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mercredi 24 janvier 2024

Balfour, l'héritage maudit

#2234 - Ce billet est le premier post de la vingtième année du blogue. Il s'agit de retourner aujourd'hui en Terre sainte où les Français ont une légitimité ancienne depuis le royaume franc de Jérusalem que nous fûmes incapables de ressusciter sous une autre forme quand en 1920 nous reçumes mandat de la Société des Nations sur la Syrie. Henry Laurens du Collège de France explique dans un bouquin¹ que nous avions reçu l'héritage d'une influence ancienne pour la protection des chrétiens d'orient et posions ce faisant la République comme une puissance musulmane d'importance depuis la source civilisationnelle des Omeyyades jusqu'au rivage de l'océan atlantique. La première visite du général Gouraud à Damas fut pour Saladin devant la tombe duquel il proclama : « Réveille-toi, Saladin, nous sommes revenus ». Nous avons aujourd'hui perdu toute notion de ce que fut l'étendue et le prestige de notre empreinte géopolitique, et même si nous maintenons aujourd'hui un contingent au Sud-Liban dans le cadre onusien de la FINUL et certains relais au Liban dans le champ plus vaste de la Francophonie, nous existons peu en fait. Il faut remonter à juin 1940 pour comprendre comment ce prestige s'est éteint. Aucune allégeance contrainte ne pouvait tenir longtemps envers une nation battue aussi sévèrement que nous le fûmes alors, mais sur le moment personne ne l'a vu. Le dernier président français impliqué au Proche Orient fut Jacques Chirac - il avait la gueule de l'emploi et fut aussi le dernier dans ce registre - mais il ne put faire cesser la riposte d'Israël de 2006 au nord du Litani et fossoya l'avenir de la France qui s'avéra incapable d'ôter les tapes de bouche pour faire triompher son droit de protecteur. Nous passâmes à la trappe et nos "petits présidents" n'ont jamais pu faire l'écart, le dernier en date moins encore.

Note 1 : France, Syrie et Liban, 1918-1946 (Ifpo 2002)


Lord Balfour et le temps des colonies

Lord Balfour
Quand en 1917 le secrétaire anglais au affaires étrangères promeut un foyer juif en Palestine, il n'avait pas prévu la mèche lente qu'il allumait à la bombe du Proche Orient. Pourtant c'était bien la grande révolte arabe qui avait permis aux Britanniques d'enlever Aqaba, Gaza et Jérusalem aux Turcs. L'article de la Wikipedia est très bien fait (clic). Etait-il avisé d'implanter des colons juifs au cœur de la Palestine arabe ? On sait depuis l'avant-guerre que non, par les nombreux affrontements sanglants inter-communautaires que subirent les juifs. Dès qu'il fut légitimé en Etat par les Nations-Unies, et à juste raison, Israël pratiqua l'exclusive systématique tout au long d'un siècle de guerres ouvertes ou larvées.
Mais en 1917 l'époque était aux colonies qu'on prenait sur toute la surface du globe, qu'on échangeait, revendait, sans demander l'avis des résidents premiers car il y en avait toujours. Le reflux et le démembrement de l'empire ottoman allait requalifier les territoires à découvert comme terra nullius, à la disposition des vainqueurs du moment, prêts à toutes les déportations de population. Cet état d'esprit d'une arrogance inouïe mais typique d'une époque hégémonique au Foreign Office a aveuglé les chancelleries qui n'ont pas vu ce véritable complot des poudres en devenir.

La Terre sainte est le point de convergence des religions du Livre

Sauf que ce ne sont plus les clercs de l'une ou l'autre religion qui font la loi, mais des laïcs entravés par leurs propres intérêts, soutenus par l'instinct de puissance ou par une idéologie particulière de capture, captage et captation dans le droit fil de la conquête de Canaan². Définir les séquences d'occupation de ce territoire ne nous avancera pas beaucoup, mais prétendre comme le font les Juifs d'Israël que les Arabes sont des squatters sur les terres bibliques du Grand Israël, c'est sous-estimer l'écosystème des croisades (1095-1291) qui virent s'affronter les Arabes et les Francs ; des juifs il n'en fut nulle part question, sauf au souk. Des siècles plus tard, les trois religions y ont maintenu leurs marques, ce qui ne les privent pas de se combattre pour une pierre, un symbole, un trou d'eau, le plus fort aujourd'hui montrant une intolérance de tous les instants envers les deux autres par moult vexations gratuites. A croire qu'abonder au tonneau de la haine fait partie du Plan !
Une question qu'on est en droit de se poser : pourquoi l'Etat d'Israël constitutionnellement juif n'a pas relevé le Temple à Jérusalem ? Les juifs orthodoxes vous répondront que les conditions préalables ne sont pas réunies, tant pour l'accueil d'une majorité du peuple juif en Israël que pour l'exécution des rites précis gouvernant le service de la maison de Dieu.

Note 2 : relire à l'occasion l'Ancien testament


Vivre avec la haine

Les deux groupes antagonistes sont de taille démographique comparable. Tant le pogrome du 7 octobre que les massacres de Gaza qui le vengent achèvent leur séparation. L'absence de déploration des atrocités du Hamas par les grandes voix de l'islam d'un côté comme la négation de toute souveraineté arabe entre la mer et le fleuve exprimée du fond du cœur par le premier Nétanyahou, ont achevé le mur de la haine entre les deux communautés. Tous les acteurs étrangers sur zone, quelque camp qu'ils soutiennent, consolident ce mur dès qu'ils équilibrent la masse des horreurs réciproques.
il n'est plus pensable d'apprendre aux parties un mode de coexistence, doublé d'une collaboration technique sur les utilités ; et il devient dangereux de laisser la partie surarmée faire sa loi sur tout l'espace parce que le procédé va exacerber la résistance passive et active des opprimés. Alors quoi ?

Il faut forcer la paix. Les grands empires de jadis avaient cette fonction qui réunissaient des nations concurrentes sous une même couronne dans un projet de coexistence pacifique sur une longue période. Ce temps est révolu et le seul moyen d'y atteindre assez rapidement serait-il de cessez tout soutien aux parties ? Quand les pays du Golfe cesseront les virements aux institutions arabes de Palestine, quand les Américains cesseront la fourniture d'obus et l'endos de garanties financières sur emprunts auprès des institutions financières internationales à Israël, les adversaires seront bien obligés de dire "pouce" et d'établir entre eux le plus mauvais protocole viable à l'exclusion de tout autre ? mais c'est occulter que toute ruée arabe sur un Etat hébreu moins armé peut déclencher le syndrome de Massada³ et l'apocalypse nucléaire promise à la génération juive menacée d'éradication, comme en représailles à tous ses voisins.
Que celui de nos lecteurs qui trouvera l'esquisse d'une solution à ce problème jamais résolu - c'est comme un défi mathématique - veuille bien nous en faire part dans un courrier de contact. A défaut, il faut déjà brider le plus fort, juger les voleurs de terres et de sources, contenir les colons juifs qui terrorisent leurs voisins arabes, débarquer le chef des furieux dont l'apparition sur les écrans de la Rue arabe déclenche des AVC, et faire son droit à chaque communauté ; ça commence par ça ! Pour qu'au moins au prochain pogrom s'il échet, les belles âmes ne protestent pas dans le registre du "oui mais".
Dans la foulée, on sera bien inspiré de dissoudre l'autorité palestinienne qui vit sur la bête sans vergogne et de remettre l'administration du territoire contesté (gestion des espaces, réseaux et adductions, police des chemins et des marchés, police criminelle, tribunaux de première instance) à des services communautaires protégés et gérés par le seul Etat en capacité de gouverner, Israël. Ce n'est qu'une suggestion, mais cette vieille ganache de Nétanyahou aurait-elle raison à la fin ?

Note 3 : aujourd'hui c'est sur le plateau de Massada que les soldats de Tsahal font le serment de fidélité à l'idéal sioniste.


Entretemps, l'administration Biden devrait mollir sur le soutien à l'opération spéciale de Tsahal à Gaza car elle ne pourra pas longtemps fournir les consommables du massacre des Gazaouis à l'insu du Grand Israël d'un côté, et dénoncer l'impérialisme russe qui menace l'Europe orientale rebellée contre Moscou de l'autre.

A moins qu'il y ait un fait nouveau qui relance les dés - comme une bombe atomique chiite qui vitrifierait tout le Proche Orient - le monde euro-méditerranéen est condamné à supporter ce furoncle de Palestine et à s'accommoder des réactions erratiques qui vont s'y enchaîner. La fente dans l'armure israélienne est le procès en colonisation/apartheid que veut lui intenter le Sud global. Jusques à quand l'Occident restera-t-il prisonnier de la Déclaration Balfour ? Eternellement !

vendredi 1 décembre 2023

La crécelle aux deux états

J'ai lu ce matin chez Michel Goya que la libération de prisonniers cisjordaniens en nombre par le Hamas via Netanyahou allait favoriser grandement les candidats de l'organisation terroriste aux élections palestiniennes, celles que tout le monde demande pour arracher l'Autorité palestinienne à sa torpeur coupable. Les Jordaniens, qui restent malgré tout les spectateurs les plus impliqués dans le conflit, nous rappellent que le Hamas (acronyme de résistance islamique) est un idée et qu'on ne tue pas les idées. Facile à comprendre en plus puisqu'elle se résume à un slogan très simple : « du fleuve à la mer ! ».

Le slogan symétrique du sionisme l'est tout autant puisqu'on le résume de manière inversée « de la mer jusqu'au fleuve ! ». C'est une idée qu'on ne tue pas non plus. Si les partis de la droite israélienne expansioniste ne cachent pas que le but à atteindre dans leurs actions est la totalité de la Palestine biblique, déjà plus grande que la Palestine mandataire, on se doute moins que la majorité silencieuse en Israël partage en elle-même cet objectif, quand seule une fraction plus petite du peuple juif s'abandonne à la chimère du partage.

photo d'Yitzhak Rabin
Yitzhak Rabin 1922-1995
Les forces en présence dans l'action sont totalement antagonistes. Brandir une "solution" qui contrecarre la volonté essentielle des belligérants est pure agitation médiatique. Quand vous croisez un politicien qui affirme de manière péremptoire qu'il n'y a que la "solution à deux états" qui vaille, comprenez qu'il n'en sait foutre rien et récite le mantra imposé par la conscience internationale dans les enceintes de bavardage. En plus ça pose le discours car la proposition fait l'équilibre entre les deux entités. C'est le miracle des accords d'Oslo (1993) qui a fait croire à cette issue raisonnable, sans prendre en compte la fermentation des haines recuites de part et d'autre soutenant des intentions très différentes. Yitzhak Rabin en mourut, tué par l'un des siens. Ce jour se fête par endroit en Israël.

Depuis lors, l'eau n'a pas coulé sous les ponts du Jourdain car l'agriculture coloniale a pompé toute l'eau, mais les positions se sont durcies de part et d'autre et ce billet n'a pas vocation à dérouler les événements de Palestine le long de ces trente dernières années, de grands journaux s'y consacrent. Juste dirons-nous que l'attaque ignoble du 7 octobre et la riposte disproportionnée qu'elle a provoquée ont bétonné les positions de principe fondateur dans chaque camp. La Haine règne et a tué jusqu'à la Bêtise. Il faut être Joe Biden ou Emmanuel Macron pour ne pas le voir et rester scotché au mantra onusien des deux états. Si les Etats arabes de la région ne sont pas contre une normalisation israélo-arabe, quoiqu'il en coûte aux pouilleux palestiniens, la Rue arabe n'y consent pas.
Nous allons vers un combat à mort à défaut de guerre ouverte, une troisième intifada de la dernière chance dans laquelle les Européens n'ont plus rien à faire selon certains. Soixante-quinze ans d'attentions diverses et beaucoup de milliards n'ont rien donné. C'est vrai. Faut-il pour autant laisser les fils d'Abraham entre eux, au risque peu probable de les voir un jour s'entendre ? Rien n'est moins sûr. Lequel lâchera le premier la cueillère de la grenade dégoupillée ? La déflagration en Palestine convoquera à son spectacle les Etats les plus mal intentionnés de la planète, et puisqu'il faut bien la commencer un jour quelque part, cette troisième guerre mondiale, que le Sud global réchauffe en son sein pour anéantir son déclassement, détendra les ressorts sur-bandés du stress diplomatique international. Nous serons revenus à l'époque des empires ivres de sang. Sauf que l'Europe actuelle n'en est plus un !

Demain, c'est la Saint-Austerlitz! Vous la voyez la chute !

samedi 28 octobre 2023

Du blasphème à la damnation

Riche éditorial de Bertrand Renouvin dans le numéro 1264 de Royaliste sur le désordre du domaine régalien assumé par le pouvoir au motif d'on ne sait quoi, et qui produit en queue de trajectoire l'égorgement du père Hamel dans son église à Saint-Etienne-du-Rouvray, la décapitation de Samuel Paty en pleine rue à Conflans-Sainte-Honorine et le poignardage mortel de Dominique Bernard dans son lycée d'Arras.
Mais cette fois encore, il est un paramètre absent de l'analyse, dont tous les éditocrates se tiennent éloignés et que nous allons évoquer ici : le blasphème.

Le droit au blasphème, si souvent brandi par la presse branchée quand il s'applique à une divinité quelle qu'elle soit ou aux us et coutumes d'une religion, ne peut régler les injures aux croyants, au clergé, aux adeptes, provocations à la haine souvent qui restent passibles de 45000 d'euros d'amende et d'un an de prison. La frontière est mince entre l'homme physique et ses idées.

Le blasphème est de longue mèche en France - une date les écrase toutes, celle du supplice du chevalier de La Barre le 1er juillet 1766 à Abbeville, convaincu « d'impiété, blasphèmes, sacrilèges exécrables et abominables » par le présidial compétent du baillage. Il faudra attendre la loi de Séparation de 1905 pour que ce délit ou crime (c'est selon) disparaisse du Code, la religion devenant une affaire privée de conscience (ou l'inverse). Puis ce droit exercé d'abord à l'endroit des clergés - l'anticléricalislme français est un sport national - a dérivé vers l'injure publique à l'endroit de Dieu. Je me souviens d'une réflexion de Jean-Marie Lustiger, pas encore cardinal, qui, a la vue de dessins immondes du Christ en croix sur Hara Kiri, faisait remarquer que la presse satirique était monté d'un étage, délaissant les clercs pour affronter Dieu lui-même, et qu'on en verrait de funestes conséquences. La rédaction de Charlie Hebdo et Samuel Paty expliquant maladroitement l'intérêt de ce filon l'ont payé de leur vie ; leurs assassins n'ayant pas compris la liberté d'injures garantie par le droit français. Mais qui comprend vraiment ça ?

Les unes anticléricales et très sexualisées des journaux satiriques, en voie de disparition aujourd'hui car débranchés du marché infomationnel, faisaient sourire quand on passait au kiosque prendre le journal du matin. Quand il s'est agi d'appliquer le même traitement aux divinités célestes, beaucoup de passants en furent choqués, et en bon agnostique, j'en fus. Il n'est pas si difficile de deviner l'effet que ces caricatures produisent sur le mental plus frustre de fidèles non "modernisés"; le ramdam qui suivit (avec un certain délai) la publication des fameuses caricatures danoises nous en a convaincu en son temps (2005). Mais sûrs de l'ancrage de nos valeurs républicaines, les pouvoirs publics se sont mis la tête dans le sac de la constitution irréfragable de la république en guise de totem d'immunité pour ceux qui franchiraient la ligne rouge verte ! Ceux-là ont perdu la leur. Et bien sûr, la République française n'y est pour rien !

un enfant juif et un enfant arabe
Arc-boutés sur le droit, les gouvernements croient se prémunir des dangers provenant du domaine spirituel, et de tous autres aussi, par une diarrhée législative continue réglant l'effet de la cause. Ceci est punissable, donc ne peut survenir ! Ce mantra est tout ce qu'on oppose en haut lieu au futur tsunami qui nous guette, je parle de la déferlante propalestinienne que la guerre dévastatrice de Gaza est en train de pousser vers tous les pays d'Occident. On signale à New York, Londres, Berlin une insécurité grandissante chez les communautés israélites ciblées par un nouvel antisémitisme, pas toujours initié par des musulmans d'ailleurs. Les doyens des universités américaines ont un mal de chien (quand ils s'en donnent) à faire rentrer le dentifrice de la haine antisémite dans le tube. Le Secrétaire Blinken somme le Qatar de modérer et réduire le flux d'informations émis par la chaîne Al Jæzeera sur la situation de Gaza pour prévenir une extension des manifestations de la rue arabe, en pure perte puisque dès ce matin, la chaîne a quasiment doublé son volume de reportages et analyses. Ankara prend fait et cause pour le Hamas : cette posture va résonner jusque dans les communautés turques d'Allemagne et d'Alsace. Et même TF1 diffuse un reportage par images satellites des destructions de l'enclave dans le style "avant-après". C'est ravageur ! En bas de chez nous, les partis radicaux tels La France insoumise ou le Nouveau Parti anticapitaliste ont flairé l'opportunité d'un surf facile sur la vague islamique qui monte partout en Europe contre les bombardements israéliens de la population gazaouie innocente. Les canaux officiels ont du mal à fonder la réaction virulente d'Israël sur le grand pogrom du 7 octobre dont on a fait, à tort, l'économie d'images insoutenables de décapitations, éventrations, incinérations à vif etc... qui auraient marqué les esprits dans un sens plus favorable aux kibboutzim et aux raveurs israéliens. Ces horreurs sont déjà passées par pertes et profits des "dérapages inévitables" par tous les sectateurs du Prophète. Ce que l'on entrevoyait de compassion au lendemain des massacres de Juifs a été estompé par certaines réactions très mesurées comme celles de la reine palestinienne de Jordanie sur CNN. Les gouvernements arabes ont parfois déploré mais le plus souvent se sont tus. Les autocrates à poste ont sauté sur l'occasion pour dénoncer, mais avec d'autres mots, l'idée absurde de vouloir forcer une greffe ethnique dans un corps qui la rejette. L'Asie centrale et orientale qui ne compte pas les hommes avec autant d'affection que nous, reste loin de l'orage, bien près de résoudre un conflit typiquement occidental par la loi du "dernier arrivé premier parti". Comme le dit Ricardo Perissich dans Telos, l'occasion est donnée au « Sud opprimé » de maudire l'Occident dans l'organisation foireuse de son espace au détriment de tous les autres. Que dire enfin de cet Occident dégueulasse qui en plus brûle des corans à Stockholm ? Blasphème, la boucle est bouclée.

Si Israël ne peut pas laisser vivre une menace terroriste d'ampleur théocratique à ses frontières, il ne peut aboutir à un résultat pérenne à Gaza et demain au Sud-Liban sans accepter sa propre damnation. Cornérisé par l'impéritie du cabinet "biblique" Netanyahou, l'Etat hébreu renoue avec la conquête sanglante de Canaan que ses voisins peuvent relire pour s'édifier. Et trois groupes navals américains ne bloqueront pas les torrents de rage qui vont noyer le monde arabe. Le Secrétaire général des Nations Unies le voit bien et l'exprime avec d'autres ; on va vers quelque chose d'inédit qui peut muter à tout moment en une guerre sainte épouvantable, laquelle allumera ses feux partout où vivent des musulmans, quiétistes, pieux ou salafistes, voire soufis ou agnostiques. Il ne sera plus temps de faire des lois et de s'empoigner sur les bancs de l'Assemblée nationale. Ce sera bien plus cher que les émeutes "Nahel" du 27 juin au 7 juillet de cette année qui ont touché soixante-six départements et cinq cent seize communes pour 58297 atteintes aux biens ; elles ont surpassé de beaucoup celles de 2005 qui avaient concerné (seulement) vingt-cinq départements et deux cents communes, selon un rapport au Sénat du 25 octobre. What next ? Quelqu'un a-t-il le 06 de Madame Borne ?

mercredi 16 août 2023

De l'eau dans le gaz hébreu

le premier ministre istaélien Netanyahou

Depuis soixante-quinze ans, on observe une indulgence certaine dans les instances universelles où s'exprime la conscience internationale à l'endroit du nouvel Etat hébreu établi en Palestine après-guerre, à la notable exception de la Ligue arabe, mais qui ne compte pas vraiment dans l'affaire. Les guerres régionales déclenchées par les menaces des voisins arabes se sont toujours finies au détriment des Arabes palestiniens, exilés pour partie, confinés pour le reste et déclarés sans avenir par tous, même et y compris leurs frères arabes qui troquent avec une certaine hardiesse intérêts et profits avec les Juifs d'Israël. Les seules réticences apparentes viennent du royaume séoudien, curieusement inquiet de la valeur morale de la posture mercantile des Accords d'Abraham. Le prince héritier vient d'élargir à la Cisjordanie l'espace d'intervention de son ambassade à Amman. Mais pour le reste, on n'y peut rien comprendre si on n'intègre pas le non-dit : depuis la constitution du nouveau gouvernement hébreu, largement renforcé des partis de la colonisation à outrance des territoires occupés (ou vacants c'est selon), il ne fait plus mystère que le pouvoir applique désormais un programme de "Grand Israël" si tant est qu'il n'ait un jour cessé de s'y atteler. Depuis la trêve israélo-arabe, cette revendication reçoit la sourde approbation de la conscience internationale précitée. Pour des raisons obscures, le peuple palestinien, ou n'importe comment qu'on le nomme autrement, est sacrifié sur l'autel de la stabilisation d'une région en effervescence continuelle, qui sert en plus de camp clos à l'affrontement des sunnites et des chiites. Bien malin celui qui peut prédire ce qu'il adviendra des relations entre ces pays quand Israël aura "purgé" toute la rive droite du Jourdain et asservi les attardés à sa machine économique, le temps d'achever l’alyah ; à moins que ne soit arrivée l'heure de la renverse. Mais pour mémoire, Eretz Israel est plus grand que ça. Voir ci-dessous la carte en pied d'article.

Tout irait bien dès lors que les adversaires d'hier s'entendent maintenant comme larrons en foire, sauf que l'histoire nous montre (mais pas en détail dans cet article déjà trop long) que les impasses démographiques mettent par terre les plus savantes constructions humaines, Grand Israêl compris. Les deux peuples confrontés sont à parité de nombre et le savent. Il est donc impossible d'éteindre par aucun moyen l'espérance de part et d'autre. C'est apparemment ce qu'ont ressenti quinze cents universitaires, pour la plupart juifs, qui dénoncent dans un manifeste l'apartheid. En voici le texte (traduction "RA belle infidèle") et les signataires :

L'élephant dans la pièce

Nous, universitaires et autres personnalités publiques d'Israël, de Palestine et de l'étranger, attirons l'attention sur le lien direct entre la récente attaque d'Israël contre le système judiciaire et son occupation illégale de millions de Palestiniens dans les Territoires palestiniens occupés. Les Palestiniens sont privés de presque tous les droits fondamentaux, y compris le droit de voter et de manifester. Ils sont confrontés à une violence constante : cette année seulement, les forces israéliennes ont tué plus de cent quatrevingt-dix Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza et ont démoli plus de cinq cent quatrevingt-dix structures. Les justiciers colons brûlent, pillent et tuent en toute impunité.
Sans droits égaux pour tous, que ce soit dans un État, deux États ou dans un autre cadre politique, il y a toujours un danger de dictature. Il ne peut y avoir de démocratie pour les Juifs en Israël tant que les Palestiniens vivent sous un régime d'apartheid, comme l'ont décrit les experts juridiques israéliens. En effet, le but ultime de la refonte judiciaire est de renforcer les restrictions sur Gaza, de priver les Palestiniens de droits égaux à la fois au-delà et à l'intérieur de la Ligne verte, d'annexer plus de terres et de nettoyer ethniquement tous les territoires sous domination israélienne de leur population palestinienne. Les problèmes n'ont pas commencé avec le gouvernement radical actuel : le suprémacisme juif se développe depuis des années et a été inscrit dans la loi par la loi sur l'État-nation de 2018.

Les Juifs américains ont longtemps été à l'avant-garde des causes de justice sociale, depuis l'égalité raciale jusqu'au droit à l'avortement, mais n'ont pas prêté une attention suffisante à l'éléphant dans la pièce : l'occupation de longue date d'Israël qui, nous le répétons, a produit un régime d'apartheid. Alors qu'Israël est devenu plus à droite pour tomber sous le charme du programme messianique, homophobe et misogyne du gouvernement actuel, les jeunes Juifs américains s'en sont de plus en plus éloignés ; pendant que des milliardaires juifs américains bailleurs de fonds aident à soutenir l'extrême droite israélienne. En ce moment d'urgence et de possibilité de changement, nous appelons les dirigeants de la communauté juive nord-américaine - dirigeants de fondations, universitaires, rabbins, éducateurs - à...

- Soutenir le mouvement de protestation israélien, l'appeler à adopter l'égalité pour les Juifs et les Palestiniens en deça de la Ligne verte et dans les Territoires palestiniens occupés ;
- Soutenir les organisations de défense des droits de l'homme qui défendent les Palestiniens et qui fournissent des informations en temps réel sur la réalité vécue de l'occupation et de l'apartheid ;
- S'engager à réviser les normes et les programmes éducatifs pour les enfants et les jeunes juifs afin de fournir une évaluation plus honnête du passé et du présent d'Israël ;
- Exiger des dirigeants élus aux États-Unis qu'ils aident à mettre fin à l'occupation, à restreindre l'utilisation de l'aide militaire américaine dans les territoires palestiniens occupés et à mettre fin à l'impunité israélienne à l'ONU et dans d'autres organisations internationales.
Terminé le silence. Il est temps d'agir maintenant !
Signé par ceux dont les noms suivent sur le lien ci-après (il y a du monde):
The Israel elephant in the room (clic)

Pas sûr que cela suffise à interrompre la course folle de Benjamin Netanyahou vers la dictature romaine, peu faite pour le peuple instruit d'Israël, mais on peut sentir soi-même la boutique et apprécier les humeurs de sa clientèle. Faisant aujourd'hui sans les précautions d'usage le lit de la colonisation totale de la Cisjordanie, avant de résoudre le furoncle gazaoui d'une autre manière, il se pourrait que par son entêtement à "finir" le travail que lui avait assigné son père, il ne désarme moralement le peuple juif et l'offre affaibli à ses ennemis ; car "il n'est de richesse que d'hommes" et les victoires de l'Etat hébreu sont à mettre jusqu'ici au crédit d'abord de son intelligence opérant à bon droit plus qu'au tonnage de son armement. Mais le côté trumpien du premier ministre l'a peut-être converti aux bottes de fer de la Connerie "qui marche et va plus loin que l'intellectuel assis". Ce qu'ont compris les universitaires qui se sont mis debout !
En quoi ça nous concerne ?
La stabilité de la Méditerranée orientale qui est traditionnellement dans notre champ d'intérêts croisés, sans parler des surtensions inter-communautaires en Europe occidentale et en France tout particulièrement.

carte ancienne du Grand Israël
Ce billet est le 2200ème sur ce blogue.

samedi 4 février 2023

4 clés pour lire l'intifada qui vient

Le conflit israélo-palestinien est au seuil de sa solution tragique, et les chancelleries ne semblent pas s'en inquiéter. Les acteurs majeurs sont immortels, archi-connus, archi-prévisibles : tant Abou Mazen que Ismaël Haniyeh que Benyamin Netanyahou sont de vieux singes dont on connaît les grimaces, mais derrière lesquels se cachent quatre réalités incontournables et nouvelles. Les voici:

le tombeau de rachel à Bethléem
Le tombeau disputé de Rachel à Bethléem en 1881

(1) La classe d'âge juive des 15-35 ans a été éduquée dans l'inébranlable conviction que le territoire qui va de la mer au Jourdain lui appartint, lui appartient, lui appartiendra. Ce territoire est occupé illégalement ou pas, qu'importe! par une ethnie hostile dont les fermentations nationalistes peuvent provoquer des pogroms. Elle est dangereuse et meurtrière. Nul juif ne fréquente ces gens. La perspective à terme est soit l'extermination sur place, soit une seconde Nakba. Vexations, humiliations, assassinats, tout est bon pour libérer les terres juives squattées.

(2) La même classe d'âge palestinienne a grandi à l'ombre du mur de séparation. Si leurs pères autrefois partaient travailler le matin pour un patron juif - cent mille jadis de Jérusalem-Est - dans les champs, les garages, les conserveries ou l'artisanat, ils apprenaient à "vivre avec", ils connaissaient de bons juifs, leurs familles, leurs fêtes, leurs peines et joies ; lesquels pouvaient apprécier en retour la valeur de leur contribution. Ce frottement est terminé dans de grandes proportions. Les jeunes Palestiniens d'aujourd'hui ne connaissent des Juifs que les colons racistes et les soldats brutaux. L'apartheid est manifeste depuis que les deux communautés se tournent le dos.

(3) Ce territoire disputé entre mer et Jourdain contient juifs et arabes à moitié-moitié : sept millions de juifs et sept millions de palestiniens (en comptant les arabes israéliens). Tout embrasement jettera une moitié du pays sur l'autre moitié, et la moitié juive aura le dessus...... au début.

(4) Les accords d'Abraham (clic) célébrés partout sont des accords intergouvernementaux. Ils n'ont pas été validés par la Rue arabe, nulle part. Mieux encore, ils ont suscité une large réprobation populaire de l'abandon des frères palestiniens par les émirs du Golfe, par le makhzen marocain ou par la bourgeoisie dubaïote. Combien de drapeaux palestiniens dans les tribunes des stades du Qatar lors du Mondial de football ? En cas de conflit sanglant, il peut y avoir un rallye destructeur de tous les intérêts israéliens exposés dans les pays arabes. Sans parler d'une guerre ouverte avec le Hezbollah et/ou le Djihad islamique, renforcés de volontaires intérieurs ou extérieurs.

logo jerusalem arabe hebreu

Tous les ingrédients existent pour que la prochaine intifada soit la dernière après avoir provoqué une déflagration qui secouera tout le Proche Orient. S'il est bien tôt pour en prévoir le vainqueur, soyons sûrs que rien ne retiendra les coups les plus durs et les crimes les plus odieux de part et d'autre, au motif biblique que Mon Dieu est plus grand que le Tien.

lundi 17 mai 2021

La bataille de Gaza

Tour Jala Gaza

Le monde a eu le souffle coupé par la déconstruction sur les écrans télé de la Tour Jala abritant l'Associated Press et la chaîne qatari al-Jézira à Gaza. Le motif de l'occupation des sous-sols par les activistes du Hamas n'est pas douteux, ces gens étant depuis toujours adeptes du bouclier humain. On monte les roquettes sous les écoles, les mosquées, les dispensaires. Tsahal a eu l'élégance de prévenir par téléphone que le site allait être rasé dans l'heure. Dont acte.

Savoir qui a commencé cette bataille, c'est perdre son temps ! Vers la fin de cette décennie la guerre fêtera ses cent ans puisque le pogrom d'Hébron fut perpétré en 1929 sous le mandat britannique.

Mais, comme il en fut au cours de "notre" guerre de Cent Ans, il peut y avoir des respirations, en musique on dirait un soupir, en météo des intervalles (quand le soleil brille), et ces moments ne devraient pas être gâchés par le harcèlement permanent des Palestiniens établis sur un mauvais cadastre ottoman par les colons iraéliens radicaux, comme on l'a vu une fois encore dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est au début de ce mois.
Mais est-ce encore utile de s'en préoccuper ?

La coexistence, et la collaboration économique qu'elle induisait entre citoyens israéliens arabes et juifs, est en phase terminale. La peur d'autrui est entrée dans les villes mixtes, et comme dans nos banlieues françaises, l'exode des uns va croiser l'exode des autres, une manière d'épuration ethnique contre laquelle aucune proclamation ne tient !

L'autre conséquence du désordre actuel est l'enterrement du projet à deux Etats. La Cisjordanie, qui est une prise de guerre du Fatah qui s'en repaît, ne peut être gouvernée par un Etat indépendant contre le vœu du voisin tout-puissant. Le Likoud soutenu par une majorité de citoyens juifs refusent les accords d'Oslo et la "solution". Mais en réalité, l'OLP ne peut pas gérer un territoire enclavé, mité par la colonisation juive et dont la ressource hydrique lui échappe en totalité. Le seul territoire palestinien capable de s'en sortir en étant indépendant, c'est la bande de Gaza qui a tous les atouts pour former une principauté philistine développée et prospère, après incinération complète du Hamas et du Djihad islamique, s'entend ! C'est en cours. Et peut-être que sur le Golfe persique, les sheikhs observent avec intérêt cette destruction d'un furocle iranien en terre sunnite, qui ouvrirait l'espace à de juteux investissements sur la dernière "échelle" du Levant.

Ceci ne résoud pas le dilemme cisjordanien. Le territoire occupé ne peut être annexé pour une raison démographique, ne peut être rendu au roi de Jordanie qui n'en veut pas, ne peut être décolonisé sauf à la marge, ne peut continuer longtemps comme un bantoustan... Dans un prochain numéro, nous soumettrons aux Nations Unies l'interdiction générale des religions et le pinard obligatoire.




La minute stratégique


Si le Hamas ressort vivant de la séquence, même diminué, il aura remporté trois victoires :
1.- Par tout le Moyen Orient, la Rue arabe, chauffée par les chaînes islamiques, va détester la normalisation offerte par les Accords d'Abraham au détriment de l'Autorité palestinienne impotente et bafouée ;
2.- Le consensus démocratique contraint entre Arabes et Juifs israéliens, qui avait abouti à l'entrée d'un parti arabe à la Knesset, aura volé en éclat au niveau de la rue ;
3.- Le silence de Mahmoud Abbas donne aux Palestiniens radicaux l'argument d'une pétainisation de l'Autorité palestinienne avant les élections générales.

Si le Hamas succombe et disparaît des écrans, il aura remporté une quatrième victoire confortant les trois autres : il entrera dans le martyrologue islamique.

Netanyahou n'a pas anticipé les conséquences directes de l'affrontement, sinon il aurait apaisé les points de friction après les Accords d'Abraham, surtout dans le domaine de la colonisation des territoires occupés, en faisant rapporter les lois israéliennes de captation du foncier vacant. Au lieu de quoi il a paradé comme s'il avait remporté la victoire finale et laissé la bride sur le cou des enragés. C'est un politicien du niveau du Sentier !

jeudi 20 août 2020

Cadet Rousselle aux Émirats

La frégate Forbin inaugure le mouillage de Mina Zayed en 2009

L'accord d'Abraham est le résultat de la mise en tension du Moyen-Orient par la théocratie iranienne. Les camps se forment à l'approche d'une guerre ouverte entre les deux obédiences musulmanes. La Chine populaire renforce en armes et en moyens de toute sorte, l'allié millénaire de l'Empire du Milieu. les Etats-Unis tentent de former au sud du Golfe persique un bloc ayant une profondeur stratégique permettant la manœuvre. La Chine est motivée par les importantes ressources pétrolières de Mésopotamie ; les Etats-Unis autosuffisants en pétrole, réduisent leurs soucis à la pérennisation de l'Etat hébreu, le chouchou des Evangéliques américains... et des juifs de New-York.

S'invite dans le schmilblick la Turquie, pas vraiment invitée et le cul entre deux chaises, qui rêve de revenir aux frontières du califat historique aux dépens des Arabes. Pour le moment l'écho est plutôt celui d'un refus du néocolonialisme ottoman mais les services sont tous sur le qui-vive, tant le Sultan de la Porte est imprévisible. Ceci étant posé, on voit aussi que l'Accord d'Abraham agit comme un révélateur argentique sur chaque pays et dévoile au public la lassitude générale des soutiens aux Palestiniens dont les organisations corrompues et imbéciles réclamaient encore hier le droit au retour des réfugiés.

Evacuons cette question collatérale que la presse mouline en continu :
Fin 2018, on comptait 5442947 fiches palestiniennes actives à l'UNRWA -Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient. L'UNRWA annonce en 2020 qu'elle en a 5,6 millions. Il existe environ un million de réfugiés non-inscrits, susceptibles de demander un numéro en cas de droit au retour. La population citoyenne d'Israël est de neuf millions de gens dont six millions de Juifs ou déclarés tels. A côté d'eux sont installés 4,6 millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza en sus des résidents arabes israéliens. On n'imagine pas un gouvernement juif accepter l'installation supplémentaire de l'équivalent de sa propre population pour former à ses portes un Etat plus gros que lui. Mais c'est plutôt la communauté médiatique internationale qui remet balle au centre le problème palestinien, les soucis des chancelleries arabes sont ailleurs et plus graves. Fin de la blague.


Derrière les Emirats arabes unis ou à côté d'eux, se rangent les intérêts bien compris de chacun. Oman est géographiquement au cœur du défi persique. Pour ne pas tenter le diable, Elana DeLozier du Washington Institute, signalait hier soir que le nouveau sultan d'Oman venait de reconstruire son Etat duquel il ne gardait que les fonctions de chef d'Etat et de chef des Armées. En vingt-huit décrets, Défense, Affaires étrangères, Finances et Banque centrale sont dévolues à des ministres, pas tous de la famille, mais le sultan Haitham reste Premier ministre en titre, assisté de trois vice-premiers gérant le domaine réservé. Ceux qui connaissent quelqu'un à Mascate peuvent cliquer ici. L'Omanais sait qu'il ne peut rester neutre avec le Yémen en feu à sa porte et de l'autre côté, riverain du Détroit d'Ormuz sous le feu des canons iraniens. Ainsi augmente-t-il les garanties du sultanat en n'étant plus la pièce indispensable de l'échiquier, cible éventuelle d'escadrons de la mort des gardiens de la révolution qui ne se sont pas privés de cibler dans leur communication les tours de verre dans lesquelles complotent les cheikhs.

L'autre pays qui se prépare à la guerre est le petit royaume de Bahrein, une île de pas 800km² coincée entre la côte séoudienne et le Qatar pro-iranien. Sa chance est d'abriter deux bases navales importantes de l'US Navy. Il fait peu de doute que la maison royale cherche les mots pour le dire avant de satisfaire son protecteur.

Quid de la France dans tout ça ?


Nous sommes mouillés jusqu'au cou même si les officines de gauche concentrent l'analyse sur l'avenir compromis de la Palestine arabe pour ameuter l'opinion française au bénéfice de leurs clients. En fait le piège... à loup est sur le Golfe, pas au Liban ou à Ramallah, encore moins à Bamako. Impatient de faire l'acteur sur le Golfe persique, pourtant zone britannique des Sykes-Picot, Jacques Chirac signa, après le Koweit et le Qatar, un accord de défense avec l'émirat d'Abou Dhabi, à divers motifs peu stratégiques que nous n'étalerons pas ici (chars Leclerc et avions Mirage 2000). L'accord affichait une solidarité franco-arabe contre l'Iran de... Valéry Giscard d'Estaing (eh oui !). Voulant faire plus que son prédécesseur décrété impotent, Nicolas Sarkozy établit une base navale au port de Mina Zayed en 2008 pour activer la guerre si besoin était, malgré une vision stratégique encore plus mesurée que celle de son prédécesseur. On peut maintenant que ça risque de chauffer parler de l'accord qui nous tient :

Bien sûr il est secret (?!) quoique les milieux généralement bien informés affirment que c'est une assurance à première demande. Le téléphone sonne et nous attaquons. On ne va pas aller faire les miquets au Conseil de sécurité, non, nous attaquons ! Incertitudes, ambiguïté ? Nous attaquons ! Mais j'ignore si les moyens militaires inscrits dans l'accord sont limités ou illimités. En régime de croisière, les forces françaises prépositionnées se limitent au 5è Cuirassiers, à l'escadron Lorraine sur Rafale, au commandement et à la logistique d'une force française de l'Océan indien et à l'antenne d'acquisition de renseignements armée par la DGSE ; ce qui fait environ sept cents personnes sur le payroll. La Royale fait escale régulièrement à Mina Zayed pour recharger les frigos. Donc, que les lecteurs fidèles se rassurent, les Français seront au cœur de l'action. Rien à voir avec la chasse aux freux au Sahel, ou le five o'clock tea de la FINUL. Une petite carte pour finir ?

Cliquer pour agrandir

mardi 18 août 2020

Le Proche-Orient vu d'un drone

L'Orient compliqué, qu'ils disaient dans les chancelleries du XXè siècle ! La cause nationale arabe, création d'une Palestine moderne, a épuisé la patience et les subsides des tuteurs des organisations palestiniennes. A voir les réactions européennes favorables à l'accord diplomatique entre Israël et les Emirats, la patience de la Commission européenne est pareillement usée. Seuls les Etats qui instrumentalisent les réfugiés palestiniens contre l'existence même d'Israël comme l'Iran, ou ceux qui redoutent des représailles orchestrées par les clans intégristes comme le Koweït et le sultanat d'Oman, refusent l'accord. Et pourtant le Soudan ouvertement, Bahrein très bientôt vont monter dans le band-wagon. Les relations normalisées feront dès lors une large tache d'encre sur la géographie arabe, ce qui influencera inévitablement l'existence même de la Ligue arabe, dont le destin semble plus proche du club de colonels anglais en retraite que d'une union stratégique qui impose un agenda.

Prince héritier d'Abou Dhabi
Shaykh Mohammed bin Zayed Al-Nahyan
On ne va pas s'enfoncer dans le dédale de la "Rue arabe" et partager l'émotion des uns et des autres, d'autant que je doute de la pleine sincérité des Palestiniens accrochés par un micro-trottoir. Mais lançons le drone au-dessus du Proche et Moyen-Orient pour voir les choses en gros. Il y a trois acteurs majeurs aujourd'hui sur la région, la Turquie islamique d'Erdogan (80 millions hab.), la République islamique d'Iran (82 millions d'hab.) et la République arabe d'Egypte (100 millions d'hab.) dont l'islam est religion d'Etat et la Charia source du droit. On pourrait dessiner trois concentricités en amalgamant à chacun ses clients pour avoir un effet de masse. Quand on aura fini, on comprendra tout de suite pourquoi l'Etat hébreu de seulement 9 millions d'habitants cherche à composer en permanence en offrant à ses interlocuteurs ce qu'il sait faire le mieux, la guerre et les technologies de pointe en tous domaines. Israël est un peu dans le rôle de Sparte. Deux acteurs majeurs sur trois se sont déclarés contre l'accord historique et le troisième, l'Egypte, a explosé de joie ! Venons-en maintenant à la question palestinienne d'aujourd'hui.

La revendication palestinienne, qui à l'origine prônait la destruction pure et simple de l'Etat d'Israël, se limite à demander aux instances internationales la reconnaissance d'un Etat arabe indépendant dans les frontières de 1967 ayant Jérusalem pour capitale et capable d'accueillir les familles des réfugiés de 1948 exerçant leur droit de retour. C'est clair, moral et toussa sauf que la proposition coupe à angle droit l'autre revendication, celle d'Eretz Israël qui doit manger tout l'espace disponible entre la mer et l'Euphrate. Manque de pot, le second a gagné la guerre (plusieurs fois), le premier l'a perdue par procuration. La théorie communiste d'une guérilla perpétuelle comme suite à donner à une défaite a fait long feu puisque Israël en a accepté le défi et a pris des mesures drastiques pour l'éteindre, quoiqu'il en coûte aux autres ! Les proxys arabes qui entendent les imprécations stériles des dirigeants palestiniens depuis cinquante ans sont fatigués. Certains doutent même que les chefs palestiniens soient suivis par les populations qui semblent souhaiter avant tout une vie normale avec du travail, un logement et une perspective d'éducation des enfants. Il ne faut pas avoir fait Saint-Cyr pour comprendre qu'Israël agite l'hologramme d'une normalisation pacificatrice en récompense de l'abandon de la revendication identitaire. Ceux qui poussent inlassablement les Palestiniens à la résistance éternelle se gardent bien de vivre parmi eux, aux conditions de leur quotidien.

Au-delà, les gouvernements arabes ont depuis longtemps compris que l'ostracisation des Juifs bridait un développement corrélé à leur démographie positive, au motif fumeux de l'impossible concrétisation du rêve d'un peuple sans Etat depuis toujours. Pour rehausser leur propre sécurité, deux ennemis d'Israël, l'Egypte et la Jordanie, ont passé l'éponge afin de s'attaquer plutôt à d'immenses défis domestiques. Cette reconnaissance enfreignant la doxa victimaire ne leur a pas porté tort. Au tour des "riches" arabes de reconsidérer maintenant le blocage palestinien de la Ligue arabe qui bride leur transition post-pétrole par un développement accéléré des industries de pointe en tous domaines, le luxe et le trade ne suffisant pas à assurer la pérennité de leurs économies et la richesse de leurs familles. Quatre cas particuliers :

Le Koweït est à l'origine une enclave découpée dans l'Irak où commandent aujourd'hui les Arabes des marais sous domination iranienne. L'émir qui craint une réaction explosive sur sa frontière, a déclaré en rester au statu quo.
Bahrein (ancienne possession persane) a été fortement déstabilisé par la communauté chiite et abrite une base navale américaine. Pour se garantir contre l'Iran, Bahrein va sans doute rejoindre le "club des traitres".
Le Qatar a été expulsé des organes de coordination du Golfe à plusieurs motifs dont celui de financement d'organisations terroristes et de propagande impie (Al-Jezira). Il est soutenu activement par la Turquie, l'Iran et le PSG.
Le sultanat d'Oman est la puissance historique qui a donné son nom au bassin inférieur du Golfe persique, la mer d'Oman, et qui a longtemps possédé sur la rive nord l'enclave de Gwadar aujourd'hui pakistanaise. Le nouveau sultan a les difficultés propres à la région mais en plus, son pays est adossé à l'Hadramaout yéménite, un foyer terroriste actif que personne ne sait éteindre à cause d'une géographie trop favorable aux nids de freux. Oman, trop près des côtes iraniennes, ne bougera qu'en dernier.

carte du Moyen-Orien

Reste la complication séoudienne ! Le dauphin MBS, qui a fait le pari d'une transition rapide du royaume vers une économie occidentalisée diversifiée, se heurte au wahhabisme conquérant, soutien indéfectible de la famille des Séoud aussi longtemps qu'elle les autorise à régenter les mœurs et à exporter le salafisme. Sans objectiver ni nier les relations techniques entre les services israéliens et les siens, l'Arabie heureuse fait le mort dans la question présente en attendant sans doute de voir où serait le gras d'un ralliement ? Elle affronte l'Iran au Yémen et se prépare à une guerre ouverte avec la théocratie perse par dessus ses voisins. Peut-être veut-elle mesurer d'abord la sincérité et l'efficacité de l'engagement des Israéliens dans son perpétuel combat contre le chiisme. Nous ne dirons rien des pays spectateurs empêtrés dans des problèmes internes quasi-insurmontables qui les raient de la carte : Syrie, Liban et Irak.

Voilà donc la photographie d'altitude de la région au moment. On ne peut clore l'article sans féliciter Jared Kushner et l'Administration de son beau-père pour avoir mis au jour l'Accord dit d'Abraham ; ni évoquer le destin promis à Gaza par les riches arabes après le retrait de Tsahal et des colonies juives, pas moins qu'un petit Dubaï sur Méditerranée ! avant que le Hamas ne capture le pouvoir pour en faire un ghetto intégriste et un foyer terroriste poursuivant la chimère d'une destruction d'Israël avec des bombes humaines et des cerfs-volants ! « La Palestine n'est pas à vendre » déclarent l'OLP et le Hamas qui ne vivent que de la charité fraternelle et de l'aide onusienne. Faudrait-il encore qu'elle ait quelque valeur ! Finalement les peuples sont toujours les cocus de l'histoire et de ses démagogues.

dimanche 12 juillet 2020

Action française, de l'antisémitisme au sionisme, une trajectoire inouïe

Avertissement. Ce 12 juillet on peut commémorer la mort du capitaine Alfred Dreyfus en 1935 ainsi que l'arrêt de cassation du jugement qui le réhabilite un 12 juillet également, en 1906. C'est l'occasion pour le piéton du roi de placer un article longtemps retenu, qui devait répondre aux accusations d'antisémitisme visant régulièrement l'Action française de la haute époque dans le milieu journalistique. Je demande pardon à ceux qui ne soupçonnaient pas cette trajectoire intellectuelle et en seront meurtris dans leur intime conviction de la culpabilité de Dreyfus !

Le chef de bataillon Alfred Dreyfus en 1934


C'est une affaire controversée que l'antisémitisme de l'Action française et on a beaucoup écrit sur le sujet, les tenants de l'antisémitisme d'Etat réfutant laborieusement la thèse de l'antisémitisme pavlovien du premier parti royaliste. Tous les arguments pour et contre existent dans l'océan de la production Action française de la haute époque (1899-1945) mais jamais au même moment. L'antisémitisme instinctif du Chemin de Paradis a muté, il s'est usé par le frottement des personnalités du Tout-Paris parmi lesquelles figuraient autant d'israélites et de convertis qu'aujourd'hui*, jusqu'à devenir une posture comme l'écrivait Bernanos d'Hitler, un type qui avait "déshonoré" l'antisémitisme par sa vulgarité. S'inventa à la fin l'expression précitée d'antisémitisme d'Etat, porte de secours offerte par les quatre Etats confédérés, qui laissait fermée celle de la dénonciation ad hominem du petit juif de la Rue Pavée.

Ce billet n'a évidemment pas l'ambition de clore le débat mais revient sur le laboratoire philosophique maurrassien que décrit si bien Eric Vatré*, pour montrer quelques bases de l'antisémitisme du martégal, et dans une seconde partie, porte témoignage de la persistance de l'effluve malgré un immense repentir déclenché par l'histoire.

Très tôt chez Maurras, tout ce qui touche à l'hébraïsme participe de la barbarie, même si les communautés israélites s'établirent sur le territoire devenu français depuis l'époque romaine et se seraient facilement intégrées ensuite sur tout le midi sans l'ostracisme du clergé catholique alors tout-puissant. Il n'est pas concevable pour Charles Maurras de mettre sur un pied d'égalité les ordres grecs, le monde hébraïque et le classicisme français. Cherchez l'intrus. L'intrus menace, comme il le fait comprendre dans la RAF du 1/2/1908. Sauver l'Occident (déjà !) des périls jaune (Japon), sémitique (l'Internationale juive) et islamique convoque pas moins qu'une croisade, avant d'endiguer le grouillement des contingents noirs qui vont nous assaillir. Au-delà des arcanes bibliques qu'il apprit à l'école des pères, on ne peut comprendre sa répulsion des juifs si on ignore son refus du monothéisme qu'ils incarnent par l'élection. Peuple élu, peuple dominant. Pour Maurras le Dieu unique est une centralisation hégémonique, totalitaire, et comme il le confiait à Gustave Thibon dans les bureaux lyonnais du journal : « N'est-ce pas plus doux de croire aux dieux sans nombre de la mythologie, depuis Apollon, père des arts, ou Vénus, mère de l'amour, jusqu'aux petits lares qui protègent nos foyers ? un Dieu unique, cette centralisation !»

Le monde hébraïque incarne à la perfection le monothéisme et ses travers, d'ailleurs il est à l'origine de tous les monothéismes. Ne dit-on pas que l'islam est né des pactes passés entre les Bédouins et les Juifs de Médine ? Le polythéisme quant à lui signe l'Europe primitive, et l'Eglise du Dieu seul eut fort à faire pour l'assimiler. Elle inventa la communion des saints qui en fut le succédané gagnant, à voir l'usure des pieds de plâtre de leurs statues !

Le jeune Maurras n'y va pas de main morte sur le nouveau testament en parlant des apôtres comme un "convoi de bateleurs, de prophètes, de nécromants, d'agités et d'agitateurs sans patrie" (Anthinea). Jacques Bainville de son côté moquera la maxime "ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fît" comme sortie des vapeurs bitumineuses du Jourdain. Frénésie, communisme, anarchie jalonnent les saintes écritures et c'est bien tout le mérite de l'Eglise romaine d'avoir stérilisé le venin des évangiles et l'imbécilité du sermon de la montagne.

Charles Maurras naît au monde philosophique et littéraire parisien dans la compagnie ou le souvenir récent de grosses pointures antisémites telles qu'Arthur de Gobineau (†1882) qui exalte le génie indo-européen, Ernest Renan (†1892) pour qui le judaïsme n'est que du lest dans le christianisme, Edouard Drumont (†1917), talentueux polémiste viscéralement anti-juif et tant d'autres qui ciblent à chacun son tour les grands israélites de la place et les petits fourreurs aux enseignes imprononçables. Charles Maurras en gardera l'empreinte jusqu'au bout, jusqu'à ce cri de dépit à l'énoncé du verdict de Lyon : « C'est la revanche de Dreyfus !» On comprit alors qu'il n'avait rien digéré de la réhabilitation du capitaine juif, et que l'accumulation des malheurs d'autrui avaient sédimenté jusqu'à masquer le fond. Le cri du 27 janvier 1945 faisait remonter le fond. L'Action française ressortait du procès durablement entravée, marquée au fer pour des générations, jusqu'au risorgimento tenté par Pierre Boutang sur une dialectique complètement différente mais peut-être trop savante pour agréger en masse.

Cette veine antisémite produira à jet continu dans tout le pays jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Elle se tarira à l'ouverture des grilles des camps nazis d'extermination quand le monde saura qu'à prendre les mots à la lettre pouvait conduire finalement à la mort industrialisée d'un peuple pour ce qu'il est. Mais il faut être borgne comme la Gauche actuelle pour ignorer que les partis ouvriers de l'entre-deux-guerres étaient antisémites plus violemment encore que les ligues, ne voyant dans la forge et la banque que la main apatride du juif assoiffé du labeur des humbles.

Si l'antisémitisme, explicite jusqu'à l'injure, disparut des interventions et textes du mouvement royaliste d'après-guerre, quoique les expressions "cosmopolitisme" ou fortune anonyme et vagabonde visassent toujours les mêmes, le mépris du juif et la dénonciation des positions indûment acquises continua sous le manteau de la respectabilité, jusqu'à récemment, quand au quarantième anniversaire de la mort de Xavier Vallat (†1972), Haut-commissaire aux questions juives du régime de Vichy, un clash retentissant déstabilisa l'équipe rédactionnelle du journal L'Action Française 2000 par le départ tempétueux de Michel Fromentoux chez Rivarol, et le lancement d'une sorte d'Action française canal orthodoxe menée par Maître Elie Hatem pour continuer d'exalter le souvenir du maréchal Pétain (si si !).

Mais ceci a moins d'intérêt que l'engouement qui, dans le milieu royaliste, naquit dans les années cinquante pour Israël à l'occasion de sa contribution victorieuse à l'expédition franco-anglaise de Suez (1956), les capacités militaires d'une nation étant une valeur importante au catalogue ! La guerre des Six Jours dix ans plus tard en apportera la confirmation. Cette nation savait se battre ! Elle méritait notre alliance.

Le génie de l'Occident et de la race européenne s'accommodèrent alors fort bien des origines bibliques du Déluge puisque nous devenions raccord avec la légende de Japhet, fils de Noé et frère de Sem (la tige d'où poussera le rameau abramique) et de Cham qui peuplera les pays de la Mer Rouge. On verra sur cet axe des intellectuels comme Pierre Boutang et des chevaliers comme Serge de Beketch. Dans un droit de réponse au mensuel de la Restauration nationale, Le Bien Commun, Olivier Véron dénonce l'antisémitisme rampant d'un rédacteur sous couvert d'antisionisme. Le contre-feu est assez étonnant parce qu'il lie les deux concepts de manière aussi adroite qu'érudite, reprenant l'amalgame officiel du CRIF :

« À quoi bon étudier ou prôner l’histoire, les lettres, la philosophie et même la Politique et prétendre en maintenir le vague prestige parmi les lecteurs perdus de l’Action française si c’est pour leur ôter définitivement le goût ou le flair, avec des remugles d’Égalité et Réconciliation ? »

Vient ensuite la volée de bois vert sur le dos d'Olivier de Lérins que l'on pourra déguster ici. Pour vous la faire courte, mais le texte mérite d'être lu jusqu'au bout, Israël défend sa peau au bout du fusil sur la terre que Dieu lui a donnée avec tous les moyens que réclame la disproportion des forces engagées sur zone, quand les penseurs nationalistes français déclament par monts et salons en conférences qu'il faudra bien un jour gagner le pouvoir par tous moyens même légaux en évitant soigneusement d'en saisir aucun ! C'est vache, mais que dire d'un mouvement échoué sur la grève des hésitations depuis cent vingt ans. Olivier Véron en remet une fine couche vers la fin de son pamphlet :
« Est-ce que vous condamnez moralement la résistance désespérée mais belle menée par Bar Kochba et qui s’acheva dans le carnage des suicides de Massada, en un tragique défi de la liberté à la Rome impériale ? Elle a pourtant servi de précédent aux révoltes "inutiles" du ghetto de Varsovie et de plusieurs camps de concentration nazis, et elle sert encore d’ultime avertissement à tous les soldats israéliens qui jurent "plus jamais ça". Car l’efficacité de cette question pour les défis du XXIe siècle est évidente, mais ce sont les élèves officiers d’Israël qui l’étudient dans le tremblement des écoles de préparation à l’endurance et à l’intelligence bibliques et militaires ». Et de terminer sur les vingt-huit rois d'Israël qui se tiennent debout sur la façade de Notre-Dame de Paris.

Roger Peyrefitte insère dans l'ouvrage cité** plus bas la dialectique fondamentale de notre bel Occident : « Les juifs sont les épices, le grain de sénevé, le ferment indispensable du monde chrétien. Israël nous prouve que le monde chrétien est encore plus indispensable aux juifs pour épanouir leurs qualités »

L'antisémitisme d'Action française est officiellement mort, emporté par l'histoire des scandales monstrueux du XXè siècle, bien qu'il persiste en bruit de fond dans la société française, et maintenant à l'extrême-gauche surtout, en soutien des revendications palestiniennes. Si ce n'est plus un "marqueur" pertinent de la mouvance d'Action française, les rédacteurs qui se réclament de cette école de pensée devraient quand même faire attention à ne pas laisser déteindre une humeur trop vive, voire justifiée, à l'endroit de telle ou telle personnalité de confession ou d'origine juive, parce que la critique comme la banque ne prête qu'aux riches.

Ceux de nos lecteurs qui descendent de camelots du roi connaissent l'antisémitisme transmis dans leurs gènes intellectuels. Il est très difficile de s'en défaire, et des réflexes peuvent trahir inopinément le fond de leurs convictions. Il est un bon remède à cela pour casser la malédiction : se faire un ami juif. Ça marche !


Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite se dessèche ! Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens de toi, si je ne fais de Jérusalem le principal sujet de ma joie ! (psaume 137 des vêpres catholiques)


*Charles Maurras, un itinéraire spirituel (Nouvelles Editions Latines, 1978)
**La meilleure sociologie des juifs de France se trouve dans Les Juifs de Roger Peyrefitte, Flammarion 1965

mercredi 19 juin 2019

Trump sur le divan

Quelle mouche a piqué Trump de se mettre "in bed" avec Netanyahou ? Parce que son gendre coiffe des anglaises pour dormir ? Son octennat s'annonçait radieux par l'amorce d'une réindustrialisation des Etats-Unis, la reprise de l'emploi, le retour des bénéfices dans les entreprises, le blocage des latinos et la joie simple et sincère du red neck. Il a fallu qu'il coure patauger dans la fange du conflit israélo-palestinien jusqu'à embrasser en aveugle les vues les plus offensives du Likoud. Sa fille s'étant convertie, on ne lui fera pas l'injure de prétendre qu'il ignore tout du projet sioniste d'Eretz Israël et de la guerre permanente qu'il induit au Proche Orient. Mais avant que de condamner Donald Trump, interjetons appel de sa psychologie.


Il s'est prêté à un long entretien pour Playboy magazine en 1990, bien avant qu'il ne pense à foutre dehors les playmobils du camp de l'éléphant. Cela a le mérite de la neutralité et on y apprend tout ce que vous vouliez savoir sans jamais oser le demander, soit en lisant la recension de Liberty Blitzkrieg écrite en janvier 2016 par Michael Krieger, donc juste avant les Primaires présidentielles du Parti républicain qu'il emporta (clic), soit par le résumé succinct de Royal-Artillerie ci-dessous.

L'animal est un joueur invétéré et plus complexe que ne le montre le chien de prairie mort qu'il porte sur son crâne. Le grossier personnage qu'il cultive est celui de l'éternel gagnant qui a tous les droits, même celui de pousser la balle du pied au quatrième trou. Perdre n'est pas dans son logiciel, même s'il reconnaît qu'au bout du bout, le capital des gains va se liquéfier dans la tombe. Trump est un showman avec un ego démesuré qui s'assoit sur tout principe non approuvé par lui, à l'exception notable du principe de bon sens élémentaire. Toute sa politique est explicable par tweets, il ne s'en prive pas, et son public le comprend au premier mot sans passer par le filtre de l'université ou des média professoraux. On comprend que son activité présidentielle soit terrifiante pour l'establishment de Washington car il est imprévisible et joue plus facilement l'instant que le simple court-terme. Et le monde véritable n'est pas pour lui au fond des rapports des services gouvernementaux mais sur l'écran plat du Bureau Ovale, le portable à la main.

Le show prime tout et lui-même est le show, le Donald Trump Show. On comprend dès lors qu'ayant accédé à la scène du monde devant des milliards de téléspectateurs médusés, il ne puisse cesser d'en jouir, d'où sa candidature pour le second mandat constitutionnel. Mais tout ceci n'explique pas son acharnement contre l'Iran.

Après tout, les accords nucléaires de Vienne (2015) avaient entrouvert la porte de la théocratie pour un pourrissement des mœurs sociales comme cela fut le cas dans les pays de l'Est sous la botte communiste. C'est le Levi's 501, Radio-Luxemburg-the-Radio-of-the-Stars et le PepsiCola qui ont ruiné le communisme, autant que la guerre des étoiles de Ronald Reagan. Il en allait de même pour la société iranienne, étouffée par le clergé le plus rétrograde et misogyne du monde, après les sorciers du Sud-Kivu. Le poison occidental qui infusait déjà à travers le Bazar, allait se répandre plus vite sur les classes défavorisées que sont les femmes, les jeunes, les minorités, les travailleurs modestes et sur la bourgeoisie d'affaires en rupture de foi. Les investisseurs relançaient des projets importants, dans l'automobile ou la recherche pétrolière, tout se mettait en place pour des lendemains supportables et une remise en question d'une république islamique obsolète. Mais non !

Comme tout paysan de l'Indiana, Donald Trump déteste la République islamique d'Iran depuis la prise d'otages des fonctionnaires de l'ambassade américaine à Téhéran en 1979. L'outrage est inexpiable. L'accord de 2015, outre le fait de redévelopper l'Iran, débloquait aussi des fonds séquestrés à l'étranger qui, dans l'esprit de Trump, allaient être versés dans les aventures extérieures des mollahs plus que dans les nécessités sociales. S'y ajoutent les soupçons étayés des services israéliens d'une poursuite en sous-main de la recherche nucléaire à Téhéran. Il faut dire que l'Iran n'a jamais cherché à faire mentir ces allégations, en respectant la lettre des accords de Vienne plus que leur esprit et en s'immisçant dans les conflits voisins jusqu'à déclencher une guerre civile au Yémen, après avoir échoué au Bahrein. Ne parlons même pas de l'installation permanente des Gardiens de la Révolution en Syrie et du surarmement du Hezbollah, dans l'objectif évident de déstabiliser tout le nord de l'Etat hébreu à la première occasion.

Sur les conseils de Netanyahou, Trump a décidé de ne pas attendre le pourrissement annoncé de la société iranienne et de parer immédiatement les coups projetés contre ses deux plus fidèles alliés, Israël et l'Arabie séoudite. En fait, il n'y a pas de stratégie Trump. On est sur le court de tennis et il se bat dans un énième set, là, devant lui, pas demain ! Un seul but, la victoire par la mort de l'adversaire. Ce n'est pas politiquement correct du moment qu'il n'y a pas l'expression d'une philosophie de la diplomatie américaine sur zones et que les kilomètres d'analyses pointues sont délaissées au bénéfice de l'instinct primal ! Je plains ceux qui proposent des cours de prospective diplomatique américaine. Quant à ceux qui dénonçaient Donald Trump comme démagogue, stupide, menteur dans le sillage de la vieille chouette Sanders, ils en sont pour leur frais : le démagogue caresse, circonvient, subvertit. Rien de tout cela, l'horrible tycoon newyorkais fait ce qu'il dit, insulte, contourne les chevaux de frise de la nomenklatura et y réussit plutôt bien, même si ce n'est pas, voire jamais, dans notre intérêt d'allié fidèle. Damned ! The show must go on... à nos frais ! C'était hier un 18 juin, l'appel de Trump à achever le travail... en nous achevant aussi.




vendredi 1 juin 2018

242 †

La résolution 242 des Nations Unies qui depuis 1967 "marquait" les frontières d'Israël au sein de l'ancienne Palestine britannique a vécu. L'Etat hébreu manifeste quotidiennement son refus des deux entités juive et arabe imbriquées, et privilégie l'apartheid sud-africain avec deux bantoustans, la bande étanche de Gaza et les communautés palestiniennes fédérées de Cisjordanie puisqu'il ne sert plus à rien de parler d'Autorité palestinienne. La Maison Blanche ayant donné son feu vert au dispositif hégémonique pour des raisons électorales et familiales propres à la famille Trump, il ne sert à rien de se cacher, ce que ne fait plus le Likoud aux commandes à Jérusalem.



Les responsabilités ne sont pas partagées, comme on serait tenté de le dire pour faire un long article des causes réciproques, même si les exigences du Fatah et du Hamas sont inacceptables au plan de la logique démographique. C'est ainsi que les représentants palestiniens ont loupé toutes les occasions sous les présidences américaines précédentes, ce qui faisait bien sûr les affaires d'Israël. Les Juifs demeurent axés sur le projet sioniste éternel d'Eretz Israël, par moment ils le cachent, par moment on le voit. What next ?

Il n'est pas impossible que les faucons provoquent une seconde nakba arabe en dissolvant les pseudo-pouvoirs palestiniens comme le sucre dans l'eau. Le stratagème le moins mauvais (ou le moins immoral) serait d'offrir un travail régulier avec papiers et cotisations sociales à au moins un membre de chaque famille arabe, que le poste soit en-deça ou au-delà de la ligne de cessez-le-feu de 1967. La tentation reste grande néanmoins, quand on voit l'approche carrément raciste de l'infanterie juive à la clôture de Gaza, de désespérer suffisamment le peuple palestinien de Cisjordanie pour le forcer à l'exode vers... Babylone (Bagdad)!

Resterait le cas des déportés de la cage de Gaza, deux millions de gens dont deux tiers de réfugiés chassés par la conquête, qui formeraient le bantoustan extérieur géré directement par l'ONU et les organisations non gouvernementales. Il ne faut pas avoir l'ouïe fine pour entendre le tic-tac de la montre qui déclenchera la charge de semtex. Le Shin Bet peut se voter des félicitations, lui qui a créé le Hamas radical pour emmerder Arafat et se retrouve, maintenant que le pitre historique de la cause palestinienne est mort, avec le Frankestein libre de mouvement dans tous l'espace du zoo où l'on croyait le contenir. Pas pour longtemps !

La déploration du ghetto de Gaza est une cause facile à instrumentaliser avec les meilleures intentions du monde et le logiciel hébreu de confinement par tous moyens réglés par leur seule efficacité ne tiendra pas longtemps. Cette bêtise est le piton où va s'ancrer toute la générosité des bonnes âmes horrifiées des conditions faites aux familles palestiniennes de Gaza, fliquées par la racaille islamiste d'un côté et par les gardes-frontière israéliens de l'autre qui les pilonnent.
Un nouveau convoi part d'Amsterdam pour occuper l'espace médiatique et dénoncer la barbarie israélienne, et si ce n'est pas le premier convoi - les Turcs ont payé de huit morts leur dernière tentative en 2010 - l'opération inaugure de fréquentes répétitions dans l'avenir parce qu'il y a des "clients " fortunés qui partagent l'écœurement de ces pacifistes quant au sort fait aux déportés et aux pêcheurs.
Quant à brandir les "malheurs de Sderot" en réplique, ça m'en touche une sans faire bouger l'autre comme disait Jacques, Sderot avant s'appelait Najd et les villageois connurent le dilemme de "la valise ou le cercueil".

Finalement, Israël suit la mode. La Chine opprime le Turkestan chinois et le Tibet historique, elle vise Taïwan, la Russie reconquiert des terres soviétiques sur la Mer noire et ailleurs menace les Baltes, le Chili écrase les Mapuches, le Mexique le Chiapas et l'Indonésie est agacée par le Timor chrétien dont elle ne fera qu'une bouchée. A la réserve près que nous parlons là de grands Etats et de grandes nations, alors que le Foyer juif hypertrophié de Palestine a atteint aujourd'hui son apogée dans une taille modeste et qu'il est menacé à son tour d'exodes à mesure que se préciseront les nuages noirs de la revanche des piétinés !


mardi 15 mai 2018

Tsahal sans vergogne

La fronde de David !

Messieurs Netanyahou et Liberman ont porté un toast aux soixante-dix ans de la fondation d'Israël dont on se souviendra : 59 Palestiniens tués à Gaza, deux mille blessés. Merde, il en manque onze pour faire un compte historique ! Tsahal tient ses fusils d'assaut horizontalement comme nous l'ont montré les images des émeutes de Cisjordanie, et tirent au 5.56 NATO.

Contre des pierres !

Depuis l'avènement de Donald Trump à la Maison Blanche, il n'y a plus de question palestinienne, juste un problème palestinien en Israël, du même ordre que les émeutes raciales aux Etats-Unis, une effervescence qui se traite à coup de fusil par la police anti-émeute ! C'est Hubert Védrine qui signalait chez France-Info hier cette mutation de l'affrontement israélo-palestinien en question d'ordre public. Il n'y a plus rien à négocier avec les "autorités" de Ramallah, juste assurer l'ordre dans le bantoustan et punir les "cafards" comme les nomme le ministre de la défense.

Dès lors tout s'explique. Le massacre de Gaza est imputé au Hamas depuis la Maison Blanche et les agents d'influence de l'Etat hébreu répétaient hier en boucle qu'Israël a le droit pour lui, défendre ses frontières ! Contre des pierres ! C'est bien.

Charger à bloc la chaudière de la haine est sans conséquences, la sous-humanité concernée n'ayant ni les moyens, ni les soutiens extérieurs nécessaires à la confrontation, à l'exception de l'alliance chiite irano-libanaise que l'Administration Trump a l'intention de traiter à la coréenne ou de l'incinérer, voire plus si affinités. N'oublions pas que les Etats-Unis ont un affront à venger, celui de la prise d'otages de l'ambassade de Téhéran en 1979, qui ne sera lavé que par l'éradication de la clique islamique de Qom ; et avec des conseillers de la trempe d'un Bolton à la Maison Blanche, il y a des chances qu'on s'y essaie !

Les pays arabes font l'un après l'autre leur deuil de l'interminable question palestinienne qui ne figurera bientôt plus à leur agenda ; à commencer par l'Arabie séoudite dont le prince héritier a marqué son irritation l'an dernier devant les revendications impossibles de l'Autorité palestinienne. Tous les régimes sunnites sont hypnotisés par la menace iranienne réelle ou ressentie, sauf le Qatar et le sultanat d'Oman qui s'en accommoderont, et considèrent avec intérêt la puissance militaire de Tsahal qu'ils n'arrivent pas à égaler. Ceci devrait "libérer" les Palestiniens de la tutelle encombrante de l'impotente Ligue arabe, et favoriser la recherche de nouveaux sponsors. Les réactions internationales aux événements de la journée du 14 mai marquent les points d'ancrage possibles : la Turquie et l'Afrique du Sud sont en pointe et l'Asie lointaine commence à s'émouvoir. Quand des Chinois continentaux qui ne se connaissent pas me disent que la Terre irait mieux sans Israël, sachant comment sont formées les opinions politiques en République populaire de Chine, je me dis que Pékin commence à bouger. D'autres pays demandent des enquêtes ou convoquent l'ambassadeur israélien ; tous sont écœurés, parce qu'en occident, on ne tire pas sur les boucliers humains ! S'y résoudre à tous bons motifs est entrer en barbarie.

Liberman le barbare, clone de Poutine
Les Israéliens dans leur ensemble ne méritent pas la dialectique binaire et l'exposition dangereuse dans laquelle les maintient Benjamin Netanyahou et ses ultras, mais c'est le jeu démocratique qui a porté le Likoud en tête et donc le peuple. Il y a quelque part une responsabilité collective de la nation juive à la situation de fait, une occupation qui désormais en vaut une autre dont on n'ose parler. La justification originelle de l'Etat hébreu commence à s'estomper, beaucoup dans les chancelleries ont compris qu'autant de place on leur laisserait, autant ils en prendraient davantage. C'est le logiciel soviétique, ce qui est à moi est à moi ! Ce qui est à toi, on en parle ! Eretz Israël redevient fascinant pour les partis nationalistes et sectaires après la période de mésentente cordiale qui succéda aux Accords d'Oslo. S'il advenait que le renfort américain mollisse ou s'épuise, c'est la promesse d'une apocalypse à terme, le désespoir palestinien est trop fort pour que perdure l'apartheid.

Comment se réglera le défi démographique qui s'annonce au Proche-Orient ? Pendant que les Juifs se pavanent, les Arabes baisent. On a peur d'imaginer une solution finale à la Liberman !

lundi 14 mai 2018

La diagonale atomique de Donald Trump

Le retrait américain de l'accord nucléaire iranien convoque un peu plus de sérieux que n'en montrent les chaînes françaises d'information. C'est une affaire très grave, non parce qu'elle remonte à bloc la pendule des tensions au Moyen-Orient mais aussi parce qu'elle brise le consensus atlantique autour duquel tourne la planète quoiqu'on en dise. La guerre prévisible que mènera Israël d'ordre et pour compte Trump contre l'Iran, se fera sans participation européenne pour une raison très simple, l'Europe aura d'ici là disparu des écrans stratégiques, la France seule ne pouvant peser, la preuve en est faite par l'inanité des postures de séduction retenues par Emmanuel Macron. La Grande Bretagne est littéralement avalée par un Brexit de plus en plus douteux ; l'Allemagne se révèle être le nain diplomatique affairé aux affaires et c'est tout ; les autres pays suivant à leur rythme et souvent pas du tout.

C'est un article assez complet d'Emile Simpson, publié deux heures avant l'annonce du retrait dans Foreign Policy, qui cadre le mieux le problème : il s'intitule The Predictable Disaster of Trump’s Lonely Iran Strategy et vous pouvez le lire en cliquant sur ce titre. On le complètera utilement du "rapport d'étape" donné par Robert Malley au site Orient XXI et titré : Face à Trump, l’Europe peut encore sauver l’accord sur le nucléaire iranien... et éviter un embrasement régional. Malley fut négociateur à l'accord pour Obama.

courtoisie Gage Skidmore

L'exterritorialité des rétorsions promises par Trump affectera directement nos entreprises européennes - ce sont celles qui nous intéressent - mais aussi des entreprises russes ou chinoises qui commercent ou comptaient commercer avec les Etats-Unis comme avec l'Iran. Cette menace hégémonique est insupportable mais on ne voit pour l'instant que les prémices de négociations entre les deux rives de l'Atlantique alors que nous aurions pu attendre un "non" catégorique des principales démocraties occidentales. Donald Trump n'aime pas les négociateurs, il a viré Rex Tillerson pour ce motif. Il ne comprend que les contempteurs directs, les casques à pointe ! Justement Angela Merkel a dit son fait au mogul newyorkais mais il va falloir agir très concrètement pour peser.

Si on se recule au fond du chesterfield plein cuir de buffle, on voit que Trump délègue sa diplomatie active à des puissances locales qu'il manœuvre à sa guise par tous moyens et sans en calculer le prix. Il attaque la Chine par la Corée du Sud chargée de faire la paix avec le frère nordiste en banqueroute, et ça peut marcher s'il ne change pas d'idée pendant le mois qui reste à courir jusqu'au sommet de Singapour du 12 juin.
Au Moyen-Orient, il a mis ses billes en Israël, semble-t-il à l'incitation pressante de son gendre Kushner, le mari de sa fille Ivanka. Il va donner tous les moyens de se battre à Benjamin Netanyahou afin de casser le dispositif syrien organisé par les gardiens de la Révolution islamique et faire reculer le front chiite.
Les questions de face, d'honneur, de crédibilité intérieure pousseront l'Iran des mollahs à réagir et si le président Rohani a déclaré ne pas vouloir exagérer les tensions, n'oublions jamais que ce n'est pas lui qui commande les opérations militaires, ni la stratégie de la République islamique. La classe dirigeante constate déjà les dégâts de la libéralisation rampante dans les grandes villes iraniennes qui minent les positions sociales du clergé mais surtout celles des milices du régime qui représentent des millions de personnes. Une guerre permettrait de stopper cette dérive dangereuse à terme et assurerait pour longtemps les virements mensuels des soldes et salaires.

L'Iran et Israël sont sur des routes de collision depuis la présidence d'Ahmadinejad. Israël bénéficie pour le moment du soutien quasi-explicite des pays de la péninsule arabique (sauf le Qatar) que menacent les ayatollahs de Qom, ce qui peut inciter les faucons de Jérusalem à saisir l'occasion d'en finir avant que naisse une bombe atomique chiite. Mais la conflagration conventionnelle impliquera à coup sûr les Etats-Unis et tous ses moyens sur zone qui sont puissants. Comme Israël ne pourra jamais s'en sortir seul contre un pays qui sut résister à l'Irak de Saddam Hussein, il est à prévoir que les Marines devront débarquer en phase II sur la rive nord du Golfe persique, mais probablement seuls cette fois ! Nul ne prédit l'issue de cette hypothèse coup de poing qui ne pourra que s'éterniser.

S'il est impossible que les Etats-Unis soient battus, la conflagration ameutera des puissances locales qui verront l'opportunité de régler de vieux comptes, je pense à la Turquie sur sa frontière sud et à la Russie sur le Caucase. La plus sûre des conséquences sera la disparition de l'Europe occidentale du théâtre d'opérations et des enceintes diplomatiques, sauf la France, piégée par un traité militaire d'assistance automatique avec les Emirats arabes unis qui se déclenchera s'ils sont attaqués par l'Iran.

courtoisie Brendan Smialowski


L'Alliance atlantique ne résistera pas à ce vacarme qui dévoilera la même fracture qu'en 2003 lors de la guerre de Junior en Irak. Les pays majeurs de l'OTAN à l'exception du Royaume-Uni, avaient refusé de monter dans le bandwagon des faucons mouillés en route vers Bagdad. L'OTAN jusqu'ici n'avait de justification que par la terreur qu'elle inspirait à nos adversaires, terreur dénoncée par les idiots utiles, agents d'influence du Kremlin, qui n'ont jamais compris comment fonctionne ce deterrent. Le démantèlement de l'OTAN fera croître d'autant les "appétits de justice" du pouvoir russe qui vit encore dans l'humiliation de l'ère Eltsine et veut reconquérir ses marches. Les pays européens du glacis oriental auront du souci à se faire, autant peut-être que la Tchécoslovaquie en 1938. Trump voit-il vraiment ce à quoi le mène sa brutalité ? Je ne le pense pas.

Quant à nous, la tentation sera grande de se rapprocher plus tard de la Russie, signalant par là notre immaturité depuis la guerre civile européenne de 1939-1945 qui nous a jeté dans les bras d'un "protecteur". Avant de "collaborer" avec les empires centraux revenus (Russie et Turquie), organisons nos coopérations, déployons nos capacités de puissance, pensons d'abord à nous muscler. Ensuite, quand seront partis les administrateurs russes issus du KGB, sera venu le temps de coopérer avec des gens qui partageront plus de valeurs avec nous que n'en partage la démocrature russe d'aujourd'hui. Bonne chance à Alexeï Navalny demain au tribunal.


Terminons sur cette chimère de défense européenne dont on va parler en boucle dans un mois quand les entreprises européennes seront attaquées par l'administration Trump. On ne peut pas faire quelque chose de dissuasif et cohérent en Europe sans la Grande Bretagne, la France et l'Allemagne. La première est déjà en dehors de l'épure, il faut donc sortir de l'épure constitutionnelle continentale. La troisième traîne les pieds, mais la fermeture programmée du parapluie atomique américain va peut-être faire bouger les lignes dans l'opinion allemande, car tout se décide là ! Autour de ces trois puissances, on a besoin du Danemark et de la Norvège pour les détroits baltes, des Pays-Bas pour la Mer du nord et de l'Italie pour la Méditerranée. Si les autres veulent venir, pourquoi pas, mais aux conditions des précités. Le risque est néanmoins grand qu'on se perde dans une usine à gaz à vingt-huit comme aiment les monter les fédéralistes et les fonctionnaires de Bruxelles en peine de grandeur.

Demain mardi se réunissent à Bruxelles quatre pays impliqués dans l'accord nucléaire iranien : l'Allemagne, la France, l'Iran et le Royaume-Uni.

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