vendredi 29 août 2014

Quatrième minute nécessaire: les parlements

Voici la quatrième livraison de la minute de l'Union royaliste Bretagne Vendée militaire. Elle brosse la constitution et la pertinence des parlements provinciaux dans l'architecture étatique de l'Ancien régime.



C'est du concentré, mais il y a tout ou presque. On frise l'exploit ! L'organisation juridique de la monarchie d'Ancien régime mérite d'autres développements, d'autant que les particularismes locaux sont très nombreux. C'est la raison pour laquelle Royal-Artillerie avait cantonné ses recherches sur l'Etat quotidien d'Ancien régime à la province de Languedoc, n'ayant pas le format utile ni les compétences requises pour embrasser plus largement la question.

On notera simplement qu'avant le roi (au sens d'Etat) existait des seigneurs-justices qui localement assumaient cette fonction sociale et un système d'instances. Voir La justice du roi sur ce blogue.


vendredi 8 août 2014

Le choc à mains nues, impossible !

Comme tout vieux con réac, je suis les affaires du califat-nouveau-est-arrivé et l'exode des Nazaréens pour m'en indigner. Savoir les Chaldéens, Nestoriens et Syriaques expulsés du territoire qu'ils occupent depuis deux mille ans, me fend le coeur. Aussi, comme tous les blogueurs climatisés, suis-je attentif à la marche des armées en présence et à l'impassibilité précaire des armées d'observation. Il n'est pas long d'en faire la liste :

Cliquez sur l'image pour le Nord-Irak


En marche :
- l'armée de la République d'Irak, composées pour l'essentiel d'Arabes des marais et dotée de moyens d'appui aérien ;
- l'armée du Califat islamique, composées de bédouins arabes et d'étrangers musulmans, rééquipée sur les stocks abandonnés par la précédente ;
- l'armée du Gouvernement régional du Kurdistan (Irak) appelée souvent Peshmergas, mais qui semble avoir le dessous - cette guerre va décider du futur Kurdistan ;
- l'armée des Zeravani, la gendarmerie kurde alliée à la précédente ;
- l'armée du Parti de l'union démocratique (Kurdes syriens) ;
- l'armée du Parti des travailleurs du Kurdistan (turcs).

En stand-by :
- l'armée de la République de Turquie, la plus puissante sur zone ;
- l'armée de la République islamique d'Iran, dans ses deux composantes antagonistes, les gardiens de la Révolution et l'armée régulière ;
- l'armée du Royaume de Jordanie ;
- la 5è Flotte américaine.

Le lecteur intéressé peut acheter la carte routière du Moyen-Orient pour ne pas s'embourber dans les sables mouvants et planter des petits drapeaux, ça change tous les jours. Pas de stratégie chez Royal-Artillerie pour aujourd'hui. Dans la liste, vous avez noté (ou pas) l'absence d'armée chrétienne, sauf la 5th US Fleet venant d'un pays où le président jure sur la Bible.

La dernière armée chrétienne de conviction fut celle du général Henri Gouraud, fameux pour son exclamation à la Grande Mosquée omeyyade de Damas devant le mausolée du libérateur de Jérusalem : "Saladin, nous revoilà !". C'était sous le mandat français conquis de force dans les années 20. Avant lui, pour retrouver l'épée, il faut remonter aux Etats croisés du Proche Orient qui se liquéfièrent à la capture de la citadelle de Saint-Jean-d'Acre, prise le 28 mai 1291. Ça fait un bail.
Néanmoins ces communautés chrétiennes étaient parvenu à survivre entre ces deux dates, tantôt protégées, tantôt assaillies, soit approximativement durant six siècles, dont un peu plus de quatre sous le régime ottoman. Les fidèles du Christ flottent comme le bouchon sur la vague, s'abandonnant au bon vouloir du tyran en place, et préférant toujours un pouvoir laïque, ou déclaré tel, qui endiguera ses ennemis de la religion de paix bien connue. D'où le succès d'estime du gang Assad et de la famille Saddam Hussein à l'époque moderne. Ce qui explique une partie de l'acharnement du nouveau "califat".

Le choc des civilisations, refusé par la vieille Europe sénile, est bien un fracas des civilisations et la géopolitique s'en mêle. Il est malheureusement dans l'ordre des choses que des communautés désarmées, ne pouvant que chercher des protections ci ou là, finissent par disparaître quelle que soit l'antériorité de leurs titres cadastraux. A moins qu'une armée chrétienne ne les défende en exterminant les vilains, ce que sembleraient vouloir faire les Etats-Unis depuis ce matin. Les rescapés leur en sauront gré, même si les troupes de combat ne tomberont plus du ciel. Ils ont déjà donné, sous les huées de la communauté internationale. C'est bon !

Pour finir sur une note optimiste, je ne vois pas grand avenir à la religion de la joue tendue dans le monde polémologique de demain. Le pape, combien de divisions ? il serait presque temps de s'y mettre pour de vrai.


samedi 2 août 2014

Au camp d'Ailly !

Si le vent du Nord a emporté ta cabine à Zuydcoote, avec la pelle et ton seau, si ta copine blonde à forte poitrine s'est enrôlée dans l'armée de Van Rompuy sans prévenir (en photo), si ton communiste de père a décidé de bouffer ton héritage avec une tarlouze jamaïcaine, si tu désespères de voir un jour un chef couillu nous sortir de la mouise sans faire des rails de cocaïne, prend ton fusil et va au camp !
Le programme est sans appel : cette année, on y est contre le libéralisme, ce qui fait un "contre" de plus, mais au-delà de la déploration traditionnelle, tu apprendras à réfléchir.
C'est la méthode critique qui compte, applique-la aux conclusions bien ou mal étayées, ne te laisse pas convaincre (il y a vaincre dans convaincre), assimile et adopte, et n'oublie jamais qu'en dépit des célébrations du VIII° centenaire de la naissance de saint Louis, la France d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec l'époque du chêne de Vincennes, mis à part les Croisades qui pourraient bien redémarrer. Connais le vrai pays réel, ce qui t'évitera bien des déboires au-delà d'une efficacité accrue !

Tout est dans l'affiche ci-dessous. On n'y dit pas que tu te feras des ami(e)s de qualité, mais c'est finalement ce qui restera quand tu auras tout oublié.




mercredi 30 juillet 2014

Réflexions sur Bouvines-2014

crédit Jean-Marie et Régine
@ Noblesse & Royautés
Nul n'a regretté l'absence du premier ministre catalan aux commémorations de Bouvines. "Bouvines ? Épelez ?" aurait-il dit à son chef de cabinet. Ni aucune autre absence finalement. Les reportages diffusés par le CER ou la Voix du Nord qui a remarqué Louis de Bourbon, ou même l'UPR qui a bien recadré les leçons tirées de l'histoire, se sont attachés à la commémoration, renvoyant ce faisant les politiciens à leur "communication" racoleuse chassant l'émotion pour exister.

La naissance d'une nation française sur les deux-tiers nord du pays - pour le dernier tiers, il faudra attendre la chute de Toulouse en 1228 et un futur apaisement du Midi ravagé par la croisade des Albigeois - telle naissance ne pouvait émouvoir un "président de la République", chroniqueur en chef des malheurs du temps, carrément inculte (mais son prédécesseur était pire), ni même les médias nationaux affairés à vendre de la soupe en sachet sur le dos des Gazaouis et des voyageurs crashés morts. On avait l'archevêque et le roi en "attente", que pouvait le peuple venu nombreux demander de plus ?

Les royalistes, eux, ont diversement apprécié les aigreurs d'estomac du vieux prétendant d'Orléans qui, apprenant la venue en vedette de l'aîné des Capétiens, s'est fendu d'un tweet et d'un communiqué "officiel" excusant son absence pour raisons personnelles et familiales (sic, c'était pourtant Bouvines!) et réaffirmant ses droits à la couronne de France, ce qui était pathétique en pareille circonstance. On ne le privait de rien, et ne lui en demandait pas plus ! Il faudrait une bonne fois que les choses soient claires, la maison d'Orléans n'est que l'héritière de la Monarchie de Juillet et n'a aucune légitimité à revendiquer l'exclusivité de l'héritage des quarante rois qui l'ont précédée. Pour plusieurs raisons et de son propre fait.

Vous ne pouvez être héritier de quoique ce soit qu'en vertu d'une ascendance. Or il y a eu rupture de la chaîne dynastique quand le duc d'Orléans, Philippe Egalité, fit couper le cou du roi de France Louis XVI après lui avoir pourri la vie de mille manières, fomentant troubles en continu avant et pendant la révolution française. Le même ascendant déclara pour la galerie n'être que le fils du cocher Montfort attaché au Palais-Royal..., et prit pour lui et sa descendance le nom d'Egalité, reniant ses origines. Le câble dynastique a été tranché à ce moment-là. On pouvait plaider la folie ou la bêtise mais cette rupture fut confirmée de la plus sûre des façons par l'usurpation du trône réalisée par son fils le duc de Chartres, Louis-Philippe Ier, au détriment du jeune duc de Bordeaux. La chasse aux Bourbons qui s'en suivit reconfirmait la confirmation.

Philippe Egalité
La descendance de Louis-Philippe est, comment dire, surnuméraire dans ses prétentions à la couronne de France, et ce serait trop charger la barque que de continuer la revue de détails. Orléans peut marcher sur les mains à faire le tour de l'Elysée pour obtenir des légions d'honneur qu'il n'avancera pas d'un pouce sur le chemin de sa légitimité, sauf à réduire ses prétentions à l'héritage de 1848. Ce qui peut d'ailleurs rallier des nostalgiques de la république des ducs. Charles Maurras et ses amis s'en contentaient, nous aurions mauvaise grâce à en faire plus en cas de vide dynastique, ce qui n'est plus le cas.
De bons états de service des enfants d'Orléans pourraient leur obtenir la présidence de la Croix Rouge française, comme en son temps Bourbon Busset, ou quelque autre fonction de prestige. Qu'ils s'en contentent.
Ce n'est que dans l'hypothèse de l'instauration d'une nouvelle monarchie française, déliée des lois fondamentales du vieux royaume, qu'Orléans pourrait présenter ses champions à la lice du tournoi de sélection. Il y ont leur chance, n'en doutons pas, et pourquoi ne la leur souhaiterions-nous pas bonne en nous adressant à la nouvelle génération qui n'a pas démérité ? Parlons alors d'avenir justement ?

La semaine d'années qui a commencé avec l'avènement du président de Corrèze verra un changement de paradigme. La République est usée jusqu'à la corde, nous n'en ferons pas le bilan. La situation économique améliorée, seule capable de cacher l'impéritie propre à ce régime démagogique, est bloquée sur les trois déficits, social, budgétaire et commercial, mortelle trinité. L'abrutissement sur un siècle du peuple français exclut un sursaut populaire de bon sens et la décrépitude morale des partis politiques annule tout espoir de Sixième république parlementaire. Le réflexe sera l'appel à César pour nettoyer les écuries d'Augias où personne ne veut aller patauger.

Que le coup soit monté par l'oligarchie pour obtenir l'assurance d'y survivre ainsi qu'au 18-Brumaire, ou qu'il le soit par les forces vives surfiscalisées du pays, attaquées sur leur patrimoine, il est le plus probable, l'appel à l'homme providentiel étant dans les gènes populaires. A partir de là, tout est ouvert, à l'exception d'un retour à l'Ancien régime, régime condamné quatre ou cinq fois par l'histoire après les Etats Généraux de 89. Tout est ouvert, à condition de donner confiance, y compris bien sûr une monarchie constitutionnelle. Cela se jouera au mérite, il n'y aura aucun passe-droits, aucune "légitimité" autre que celle acquise par acclamation, comme au commencement, à Senlis !
J'en parle à mon cheval.

samedi 26 juillet 2014

Demain Bouvines




Communiqué du Secrétariat particulier 
de Monseigneur le duc d'Anjou
VIII° Centenaire de la victoire de Bouvines
(1214 - 2014)


Le Prince Louis de Bourbon, duc d'Anjou, aîné des descendants du Roi Philippe Auguste, a été invité par Monsieur Alain Bernard, maire de Bouvines, aux cérémonies officielles de commémoration de la bataille de Bouvines, le dimanche 27 juillet 2014.

En présence des représentants de l'Etat et de la Région, le Prince assistera à dix heures à la messe, célébrée par Monseigneur Ulrich, archevêque de Lille, en l'Église Saint Pierre de Bouvines, II se joindra ensuite à un moment de recueillement devant le monument commémoratif avant de participer à la réception prévue dans le parc du château.

Monseigneur le duc d'Anjou se rendra au concert donné l'après-midi.

Adhérents et sympathisants de l'Institut Duc d'Anjou sont invités à se joindre à cet événement.

Tous les royalistes de France sont invités à rejoindre.


samedi 5 juillet 2014

Mgr Dillon va aux États

Ceci est la relation abrégée d'un voyage en grand équipage du président-né des Etats de Languedoc à la veille de la Révolution française, comme nous la donna Lucy Dillon, sa nièce, future marquise de La Tour du Pin. L'archevêque irlandais de Narbonne, Arthur-Richard Dillon (1721-1806), était une "nature", passionné par l'administration de son fief en laquelle il brilla, bien plus que des choses surnaturelles qu'il jugeait sans doute impalpables, comparées à un canal, une route ou une faculté de sciences. Le Ciel ne lui en tint pas rigueur, qui déplaça en 2007 le cardinal Lustiger en grande pourpre à la translation de ses cendres de Saint-Pancras (Londres) à Narbonne. La notice de la Wikipedia donne l'essentiel et un peu plus. On en fera son profit.

De 1783 à 1786, Henriette Lucy Dillon suit sa grand mère aux Etats dans le train de son oncle l'archevêque. Elle a autour de 15 ans. Passionnée de chevaux dès son plus jeune âge - elle en sera plus experte pour monter une écurie que bien des maîtres de maison - elle décrit le système de transport de Paris à Montpellier. Dans son journal, elle explique par exemple que l'affaire de Varennes n'aurait peut-être pas si mal fini, si au lieu de chevaux d'escadron on avait confié la famille royale à des chevaux de poste et à des postillons habitués à mener grand train sans les fatiguer. Bon, c'est à elle maintenant :

- Berline -
Nos préparatifs de voyage, les achats, les emballages, étaient déjà pour moi une occupation et un plaisir dont j'ai eu le temps de me lasser dans la suite de ma vie agitée. Nous partions dans une grande berline à six chevaux : mon oncle et ma grand'mère assis dans le fond, moi sur le devant avec un ecclésiastique attaché à mon oncle ou un secrétaire, et deux domestiques sur le siège de devant. Ces derniers se trouvaient plus fatigués en arrivant que ceux qui allaient à cheval, car alors les sièges, au lieu de être suspendus sur les ressorts, reposaient sur deux montants en bois s'appuyant sur le lisoir (ndlr : pièce de bois transversale, qui est au-dessus de l'essieu d'un carrosse, et qui en porte les ressorts), et étaient par conséquent aussi durs qu'une charrette.
Une seconde berline, également attelée de six chevaux, contenait la femme de chambre de ma grand'mère et la mienne, Miss Beck, deux valets de chambre et, sur le siège, deux domestiques.
Une chaise de poste emmenait le maître d'hôtel et le chef de cuisine.
Il y avait aussi trois courriers, dont un en avant d'une demi-heure et les deux autres avec les voitures.
M. Combes, mon instituteur, partait quelques jours avant nous par la diligence, nommée alors la Turgotine, ou par la malle. Celle-ci ne prenait qu'un seul voyageur. C'était une sorte de charrette longue, sur brancards.
[... digression étrangère au grand équipage et conditions de route ...]

- malle-poste -
Nous courions à dix-huit chevaux, et l'ordre de l'administration des postes nous précédait de quelques jours pour que les chevaux fussent prêts. Nous faisions de longues journées. Partis à 4 heures du matin (ndlr : 6 heures en heure d'été actuelle), nous nous arrêtions pour dîner (ndlr : à midi). la chaise de poste et le premier courrier nous devançaient d'une heure (ndlr : eux démarraient donc à trois heures) . Cela permettait de trouver la table prête, le feu allumé, et quelques bons plats préparés ou améliorés par notre cuisinier. Il emportait de Paris, dans sa voiture, des bouteilles de coulis, de sauces toutes préparées, tout ce qu'il fallait pour obvier aux mauvais dîners d'auberge. La chaise de poste et le premier courrier repartaient dès que nous arrivions, et lorsque nous faisions halte pour la nuit, nous trouvions, comme le matin, tous les préparatifs terminés.
[...]
Après avoir parcouru 160 lieues (690 kilomètres) de chemins détestables et défoncés, après avoir traversé des torrents sans ponts où l'on courait risque de la vie*, on entrait, une fois le Rhône franchi, sur une route aussi belle que celle du jardin le mieux entretenu. On passait sur de superbes ponts parfaitement construits ; on traversait des villes où florissait l'industrie la plus active, des campagnes bien cultivées. Le contraste était frappant, même pour des yeux de quinze ans.
Le beau Languedoc atteint, nous arrêtons là le récit de Lucy Dillon.
Voilà la vérité de l'innocence, la description du pays et celle de la période des Etats est un régal pour le "patriote" (Chapitre III du Journal d'une femme de cinquante ans, Chapelot Paris, 1913 en ligne sur Gallica).



* ils passaient les gués de France, portes de voiture grandes ouvertes, afin que le flot la traversât sans la renverser !

vendredi 27 juin 2014

Bouvines 14

Ce billet a paru dans la rubrique "La Patte à Catoneo" sur le site LaFauteaRousseau le 18 février 2014. Les griffes du chat sortent un peu, mais pour la bonne cause. Il entre en archives Royal-Artillerie à la veille de la commémoration de cette bataille qui vit précipiter la nation française en un composé chimique qui jamais ne se liquéfia. Depuis cette date (18.2.14) des préparatifs ont eu lieu chez les royalistes pour faire mentir ce billet. Voir l'annonce en pied d'article.

Où serons-nous le 27 juillet ? Peut-être au village de Bouvines dans le Nord, dont l'équipe municipale a fait des pieds et des mains pour commémorer dignement la bataille qui (c'est notre avis) fonda la nation française. Avec seulement 750 habitants et une quête inlassable de soutiens, ils ont réussi à monter une kyrielle d'événements du 16 mars au 27 juillet 2014.

Un site très accueillant vous dit tout : www.bouvines2014.fr duquel j'extrais le premier argument :
"L’association BOUVINES 2014 a été créée pour commémorer le 800ème anniversaire de la bataille (1214-2014). Nous souhaitons faire de cet anniversaire un événement majeur sur le plan régional, national et européen. Ces événements recouvreront trois thèmes forts : la paix, la jeunesse et l’Europe."
Mais ce n'est pas pour "lancer" le cycle Bouvines 2014 que je me suis levé ce matin. Nul n'a besoin de moi.

Qu'ont préparé les royalistes pour cette commémoration ? Deux articles en double page centrale du journal ? Une conférence discrète à la Maison des Mines ? Une messe à Saint-Denis ? Huit siècles de nation méritent quand même mieux et ils sont l'occasion de promouvoir une cause française qui commence à recueillir de l'écho dans la population, à ce que rapportent les tests d'opinions : la nation, pas si bête finalement ! Mais pourquoi s'arrêter là ?

A reprendre l'Ouvrage où la raison l'a laissé la dernière fois, on retrouve une devise révolutionnaire qui fit entrer le royaume de force dans la modernité, avant que tout ne se gâte. Cette devise était frappée sur les pièces de monnaie:

Le Roi en saint Michel
La Nation, La Loi, Le Roi

Sur le premier pilier nous avons beaucoup à dire, c'est notre spécialité, ne nous en privons pas, les milices bourgeoises rejoignirent l'Ost royal pour la première fois depuis... Bouvines justement ;
sur le deuxième pilier en pleine débâcle morale encore plus, sur une justice étique, on peut faire cent pages avec un seul verre d'eau ;
et nous saurons bien expliquer ensuite pourquoi le troisième est le meilleur serre-file.
De vous à moi, ça a plus de gueule que le triptyque actuel qui ne lie que des contradictions aux frontons du régime.

J'ai noté qu'aucun prince n'avait mis Bouvines au programme. Peut-être attendent-ils une invitation gratuite du maire de cette modeste commune si courageuse. Il s'appelle Alain Bernard, quelqu'un de bien. 1214 est aussi l'année de naissance de Louis IX (25 avril), petit-fils du vainqueur de Bouvines et saint de surcroît. Conjonction utile à la propagande ou hasard du calendrier.

Alors, une grande fête champêtre royaliste ? Avec baraques à frites et super-sono ? Tonneaux en perce. Des gosses qui courent partout. Fanions et bannières en plein vent. Un concours de tee-shirts mouillés sur Harley Davidson. Quelque sorte de Biennale Blanche aérée ! Au mois de juillet n'importe quel dimanche, il fait bon dans le Nord.

Reste à trouver un champ à rave-party dans le canton de Cysoing et un peu de logistique pour ramasser les ordures.

Entre-temps voici une petite vidéo présentant l'église du village et ses vitraux. Sans prétention, mais bien faite.

Et un opuscule très illustré du monsieur qui cause dans la caméra :
Bouvines 1214 - Une bataille aux portes de Lille de Jean-Louis Pelon, chez la Voix du Nord 2014 (diffusion Decitre 6,90€)

Billet lié : La Belle histoire du chevalier Tristan


Bonus RA

Extrait du récit à la veillée que faisait Philippe-Auguste à son petit-fils, futur Louis IX (recensé par Philippe de Villiers dans Le Roman de saint Louis) :

Ils sont plus de quatre-vingt mille combattants. Nous ne sommes que vingt-cinq mille. Regarde, Louis, en face, l'Occident tout entier s'est réuni : Jean, le roi d'Angleterre ; Othon, l'empereur ; Ferrand, le comte de Flandre. Au bivouac, ils se sont tous déjà partagé le royaume. Chacun en a pris un morceau Le choc de Bouvines fut terrible et longtemps indécis. Jusqu'au moment où se joignirent à nous les communes qui portaient l'oriflamme de Saint-Denis. Mais toute cette gent de boutiquiers et de laboureurs faisait pitié à voir, effrayée par les figures terrifiantes des animaux légendaires qui décoraient les boucliers et les cimiers des nobles Saxons. Et puis, quand le soleil se leva, je les semonçai comme le renfort qui me manquait. La force était allemande. L'astuce était française. Mes hommes, une massue à la main, m'observaient avec inquiétude, ils regardaient mon bliaud blanc et ma tunique bleue déchiquetée par une chute de cheval, mon haubert d'acier éventré. J'attendis que le soleil vînt rejoindre nos troupes et se placer derrière nous, à pic de notre arrière-garde. Alors commença l'assaut des communes qui avaient le soleil derrière elles, tandis que, dans les rangs ennemis, ils l'avaient dans les yeux. Les Impériaux éblouis, aveuglés par le jeu de reflets et d'étincelles sur les casques, cottes de maille, épées et boucliers, ne pouvaient plus avancer. Nos étendards écarlates progressaient sans cesse. Un peu plus tard, j'aperçus l'empereur, au loin, de dos, en fuite. Le retour fut triomphal. Paris chantait. Sur le parcours, à Douai, Bapaume, les moissonneurs se livraient à des transports de joie, levant leurs faux et faisant tournoyer leurs faucilles ; les jouvencelles nous jetaient des brassées de boutons d'or, etc, etc (récrit sur LLL56).

La France est née à Bouvines. Jusqu'ici avions-nous le roi et cent duchés, le roi et ses barons. Au soir de l'attaque des milices communales le pays était devenu une Nation. Rien ne serait pareil ensuite.




lundi 23 juin 2014

La troisième minute

Troisième minute de l'Union royaliste Bretagne Vendée militaire, ça se corse puisqu'on y vante la décentralisation. Et c'est un gros sujet. Non seulement parce que la monarchie française fut à son apogée centralisatrice mais parce que le parlementarisme provincial croise à quatre-vingt-dix degrés l'antiparlementarisme de référence et renoue avec l'époque des grands féodaux qui ne fut pas partout un succès. Mais les avantages de la décentralisation sont bien là :


S'il est un argument qui plaide en faveur d'une décentralisation (réelle), c'est l'histoire économique de l'Europe qui s'est déroulée sur deux millénaires dans un enchevêtrement de modèles. Le modèle le plus florissant fut à plusieurs époques celui de l'anarchie créatrice de liens productifs sur des territoires peu "étatisés". Le système emblématique fut celui de la Hanse que les jeunes Etats-nations parvinrent à écraser au traité de Westphalie.
La centralisation, tentée à plusieurs reprises par des autocrates, aboutira à la stérilisation de la société. Le royaume de Louis XIV finira dans les embarras financiers et connaîtra une déqualification industrielle que le Colbertisme parviendra à masquer un temps. Sous Louis XV nous ne savions plus fondre nos canons sans produire un énorme rebut.
La décentralisation va de pair avec la réduction a minima de l'Etat afin de provoquer un sursaut de responsabilités individuelles, mouvement anesthésié par le Conseil national de la Résistance en 1945 qui a soviétisé les consciences et le courage commun.

On poursuivra ce micro-billet avec profit en lisant d'un oeil critique et attentif ce bref opuscule de Léonard Liggio, Si l'Europe m'était contée...

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