vendredi 31 août 2012

100 jours x 0 = zéro

Cent jours, c'est le moratoire qu'on accorde aux idées neuves depuis le retour de l'Île d'Elbe d'un certain Napoléon. Allez savoir pourquoi. Mais Royal-Artillerie n'a pu tenir la consigne tant le Zéro attendu était nul ! Les billets d'alerte furent nombreux¹. On sait désormais que les siens, qui le trahirent par avance en le qualifiant de "fraise des bois", avaient poli leur appréciation du futur président de la République au contact de son impéritie légendaire. « Le point faible de François Hollande, c’est l’inaction. Est-ce que les Français peuvent citer une seule chose qu’il aurait réalisée en 30 ans de vie politique ? » (Ségolène Royal dans Le Figaro du 8 septembre 2011). Et pas plus depuis mai ! C'est trop court, disent les éléphants du Parti en public, pour s'effrayer en privé d'avoir pris le bus des fous qui fonce dans le mur en klaxonnant. La "politique" de M. Hollande est un exercice électoral IMPOSSIBLE à matérialiser :

  • Le fossé qui se creuse entre syndicats et patronat est impossible à combler. Ce sont deux modèles sociaux antagonistes, il n'y a pas de motion de synthèse possible. D'un côté, les entrepreneurs - même les mieux disposés à l'égard de la Gauche caviar - suivent contraints et forcés une logique libérale d'acception mondiale et ne peuvent survivre sur un îlot communiste tel que le bâtissent les gnomes de Bercy et Matignon ; de l'autre, les syndicats qui se sont tous investis dans la campagne électorale derrière les candidats socialistes pour récuser cette logique strictement mercantile, sont prisonniers des engagements du vainqueur qu'ils ont fait leurs, et leurs dirigeants ne peuvent plus relever la visière dans une situation économique en constante aggravation. On va au clash !
  • La soviétisation du modèle social dessinée par le programme socialiste est incompatible avec une économie de marché, comme le déclare le patron d'Unilever et le dit autrement celui de Peugeot, mais plus gravement, elle entrave le redémarrage du moteur économique que seuls les investissements privés et l'enthousiasme des preneurs de risques peuvent accomplir depuis que les caisses publiques sont à sec. Le flux de rentrées fiscales continue à être détourné vers la survie d'un Etat pachydermique obsolète nourrissant sous lui une fonction publique pléthorique qui dévore la valeur ajoutée produite.
  • Les équilibres budgétaires accordés avec réticence à la Chancellerie allemande ne pourraient être approchés (et jamais obtenus) que par une hausse massive de taxes en tout genre et une coupe claire dans les prestations sociales de base, ce qui ruinerait toute reprise par un effet de ciseau paralysant bien connu. L'incantation à la croissance est de la magie. Quand on rallume la salle, il n'y a plus rien. L'écart de taux entre les 1,2% du gouvernement Ayrault pour 2013 et les pronostics les moins pessimistes à 0,3/0,5% représentent 10 milliards de déficit supplémentaire, à rajouter aux 33 milliards exigés par la Cour des Comptes (en plus des 7 milliards de 2012) ! De l'avis d'économistes posés comme Elie Cohen du CNRS, c'est infaisable.
Il y a aurait bien une solution à la française au drame qui se noue - nous fêtons cette année le tricentenaire de la victoire de Demain qui sauva le royaume des Impériaux : c'est bien sûr un vrai projet national mobilisateur du niveau d'intensité d'une guerre, accompagnant la complète désoviétisation du pays. Marcel Dassault, qui sentait déjà le déclin du pays, ouvrait comme doyen de l'Assemblée nationale chaque législature en demandant une grande exposition internationale à Paris du modèle de celles qui époustouflèrent le monde à la charnière des XIX et XX° siècles. Nous pouvons avoir d'autres projets mobilisateurs et même plusieurs en faisceau² pour réveiller notre créativité, notre fibre entrepreneuriale, mais on me concèdera que ce n'est pas le "chef de rayon gominé des Trois-Quartiers en petit costard gris" qui peut pousser les feux de cette bruyante locomotive. Qui pis est, il n'est pas plus inculte à la manoeuvre que ses affidés qui, à l'exception d'aucun, n'ont jamais risqué le moindre kopek dans une idée personnelle. Le pouvoir est du niveau intellectuel de celui de la défunte RDA.




Cent jours pour rien et rien devant, telle est la perception qu'ont les Français de la nouvelle équipe, peuplée d'incapables déléguant leur réflexion pour action aux commissions, groupes de travail et autres laboratoires d'idées qui y suppléent. Nul ne sait de quoi sera fait le premier semestre 2013, mais il est déjà acté par nos vieux amis allemands que le poids de la France immobile - deuxième économie continentale - va s'ajouter au lest que constituent les pays du Club Med, peut-être au moment où l'Italie parviendra à s'en arracher. Nous aurons l'air fin de voir se reconstituer l'Axe, à moins que la conjoncture allemande ne se retourne à son tour, ce qui en un sens nous sauverait la mise pour un temps, les marchés ayant à s'occuper ailleurs ! Bonne rentrée.


(1) Billets parus depuis l'élection présidentielle :
- Le Héron gagnant (7 mai)
- Flanby le loup-garou (11 mai)
- Gouvernement de croissance zéro (16 mai)
- En attendant Ségolène et son knout... (31 mai)
- Sous la férule d'Angela (13 juin)
- G20 la France seule (20 juin)
- Le Mouton rose (22 juin)
- D'un Bouffon l'autre (29 juin)
- Eurobreak® (10 juillet)
- Peugeot, l'os dans la soupe populaire (12 juillet)
- Révocation des édits sarkoziens (20 juillet)

(2) Quelques pistes après désoviétisation et déportations aux Kerguelen :
- Expo universelle Paris 2020 exemplifiant les atouts typiquement français, luxe, gastronomie, agriculture maîtrisée, hygiène de vie et santé publique, gestion de l'eau, aéronautique, recherche fondamentale,...
- Achèvement du Plan Fluvial par mise à contribution de cinquante mille prisonniers désoeuvrés - Canal Seine-Nord et Rhin-Rhône ;
- Européanisation de nos hinterlands portuaires et application généralisée du ferroutage ;
- Rénovation du concept de transports en commun et mise en oeuvre d'alternatives crédibles au trafic automobile d'accès au travail ;
- Empaillage de Johnny Halliday sur les colonnes de Buren du Palais Royal.

mercredi 1 août 2012

Bonnes vacances



Le piéton du roi vous souhaite de bonnes vacances.
Feuilletez Royal-Artillerie, s'il pleut.

A bientôt !

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PROCHAIN BILLET : LE BRUIT DU MICROCOSME

mardi 31 juillet 2012

Un enkroumage avant congé


La longue histoire de Sainte-Sophie de Trébizonde
Construite par l'empereur byzantin Manuel Ier Comnène dit le Grand entre 1238 et 1263, l'église Sainte Sophie fut convertie en mosquée après la prise de Trébizonde par le sultan Mehmed II en 1461, et l'intérieur fut passé au blanc de chaux. On lui attacha une fondation charitable et pendant quatre siècles cet édifice remarquable a suscité l'intérêt de voyageurs et chercheurs si l'on en croit les relations de voyage d'auteurs connus (Çelebi, Pitton de Tournefort, Hamilton par exemple). Les intempéries et l'usure du temps ruinèrent l'église admirablement située sur un promontoire dominant la Mer Noire. Sur les encouragements de Rıza, Efendi de Brousse, elles furent relevées en 1864. Pendant la Grande Guerre elle servit d'entrepôt, de dispensaire pour les cholériques de l'armée russe, et à nouveau de mosquée à la fin des hostilités. De 1958 à 1962, la restauration fut parachevée par la collaboration de la Direction Générale des Fondations de Turquie et l'Université d'Edinburgh qui retrouva les fresques sous le badigeon, pour rouvrir finalement comme musée (ou plutôt comme témoignage d'une époque révolue) en 1964.


Avec son plan sur croix carrée surmontée d'un dôme haut, l'église est un bel exemple d'architecture de la dernière époque byzantine ; il n'en reste plus beaucoup en Turquie. Le narthex qui supporte une chapelle ouvre sur trois nefs. La nef médiane s'achève par une abside pentagonale et les deux nefs latérales par une abside semi-circulaire. L'édifice dispose de trois porches d'accès au nord, à l'ouest et au sud.
Les fresques qui sont la décoration majeure de Sainte Sophie ont été exécutées vers 1260 et présentent des thèmes bibliques. Sur le dôme trône un Christ pantocrator magnifiant l'essence divine de Jésus. Inscriptions pieuses, frises d'anges, vie du Sauveur, son agonie, ses apôtres et diverses compositions en état moyen ornent l'ouvrage intérieur. Les mosaïques au sol sont très effacées par les divers usages du lieu. Au tympan du porche principal, se déploie un bas-relief figurant la vie d'Adam et Eve, très usé par la pluie. L'église a disposé tardivement d'un campanile séparé s'élevant à 40 mètres qui fut érigé en 1463 à la mode italienne. Il est toujours là, orné de fresques à l'intérieur. L'ensemble au centre d'un agréable jardin est répertorié dans les guides touristiques comme un but de ballade à trois kilomètres seulement du centre-ville. (une source parmi la douzaine)
Nous en étions là jusqu'à hier, enfin jusqu'au 23 juillet.


L'Affaire
Lors de la réouverture au culte après rénovation de la "Mosquée des Arabes" à Karaköy (Istanbul), mosquée créée il y a longtemps de la conversion de l'église gothique Saint-Dominique qui avait été restaurée déjà par les Ottomans en 1913, le vice-premier ministre Bülent Arınç déclara que la Direction générale des Fondations en ferait de même bientôt de la "mosquée" Hagia Sophia de Trabzon (c'est notre Sainte Sophie). Et de rajouter qu'elle était à l'origine un lieu de prière plus qu'un musée et que la réactiver était préférable. Il n'en fallut pas moins pour que le site orthodoxe russe Pravoslavie hurle au charron, en cyrillique, repris en français par le site cousin Orthodoxie.com qui lance le titre de sa réprobation : Après l’église de Nicée, les autorités turques ont l’intention de transformer l’église Sainte-Sophie à Trébizonde en mosquée. Malheur à moi !

Je trouve ignoble que la belle église de Trébizonde soit donnée au culte musulman, d'autant que le bruit court que les mosquées sont vides en ville. Et de m'imaginer déjà les peintres turcs affairés comme les trois Ripolins à couvrir les fresques admirables à la glycérophtalique, sans parler d'Adam et Eve à poil sur le tympan qui seront burinés ! Mon sang wisigoth ne fait qu'un tour et je porte le pèt sur Newsring aussi sec, dans le fil d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Non mais des fois !
Contré par un turc aussi peu informé que moi mais dubitatif, j'écoute le tilt de mon oreille droite et je plonge : c'est quoi réellement cette affaire ? Il faut toujours commencer par là, mais bon, la paresse et l'urgence de la dénonciation d'une calamité prochaine.... l'urgence prime la forme !


Renaissance de la mosquée Hagia Sophia
Les dernières photos glanées dans des albums de touristes montre que l'église Sainte Sophie, si elle est toujours debout et régulièrement balayée à l'intérieur, souffre des outrages habituels du temps sur l'appareil de briques et de pierres tendres qui la constitue. Les fresques sont très usées et les bas-reliefs méconnaissables. On peut croire que la ville n'ait pas les moyens de prioriser sa restauration, n'en voyant pas l'usage plus loin qu'un but de promenade, et l'idée du vice-premier ministre de la mettre au catalogue de l'AKP - parti islamique modéré mais actif - comme subterfuge pour la restaurer, part peut-être d'un bon sentiment. Les termes de l'allocution s'appliquaient plus à la conservation d'un patrimoine qu'au dernier avatar de La Conquête.
Je le dis tout net, le site Orthodoxie.com s'est ridiculisé dans ce battage, et moi, pas moins.

L'utilisation comme mosquée a quatre siècles d'âge. Certes mon contradicteur sur Newsring, prétendûment journaliste, n'a pas eu l'intelligence de pousser son enquête, et j'aurais pu sortir l'arme dialectique imparable "à quelque chose malheur est bon", lui démontrant que cette contribution ne pouvait que l'éclairer sur la perception de la politique intérieure turque en Occident, mais c'était biaiser. Il s'est enferré dans la non-implication du régime dans les assassinats de prêtres et, pendu au piton mis à dessein, il y a perdu son temps de parole car c'était évident que le pouvoir turc n'avait aucun intérêt à laisser courir des spadassins incontrôlables (même si le procureur de Matalya était limite grotesque en offrant des circonstances atténuantes parce que les victimes imprimaient des bibles). Ces désordres ciblés sont-ils un effet de la subversion du réseau Ergenekon ? On le saura. Mais au départ, sur Sainte Sophie, on s'est fait enfumer.

Dernier message avant clôture estivale : méfions-nous donc des idéologues et parmi eux surtout les religionnaires, en se gardant bien d'entrer dans leur querelle. La vérité n'est pas leur raison.





dimanche 29 juillet 2012

Le cigare polémologique

C'est l'été. Relaxez-vous. Les guerres se gagnent-elles en fumant, voire se commandent-elles mieux à travers la fumée d'un cigare ? Au cinéma certainement, mais c'est aussi ce que pensait sans le dire Sir Winston, roulant un Romeo y Julieta cubain entre ses doigts.
Hélas, cette façon d'estomper l'horreur des affaires est de moins en moins acceptée par les tyrans sanitaires qui obligent les traîneurs de sabre à humer le sang tiède des tripes puantes sans en bloquer les effluves par le tabac. Défense de fumer. A la salle de commandement, ça peut déclencher les sprinklers et noyer la tactique. Aussi ne compte-t-on plus les guerres conduites par des abstinents - le précédent chef des armées ne buvait ni fumait, on a vu les résultats ; guerres expurgées des vices du commandement à n'en plus finir de se terminer, puisqu'il leur manque le dernier coup de rein qu'apporterait la molécule. La liste est longue : Corée (les sudistes ne fument pas), Afghanistan (ce n'est pas ça qu'ils fument), Congo (ils n'ont pas le rond pour fumer), Azawad (la clope est haram), partout la loi Évin !

Dans un essai théologique (mais si!), Clive Lewis (1898-1963) stigmatisait à sa façon ce nouveau carcan qui menait à l'inaboutissement de l'entreprise :
« De toutes les tyrannies, celle exercée pour le bien de ses victimes peut être la plus opprimante. Aussi vaut-il mieux vivre sous la coupe d'un reître voyou¹ que sous la férule d'activistes moraux tout-puissants. La cruauté du reître médiéval pouvait s'assoupir parfois, sa cupidité être rassasiée au-delà d'un certain point, tandis que ceux qui nous tourmentent pour notre bien le feront sans relâche avec l'approbation de leur propre conscience. Ils auront d'autant plus de chances de gagner le Paradis qu'il auront réussi un Enfer sur terre. Leur vraie gentillesse vous brûle d'une insulte intolérable : pour nous guérir de notre penchant maladif que nous ne savons reconnaître comme tel, nous sommes ramenés au niveau d'avant l'âge de raison ou à celui de ceux qui jamais n'y parviendront, pour être reclassés parmi les bébés, les imbéciles et les animaux domestiques.»



On ne peut jouir d'un cigare à mi-chemin d'une cause à gagner. C'est une récompense qui se savoure lentement au crépuscule de l'action. On ne fume pas à midi. Comment s'y abandonner si tout reste à faire ? Comprendra-t-on maintenant pourquoi les castristes ont gagné ? Ils fumaient au bivouac, pas au carnage, et leur cerveau était une formule enrichie à la nicotine. Faut pas être normal pour attaquer le train blindé de la légende et gagner.

Une icône chasse ŀ'autre, l'affaire syrienne est en bonne voie si le général Tlass prend les commandes à la caisse à sable. Il fume, c'est aussi simple que cela. En plus il a la gueule d'un vainqueur ! Mais les mauvaises langues de la diaspora le taxent déjà de cousinerie, télégénéité, népotitude, orchotomisie et fatuitude, pour ne pas lui obéir (traduction libre de l'arabe dialectal de l'avenue Foch).
Quand on vous dit qu'il ne suffit plus d'être riche et beau pour ne pas être con, ou de fumer un partagas pour refaire le monde !




(1) pour un Américain, le "robber knight" du Rhin est le type même de la brute indépassable.

samedi 28 juillet 2012

Françafrique hollandienne


"Un nègre à la traverse", disait-on en sifflant l'anisette. Le chemin de fer Congo-Océan consomma vingt mille travailleurs contraints, mais la ligne existe toujours sur les cinq cents kilomètres du parcours. Albert Londres et André Gide firent des relations saisissantes de ce chantier adjugé aux Constructions des Batignolles, la même société qui avait fait le chemin de fer vertigineux du Yunnan, de Lao-Kay à Yunnanfou. Si l'on consomma également du coolie au Tonkin, on le soldait en piastres au régime de 14 tonnes métalliques par mois et on occupait 8000 bêtes de somme sur le chantier doté d'engins, ce qui ne fut jamais le cas au Congo où c'était le bagne, à se demander si le noir avait une âme en plus de ses bras et jambes ! Il faudra attendre l'après-guerre pour que la rafle de main d'oeuvre gratuite soit interdite aux colonies du temps béni. En souvenir des tirailleurs sans doute. C'était mon introduction.

Notre nouveau président veut se défaire de la Françafrique, un peu forcé par l'idéologie socialiste du moment qui est de prendre le contrepied du pouvoir sortant et aussi par les nécessités géopolitiques, les pays africains aimant à diriger le continent entre eux, sans y parvenir vraiment, mais ce n'est pas le principal. Leur prise en compte des crises en cours fait pitié, que ce soit le Nord-Mali, le Nord-Kivu, le Sud-Soudan, le Sahara atlantique ou la Somalie, et si vous en voulez plus, ajoutez l'Erythrée, l'Ouganda, la Côte d'Ivoire et même la Libye. Mais bon, ils jouent à faire l'ONU entre eux, se passant des mémoires, rapports et minutes, et des photos de groupe comme les grands. Bien sûr, tellement qu'on on a la Chine au cul (dirait Lenain) qu'on n'ose pas le dire, des fois qu'ils nous fassent péter un contrat vital chez eux. Que gouverne-t-on finalement au-delà du Perthus ? Rien ! Et monsieur Fabius a beaucoup de mérite à faire semblant.

Alors nous existons par gestes. Nous remettons des dettes à des pays incapables de nous rembourser, nous faisons des réunions à Paris avec des distractions huppées et éternellement blondes, et des photos devant la Garde, beaucoup de photos, nous envoyons même mademoiselle Royal au pays natal, revoir sa nounou ! Non pas à Dakar, mais au Cap : "Je pars le 23 août pour le Cap en Afrique du Sud préparer, en tant que vice-présidente de l'Internationale socialiste, le congrès de cette organisation", écrit-elle, nous précisant le scoop de l'année (pour une photo encore) : "j'ai demandé à rencontrer Nelson Mendela si son état de santé le permet". On serait morts de l'ignorer. Si Nelson est mort d'ici là, au moins pourra-telle rencontrer le brillant président de l'Internationale, Georges Papandréou, celui qui a pu enfumer les experts allemands pendant un an. Un crack, ça la changera.

Au 2 rue de l'Elysée, le chargé d'affaires "Afrique" de M. Normal est une dame cette fois, Hélène Le Gal, ce qui devrait rompre avec la tradition des "exécuteurs" ou des idiots. Contrairement à ce que sa nature plus qu'avenante laisserait supposer, Mme Le Gal a été initiée très tôt aux "mystères du bois sacré" pour avoir commencé sa carrière au ministère des Affaires étrangères par deux années à l'ambassade de France à Ouagadougou. Elle est retournée se remettre à niveau à la direction Afrique de Paris, puis fut nommée conseillère pour les questions de défense à la représentation de la France auprès de l'Union Européenne, ce qui l'a propulsée à la sous-direction Afrique centrale et orientale du Quai jusqu'en 2009. Nommée ensuite consul général de France au Québec, elle fait son chemin et renoue maintenant avec ses premières amours africaines. Elle n'aura pas de ministre de la Coopération dans les pattes.

L’Afrique doit-elle être traitée comme n’importe quel autre continent, tel l’Asie ou l’Amérique latine ? Si seulement ! Aucun des présidents de la décolonisation n'y est parvenu. Même le plus réticent à la canonnière, François Mitterrand, s'est laissé tenter de nommer son fils proconsul du Cameroun ! François Hollande proclame les bondieuseries d'usage : dialogue exigeant sur les questions de gouvernance, lutte contre la corruption, souci du pluralisme démocratique ; mais les intérêts économiques français sont autres et nombreux, et la pierre de touche de l'implication française va être l'Azawad.
Quand le Premier ministre assure la représentation nationale de sa "détermination totale à empêcher Al-Qaïda au Maghreb islamique de constituer au Nord-Mali des bastions du terrorisme international", on s'incline et attend. Le temps de faire rentrer les spécialistes et les drones d'Afghanistan ? Gao ou Tombouctou, c'est Kolwezi en plus simple.

Un mars et ça repart



jeudi 26 juillet 2012

Bachar et après ?

Le piéton du roi n'a publié aucun billet sur l'affaire syrienne depuis le mois de février, trop admiratif des explicateurs patentés du CSA qui vendent partout des analyses définitives sur ce sac de noeuds. Avouons que la posture est confortable, les évènements du lendemain chassant les prévisions du jour dans les ouatères du ridicule. Aussi nous en tiendrons-nous aux apparences. Le billet de février recensait les communautés, elles n'ont pas changé à l'exception notable de l'entrée en campagne d'al-Qaïda, et elles se sont comporté comme prévu jusqu'à l'explosion du ministre chrétien de la Défense, le général Daoud Rajha, avec trois compères dans les bureaux de la Sécurité Nationale le 18 juillet. L'état-major de crise étant décapité, que peut/veut faire Bachar el-Assad ?
Jusqu'ici il jouait au ping-pong avec l'avantage d'une raquette plus grande que celle des insurgés. Les Américains (en campagne électorale), lassés de l'indulgence montrée par Moscou à l'égard du tyran alaouite, ont décidé de leur passer une raquette plus grande, sous la forme d'armement léger, de moyens sophistiqués de communication et d'une surveillance satellitaire des mouvements des troupes régulières. Le reste est à prendre sur place, ça déserte pas mal.
En écho de quoi, la Ligue arabe a depuis le Qatar offert une échappatoire sûre au raïs syrien s'il quittait le pouvoir maintenant, à s'installer dans un émirat du Golfe et y profiter de ses économies ! Tout indique dans l'entourage de Kofi Annan qu'il ne se sentirait vraiment en sécurité qu'en Russie ou en Chine. On en est là : il part !



Si nous le voyons depuis cet écran, nul doute que les états-majors syriens aux premières loges du théâtre s'y préparent. Aussi peut-on s'attendre à ce que les Etats-Unis achètent les officiers généraux aux commandes, comme ils l'ont fait en Irak des armées de Saddam Hussein, qui se sont liquéfiées dans les sables mouvants au fur et à mesure de l'avancée des brigades coalisées, pour renaître plus tard, mais cette fois sans qu'un proconsul américain ne les débande comme le fit cette andouille de Paul Bremer, renvoyant dans leurs foyers des cadres et soldats armés jusqu'aux dents !
Ainsi verrait-on les groupes insurgés plus ou moins réunis porter au pouvoir à Damas, sans autre forme de combats, le gouvernement de transition unifiée qui est demandé instamment par la France et le Qatar ; Bachar el-Assad devenant le clou de l'épilogue avant le baisser de rideau. L'armée régulière syrienne convertirait son offensive en maintien de l'ordre, après élimination des milices chabbihas qui auront bien mérité de la patrie leur incinération. Reste à tuer al-Qaïda et à contenir le Hezbollah. C'est faisable, le second, habitué à se "battre" planqué dans les jupes de la population civile, a choisi le camp de la peste, l'Iran, dont tout le monde veut se désinfecter avant traitement spécial. Au moindre soupçon de détention d'armes chimiques syriennes, le Sud-Liban sera vitrifié par Israël.
Quant à al-Qaïda, il est probable que les marionnettistes de la franchise levantine devront être approchés par les agents sunnites qui iront lui mettre le marché en main. On est entre Arabes. Un dernier acteur vient de prendre des gages sur l'avenir, le PKK, au grand dam de la Turquie qui le voit s'installer en frontière, ruinant, et c'est normal, le précédent consensus anti-kurde des autorités syro-turques.

- général Manaf Tlass -
Entretemps, les tractations ont quitté le Conseil de sécurité de l'ONU à New-York et se poursuivent au sein du groupe fabusien des Amis de la Syrie. Bravo quand même à notre ministre, bien qu'il soit plus facile pour lui de gérer les divisions depuis Paris où sont installés la plupart des caciques du régime, à commencer par l'oncle paternel de l'Occuliste, Rifaat el-Assad, et le général sunnite Tlass de la Garde républicaine (en photo) qui prépare un véritable état-major de l'ASL incluant les autres généraux dissidents et des colonels commandants de brigade, afin de "régler" la lutte et de préparer la transition dans un ordre relatif.
On me dit dans l'oreillette qu'il n'est pas fait mention de la base russe de Tartous. C'est une question traitée directement entre la Russie et les Etats-Unis, à preuve, aucune des parties à l'affaire syrienne n'a émis le moindre avis sur la question. Notons que les Russes ont 30000 ressortissants en Syrie, souvent mariés à des Syrien(ne)s, et que l'église orthodoxe locale compte beaucoup sur le Kremlin.

A brève échéance, je m'avance un peu mais je verrais bien une datcha confortable pied dans l'eau face à la chaîne de la Tauride. "Son climat délicieux, sa riche végétation rappellent le littoral de la Provence ou du golfe de Gênes. Les vignes, les bois d'olivier, les plantations de lauriers et de figuiers y abondent", dit le dépliant touristique. Le couple le plus glamour de l'Enfer, Asma et Bachar, y finira tranquillement ses jours, sans avoir à marcher sur les ossements de 17000 cadavres avec ce bruit insupportable de verre pilé qui vous gâche l'existence. Misons sur la mer d'Azov :) A défaut, et par sa menace voilée de gazer les mécontents, il terminera pendu comme Saddam Hussein.




Se rend-on assez compte que dix-sept mille morts (c'est le décompte au jour de rédaction) seront passés par pertes et profits de la realpolitik ? Qui parle d'amitié en diplomatie ? Il n'y a que les intérêts vitaux qui meuvent les Etats, le tandem Poutine-Medvedev, grand niveleur de cimetières, nous l'aura montré tout à l'heure.

mercredi 25 juillet 2012

Les agences, entre morale et réalité


La mise sous surveillance négative du "triple A" des pays vertueux au motif de leur solidarité forcée est dénoncée par la morale économique. L'Allemagne, les Pays-Bas et le Grand Duché sont "punis" de renforcer la zone euro par leurs interventions monétaires, zone qui sans eux se fracturerait en deux ou plusieurs parties, la partie sud se soudant à l'Afrique. Si la zone euro se brise, l'onde de choc se propagera au reste du monde et les répliques du séisme seront nombreuses. C'est bien le motif du soutien mesuré certes mais effectif des trois pays visés à leurs voisins méridionaux. On ne peut vouloir une chose et son contraire, et pourtant c'est bien ce que font les gnomes de Moody's. Qui sont-ils à se prévaloir du principe de réalités antagonistes en fonction du temps ? Des gens qui analysent les risques encourus en plaçant votre argent dans du papier émis par celui-ci ou celui-là, entreprises ou Etats. Avec quarante pour cent du marché de gestion des risques, l'agence, deuxième au classement des casse-couilles derrière S&P, n'est pas un nain ; son bilan total tutoie les 3 milliards de dollars, pas mal pour une firme de matière grise.

Dans le même élan où elle "dégrade" la vertu du Nord, Moody's confirme celle de la Finlande qui a exigé un traitement de faveur de la part des GIPSIs et se trouve un peu mieux protégée de leur banqueroute. Allons au communiqué de leur bureau de Canary Wharf. Accrochez vos ceintures, ce n'est pas un articulet de La Tribune, Open Office a décompté cinq mille mots. Au prix du papier, la presse ne s'est pas embarrassée de détails noiseux. Royal-Artillerie vous le résume, car la France est impactée de par son exposition aux bons toxiques des amis du Sud.


Motif global retenu par l'agence
Les décisions de l'Eurogroupe ont paradoxalement obscurci le pronostic, la Grèce étant plus susceptible de sortir qu'hier, au détriment du soutien chichement mesuré déjà à l'Italie et à l'Espagne. Si les réformes institutionnelles appliquées bientôt à l'Eurogroupe sont effectivement capables de régler la plupart des problèmes, il est moins sûr qu'elles interviennent à temps. Les quatre pays étudiés font office de prêteurs en dernier ressort et la masse des enjeux financiers les déséquilibrera.

Motif spécifique allemand
L'Allemagne ne peut résister à l'accroissement de ses engagements dans le cadre européen actuel et son système bancaire est mouillé en profondeur dans les systèmes bancaires malades grecs, italiens et espagnols. Se chargeant progressivement de la dette des autres, elle accroît la sienne propre, sans gages sûrs. La banqueroute éventuelle de ses débiteurs ne terrassera pas l'Allemagne mais, si sa situation actuelle est saine, la perspective ne l'est plus puisque l'avenir est entre les mains de décisionnaires espagnols et italiens attelés à couper leurs dépenses publiques afin de réduire leur exposition aux marchés et soulager le niveau global de solidarité qui pèse directement sur l'Allemagne. Donc AAA maintenu mais avenir douteux.

Motif spécifique néerlandais
IDEM plus :
...une croissance atone et l'éclatement probable d'une bulle immobilière entre un surendettement des ménages et la chute des prix gageant les crédits, éclatement qui pompera le pouvoir d'achat jusqu'à effondrer la demande intérieure. Un relâchement de la discipline fiscale est aussi redouté.

Motif spécifique luxembourgeois
Comme les deux précédents, mais aggravé par le fait que le Grand Duché n'est plus qu'une énorme banque dont il tire tous ses revenus, l'emploi et ses impôts. Tout séisme bancaire en Europe mais aussi ailleurs affectera gravement le pays. Les actifs bancaires couvre deux fois le PIB du grand Duché, mais les actifs offshore représentent vingt fois ce PIB et les actifs non-bancaires offshore gérés depuis le Luxembourg représentent, eux, cinquante fois ce PIB ! Même si les pare-feu interbancaire limitent à 40% la part offshore du bilan consolidé du système, le "colosse paradisiaque" a des pieds d'argile, mais aussi beaucoup de savoir-faire. Cette surexposition à la crise mondiale rapportée à la taille du pays justifie le doute de l'analyste.

Motif finlandais
Le pays est créditeur net. Son business bancaire est régional et de taille modérée. Small is beautiful.


Finalement...
Il est intéressant de savoir ce qu'attend Moody's pour changer d'idées. Ils le répètent trois fois : « Conversely, the rating outlook could return to stable if a benign outlook for the euro area, reduced stress in non-core countries and less adverse macroeconomic conditions in Europe in general were to ease medium-term uncertainties with regard to the country's debt trajectory. »
En fait, ils attendent la météo des marchés et ne font aucune recommandation qui serait d'ailleurs mal acceptée des pouvoirs nationaux, même s'il se dit partout que seule une fédération politique rapide de l'Eurogroupe décramponnera les spéculateurs des basques gitanes.
En résumé, un futur meilleur n'est pas écrit, on s'en doutait. Quand vont-ils noter la France ?

mardi 24 juillet 2012

Par la France en France !


En 1942, les autorités du III° Reich avaient demandé aux pays occupés de récupérer les juifs apatrides pour les leur remettre, mais à d'autres demandes le gouvernement de Vichy avait tenu tête. La formule qui fait titre est de M. Hollande lors de la commémoration de la Rafle du Vélodrome d'hiver. Impliquant délibérément la nation française, elle n'est pas heureuse, mais nous ne l'analyserons pas au niveau sémantique. L'abomination n'en fut pas moins française, n'en déplaise à M. Guaino qui lui dispute la légitimité de pouvoirs concurrents, l'un à Vichy, l'autre à Londres, en oubliant Paris.

Décider de la légitimité d'un pouvoir en temps de guerre est particulièrement scabreux, à moins qu'il n'en sorte victorieux. Si l'on part du principe que la guerre fut déclarée par un gouvernement légitime (évidemment légal), qui le remplaça quand il disparut après l'avoir perdue ? Autrement dit, quelles sont les sources de la légitimité ?
La première de toutes est transcendentale. Mais quand on a tué Dieu, il faut bien autre chose. On cherche sa légitimité dans les yeux du souverain de substitution, qui en France est le peuple constitutionnel. A qui passa la légitimité de la IIIème République après la débâcle de 40 ? A l'applaudimètre, à l'Etat Français du maréchal Pétain sans doute aucun. Les Français n'en pouvaient plus. Ses fidèles plus tard ont regretté longtemps de n'avoir pas doublé le vote des chambres du 10 juillet 40 par un plébiscite. Le régime vichyste y aurait consolidé sa légitimité (qui en creux était donc estimée fragile).

On peut arguer aussi du fait que la légitimité n'est pas un adoubement de chevalerie à vie et donc qu'elle vient et peut aller, au gré des renoncements. Est-il possible de dire que le gouvernement de Vichy obtint légalement sa légitimité du régime précédent aussi sûrement qu'il la perdit quand il signa les accords de Collaboration avec l'Allemagne nazie ? Je le fais.
On peut donc dater l'évanouissement de la légitimité vichyste de la signature des accords Darlan-Abetz du 28 mai 1941, même si tous les corps de l'Etat continuèrent à obéir sans sourciller, n'en déplaise à tous leurs avocats qui se précipitent aujourd'hui encore à leur défense ; ils agirent sur ordre, nous dit le brontosaure de Belfort.

La Rafle intervint le 16 juillet 1942 dans le département de la Seine, donc en zone occupée. Elle est à mettre au débit de l'administration parisienne qui obéissait de loin au gouvernement de Vichy mais de près aux autorités allemandes résidentes. S'il faut désigner un coupable, il est très sûrement au Secrétariat général à la Police française et au Commissariat général aux questions juives qui ont organisé l'affaire, la main dans la main de la Gestapo de Paris.
Le patron de l'un était un ami de François Mitterrand (qui ne le renia pas), René Bousquet du même métal trempé que Papon et de la préfectorale comme lui ; l'autre était Louis Darquier dit de Pellepoix, antisémite hystérique ayant bouffé à tous les râteliers de la droite anti-républicaine jusqu'à sa caricature, et qui se plaignait dans les bureaux nazis que les gens à Vichy mettent un frein aux mesures absolument nécessaires qu'il sollicitait à l'endroit des communautés juives.
Le premier, bordé de relations à tous niveaux, traversera les filets de l'Épuration pour finir exécuté à l'ancienne, à 84 ans devant chez lui, par un demi-fou dont j'ai perdu le nom, mais qui fut défendu par Me Arnaud Montebourg pour "crime civique".
Le second, vrai salopard pathologique celui-là, s'éteindra dans son lit douillet à 82 ans pas loin de Malaga en Andalousie. Des âges avancés que si peu de leurs cibles ont connus.

Au final, quand l'histoire aura été libérée de la doxa gaulliste, on désignera comme coupables au premier degré - celui qui fait mal - le Commissaire aux questions juives et les patrons de la police parisienne assistée par la gendarmerie et assurée de la discipline irréfragable de troupes vaillantes, avec les faibles as usual ; sans dédouaner complètement les "autres" au motif du « qui ne dit mot, consent ». Et les "autres" sont très nombreux, à commencer par le général De Gaulle qui sut trouver les motifs de son indulgence dans la menace d'une "occupation américaine"(?!), puis toute la classe politique remise en selle, craignant les fouille-merde.

La brutalité ignoble des gendarmes du camp de Drancy fut passée au blanchissage de la résistance ultérieure du corps. Que la PP se soit soulevée comme un seul homme quand la victoire des Alliés fut certaine, ne peut effacer son zèle criminel sous l'Occupation. Lors de la rafle, on dut prendre les enfants en passant outre la consigne car on manquait d'hommes pour faire le chiffre prévu, ce qui ne manqua pas de surprendre les Allemands qui nous en félicitèrent. Comme Papon à Bordeaux qui lança le plan "Epervier" de l'époque pour rattraper deux fugitifs qui faussaient sa liste tapée à la machine ! On n'a jamais épuré les flics bien que le crime soit d'abord au niveau de l'exécutant primaire, contrairement à la jurisprudence faisandée qui veut que l'ordre reçu prime le coup donné.
Etaient-ils la France ceux-là ? Pas plus.




Postscriptum :
On lira avec profit cette analyse du blogue Thomas More.

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