clés. Réseauter c'est influencer, convaincre... convertir ! Le but est d'obtenir dans un espace donné une masse critique de gens convaincus ou attentifs auxquels on vendra le roi contre la liberté revenue. Ceci s'adresse évidemment à tous les entravés de la société actuelle et ils sont légions, les entrepreneurs, agriculteurs, innovateurs, commerçants, plus généralement les individualistes qui comptent d'abord sur eux-mêmes, les chefs de famille aussi, les cadres de grande entreprise et jusqu'à la technostructure dont certains éléments ont analysé la tyrannie gratuite avant de passer à l'ennemi, nous. Ce travail d'influence active fut maintes fois démarré mais n'a jamais abouti jusqu'ici puisque chez les encartés (ou abonnés) du mouvement royaliste il y a un trou énorme dans la pyramide d'âges entre 25 et 65 ans, c'est-à-dire entre la période de formation intellectuelle et la sortie des responsabilités professionnelles qui s'accommodent mal d'une compromission socio-politique, folklorique parfois. Mais nous le savons, nous ne pouvons pas lutter contre les allumés et la chevalerie, le royalisme en sécrète à jet continu parmi des populations accidentées de la vie qui viennent y chercher la rédemption de leurs échecs ou l'oubli de leur grisaille.

S'insère alors vers la fin de l'ouvrage le contrat passé entre les membres du Groupe d'Action royaliste, nommé "Notre Arche d'Alliance". La queue de trajectoire de cette association n'est pas moins que la survie de notre peuple. Elle motive tous les efforts d'étude du meilleur des régimes possibles dans son adéquation au pays de France, la propagande inlassable de cette espérance, la construction d'une perspective bénéfique aux gens du commun dans la promotion croisée des valeurs d'un humanisme chrétien avec le souvenir des Français d'exception qui nous ont précédés, de Beaudouin IV de Jérusalem à Jeanne d'Arc, de Cavelier de La Salle à Monsieur de Charrette et cent autres, de tous ceux qui firent la réputation mondiale des Français. Est-il besoin de rallier l'une des boutiques dynastiques pour y atteindre ? Frédéric Winkler nous dit carrément non :

« Nous nous adressons à ceux qui veulent avancer, concourir au retour d'une société organique. Nous reprendrons nos libertés que le système a non seulement confisqué mais que nous avons, par lâcheté et hédonisme laissé prendre. Nous laissons aux princes gérer leurs problèmes de dynastie car il nous importe d'abord de travailler à préparer le pays à leur retour. Peu importe le nombre, nous avançons et agissons, cela seul compte. On ne dira pas de nous que nous avons laissé l'avenir de nos enfants se perdre dans le néant du matérialisme. Le travail effectué depuis des années montre combien une poignée déterminée peut avancer. Ce message s'adresse à ceux qui non seulement peuvent être royalistes, attachés aux vieilles alliances celtiques, à la francophonie, mais à tout Français simplement conscient du combat profond qui se livre pour sauver l'humanisme [sens chrétien], face aux périls d'une société robotisée. Bref une nouvelle aventure qui, historiquement ne peut être que capétienne, nous évitant de sombrer dans l'abîme du libéralisme financier. Tiocfaidh àr là !»


C'est très bien. Ce qui va manquer dans le Projet de société du GAR, mais chacun a compris que l'agenda n'est pas publiable, c'est la transformation du mécontentement général - Macron nous fait un sacré cadeau de ce côté-là - en insurrection générale portant le projet monarchique dans le panier des solutions. J'ai coutume de dire que l'accédant ne sera pas le premier à Reims mais le dernier debout sur les ruines des institutions à Paris. C'est aussi pour cela que je privilégierais pour mon pari un athlète à un penseur. Mais il est temps de dépasser l'insurrection pour brosser le portrait de la monarchie revenue sur ses terres. Tout ce que nous avons dit anticipe donc une monarchie décentralisée. Jusqu'où et comment, c'est ce que nous allons essayer de comprendre sans refaire le constat de notre meilleur des mondes que nous connaissons trop.

Décentralisons, ancrons sur nos racines, procédons par ordres successifs à partir de la cellule familiale, exaltons la transcendance spirituelle, même si la déchristianisation profonde du pays range ce paramètre au rayon de l'utopie en terme de rendement. Comment tout cela s'articule-t-il ? Le projet de société de Frédéric Winkler n'est pas retranscrit sur une épure constitutionnelle et nous pensons avoir compris pourquoi. L'épine dorsale de l'analyse est dans le livre d'heures du prétendant Jean d'Orléans titré Un Prince français dont moult extraits rehaussent le texte. Or il est de notoriété publique que depuis Henri l'Ancien (1908-1999), la constitution de 1958 est le manteau royal qu'il suffira d'enfiler pour accomplir la promesse d'un retour de la royauté en France. C'est un régime parlementaire en droit, présidentiel en fait, qui laisse au chef d'Etat un domaine réservé sensé accroître son prestige et pérenniser l'action politique sans les cahots des majorités de la Chambre basse : défense et diplomatie. Mais ce régime qui ne détruit ni les partis ni les satrapies, moins encore l'Etat profond, ne peut assouvir l'ambition du projet de société du GAR. Vers la fin du livre, on reste donc sur sa fin car il manque la diagramme de synthèse qui va bien et permettrait de "visualiser" le nouveau régime monarchique.


Ne reculant devant rien, Royal-Artillerie remet au feu de la forge le régime nécessaire et possible que le Piéton a souvent proposé. De bas en haut (mais l'inverse marche aussi), des républiques autonomes territorialisées sont établies en métropole, basées sur les provinces. Leur circonscription n'est limitée que par leur viabilité économique puisqu'elles vont lever de l'impôt. Les régions de programmes existantes et précédentes produisent des statistiques utiles pour organiser leur liberté. Pour le gouvernement des pouvoirs dévolus à l'étage supérieur, ces provinces délèguent au sénat de Paris leurs représentants. L'Etat central est formé du domaine régalien et du domaine public commun. Le domaine régalien stricto sensu est remis au roi qui le commande lui-même et l'administre par son garde des sceaux. Le domaine public commun est gouverné par le premier ministre proposé par le sénat et nommé par le roi. Qui est dans quoi ?

Le domaine régalien strict comprend le Quai d'Orsay, le ministère des Armées, la Direction générale de la sécurité extérieure, la Banque de France et le Trésor public, le ministère des Finances, le services centraux de police et sûreté, la Gendarmerie nationale, la chancellerie, le conseil supérieur de la magistrature, la cour de cassation et la cour d'appel de Paris, la coordination européenne du domaine régalien.

Le domaine public commun comprend la cour des comptes, le conseil d'Etat, les parquets spécialisés et ceux de province, la coordination nationale de l'instruction publique (la fonction est décentralisée), le ministère des universités et de la recherche, la protection des instituts (ex-ministère de la culture), le ministère des solidarités (ex-Travail), la Caisse nationale d'assurance vieillesse, la Caisse nationale d'assurance maladie (les caisses primaires et d'allocations familiales sont décentralisées), l'administration des cultes, la construction et gestion des infrastructures de transports nationaux, la sûreté énergétique, l'écologie appliquée (développement durable, assainissement des nuisances), votre propre idée, la coordination européenne du domaine commun. La frontière entre les deux domaines sera sans doute disputée, surtout dans un pays qui a oublié comment fonctionne un Etat fédéral.

Les provinces sont administrées comme aujourd'hui bien que la pureté du modèle voudrait qu'elles choisissent chacune leur mode institutionnel. On y retrouve donc un parlement élu sur des circonscriptions territoriales et transversales à définir - cela fait déjà un sujet intéressant à suivre - et un exécutif désigné par les élus. Le principe général est de ne pas reproduire à l'échelon provincial les domaines gérés depuis le domaine public commun mais de se concentrer sur les domaines libérés de l'emprise étatique parisienne. Ainsi les préfets départementaux, qui aujourd'hui actionnent les décisions de Paris, seront-ils réduits en fonction, effectifs et déploiement à des missions de surveillance, relais et conseils à la manière des missi dominici. Les provinces autonomiseront les académies, les régions judiciaires qui traitent de la justice basse, mais les régions militaires comme les régions de police ressortissant au domaine régalien seront maintenues en l'état. Plus généralement les provinces auront une compétence universelle sur tous les sujets jusqu'au seuil non franchi des domaines centraux. Sauront-elles s'autonomiser réellement ? sauront-elles lever des taxes, des impôts sans quémander le blanc seing de l'Etat central ? c'est une question qu'on ne peut poser aujourd'hui, le personnel en place étant recruté dans le vivier des battus au plan national, c'est du second choix, la division 2.

A côté de ces organes de gouvernement prolifèrent des coordinations hors-Etat comme les chambres de commerce, d'industrie, des métiers, de l'agriculture, les syndicats professionnels et ouvriers, autogérés et autofinancés, corporations chargés entre autres de la formation professionnelle, des coopérations locales sans autre limite que leur efficacité, des projets inter-provinces en tous domaines, des synergies en régime mixte (public-privé) sur le seul critère de l'auto-financement. Un nouveau pays hérissé de libertés !

Nous empruntons la conclusion de cet article à Jean-Philippe Chauvin qui termine sa préface ainsi : « Ce livre que vous tenez entre les mains n'est pas un objet inanimé, il est un essai, une sorte de manifeste royaliste qui a vocation à provoquer la discussion et, aussi, à donner quelques arguments pour une monarchie sociale "à la française", active et politique : ce texte important rédigé par Frédéric Winkler est aussi un outil de travail qui peut être abordé et lu la plume à la main, et qui doit ouvrir de nouvelles perspectives pour le royalisme, sur des thèmes que les monarchistes avaient parfois un peu négligés, pris par d'autres combats. Lisez, discutez, diffusez, mais aussi complétez : cet ouvrage doit jouer le rôle d'une pierre fondatrice, comme il est aussi un pavé dans la vitrine du "politiquement correct" et du "désordre établi" !» Je crois que c'est bien ce que Royal-Artillerie a tenté de faire.

On peut comprendre aussi que ce projet civilisationnel sera directement applicable à la société post-collapsus qui s'annonce, après la remise en cause du système de mondialisation des échanges et des productions. La pandémie en cours du coronavirus de Wuhan risque de provoquer l'effondrement des collaborations trop sophistiquées entre continents, alimentées par une croissance sans limites qui participe au dérèglement climatique (RA y reviendra dans un article prochain sur les lendemains obscurs).
Redisons-le avant de partir, le régime monarchique explicité par le texte inséré sous l'affiche du banquet camelot (annulé) n'est que phosphoration personnelle et n'engage en rien le Groupe d'Action Royaliste, lequel n'a délivré aucun Nihil Obstat. Le seul mérite de cet article n'est pas d'exister (ô vanité) mais de pouvoir être critiqué, déconstruit, reconstruit, pour avancer vers le meilleur modèle applicable.
Messieurs, à vos pièces !


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lundi 25 novembre 2019

Supper moment



Ce que le Parti communiste ne supportera jamais, que le "prolétariat" lui pisse à la raie et réclame ses libertés en dehors de lui. C'est tout le logiciel de représentation obligée du peuple par le parti qui est ruiné. Répliques attendues en Chine continentale. Chimiothérapie du cancer communiste en cours. Vive la liberté, crèvent les cons !

dimanche 24 novembre 2019

Ce qui retient les bouchers...


Le revers électoral du Parti communiste chinois à Hong Kong* - ses propres députés parlent d'une "raclée" - ne peut rester impuni si l'on sait que la perte de face est, au contraire du ridicule français, mortelle ! On parle donc de massacre modèle 89 pour laver l'affront dans le sang. L'avant-veille des élections d'arrondissement plusieurs tycoons hongkongais derrière Stanley Ho ont rendu visite au gouvernement pour le prévenir des conséquences funestes d'une répression sanglante tant pour Hong Kong que pour la Chine continentale et au premier chef, pour le Parti communiste chinois lui-même.
(*)Dix-sept des 18 districts de gestion du territoire sont désormais à l'opposition
Art Artman qu'on ne présente plus (gag : il est un analyste politique blanchi sous le harnois aux Etats-Unis) déroule pour Epoch Times les conséquences d'un massacre-réflexe auquel s'abandonneraient les dinosaures de Pékin. Nous utilisons ses réflexions sans en faire une traduction :

(1) Destruction de la réputation de Hong Kong en tant que place sûre et libre pour les affaires. Perte d'investissements étrangers et de touristes (ndlr: c'est déjà fait).

(2) Fuite des capitaux des classes aisées et moyennes locales, fuite déjà soutenue depuis les menaces répressives de M. Xi, accompagnée du désinvestissement de capitaux étrangers cherchant à sortir avant fermeture de la nasse communiste. En 2015 la bourse de Shanghaï s'était crashée au seul soupçon de contrôle des transactions et contrôle des capitaux libres.

(3) Plus que l'outrage proclamé par Washington et ses alliés, de dures sanctions frapperont le régime chinois. (ndlr: on peut y croire depuis que Trump a fait l'impensable pour M. Raffarin, tenir tête au gros Panda).

(4) Les manufactures étrangères accélèreront leur sortie du marché chinois en prévision de son étrécissement et de ses contrôles de plus en plus tatillons, vers des territoires sûrs comme l'Inde, ou des pays de l'ASEAN, voire même les Etats-Unis. La délocalisation règlera les problèmes de propriété intellectuelle, d'actionnariat contraint et de risques judiciaires imprévisibles pour les cadres.

(5) La réputation internationale du business chinois souffrira grandement et des campagnes de boycott plus ou moins spontanées de type "Blood Product" se déchaîneront contre les marques chinoises.

(6) Les investissements étrangers en Chine cesseront quasiment pendant une ou quelques années à cause des réseaux sociaux et aussi de la prise de conscience éthique de certains grands patrons globalisés.

(7) Les actions des sociétés chinoises perdront de la valeur sur toutes les bourses, comme on l'a vu au moment de la surtaxe des produits chinois importés aux Etats-Unis. Leurs actionnaires étrangers et chinois seront vaccinés pour longtemps.

(8) Le chômage en Chine augmentera par la perte de commandes aux usines et le déficit touristique. Pendant au moins un an, le tourisme étranger stoppera en Chine, ruinant beaucoup de petits métiers. Le PCC doit comprendre que cent millions (ou plus) de nouveaux chômeurs créeront les conditions d'une insurrection générale (ndlr: voir l'exemple iranien).

(9) Les pays auxquels la Chine communiste dispute des îles en Mer de Chine méridionale et orientale accroîtront leurs capacités de défense militaire à la vue de cette mutation de leurs interlocuteurs devenus subitement enragés. Les Philippines redeviendront l'allié privilégié des Etats-Unis aussitôt que la tension montera.

(10) Le grand projet impérial des nouvelles routes de la soie sera mis en péril par la transformation du gros Panda "Win-Win" en tigre rabique ! Pendant un an au moins, on ne se pressera plus aux guichets chinois de développement. Bien des pays tombés dans la trappe chinoise de la dette relevable sur titres montreront les dents, avec le soutien de la communauté internationale. Mais le pire est ailleurs et concerne le Parti itself : la gigantesque cohue chinoise des laissés-pour-compte s'accroîtra de beaucoup et à tout vouloir commander, on devient la cible de tous. Les problèmes dont souffrent et souffriront les Chinois pauvres seront tous imputés au Parti communiste dont les cadres locaux sont déjà détestés.

Xi Jinping pourra à nouveau dénoncer comme criminels ceux qui font la distinction entre le peuple chinois et le Parti communiste chinois, mais la fracture sera béante et visible par tous. Une nouvelle ère de vérité commencera pour purger les mensonges. Les idiots utiles français seront confondus et montrés du doigt ! Il ne sera que temps !




Pour la petite histoire, le Parti communiste chinois de Hong Kong s'est planté deux fois dans l'évaluation des élections d'arrondissement. Les sondages faits dans les estates auprès des résidents âgés (les autres travaillent) ont été détournés par les sondés qui ont répondu "oui" pour que leur logement ne soit pas remis en question, puis dans l'isoloir ont voté "non" pour que leurs enfants, neveux, cousins vivent libres. Secondement, les nouveaux résidents, déversés du continent par le pouvoir chinois pour changer le sang du territoire (c'est l'expression utilisée) ont découvert la liberté dans ses détails impossibles en Chine et ne souhaitent pas que le système policier chinois s'étende sur Hong Kong ; et après avoir donné les bonnes assurances aux agents du gouvernement, ont voté pro-democracy dans l'isoloir.

Tout est sur la table, et la perte de face est sévère.






Postscriptum du mardi 26 novembre 2019

Les résultats définitifs détaillés du scrutin renouvelant les conseils d'arrondissements sont en ligne sur la Wikipédia (clic). Le référendum voulu par la cheffe du gouvernement de Hong Kong est donc perdu dans le rapport de 57 à 42.
Voici les résultats résumés :

Masse :
Nombre d'inscrits : 4.132.977
Votes exprimés : 2.943.842 soit 71,23%
Voix données aux partis du mouvement Pro-democracy : 1.674.083 soit 57,10%
Voix données aux partis Pro-Pékin : 1.233.030 soit 42,06%
Voix donnés à des candidats non alignés : 24.623 soit 0,83%
Bulletins non validés : 12.097 soit 0,41%

Concrétisation :
Nombres de conseillers Pro-democracy élus : 388
Nombres de conseillers Pro-Pékin élus : 62
Nombre de conseillers non alignés : 2

Majorités des 18 conseils d'arrondissements :
Majorité Pro-democracy : 17
Majorité Pro-Pékin : 1

Tous les détails en ligne ici.

samedi 17 août 2019

Hong Kong, what next ?

Les pronostics sur l’issue de l’insurrection hongkongaise qui reprend des tours ce samedi, se perdent dans les sables de la géopolitique, analysée par des officines payées au mois. Et pourtant ils dépendent seulement du mental de quelques personnes du Comité central de Pékin, réunies dans une salle capitonnée à Zhongnanhai*.


Derrière son nouvel empereur, dont la pensée a été constitutionnalisée, les décideurs du PCC peuvent à regret accepter l’idée que Hong Kong n’est finalement pas indispensable au Projet du siècle, celui de ramener la République populaire sur les marches de l’empire disparu (c’est le programme du China Dream** endossé explicitement par Xi Jinping dès son accession). Si on n'intègre pas le China Dream dans l'analyse on n'y comprend rien.

Certes il y aura de graves inconvénients financiers à soumettre Hong Kong par la force, mais ceci ne les touchera pas personnellement puisque toute la nomenklatura se sera dégagée préalablement de l'île aux chimères. L’exode probable des expatriés non-Chinois et celui des jeunes Hongkongais diplômés qui auront trouvé un point de chute, sera compensé immédiatement par l’arrivée massive de Continentaux, présentement en surnombre dans certaines villes. Ceux-là resteront reconnaissants à jamais de cet ascenseur social. Hong Kong reste la perle de l'Asie quoiqu'on dise.

On s'attendra à ce que le niveau général des résidents baisse beaucoup, savoir-faire, talents et compétences étant partis, mais le projet du PCC de créer un cluster de trois métropoles (Shenzhen, Zuhai, et Hong Kong), déjà reliées par le « pont du siècle », diluera les inconvénients de la répression brutale dans le développement de la conurbation. Le peuple et l'Occident oublieront vite l’épisode, comme il en fut jadis à Pékin.

Je crois ces quatre ou cinq personnes capables d’encaisser quelques centaines de morts et dix fois plus de blessés et prisonniers pour garder la face ! D'autant que l'appel aux libertés démocratiques commence à résonner en Chine continentale dans certains milieux d'intellectuels. Pour bien caler les idées, souvenons-nous que le budget que Deng Xiaoping avait donné à Li Peng en 1989 était de 200.000 morts, la Chine éternelle valant bien ça ! A voir les conditions actuelles de conversion forcée des Ouighours au Xinkiang (plus d’un million en camps de redressement), on ne peut pas douter que ces réflexes subsistent ! Les dirigeants actuels sont le produit de la précédente génération d'assassins.

A ceux-là qui se fient à la bonhommie du grand leader Xi, j'offre un courte vidéo de la parade militaire offerte à Hong Kong pour le vingtième anniversaire de la restitution britannique. Observez les détails, vous n'êtes pas à Pyongyang, et pourtant. Chacun comprendra que le président-prophète ne risquera jamais de se laisser ridiculiser, ce qui en Asie est mortel, contrairement à chez nous. S'il faut écraser, cette armée écrasera ! Aucune autre considération que la face ne sera déterminante pour les maîtres d'un pays sans Etat de droit. L'artiste dissident Ai Weiwei croit l'écrasement possible. Partout l'inquiétude monte car chacun sait que le communisme ne sait pas débattre ! Espérons nous tromper !




(*) Zhongnanhai est le complexe gouvernemental central à Pékin, situé à côté de la Cité interdite.

(**) Le Projet chinois réside tout entier dans le China Dream auquel le Piéton du roi se réfère toujours et qu'il résume à nouveau pour ses lecteurs récents :
- Revenir sur toutes les marches de l'Empire du Milieu en mobilisant partout le génie et le labeur chinois ;
- Dominer sans partage ni contestations dangereuses de la Selenge mongole aux Spratleys (nord-sud) et du K2 jusqu'à l'Amour (ouest-est) ;
- Contenir les empires voisins dans leurs frontières naturelles, l'Inde sur le piémont himalayen, la Russie blanche dans la steppe stérile au-delà des Mongols, le Japon vieillissant dans son archipel ;
- Acheter la neutralité bienveillante des nations de la péninsule indochinoise par des échanges économiques fructueux et des soutiens à contre-emploi (en Birmanie et au Cambodge);
- Tenir la mer (carence fatale aux Mandchous steppiques).

mardi 11 juin 2019

Hong Kong sous le talon communiste

Hong Kong (AsiaNews) - June 9, 2019 : More than a million people took part in the protest march against the extradition law that the Hong Kong government wants to pass under pressure of China Central.

Hong Kong s'insurge contre la loi d'extradition à partir d'un Etat de droit actionnant une justice équitable vers un Etat dictatorial agitant une justice parodique qu'on ne dénonce même plus au cinéma tellement la caricature est outrée et finalement invraisemblable pour le red neck du drive-in.
Les vieux Chunguotrou savent depuis toujours que la signature du Parti communiste chinois n'a de valeur que tant que l'encre est humide ; à minuit, revoilà la citrouille ! "Un pays, deux systèmes" fut le slogan magique qui devait conquérir les cœurs et les économies des Hongkongais puis des Taïwainais pour une réunification dans la joie ! Chassez le naturel, il revient au galop : un parti communiste au pouvoir doit faire sentir le poids du talon aux peuples qu'il soumet.
C'est ainsi que furent déversés sur Hong Kong des centaines de milliers de Continentaux pour changer le sang, une expression chinoise désignant une transfusion démographique. Aux heureux élus d'un exil en Occident il n'est demandé qu'une loyauté sans faille, mobilisable à première demande, sans reproches ni murmures. Puis vient la mise au pas de toute la fonction publique menacée dans son statut, après quoi, on s'attaque aux idées. On capture des libraires, des hommes d'affaires, des jeunes turbulents dans une stratégie d'instillation de la peur.
Mais le Hongkongais est un Chinois admirable de courage, d'inventivité et d'ardeur au travail. Les brutes communistes ne comprennent pas que toute la richesse de Hong Kong provient de ses habitants et continue à prospérer sur les atouts de cette race. Transfusez et vous aurez dans vingt ans, un grand hub aéro-maritime fusionné avec Shenzhen, mais peuplé de fourmis sans intelligence. Parce que le vrai défi de la Chine populaire n'est pas où on l'imagine, ni dans la fracture sociale, le vieillissement général, le passif monstrueux des banques, ni dans la pollution démente des conurbations, mais dans le caporalisme de ses ingénieurs.
A quoi sert-il de produire des ingénieurs par milliers s'ils sont formatés à l'obéissance, la mutualisation des risques, l'interdiction de penser en dehors de son couloir. Les challenges de demain convoquent des Bill Gates dans des garages, pas les playmobils des universités chinoises aussi prestigieuses soient-elles dans les classements froids. Et ça, tous les patrons de bureaux d'études occidentaux délocalisés en Chine populaire le confirment : ils n'ont pas encore vu de génies mais des fonctionnaires de l'industrie faisant carrière.
Pour Hong Kong c'est trop tard. En faisant défiler l'Armée nationale populaire lors de l'anniversaire des vingt ans de la rétrocession anglaise, Xi Jinping sur chenilles a indiqué qu'il aurait toujours le dernier mot, quoiqu'il en coûte aux Hongkongais. Si les Ouighours ont vaguement perçu le message et se retrouvent aujourd'hui concentrés en camps de rééducation pour un bon million d'entre eux, ceux qui l'ont reçu fort et clair sont les Taïwanais qui refusent de passer sous le joug de la Connerie en bottes de fer. Il serait élégant de la part du Japon et des Etats-Unis de leur permettre de continuer à vivre dans la dignité, rien que ça ! Est-ce trop demander ? Sans doute oui en géostratégie !

samedi 4 mai 2019

Méditation au rond-point

Sur un réseau social à l'emblème de l'oiseau bleu, l'exquise Sophie de Menthon exprimait sa perplexité quant au soutien général que reçoit le mouvement des Gilets jaunes dans ce pays. Tout est dans le dernier mot :
@SdeMenthon - « Aux 60% qui soutiennent les gilets jaunes: il faudrait commencer à prendre conscience que vous contribuez à déstabiliser le pays et qu’il n’y a rien d’autre à attendre sinon vous endetter vous et l’État @MouvETHIC. Sans compter que vous encouragez la violence. Incompréhensible.»

Ce sentiment d'incompréhension est largement partagé chez les élites françaises qui pointent les incohérences et incompatibilités des revendications populaires dans le pays le plus redistributeur qui soit, le plus taxé, le plus endetté pour faire l'échéance de ses fonctionnaires pléthoriques. On serait tenté de leur donner le point mais ce qu'elles ne voient pas est une nation malade d'elle-même. La Nation française a pourri sur pied, elle s'effondre lentement. Et la nature ayant horreur du vide comme le montrent les villages en ruines recouverts de lierre, cette Nation malade habitant le plus beau pays du monde va être submergée par les nouveaux barbares, vigoureux et pleins d'envies. Abonné à l'Itinérant, hebdo de clodos jadis ayant muté en magazine de qualité (je recommande), je lis par curiosité et un peu en diagonale le cahier d'annonces légales qui le fait vivre. Sans avoir besoin de pointer, les deux tiers des annonces sont le fait d'entrepreneurs étrangers ou d'origine étrangère par leur patronyme. Les deux tiers !!! Deux tiers du risque économique de base est pris par des étrangers en France ? Dans mon chef-lieu de canton de 30000 habitants il ne reste qu'une boulangerie française ; toutes les autres sont arabes (ou perse) et elles gagnent chaque année un prix au concours départemental du pain. Le matin passe la benne à ordures : qui est au cul du camion ? Des étrangers. L'emploi paie mal ? pas du tout, très bien au contraire. Mais il faut se lever à 5 heures. Près de la gare s'est construit un gros ensemble immobilier, un quartier entièrement neuf gagné sur les épandages : j'observais cet hiver sous la neige les pointes d'épingles noires qui bougeaient sur les immeubles en construction. Les trois-quarts des ouvriers du bâtiment sont noirs. Mon voisin a fait isoler son pavillon par l'extérieur, tout le chantier parlait arabe. Trois maisons ont été construites à la place d'un garage désaffecté tout à côté de chez moi, tout le chantier parlait balkanique... je peux en faire dix pages sans oublier la métallerie d'en-face autrefois française (des amis y travaillaient) aujourd'hui yougoslave (je ne sais de quelle ethnie)... Tout ça pour dire que le grand remplacement dénoncé parfois abusivement par la bande à Camus est surtout un remplacement dans le travail. Qui livre chez Fedex, UPS, DHL, TNT si ce ne sont des arabes ou des noirs ? Qui va monter demain chez moi mon lave-vaisselle Bosch made in Turquie, 10 euros que ce sera un noir ! Gros déficit de courage dans la population de souche, Antilles comprises. Alors le mal-être se diffuse, le cancer de la frustration métastase, la culpabilité pointe son nez, le Gaulois râle, la Nation se liquéfie.



Le mouvement des Gilets jaunes ne mobilise pas grand monde, trente ou cinquante mille, cent mille, deux cent mille sur une population politique de quarante-cinq millions de citoyens. Mais à son spectacle, chaque samedi, la Nation (ou 60% de la nation selon Mme de Menthon mais c'est monté à 84% en novembre 2018) résonne de l'expression de ce mal-être, elle vibre ! S'il est reconnu que l'assistanat généralisé a provoqué chez nous un affaissement mental sans égal en Europe à tel point que le sevrage devient dangereux, la route est courte vers la mise en cause des cadeaux empoisonnés que fit le Conseil national de la Résistance de 1945 à un peuple battu. On ne peut comprendre cette dépression sans dénoncer le régime politique conservateur qui depuis cinquante ans trafique la représentation politique et stérilise l'innovation sociale par l'arrosage des clientèles. Cette perception d'un régime en défaut fut patente au sein du mouvement des ronds-points de 2018, qui se défiait de tout ce qui pouvait ressembler à un corps intermédiaire, chambre ou ordre professionnels, parti politique, syndicat etc... La construction même de la Vè République en est ébranlée dans l'esprit des citoyens, sa constitution est vue comme une entrave, l'organisation des pouvoirs qu'elle induit, le boulet du forçat à la cheville du citoyen. On ne peut gouverner durablement une démocratie comme la nôtre si la moitié du corps électoral est barré d'accès aux hémicycles législatifs. Il n'y a pas lieu aujourd'hui de dauber sur la gabegie généralisée du régime de prébendes, la corruption morale d'une classe politique professionnalisée, la dictature d'une technostructure d'habiles et malins formatés à l'identique dans les canaux d'alimentation des cours, cabinets et administrations du pouvoir central. Non, nous nous en tiendrons au déclassement de la moitié de la Nation, ailleurs les Intouchables, ici les Invisibles.

Pour représenter les gens et en même transporter les disputes de la rue à la Chambre, il n'y a que des élections à la proportionnelle. On objecte à l'établissement de la proportionnelle dans les scrutins nationaux qu'elle empêcherait la formation de majorité de gouvernement du pays. Ce qui exclut l'exercice de coalition que pratiquent tous autres les pays européens. Sont-ce des génies de la démocratie ? Peut-être ! Nous avons déjà montré ici que la coalition est jouable dans des systèmes à la proportionnelle sous condition de contrainte, nous n'y revenons pas (cf. Parlementarisme de 2007 sur ce blogue).
L'autre objection est double. D'une part, la confection des listes électorales ouvriraient la porte à l'allégeance et à la caporalisation des groupes parlementaires. La transformation du député libre en godillot date des débuts de la Cinquième où l'électeur et le mode de scrutin majoritaire à deux tours envoyaient à la chambre des bataillons UNR ou UDR ou RPR tout à fait mécaniques de soldats stupides aux ordres, ce qui n'a pas augmenté l'estime des électeurs à leur endroit. D'autre part, le déracinement du député soi-disant hors-sol l'éloignerait encore plus de ses mandants. Ce qui est un gag quand on voit la distance mise entre eux deux. Essayez d'avoir rendez-vous. Mais notons que cette distance imposée s'est un peu réduite depuis l'explosion de la colère. Il y a cent façons de connecter l'élu au peuple, il suffit d'en choisir une qui soit distincte du mode électif.

Instaurer la proportionnelle et dissoudre l'Assemblée nationale dans la foulée aurait été une mesure suffisamment dramatique pour stopper la dérive du ressentiment général à l'endroit du Macronisme. Au lieu de quoi l'Elysée a mis en page un catalogue des Trois Suisses de la Réforme tranquille sur déficits aggravés et dette accrue. Qu'il ne se plaigne pas maintenant que le compte n'y soit pas dans le cœur des révoltés, malgré l'avalanche de milliards toujours non financés. Les gens n'attendaient pas la manne des Hébreux, mais une refonte du modèle social vers plus d'efficacité, de libertés et quelque part de bonheur. Le pouvoir, isolé dans l'entre-soi, captif d'une discipline de projet, ne l'a pas compris. Ce qui manque à ces messieurs, ce n'est certes pas l'intelligence pure ni la pugnacité, moins encore la résilience, c'est tout simplement la culture de l'Etat et celle du gouvernement des nations, choses qui ne s'apprennent pas dans une école de bachotage. Ces gens sont des touristes. Ils vinrent, cherchent à durer, seront chassés à marée descendante. Ceux qui les précédaient étaient des nomenklatouristes issus des partis politiques, blanchis sous le harnois de la prévarication, corruption, concussion et arrogance pour faire bon poids. Pour que ça marche, il faut barrer les cons et les rusés de l'accès au pont du navire. Le régalien doit être remis entre des mains compétentes et intègres, une aristocratie au sens premier. En reste-t-il ? Il semblerait plutôt que les meilleurs dans ce profil aient déserté la politique pour l'aventure personnelle dans des champs d'action où ils peuvent se réaliser sans perdre leur âme et l'honneur. A défaut d'en trouver suffisamment si l'on doit compléter les tableaux d'effectifs de forts en thème sans imagination, il faudrait au moins que la pointe de pyramide soit née pour l'emploi et ne combatte pas toutes griffes dehors pour s'y hisser ! En attendant que le régime nouveau stabilise l'Etat central, les royalistes devraient diffuser plus largement l'offre de compétence et pérennité de la monarchie pour la France de demain, sans se perdre dans les vieilleries d'hier. Dit en passant, les 60% de Mme de Menthon correspondent à la prévision d'abstention aux prochaines élections européennes.


mercredi 16 janvier 2019

Jan Palach ♰1969

Bel article de Radio France internationale commémorant l'immolation par le feu de Jan Palach (1948-1969), il y a cinquante ans, pour braver l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie sous commandement soviétique, et pour secouer une population trop vite résignée qui se laissait abrutir par le communisme. Jan Palach sera suivi par Jan Zajíc (1950-1969) au mois de février et par un ouvrier Evžen Plocek (1929-1969) au mois d'avril. Dans la nuit du 28 au 29 mars 1969, 500000 Pragois, ivres de haine, attaquèrent spontanément une vingtaine de garnisons soviétiques.
En France, il y a peu d'échos de ce moment terrible pour un peuple écrasé et debout tout à la fois, peut-être pour ne pas désespérer quelques dinosaures communistes qui ont vécu cette époque "globalement positive" comme disait alors le Politburo français. Je me souviens de la sidération qui fut la mienne à la nouvelle de cette tragique protestation. RFi nous offre cet article libre de droits, profitons-en. Merci à Anya Stroganova :




samedi 15 décembre 2018

De la taxe carbone au RIC


Au moment où les chaînes d'infox savourent avec gourmandise la baisse statistique de la mobilisation, la revendication des gens qui portent des gilets jaunes a muté du gasoil au référendum d'initiative citoyenne (RIC). Cinq semaines de ronds points ont dégagé une conscience collective qui a déniché la source de toute cette misère : la bride laissée sur le cou de la nomenklatura par le "peuple souverain". Quelle que soit la mobilisation dans le froid et la pluie, le verglas par endroit, la colère exprimée dehors ou dedans reste dans le cœur de chacun et ne diminuera pas de sitôt. Notre classe politique a abandonné les gens à la technostructure parisienne contre la protection de ses propres privilèges (par exemple allocations chômage exorbitantes des députés battus, etc). L'argent public sert d'abord la noblesse d'Etat puis les élus de métier à travers charges juteuses et prébendes. Si les dépenses sociales peuvent faire l'objet d'ajustements pour que le pays entre au chausse-pied dans les critères de Maastricht, les dépenses de commandement et contrôle ne sont jamais entamées, même quand le budget est en déficit catastrophique. On gratte sur le gueux ce qui manquerait au seigneur. Ce temps est fini, les politiques français ne le savaient pas, comme l'avait montré François Fillon le naïf, immoral peut-être mais légal certainement. Le mouvement les pousse sous les lanternes et ce n'est pas pour y voir plus clair !

Ecoutons Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle devant la salle du Jeu de Paume à Versailles. Il y a tout, même Amazing Grace à la fin (mais la prise de son est dans la rue, donc on capte le brouhaha de la circulation). Cette déclaration a été reprise et censurée par des chaînes avec de larges coupures pour ne pas froisser les actionnaires. Je ne cautionne pas tout mais c'est bien déroulé :



Si vous voulez la lire à tête reposée, nous vous engageons à cliquer sur le l'allocution au format .pdf.

Si le collectif La France en colère n'appelle pas à la VIè République ça y ressemble fort tant le modèle courant est en défaut dans tous les compartiments du jeu, et ce malgré une presse de milliardaires dont le gouvernement n'est que le fondé de pouvoir. On se croirait revenu sous la monarchie de juillet avec la Forge et la Banque qui dictaient la politique du cabinet de Louis-Philippe. On sait comment ça s'est terminé. Le roi, la canaille aux trousses, devenu Mister Smith, embarque enfin sur la malle anglaise du Havre !

Rien n'est discret, caché, mal connu, mal compris dorénavant. La dérive ploutocratique du régime qui ne tracassait que les esprits éclairés, est maintenant établie dans l'esprit du citoyen lambda. Les gens parlent sur les ronds-points depuis cinq semaines, ils lisent des trucs sur Facebook, ils ont assimilé ce que Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle ont si bien expliqué. L'enfumage habituel des cercles de pouvoir ne sert plus à rien. Les gens ne croient plus le pouvoir, n'ont aucune confiance dans les matriarches des chaînes d'information, et ce ne sont pas les bricolages annoncés par le président Macron, coincé dans la pièce avec le gorille jaune de neuf cent livres, qui leur feront baisser les yeux. Alors quoi ?

La noblesse d'Etat est clairement désignée à la vindicte populaire. Députés et sénateurs sont récusés, malheur aux scandales parlementaires de demain matin. Seuls restent en piste les maires ! Ils sont le dernier fusible de la République. Vont-ils se charger de la pacification et de l'écoute ? Oui, pour la plupart, mais sans décision fracassante du pouvoir central ils n'iront pas loin. Quelles pourraient être ces décisions ?

La plus simple est la réforme parlementaire en accéléré avec injection de proportionnelle dans le scrutin législatif ; si les chambres rechignent : dissolution de l'Assemblée nationale et mise en débat d'une révision parlementaire drastique avec une chambre basse à 300 députés élus à la proportionnelle, un sénat des territoires à 100 et un Conseil économique et social à zéro. Reste la réorganisation de l'Etat ventripotent et le recentrage sur le régalien, ce que les gilets jaunes ont bien compris en opposant la charge fiscale écrasante et la gabegie publique dans des domaines non essentiels. Copains & coquins, disait-on jadis du RPR. Tout porte à croire qu'on a fait de grands progrès depuis.

Il faudra ensuite reconstruire la démocratie représentative avec une dose de démocratie directe à la suisse, et même si le terme ne colle pas exactement au processus, il s'agira d'une constituante qui ne dit pas son nom. Le pouvoir central serait bien inspiré de démarrer immédiatement ces consultations dans chaque département et de monter à la synthèse région par région. Peut-être décentraliserons-nous en chemin ! Sans quoi, tout est possible, jusqu'au branchage, si d'aventure le mépris de classe l'emportait. Il n'est as sûr que ce pouvoir soit sage.


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