samedi 29 mars 2014

Libérer les communes d'abord !

Billet paru hier sur La Faute à Rousseau dans la rubrique La Patte à Catoneo (n°8). Archivé !

Plage de Mancinu à Propriano

« Propriano a quenellé » le Conseil Constitutionnel, dit-on à la paillote U Mancinu de la plage. Qu'on se souvienne de Madame Bartoli le mois dernier sur FR3-Corse, ânonnant trois mots écrits par son mari empêché pour comptes de campagne, qui fit le buzz sur la toile. C'était à se tordre¹.
Elle est élue maire dès le premier tour avec un score de 69,49% par la grâce d'une participation de 91% de ses concitoyens ! Elue pour deux mois : « En acceptant de conduire la liste qu'aurait dû diriger mon époux, je n'ai qu'une seule ambition : permettre la poursuite d'une politique menée depuis douze ans au service exclusif de l'intérêt général. Les Proprianais ont bien compris qu'en raison des circonstances, j'assumerai un intérim qui n'excédera pas deux mois ».

Le mari-maire, rad-soc tentaculaire - il s'appelle Paul comme le poulpe - président de l'Office des Transports insulaires, président de l'intercommunalité du Sartenais-Valinco, membre du Conseil exécutif de la Corse, ancien conseiller général, inéligible pour un an, emporta la mairie en 2008 sur un score balkanique de 96% ! Même le cimetière en était tout retourné, c'est dire s'il est aimé, et si les juges parisiens sont méchants.

Justement, les Français aiment bien faire la nique au Système qu'ils considèrent intrusif dans leurs affaires municipales, se sachant capables d'y mettre de l'ordre par eux-mêmes en prenant la voie démocratique, sans qu'il soit nécessaire de clouer l'indélicat à la porte de la grange. Les piloris ont été démontés partout, l'urne les remplace.

Il suffit de voir la masse de condamnés remis en selle par le peuple agacé : André Santini (2 ans sous appel) est réélu à Issy-les-Moulineaux ; Patrick Balkany qu'on ne présente plus, est réélu à Levallois-Perret ; Manuel Aeschliman (18 mois avec sursis) est en ballotage favorable à Asnières ; et Eric Woerth, non condamné mais malmené par la Justice et les médias collaborants, est réélu triomphalement à Chantilly (75%). Il y en a bien d'autres, mais l'inventaire des crapules avérées ou désignées n'est pas le but de ce petit billet trop court. C'est de la fronde gauloise qu'il s'agit.

Même si l'on explique que le Midi réélit facilement ses "parrains" pour tout le "bien" qu'ils font autour d'eux et qu'il les enterre sous des tonnes de fleurs comme Lucky Luciano à Naples ou Georges Frêche à Montpellier, on perçoit quand même, du nord au sud, le mauvais esprit d'un peuple amusé à jouer des tours pendables à la puissance publique. Leçon bien apprise par leurs édiles. Combien de fois a-t-on entendu un politicien condamné sortir du tribunal tout faraud annonçant l'appel prochain au corps électoral : "mon seul juge est le peuple !" ; à croire qu'il ne suffit pas d'être intègre, si on a de l'allure et du bagout, on s'en sortira toujours en pays de connaissances. C'est la démocratie après tout.

Envisage-t-on un jour de réformer nos institutions qu'il sera indispensable de conserver nos trente six mille républiques de proximité quand on voudra faire accepter le démembrement du "mille-feuille" territorial, parce que le pays est construit comme ça, fondé sur l'anarchie gauloise de ses origines. C'est un trait de caractère comme le fromage au lait cru ou le gavage des oies.

Aux royalistes, qui d'ailleurs prônent une monarchie catholique et française toujours, on ne saurait trop conseiller de la cantonner au régalien, de ne pas convoquer trop souvent la prélature et de ne pas s'immiscer ni dans les mœurs, ni dans les affaires locales. Laisser vivre la foire d'empoigne des municipalités en accroissant dans la foulée leur autonomie par une sage déréglementation ; en allant même jusqu'aux fueros consulaires s'il y a de la demande. La France c'est, outre le pinard et l'opinel, le café du commerce, le bar-tabac-loto. La démocratie directe locale est le meilleur abcès de fixation du prurit conceptuel qui refait le monde zinc par zinc, tournée après tournée. Le pouvoir serait avisé de favoriser la dispute démocratique locale dans la grande tradition de la pissotière de Clochemerle.
Cela donnera de l'air aux grands projets, aux grandes réformes. Et en plus, cette liberté retrouvée, confisquée par les étatistes, pourrait être échangée contre la pérennisation de l'espace essentiel d'une gouvernance en toiture, indépendante des lobbies et calculs partisans. Nous en avons déjà parlé ici.

Réinventer, creuser, réfléchir, innover. Le projet avancera plus vite en construction neuve qu'en ressassant les plans oubliés d'un modèle ruiné par le temps et la nostalgie. Malgré ses mérites intellectuels, l'empirisme organisateur a peut-être montré ses limites, du moins n'a-t-il produit jusqu'ici rien à vendre sur le marché politique.
Pensons, pour bientôt faire une offre lisible par tous qui coiffera la concurrence ! Soixante-deux ans après la mort de Charles Maurras, il serait temps d'y réussir.


(1) la vidéo de FR3-Corse en prime (5 minutes) :





vendredi 21 mars 2014

Staatssicherheit Ersatz

Ce billet a-normal était destiné au Crapouillot mais on me dit dans l'oreillette que ce canard de combat a de longtemps fondu les plombs et que je devrais demander une mise à jour des lobes temporaux. Il entre donc frais et moulu en archives Royal-Artillerie dans la catégorie des astrakans.

- la vie passionnante des autres -
Oui, le mot, l'injure, l'insulte étaient à dessein trop forts. Non tant par ce qu'il évoque dans l'imagination populaire, quasiment rien, mais parce qu'il rime avec "nazi". Le "S" est en plus majuscule, ce qui signale l'avatar, le duplicatum, la renaissance. Avec une minuscule, peut-être serait-il mieux passé. Pour être honnête, on doit quand même balayer d'un coup de projecteur la belle France des Droits, qui à la vérité se révèle être une franquisie en peine d'agonir. Sans remonter à la Barbouzeraie de la para-France gaulliste, on notera en marge du papelard les écoutes antiterroristes privées de la cellule élyséenne sous François Mitterrand, un type bien sous tout rapport, élevé à l'ombre portée de la Cagoule. Ce n'était pas la Stasi, Carole Bouquet, feu Jean Edern-Hallier, Edwy Plenel (déjà!) pouvaient en témoigner. Tout au plus un succédané, quelque sorte de Staatssicherheit Ersatz.

On n'imagine pas les successeurs du grand florentin s'en priver, pas même le Petit Reître qui balance avec quelque talent son pamphlet dans Le Figaro de ce matin, dont la meilleure critique au moment est celle inattendue de Bernard Tapie. Qu'un roi de la combinazione comme François Normal de Tulle s'en tienne loin, personne n'y croit. La facilité est carrément irrésistible : « Sarkozy, je le surveille, je sais tout ce qu'il fait » (FH, Elysée - 17.2.14). D'ailleurs je conseillerais amicalement au Crétin de Solférino de passer son bureau au magnétomètre pour chasser le bip ; son portable, lui, est déjà plombé.

Dans notre jour de bonté, nous conseillons également à ceux qui admirent dans le miroir de leur salle de bains le reflet d'une position nationale au sein du gouvernement remanié d'apprendre le langage des fanions de marine dont nous reproduisons ci-dessous la table alphabétique afin de communiquer sans bruit. Inutile bien sûr pour qui connaît le langage des sourds.



Sans minorer le "coup d'Etat verbal" de M. Sapin (faut oser!), Staatssicherheit Ersatz il y a quand même un peu :

  1. Quand les Compagnons républicains de la sécurité sociale bloquent les manifestants du Jour de Colère au moment de la dispersion pour en rafler 250, c'est de la Staatssicherheit Ersatz ;
  2. Quand la police politique (antenne de Viroflay) met le marché en main taupe-passeport à une étudiante russe requérant sa naturalisation, c'est de la Staatssicherheit Ersatz ;
  3. Quand La DGSE a table ouverte chez France-Télécom-Orange pour pénétrer jusqu'à point d'heure les armoires de stockages des données téléphoniques de tous les abonnés, c'est de la Staatssicherheit Ersatz ;
  4. Et quand pour finir, ne parvenant pas à saisir ou salir suffisamment l'ancien président de la République (qui n'est pas ma tasse de thé, loin s'en faut) on met à la mer un système de chalutage des soupçons comme à l'époque de François Mitterrand, on se dit que la boucle est bouclée et que c'est bien là de la Staatssicherheit Ersatz.

Alors les cris de pucelles de la Gauche morale ressemblent de plus en plus aux crécelles des lépreux.


vendredi 7 mars 2014

Abrégé de gouvernance, très abrégé

Paraît ce matin sur le site de La Faute à Rousseau dans la rubrique La Patte à Catoneo ce billet sur la corruption publique. Il n'est pas différé sur Royal-Artillerie comme d'habitude car l'actualité commande ! Il entre en archives RA.

L'approche des élections municipales déterre des affaires qui visent à discréditer, souvent à raison, des candidats venus blanchir leur CV par un succès démocratique. On en trouve dans tous les partis, bien que la République ait été proclamée le régime de l'indispensable Vertu à défaut de quoi elle tourne en satrapies confédérées pour l'établissement de quelques-uns. L'affaire emblématique qui fait rage aujourd'hui mine le premier syndicat parlementaire. Voler des millions d'euros de cotisations par sur-facturation de services ne vient à l'idée de personne au Sentier tant elle est facile à débusquer. A gruger le souverain peuple, faudrait-il avoir du talent, il s'en faut de beaucoup. L'amateurisme règne en maître par construction puisque nous subissons le pouvoir des médiocres partout. Consolons-nous. Plutôt que de dispenser un cours supérieur de bonneteau qui me sera reproché par M. Cazeneuve, faisons le saut d'un demi-monde :

Wang Qishan
La corruption des bureaucraties est le cancer du gouvernement des hommes, disait un sage indien dont j'ai perdu le nom. Depuis l'avènement du fils d'Immortel Xi Jinping, la lutte anti-ripoux a pris des tours en Chine. L'empire céleste de la prévarication est en train de réactiver la radiothérapie des cadres. La méthode a fait ses preuves : le détecteur immobile observe sans ciller la pyramide bureaucratique et quand un électron change d'orbite, il le bloque pour examen ; du moins s'y essaie-t-il.
C'est le Livre Bleu de l'Etat de droit, dans sa 14ème édition publiée par l'Académie chinoise des sciences sociales (CASS), qui a promu cette méthode de tir instinctif. La présentation du Livre Bleu est un énorme raout chaque année à Pékin¹ où il est utile de se montrer pour être prévenu du genre d'armes utilisées.
La compilation des affaires classées a fait comprendre au nouveau pouvoir qu'environ huit cents milliards de RMB (= 95Mds€) avaient été volés par 18000 fonctionnaires en voyage entre 1995 et 2008 et déportés à l'étranger hors des griffes du Fisc chinois. Rien que pour l'année 2011, l'Etat central a arrêté 1631 fugitifs chargés de huit milliards de RMB (1Mds€) qu'il a récupérés. C'est beaucoup.

Tous les enfants de parvenus chinois, qu'ils soient issus du monde de l'entreprise ou de la bureaucratie, terminent leurs études à l'étranger dans un pays de l'OCDE. Les transferts assurant leur subsistance sont normaux, il suffit de régler l'alarme, assez haut quand même car ils dépensent beaucoup, jusqu'à s'acheter l'appartement d'étudiant et tout l'immeuble qui va autour. Mais l'intelligence génétique de la race perce tous les dispositifs de surveillance et l'effort de collimation des services est fait sur les pays étrangers exempts pour le moment de traité d'extradition ou d'entraide fiscale qui sont autant de miroirs aux alouettes. L'évasion pourtant s'aggrave aux dires des "experts".

C'est Wang Qishan (en photo) le chef de la traque. Appointé secrétaire du Comité central pour l'Inspection disciplinaire du Parti communiste chinois afin de le nettoyer de ses éléments les plus corrompus, normal, il est le septième pilier de la sagesse à Zhongnanhaï, un des hommes-dieu de l'empire. Crédité de compétences avérées en finances et en gestion de crise, son air affable et accessible dissimule une poigne de fer et une énorme capacité de travail, parfaitement nécessaire dans ce métier très réactif². Il a aussi un parler franc qui dénote, surtout pour ceux qui ont connu Hu Jintao playmobil, son précédent maître ; un trait de caractère rare : le "prince rouge" sait s'excuser publiquement si ça foire ! Ne faisons pas de comparaisons déloyales avec ceux qui passent et repassent dans nos lucarnes bleues à user de ridicule une confiance depuis longtemps évaporée. Nos foutriquets ne jouent pas dans la même cour. Mais ce sont les autres qui le savent.

La seule limite de ce combat anti-corruption, de l'aveu même des rédacteurs du Livre Bleu, est la crainte d'une déstabilisation de la société dont on arracherait les racines ! Car la corruption est endémique en Asie. On ne conçoit pas la vie quotidienne sans huile de facilitation, sans le petit présent innocent donné par courtoisie pour que les choses du lendemain n'en soient que meilleures. La maîtresse d'école, le policier qui fait traverser les enfants, le facteur s'il monte l'escalier, le guichet d'assistance publique, tous ont leurs étrennes, multipliées. La coutume grimpe l'échelle sociale, à tel point qu'il est des sociétés spécialisées qui font fortune dans les gratifications ; à tel point-bis que l'administration a mis le hola et de manière brutale pour ce qui concerne les fonctionnaires, soumis désormais à une grille de frais très surveillée ; à tel point-ter que l'industrie du luxe dit en pâtir.

Mais l'appétit peut devenir boulimique, et des fois, l'ogre pète la sous-ventrière et dégorge, jusqu'à finir d'une balle dans la nuque sur la place du marché à onze heures, face au soleil.
Alors Wang Qishan met une croix sur un nom de la grande pyramide, essuie ses lunettes, et la vie continue.
Essayons !


Notes :

PS du 18.12.2014 :
En relais du South China Morning Post de Hong Kong, Bill Bishop sur Sinocism ce matin à propos du contrôle des capitaux chinois vers Macao :
I seem to remember when the crackdown started that some analysts said look to Macau as a barometer of how real this crackdown is. It sure looks real, and I am quite convinced it is a mistake to call the corruption crackdown under Xi a "campaign", as I argued here back in July. Much more attention should be paid to the CCDI structural reforms Wang Qishan is pushing. I would call it a "new normal", structural shift towards anti-corruption work. Yes I know the narrative, no free press, no independent judiciary so doomed to fail, and no princelings (yet) so a sham. But I think people have been far too dismissive of some of the changes Wang is making within CCDI system, and the no princelings bit is premature. First, find a princeling who thinks it is business as usual. Second, Xi and Wang are less than 24 months into this and can't hit everything at once, especially as Xi is still consolidating power. It may fail, but the crackdown is already much deeper and longer than almost anyone expected, and the signs are that it is intensifying, not slowing, and looks to be still in its early days inside the PLA.

mercredi 12 février 2014

Dans ma tasse à thé

Ce billet paraît aujourd'hui, sans iconographie, sur le site de Lafautearousseau dans la tribune libre "La Patte à Catoneo". Il ne reflète pas l'opinion de la Restauration nationale qui ne s'est pas exprimée à ce sujet. Il entre en archives Royal-Artillerie.


Qui suis-je ? Le débat identitaire fait rage. Succède aux éditocrates des plateaux télé la majorité silencieuse convertie à la marche, découvrant la joie sous les bannières et calicots de tradition. Elle y défend son identité sans trop savoir qu'elle en a beaucoup et sans doute devra-t-elle progresser mentalement pour ne pas retomber dans l'état cataleptique antérieur, celui du silence grognon. Car on ne va pas passer toute la soirée sur le nombre des marcheurs. Continuer, oui mais comment ? C'est ça le problème. Cette question (piège) traverse tous les rangs de La Manif Pour Tous. La dispute se forme. Pause !

Chaque individu est lié serré au faisceau de ses identités multiples jusqu'à ne plus savoir laquelle prioriser en cas de gros temps. Ces identités nous branchent sur des communautés d'intérêts, de croyances ou simplement d'opinions différentes parfois antagonistes. Par exemple, vous serez niçois de souche, réformé de religion, breton par votre épouse catholique, père de famille par vos enfants, libéral de profession, bordelais d'adoption, fan de basket, anarchiste par défi mais vous voterez Bayrou pour sa seule perspicacité, et vous vous réfugierez dans une abstention boudeuse au second tour. On peut rajouter une bonne dizaine d'identités à celles-là et vous devenez "un petit monde" à vous tout seul. Chacune de ces communautés d'intérêts est susceptible de vous convoquer à sa défense et déclencher à l'occasion un conflit intérieur.

Il n'est donc pas efficace de s'en tenir à "promener" le dimanche une ou deux de ses "identités" pour défendre sa place dans la société. Le 19 janvier, je marche contre l'assassinat des petits d'hommes sous une bannière espagnole ; le 26 janvier, je marche contre la Ferme socialiste et ses croquants aux cris dans mon dos de "CRIF, LICRA, on n'en veut pas" qui n'ont rien à voir avec le contrôle fiscal de ma boîte ; le 2 février, je reprends l'autocar contre la politique sociétaliste des écolo-socialistes et leurs gynécées IKEA pour incapables. J'obtiens des résultats parfois, parfois aucun !

Ce qui nous réunit, nous ? Défendre le Bien commun, une société de bon sens récompensant l'effort individuel, défendre la loi naturelle, la vie, la liberté d'entreprendre, celle de réussir, vivre en paix... tout cela ne peut se faire longtemps par la marche. Sauf à vouloir son nom dans le Guinness des Records, on n'a jamais vu le paysan et son chien mener au pré leurs vaches bordées de cochons entourés de chevaux, le tout précédé d'une horde de chats ! Il faut y mettre de l'ordre, et quand au-delà du moi on veut parler du "nous", le niveau où toutes ces choses se décident est celui du gouvernement de la Cité. Politique d'abord !

Arrêtons de marcher. Il faut structurer le vecteur politique de ces revendications, en prendre son parti, et c'est bien là que ça bloque dit-on dans les arrière-salles de café. Dès que se profile la constitution d'un parti politique explosent les ego. Moi, moi, moi ! Nous sommes en Gaule où chaque hutte loge un parti. Nous sommes en France où chaque club de boules à son président. Pendant le débat, s'agrègent à ceux qui ont marché - une sorte d'anciens combattants - les pompiers de toute espérance, dépêchés par les partis en cour, les partis rationnaires de la république, ceux qui en vivent. Et commencent les contorsions sémantiques parfois doctrinales de prébendiers repus venus phagocyter les velléités de concurrence des mécontents, sauvages se moquant du cursus honorum, hurons de sous-préfectures, gens capables de tout foutre en l'air dans les phynances puis de s'en retourner à la besogne, laissant derrière eux les ruines d'une fortune bourgeoise chèrement acquise par entregent et corruption.

Il faut passer outre, sinon sur le ventre. Chez le Great Old Party (entendez les Républicains américains) c'est exactement cette résistance de l'establishment à une vigueur régénératrice qui a créé le Tea Party de Sarah Palin. Le Tea Party a littéralement bouffé le GOP en convertissant ses éléphants à une honnête simplicité populaire. La révolte a commencé à l'échelon local pour remonter tout le champ politique par osmose. En s'attaquant aux communes, le Tea Party français pourrait bouffer l'UMP devenu le parti des désordres, et même le FN rénové avec lui ! Il a défilé dans les rues de Paris, mais il ne le sait pas et il se fait tard.

Sur quoi le fonder durablement pour rebondir plus tard ? Peut-être sur le faisceau identitaire individuel statistiquement le plus fréquent en France, en commençant par les racines. Gréco-romaines-chrétiennes, tout le monde est d'accord. Sur l'éducation familiale des enfants et leur établissement social, pas une voix ne manque. Sur les libertés publiques de plein droit avec contrôle a posteriori, sauf Charles X tout le monde opine. La même justice pour tous en appliquant strictement les codes, personne n'est contre. Une honnêteté scrupuleuse exigée des représentants et leur expulsion de la sphère politique à défaut, RAS. A chacun de continuer ici en prenant soin de rester majoritaire.

Oublions la racaille mentale d'aujourd'hui qui croit nous gouverner en progressant en crabe, ne cherchons pas à contrer pied à pied son prurit législatif. Refondons plutôt une nouvelle France « classique » qui redonnera du tonus à ce cher vieux pays, à partir des atouts qu'il a toujours nombreux. Le programme ? Il est au début de ce billet : le Bien commun etc.

Reste à trouver en France le "Sarah-Palin" capable de descendre un grizzli de face tout en nous criant "Don't retreat, reload !". J'ai bien une idée, mais elle ne plaira pas sur ce site où l'on croit au leadership des princes. Il n'est pas au programme de compromettre un scion dynaste dès le début ; on le vendra plus tard. On ne recrute pas demain matin l'envoyé de la Providence, un puits de science, encore moins un génie ; il y faut du culot, de l'allure, de la résilience et une image avenante. Avez-vous trouvé ? Moi, je n'entends pas qui vient mais rien ne sortira des partis à l'affût.


NB: Ce billet est pur jus de crâne du rédacteur ; on l'enrichira diablement par les consultations suivantes :
- L'Identité malheureuse d'Alain Finkielkraut, Stock 2013
- Les Embarras de l'identité de Vincent Descombes, NRF 2013
- Machiavel, la vie libre d'Emmanuel Roux, Raisons d'agir 2013

dimanche 26 janvier 2014

France-Chine la longue marche

Sous le titre Partenariat en perspectives, ce billet a été publié dans l'Action française 2000 du 16 janvier 2014 dans le dossier "Noces d'or franco-chinoises" à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'ouverture de relations diplomatiques normales entre la France et la Chine populaire, sous le premier septennat du général De Gaulle. Il entre en archives Royal-Artillerie.

Le 27 janvier 2014, l’orchestre symphonique de la Garde républicaine de Paris donnera un concert au Musée national de Chine à Pékin, et le 28 au Grand Théâtre de Shanghaï à l'initiative de la Fondation Charles de Gaulle et de l'Institut des Affaires étrangères du Peuple chinois. Suivront des expositions itinérantes. On eut aimé faire mieux pour le cinquantenaire de la réouverture de relations diplomatiques établies par le roi Louis XIV et l'Empereur Kang-Hi, relations affaiblies par les traités inégaux puis interrompues par la guerre sino-japonaise et ses conséquences ; mais notre aisance financière nous bride. Charles de Gaulle est le seul président français imprimé dans les mémoires célestes, le côté "théâtre ambulant" y étant pour beaucoup car le paraître est une qualité recherchée en Chine. Le mettre en avant dans cette commémoration est à la fois juste et avisé si on veut tirer l'événement par le haut, après l'avalanche de cuirs et couacs de cette décennie. Nous n'avons pas tant d'atouts en Chine pour ne pas les utiliser tous.

Cinquante ans de partenariat diplomatique, puis stratégique à partir de 2001, ne laissent d'étonner, mais la Chine a une considération particulièrement avantageuse de la France qu'elle voit plus grande qu'à la toise. Cette péninsule du bout du monde, où le soleil accepte de se noyer, cumule la géographie inédite d'un finistère et la réelle beauté de paysages contradictoires et inédits. Son histoire, longue quand même de la moitié de celle de l'éternel empire, est la construction inlassable sur le même coin de Terre d'un petit empire à lui seul, indépendant et arrogant toujours, envahissant parfois, en bien des points semblable à l'enracinement continu des Hans sur leur sol. Et pour les maîtres d'aujourd'hui, elle fut l'inventeur de tous les communismes originels. Kampé ! Le pays fait riche, la culture impressionne, ses atouts sont inimitables ; et sa gastronomie universellement prisée est le meilleur label qui puisse convaincre un Chinois converti aux crus bourgeois du Bordelais.

Si leur partenaire est le plus petit des Cinq Grands ou dit-tels qui veulent juger les nations au Conseil de Sécurité, la France y ajoute le gouvernement de l'Afrique, soit directement par sa gendarmerie coloniale, soit indirectement par le travail de réseaux inavoués et de services rompus au métier. Ce tropisme français nous vaut d'ailleurs des bataillons de locuteurs français chez les Chinois qui commencent leur carrière en Afrique francophone, et un peu de respect aussi. Le Mali à cet égard nous a fait beaucoup de bien, comme Bouteflika au Val-de-Grâce.

✝ Paul BERLIET
L'autre intérêt porté à notre pays est à l'image des produits de luxe dont nous sommes si fiers et à juste raison : la technologie de pointe appliquée. Notre cousin germain est apprécié au poids de son sérieux et à l'épaisseur de ses carrosseries, quand nous-mêmes le sommes aux fulgurances de l'innovation. Transport ferroviaire, énergie électrique nucléaire, missiles, gros porteurs aériens les appâtent, même s'ils ne passeront pas de contrat d'exclusivité à notre bénéfice. Et dans des domaines moins évidents, nos relations sont plus développées qu'on ne le dit pour des raisons de confinement technique, au sein de groupes de travail permanents abordant les questions militaires. D'où leur totale incompréhension de contrats mercantiles passés jadis avec Taïwan dans le domaine des armements, Mirages et frégates La-Fayette, affaires visant à contrer sur sa zone d'effort le complexe militaro-industriel américain ! Les effets pervers de ces contrats qui se font encore sentir chez nous, suggèrent à nos interlocuteurs, largement commissionnés pour se taire, de ne pas nous dire : on vous l'avait bien dit. Ceci nous amène à considérer notre handicap majeur : le défaut de vista et l'impermanence.

Avec tous les atouts dont nous disposons et malgré une taille globale devenue modeste au pantographe de la mondialisation, nous avons la main dans certains domaines, l'eau par exemple. Tout le monde n'en peut dire autant. Mais nous entamons gravement cet avantage qualitatif par la faiblesse de notre régime politique fondé sur les zigzags de l'alternance qui montrent à l'envi foucades et demi-tours, en face d'un empire ayant aboli le temps sur un vecteur de développement inchangé depuis l'aube du monde. Le surgissement démocratique d'amateurs ou de parvenus ignorant toute étiquette, voire d'une grossièreté inexplicable chez les héritiers de la "France des Lumières", n'est pas compréhensible pour des dirigeants chinois formés sur plusieurs lustres à la compétence et à la sérénité exigées par de hautes fonctions de responsabilités. Rappelons qu'il s'agit rien moins que d'administrer sous une même loi un milliard et trois cent cinquante millions de gens ! Du jamais vu sur Terre.
Le "China Dream" du président Xi Jinping n'est que la feuille de route des anciens empereurs, on n'en pourrait dire autant du nôtre. Finalement le peuple français a la redoutable imbécillité d'élire ceux qui obéreront au mieux ses chances, ce qui suffit à convaincre les Chinois que notre démocratie doit rester cantonnée chez ses fondateurs, ce dont ils tirent grand avantage.

Jean-Pascal TRICOIRE
Cet affolement constant des élites chez nous - ne citons pas les trépidations de ces jours-ci (ndlr : au moment, Dieudonné, Valls et Julie Gayet) - et l'impermanence des politiques menées entament plus qu'on ne croit la confiance de nos partenaires, et ce, même au niveau du chef d'entreprise chinois intéressé à se développer en France. Ils sont tentés de ne saisir qu'une opportunité à court terme au lieu de privilégier l'avenir, au simple motif que nul ne sait de quoi sera fait le lendemain chez nous. Les désordres en voirie ne les effraient pas - ils connaissent les leurs, parfois plus sanglants - mais la déconsidération des cadres, l'anarchie syndicale, l'apathie de l’État à réprimer les désordres industriels, la complexité mouvante des procédures, les réticences à l'achat de valeurs patrimoniales captives comme les vignes, qu'on n'emportera donc jamais, et un code du travail monstrueux freinent l'élan alors que l'intention est là. D'où l'intérêt d'une diplomatie parallèle établie sur la durée et menée par des connaisseurs, diplomatie sans dentelles capable de limer les aspérités et les surprises d'une politique au jour le jour, d'un niveau parfois affligeant.

Cette diplomatie parallèle mérite d'être renforcée, le Comité France-Chine fondé par Paul Berliet et présidé aujourd'hui par le patron de Schneider Electric n'y suffit plus. D'autres capteurs de marchés dans les mains d'acteurs économiques validés par le business - un langage que les Chinois comprennent sans explications - doivent investir l'espace à côté des réseaux classiques d'influence que sont les chambres de commerce, les PEE, Ubifrance, Invest in France Agency (IFA), Sopexa, Atout France ou le French Centre for Research on Contemporary China de Hong Kong. Notre présence se renforce déjà au niveau des piétons. Les expatriés permanents se comptent eux-mêmes vingt mille à Shanghai, quinze mille à Hong Kong et sept mille à Pékin. Ils se disent contents. Cinquante ans de mariage sont des noces d'Or. Champagne !


mardi 21 janvier 2014

Marcher pour le Roi Mort

Ce texte a été publié par le site de La Faute à Rousseau, la semaine dernière, dans sa rubrique "La Patte à Catoneo". C'est une patte de chat qui cache des pattes de mouche. Il entre en archives Royal-Artillerie. Ce billet est le second commis par le piéton du roi pour le site de propagande de la Restauration Nationale ; le titre annonçait le cortège Action Française de dimanche dernier.


Dans son Journal d'une femme de cinquante ans¹, la marquise de La Tour du Pin relate son 21 janvier 1793 ; ils étaient réfugiés chez une amie à Passy, village alors hors les murs.
Pour les situer : Gouvernet, son mari, avait été colonel du Royal-des-Vaisseaux, puis après un poste diplomatique à La Haye fin 1791, il parvint après bien des péripéties à émigrer en famille aux États-Unis. L'Empire et Talleyrand ayant sollicité son concours, il ne purent obtenir son accord que tardivement pour la préfecture de Bruxelles ; la Restauration lui confia les ambassades des Pays-Bas puis de Sardaigne après le Congrès de Vienne où il négocia dans la délégation française, puis il refusa l'usurpation de 1830 ce qui lui valut la prison. Elle-même avait été dame de compagnie de la reine à Versailles, comme sa propre mère auparavant ; c'était une Dillon de grand caractère, capable de tout faire et experte en chevaux, Dillon du régiment irlandais², Dillon aujourd'hui du rhum Dillon de Martinique. Les voici à la fenêtre de Mme de Poix :
« Le matin du 21 janvier, les portes de Paris furent fermées, avec l'ordre de ne pas répondre à ceux qui en demanderaient la raison au travers des grilles. Nous ne la devinâmes que trop, et appuyés, mon mari et moi, sur la fenêtre de notre maison qui regardait Paris, nous écoutions si le bruit de la mousqueterie ne nous apporterait pas l'espoir qu'un si grand crime ne se commettrait pas sans opposition. Frappés de stupeur, nous osions à peine nous adresser la parole l'un à l'autre. Nous ne pouvions croire à l'accomplissement d'un tel forfait, et mon mari se désespérait d'être sorti de Paris et de ne pas avoir admis la possibilité d'une semblable catastrophe. Hélas le plus grand silence continua à régner dans la ville régicide. A 10 heures et demie, on ouvrit les portes, et tout repris son cours comme à l'ordinaire. Une grande nation venait de souiller ses annales d'un crime que les siècles lui reprocheront !... et pas une petite habitude n'était dérangée » (T.I-ch.XIII-§.II).

Le sang de Louis XVI devait être, selon son dernier vœu rapporté par Sanson, le « ciment du bonheur des Français ». Hélas, nous entrâmes dans un tunnel de cent cinquante ans de guerres et de dévastations ! Que l'on croit ou non en la justice immanente, le sang du roi est retombé sur nos têtes. Nous sommes les héritiers indivisaires du péché monstrueux de nos pères qui est plus difficile à laver que le péché originel, racheté, lui, par la venue du Christ. Est-ce pour cela que nous en sentons encore le poids ?

Le temps existe-t-il ou n'est-il que convention de la Relativité ? Nos mœurs, nos choix d'aujourd'hui ont-ils pesé jadis ? Vraie question si l'on abolit l'abscisse des temps : sommes-nous maintenant coupables en pensées et en actions de laisser retentir en nous les désordres révolutionnaires d'antan ? Que renvoyons-nous aux mânes des suppliciés de Septembre de plus que nos petites lâchetés et une prière rapide chaque 21 janvier ? L'acceptation discrète de notre asservissement moral et matériel, le confort du jacobinisme transmuté en social-démocratie orwellienne, le laisser-passer donné à de nouvelles hordes sans combattre ! Sommes-nous dignes de leur martyre ? Moi, j'en doute, et c'est en ce sens que j'éprouve une gêne à chaque anniversaire du 21 janvier 1793.

Le marquis de La Tour du Pin Gouvernet, pourtant habitué au carrousel des régimes, lui, n'accepta pas les Trois-Glorieuses. A 73 ans, il se jeta sans hésiter dans la révolte de Marie-Caroline de Bourbon-Siciles quoiqu'il ait dû lui en coûter fors l'honneur. Il prit trois mois de forteresse !

Marcher pour le Roi Mort est une manifestation nostalgique de tradition. En conscience, elle nous semble nécessaire et le serait sans doute davantage si nous la vivions comme une expiation, non tant du crime que de notre réserve. C'est ce qu'évoque la chapelle érigée par Louis XVIII au cimetière de la Madeleine vers laquelle nous devrions marcher la tête couverte de cendres, du moins s'en oindre le front et ranger les bannières, à défaut de pouvoir prendre les armes.

La conjuration du mauvais sort passe par l'instauration d'un roi qui renouera les fils de notre destin. Prions pour nous d'abord ! Louis-Auguste de France est, lui, tiré d'affaire. Pas nous !

Messes partout (cf. La Faute à Rousseau).


Note (1): Cet ouvrage est en accès libre chez la Gallica.
Note (2): Consulter la notice de Jean-Louis Vial sur Nec Pluribus Impar.


mardi 31 décembre 2013

Le doute républicain

Ce texte a été publié par le site de La Faute à Rousseau, la veille de Noël. Il fait suite à un signalement du Lien légitimiste, grand fureteur internautique devant l'Éternel. Il entre en archives Royal-Artillerie, avec la photo de notre interlocuteur, pour nous servir de billet de la Saint-Sylvestre.

Sur le site de Riposte laïque, un des responsables de l'association Résistance républicaine¹, du nom très offensif de Philarcheïn, poursuivi par le MRAP pour hétérodoxie, commence à allumer la lampe du doute. Républicain sincère - il faut l'être pour cotiser - il se croyait en 1789 et se réveille en 1793. Ce n'est plus le même tabac à priser, on l'a coupé de piment rouge. Le jacobinisme fait rage et l'ennemi n'est plus à la frontière mais carrément dans les caves du régime ! Si la terreur ne saigne pas le corps de ses contempteurs elle en saigne les comptes, et à coup d'assignations avance inexorablement comme le désert chanté jadis par France Gall. Il y a de quoi s'insurger, vous savez "celle qui vient" comme ils disent à Tarnac.

M. Philarcheïn se tâte :« A choisir entre une République immonde, comme celle d’aujourd’hui, où la terreur exercée contre le peuple est cogérée par la racaille et par l’État, et une monarchie absolue où la police ferait enfin son boulot, où la justice ne servirait qu’à coffrer de vrais méchants, je serais prêt à faire mes bagages pour rejoindre cette monarchie absolue ! »
Et je lève le doigt. Ne partez pas, monsieur Philarcheïn - il envisage l'Espagne - faisons-la donc ensemble ici. Vous cherchez la liberté en monarchie, vous ne pouviez pas mieux tomber. C'est fait pour !

La liberté ne foisonne que dans un écosystème bien réglé où le bien commun prime pulsions et caprices et bride le malin, et d'expérience, le meilleur système social n'est-il pas celui où les cadres fondamentaux sont préservés de la dispute partisane, des ligues et des clans ? Arrachons la police et la justice au jeu des dépouilles post-électorales et stabilisons-les en les mettant hors de portée des vibrations de l'alternance politique ; comme on a su le faire mais pas complètement de notre diplomatie et de notre défense. Quand nous serons redevenus sérieux, peut-être même reprendrons-nous la main d'une façon ou d'une autre sur notre monnaie. Police, justice, diplomatie, guerre et monnaie sont les pouvoirs "régaliens".

Et puis il y a tout le reste. Les rapports sociaux, la défense des intérêts catégoriels, les contraintes des métiers, les espérances des créateurs, la paresse des rentiers, la vie des familles, les problèmes de conscience de chacun, la foi, la douce anarchie des libre-penseurs, la dure besogne aussi, que l'on convoque au jour-dit pour décider ensemble du cadre spécifique à un projet, un défi, une nécessité, une prévision : c'est la démocratie. Plus bas est l'étage de débat, meilleur est le procédé. Il en fut ainsi pendant tout l'Ancien régime où l'on votait bien plus souvent qu'on ne vous l'a dit.

Pourquoi, dans cette sphère publique, qui n'est pas du tout subordonnée à la sphère régalienne mais sa soeur équipotentielle, ne serait-il possible d'essayer la démocratie directe à la suisse. Ce n'est pas notre tempérament, disent nos représentants aux Chambres haute et basse, mais on peut essayer de faire un peu de pédagogie pour former le caractère des jeunes générations à l'intelligence d'une certaine autonomie. En général, ça plaît.

Alors, ce que je vous propose, monsieur Philarcheïn, c'est de marcher de conserve vers un régime nouveau où nous laisserons une famille royale préparée à sa charge passer des nuits blanches en ses conseils pour nous garantir la paix civile essentielle, tandis que nous débattrons, nous, de tavernes en tavernes sur les mesures absolument indispensables que réclament le travail, l'industrie, nos exportations, l'investissement, les routes et canaux, le trottoir des péripatéticiennes et dix mille choses passionnantes que nous porterons ensuite au choix de nos concitoyens dans notre sphère d'intérêts communs par la "votation".
Chiche ?

(1) Signalé par M. de Villèle dans le Lien légitimiste n°54


dimanche 10 novembre 2013

Le 75 Mle 1897 comme promis


Je romps le silence et rouvre le blogue pour une contribution de Royal-Artillerie à la commémoration de l'Armistice, ce que nous fîmes chaque année¹. Il n'est pas sûr que le blogue soit encore en ligne dans cinq ans pour le centenaire. Les contributions s'amassent partout dans le mouvement d'accaparement lancé par le pouvoir actuel pour masquer son incurie crasse dans les domaines économique et social. Nous avions promis l'an dernier le canon de 75 qui, dans la collection, fait le pendant du char Renault. Le voici donc sur Royal-Artillerie (normal !)



Le propre d'une arme de guerre étant de la finir, le canon de 75 Mle 1897, comme le char Renault FT1917, a conquis ses lauriers sur sa résilience aux pires conditions de combat avec maintien de ses capacités de suprématie. L'un et l'autre mettent en valeur le haut niveau technologique de l'industrie française de la Belle Epoque, un souvenir. Des armes légères ont elles-aussi convaincu leurs utilisateurs dont le fusil à répétition français MAS36 et le fusil automatique Kalashnikov AK47 russe. Nous verrons dans ce billet, successivement l'avantage technique apporté par ce canon et l'avantage tactique.

La technique du 75

On comprend bien que, le canon d'artillerie étant une arme de destruction à longue portée, le rapport capacité de choc/manoeuvrabilité est le paramètre primordial d'un canon dit de campagne, donc mobile. La contrainte de taille et de poids est donc forte ; il faut investir beaucoup d'intelligence pour y donner aussi la puissance. La destruction visée devant être opérée dans un carré précis, il importe que la mise à feu et la détonation de la cartouche n'altère pas les données de pointage, ou le moins possible, car il en va du réglage du coup suivant et in fine de la cadence de tir, et donc de la masse destructrice expédiée à destination dans le délai imparti.

Cette conservation des éléments de pointage est apportée par l'amortisseur de recul (et un peu par le frein de bouche mais c'est une autre histoire, le 75 d'origine n'en eut pas). Plus la loi de recul est longue, meilleur est l'amortissement. Ce recul long était le vrai défi. Deux ingénieurs français de l'armement, Deport et Sainte-Claire Deville, le relevèrent avec succès aux Ateliers de Puteaux en 1895.
Il s'agit d'actionner par le recul du fût un cylindre-piston hydraulique parallèle disposé en dessous, qui comprimant l'air d'un tube esclave fait frein progressif et renvoie l'énergie comprimée au fût qui reprend sa place. Ce principe est très répandu aujourd'hui dans les amortisseurs automobiles. Rosalie Lebel qui a tous les croquis, nous offre une description synthétique du principe :
« Un piston, lié au canon, coulisse dans un réservoir cylindrique rempli d'huile oléonaphte. Ce réservoir communique avec un autre réservoir cylindrique dans lequel de l'huile et de l'air sous pression sont séparés par un piston libre. Au départ du coup le canon recule entraînant le piston, l'huile est refoulée au travers d'un petit orifice, ce qui freine l'ensemble. Dans le cylindre inférieur l'huile comprime aussi l'air, dont la détente à la fin du coup va repousser le canon à sa position initiale, et qui participe aussi au freinage ». Et elle nous offre aussi le schéma :


On comprend donc que plus le cylindre est long, moins brutal est l'encaissement du choc de départ du coup par l'affût immobilisé au sol. Les canons de l'empire reculaient sur leurs roues déréglant le pointage, le canon Deport à recul élastique permet de tirer sur un affût soudé au sol par des freins de roues à abattage et une bêche de timon. Le rechargement en culasse par cartouche prête à l'emploi permet de tirer 12 coups par minutes (20 cpm théoriques), ce qui est considérable pour l'époque. On arrive à la tactique, mais signalons avant cela que notre qualité de fabrication de l'époque permettait de tirer 15000 coups avant de réformer le tube !

Courtoisie L&F Funcken Ed.Casterman


La tactique du 75

Outre son "immobilité" d'axe, le canon Deport dispose d'un dispositif de pointage en site et hausse très précis qui dispense d'une visée à vue directe, celle-ci restant possible. Le tir peut donc être réglé par un observateur déporté ou avancé qui, lui, voit l'impact et communique ses corrections. A la limite, le canon peut tirer de n'importe où pourvu qu'il y accède avec son caisson à munitions.



La batterie de 75, hippomobile au départ, est formée de deux voitures.
Une voiture-canon (avec 24 coups - photo ci-dessus) et une voiture-caisson de 96 coups, dont les trains-avant reprennent le vieux principe de dissociation des trains de Gribeauval ; ils sont détachables pour la mise en batterie mais le train-avant reste attelé pour sortir de batterie sans retard. Ils mobilisent douze chevaux (2x6) pour s'affranchir des mauvais chemins, mais peuvent se déplacer avec huit seulement sur route carrossable. Pendant la guerre, on les tractera derrière des camions ou dans des bennes.

On voit donc qu'une batterie réglementaire à quatre pièces de 75 Mle 1897 dispose d'une puissance de 480 coups livrables à 8 kilomètres à la cadence de 50 coups/minute, ce qui justifie amplement la définition de canon à "tir rapide". La mise en batterie prend une minute, le pointage autant. Le canon rapide de 75 Mle 1897 est aussi une batterie rapide.
Le premier engagement de ce canon fut réalisé par le corps expéditionnaire français en Chine lors de la révolte des Boxers. On en vendra à tout le monde, sauf à la Prusse (?!) mais le III° Reich en prendra beaucoup en 1940 qu'il redéploiera en Russie et sur le mur de l'Atlantique.

Courtoisie Rosalie Lebel


Les liens utiles sont en bas de page. Nous ne pouvons terminer sans rendre un hommage appuyé aux millions de soldats tués, cassés, gazés, mutilés et aussi rescapés de la Grande Boucherie. D'aucun bord qu'ils furent, ils y allèrent de "bon cœur" au début du moins, prouvant en cela un attachement sincère à leurs valeurs, coutumes et terroirs ; et pour certains venus des antipodes, une indéfectible fidélité à leur serment. Puis vint vite le terrible éclaircissement des rangs et l'enthousiasme mécanique le céda à la peur au ventre, les bourdonnements d'oreille, le cœur au bord des lèvres ; mais toujours vaillants, ils sortirent de la tranchée, à l'assaut d'une tranchée d'en face pareille à la leur, jour après jour, dans la boue et la pourriture, la glace ou la sueur, au milieu des cris, des pleurs, des vociférations, sous le fusant de l'obus coup parti.
Profond respect.

Il y eut aussi l'arrière qui tint bon. Honneur aux femmes de France.

L'an prochain, si nous faisons un billet le 4 août 2014, nous chercherons à comprendre le ralliement de Charles Maurras à l'Union sacrée, et nous briserons là.



(1) Billets du 11-novembre antérieurs :
2012 - Le char Renault FT1917
2011 - Onze au cube
2010 - Nous nous souvenons
2009 - Onze novembre 2009
2008 - Onze novembre 2008
2007 - Onze novembre
RA n'avait pas fait d'articles sur le 11-novembre dans les années antérieures à 2007


Aquarelle de Pierre Comba


Sources :
http://canonde75.free.fr/intro.htm
http://basart.artillerie.asso.fr/article.php3?id_article=345
http://rosalielebel75.franceserv.com/canon-campagne-75.html
http://www.materielsterrestres39-45.fr/fr/index.php/artillerie-legere-de-campagne/15-france-artillerie-campagne/393-canon-de-75-modele-1897
http://canonde75.free.fr/canonsmodifies.htm
affut de bord 1 : http://jemepromaisne.free.fr/75/75-1.jpg
affut de bord 2 : http://jemepromaisne.free.fr/75/75-2.jpg
DCA : http://aldfs.bb-fr.com/t44-canon-de-75-mle-1897-sur-plateforme-puteaux-mle-1915



Articles les plus consultés

Compteur de clics (actif)