vendredi 18 janvier 2013

Culture de l'otage

On sait que les peuples n'accordent pas tous la même valeur à la vie. Certains à la leur-propre, d'autres à celle d'autrui. Des peuples se sacrifient pour la survie de l'espèce (ou de leur nation), d'autres sont prêts à tous renoncements pour sauver une vie chez eux. Quelque soit le cheminement, à la fin on compte et recompte : il n'est pas rare que les scores soient comparables dans les deux approches, la seconde ajoutant un léger différé. On en vient donc à la "culture de l'otage".

Parmi les grandes nations, la Russie, l'Iran, la Chine considèrent que l'otage est individuellement mort quand il est pris ; s'y ajoute un soupçon de culpabilité au sens où il est socialement un désordre. Souvenons-nous que la doctrine d'emploi des états-majors soviétiques étaient de rayer du tableau des disponibilités tout régiment engagé au combat, quelle qu'en soit l'issue. Deux mille types étaient "morts" en recevant l'ordre de route ! Ces nations intègrent plus que nous la précarité de la vie et cette approche influe beaucoup sur la dépense allouée pour sa préservation. Dans le cas qui va nous occuper, la prise d'otage ne fait que déplacer le curseur du pronostic caché en hâtant la réalisation. Le malheureux meurt simplement plus tôt.

garde-frontière algérien
L'Algérie a été influencée par l'Union soviétique dans son cadre étatique et ses forces d'intervention anti-terroriste intègrent le concept du curseur. Aussi dans le cas de l'affaire de Tiguentourine, on pouvait prédire presque à coup sûr que le dénouement ressemblerait à la libération de l'opéra de Moscou (23.10.2002) ou celle de l'école primaire de Beslan (01.09.2004). La presse se fait très largement l'écho des récriminations occidentales et japonaises sur le carnage avéré d'hier pour qu'il ne soit pas nécessaire d'user ce clavier à réciter le déroulé de l'opération. Par contre on peut analyser la "politique anti-terroriste" de l'Etat algérien qui met en cause la nôtre.

La guerre civile algérienne (1992-1994) fut une rude école de contre-terrorisme pour les commandements de terrain à deux motifs : la fracture sociale était verticale et remontait des communautés de base jusqu'au sommet de l'Etat. Les jeux de pouvoir en période troublée ont considérablement compliqué le travail des forces de l'ordre. Secondement, l'ennemi avait embrassé une culture de mort qui se traduisait par la mise en massacres de la terreur territoriale pour capturer vivres et soutiens des villageois, culture qui immunisait l'instinct de conservation des djihadistes en leur promettant la lune au-delà du péril. Il s'en est suivi une déshumanisation de l'adversaire considéré comme une "bête féroce" et donc un gibier en soi !

Les quarante otages occidentaux (mais pourquoi fait-on ce genre de tri ?) ne se doutaient pas que le curseur de leur avenir venait de raccourcir leur vie, habitués qu'ils sont à ce que leurs gouvernements se couchent et transfèrent les sous après une période de latence convenable ; sauf peut-être certains plus accoutumés aux moeurs sécuritaires algériennes, comme les Français. Restent les motifs du Cheikh borgne¹.




Il est certain que le raid d'AQMI a été préparé depuis plusieurs semaines dans un district incontrôlé du Fezzan libyen (sinon sur le plateau du Tinrhert au sud). Former la colonne, l'armer, prend du temps et se sait. Il y a eu aussi un déficit de renseignement de base sur toute la zone qui va avoir des conséquences sur le tableau d'avancement.

Pourquoi choisir le site protégé de Tiguentourine, à seulement trente kilomètres derrière les gardes-frontière algériens qui patrouillent entre Ghadamès et Ghat ? Sachant que l'Etat ne se pliera pas aux exigences - il ne l'a jamais fait - on peut raisonnablement avancer que le choc devait paralyser les opérations pétrolières et gazières au Sahara, effrayer les majors occidentaux qui les conduisent, déconsidérer les garanties de sûreté qui leur étaient données par Alger. L'horreur de quelques décapitations filmées aurait atteint son but. Répété une ou deux fois sur d'autres sites industriels, ce type de raid devait entraver gravement les rentrées d'exportation, puisque 97% proviennent des hydrocarbures. Il était permis d'en prédire l'augmentation du mécontentement populaire qui couve toujours sous la braise apparemment éteinte, préludant un embrasement du type printemps arabe propice aux fondamentalistes. La revendication de la libération de cent djihadistes détenus par Alger ou la requalification de l'opération en représailles de l'engagement français au Mali, c'est du pipeau.

Il est trop tôt pour savoir si la mise en insécurité des exploitations pétrolières du Sahara algérien a été atteinte. Il faut attendre les décisions des majors de la profession. Elle sera certaine si un deuxième Tiguentourine arrive dans quelques semaines. Les autorités algériennes s'en doutent !



(1) Belmokhtar, alias «Belaouar», ou «Khaled Abou El Abbès», ou encore «Laouer», est né le 1er juin 1972 à Ghardaïa, dans le Nord de l’Algérie. En 1991, à l’âge de 19 ans, il part se former au combat en Afghanistan. C’est là qu’il aurait perdu son œil gauche, qui lui a valu le surnom de «cheikh borgne». A son retour, il participe à la guerre civile au sein des Groupes islamiques armés (GIA) algériens. Sa vie son oeuvre, grâce à Paris-Match.
Le chef de groupe qui a attaqué la base-vie du site gazier s'appelle Tahar ben Chened.

mercredi 16 janvier 2013

Un voyage aux EAU pour quoi faire ?

la cambrure est un peu surjouée, mais bon...
M. le Président et son ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Guerre empêché s'excusant, sont allés aux EAU. Abou-Dhabi et Dubaï étaient au menu des quêtes. Il ne s'agissait pas moins que de lever des fonds auprès des émirs du Golfe pour exterminer leurs clients, empêtrés désormais dans une guerre ingagnable, malgré l'avis tranché de M. de Villepin. Le projet de prendre un Etat du Sahel, comme al-Qaïda l'avait réussi en Afghanistan, est pour le moins ensablé depuis que la France a dit "non, je t'emm..." aux narco-islamistes. Ce d'autant plus que les résidents complices ont débouclé brêlages et cartouchières pour se remettre à la vaine pâture et soigner leurs chameaux. Les guerriers touaregs qui ne sont pas passés en Mauritanie se sont ralliés aux successeurs de l'Escadron Blanc ! Taratata, c'est le clairon qui sonne...

Les "experts", s'ils décrivent très bien les canaux sunnites de soutien à la "fratrie salafiste" dans sa globalité¹, y compris les enfants terribles du terrorisme, ont du mal à emboîter cette vérité dans la diplomatie pro-occidentale de tous les gouvernements du Golfe, coincés entre un royaume wahhabite soupçonneux de toute contradiction le mettant en péril sur la Péninsule heureuse et un Iran chiite qui cuisine une bombe atomique à leur mettre sur la serviette² au premier coup de vent d'est. Il est reconnu au salafisme une réelle capacité d'entraînement des communautés sunnites contre l'hégémonie chiite. Les émirs étant au coeur de cet affrontement tant comme cibles que comme acteurs, une certaine promiscuité est "naturelle" entre ces pouvoirs despotiques qui ne boivent que de l'eau et la préconisation de rites absolus auxquels ils font semblant d'abonder pour prévenir de sales réactions chez eux. Quand il leur faut s'arracher à la tenaille cléricale et respirer un peu de Famous Grouse, ils prennent l'avion ! Humer n'est pas pécher.

Des Mirage 2000 à la base française d'Abou Dhabi



Le voyage aux Émirats était depuis longtemps prévu d'affaires. Les industriels français rencontraient les hommes d'affaires du Golfe et d'ailleurs à l'occasion du Sommet international sur les Energies du futur. Il est devenu l'occasion unique de vérifier l'état de préparation de notre base aéro-navale d'Abou-Dhabi et de parler de lutte anti-terroriste, ce qui est toujours scabreux en pays arabe tant la logique est en désordre dans le maillage oriental des relations et des intérêts. On peut néanmoins penser que le constat d'échec de l'Islam coincé, qui a débondé l'esprit entrepreneurial des anciens pirates de la Côte éponyme, les poussera à nous comprendre, jusqu'à prendre le train géopolitique qui va bien au teint et au porte-monnaie, le train occidental.
Laurent Fabius semble jouer à pile ou face les effets de son voyage en souhaitant la présence nombreuse des émirs à la Conférence des donateurs qui aura lieu fin janvier à Addis-Abeba en marge du sommet de l’Union africaine, afin de discuter du financement de l’opération militaire lancée contre les terroristes qui occupent le nord du Mali. Il est bien évident que les armées africaines n'ont pas le moindre peso à mettre sur la nourriture et les munitions de leurs soldats et qu'autant leur sera apporté d'Europe, d'Afrique et du Moyen-Orient, autant de moins sera fourni par le budget français en capilotade.


Ce billet est l'occasion de faire un sort par pure justice à la légende du mou du genou attachée à François Hollande. Quand il fut appelé avec sa classe d'âge aux "trois-jours" il fut réformé ! Très déçu, il demanda un contre-examen médical et fut déclaré bon pour le service. Sursitaire, il fit les EOR à Coëtquidan et son application à l'Ecole du Génie à Angers, puis son temps d'aspirant au 71è Régiment du Génie à Oissel (77). A la même époque, son prédécesseur tuait son temps de bidasse à la caserne Balard du 15è arrondissement de Paris ! Ceci étant dit, notre président a quand même les bases, au moins les éléments de langage puisqu'il a poursuivi dans la réserve jusqu'au grade de lieutenant-colonel. Le reste s'appréciera en temps utile. Pour le moment RAS. GO !



(1) "Le salafisme est une vision de l’islam qui privilégie le Coran, la sunna et l’imitation des pieux ancêtres (salaf sâlih) assimilés aux compagnons du Prophète Muhammad dans la période idéalisée de la première communauté de Médine (622-661). Il s’agit donc d’une lecture fondamentaliste, voire littéraliste des textes de l’Islam, hostile à l’intervention de la raison dans l’interprétation du message divin” (François Burgat & Mu‘hammad Sbitli)
(2) allusion fine à l'accoutrement officiel des "towel-heads".

mardi 15 janvier 2013

Du délire du droit d'auteur à la mort


Aaron Swartz (1986-2013)
C'est un combat qui ne finira jamais, celui des droits intellectuels d'auteur. Pour avoir pillé à visage découvert des travaux scientifiques universitaires de la base JSTOR en passant par le portail du MIT de Cambridge (Ma), Aaron Swartz¹ a été poursuivi par les services fédéraux du Procureur des Etats-Unis au Massachusetts, qui se sont acharnés à ses basques lui promettant 35 ans de prison et un million de dollars d'amende, alors que JSTOR, conscient de la disproportion de la réaction judiciaire, avait retiré sa plainte. Stupéfait du suicide de ce génie informatique, JSTOR vient d'ouvrir ses archives à qui en veut. Beaucoup de chercheurs dans le monde en font autant des leurs, ce qui n'ôtera jamais chez les fonctionnaires de la justice américaine qui semblent parfois chercher la caméra du regard, la certitude d'avoir agi à bon droit. Ils allaient "se payer" Internet et l'hacktiviste emblématique, de quoi faire la Une ! C'est raté, il ne leur reste que la honte tant l'émoi est grand sur le Web. Une pétition pour révoquer le procureur Carmen Ortiz a été ouverte par les internautes sur le site de la Maison Blanche. Le Massachusetts Intitute of Technology, penaud, lance une enquête interne sur cette affaire vécue comme une grosse tache sur sa réputation.

Protéger toute création de l'esprit comme en dispose le Code de la propriété intellectuelle m'a toujours paru un péché d'orgueil, sinon la criminalisation d'un accaparement normal des idées circulantes par tout homme vivant en société. L'esprit se nourrit des données qui l'environnent en permanence, s'imprègne de toute interactivité qu'il provoque, en construit des thèses et synthèses, concepts, et parfois en matérialise une création sous forme d'un objet ou d'un procédé nouveau. Avant que cette matérialisation n'intervienne, il est a priori très discutable de vouloir "breveter" des idées ou une chaîne d'idées comme une oeuvre littéraire ! Or c'est bien ce domaine intellectuel qui est protégé par les lois au motif simple que l'on doit pouvoir vivre de son cerveau, même en l'absence de matérialisation d'une idée ! Les intellectuels purs revendiquent un niveau de vie bien supérieur à celui du manuel quelle que soit l'utilité de leurs travaux, réputés souvent "progrès de la connaissance" alors que leur jus de crâne n'est jamais mis à l'épreuve de la Vie.
Matérialiser une idée devient dans ce système moins que jamais nécessaire si le marché existe pour acheter du concept stérile encore. Combien d'inventeurs ont voulu breveter des dessins techniques ? Combien d'informaticiens, des bribes de code ? Combien d'universitaires, de laborieuses compilations ? Cela nous paraît normal puisque nous baignons dès l'enfance dans le "copyright", le ®, le © ! Mais à la fin quelle vanité, si l'on pense que tout préexiste !

Aaron Swartz, infatigable chevalier du Libre, n'avait malgré ses gènes et son intelligence qu'un seul et sympathique défaut : peu doué en affaires ! Il s'est battu pour la diffusion gratuite (ou presque) des connaissances à tous. Dans sa croisade il heurtait beaucoup d'intérêts mercantiles et la suffisance des auteurs installés. Il n'a pu supporter leur énorme pression, 35 ans c'était le minimum, le tarif étant à 50 ! RIP.

« Aaron a combattu pour un système politique plus démocratique, ouvert et rendant des comptes ; et il a aidé à créer, bâtir et préserver une variété étourdissante de projets scientifiques qui ont étendu la portée et l'accessibilité de la connaissance humaine » a dit sa compagne à la presse.

L'eulogie d'Aaron Swartz, au hasard, sur PCImpact en cliquant ici.





En attendant la destruction de ce droit bourgeois, sont entrés dans le domaine public au premier janvier 2013 ceux dont les noms suivent et bien d'autres encore : Léon Daudet, Stefan Zweig, Victor Margueritte, Apollinaire...



(1) Swartz c'est de lui-même ou en collaboration :
- la licence Creative Commons
- le fil RSS (version 1.0)
- le site d'actualités partagées Reddit
- le collectif Demand Progress (anti PIPA/SOPA)
- ...

dimanche 13 janvier 2013

No Gas no War !

L'opération Serval - minou-minou - est orienté techniquement vers la destruction des stocks d'essence et des véhicules utilisés par les freux du désert. Les colonnes d'islamistes montées sur pick-up Toyota sont faciles à détecter en mouvement par le satellite ou le Bréguet Atlantic. Elles peuvent être traitées par les Mirage d'attaque au sol, les Caracal ou les Tigre, ou les drones armés (Harfang) sans qu'il soit nécessaire de s'y confronter. Les Rafale posés au Tchad s'y sont mis aussi. Nos troupes vont occuper les positions libérées en attendant la présence statique des bataillons africains en cours de constitution. Elles pourront être également parachutées sur les arrières de l'ennemi pour compliquer sa retraite, voire la diriger sur un azimut favorable à sa destruction. La guerre au désert étant une guerre de mouvement, on sait déjà que les Mujao, Ansar-Dine et autre Aqmi n'auront pas la part belle. Reste pour eux à se retrancher dans les montagnes arides, et partant de se fixer. Ce qui devient vite dangereux comme nous le montre le travail d'éradication continue mené par la CIA au sud-Waziristan. Quid des stocks de nourriture, d'eau et de munitions, après avoir fait la croix sur l'essence ?


D'aucuns, habitués à critiquer tout ce que la France peut faire de force, commencent à parler du bourbier malien et il est vraiment surprenant d'entendre le Setter Fou déclarer qu'au Mali, aucune des conditions de la réussite n'est réunie. Nous nous battrons à l'aveuglette, faute de but de guerre. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d'AQMI sont autant de guerres différentes (Dominique de Villepin au JDD ce matin). Pour qu'il y ait bourbier, il faudrait un peu plus de "couvert" et d'humidité, mais ceci dit, nous n'avons pas à affronter une hostilité déclarée des populations maliennes à notre endroit, qui, à l'exception peut-être terminée à l'heure où nous écrivons, des Touaregs, est à l'unanimité pour notre intervention et la libération du territoire envahi de dangereux psychopathes. La destruction des mausolés islamo-animistes a finit par convaincre ceux qui doutaient ! Nous n'ajouterons rien sur les fractures ethniques entre noirs et berbères du désert qui fragilisent la coalition d'intérêts qui a tenu tant qu'elle était triomphante à bon compte et sans pertes !


Le troisième point soulevé en France est la mise en danger de nos otages. C'est certainement le volet le plus pénible de l'opération. Nous sommes entrés en guerre mentalement le jour de la prise d'otages à la mine d'Arlit (Niger) quand il s'est avéré qu'il ne s'agissait que de rançon. Je ne parle pas du grand malade parti seul de Mauritanie pour se jeter dans la gueule du loup sans sa boîte de médicaments ; il fait partie de ceux qui osent tout ! La vie des otages étant vendue fort cher par leurs détenteurs, on peut considérer que ce prix les protège. Mais d'autres arguent que dans la tourmente ils peuvent aussi bien être exécutés dans l'effervescence de la guerre psychologique ou tout simplement en cours d'opération ne visant pas spécialement à les libérer. Il est éprouvant pour les familles des otages de les savoir menacés et l'incertitude quant à leur sort est insupportable. En l'absence de négociations (au Burkina-Faso) - absence invérifiable par définition - on a du mal à accepter qu'ils soient reclassés aujourd'hui en "dommages collatéraux" par l'état-major.






Derrière le clavier, nous ne pouvons souhaiter que trois choses :
- que l'affaire aille vite
- que les pays entourant la zone d'effort tiennent leurs frontières fermées du mieux possible (avec l'aide du satellite américain)
- que les colonnes soient éradiquées en totalité quand elles sont traitées




Pour suivre l'opération depuis son écran
un seul site crédible : 
Le Mamouth
(Jean-Marc Tanguy)





Homélie de Mgr Ravel aux Invalides

Alors que nous pacifions le Mali par la force, répondant à l'appel au secours du président Dioncounda Traoré, notre évêque aux armées a prononcé ce matin une forte homélie sur la mission du soldat. La voici sans autre commentaire.

Le 13 janvier 2013 à Saint-Louis-des-Invalides

Luc Ravel, un sacré évêque
Que notre prière pour la paix soit sérieuse et juste.
Il y a quelques jours, en Afghanistan, je célébrais Noël à Kaboul. Au camp militaire, a été bâtie une modeste chapelle. À l’intérieur, les murs s’achèvent à hauteur de plafond par un bandeau sombre sur lequel se détachent, très nettes, 88 plaques identiques, gravées d’une date, d’un nom, d’un insigne. L’insigne, celui de nos unités militaires. Le nom, celui d’un de nos frères d’armes. La date, celle de sa mort, brutale, mort pour la France, puisqu’il en portait les armes. Et je priais en face de Dieu, sous l’immense présence de ces Français, tués parce qu’ils voulaient détruire la guerre.
Car la mission suprême du militaire n’est pas de faire la guerre mais de la défaire, d’en bloquer la violence, puis de la rendre impossible. Sur le long chemin de la paix, c’est une étape toujours tragique mais parfois nécessaire. Je vous livre le fruit de ma prière à Kaboul, au moment où la France s’apprête à quitter ce théâtre de guerre. Je réfléchissais à quelle condition notre prière pour la paix était sérieuse et juste. Je me disais qu’elle ne peut pas être sérieuse, si elle oublie les drames de la guerre et elle ne peut pas être juste, si elle néglige l’héroïsme des militaires.
Gardons d’abord sous les yeux les drames de la guerre pour que notre prière soit sérieuse. J’en vois qui prient pour la paix comme ils prieraient pour avoir le soleil un jour de pique-nique. C’est dérisoire. Oui, revoyons par la mémoire ces corps tordus de douleurs. Me revient un souvenir brûlant, le corps de cet enfant de dix ans amené en hélicoptère à l’hôpital militaire, le ventre crevé par les éclats d’un engin explosif. Ou cet autre gamin, souriant dans les couloirs et courant vers nous avec deux béquilles et une seule jambe. L’autre avait été arrachée par une mine. Et comment ne pas baisser le regard quand nous croisons celui d’une femme meurtrie dans son cœur ? Telle cette maman, aujourd’hui totalement perdue, parce que son fils unique est mort, là-bas, au champ d’honneur. Elle ne s’en remettra jamais. Et tant et tant de peines vivaces, et tant et tant de blessures visibles et invisibles. Notre prière pour la Paix ne sera pas sérieuse, si nous ne nous tenons pas au bord de cet abîme d’horreurs où se tait la terrible douleur de la guerre. Car souvent la souffrance la plus forte se mure dans le silence le plus profond.
Gardons aussi en mémoire l’héroïsme de nos militaires pour que notre prière reste juste. Pourquoi examiner la justesse de notre prière pour la paix à la lumière de l’héroïsme dans la guerre ? Réfléchissons à nos demandes. Sans Dieu, nos paix sont en carton-pâte, elles font impression un moment, mais elles ne durent pas. Au mieux, nous parvenons à un cessez-le-feu laborieux et fragile. Ce n’est pas là encore la Paix. C’est pourquoi, nous implorons l’aide de Dieu. Jusque-là, nous sommes tous d’accord. Mais quelle aide demandons-nous à Dieu ? L’aide divine ne vise pas à nous donner la victoire contre nos adversaires. Dieu aime tous les hommes y compris nos ennemis. Il ne choisit pas son camp. Il ne va pas rajouter sa puissance à celle de nos chars. Il n’est pas un explosif supplémentaire, ni même une chance donnée au croyant pour éviter les balles. Il sait mieux que nous qu’une victoire ne donne pas la paix. Elle n’ouvre que le chemin d’un nouveau conflit.
Ne demandons pas à Dieu ce qu’il ne peut, ni ne veut, donner. Trop de victoires injustes ont été acquises et trop de guerres impies ont été réalisées au nom de Dieu. Dieu intervient sur le cœur. Il nous aide là où on trouve, justement, la vertu d’un soldat. Nous voilà conduit à regarder l’héroïsme, le courage, l’honneur, ces vertus qui traversent les défaites et les victoires : ce sont ces qualités intérieures qui obtiennent la paix définitive. Un acte de justice obtient plus que la menace d’une arme. Un médecin racontait à un de mes aumôniers ce qui lui est arrivé dans les Balkans. Alors qu’il était en patrouille avec quelques hommes, sa voiture se fait arrêter par des hommes armés et non identifiés qui braquent leurs fusils sur les soldats français. Instantanément ceux-ci pointent aussi leurs armes : la situation va tourner au carnage. Mû par une force intérieure, il sort sans arme du véhicule, les bras levés. Les mercenaires étonnés le laissent venir à eux voyant qu’il était désarmé. Il se met à leur parler et à leur serrer la main. Et il demande aux militaires français interloqués de venir aussi : tout le monde se serrent la main, échangent un sourire et se quittent sans un coup de feu. La maîtrise de soi a gagné la Paix. Dieu travaille à l’intérieur. Demandons-lui ces vertus dont la plus haute est l’amour.




samedi 12 janvier 2013

Algérie, un tout petit voyage

Le président français se lance sur le Mali, en ne tenant finalement aucun compte des demandes algériennes de lever le pied pour favoriser une solution politique sous l'arbre à palabres, et aussi pour que leurs "services" attachés à la déstabilisation de tous leurs voisins, en particulier au sud-Sahara, n'aient pas travaillé en vain sur les groupes islamistes impliqués qu'il s'agit d'installer au désert pour bien dégager le Sahara utile algérien. C'est donc l'occasion d'archiver un billet qui est paru dans l'Action Française 2000 du 3 janvier 2013 (n°2854 p.9) sur le voyage de François Hollande à Alger. Ce billet n'entre pas dans la situation malienne. Les faits et chiffres sont ceux reçus à la date du 29/12/12 ; ils ne sont pas actualisés. Ce billet venu chez RA répond au billet du cinquantenaire du mois de mars 2012.

La visite du président français en Algérie a été jalonnée de contrats industriels et commerciaux qui marquent la volonté réelle du gouvernement de développer le pays en dehors de la filière pétrolière ; réelle, au sens où le pouvoir algérien y met de gros moyens financiers. Symétriquement, des partenariats ont été conclus entre les ministères respectifs pour que chaque acteur politique entre un peu dans l'histoire des deux nations. Ils seront ce qu'en laissera le vent des disputes inévitables au niveau des services d'application de part et d'autre, il y en eut tant !

Symbol
Oued Tlélat accueillera l'usine Renault. La ville nouvelle de 2200 hectares est développée activement pour décompresser le port d'Oran, logements sociaux (chinois et turcs), écoles, lycée, hôpitaux. L'Aménagement du Territoire prévoit 350.000 habitants à terme. La main d'oeuvre est dite qualifiée, mais l'usine n'offre que 350 postes pour le moment. Ce projet est structurant pour les Algériens qui y voient la colonne vertébrale de l'industrialisation de la Wilaya d'Oran par la naissance d'une industrie mécanique et électronique absente jusqu'ici, tout étant misé sur le complexe pétrochimique et gazier d'Arzew, pauvre en emplois généralistes.

L'Etat algérien annonce un investissement de 1,2 milliard d'euros pour mettre cette usine en production. Cela commence au quai dédié sur le port d'Oran pour recevoir les caisses SKD1 en flux tendu de Roumanie, l'aménagement foncier des 150ha et la construction des infrastructures ancillaires, réseaux d'énergie et de communications, viabilités, bâtiments des services. Renault met 50 millions au pot et prend 49% de la ligne de montage stricto-sensu. Rappelons que jusqu'en 1970, la RNUR avait exploité une unité de montage à El Harrach, qui avait terminé au contentieux. Ici le Losange fait plutôt figure d'opérateur technique d'un élément spécifique et déterminant du projet régional. Son partenaire industriel n'est autre que l'ex-Berliet-Afrique, la SNVI qui cherche à améliorer ses procédés de fabrication. Avec un investissement de seulement quatre pour cent dans le dossier, on comprend mieux la grosse différence entre le montage marocain de Tanger Med où Renault-Nissan s'est chargé de tout pour une usine de classe internationale qui sort 30 voitures à l'heure dès la phase I, et celui d'Oran-Tlélat où la production va débuter sur le papier à 7 voitures/h en 2014. Le marché automobile algérien est prometteur (500.000 importations de voitures en 2012), il était temps que les autorités s'inquiètent de produire un peu localement mais les 25.000 Symbol (75.000 plus tard peut-être) mettront du temps à être identifiées dans le trafic.

Un bus de la SNVI (ressemblance RVI)
Nous sommes loin d'un accord historique ! Et les autres contrats sont à l'avenant : l'usine de médicaments Sanofi à 70 millions d'euros, les confitures Biaugeaud, les sutures chirurgicales Peters Surgicala et le logiciel hospitalier Medasys font tout le reste !
Les proclamations des autorités françaises pour orner le voyage de M. Hollande sont au seuil du ridicule et la reconnaissance des outrages anciens est carrément inopérante, même si les caciques inamovibles de la nomenklatura algérienne y tiennent beaucoup pour maintenir l'enfumage historique des jeunes générations. Ces jeunes générations sont sensibles à la propagande gouvernementale sur un passé d'humiliations et ont réagi positivement à la construction historique d'une nation ex-nihilo. Un Algérien est fier de l'être. Mais elles se posent des questions élémentaires à l'occasion du cinquantenaire du triomphe : pourquoi un peuple si pauvre dans un pays si riche (26 milliards de dollars d'excédent commercial en 2012), pourquoi doit-on importer presque tous les produits de consommation courante, pourquoi aucune industrie locale n'accompagne le développement d'un aussi vaste pays, pourquoi ce pays est-il si ennuyeux – c'est le sentiment qui prévaut parmi la jeunesse. Le patronat privé a fait une liste de cinquante propositions de réforme pour fêter ce Cinquantenaire². Les mesures préconisées sont de bon sens et ne dépareraient pas le programme électoral d'un parti politique français tant il y a de similitudes troublantes. Très volontaristes, elles signalent la faillite du régime, qui à sa tête pille le pays, à sa base le bloque par une bureaucratie jalouse et arrogante.

L'ambition algérienne était jadis d'atteindre la parité économique avec l'Espagne, et le projet n'était pas irréalisable avec les bases agricoles et industrielles que la France avait laissées en partant, sans même compter la rente gazière d'exportation. Parvenu au jubilé, le tableau est plutôt sombre, dit carrément l'ancien ministre des PME, recyclé dans le privé. La croissance en moyenne de 5% est extensive, éphémère et acquise sur fonds publics ; le chômage – problème crucial d'une population très jeune – n'est pas traité à la racine par la création d'emplois pérennes sur investissements massifs – les caisses de l'Etat débordent - mais atténué par un traitement social inefficace, comme chez nous. Quand elle se compare à d'autres grands pays du Tiers Monde, l'Algérie se désespère : les Emirats n'engrangent aujourd'hui que 35% de leurs recettes commerciales par les hydrocarbures contre 88% en 1980 ; l'Egypte, 34% contre 67% ; l'Indonésie, 39% contre 76% ; les recettes commerciales de l'Algérie étaient fournies à 98,9% par ce secteur en 1980, elles ont baissé à... 97,05% en 2012 ! En dehors du secteur gazier, il n'y a donc aucune compétitivité internationale de l'économie, et peu d'efficacité localement, à voir la masse et la nature des importations : vingt pour cent représentent la « facture » alimentaire, le reste se partage entre les voitures (surtaxées en douane), les médicaments, les autocars et camions, le fer à béton, les laitages et les sucreries. Aucun intrant de développement, uniquement de la consommation.

Port d'Oran
Le pays est rongé par une logique de rente qui le gangrène, et les positions en douane acquises de longue date par de puissantes familles sont menacées par le développement intérieur où tout investissement privé est soumis à licence. Alors c'est au Nord que se lève l'espoir des jeunes générations, chez l'horrible colonisateur, mais aussi chez tous ses voisins européens. Hélas, nous ne sommes plus un exemple de développement efficace, et nos incitations ou conseils sont très mal reçus à destination. Or, un développement d'ampleur en Algérie est primordial pour nous qui recevons en premier le choc migratoire d'une population désespérée qui parle notre langue. Au résultat, le voyage du président de la République n'aura servi à rien ; Renault avait déjà signé le 25 mai ! Finalement, François Hollande a apporté la seule coopération qui vaille pour les jeunes Algériens, la simplification des visas !


(1) En SKD (semi knocked down), les sous-ensembles du véhicule sont fournis soudés en kits ; en CKD (complete knock-down), on approvisionne toutes les pièces et on assemble les composants sur place par des opérations élémentaires, vissage, rivetage, emboîtement à force.

(2) Forum des Chefs d'Entreprises (FCE) qui s'est réuni à l'hôtel El Araussi d'Alger les 14 et 15 mars 2012 sous la présidence de M. Réda Hamiani, ancien ministre des PME.


Postsriptum: Billets précédents sur l'Algérie :

vendredi 11 janvier 2013

L'État proxo

Vendredi, jour du poisson et des morues. L'intérêt que portent les nouveaux maîtres du pays à nous peser fiscalement sous toutes les coutures a quelque analogie avec l'orgueil du propriétaire, courant les champs de coton monté sur son grand cheval noir, à mesurer l'ampleur du présage. Une classe politique que nous avons créée nous a mis en culture. La force avec laquelle elle défend ses positions retranchées des réalités qu'elle compte pérenniser en tirant le sang des pierres, s'apparente à du proxénétisme. La remise en perspective de la loi des 75% en est la preuve. On prend souvent la facilité de dire qu'au-delà de cinquante pour cent d'impôt sur le revenu des ménages, on entre dans un régime de type communiste. La soviétisation avérée de la République française depuis la Libération l'autorise. Le prédécesseur de François Normal, qui penchait plutôt pour les néo-cons, s'en était ému au point de limiter les contributions directes de chacun à la moitié de ses revenus. Le chiffre se calculant après clôture de l'année fiscale, il arrivait que certains contribuables se voient rembourser un trop-perçu, ce qui enrageait tous ceux qui ne heurtaient pas le dit-bouclier, se gardant bien d'expliquer aux "pauvres" que le "riche contribuable" avait quand même donné la moitié de ce qu'il avait gagné. Qui se souvient que l'impôt sur le revenu fut décrété en 1914 pour améliorer les finances d'un Etat qui faisait face à l'accumulation des périls mais que sa progressivité fut contestée alors au motif qu'elle risquait de rétablir au bas de l'échelle sociale les privilèges supprimés en haut lors de la réforme fiscale de la Révolution (Marcel Marion¹). Nous y sommes en plein. Comme le disait JC Maitrot, « le contribuable veut que l'État lui épargne des charges financières trop lourdes, mais de manière paradoxale, le citoyen (qui est aussi contribuable) entend voir accroître les prestations dont il pourra bénéficier, prestations fournies par les personnes publiques et financées par l'impôt ». Tant que le citoyen reste contribuable direct, ce paradoxe demeure un frein à la pression fiscale de l'Assemblée nationale. Quand il ne l'est plus - et la moitié des ménages ne contribue pas à l'IRPP - la population en jachère met en coupe réglée la population en culture par la simple règle démocratique, un homme, une voix.

Les perspectives financières de l'année commencée sont mauvaises d'où qu'on les tire. Les anticipations du gouvernement qui ont servi à établir le taux de prédation de l'Etat pour l'exercice budgétaire sont fausses, et les rentrées fiscales insuffisantes à dépenses constantes. S'ajoute à ce constat comptable, le drainage nié des contribuables les plus riches vers l'étranger et celui, moins effectif en termes de rôle, des jeunes entrepreneurs qui partent abriter leurs espérances sous des cieux accueillants. Fureur des proxénètes qui voient le trottoir s'éclaircir. Faudra-t-il se résoudre à terminer les subventions, les fromages, les niches, les privilèges et exonérations, et tout ce qui s'apparente à du vol légal ? On prend au travail les disponibilités nécessaires à l'entretien des oisifs et des assistés qui représentent un capital électoral considérable qu'il est avisé de transformer en clientèle. Ce capital ne diminue pas - on pensait même l'accroître par le vote étranger - et le disponible rétrécit en conséquence d'une politique hostile à la valeur ajoutée. Alors que faire ? Fermer les frontières ? Lancer la police fiscale dans les présumés paradis fiscaux pour y débusquer les émigrés ? Saisir leurs biens et les vendre à l'encan comme biens nationaux ? Ce serait loger la classe politique en châteaux comme les métayers de l'Ancien régime. Déchoir les absents de leur nationalité française ? Idiot, c'est impossible, même pour la pourriture carcérale. Reste à séquestrer l'épargne résidente. Nul n'y songe ? Alors qu'on entend régulièrement tel haut-fonctionnaire, tel ministre mettre en face de la Dette la masse épargnée par les ménages ?

On pense aussi taxer à l'américaine toute l'assiette fiscale où qu'elle se trouve au taux national, sous déduction des contributions versées à résidence selon convention bilatérale ad hoc. Pour éviter la capitation universelle des ressortissants français, il serait avisé au-delà d'un certain niveau de réussite de laisser tomber sa nationalité française ou d'en prendre une seconde. Certains l'ont fait avant Gérard Depardieu, l'idée est en chemin dans le milieu expatrié et la défaisance serait générale si une telle mesure de rétorsion passait au Palais Bourbon. Bon vent et réciproquement, la patrie s'emporte dans son coeur ; outre le fait que ses contours peuvent ne pas coïncider avec les limites de l'Etat qui l'exploite, il n'est pas besoin d'un passeport pour s'en assurer. Quand donc les hommes politiques s'exileront-ils à leur tour, laissant derrière eux leurs prébendes et l'appel à l'impôt qui les finance ? On pourrait peut-être s'en occuper ! Aux Kerguelen toujours ! L'État-nation n'a plus grand avenir quand il dévore son peuple. Toute l'histoire nous le montre.


(1) «La progressivité épargne des millions de citoyens pour en accabler quelques milliers». Cette progressivité risquait de rétablir au bas de l'échelle sociale les privilèges supprimés en haut et de rompre alors avec l'esprit révolutionnaire de 1789 (l'article excellent et complet sur l'impôt de 1914 ici).


mercredi 9 janvier 2013

Cahuzac, un profil de médaille en or

Le ministre du Budget qui cultive une arrogance de saison avec un dédain mesuré de ses contradicteurs que lui autorise sa contribution à l'ISF, est une fabrication heureuse de la Socialie, encouragée d'ailleurs en Sarkozie régnante par l'auguste fonction de Président de la Commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire à l'Assemblée nationale dans la législature précédente, fonction dont il ne retira que des louanges, et qui était la clef qui tourne dans la serrure de Bercy.
Mais Jérôme est aussi un ancien cardiologue reversé dans la chirurgie capillaire et le conseil en lotions¹, une offre très éloignée des aspirations prolétariennes, mais comme disait Terra Nova, les ouvriers c'est du passé. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes de l'argent-roi quand survint le démon de minuit et le détective Jack Palmer, mandaté par Patricia, l'épouse associée en affaires. Patatrac !

La dénonciation de Médiapart - on parlera de Plenel plus bas - met en scène un foule de marionnettes dans son petit théâtre. On y voit pêle-mêle l'Union des banques suisses, actuellement soumise aux inconvénients d'un intérêt soutenu de la part de la police fiscale française (la BNRDF) ; la soeur du Pinochet-nouveau-est-arrivé, Me Isabelle Copé, avocate de l'ex-épouse trompée ; l'inspecteur des impôts psychopathe pensionné de l'Etat, capable de se contrôler lui-même à temps perdu ; le juge anti-terroristes Bruguières devenu candidat à l'élection d'une municipalité-cassoulet, c'est pas fini ; un corbeau non identifié mais dont l'existence est revendiquée par les médisants ; une jolie mariée presque neuve que tout le monde connaît dans le showbiz ; et pour couronner le tout, la qualité indélébile de strausskahnien du "prévenu" qui a eu le front de convoquer dès le départ le renfort de la garde à tout-faire de DSK, en la personne du gentil Stéphane Fouks d’EuroRSCG. Sauf la négresse - elle était philippine - n'y manque aucun ingrédient pour faire un film ! A la réserve près qu'il serait surprenant qu'il bénéficie de l'avance sur recettes de l'Etat !


Jérôme et sa nouvelle Belle-maman entre les Delon

Malgré les dénégations de la cible le doute, s'il n'est permis, est possible, et c'est bien ce qui conforte le scandale médiatique de Médiapart. Fredonnons « La calunnia è un venticello » de Don Basilio² ; de la fange jetée il restera toujours les tâches. Un chirurgien dans un créneau porteur doublé d'un conseiller de laboratoires pharmaceutiques finit par avoir beaucoup d'argent. Sera-t-il le seul parmi ses confrères à l'abriter ? Il l'affirme et chacun de sourire. La social-démocratie au caviar d'Aquitaine ne peut sortir indemne de pareilles accusations. Celles de Médiapart qui prétend que le ministre du Budget en poste avait un compte non déclaré à l'UBS-CH jusqu'en 2010, dont les avoirs auraient été virés à Singapour, ressortissent au domaine du faisable.
Médiapart force la posture de l'impassibilité jusqu'à demander l'enquête préliminaire du Parquet pour ficeler le ministre dans un faisceau de soupçons, car ne rien trouver ne prouve jamais rien ! Et Edwy Plenel le sait bien, qui a lancé l'affaire sur une cassette audio de qualité discutable, fondée sur des hypothèses assez scabreuses d'un inspecteur des Impôts légèrement mythomane. Que cherche-t-il ? Le scoop, tout simplement et des abonnements à son journal électronique d'investigation (et dénonciation). Mais si d'aventure - par un communiqué précis de l'UBS par exemple - il était manifestement prouvé que la dénonciation est parfaitement calomnieuse, le site et son rédac'chef finiront pendus sous le Pont-Neuf, les yeux et la langue bouffés par les choucas ! La non-réponse de l'UBS les sauvent pour le moment, pour le moment !

Dans son rôle d'imprécateur trotskyste - formation LCR - Edwy Plenel attaque sans relâche l'Etat, cause de tous les maux. Ses études à Alger après l'indépendance l'en ont sans doute convaincu. Garçon fort sympathique mais pas vraiment fini, son travail d'enquêteur obstiné dans la Mitterrandie glauque parvenue aux affaires - les petites histoires d'aujourd'hui sont nullissimes à côté de celles d'avant - ont créé l'icône à scoop que nous connaissons. Amusant : il a le même âge que Cahuzac.
Entre-temps, écouter le ministre grand bourgeois du Budget déclarer à l'Assemblée Nationale dans l'affaire Depardieu qu'« il s'agit d'éviter que ceux qui décident de vivre en dehors de nos frontières s'exonèrent par là-même des obligations fiscales que ces personnes ont à l'égard de leur pays dans lequel elles sont nées, elles ont grandi, elles ont été éduquées, formées, le plus souvent où elles ont rencontré la prospérité sinon la fortune » sonne faux. Désespérément faux.



(1) Qui se souvient de la Lotion Dubito qui ferait pousser des cheveux sur une boule de billard ?
(2) Traduction du livret de Sterbini :
La calomnie est un petit vent, une petite brise très gentille, qui, imperceptible, subtile, légèrement, doucement, commence, commence à murmurer. Piano, piano, terre à terre, à voix basse, en sifflant, elle glisse, elle glisse, elle rôde, elle rôde, dans l'oreille des gens, elle s'introduit, s'introduit adroitement, et les têtes et les cervelles, étourdit et fait gonfler. En sortant de la bouche, Le tapage va croissant, il prend force peu à peu, vole déjà de lieu en lieu, il ressemble au tonnerre, à la tempête, qui au cœur de la forêt, va sifflant, grondant, et vous glace d'horreur. À la fin elle déborde et éclate, se propage, redouble, et produit une explosion, comme un coup de canon, comme un coup de canon, un séisme, un orage, un tumulte général, qui fait retentir l'air. Et le pauvre calomnié, humilié, piétiné, sous le fléau public, par grand malheur s'en va crever.

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