lundi 8 mai 2017

Et c'est reparti pour un lustre !

C'est fait ! Vox populi, vox dei : Emmanuel et Brigitte Macron ont acquis le droit de pendre la crémaillère dans la bonbonnière de la marquise de Pompadour et d'y inviter tous leurs amis pendant cinq ans, ou plus... si affinités avec le peuple français qui n'existe d'ailleurs pas. Quelle belle aventure d'amour, Guenièvre et Lancelot du Lac héritent de Camaaloth ! La reine fut professeur de latin et de français, ce qui nous ramène à des premières dames à bagage que le temps des poules nous avait fait oublier. Pour le reste, c'est à lui qu'on s'adressera désormais en lui donnant du monsieur le président ; elle, le regardera vieillir deux fois plus vite que d'habitude et la rattraper de cette façon ; c'est la fonction la plus usante du microcosme. Pour une fois, elle sera assumée par un homme de presque quarante ans, ce qui ne déplaît pas au pays, lassé des croûtons rassis des partis en cour. Le dernier jeune président fut aussi le premier d'entre-eux, Louis-Napoléon Bonaparte qui accéda à quarante ans et fut l'unique président de la II° République. Tout commence maintenant pour deux attelages inédits à la ville comme au palais, le premier ministre ayant pour référent une pointure intellectuelle quoiqu'on en dise, un khâgneux philosophe et énarque, lauréat du concours général, ce qui compte peut-être plus que le reste. A la ville, l'écart de génération n'est pas plus grand qu'entre Melania et Donald (je sais ce que vous voudriez dire).

Sans augurer de l'avenir - en aura-t-il un à l'issue des #MacronLeaks en cyrillique ? - on peut avancer que le président Macron a su évaluer par le principe de réalité la position géopolitique et les ambitions françaises jouables, bien avant les incantations vociférantes en meeting. Il ne cassera pas la baraque à l'extérieur, nous n'en avons plus les moyens et c'est un gage de succès comme aurait pu le lui dire Edmond Burke. La tabula rasa sied aux esprits simples et aux orgueilleux incultes. Oublions par contre le programme électoral qui ne survivra pas tel quel à l'élection. Ce pays est irréformable sauf au cœur d'un drame national. Pompidou disait qu'on ne pouvait en France faire bouger les lignes qu'à chaud. Par la raison ou le bon sens, c'était impossible. Comme on n'est pas (encore) en guerre intérieure, il s'agit maintenant d'attendre que les oppositions s'usent jusqu'aux congés d'été avant de gouverner au mieux des intérêts bien compris du pays et naviguer entre contraintes intérieures et dépendances extérieures as usual.

Mais il est un fait nouveau : la haute bourgeoisie s'est ralliée d'un bloc. Jacques Attali disait l'an dernier, parlant de la fusée Macron : voilà un bon produit, un bon logiciel, y a plus qu'à ! On jugera de l'influence de la Haute dans l'évolution de la contestation et dans la mise en œuvre in fine des réformes indispensables au dernier pays marxiste d'Europe ; soit par extinction du mécontentement à travers les syndicats ouvriers et le mouvement pseudo-alternatif qui canaliseront le mécontentement vers le cocufiage, soit par extinction de l'embrasement que les pouvoirs bourgeois auront provoqué pour atteindre aux circonstances de désordre nécessaires à la proclamation de l'article 16 de la Constitution, un 18-Brumaire moderne.



Dans leur analyse du mode de désignation du chef de l'Etat, le Groupe d'Action Royaliste* avait cité Danielle Mitterrand qui bornait ainsi la capacité d'intervention de son président de mari : « Après 1981, je demandais à François Mitterrand : "Pourquoi maintenant que tu as le pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais promis ?" Il me répondait qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la Banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait gagné un gouvernement mais non pas le pouvoir. J’appris ainsi qu’être le gouvernement, être président, ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes, soumises au capitalisme. J’ai vécu l’expérience directement durant quatorze ans. En France, on élit, et les élus font des lois qu’ils n’ont jamais proposées et dont nous n’avons jamais voulu.»

Gouverner au sens plein à notre époque revient à optimiser les dépendances. Royal-Artillerie le rabâche depuis dix ans. La faillite annoncée des programmes hyper-souverainistes et les prémices d'un hard Brexit infinançable par les Brittons - le UKIP est en voie de désintégration au Royaume-Uni - a convaincu une majorité importante du corps électoral français que nous n'étions pas une île. Sans blague, nous sommes déjà mitoyens avec sept pays ! Au-delà, la France est imbriquée dans le monde pour le meilleur et pour le pire, et pas plus que sous François Mitterrand, elle n'est ni sera seule ! Mais optimiser les dépendances n'est pas s'abstenir de gouverner comme s'y est vautré ce brave monsieur Hollande, incapable de briser la coquille élyséenne. Il a dépensé son temps à se chercher des excuses, des traîtres et des miroirs, comme nous le révélait le bouquin de Davet & Lhomme qui l'a tuer. Tout le contraire de "fonctionner", présider la V° République c'est du haut niveau, quasiment surhumain, exaltant au bout du compte quand on a cumulé les gains ! Macron y croit. Croyons-y avec lui quelques semaines.

Pour conclure, constatons qu'au pantographe de la mondialisation, la France est un beau pays moyen, souvent le premier du pack des moyens (clic p.379 et >) : pnb/$ (5°), population (20°), défense (5°). Faut faire avec intelligence et ruser un peu avec nos outremers ! A défaut de rente minière, à nous de pousser partout nos atouts - il en reste - en commençant par libérer la créativité qui en permet leur exploitation. Ce pays est intelligent mais bridé par la soviétisation imposée à la Libération. Ses atouts sont : dans le désordre, l'agriculture commerciale, l'agro-alimentaire, la pharmacie, l'aérospatial, l'atome, les start-ups, la bancassurance, le luxe et le tourisme (culture, œnologie et gastronomie) sans oublier la deuxième zone économique exclusive et bien sûr, le concours Lépine.

Sortons des débats politiques... ils ne créent aucune richesse, au contraire. S'ouvre maintenant une période des luttes sociales et corporatistes annoncées pour contrer d'emblée la politique réformiste de M. Macron (ultra-libérale paraît-il, malgré des taux de prélèvements et redistribution proprement collectivistes - gag!). C'est la Gaule éternelle livrée à elle-même qui attend son Pacificateur. Mais il faut purger la colère populaire d'abord ! Vous avez les indices, on en reparle ?


Madame Première

Note (*): L'article du Groupe d'Action royaliste est à lire in extenso par ici (clic)

 

COMPLÉMENTS D'OBJET DIRECTS

De quoi s'agit-il quand on parle d'optimisation ? Faisons l'inventaire des chaînes existantes qui ne sont pas toutes de captivité mais aussi de transmission :

- Approvisionnement énergétique
(sujet abordé dans le billet précédent) Le mix énergétique français est à régler au mieux de nos intérêts mais il est facile de comprendre que des négociations au niveau européen avec les producteurs d'énergie étrangers auraient plus de poids. Si l'Europe discute avec Gazprom ou la Sonatrach pour un marché de cinq cents millions de consommateurs etc... Optimiser c'est avec l'Europe.

- Droit européen
Les cours européennes de justice nous contraignent, c'est vrai, mais à y porter nos analyses, nous agissons déjà. Il faut certainement s'impliquer plus dans le travail juridique où nous sommes reconnus très bons.

- Droit international
La charte de San Francisco nous gouverne à notre insu, mais nous avons l'avantage du fondateur et bénéficions d'un siège au Conseil de sécurité assorti d'un pouvoir de veto. Nous avons aussi une certaine aura en assemblée générale qu'il faut savoir exercer intelligemment. Bien menée, la contrainte onusienne n'en est pas une et peut rehausser le prestige de notre diplomatie.

- Code international de commerce (OMC CEE)
Les lois internationales du commerce existent depuis la Renaissance et leurs contraintes sont les garanties de nos clients et fournisseurs. Hors ces lois, nous perdrions toute crédibilité, comme s'y sont essayé quelques pays émergents à leurs dépens. Le premier secrétaire général de l'OMC fut un Français. Nous y existons donc. A nous de peser dans le sens de nos intérêts et faire agir le niveau compétent sous pression, souvent l'Union douanière européenne. Il suffit de travailler et de ne jamais lâcher le bout. On ne voyait pas trop un Harlem Désir dans le schmilblick.

- Monnaie étrangère et commune
Nous avons déporté à Francfort le pouvoir de battre monnaie pour une raison simple : nous étions incapables seuls de brider notre création monétaire. Adepte de la politique du chien crevé au fil de l'eau, la classe dirigeante française, addictée au collectivisme répartiteur, a constamment soldé ses comptes par la dévaluation. Les acteurs économiques trafiquent aujourd'hui en euro et s'en trouvent bien, j'en témoigne. Cette monnaie a autant de valeur que les quatre autres grandes monnaies du monde (GBP, CHF, USD, JPY) ce qui ne fut jamais le cas du franc français après la dévaluation Poincaré de 1928. Si nous avons perdu ce pouvoir, c'est de notre faute, y revenir ruinerait non seulement l'épargne populaire, mais notre crédibilité internationale jusqu'à l'humiliation de passer par l'euromarc ou le dollar dès que nous traiterions à l'étranger. L'accès aux prêteurs internationaux ne se fera jamais en francs nouveaux. Même à l'époque, nous émettions des bons en devises ou en eurofrancs (francs expatriés), pas en francs domestiques. Pour parer le premier choc pétrolier en 1973, Giscard d'Estaing, ministre des finances de Pompidou, fut même obligé d'emprunter en garantie-or auprès des épargnants français qui n'avaient aucune confiance dans la monnaie nationale.
Il n'y a rien à optimiser là, sauf à peser au conseil de la BCE et à rétablir nos comptes publics comme promis. Le jour où nous serons en excédents, nous n'aurons plus envie de repasser au franc.

- American way of life (culture)
L'américanisation de nos sociétés est souvent perçue comme une mode, une tendance... mais c'est parfois une véritable contrainte quand elle guide les goûts du public consommateur en stérilisant le champs des choix qui lui sont offerts. Il y a beaucoup à faire contre cette globalisation, à commencer par libérer la création domestique pour la sortir du sillon gauchisé. Même si ce n'est pas de la vraie culture, les productions d'EuropaCorp de Luc Besson démontrent qu'on peut jouer dans la cour des grands. Un "ministère" est-il la meilleure méthode ? Selon Frédéric Mitterrand, le ministère de la Culture est un fromage où toutes les dépenses sont fléchées vers les abonnés au Système, et où se recopie le modèle subventionné français, pas toujours formidable. Le cinéma est le volet le plus visible mais il y a quantité d'autres tonneaux des Danaïdes.

- Contraintes atlantiques
Il s'agit dans l'esprit des gens de l'Alliance éponyme**, mais les relations économiques et politiques entre l'Amérique du Nord et l'Europe occidentale suggèrent un billet dédié, ce serait trop long. L'OTAN est un outil de guerre à disposition, qui ne nous oblige pas plus que nous ne le voulons. Les preuves sont... désarmantes, l'affaire d'Irak de 2003 les résume toutes, l'affaire d'Afghanistan en rajoute une couche. Nous nous sommes abstenus là avec quelques autres et y sommes allés ici de notre plein gré, sous Jacques Chirac. En plus, la participation au commandement intégré et à ses procédures imposées nous a forcés à rehausser les nôtres qui commençaient sérieusement à dater.

Finances internationales
Les financiers internationaux n'ont jusqu'ici jamais manqué à l'appel du renflouement de notre gabegie nationale, ce qui laisse penser que, vu de loin, le pays est solvable et sûr, pour deux raisons : a) l'impôt rentre, même si le taux de prélèvement est exorbitant à la limite du racket fiscal ; b) le patrimoine des ménages excède la dette souveraine. Certains ont du mal à l'encaisser, mais la finance anonyme et vagabonde n'est pas notre pire ennemie, elle paie rubis sur l'ongle ! Par contre, nos déficits structurels la convoquent à la table des décisions politiques. La politique de la France ne se fait pas à la corbeille mais la corbeille téléphone souvent quand même. Le pouvoir sera toujours prudent avec la Banque puisque nous aurons longtemps besoin de preneurs de bons du Trésor.
Note (**): Le blogue Royal-Artillerie recense 47 billets libellés OTAN ou NATO. Bon courage.

jeudi 4 mai 2017

Outrances et timidités des dévolutions


Si la campagne électorale n'a pas débattu de l'Europe autrement que pour en dénoncer ses nuisances, les équipes partisanes de communication et propagande n'ont jamais poussé les feux de l'analyse de ses inconvénients. S'éloigner des incantations populaires et des assertions définitives de l'establishment libéral permet de deviner un point d'équilibre à partir des réalités. C'est l'ambition de cette brève de comptoir qui explore l'optimisation de nos interdépendances européennes en opposant insuffisances et exagérations des pouvoirs délégués.

Préambule

Peuple souverain, l'expression est illisible. "Souverain" signifie que je tranche et coupe selon mon bon plaisir, selon mon caprice, où et quand je veux. En quelle occasion le "peuple" aurait-il manifesté son caprice ? Si on le voit comme corps politique structuré (ce qui est discutable), on peut le considérer libre et souverain à l'occasion d'un référendum qu'il aurait lui-même convoqué. Le peuple de la Confédération helvétique est en ce sens souverain. Mais cette souveraineté, encore moins son ersatz français, n'induit pas forcément celle du pays appelé à siéger dans les enceintes supranationales de pouvoir où se mesurent justement l'indépendance et la souveraineté. Sauf pour quelques républiques bananières insignifiantes, la souveraineté le cède partout à l'interdépendance, Suisse y comprise. Elle en a vu les limites dans l'attaque anti-évasion fiscale des Etats-Unis. Nos pays dépendent les uns des autres. Il n'est pas un secteur exempt, même celui de la culture.

C'est dans ce cadre que s'exerce le principe dit de subsidiarité qui, rappelons-le, conserve par devers soi toutes choses que nous pouvons facilement régler et déporte à un étage supérieur d'autres choses qui se font mieux, voire uniquement, à plusieurs. La dispute européenne tourne autour du principe de subsidiarité. Dans l'Union européenne il est régi par l'article 5-§.3 du Traité de Maastricht : « En vertu du principe de subsidiarité, dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, l'Union intervient seulement si, et dans la mesure où, les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les États membres, tant au niveau central qu'au niveau régional et local, mais peuvent l'être mieux, en raison des dimensions ou des effets de l'action envisagée, au niveau de l'Union ». Le texte ouvre la porte des ascenseurs : les pays peuvent naturellement faire monter ou descendre des segments économiques ou autres sur l'échelle des dévolutions. Il suffit de s'entendre entre gens de bonne compagnie et ne point claquer les portes comme des enfants insupportables. Qu'est-ce qu'il ne va pas ?
Il y a de quoi, exemples :

Outrances

L'invasion des normes communautaires donne prise aux critiques les plus sévères. Que le marché commun de libre circulation des biens et denrées soit régi par des normes tombe sous le sens ! Surtout si la production d'un segment donné est destinée aussi à la grande exportation. La norme alimentaire ou la composition chimique d'articles d'usage courant sont des garanties de base. Elles boostent la vente. Mais on ne voit pas bien l'utilité de la normalisation des mesures, diamètres et débits en toutes circonstances, voire même celle des espaces pour handicapés, la largeur des corridors d'hôtel. Que des articles "hors-normes" ne puissent pas bénéficier du label "CE" est... normal ! L'article national sera alors labellisé NF, TüV, BS ou UNI de façon lisible et s'il est bon, les consommateurs (et leurs associations de vigilance) l'achèteront, à défaut, le traîneront au tribunal.
Dans le domaine sociétal (les handicapés, les hôtels en font partie), chaque pays doit pouvoir s'organiser au mieux des intérêts et coutumes de sa population. Pourquoi normer à Bruxelles la qualité de l'eau distribuée à la consommation ? Chaque Etat ou région (Land) est capable de publier sa grille physico-chimique de l'eau potable répondant aux normes mondiales de l'OMS et s'il ne surveille pas, il doit être attaqué en justice par ses consommateurs.

L'outrance sévit aussi sous la forme d'une uniformisation des formats et procédures tendant à pousser à la roue de la fédération européenne. Pourquoi normer la comptabilité des sociétés (norme IFRS) ? L'analyse financière est affaire de spécialistes et uniformiser la présentation des comptes sociaux de Gibraltar à Utsjoki n'apporte rien de plus pour excaver la vérité vraie d'un bilan. Le spécialiste doit apprendre les mœurs comptables de chaque pays comme il le fait déjà pour la Chine, le Japon, la Thaïlande, Singapour, Jersey et l'Australie. Et bien il verra l'inversion des classes de comptes entre l'Allemagne et la France, les spécificités luxembourgeoises, la plasticité britannique, la comptabilité lombarde italienne et notre Plan 1957 qui avait déjà un siècle de retard sur ceux du Reich bismarkien ou de l'Angleterre victorienne. Savez-vous qu'en matière de droits de douane le Plan 57 n'indiquait aucun compte ou sous-compte de la sous-classe 63 ? L'Ordre des experts-comptables suggère de les prendre en frais accessoires du principal (donc ils disparaissent) sinon en 6353 « Impôts indirects ». Qui a dit que ce pays était un grand du commerce mondial ?

Un dernier exemple d'outrance - j'en vois au fond qui pianotent sur leur smartphone.
Bolkestein (en photo)! Ce nom, élevé à la puissance d'une injure, restera la mère des outrances européennes. Que l'ouvrier puisse se faire embaucher dans tout le marché commun sans restrictions est une façon intelligente de fluidifier la main d'œuvre, balançant excédents et déficits, outre la liberté normale de circulation des compétences comme celle des camions. Mais assujettir l'embauche délocalisée au régime social du pays d'origine est pur dumping de la part des pays émergents, surtout de l'Est. Il n'y a pas à comprendre cent pages de justifications bureaucratiques ! Ceux qui se sont prêtés à cette escroquerie devraient être poursuivis, et la directive (largement entamée par les régimes nationaux) devrait être rapportée, remplacée par une ligne de code : "l'Européen travaille où il le souhaite sur tout le territoire de l'Union européenne sans restrictions ni privilèges".

En revanche, certains domaines sont jalousement conservés dans la coquille nationale alors qu'ils seraient mieux gérés à plusieurs. Ce sont parfois des petites choses qui n'ont pas attiré l'attention des technocrates bruxellois ou bien qui ont succombé à la résistance opiniâtre de lobbies particuliers.


Timidités

Rien n'est plus irritant lorsqu'on voyage en Europe de chercher au fond de sa valise l'adaptateur pour prise de courant correspondant au standard national du pays de destination : Tableau des prises électriques (clic). L'Europe a cinq standards de prise, le plus sécurisé est le standard britannique mais il est sans doute trop tard maintenant pour le promouvoir. Tout le monde devrait passer à la prise "Schuko" qui ne bouleverse pas les distances entre broches sauf en Italie. Les grands espaces économiques ont chacun leur standard unique.

L'Abeille-Bourbon au sauvetage
Les nations maritimes européennes gardent des milliers de kilomètres de côtes mitoyennes, toute la Baltique sauf l'enclave russe de Kaliningrad, la rive orientale de la Mer du Nord, idem pour la Manche, la Mer d'Iroise, l'Océan atlantique oriental jusqu'à l'Île de Fer aux Canaries. Norvège et Grande-Bretagne exclues, treize pays sont "mouillés" dans le domaine atlantique. Le bon sens commande à la mutualisation de garde-côtes et pêches par la création d'un corps européen dédié naviguant partout, exerçant les mêmes compétences que les Coast-Guards des Etats-Unis (police, douane, affaires maritimes, alerte et sauvetage). La même chose en Méditerranée où les "bassins" nationaux sont encore plus imbriqués ; huit pays sont mouillés. En dessous, le poisson n'étant pas captif, on peut envisager l'examen d'une possibilité de licence de pêche européenne, mais bon c'est un enjeu très politisé.

Un domaine pas du tout rationalisé est celui des approvisionnements énergétiques. On comprend bien qu'un Bureau central de l'énergie passant des contrats pour un marché de cinq cents millions de consommateurs obtiendra de meilleures conditions que chaque pays séparément. A choisir de négocier du gaz algérien soit dans un tête-à-tête GDF SUEZ - SONATRACH avec tout le contentieux historique et la corruption endémique, soit par un Bureau central d'achats à Rotterdam dirigé par un klootzak de Batave qui fait semblant de ne pas comprendre le français, un entêté impossible à déborder qui a commencé sa vie au biberon de la Royal Dutch Shell, inamovible, apparemment aussi puissant que très con ; le second dispositif obtiendra de meilleurs prix et conditions de cadencement. Parler avec GAZPROM pour 50 ou 500 millions de consommateurs n'est évidemment pas pareil. Le même klootzak sera hermétique aux gesticulations russes. Poser des pipelines pour livrer chez nous pétrole et gaz se fera plus facilement au Bureau central des tubes que dans des discussions binationales à ouvrir chaque cinq cent kilomètres.

Un dernier pour la route, ou plutôt deux, qui n'ont pas besoin d'être développés : le contrôle de la circulation aérienne et l'espace commun téléphonique.

Sur tous ces sujets, il existe des tonnes de rapports, analyses, critiques, mémorandum... tous inutiles. Pour preuve, l'Union européenne va mal, elle n'est pas gouvernée, elle ne se reconnaît pas elle-même, et pourtant elle est le niveau pertinent pour affronter les autres Etats-continents qui n'arrêtent pas de grandir autour d'elle, jusqu'à imposer leurs mœurs commerciales, leurs normes, leurs projets. Ces choses ne se construisent pas pour cinq ans mais sur un demi-siècle. La carence de leadership européen (le leader naturel était la France mais depuis Chirac elle a fait sous elle, nous avons fini avec Harlem Désir, p*tain!), l'arrogance et l'impuissance de la Commission, l'agenda douteux des dirigeants communautaires (Barroso à vendre, demain Juncker), le déclassement des chefs de gouvernement qui sont devenus des directeurs de boutiques achalandées, tout cela nous a fait perdre beaucoup de temps en même temps qu'étaient aiguisés certains appétits extérieurs à la limite de l'anschluss comme le TAFTA. Par chance, Donald Trump ne l'a pas compris et veut s'en défaire. Mais le projet (très avancé en discussions) reviendra à mesure que la Chine montera en pression. C'est un énorme travail qui nous attend. Nous n'avons pas du temps de reste pour jouer aux apprentis-souverains, il y a bien longtemps que la France éternelle est en dépendances, heureusement plurielles.





En conclusion, la dévolution n'est pas un gros mot. Ne conviendrait-il pas de mettre à plat nos coopérations plutôt que de jeter tant d'énergie dans des Frexit, Grexit, Nerxit, Danxit et autres "exits". Inutile de tout jeter à terre de la construction européenne. Les nations qui la composent n'ont pas disparu, les coutumes régionales, nationales demeurent bien vivantes, leurs défauts endémiques aussi. Dans une apparition télévisée la veille du 1er Mai, Marion Maréchal Le Pen, l'esprit le plus aiguisé du Front national, signalait deux fractures graves de l'Union européenne, l'une horizontale séparant pays du nord (l'Europe sérieuse chez RA), pays du sud (l'Europe rieuse) ; l'autre verticale, identitaire, expliquée par l'histoire du XXè siècle, entre les pays neufs d'Europe centrale et orientale et la vieille Europe occidentale. Que les PECOs dégagent m'en touche une sans faire bouger l'autre. Que l'on brise la vieille Europe sur la ligne de fracture nord-sud serait une stupidité, un crime. La France n'y gagnerait rien, nos sœurs latines encore moins puisque nous avons tous les quatre besoin des marchés du nord, des touristes du nord, des investisseurs privés et industriels du nord outre l'imbrication ancienne de nos sociétés. Les Britanniques commencent d'ailleurs à douter de leur mouvement d'humeur anti-polonais ; il leur aurait suffi de casser la directive Bolkestein et d'expulser les doryphores, puis d'attendre les remontrances pour passer aux insultes. Juncker, avec son palmarès de fraudeur fiscal, n'aurait pas longtemps résisté, la Commission se cassait comme une noix.

Il faut donc rénover, il suffit de rénover. Sans doute pas quand même avec la technocratie bruxelloise mais entre chefs d'Etat, sans même convoquer la Commission qui doit être reproportionnée à son niveau réel de secrétariat exécutif. Qui aura les burnes nécessaires pour convoquer à Rambouillet les pays fondateurs et l'Espagne afin de redéfinir le projet à l'aune des défis planétaires qui se dessinent. Les autres pays suivront ou quitteront, bon voyage ! Finalement, ce qui manque chez les hommes d'Etat européens, c'est d'avoir perdu assez de sang et de larmes pour se comporter en hommes ! Nous sélectionnons la sous-race éduquée dans la ouate !

Reste une question (habituelle sur Royal-Artillerie) qui n'a jamais été posée officiellement aux peuples européens, à chacun d'eux : voulez-vous une confédération ou une fédération ? L'issue est fort simple : les pays ayant choisi la fédération entreront comme entité unique dans la confédération des autres.




Ceci est la dernière contribution de Royal-Artillerie à la dispute présidentielle. Le débat du second tour, qui a occupé toute la soirée du 3 mai, a montré qui avait un projet cohérent, certainement difficile à mettre en œuvre contre les corporatismes de tous ordres, et qui avait déjà perdu dans sa tête pour se livrer à l'invective et à l'insulte, faisant même l'économie du respect dû à l'électeur indécis pour tenter de rassembler les voix qui lui manquaient. Madame Le Pen n'a pas la carrure, et définitivement pas l'intelligence du mode de scrutin !


lundi 1 mai 2017

Où le roi montre sa pertinence


Aurions-nous garé à part le domaine régalien - sécurité & diplomatie - que nous n'appréhenderions pas autant les résultats du second tour de l'élection présidentielle. Le régime est à bout, restreignant le choix des électeurs entre sa démolition et sa dévolution. Le souverainisme anachronique étroit du camp dit-national attelé à un programme économique bolivarien le dispute au fédéralisme savamment construit du yuppie ubérisé, champion de la gérontocratie régnante mais plus intelligent qu'elle. L'exercice concret du pouvoir exécutif, contraint par la conversation institutionnelle obligatoire d'une république parlementaire, mettrait certes trois fois plus d'eau dans la jarre que de vin en volume, et sans doute les candidats comptent-ils sur ce frein-moteur pour passer entre les gouttes des pluies acides des cent premiers jours ! Mais quand même !

Une monarchie protégeant l'essentiel de l'Etat sous l'autorité naturelle d'un roi en son conseil pourrait laisser la société démocratique s'ébattre dans la querelle idéologique sans graves répercussions sur nos fondamentaux géopolitiques et civilisationnels. Sortir de l'arène la police nationale, la gendarmerie, les trois armées, les services secrets, le quai d'Orsay, les cours de justice et conseils supérieurs, libérerait l'esprit de l'électeur qui saurait alors que son choix ne risque pas de tout détruire. Resterait dans le champ du débat primordial de nombreuses fonctions étatiques et territoriales comme la santé, l'instruction, la douane, les impôts, l'économie, l'écologie et l'aménagement du territoire, l'industrie, l'agriculture et la pêche, les justices basses et consulaires et d'autres secteurs secondaires que le pays souhaiterait maintenir dans le giron public, comme la culture, le travail, la vieillesse, la francophonie, le logement, la famille, les colonies et les anciens combattants.

Ainsi en pleine campagne électorale, le roi, arbitre des différends, et le chef de cabinet du ministre des outremers auraient eu tout loisir de résider dix jours à Cayenne pour entendre les revendications locales, les peser, ouvrir un dialogue d'inventaire et de développement du territoire, trouver ensemble voies et moyens de hisser la Guyane à terme au premier rang des nations atlantiques et passer l'accord du dernier jour sous les acclamations. Les Guyanais auraient parlé au pouvoir permanent et pas à trois miquets en soins palliatifs qui ont d'abord tout refusé pour tout lâcher à la fin, à charge de leurs successeurs.

La police ferait respecter les lois sans obéir aux consignes du parti aux affaires, les antifas, le black block seraient matés, la gendarmerie retrouverait sa fonction de pacification et sûreté intérieure du territoire, le parquet, coupé de Matignon, poursuivrait en toute indépendance dans le strict respect des textes, les états-majors feraient la guerre sans interférences subalternes et dans le cadre de lois-programmes d'équipement pérennisant la qualité des moyens, le Conseil d'Etat ne serait pas sonné comme un valet au milieu de la nuit pour interdire le spectacle d'un gros bouffon noir au Zénith de Nantes. L'Etat retrouverait sa dignité perdue.

Dans le domaine public, les choix économiques et leur traduction budgétaire ne seraient encadrés que par les lois de saine gestion qui existent déjà et l'interdiction des déficits publics dans le fonctionnement de la nation. Le curseur du libéralisme, le niveau de dévolution des souverainetés, les investissements lourds, les coopérations étrangères seraient ajustés à chacune des élections législatives et le gouvernement issu de majorités unicolores ou coalisées mettrait en musique la partition écrite pour la législature. Demeurerait quoiqu'il arrive la garantie des pouvoirs régaliens permanents arrachés au désordre, qui permettrait de maintenir l'essentiel au niveau requis par le pays, son histoire et son rang.


C'est sur cet axe de communication que Royal-Artillerie promeut la monarchie de ce temps : le domaine régalien, strictement régalien et rien d'autre. Le mouvement monarchiste raisonné devrait se recentrer sur une épure politique possible et simple à comprendre en proposant de faire vivre côte à côte un Etat essentiel permanent et une démocratie vivante dans tout le domaine public, depuis les conseils municipaux jusqu'au parlement de Paris. Tant que l'offre politique royaliste ne sera pas audible et compréhensible par tout un chacun, agitation et propagande tourneront dans le microcosme sans effets induits autour de lui. Les démarches courageuses d'aujourd'hui sont stériles, il faudrait en prendre acte et revoir le produit et sa commercialisation. Le marketing de la monarchie ne peut choquer que ceux qui la repousse au fin fond des rêves impossibles, si délicieusement impossibles qu'on les habille de n'importe quoi, quand on ne les utilise pas pour nourrir ses propres frustrations. Les étendards du roi n'avanceront pas en chantant le vexilla regis mais par la raison pure. Le roi se démontre.




jeudi 27 avril 2017

Entre neuf et recyclé faut choisir !

Vu des Etats-Unis, le phénomène Macron est une leçon française donnée aux démocrates américains qui ont lancé sur le marché une bouée politique déjà crevée, Hillary Clinton, porteuse d'un programme malgré tout approuvé par une majorité de la population. Il est intéressant de suivre cette analyse proposée par Christopher Glazek dans un article donné à Foreign Policy le 25 avril 2017. Le lien vers l'original est entre [crochets]. Voici la traduction française de la section qui analyse le phénomène, sous la règle habituelle ici de belle infidèle, le reste ne concerne que la politique intérieure américaine et n'est pas traduit :

Chris Glazek par Gordon Welters


« Quoique l'on pense de l'establishment centriste français, on doit leur reconnaître une chose : ils ont pris la menace populiste sérieusement ! Si sérieusement en fait qu'ils ont mis en décharge un président titulaire, créé un parti complètement fictif, et accroché leur étoile à un inconnu de 39 ans, télégénique, dont la caractéristique première est d'avoir épousé son professeur au collège ! L'idée fut de redonner un peu de lustre révolutionnaire à une plateforme centriste et, sauf catastrophe au second tour, il semble que ça ait marché ! Emmanuel Macron, mondialiste inconnu, est bien placé pour devenir le prochain président français, et peut-être même le prochain leader du monde libre par intérim, en attendant qu'un nouveau président américain soit intronisé.

Le succès de Macron soulève la question de savoir si les régimes de centre-gauche s'effondrent sous le poids de programmes impopulaires ou simplement sous celui de leaders impopulaires. Bien qu'il soit crucial dans beaucoup de pays que des blocs importants d'électeurs soient résolument en faveur du retrait de certaines institutions communes comme l'OTAN ou l'Union européenne, il n'est pas clair que ces idées forment une majorité dans aucun pays, peut-être même pas au Royaume-Uni où de multiples études montrent que la plupart des votants, confrontés à l'affaissement de la livre sterling, souhaite que le Brexit ait échoué.

En France, la machine socialiste condamnée du président François Hollande et de son premier ministre Manuel Valls a permis d'envisager que le fascisme puisse être stoppé sur ses rails par des mesures drastiques, au lieu de se cramponner aux vanités et d'encaisser la défaite entre les mains des chemises brunes du Front national de Marine Le Pen : démanteler le parti, suicider la classe dirigeante et appuyer un porte-parole plus jeune avec tous ses cheveux sur la tête.

Récemment le New York Times a brossé de Macron un profil d'initié (insider) portant une politique d'outsider. La vérité est plus proche de l'inverse. Macron s'est marqué lui-même avec succès comme un outsider en même temps qu'il poussait un agenda peu différent de son prédécesseur. Plus impressionnant, il s'est débrouillé pour reprendre la rhétorique millénaire et apocalyptique de ses opposants d'extrême droite et gauche. Dans son discours de victoire après le premier tour, il a parlé de changer le visage de la France et de briser le système qui fut incapable de traiter les problèmes du pays depuis plus de trente ans. Il a dit à ses supporters qu'ils étaient l'image du renouveau et il a identifié le défi principal pour la France, celui de tourner la page de sa vie politique. Tandis qu'il promeut un programme progressiste - libérer le marché du travail, accroître la dépense publique, renforcer l'UE - il adopte un registre carrément révolutionnaire.

[...] Il est difficile de ne pas faire une comparaison défavorable entre les stratégies de centre-gauche américaine et française. Aux Etats-Unis les dirigeants du parti démocrate s'entêtent, refusant apparemment de considérer une réinitialisation drastique des personnels. Les cadres du parti démocrate sont virés, mais les dirigeants du parti qui demeurent impopulaires, semblent avoir des difficultés à capitaliser sur cet enthousiasme. [...] Le succès de Macron suggère une démarche évidente : Quand vos dirigeants sont impopulaires, prenez-en de nouveaux !»
[...]

Christopher Glazek est un écrivain et un essayiste indépendant de New York. Il a aussi fondé le projet SIDA Memorial de la Yale University (YAMP). Il a collaboré au New Yorker et publie régulièrement.

Commentaire obligé du Piéton du roi

Comme nous le subodorions dans un billet donné au Lien légitimiste en février dernier (clic), la transmutation du plomb socialiste en un plaqué or de meilleur aloi semble avoir été décidée dans le cénacle réformiste socialiste. A la bourgeoisie d'Etat, appelée affectueusement la gauche caviar, fut confié le soin de monter la rampe de lancement et de charger à poudre le premier étage de la fusée Macron. L'entregent du candidat fit le reste, qui a bien compris que l'élection présidentielle était la rencontre d'un peuple et d'un homme, le programme étant secondaire et subordonné aux attentes des éditocrates payés au mois de moins en moins écoutés. Tout le reste était écrit d'avance dans le contrat d'obsèques du parti socialiste, les caciques jouant leur rôle sans broncher. Que les participants à la primaire de la Belle Alliance populaire n'aient pas compris qu'ils faisaient un concours de morts-vivants ne laisse de m'étonner. Je ne pense pas que François Hollande, aussi florentin qu'il aimerait être à l'image de son modèle Mitterrand, ait déclenché l'affaire même s'il a pu en approuver l'idée déjà émise. L'histoire et la vanité humaine nous révéleront qui fut à l'initiative du projet, puis à la manœuvre de mise en orbite. Nul doute que ce cours de coup fera date dans les écoles de sciences politiques. Si tout cela nous purgeait réellement de notre classe politique usée jusqu'à la corde, nous pardonnerions beaucoup. En bourse, on parle de coup d'accordéon.


mardi 25 avril 2017

Si la droite française...

...n'était la plus bête au monde, ses députés reliraient calmement la constitution qui règle la vie politique de ce pays et découvriraient que le régime est parlementaire, et non pas présidentiel*. Tout commence et tout finit à l'Assemblée nationale. Le président élu au suffrage universel indique les axes sur lesquels doivent serrer les cabinets qu'il nomme, mais à partir de là, c'est le chef du gouvernement qui prend en charge la conduite des affaires, conduite dont il n'est responsable que devant l'Assemblée nationale.
(*) dans un pays de droit écrit, la pratique le cède au texte

Ainsi M. Cazeneuve pourrait parfaitement se maintenir à Matignon après le 8 mai et ses ministres dans leurs ministères jusqu'au verdict des élections législatives. Il mettrait alors la poursuite de ses objectifs aux voix, et mis en minorité, remettrait son mandat au nouveau président qui nommerait à sa place le chef de la majorité parlementaire. Ce serait une gestion bien plus saine des affaires courantes que de voir se précipiter aux maroquins une bande déphasée sinon inexpérimentée, toute à la joie de la prébende acquise et des cocardes qui vont avec.

Aussi, les élus LR et UDI devraient-ils laisser tomber la présidentielle perdue, ne pas oser donner de consignes de vote que leurs électeurs ne suivront sans doute pas, et commencer dès à présent la campagne électorale des législatives.

Oui mais voilà ! Chacun des candidats de droite (ou du centre) attend le programme officiel, l'investiture officielle, clés détenues par l'oligarchie cholestérolisée qui n'en attend que sa propre perpétuation sur le payroll de la République. Et ce sont les Raffarin, Accoyer, Larcher, Retailleau, Longuet, Sarkozy... qui vont s'y mettre ?

La colère des gens a franchi la barre des quarante-cinq pour cent (NDA + MLP + JLM + PhP + NA = 47,31%) et Les Républicains retournent en cuisine pour commencer la dispute des chefs. Rien appris, rien compris !

Il suffirait(?!) de présenter le programme de Juppé aux élections législatives et d'obtenir une majorité relative pour qu'il y ait osmose entre le programme présidentiel probable (largement adaptable) et celui de la Chambre basse. Mais on ne peut repartir avec une palanquée de vieux c*ns battus !

Importons le seppuku dans notre vie politique et perfusons du sang neuf, sinon ce sera révolution, charrettes et lanternes !


lundi 24 avril 2017

Lassalle et le syndrome de Castelnau

Elu député de Saint-Affrique (Aveyron) à la Chambre bleu horizon du 16 novembre 1919, le général Edouard de Castelnau chuta aux élections suivantes de 1924. Et pourtant il emplissait les salles, les halles, préaux et marchés. L'engouement populaire continua même après l'élection perdue et son mouvement ultra-catholique mobilisa des manifestants dans toute la France en prévisions des élections de 1928, par exemple : 10000 à Saint-Etienne le 22/02/1925, 6000 à Evreux le lendemain et jusqu'à 100000 à Nantes le 3 mars. La Fédération nationale catholique assembla jusqu'à 1832000 électeurs dans ses meetings en 1925 et 1926 mais s'abstint de former un parti politique puissant, par haine du régime des partis, source déjà de tous les maux de la IIIè République.

Le général de Castelnau était un croyant dévoré par sa foi comme Jean Lassalle est un berger passionné par son païs. "Catholiques et Français toujours" chantait-on dans les rogations, et pourtant sur une terre aussi enracinée dans le catholicisme que le Rouergue (qui jamais ne passa ni aux Cathares, ni à la Réforme), Castelnau perdit ! Le fonds catholique rouergat était par endroit recouvert par les aspirations au mieux-vivre d'une classe ouvrière malmenée comme dans le Millavois ou le Bassin houiller. Les politologues savent qu'il y a une énorme différence entre les spectateurs en meetings, convaincus, curieux, hostiles s'informant, et les électeurs dans le secret de l'isoloir. Bien sûr que les fils des Ruthènes entendaient parfaitement la logique intransigeante de Castelnau, son aversion de la franc-maçonnerie et sa posture de "force" face à l'Allemagne déclarée génétiquement belliqueuse malgré la ruine du Reich. Mais comme partout ailleurs, les hommes en avaient assez de la guerre. Chaque village avait maintenant son monument aux morts, bien rempli, chaque famille les photos des pères, oncles et fils barrés d'un crêpe noir sur le buffet, et si la vigilance était acceptée, la promesse de paix de la Société des Nations était plus attrayante. Alors les catholiques se divisèrent à maints motifs, et les intérêts particuliers de chacun l'emportèrent.

La campagne présidentielle 2017 de Jean Lassalle fut celle des convictions de bon sens enracinées dans la sincérité et portées avec truculence et vigueur. Elle a obtenu un grand écho partout où le candidat s'est présenté, mais dans les urnes l'électeur a réagi de façon utilitariste, gérant son avenir en fonction des probabilités d'interférence avec ses préoccupations personnelles. C'est un des défauts du suffrage universel, la qualité ne sert à rien pour convaincre le citoyen confronté dans l'isoloir à ses propres soucis ! A preuve, le niveau très insuffisant du personnel politique élu.

Sur le fond, on peut être déçu du faible score d'un candidat si bien planté dans le décor. Un million de voix était, à notre avis, le seuil déclenchant quelque chose de pérenne. Le score du ministère (clic) est de 435.365 voix, très en dessous de nos espérances ; à rapprocher des 659.302 bulletins blancs qui auraient trouvé plus d'écho en votant Lassalle. L'aventure du bon géant s'arrête là.


Que Jean Lassalle soit ici remercié pour sa participation opiniâtre à l'élection présidentielle et pour son discours de vérité. Pour un vieil occitan comme moi, son monde est aussi le mien et ce fut un réel bonheur de l'entendre et de comprendre tout ce qu'il y avait de non-dit derrière son propos. Il fut (au sens viril) un des rares hommes à temps plein de cet exercice, cela ne pouvait suffire. Le second tour sent déjà le pipi de la vieille politique politicienne, les prébendiers se ruent, les tocards s'échauffent, on combine les prochaines législatives. Je vais tailler mes bambous (de Prafrance) et rafraîchir mes esches tortillantes pour dimanche en huit. Quittons-nous sur un hymne à l'Aubrac et à ses buronniers, bien loin de la vallée d'Aspe mais si proche du cœur puisque ces cantons du haut plateau ont donné beaucoup plus de voix à Jean Lassalle que la moyenne nationale.

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Amoun, amoun dins la montanha,
Al mièg de cada pastural,
Din l'èrba espessa e la ginçana,
Trobaretz un trace d'ostal.
Lo cantalès, lo vedelièr,
Amb lo pastre,
I possan de cranes aücs,
Aiqui l'avètz nostre masuc.
Quand dintraretz dins la cosina,
I veiretz coma mobilièr,
Al prèp d'una taula pauc fina,
Los badinhons e los colièrs.
E al darrièr dins lo terrièr,
La bona cava,
Dins la frescor e dins l'escur,
Garda la forma del masuc.
E tot amont jost la tiulada,
Al ras del fen dels vedelons,
Cadun plegat dins sa fleçada,
Los omes barran los uèlhons.
Se dins la nuèch bufa en gisclent,
La cantauesa,
Darrèr lo pargue rescondut,
S'enduèrm lo tropèl del masuc.
E lo matin plan revilhats,
Dins l'aubièra e los pès nuds,
Amb la gèrla e lo farrat,
S'en van los omes del masuc.
Quand los vedèles an fach un brigal,
Una tetada,
Cada tetina sul farrat,
Es una brava font de lach.
Quand a la fin d'un despartin,
Tastaretz la forma d'Aubrac,
Pensaretz que ser e matin,
Los cantaleses an trimat
Per vos donar coma dessèrt,
Lo bon formatge,
E lor diretz din un aüc :
"Viva los omes del masuc !"
Viva totes los cantaleses,
Que fan la forma e l'encalat,
Viva los pastres de las devesas,
Al mièg de lor tropèl daurat.
Viva los rols, los vedelièrs,
De la montanha,
E que tojorn sus cada truc,
Demoran dreches los masucs.

WTF in France ?


La "France" a parlé ! Elle verse sa classe politique en décharge, ce qui permet de rire de bon cœur à entendre sur les plateaux télévisuels les prébendiers manœuvrer pour maintenir leurs positions aux prochaines élections législatives. Ils vont se faire abattre comme des canards du Gers ! La tête de Julien Dray encaissant l'annonce d'un candidat d'EnMarche! sur sa propre circonscription valait son pesant de complications horlogères. Ils peuvent se tortiller en tous sens, faire la p... comme on dit au comptoir, le mouvement d'Emmanuel Macron va investir 577 députés en juin 2017 ! Et certains parlent encore de majorité parlementaire impossible, introuvable, se jugeant sans doute eux-mêmes incontournables. Mais Macron et sa bande de djeunes vont faire sans eux, vont faire sans les connards comme les appelait M. de Villepin. Nous avons vécu en direct ce soir l'enterrement d'un régime parlementaire gangrené en phase gazeuse terminale. Ça schmoute !

A 20h05 ABC faisait vibrer mon smartphone pour la breaking news de l'accession du Front national au second tour de la présidentielle française. Vu des Etats-Unis, le FN est quelque chose comme un Ku Klux Klan civilisé, sans les croix de feu et le chapeau pointu turlututu. Le KKK français fait 21% ! P*tain ! au pays des Lumières on s'éclaire aux vessies ! Mais les étrangers n'en reviennent pas non plus de voir le plus beau pays du monde adouber en 2017 les partis communistes à 21% également. Le cancer que l'on croyait éradiqué renaît au pays de ses origines faisant table rase du passé, table rase des expériences passées, toutes calamiteuses avec cent millions de morts en prime. Des millions de Français votent avec une canne blanche ! Le peuple le plus con de la terre ne serait-il plus celui qu'on croyait ?

La déconfiture de M. Fillon s'explique facilement dans les démocraties anglo-saxonnes où personne n'aurait osé soutenir une personnalité aussi douteuse quelle que fut la pertinence de son programme. Baroin, Copé auraient fait mieux, sans même parler de Juppé qui était porté par l'opinion avant que Sarkozy ne se déclare, obligeant à l'organisation d'une primaire pour l'éliminer dans les règles. Finalement, serait-il resté au Cap Nègre à sauter sa chanteuse que la Droite aurait facilement reconquis le pouvoir ! Georges Fenech a raison de distribuer les jetons sans l'oublier.

Une chose pour terminer ce débriefing : le quinquennat annoncé n'est pas le second quinquennat de M. Hollande. La victoire de M. Macron n'est pas le succès d'un complot de M. Hollande. Même si sa démarche politique a été créée par la bourgeoisie d'Etat, fatiguée des histoires de cirque et de l'irrésolution du locataire de l'Elysée, Emmanuel Macron a une ambition personnelle qui dépasse quand même celle d'un sous-préfet de Corrèze. Ce qui a perdu M. Hollande est son narcissisme pathologique, sa pusillanimité et sa procrastination maladive, son tempérament soupçonneux et un orgueil renfermé inadapté à la fonction présidentielle. J'ai rien oublié.

Il m'étonnerait que la Droite se recompose en se purgeant des chefs qui l'ont laissée se faire battre. Si le parti LR éliminait maintenant et sans tarder toute la strasse corrompue pour partir au combat électoral des législatives, il aurait une chance de remporter la majorité à l'Assemblée nationale provoquant une cohabitation entre un président jeune et moderne à l'Elysée et un Premier ministre de la même génération à Matignon. Les Français approuveraient ce dispositif. Mais il est peu probable qu'on parvienne à éliminer toute cette gangue politicienne accrochée au métier comme la moule au bouchot sauf...

Ailleurs, la victoire annoncée du yuppie de chez Rothschild réconforte Bruxelles et Berlin (Schauble l'a soutenu ostensiblement), mais aussi toutes les capitales européennes. La France reste dans les normes établies mais rajeunit son effectif politique qui commençait à puer de la gueule, sauf que la carte officielle des résultats du scrutin fait peur aux non-initiés, surtout à l'étranger :




Il reste quinze jours pour faire des fiches techniques sur les derniers modèles de moulinets.

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dimanche 23 avril 2017

Pause !


Le scrutin présidentiel est maintenant fermé. Ouf ! Vous connaissez à cette heure les deux finalistes ou presque. Avant que de subir le bombardement médiatique de la quinzaine qui va vous encourager à retourner à l'urnoir pour le second tour, relaxez-vous !
Royal-Artillerie dans son infinie bonté vous offre de circonstances le Requiem de Verdi par le Philarmonique de Berlin avec les chœurs de la radio suédoise obéissant à la baguette de Claudio Abbado. C'est un must, nommé aux Grammy Awards...
Bonne soirée ! Keep cool :)


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