mardi 16 octobre 2012

Colloque maurrassien des soixante ans

Axel Tisserand
Le Cercle de Flore commémorera la disparition de Charles Maurras à la Maison des Mines à Paris par un colloque particulièrement relevé dans ses choix et ses intervenants.
Ayant pu éviter le défilé des "souvenirs" - il faut dire que l'attrition naturelle des contemporains y a beaucoup aidé - le pupitre sera tenu par ce qui se fait de mieux en France pour se confronter au maître politique du siècle passé.
Nous suggérons la lecture d'un court texte préparatoire à cette manifestation auquel on accède en ligne, texte qui peut éclairer la compréhension des nouveaux convertis ; c'est le Maurras aujourd'hui de M. Stéphane Blanchonnet sur son site A Rebours.
Rendez-vous le samedi 27 octobre à la Maison des Mines et des Ponts & Chaussées.


Demandez les programmes :

09:30 Ouverture des portes
09:45 Allocution de bienvenue du président du Cercle de Flore, M. Axel Tisserand, directeur des Cahiers de l'Herne, qui lira un message de Michel Déon, de l'Académie française, dernier secrétaire de rédaction du Martégal à Lyon.


Programme de la matinée
(mis à jour)


- M. Charles Saint-Prot, Directeur de l'OEG¹, spécialiste reconnu du (et par le) monde arabe, développera le thème "Nation et Humanisme".

- M. Rémi Soulié, écrivain rouergat², ancien rédacteur des débats du Palais Bourbon reversé dans les lettres classiques, nous fera partager ses notes sur Maurras et Evola (latinité et romanité), politique naturelle de l'un et tradition primordiale de l'autre, on en redemande.

- M. Jean-Marc Joubert, maître de conférence à l'Institut catholique d'études supérieures de La Roche-sur-Yon, nous dévoilera Charles Maurras et sa «déférente amitié» pour Auguste Comte.

- M. Gérard Leclerc, éditorialiste de France catholique entre autres médailles, éclairera cette opposition maurassienne entre romantisme exécré et classicisme louangé qui fit couler tant d'encre.

- M. l'abbé Guillaume de Tanoüarn, de l'Institut du Bon Pasteur, s'essaiera sous nos yeux à analyser le paganisme de Charles Maurras au-delà de la posture, bon courage quand même.

- et la matinée se terminera en beauté avec M. Jean-François Mattéi, agrégé de philosophie et professeur d'université à Sophia-Antipolis, par une communication sur Maurras, entre Shakespeare et Edgar Poe.


14:30 Reprise des conférences


entrée de la Maison des Mines et Ponts



Programme de l'après-midi
(mis à jour)


- Les affaires reprennent avec M. Martin Motte, maître de conférences en histoire à la Sorbonne, qui nous parlera de Charles Maurras vu par son ami le peintre provençal Louis Denis-Valvérane, une approche enrichissante du Martégal vu par un ami "étranger" au marbre du journal.

- M. Antoine Foncin, docteur en philosophie, spécialiste reconnu de Léon Daudet, mettra en scène ces deux phénomènes journalistiques de l'Action française, Maurras et Daudet.

- M. Arnaud Teyssier, Normale Sup - ENA, professeur de la Sorbonne décryptera le dialogue silencieux entre Maurras et De Gaulle sur la question des institutions.

- M. Emile Poulat, ancien Directeur de recherche au CNRS, directeur d'études à l'EHESS et fondateur du Groupe de sociologie des religions, va dérouler un sujet de grande discorde, jamais éteinte : Le Saint-Siège et l’Action française.

- M. Stéphane Blanchonnet, agrégé de lettres et président du Comité directeur du CRAF brossera le néo-classicisme de Charles Maurras.

- Mme Dominique Paoli, historienne de la Sorbonne et journaliste, dévoilera Maurras sous la lumière de Jeanne d'Arc.

Et la conclusion du colloque sera assurée par M. Frédéric Rouvillois, professeur agrégé de droit public, qui s'attaquera à L'Avenir de l'intelligence par la face nord. On peut apporter son piolet.


Il était difficile de faire mieux !



Cercle de Flore
Maison des Mines
270 rue Saint-Jacques
75005 Paris
le 27/10/2012
de 9h30 à 18h00
M° Luxembourg ou Port-Royal

Entrée : 7 euros
(clercs, étudiants et chômeurs : 2 euros)



sponsorisé par la Librairie de Flore



(1) OEG : Observatoire d'études géopolitiques, 14 avenue d’Eylau 75016 Paris
(2) Rémi Soulié dans Le Bulletin d'Espalion

dimanche 14 octobre 2012

François Normal au Congo

En tombant un peu plus au sud, nous aurions pu titrer "de la Corrèze au Zambèze", mais il fallait une explication en note. Le septième président de la Françafrique est venu pour solder les comptes, comme était venu le faire en son temps son mentor monarchiste, avant d'installer Papamadi au Cameroun. Thomas Hollande s'installera-t-il au pays natal de sa maman ? Il est trop tôt pour envisager une compensation à l'énième outrage du sultan au sein du gynécée hollandien. De ce voyage, elle avait tant rêvé sa dakaroise ! Son roudoudou l'a fait... avec une autre, une harpie de la même eau. C'est pas juste !

Promener les droits de l'homme et la démocratie comme Mitterand l'ancien promenait ses labradors à la Grille du coq, ne fait pas une politique africaine, et un sommet de la francophonie n'est peut-être pas le meilleur endroit pour appliquer la censure, quand on y fait entrer le... Qatar. Le président par défaut du Congo, Joseph Kabila, est d'accord avec nous. Et quelque part le grand absent de l'étape est d'accord sur ce point : Paul Kagamé est au Commonwealth où porter la cravate club suffit à franchir les mauvaises questions.

Il a fait grand vent sur ce voyage. Du Mali, où nous n'irons pas sur la recommandation conjointe, d'une part des services algériens qui "gèrent" l'abcès islamiste comme ils le font de celui du Polisario enkysté au flanc du Maroc, et de l'autre de notre état-major général qui n'a plus les moyens de remonter des compagnies méharistes ; au Nord-Kivu où nous n'irons pas non plus pour d'autres raisons - la zone est onusée ; le "nouveau" a brassé des idées neuves sur des paroles usées par la langue de bois. A entendre ses deux discours, on pouvait le précéder dans le texte tant le propos était convenu. Parlons des deux points chauds, puis nous fermerons l'article sur le Sénégal.



Pour le Mali, la France a présenté au Conseil de sécurité une motion couvrant l'intervention des "armées " de la CEDEAO, laquelle fut approuvée moyennant des plans de guerre détaillés et un état des lieux de l'armée malienne, et ce sous 45 jours. Autant dire que c'est impossible. Les armées noires seules ne feront pas long feu dans le désert, sauf renseignement en continu par satellite et drones depuis une base marocaine, et appui aérien des Etats-Unis ou du Maroc. Qui logera l'US Airforce ?
Du côté malien, rien à espérer dans le domaine militaire, les unités ont fait le putsch pour ne pas monter au front ! Tant que l'Algérie, le Maroc et la Mauritanie ne se ligueront pas pour éradiquer al-Quaïda au Maghreb islamique l'affaire restera au stade du bâton merdeux plus facile à prendre qu'à lâcher. Ou bien la France met le paquet pour sauvegarder ses intérêts, ou elle évite de se ridiculiser dans des postures à la Chavez !

Pour le Nord-Kivu, c'est bien plus compliqué car on a mis tout le monde dans le sac de noeuds, l'Union européenne, l'ONU (Monuc puis Monusco), l'UNHCR et pléthore d'ONG, avec chacun sur son agenda la crainte de prendre la mauvaise décision qui ruinera sa réputation. Aussi menace-t-on beaucoup mais agit-on peu. Nous empruntons le commentaire à Jeune Afrique :
« [par] un appel [du président français] au respect des « frontières intangibles » de cet immense pays, Kigali pourrait se sentir visé, mais les apparences sont sauves. En coulisses en revanche, les discussions ont été vives. Le 10 octobre, les deux sherpas des présidents congolais (Isabel Tshombé, représentante personnelle de Jospeh Kabila à la Francophonie) et rwandais (Jacques Kabale, ambassadeur du Rwanda en France) ont eu un échange musclé à propos de la résolution en cours d'élaboration sur la RDC, et tout particulièrement sur la situation dans le Nord-Kivu. Un compromis doit être trouvé par les diplomates. À défaut, les chefs d’État vont devoir trancher, en sachant que Paul Kagamé n'est pas annoncé à Kinshasa et qu'il sera représenté par sa ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo. Le projet de résolution évoquait les soutiens extérieurs au mouvement rebelle du 23-Mars (M23) et envisageait des poursuites par la Cour pénale internationale (CPI). Kigali rejette ces formulations.»

Pendant que les villages de la région sont forcés par les bandes du M23 soutenues par le Rwanda qui s'en défend, la diplomatie progresse vers une conférence des Grands Lacs ou tout autre foutaise en col dur qui fait gagner du temps, ou en perdre. Vu le degré d'animosité du président rwandais à notre endroit, il serait logique et utile que nous le dénoncions lors d'une réunion du Conseil de Sécurité et ouvrions son dossier à la CPI. Mais là comme ailleurs, M. Normal porte le poids de la repentance et ne fera rien pour parer l'insulte. Et son prédécesseur ne faisait pas mieux.

Retour au Sénégal. Le pèlerinage à Gorée n'était pas nécessaire. Encore si Ayrault de Nantes y était allé cela aurait porté sens sur la digue. Mais tout le monde au Sénégal se fout de ces singeries. Le président Macky Sall n'est pas un phraseur et la proclamation mussolinienne de son invité à devenir le «premier allié» et le «premier partenaire» du continent pour le développement, a dû le faire sourire. Lui, agit.
Sans créer de groupes de réflexion, il a démonté son sénat qui lui mangeait des crédits à nul effet, et il a envoyé bouler le lobby de la pêche hauturière étrangère qui épuisait ses ressources halieutiques en plein accord avec le vieux Wade. Depuis peu, les barques sénégalaises sortent du poisson en quantité et nourrissent le pays !

Du concret, c'est la nouvelle donne à Dakar



Conclusion
L'Afrique est en développement. C'est peut-être le continent le plus tôt pénétré par la mondialisation économique à cause de l'exploitation déjà ancienne de ses matières premières et de son agriculture commerciale. N'ayant pas de tradition industrielle (sauf au Sud), il n'a pu profiter du brassage global comme l'a fait l'Asie.
Les maquinadoras chinoises ne sont pas des substituts durables à une réelle politique industrielle qui reste à l'état d'utopie. La France se dit de bonne volonté mais n'apporte aucune idée forte, aucun projet neuf ; elle n'est pas non plus le chef de file de capitalistes internationaux prêts à miser sur un avenir industriel sérieux ; la France est socialiste donc dans une idéologie virtuelle, incapable de risque. La France ne cessera de... parler.
Le sommet de la Francophonie, organisé croit-on par l'impossible Yamina Benguigui - non c'est une blague, restera un panier de voeux pieux que Joseph Kabila rangera dans l'armoire blindée des bonnes idées. C'est lui qui préside le "Machin" pour deux ans et a clôturé la session :
« Nous réitérons notre appui à la poursuite de la réforme de la gouvernance mondiale favorable à l'institution d'un système multilatéral équilibré garantissant une représentation permanente et équitable de l'Afrique au sein des organes de décision.» Il veut à juste titre un siège permanent au Conseil de Sécurité pour le continent noir.

Le Sénégal a été choisi par les pays membres pour le 15° sommet de l'OIF en 2014. Le Sénégal et le Vietnam étaient au coude-à-coude, le Vietnam était très motivé. La Moldavie et Haïti étaient également candidats.




Dans deux ans à Dakar !


samedi 13 octobre 2012

Un prix indû

Le Nobel de la paix 2012 a surpris tout le monde. Un peu comme s'il n'y avait rien d'indépassable à désigner qu'on en soit réduit à consacrer un "Machin".
Et déjà les politiciens s'empoignent sur les mérites et les démérites d'une construction géopolitique qui leur échappe complètement et qu'ils devront subir jusqu'à leur mort. Bigre ! La paix par la technocratie, est-ce bien le message que veut faire passer le Comité norvégien du Nobel ? Même s'ils s'en défendent pour respecter le prêt-à-penser en tête de gondole de l'OCDE, leur choix signe le triomphe de l'adémocratie.

L'Europe s'est construite du début jusqu'à aujourd'hui à côté des peuples car c'est une problématique trop compliquée pour la faire débattre par les tribuns de préaux. C'est bien ce qui enrageait tout à l'heure M. Dupont-Aignan dans l'émission Europe 1-Soir : l'usurpation de souveraineté de cabinets opaques non élus ne pouvait être légitimée de cette façon, la politique suivie depuis 1986 étant tout à fait anti-démocratique. A quoi ses interlocuteurs, comme Olivier Duhamel en pleine transe, n'ont pas eu la présence d'esprit de lui répondre que la situation lamentable des comptes publics de bien des Etats européens était le résultat direct de la perversité démocratique de chaque pays, qui récompense les majorités d'un jour en les basculant sur celles d'hier : la crise européenne n'est pas due à la technocratie irresponsable qui passerait ses nuits et ses jours à détruire les peuples au bénéfice de la Banque et de la Forge comme sous la Monarchie de Juillet, mais à la gabegie des nations purement démocratiques, arrosant en permanence leur clientèle pour des prébendes politiciennes misérables au niveau de l'enjeu. Mais à quoi bon, M. Dupont est dé-mo-cra-te.

L'approbation dithyrambique de Javier Solana, super-maoïste bien plus fort que Cohn-Bendit puisqu'il parvint au poste de secrétaire général de l'OTAN, ne m'émeut pas, pas plus que celle d'un autre maoïste (décidément !), José Barroso, président de la Commission, qui parvint hier à tirer des larmes à Papy Rompoye. Ces gens ne comptent pas. Comme dans Matrix, c'est le système qui prévaut sur les individualités et se protège. D'ailleurs ne voit-on pas déjà la ruée aux estrades de ces "démocrates" que les gnomes aux manettes observent à la jumelle depuis le Berlaymont ? Le coup de peigne, où est la caméra ? Le Figaro nous signalait tantôt : La course pathétique aux micros et à Twitter à laquelle se sont livrés vendredi les chefs de la Commission, du Conseil et du Parlement n'a sûrement pas rehaussé l'estime du public pour les institutions européennes. Rivaliseront-ils aussi pour recevoir, à Oslo, la médaille, le diplôme et le chèque de 8 millions de couronnes qui viennent avec le prix Nobel ? Le dilemme de préséance ne semble pas résolu, plus de trente ans après que Henry Kissinger a moqué l'Europe en lui demandant de préciser son numéro de téléphone. Laissons-là cette dispute d'employés. Le Machin digère son prix Nobel mais l'Union européenne dans ses institutions ne mérite pas ce prix.

Berlaymont, siège de la Commission européenne

Si l'Europe intégrée est une oeuvre de longue haleine qui convoque à la manoeuvre la résilience du soutier ; elle est toujours prise au dépourvu par les évènements extérieurs. Elle n'a aucune réactivité au niveau de son exécutif, c'est à dire le Conseil européen et son adjudanat, la Commission, qui pour sa part est toujours en dehors de l'épure ; imagine-t-on Barroso avoir une idée ? Puisqu'il est question de "paix", nous ne citerons que trois dossiers, mais il y en a d'autres, et pour faire balance quelques petits succès aussi (Aceh, piraterie somalienne) très insuffisants à justifier un prix Nobel de la paix.

(1) La convergence des leaders n'a pas fonctionné lors de la guerre de Yougoslavie. Quatre pays étaient impliqués qui n'ont pu que transmettre le bon à tirer aux Etats-Unis : France, Allemagne, Autriche et Italie. Ils n'ont pas su non plus faire barrage à la sécession américaine du Kosovo, colonie abritant le camp Bonded Steel qui tient toute la sous-région (mais bloque les Russes).

(2) Le débondage de crédits en direction de l'Autorité palestinienne est fait sans vouloir peser dans la dispute diplomatique, pire même, Israël fait la loi sur le régime d'échanges commerciaux et nous envoie paître régulièrement. Pourquoi couver le sionisme et payer la revendication du Fatah ? Quel intérêt y avons-nous ? Nous ne tirons d'aucun bord aucune reconnaissance et nous ne contribuons pas plus à la paix locale. Qu'ils se dém... entre fils d'Abraham !

(3) Les peuples dans l'est du Congo belge vivent en enfer depuis des lustres. Le territoire est disputé âprement par les puissances régionales en frontières qui usent de toutes les faiblesses du Congo, ses milices, ses "armées" privées, sa corruption endémique. L'Europe a déployé des moyens humanitaires et d'observation sous la couverture onusienne alors qu'il s'agit de pacification lourde. Quelques compagnies de bandits font la loi qu'on laisse courir au profit de conférences qui s'emboîtent comme des poupées russes à la grande satisfaction de Mme Ashton. Quand mettra-t-on au tapis pour l'exemple le bataillon M23 qui sème la terreur ? C'est l'affaire d'une journée ! On a depuis longtemps dépassé les trois millions de morts dans ce quartier du monde. Trois millions, une paille.

L'Union européenne est à un tournant. Sacré tournant, me direz-vous, quand vous aurez compris que c'est d'Europe allemande qu'il va s'agir désormais. L'Allemagne a cinq ans, pas plus.. comme en 39 !
Et ils sont devenus pacifistes en plus, ces salauds !
Heureusement.

jeudi 11 octobre 2012

Une horde de gonzesses

L'assassinat presque réussi d'une gamine de quatorze ans en vallée de Swat a causé un électro-choc dans la société politique pakistanaise. Et il faut dire qu'on l'attendait depuis assez longtemps, même si les opérations de traque n'ont jamais vraiment cessé aux FATAs¹. Après le président Asif Ali Zardari qui a répété sa détermination à combattre les islamistes et à défendre l'accès des filles à l'école, c'est le ministre de l'Information de la province où se trouve Swat, en plein coeur du pays taliban, qui a dénoncé l'attaque de "terroristes" contre une "icône de la paix", appelant à l'offensive militaire générale contre tous les combattants islamistes du nord-ouest. La chambre basse d'Islamabad a suspendu ses travaux pour condamner l'attaque ignoble et le chef d'état-major de l'armée pakistanaise s'est rendu au chevet de l'adolescente pour condamner les "lâches". Des manifestations spontanées de femmes voilées ont surgi par tout le Pakistan jusqu'à Lahore, capitale culturelle du pays.
Ce qui n'a pas empêché le fier Mouvement des talibans du Pakistan (TTP)² d'annoncer que Malala Yousufzai restait une cible à abattre pour eux ! D'où l'ordre donné par le Ministre de l'Intérieur d'expédier la gamine, toujours sous respirateur artificiel à l'Hôpital militaire mixte de Peshawar, à l'étranger, sans doute Dubaï. Un avion des Pakistan International Airlines a été aménagé pour ce transport.

C'est à l'âge de 11 ans qu'elle se révolta sur son blogue (hébergé par BBC India Urdu) contre la mainmise des fondamentalistes sur la vallée de Swat, qui brûlaient les écoles de filles. Elle n'acceptait pas de se voir rabaissée au rang d'une chose, vendue à quiconque de solvable et promise à une obéissance de tous les instants dans la vie rêvée de femme musulmane de stricte obédience. Elle voulait devenir médecin. Si elle s'en sort, elle y parviendra.

La race fière qui a longtemps fourni les fameux garde-frontière des Khyber Riffles a versé pour partie dans la bestialité de chiens peureux tout juste bons à empoisonner les citernes d'eau des écoles (quel courage !) ou s'embusquer comme des pleutres au bord des chemins creux, quand ce n'est pas de faire exploser leur 150 livres de connerie au milieu de la foule. A ce stade d'abrutissement il n'est d'autre choix que l'élimination. C'est la conviction nouvelle de l'armée pakistanaise qui a cessé de "négocier", quoiqu'ait suggéré l'ISI³ maintenant déconsidérée.

Le blogue de Malala, Gul Makai diary, n'est pas accédé en ligne et c'est dommage. Le père de Malala, Ziauddin Yousafzai, est un poète de la belle langue ourdou et directeur d'école qui a toujours soutenu la surdouée de la famille.
D'autres jeunes filles au Pakistan et en Afghanistan, se sont levées contre la promesse fondamentaliste d'un destin d'idiotes et on ne peut que saluer leur courage, plutôt rare d'ailleurs chez leurs frères apathiques. Elles risquent leur peau parce qu'elles pensent que l'avenir est aux femmes. Normal, quand on voit les résultats mirobolants obtenus sur terre par le sexe fort.



(1) Federal Administered Tribal Areas, zone montagneuse du Nord-Ouest à la frontière afghane qui n'est pas régie par les lois d'Islamabad mais par la coutume administrée par des agences (comme les agences indiennes aux Etats-Unis).
(2) Tehrik-e-Taliban Pakistan est une alliance terroriste des groupes rebelles des FATAs et de la province de Khyber Pakhtunkhwa (où se situe la vallée de Swat). Ses chefs se succèdent à mesure de leur élimination par l'armée pakistanaise.
(3) Inter-services Intelligence, service de renseignement pakistanais convaincu de manipulation des terroristes afghans


Postscriptum AFP-11/10/12 : L'adolescente a été finalement admise à l'Institut de cardiologie des forces armées pakistanaises de Rawalpindi. Un couple de médecins britanniques, qui assistait à une conférence au Pakistan au moment de l'attaque, s'est joint à l'équipe médicale pakistanaise.




mercredi 10 octobre 2012

Grexit ?

Terminal COSCO du Pirée
Il est trois "peuples de la mer" dans l'Union européenne, les Danois, les Hollandais et les Grecs. D'autres se mouillent sans "s'embarquer" comme la France ouverte sur quatre mers qui ne se défera pas de son fonds paysan quelque soit l'estran futur.
Il est à signaler que les Hollandais, anticipateurs de catastrophes nés, de par leur vie dans un batardeau géant, ont fait les comptes de leur lointain alter ego pour n'y trouver aucune planche de salut. La Grèce va quitter l'Eurozone et/ou mourir. Les grands bataves internationaux tels que Philips, Unilever et Heineken démontent donc leurs trésoreries athéniennes sans encore plier les gaules car l'heure du Big One n'est sue que de Dieu ou de Magus Anus.
Ces rois des moulins ont déjà envoyé 7,6 milliards d'euros aux Héllenes et sont convoqués à miser 40 milliards sur le MES (Mécanisme européen de stabilisation) dont 4,6 Mds cash et 35,4 Mds mobilisables à première demande (source). Pour des gens qui travaillent beaucoup dans la pluie et le vent, ça fait beaucoup d'argent pour que les Grecs bronzent ! Quand ils ne bronzent pas, ils défilent ! Ce sont du moins les images qu'ils nous renvoient.

Si la Chancelière de Prusse et son féal normal de France assurent à l'envi que les Grecs sont eurozonés ad vitam aeternam, de nombreuses voix pas moins autorisées doutent de tout quant à ce pays sans économie, qui n'exporte que du soleil. C'est maintenant les "gens du FMI" qui disent à haute voix qu'une dette à 180% du pib est insoutenable, surtout si la confiance des marchés dans la santé financière des pays européens (zonés ou pas) s'effrite, comme on le craignait à la dernière réunion du Fonds à Tokyo, ce qui relèverait le coût de résorbation de cette dette.

Il est un seul signal encourageant. Une frange de la population a jeté ses acquits aux orties et s'en est allée... travailler ! Des fois que ça marche à la fin. C'est ainsi qu'un reportage télévisé montrait, pour s'en offusquer bien sûr, les darses du Pirée à moitié vides. En fait, le terminal national est vide, et le terminal chinois est plein. Et parole fut donnée aux représentants syndicaux des dockers - une race de seigneurs comme chacun sait - pour qu'ils dénoncent les infractions au code du travail à la darse travaillante. Les coolies grecs interviewés ont paru peu pressés de répondre au contrôle médiatique, affairés qu'ils étaient aux chariots et aux portiques pour une vraie fiche de paie. Les mauvaises langues disent que les écoles du soir de chinois qui se sont ouvertes en ville refusent du monde. C'est horrible de pousser ainsi les gens à la sueur, du néo-colonialisme, chère médème, le retour du Grand Turc ! Et le pire est à venir.

Si les Grecs s'en sortent par un surcroît de travail moins bien payé qu'un poste de fonctionnaire, que vont devenir ces derniers qui, par le reflux des conditions socio-économiques, vont apparaître gras et lents dans un paysage peuplé de maigres agités ? Du lest ! Les salaires ne remonteront pas tant que la masse salariale de la fonction publique n'aura pas été ramenée à la portion congrue, libérant ainsi des moyens de productivité. Le clystère sera-t-il mis au fondement des Français, Espagnols, Portugais et autres ? Il n'est jamais bon de prouver quoique ce soit par le travail ! Dès fois que les Grecs s'en sortent un jour et donnent tout faux à la communauté des "experts" ?




Bien calé derrière mon clavier chauffé au bois, nous répétons sous une autre forme ce que nous avions suggéré ci et , savoir que la Grèce s'en sortira par un Projet : un projet national d'envergure capitalisant sur les atouts du pays qui n'en a pas tant que ça. Pour que ça marche il faut que le Projet dépasse les intérêts du seul pays et embrasse ceux de toute la région. A cette condition, il captera des financements pour les investissements nécessaires. Bon à savoir : il y a beaucoup d'argent grec expatrié qui n'attend que la sûreté d'un placement utile au pays, et en face de la diaspora hellène des entrepreneurs internationaux qui, à l'image de COSCO, ont lu les cartes.
Ce projet ne peut être autre chose qu'une hégémonie maritime sur le bassin oriental de la Méditerranée, zone d'effort historique du vieil Empire d'Orient. Il suffira d'y mettre les formes, en rappelant qu'au tonnage mouillé l'armement grec conserve la première marine marchande du monde. On l'oublie toujours...
Quelques pistes :
  • Construction civile et réparation navale (ils ont déjà la plus grande forme de radoub et pas de concurrents sérieux)
  • Arsenal militaire régional
  • Production de mécanique navale avancée
  • Hub maritime¹ des conférences qui passent le canal de Suez
  • Siège d'armements mondiaux (ils existent déjà)
  • Centre d'écologie marine
  • Vos idées peut-être en commentaires ci-dessous...

Le Zim Luanda sous pavillon maltais de l'armement grec Danaos construit par Samsung en Corée



Puisse l'appel être repris par plus gros et plus lu que ce blogue de petit calibre.
Amen.


(1) Hub : point de convergence du cabotage régional vers les lignes de haute mer (feedering) ; et dans l'autre sens, point d'atterrissage des voyages océaniques pour éclatement des cargaisons vers les ports secondaires de la région (plus ici).


lundi 8 octobre 2012

Le roman des Chayineur d'Aubrac

... une famille de meuniers

Moulin de Terral - ruines
Où on les découvre au XIV° siècle

C'est dans un livre de comptes du XV° chez les prêtres de la Fraternité de Saint-Côme d'Olt que fut retrouvé l’acte de fondation d’un moulin banal sur le terroir dit delz Bissoles aux Salgues Basses, sur le torrent de Codomouls, ancien nom de la boralde de Saint-Chély d'Aubrac. L'acte avait été établi en 1312, le samedi suivant la fête de Saint Michel, c’est-à-dire l’avant-dernier jour du mois de septembre, fait à Auriech, dans le verger des maisons de Jean Sade, en présence de plusieurs témoins et d’Arnal Régis, notaire de tout le mandement de la baronnie du château de Calmont. Par cet acte, le baron de Calmont autorisait Hugues Chayineur et son épouse Raymonde, habitants de Salgues, à cons­truire un moulin à blé à trois ou quatre roues avec ses dépendances matérielles ou juridiques : eaux, conduits d’eau, chaussées, appuis, entrées et issues et caetera. Il se réservait, pour lui et ses héritiers, trois émines de seigle et trois émines d’avoine de la mesure d’Espalion. (1 émine ≈ 31 litres de grains). Cette redevance serait payée chaque année à la Saint André, apôtre. Il se réservait aussi les droits de lods en cas de vente. Les mariés avaient payé un droit d’entrée de 100 sous de Rodez.

Mais pourquoi la Fraternité de Saint-Côme conservait-elle l’acte de fondation du moulin ? La réponse est donnée dans une reconnaissance du 20 décembre 1756, faite par le meunier Pierre Bonal au marquis de Saint-Côme, nouveau seigneur des lieux : il précise qu'un propriétaire précédent, Guillaume Chayineur, avait reconnu, le 14 juin 1477, qu'une censive de trois émines seigle et trois émines avoine devait être versée à la Fraternité des prêtres de Saint-Côme, en conséquence directe d'un testament de Marguerite de Villemur, épouse de noble Pierre, chevalier d’Alès et baron de Calmont, fait en date du 12 janvier 1389, qui disposait qu'une messe serait dite à perpétuité par les prêtres de la Fraternité à l'aube de chaque matin, pour le repos de son âme, en paiement de quoi elle manda plus tard son mari de distraire à leur bénéfice une infime partie de ses droits seigneuriaux qui étaient fort chers. La Fraternité de Saint-Côme détenait ainsi la preuve juridique de son droit à la censive du moulin. Le moulin de Chayineur conserva son nom jusqu’à la fin du XVIe siècle. A cette époque, un nommé Pélissier Terral épousa une fille Chayineur. A la fin du XVIIe siècle, le patronyme Chayineur avait disparu du pays de Salgues et le moulin éponyme était devenu le Moulin de Terral (source involontaire).




Où on les retrouve en Lubelskie

On a retrouvé traces de la première famille de meuniers dans les archives municipales de Lublin en Pologne où ils auraient émigré en provenance de Thiers, sans doute à la Révolution, et polonisèrent leur patronyme en Szajner (qui se prononce exactement pareil). Ceci grâce à des recherches sur le renouvellement démographique des territoires en frontière d'Ukraine suite au partage de Yalta. Il est plus que probable que Monsieur Szajner de Saint-Maur des Fossés, curieux de tout comme il l'a si bien montré dans ses entreprises, ait refait le chemin inverse pour retrouver sur le piémont du plateau d'Aubrac les racines de ces ancêtres qui firent de la farine si longtemps pour tout le quartier. Est-ce vraiment du parasitisme, comme le prétend le maire de Laguiole (salut à toi, ô homme intègre !), que de vouloir promouvoir les spécialités de ses origines par le monde entier sous la marque Laguiole, même et pourquoi pas si ces articles sont tous faits de camelote chinoise ? Diable ! Ou Mammon ! L'argent n'a pas d'odeur et pose son homme bien plus que l'honneur qui ne sert qu'une fois. Aussi est-il mérité qu'un enfant du pays garde les deux et profite de "sa" marque au dépens des insouciants. C'est bien ce qui fut jugé, de quoi l'on ne peut surtout pas rire en vertu de l'autorité de la chose jugée.

Il ne reste à M. Szajner qu'à demander au Service du Sceau de la Place Vendôme une francisation de son patronyme en retournant à "Chayineur", lu et approuvé par le curé de Saint-Côme d'Olt, sinon à obtenir récompense de son patriotisme en l'affublant d'un tiroir comme "de Salgues" voire "d'Aubrac" si l'on n'ose pas "de Laguiole".
Ceci fait, il suffira au directeur général de la "SAS Laguiole Licences", Mlle Etsuko Nakazawa, de faire suivre le sien d'un appendice de courtoisie comme "de la Poujade" ou mieux "de l'Estrade" ; c'est juste en face du vieux moulin situé sur la commune de Condom, mais là ce serait trop ! Ou mieux, épouser l'autre.





Bibliographie de l'usurpation:
Pour aller plus loin, la captation de l'héritage est abondée sur les blogues relevés ci-dessous :
ddata
La Laguiolaise
Idées liquides & solides
Le blog des chefs Pourcel
Rodez News
La senteur de l'esprit
Midi gourmand
Aligot-saucisse
Jean-F. Helleux
La maison en Aveyron
Alvinet
Le Quotidien qui Mark
Polemia

Bases des appellations (l'ail à vampires):
L’Appellation d’origine contrôlée (AOC) a été institué afin de protéger des produits intimement liés au territoire sur lequel ils étaient produits. D’abord utilisée pour les vins pour protéger les territoires viticoles français, l’AOC s’est progressivement étendue à tous les autres produits alimentaires.
En 1992, deux Indications Géographiques, l’Appellation d’Origine Protégée (AOP) et l’Indication Géographique Protégée (IGP) ont été créés par les pouvoirs publics européens, reconnaissant chacun à leur façon un lieu et un mode de production. Le premier s'inspirant de l'AOC, est le signe d’une qualité liée à un terroir et une tradition. Certains terroirs sont reconnus pour conférer aux produits une typicité bien particulière, résultat de facteurs naturels, climatiques, physiques et humains. L’Appellation d’Origine Protégée valorise les produits et les modes de production issus de cette zone géographique bien définie. Quant à l’Indication Géographique Protégée, elle est le signe que le produit a un territoire d’origine.
Le produit, issu d’un territoire bien délimité, possède une caractéristique singulière du fait d’une qualité ou d’une réputation reconnue, principes attribués essentiellement à cette origine géographique. Ce signe est donc fortement lié à un savoir-faire localisé ou à une tradition, identifiable et attribuable aux caractéristiques naturelles et humaines de la région (©Mathieu Arnal).

Postcriptum 1:
Si quelqu'un met en doute cette exhumation généalogique au moulin de Terral, il suffira de lui retourner que si non è vero è bene trovato puisqu'on l'a lu dans Royal-Artillerie.
PPS: cf. Me Emmanuelle Hoffman dans L'Entreprise.com du 27/3/13

Postcriptum 2 du 10.11.2014:
La justice européenne est de bon sens. Selon Midi Libre... la justice européenne a rendu son nom aux couteaux Laguiole, en annulant mardi la marque déposée par une personne étrangère au village aveyronnais pour vendre de la coutellerie, tout en l'autorisant à le faire pour une série d'autres produits.
(la suite dans le journal)

Postscriptum 3 du 5.03.2019:
La Cour d'Appel de Paris a accordé la marque Laguiole à la commune éponyme. Fin d'un combat inégal de pure mauvaise foi.

Postscrptum 4 du 30.01.2021:
A la demande du Syndicat des couteliers de Laguiole, l'Institut national de la propriété industrielle vient d'ouvrir son enquête publique pour accorder éventuellement l'Indication géographique protégée (IGP) aux couteaux de Laguiole. Le syndicat regroupe Benoît-l'Artisan de Laguiole, la Coutellerie de Laguiole Honoré Durand, la Forge de Laguiole qui détient la marque, Laguiole-en-Aubrac (Christian Valat) à Espalion et Laguiole Créations à Montézic (source Centre-Presse). Le Nord-Aveyron toujours à l'effort !
D'autres sites français produisent ce couteau dont Actiforge à Montbrizon (Loire) ou Robert David à Thiers (Puy de Dôme). Une clarification sera nécessaire, à moins de débaptiser le produit comme l'a fait Chambriard (Thiers).

dimanche 7 octobre 2012

Dieu et le Soleil

la Vénus d'Arles

Les visiteurs du château de Versailles pourraient s'étonner que l'écrin de la monarchie très chrétienne à l'apogée de sa gloire ait été dispensé de tout signe ou évocation catholique, à l'exception tardive et mesurée de la Chapelle royale, heureusement préservée de niches à saint.
C'est la mythologie de l'ancien monde classique qui présidera aux fastes du nouveau, et tant les dieux que les savants d'antan habiteront avec le roi, lui-même Soleil.
Elevant les mortels vers leur gloire, Apollon, Diane, Bacchus, Jupiter, Mercure, Junon et tant d'autres... regarderont nymphes et faunes de leur propre monde quand façades et vestibules s'orneront de bustes impériaux romains.
Où sont les Pères de l'Eglise et tous les saints du jeune monde, où sont les docteurs Augustin et Thomas d'Aquin qui enterrèrent définitivement le paganisme ? Nulle part. Dans nos coeurs, répondrait la chaisière de la chapelle, s'il y en avait une. Une croix sur le dôme, une allégorie sulpicienne sur la voûte intérieure, il suffit, semble-t-on avoir dit. Pourtant les rois étaient croyants. C'est à creuser (voir ci-dessous).


Du 13 novembre prochain au 17 mars 2013 se tiendra une fabuleuse exposition au Château : Versailles et l'Antique. Dans ce qui voulut être la Nouvelle Rome, plus de deux cents objets seront rapatriés des plus grandes collections françaises, faisant revivre pour quelques semaines l'ambiance des lieux avant le grand démantèlement de la Révolution. Le pouvoir se voulait l'avatar moderne de l'imperium classique, il est curieux de voir combien cette "antiquisation" de l'espace politique avait marqué les moeurs depuis la Renaissance jusqu'aux délires héroïques d'un Robespierre complètement déjanté à la Fête de l'Être suprême (1794).


Les adhérents de l'association Lys de France auront le privilège de deux préparations enrichissantes à cette exposition sous la forme d'une visite au château guidée par M. Alexandre Maral lui-même, premier conservateur, sur le thème de la Chapelle royale - Versailles secret, le dimanche 14 octobre ; et d'une conférence aux Missions étrangères de Paris le jeudi 18 sur le thème de Louis XIV et Dieu. Il suffit de s'inscrire auprès de l'association dès maintenant ci-dessous:



LYS DE FRANCE
BP 80 434
75327 Paris Cedex 07
EMAIL : contact@lys-de-france.org

La visite guidée du 14 à 25€ (22€ pour les adhérents)
La conférence du 18 à 7€
(entrée libre à 5€ pour les adhérents)






vendredi 5 octobre 2012

Le « scandale » de Quemoy

Note liminaire
En préparation du grand marchandage entre le Parti communiste chinois en phase de transition et le gouvernement du Japon sur la dispute du plateau continental de la Mer de Chine orientale, Royal-Artillerie prolonge sa présentation des îles Senkaku de plusieurs billets analysant des points particuliers d'échauffement. Nous commençons par les îles continentales de la République de Chine (Taïwan) incrustées dans les eaux territoriales de la province du Fujian.

En Mer de Chine orientale, on ne parle que de la guerre médiatique sino-japonaise. Après avoir inculqué aux gens que les îles Senkaku étaient chinoises sous le nom Diaoyu depuis des temps immémoriaux, même si aucun chinois ne les a jamais habitées à l'inverse de ce que firent les Japonais ; après avoir déposé aux Nations Unies des cartes marines de souveraineté ; le pouvoir chinois continental montre à son peuple son incapacité à faire respecter sa souveraineté sur son propre plateau continental et la sacralité de son domaine maritime, puisque le gouvernement a déclaré ces îles "territoires sacrés". A noter que Taïwan est dans la même situation de fier-à-bras, incapable de maintenir un flotte de pêche sur zone, mais capable de narguer le grand frère communiste.



Les îles nationalistes de la provocation

La Chine vient de lancer son premier porte-avions, le Liaoning. Il lui reste à l'armer d'avions, ce qui n'est pas prévu avant longtemps, sans catapultes. La cérémonie, trop grandiose pour une coque d'entraînement à la pratique aéronavale, a précédé celles du Premier Octobre, fête nationale. Or si la valeureuse République populaire est aujourd'hui soupçonnée d'incapacité à récupérer son droit à quelques 250 milles de ses côtes, elle maintient soigneusement dans l'ombre l'outrage d'une occupation de deux groupes d'îles continentales par la République de Chine (Formose) qu'elle n'est parvenue jusqu'ici à faire cesser, même après des campagnes de pilonnage par l'artillerie de Mao Tsé Toung. Ces deux groupes d'îles les voici :

I.- KENMEN (QUEMOY)

Petit archipel de trois îles à seulement quelques kilomètres du port de Xiamen (Fouxien). Grande Quemoy, Petite Quemoy et Dadan.


Grande Quemoy est une île de 153 km² qui abrite 85000 habitants de Chine nationaliste qui parlent le amoy (originaires du Fouxien).
Petite Quemoy, à son ouest, fait 30km² et porte 8000 habitants, dans l'embouchure même du fleuve Jiulong. Il est projeté de faire un pont entre Grande et petite Quemoy avec une arche unique de 1400m.
Dadan, seulement 1km², est le centre d'un petit archipel en plein dans l'axe du port de Xiamen. Son phare a été rasé par l'artillerie communiste (quelle insulte de voir la lumière de Tchang Kaï-chek depuis sa cuisine !), mais deux temples subsistent ainsi qu'une inscription monumentale vantant les trois principes de Sun Yat-sen : Mínzú, Mínquán, Mínsheng¹.

Le chef-lieu du comté, Jincheng est une ville très développée comme nous le montre la photo ci-dessous :



Quand les indépendantistes gagnèrent les élections à Taïwan, Chen Shui-bian, leur président, avait décidé de larguer les îles continentales dans la négociation sino-chinoise, ce qui avait fait hurler leurs habitants qui ne voulaient à aucun prix devenir "communistes".
L'économie de l'archipel est basée sur le tourisme qui va maintenant se développer avec l'ouverture des frontières. Il est fortement question d'ouvrir des casinos à Kenmen et Matsu pour faire des petits Macao, mais ils sont combattus à Taïwan par les ligues morales et mal vus du gouvernorat du Fouxien continental. Mais les Américains de Las Vegas sont derrière et beaucoup de dollars avec eux.

II. MATSU

A 150 milles nautiques au nord-est de Kenmen, le groupe de Matsu est constitué de cinq îles et de plus d'une dizaine d'îlots qui dessinent un arc au large de la côte, face à la capitale provinciale de Fuzhou. Les îles de ce groupe sont plus petites que celles de Quemoy mais totalisent quand même une superficie de presque 30 km². Dix mille personnes y vivent et parlent le fuzhou. Ce groupe insulaire dispose d'aéroports sur l'île de Nangan et l'île de Baigan, la plus proche du continent. La carte ci-dessous montre l'étirement de ce groupe.


Matsu est aussi le nom révéré de la Déesse de la mer dans toute la Chine méridionale et au Tonkin.


III. WUQIU

Les deux îles sont plus distantes de la côte que les deux autres groupes. Elles abritent quatre cents nationalistes venus du continent. Le point remarquable est le vieux phare impérial de 1874 qui a été réactivé en 2017 pour baliser le trafic marchand dans le détroit de Formose qui s'avère dangereux dix mois sur douze. Il marque aussi les atterrages sur Quemoy en venant du nord de la grande île (clic).




Le scandale stratégique

Les raisons du scandale viennent de loin. Le reflux des armées de Tchang Kaï-chek avait été entamé en 1949 vers Formose, colonie japonaise fraîchement libérée, dans l'optique de refaire des forces pour débarquer à nouveau. Les huit îles au large du Fouxien étaient autant de points de lancement de l'offensive nationaliste. En 1958 la Chine communiste ouvrit les hostilités sur Quemoy par son artillerie en bombardant les positions nationalistes pendant 44 jours, mais la garnison bien protégée ne céda pas et John Foster Dulles fit sortir la VII° Flotte US de ses bases d'Okinawa pour contrer une opération amphibie. On était à l'époque de la consommation sans frein de bataillons automatiques, tactique peu adaptée aux spécificités du combat amphibie. La radio communiste annonça l'imminence d'un débarquement dès lors que le blocus était bouclé, ce qui signalait à l'état-major qu'ils ne feraient rien car ce genre d'opération n'est pas téléphoné.
Les choses en restèrent là pendant cinquante ans avec des pics de crise tenant plus de l'hystérie que de la stratégie, réaction typique des régimes honteux.

L'apaisement par les affaires

Le retour au pouvoir du Kuomintang à Taïpei en mai 2008 a rouvert une collaboration de connivence entre l'île nationaliste et le continent. Le projet dans les cartons de chaque bord est bien de faire à terme une mer intérieure chinoise du Détroit de Taïwan. A cet effet, les liaisons commerciales et touristiques ont été progressivement ouvertes, ces dernières sous quota pour éviter le surbooking des hôtels de Taïwan tant la pression de la curiosité est forte chez les continentaux, et comme nous l'indique le bulletin de Taïwan-Info ci dessous, le nettoyage des plages insulaires est en voie d'achèvement :

AFP - Mardi 19 juin 2012
Les dernières mines qui restaient en place pour défendre les positions militaires dans les archipels de Kinmen et Matsu auront toutes été retirées avant la fin 2012, a assuré Ma Ying-jeou, le président de la République, alors qu’il recevait hier le prince Mired bin Raad Al-Hussein de Jordanie, envoyé spécial de la Convention des Nations unies sur l’interdiction des mines antipersonnel ou Convention d’Ottawa (fin du communiqué AFP).

La campagne de déminage démarrée il y a six ans sera en effet achevée six mois plus tôt que prévu, selon le ministère de la Défense. Les mines antipersonnel étaient naguère un élément important des dispositifs anti-débarquement dans ces archipels proches des côtes chinoises du Fujian, notamment dans les années 50. La baisse des tensions dans les années 80 puis la détente de ces dernières années, en particulier depuis 2008, ont incité Taipei à mettre un terme à leur utilisation. Kinmen et Matsu s’inscrivent aujourd’hui dans une stratégie radicalement différente de développement des échanges économiques et touristiques entre les deux rives.

Dans l'affaire des Senkaku, Taïpei est un allié utile pour Pékin parce qu'il est sur zone, mais le pouvoir communiste ne peut pas sous-traiter sa souveraineté à la Chine nationaliste, son opinion ne comprendrait pas. Pourtant, vu les excellents rapports qu'entretiennent jusqu'ici Tokyo et Taïpei, un partage par moitié de l'arc des Senkaku serait la voie de la sagesse. Les îles de la discorde ne sont qu'à 76 milles nautiques du phare de Pengjia (Agincourt).

L'impact sur la transition

Cette dispute insoluble en l'état pourrit la succession politique déjà difficile dans les allées de Zhongnanhaï². L'impétrant désigné a disparu pendant dix jours dans le plus pur style des étranglements ottomans pour ne réapparaître que lorsque le clan Bo Xi-laï (Chongqing) s'est avéré vaincu, matériellement et idéologiquement.

Tout laisse à penser que, pour ne pas mouiller son successeur dans cet imbroglio maritime où la mauvaise foi le dispute à la paléo-mythologie impériale, le président sortant Hu Jintao gardera quelques temps encore la haute main sur les affaires militaires en conservant la présidence de la Commission militaire centrale après avoir remis celle de la République, comme l'avait fait Jiang Zemin en 2003 pour 18 mois. Le nouveau président Xi Jinping conserverait sa vice-présidence de la CMC le temps nécessaire à l'ouverture de négociations entre la Chine et le Japon, la Corée du Sud y étant sans doute invitée pour un différend de même nature.

Note (1): Conscience nationale, Peuple souverain, Bien-être populaire
Note (2): Cité administrative du gouvernement de Pékin


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