mardi 31 octobre 2017

A l'impossible nul n'est tenu !

Fleuriste sans clients, Pyongyang 2016

Les organisateurs de la Biennale Blanche 2017 sont rentrés dépités de la faible affluence des royalistes à leur manifestation. Cette journée à l'ASIEM de Paris avait été annoncée sur Royal-Artillerie dans la colonne de droite de façon permanente mais le nombre assez important de clics sur ce blogue pendant un mois (environ 6000) n'a semble-t-il généré aucun désir d'y participer. Nous n'y fûmes pas non plus. Désolé !

L'affaire est organisée tous les deux ans par la Charte de Fontevrault, chapelle royaliste archi-connue se réclamant du providentialisme et dont le logiciel très simple surmonte la querelle dynastique et les errances périphériques en remettant à la Providence le choix d'un roi pour la France en temps et heure. L'accompagnement de cette "dévolution" ne peut se faire valablement que dans la prière. Même les lois fondamentales du royaume le céderont à la volonté de Dieu, si un jour exprimée, car on ne peut L'encager dans une construction humaine. La Charte de Fontevrault, peut-être à son insu, supprime toutes les lices du tournoi, elle casse les codes et brise l'élan qu'ils donnent.

Aucune chapelle dynastique n'est vraiment captivée par cette prosopopée extérieure qui nie la légitimité de ses propres prétentions exclusives à toute autre. Si Dieu est dans la solution, Il ne peut que choisir le champion pour lequel on s'époumone depuis des lustres. Il n'y a rien à débattre chez les partis royalistes et la démarche œcuménique de la Charte de Fontevrault convoque l'impossible. Aussi les participations antérieures furent-elles de courtoisie et le succès d'estime jusqu'à la lassitude. Cette année, Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme est venu saluer l'organisation. Aucun autre prince ne s'est jamais montré.

Pour les nouveaux lecteurs qui l'ignoreraient, le Piéton du roi est un agnostique maurrassien qui ne dépend d'aucune obédience et ne s'en cache pas. Les refus de collaborer qu'il a opposé à certaines publications monarchistes ont toujours été motivés explicitement par cette "bizarrerie". Mais le même n'est pas athée pour autant, simplement il juge (hou, le vilain mot d'un autonomiste !) que l'affaire de la transcendance est bien plus compliquée que ne le proclament les Eglises et que le Principe d'origine est hors de portée d'un cerveau de trois livres un peu lent. Encore moins imagine-t-il que Dieu (qui nous aurait fait à son image et réciproquement) puisse s'intéresser à la vie des nations sans parler même au quotidien de celle des individus comme le croient les Protestants. Le Principe originel a l'univers pour champ d'exercice et s'il est prouvé que nous sommes, nous tous, de la poussière d'étoiles, rien ne dément que le Ciel ne soit vide ou tout au moins indifférent à notre sort, quand on contemple l'immonde barbarie de l'espèce humaine. On va s'arrêter là et attendre Stephen Hawking et les frères Bogdanov sur le boson de Higgs. (fin du paragraphe distancié)

Dans nos sociétés post-modernes, la monarchie ne peut être qu'un mode d'organisation de l'Etat, encadrée d'une charte ou d'une constitution approuvées par la nation des citoyens administrés par lui. Les modalités peuvent être très différentes d'un pays à l'autre selon ses atouts propres et les avantages que les constitutionnalistes veulent retirer du régime monarchique visé. On commence en général par la fonction d'unification des peuples constitutifs de l'espace géré, puis vient la fonction d'exemple moral donné à la multitude (c'est l'origine du rex) ; viennent ensuite, s'il est prévu que la couronne s'implique dans le gouvernement de l'Etat, la fonction d'arbitre entre les ministres ou entre les partis politiques, pour aller parfois jusqu'au commandement d'un domaine réservé ou de tout le domaine régalien, les armées étant privilégiées à ce stade. Des fonctions thaumaturgiques peuvent aussi s'inscrire dans une vieille tradition et s'exercer à de rares occasions pour évoquer une transcendance spirituelle. C'est le cas de la Thaïlande, mais quelque part aussi de la Grande Bretagne. Normalement en Europe la famille royale pratique de manière ostentatoire la religion qui a fondé la nation, religion souvent majoritaire dans la culture populaire. Cela participe de la fonction de rassemblement qui est la première citée.

Cette définition de la monarchie est acceptable par toutes les chapelles dynastiques, sauf... par la chapelle providentialiste qui s'en remet exclusivement à Dieu, ce qui est son droit. Mais pourquoi inviter chez soi des royalistes qui ne partagent rien avec vous puisque c'est une question de foi, et purement de foi. La foi ne se démontre pas, n'entre pas en débat, ne s'utilise pas. C'est une grâce qui facilite la fin de vie à ses heureux bénéficiaires, ce n'est pas un argument politique. Quelle mouche pique certains à vouloir rassembler les gens qui ne s'aiment pas ?

L'œcuménisme est à la mode (on célèbre aujourd'hui les cinq cents ans du placard dévastateur de Martin Luther) jusqu'à nous faire croire que la séparation des églises chrétiennes n'était que caprice pour des détails obsolètes. Faux ! Les dogmes et les interprétations sont différents, parfois antagonistes. Qu'est-il besoin de vivre ensemble des liturgies qui s'opposent au fond ? L'œcuménisme est pure agitation, une invention d'épiscopes en mal de reconnaissance, à la limite une supercherie qui semble dire que tout cela est vain, seule la charité compte etc... et l'eschatologie, une occupation de théologien moisi sans audience.
On va jusqu'à rapprocher au plus haut niveau de la chrétienté catholicisme et islam (une religion du Livre !), alors qu'on ne procéderait pas de la sorte avec le judaïsme qui est pourtant le monothéisme fondateur ! Avec quel succès à la fin ? Aucun ! La présence divine dans les espèces est niée et même brocardée avec grossièreté. Tout le dogme marial est nié. Il suffit d'avoir des amis réformés pour comprendre que la distance ne peut se réduire, sauf à partager des œuvres caritatives. Pourquoi vouloir réussir sa vie dans l'œcuménisme royaliste où la haine affleure aujourd'hui, comme elle explosait jadis au temps des guerres de religion ? Le parti de Bourbon ne supporte pas l'arrogance d'un parti d'Orléans prétentieux, lequel se moque ouvertement de l'hispanité de la branche aînée (malgré les épouses ibéricaines de la maison de France) quand on ne s'abandonne pas à évoquer les cascades d'alcôve.

Le projet de rassemblement de la Charte de Fontevrault est impossible sauf peut-être au sein de la sphère intégriste par le truchement de la transcendance en laquelle tous croient ou font mine de croire. Devrait-elle remplacer la Biennale Blanche par une grand messe blanche des royalistes de toutes obédiences, à Saint-Denis par exemple, à chaque quinze août en mémoire de la consécration du royaume à la Vierge Marie par le roi Louis XIII en 1638 ? La messe est le seul bien commun à toutes les chapelles. Tout le reste diffère et les oppose. Je le suggère en toute amitié.

lundi 30 octobre 2017

Centenaire de la déclaration Balfour

Jeudi prochain, jour des Morts chez nous, Israël commémorera les cent ans de la déclaration d'Arthur Balfour, ministre des affaires étrangères de sa gracieuse majesté, qui participa au dépeçage de l'Empire ottoman dans la grande tradition de fout-la-merde du Foreign Office ! Où que vous regardiez sur le globe sauf en Amérique latine, tous les abcès purulents actuels sont des grains de beauté suppurants infectés par les bureaux anglais. Outre maintes raisons aussi tordues que cachées, la déclaration Balfour rémunérait l'engagement des Juifs d'Europe dans les rangs britanniques au Proche-Orient (La Légion juive). Huit jours plus tard, Jérusalem était enlevée aux Turcs ; le sept novembre, le croiseur Aurora tirait au canon pour signaler le commencement de la Révolution d'Octobre à Saint-Pétersbourg. Mais dans tout ce vacarme, on oubliait les grands chefs arabes à qui les Anglais avaient tant promis. On peut lire ci-dessous le texte qui offre un atterrissage en Terre sainte au projet sioniste. Maints livres ont été écrits sur la question du "foyer juif", nous n'y revenons pas. Le centenaire va susciter un torrent d'articles*.
* Orient XXI
* AFPS
* Balfour 100
* Nuit d'Orient
* (votre propre article ici, que vous signalerez dans la section "Commentaires")


On a déjà commémoré cette année (clic) le cinquantenaire de la victoire israélo-arabe de 1967, on pense arriver à un traité de paix quand les poules génétiquement modifiées auront des dents. Israël s'est battu contre ses voisins pour s'agrandir sur un territoire ne lui appartenant pas mais où résidait une population autochtone quasiment apatride. Il y a une ressemblance dans cette captation avec la conquête de l'Arakan par la Birmanie en 1787, où résidaient (aussi) des Rohingya n'appartenant à personne. Les Birmans actuels sont en train de purger le Rakhine (Arakan) de cette anomalie insoumise, en toute cruauté mais parfaite logique. C'est ce que n'ont pas osé faire les Juifs en Cisjordanie en 1967 ; il faut dire qu'ils n'avaient pas la démographie suffisante pour compenser l'exode et qu'il fallut créer le "mythe d'Eretz Israel" pour susciter des candidatures de pionniers (ou colons si l'on veut) afin d'occuper le terrain conquis.

Israël est aujourd'hui devant le dilemme suivant : soit il accepte un Etat palestinien imbriqué entre les colonies juives (qui tiennent tous les captages d'eau), Etat qui lui sera hostile et renforcé par tout le monde arabe jusqu'à l'heure du jugement dernier ; soit il organise l'agrégation des Palestiniens à un Etat juif augmenté qui muterait en état fédéral, en contrôlant sérieusement la démographie du composé ethnique, ce qui est à la fois racialiste et dangereux, mais pas plus que les taches d'encre noire musulmanes qui s'agrandissent chez les nations européennes.

Peut-on raisonnablement penser que la paix s'obtiendra en confinant les uns et les autres ? Pourquoi ne pas bâtir ensemble la Terre sainte de demain ? Bâtir ? Oui, concrètement à chaux et à sable et pas seulement bavarder dans des micros d'estrade pacifistes ou financer des ONG bisounours. Quoi bâtir ? Bâtir quoi ? Et si par exemple on commençait par remonter la Mer morte au niveau de la vraie mer ? Impossible, on noierait trop de terres jordaniennes, mais utiliser le dénivelé entre elle et le Golfe d'Aqaba donnerait de l'hydro-électricité à toute la région, et en ajoutant une station de désalinisation sous pression, enverrait de l'eau douce partout où elle manque. Ce projet existe :

C'est en 2006 que les Etats-Unis et le Japon associés à l'Union européenne et à l'Agence Française de développement ont financé par la Banque mondiale l'étude de faisabilité. Elle a duré deux ans et a coûté un max de pognon (on parle de douze millions d'euros). Les experts pensent boucler le projet avec cinq milliards de dollars. Comment ça marche ?


On refoule l'eau du golfe dans un bassin collinaire jordanien à 600m d'altitude relative au-dessus du niveau de la Mer morte. Puis on laisse couler l'eau vers le nord dans un canal couvert de 180km de long vers l'usine à dessaler et la station hydroélectrique. Finalement, le projet a été réduit en 2013 au format boutique du Sentier : on se contentera de poser un tube depuis le Golfe vers une usine de dessalement et envoyer l'eau vers la partie méridionale asséchée de la Mer morte dont on percolerait les sols. C'est pas cher, mon fils, avec cinq cent millions de dollars tu fais plein de photos officielles. Ce projet économique (en image ci-dessus) plaît aux Juifs, aux Palestiniens et au roi de Jordanie. Il reste à appeler les dons parce que bien sûr, aucun des trois ne veut payer. C'est l'Orient quand même !

Pour finir, le Piéton du roi à la pointe du renseignement vous livre un secret : les grands Etats arabes tout autant que leurs classes moyenne et supérieure en ont ras la chéchia de l'affaire palestinienne qui s'éternise dans la lutte des egos, les revendications marxistes et la corruption des féaux : aussi « crèvent Fatah et Hamas pourris jusqu'à l'os ! ces gens ont fait la démonstration qu'ils étaient incapables de se gouverner ! on a beaucoup donné déjà... et trois guerres !».
C'est ainsi que privés de soutiens extérieurs, vont se liquéfier les embryons de pouvoirs palestiniens laissant ouverte la porte de tous les désordres dans l'indifférence de leurs voisins. Israël devra donc prendre en charge la répression et l'administration quotidienne des deux bantoustans. Il reste trente-et-un ans pour faire un compte rond à cent ans !


Postscriptum du 3 novembre :
La revue Causeur niait la possibilité d'un Etat palestinien à la sauce d'Oslo dans un article de Rachel Binhas du 13 octobre 2017 intitulé : L'Etat palestinien n'aura pas lieu.

vendredi 27 octobre 2017

Dieu te garde, Catalogne


La proclamation de la République par le Parlement de Catalogne soulève l'enthousiasme de la moitié des habitants de la province, et le silence de l'autre moitié ne l'entamera pas. Il sera désormais très difficile d'ignorer sur place cette proclamation et au gouvernement central de passer effectivement à l'application physique des tutelles approuvées par le Sénat de Madrid aujourd'hui.


Les indépendantistes se disent prêts à tous les sacrifices pour accéder au rêve au cri de "llibertat!" mais les régionalistes de la couronne d'Espagne comptent sur Madrid pour sauver la Catalogne qui s'est mise en grand danger : l'Europe la refuse, les milieux d'affaires la fuient, la finance internationale ne lui fait pas crédit. L'exode des sièges sociaux - plus d'un millier de sociétés ont émigré - déporte avec lui les domiciliations fiscales et prive donc la Catalogne des contributions directes et indirectes des entreprises comme de leurs cotisations sociales. Le tourisme peut se rétrécir sévèrement pour des questions aussi bêtes que les surprimes d'assurances des tour-opérateurs.
Rien n'est encore fait. La mise en tutelle concernerait les ministères régionaux, la police et accessoirement la radio-télévision ; les finances sont déjà sorties. Seuls vont compter les "détails".
La République pourrait très bien mourir d'insolvabilité totale privant les fonctionnaires de leurs traitements et les services publics des subsides de base.
Pour avoir assisté intégralement à la séance historique du Parlement de Catalogne ce vendredi 27 octobre 2017 grâce à TV3-Catalunya, on ne voit aucun projet national qui sorte des incantations risibles contre le fascisme et autres oppressions castillanes que la constituante à venir va éradiquer. Au-delà de quoi la République catalane va se trouver pendue par les cheveux au milieu de nulle part.
J'avoue comme languedocien être très excité par les développements futurs de cette extravagance unique en Europe occidentale, néanmoins la Catalogne étant une nation de l'arc occitan qui a choisi volontairement de faire une grosse bêtise, nous lui souhaitons quand même bonne chance !


Postscriptum du lendemain qui chante :
Sont destitués à Barcelone et/ou poursuivis :

- Sr. Carles Puigdemont, président de la Generalitat
- Sr. Oriol Junqueras, vice-président de la Generalitat
- Sra. Carme Forcadell, présidente de la Chambre dissoute (pas encore)
- Le major Josep Lluis Trapero, commissaire principal des Mossos d'Esquadra
- Sr. Jordi Sànchez, président de l'ANC (assemblée nationale catalane)
- Sr. Jordi Cuixart, président d'Omnium Cultural
- Suivront cent cinquante noms de hauts fonctionnaires simplement démis de leur fonction (jusqu'à plus ample informé)...

- L'exécutif de la Communauté autonome (qui le reste) est gouverné par la Sra. Soraya Saenz de Santamaria (CV ici)
- Le chef d'escadron Ferrán López, ex-adjoint du major Trapero, est nommé chef-commissaire des Mossos d'Esquadra
- ......





lundi 23 octobre 2017

Puigdemont, grand diseu petit feseu !


Le président de la Généralité de Catalogne
Pour la deuxième fois depuis l'ouverture de la crise référendaire, Carles Puigdemont passe la patate chaude voire brûlante à Carme Forcadell, la présidente du Parlement de Catalogne.

La première fois, ce fut au lendemain du référendum interdit mais gagné ou presque, le 2 octobre 2017 quand la déclaration d'indépendance promise fut suspendue sans conditions, ou du moins conditions si floues qu'elles annulaient toute réplique ultérieure. Demander un dialogue et la médiation étrangère revenait à publier des vœux de prompt rétablissement à une Catalogne meurtrie.
La deuxième fois date de samedi soir, 21 octobre, en réponse à l'ouverture de la procédure de destitution de l'article 155 de la Constitution espagnole de 1978. Le président saisit son parlement qui doit "débattre", alors que pour annuler les effets de l'art. 155 il aurait suffi de dissoudre la chambre et de convoquer dans le même mouvement des élections régionales. En réaction de quoi, le Sénat aurait stoppé vendredi prochain 27 octobre la mise en route de la destitution du gouvernement catalan, le statut d'autonomie restant en vigueur d'après la décision du Conseil des ministres de Madrid.

Il suffisait alors de faire campagne en instrumentalisant la brutalité castillane (ou galicienne) vis à vis de la démocratie et en gommant le volet "solidarité européenne" qui ne s'ouvre pas ! Le bureau du Parlement annonce maintenant qu'ils se réuniront en session plénière le 26 octobre, veille de la réunion du Sénat. Est-ce pour dramatiser encore plus ? On est en plein théâtre de boulevard. Franchement, les Catalans méritaient mieux !

Ce chef indécis, c'est Louis XVI qui va se faire rattraper à Figueras. En attendant la berline, voici la teneur de la reprise en main selon ZeroHedge :

*Administration directe

Mariano Rajoy demande au Sénat de saquer tout le gouvernement de Barcelone, y compris Carles Puigdemont et Oriol Junqueras son vice-président chargé des questions économiques (un génie).
Le gouvernement central prendrait la main sur l'administration régionale autonome (elle le resterait) jusqu'aux élections législatives à organiser avant six mois.
Si l'actuel Parlement de Catalogne conserverait son rôle délibératif, le gouvernement en revanche serait mis sous la tutelle de Madrid.

*Police

Les hauts fonctionnaires nommés prendraient le contrôle des Mossos d'Esquerra qui ont été impliqués dans la rebellion avant et après le référendum illegal. La chaîne de commandement sera vérifiée et mise en ordre. Le chef des Mossos est déjà inculpé.

*Finances

Le Ministre madrilène de l'Economie a déjà resserré son contrôle des finances régionales afin de bloquer l'utilisation des fonds d'Etat destiné à soutenir la sécession. Les règlements essentiels sont dirigés depuis Madrid, et il en continuera ainsi jusqu'à normalisation.

*Médiats

TV3 Catalogne passerait sous contrôle de Madrid afin que l'information traitée par la chaîne régionale de référence soit "vérifiée, objective et équilibrée, en ligne avec le pluralisme politique, social et culturel du territoire".

Une capitale mondialisée à la merci d'un petit journaliste !


Postscriptum :

M. Christian Vanneste dit les mêmes choses autrement en s'appuyant sur une comparaison utile entre la sagesse de l'ancienne république millénaire de Venise et les pays catalans, éternels vassaux de la couronne d'Aragon : cliquer ici.

Indignations symétriques en Espagne

Plaça de Sant Jaume (Generalitat), Barcelona

 

155* c'est l'article 37 allemand voire l'article 16 français : pleins pouvoirs ! Carles Puigdemont et ses parrains catalanistes ont obtenu l'humiliation recherchée, sensée remettre du charbon en chaudière pour provoquer la répression qui attendrira les peuples d'Europe. On va tout entendre du coup d'Etat au déni de démocratie mais el pueblo unido jamás será vencido ! Il pleut, on rentre. L'Europe s'en fout ! Les dirigeants de Barcelone n'ont pas saisi la porte de sortie honorable que Madrid leur entrouvrait : convoquer jeudi dernier des élections législatives régionales sous soixante jours pour les perdre démocratiquement et sauver l'avenir en conservant le statut actuel. Au lieu de quoi, le président (par défaut) a passé la patate chaude à Carme Forcadell, présidente du parlement de Catalogne pour qu'elle organise un débat sur le quoi faire. Quel courage, monsieur Puigdemont ! Quel courage, mais son air d'étudiant à crinière n'augurait pas d'un tempérament guerrier. Les Catalans de tous bords vont assister la mort dans l'âme à une reprise en main. La communauté autonome rend les clefs jusqu'à meilleure fortune à des gens qu'elle a insultés. Tout va dépendre maintenant du doigté apporté par le gouvernement central dans la gestion locale de la crise. Mais si les Cortes de Madrid n'entament pas tout de suite la procédure de révision constitutionnelle, trop de gens désœuvrés ou faciles à convaincre vont fermenter et ravager une Catalogne promise à la ruine. L'Espagne doit s'autonomiser à fond : trois siècles d'histoire à effacer. Mazette, on commençait à s'ennuyer !

Depuis l'aube du monde ce que l'on nomme dans les titres royaux "les Espagnes" commence au sud de la ligne de crête des montagnes pyrénéennes pour finir à l'Afrique. Et nul n'y changera rien. Sanche le Grand (♰ 1035) était Rex Hispaniarum, autant dire roi d'Ibérique, colossal ! Si l'on exclut le royaume de Portugal tourné vers l'outremer, le territoire de la péninsule, farci de royaumes, fut très longtemps morcelé, un peu à la manière italienne, puis partagé entre les couronnes de Castille et d'Aragon qui en firent des agrégats. Ces Espagnes ont duré jusqu'à la guerre de Succession entre les maisons de France et d'Autriche, quand vint le temps d'une unification politique et budgétaire, les suzerainetés ne suffisant plus à la gestion de l'espace. C'est le roi Bourbon Philippe V qui réorganisera tout le territoire des Espagnes autour des années 1715, répliquant plus ou moins le schéma centralisateur français (source). Cette marche à l'intégration se continuera par une assimilation forcée, que briseront les deux républiques puis que renforcera le fascisme. Le pouvoir légataire du franquisme tiendra compte de l'histoire écrite dans la terre d'Espagne après la mort du Caudillo en 1975 pour équilibrer une nouvelle constitution (1978). D'où les divers statuts d'autonomie poussée des provinces actuelles. On a repris alors la route des Espagnes à la satisfaction générale, Catalans compris. Mais la Catalogne veut toujours plus.

Citadelle-musée de Montjuïc (Barcelone)

Toujours plus, au motif que la Seconde République lui avait octroyé une quasi-indépendance. La seule question qui vaille aujourd'hui à l'adresse des leaders catalans est : pour quoi faire ? Pour brasser plus de pognon à Barcelone ? pour dépenser sans compter ? pour s'enrichir personnellement comme tous les révolutionnaires du monde ? Si l'on me parle de "culture bafouée", de "civilisation brimée", de "catalanité combattue", je dis foutaises, ce n'est tout simplement plus vrai depuis quarante ans, la dictature franquiste est loin. Mais depuis la libération, on infuse dans l'esprit des écoliers le martyre de la Catalogne opprimée ; et bien sûr, les enfants de jadis ont grandi dans ce bouillon nationaliste de synthèse, ont regardé dans le rétroviseur plus que par le pare-brise jusqu'à se couper des perceptions culturelles de la rue (les putes sont japonaises) et des réalités socio-économiques modernes (l'IBEX 35 s'est enfui). Autant dire que le nerf de la guerre d'indépendance est en train de quitter la région rebelle, non par un complot international des Forges maçonniques et des Banques cosmopolites, mais parce que nulle entreprise, quelle que soit sa taille, n'a vocation à mourir de bêtise quand cinquante kilomètres plus loin, elle va prospérer. Et les livres se souviennent aussi de la révolution sociale de 1936 dont les partis gauchistes de Barcelone s'imaginent être les continuateurs et qui a laissé d'impérissables souvenirs.

Dans une déclaration faite juste avant le référendum extravagant du 1er octobre 2017, Mgr Sixte-Henri de Bourbon Parme, régent de la tradition carliste et grand détestateur de la constitution de 1978**, évoque "les Espagnes" comme ciment de l'union espagnole (voir la page de Katehon en français ou celle de la Comunión Tradicionalista en espagnol et catalan). A part de lui, tout converge au retour des suzerainetés médiévales sous une forme moderne. Le centralisme français d'importation ne fut jamais une réponse au-delà des Pyrénées. Les peuples espagnols sont fiers, à la limite chauvins et rétifs à l'uniformisation qui effrite le ciment national. On peut d'ailleurs les amuser adroitement de manifestations folkloriques et religieuses qui permettent de gérer le reste.

Le roi, raide et compassé en même temps, ne doit pas s'enfermer dans un juridisme étroit, même si l'intransigeance constitutionnelle de Mariano Rajoy est la seule réponse possible pour le moment. Il est le roi de toutes les Espagnes, il peut jouer le rôle du good cop comme dans le discours d'Oviedo (clic) et pousser à la réforme en sortant lui-même des rails constitutionnels s'il le faut. Le temps des juristes est venu. Tant la Catalogne que l'Euzkadi doivent restées amarrées à la couronne d'Espagne comme l'étaient jadis les provinces étrangères à la couronne d'Aragon, qui était passée au XV° siècle du statut de royaume pyrénéen à celui d'une thalassocratie méditerranéenne puissante, avec Barcelone comme tête de lignes. La Catalogne en réduction qui propose la sécession n'arriverait à rien. Sa cousine basque ne ferait pas mieux.

Possessions de la Couronne d'Aragon au XV° siècle


Quant à déteindre sur le reste de l'Europe, cette prospective des dominos est pure manipulation des centralisateurs obtus. Des entités historiques assez fortes, capables de s'extraire d'un Etat régulièrement constitué et ayant une surface suffisante pour jouer leur partie sans appeler de la Dette à chaque fin de mois, je n'en vois que deux : les héritiers du royaume d'Ecosse (qui jadis passa la Auld Alliance avec le royaume de France) et ceux d'une réunion des royaumes de Piémont, de Lombardie alliés à la république de Venise (la Padanie alpine). Tout le reste est "enclavé" et pour la France, stupide. La Corse est très dépendante, l'Occitanie politique n'existe pas (même réduite à la Septimanie), Bretagne, Alsace sont du folklore, le pays basque français est une question dérivée.
La seule équivalence à la lutte catalane serait les Flandres belges, mais comme pour la Catalogne la seule question qui vaille serait : "pour quoi faire ?". Des économies sur la Wallonie ? Une indépendance d'usufruitiers ? La création de postes prestigieux à compte des contribuables? La gloire ? Même les Hollandais les détestent.

A l'heure des Etats-continents, il est presque risible de voir certains intellectuels soutenir l'émiettement de l'Europe occidentale au motif fumeux du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, quitte à en crever (comme le Kosovo). L'Union européenne doit gagner en force pure dans le grand jeu diplomatique. Le Soft Power par le commerce et les crédits de développement ne marche plus. Attaquée de partout dans le champ démographique par des migrations massives, elle doit résoudre les déséquilibres qui provoquent l'exode du tiers-monde et combattre les offensives délibérées qui la visent. Les Etats-continents ont déclaré la guerre économique mondiale et la noix européenne doit résister entre les branches du casse-noix sino-américain. Pour ce faire, il faut passer outre les interminables conférences à 27 ou 30 en dix langues et parler d'une seule voix à Trump et Xi. A défaut de quoi L'Europe sera achetée (conquise), région par région, matée et consommée sur place comme il en fut lors de la conquête maure de 711.

Mais parce que c'est aussi une communion de peuples très anciens, souvent antagonistes, l'Europe doit trouver un juste équilibre entre les aspirations réelles d'une démocratie de proximité et la puissance continentale nécessaire à notre survie. L'Europe des régions est une proie.
En attendant l'embellie politique, on fera son profit de l'entretien donné à Royauté-News par Marie-Thérèse de Bourbon Parme, la pasionaria carliste de référence, en cliquant ici. Nous partageons avec elle l'amour des fueros ou chartes communales, franchises et immunités qui sont l'essence-même de l'enracinement des peuples dans leur diversité, s'ils savent en revanche s'unir au plus loin pour perdurer.

Europe des régions subordonnées


Notes :
(*) Artículo 155 de la Constitución española de 1978:
1. Si una Comunidad Autónoma no cumpliere las obligaciones que la Constitución u otras leyes le impongan, o actuare de forma que atente gravemente al interés general de España, el Gobierno, previo requerimiento al Presidente de la Comunidad Autónoma y, en el caso de no ser atendido, con la aprobación por mayoría absoluta del Senado, podrá adoptar las medidas necesarias para obligar a aquélla al cumplimiento forzoso de dichas obligaciones o para la protección del mencionado interés general.
2. Para la ejecución de las medidas previstas en el apartado anterior, el Gobierno podrá dar instrucciones a todas las autoridades de las Comunidades Autónomas.

(**) Sixto de Borbón à El Pais en 2013 : « Estamos en presencia de una seudoconstitución, que no puede tener principios en función de su origen bastardo y espúreo. El sistema [constitucional] del 78 se basó en la mentira, por lo que antes o después tenía que desmoronarse. El desfondamiento institucional, moral y religioso hace, sin embargo, que no podamos celebrar en exceso el fiasco »


Addedum du 22.10.17
On retirera beaucoup d'informations utiles de l'article de Patrick Kingslay dans le New York Times du 20.10.17 qui a parlé avec Ada Colau, maire de Barcelone. Elle défend sa ville, l'une des premières de Méditerranée, dans la mondialisation de préférence à un improbable Etat catalan. L'article se termine au Camp Nou Stadium et les photos sont très réussies.

samedi 21 octobre 2017

Le discours du roi avant l'orage

C'est depuis Oviedo où le roi Felipe VI et son épouse vinrent remettre les prix Princesses des Asturies que fut prononcé hier vendredi un discours pour l'unité espagnole, empreint de plus de chaleur que l'adresse constitutionnelle du 3 octobre à Madrid rapportée ici.
Ce discours précède les décisions du Conseil des ministres convoqué aujourd'hui par le président du gouvernement, Mariano Rajoy, qui rentre de Bruxelles assuré du soutien de tous les pays de l'Union et de ses institutions contre la sécession catalane. Quel que soit le déroulement de la crise à Barcelone, le discours d'Oviedo fera date en tant qu'ultime appel à la raison.
Lundi, Royal-Artillerie proposera un article sur le même sujet intitulé "Indignation symétrique en Espagne".


(source Casa Real)

mercredi 18 octobre 2017

... in fine Raqqa chut !


"Nous" avons vaincu l'Etat islamique, ISIS et Daech tous ensemble. Gloire aux fantassines kurdes, aux forces spéciales d'Occident, aux spotters, snipers, aux drones et lasers de guidage, aux satellites, aux Russes... gloire à tous du plus haut des cieux redevenus bleus, depuis que retombe sur les ruines de Raqqa la poussière des bombardements. Rien du tout ! Nous n'avons rien gagné du tout.
Avant de s'applaudir, il aurait fallu vaincre la nature humaine dans sa barbarie affleurante qui ne demande qu'à émerger. Les monstruosités ont été perpétrées par des hommes et des femmes libres, volontaires, à fond sur la pédale. Ils étaient normaux avant de s'engager, les rescapés vont le redevenir progressivement. Alors cherchera-t-on les pourquoi et comment, les "motivations" comme ils disent, pour y porter remède ? Idiot !

L'histoire de l'espèce humaine est un musée de l'horreur et les Daechiens ne furent pas les pires sinon les plus médiatisés. Le torrent d'atrocités n'a jamais réellement cessé sur terre, quand un hémisphère s'apaisait, l'autre prenait feu, et cela dure depuis toujours. Il n'est besoin d'aucun exemple, chacun sent le démon en lui caché, tapi. Il n'y a pas de progrès, le temps n'y fait rien, les hommes de l'Antiquité ont déjà fouillé toute la pensée humaine et regardé les malheurs qu'elle sait provoquer et s'y complaire. La civilisation n'est pas une évolution, rien n'a changé depuis. Si, nous avons compliqué l'analyse à l'infini mais la réalité, elle, est toujours aussi simple : nous sommes damnés par construction, désespérance.

Par son exterritorialisation, Daech va morpher en quelque chose de luciférien, insaisissable jusqu'à la future apocalypse (littéralement), son vivier est inépuisable.


lundi 16 octobre 2017

Géopolitique américaine

Numéro 3/16
Quand l'éléphant Trump est entré dans le magasin de porcelaine américaine le 20 janvier 2017, Eric Fottorino (Le1) et François Busnel (La Grande Librairie - France 5) eurent l'idée de génie d'accompagner le massacre démagogique trimestre après trimestre, en publiant la revue America tout au long du mandat, soit (4x4) seize livraisons. La zone d'intérêt était bien sûr le territoire des Etats-Unis dans toutes ses communautés, les contributeurs, des pointures éditoriales ou des écrivains, plutôt marqués du sceau de l'âne que de celui de l'éléphant. Manque de pot, malgré les frasques du premier joueur de golf américain de plus de soixante-dix ans - on dit en plus qu'il triche si tu regardes ailleurs - l'Amérique se porte plutôt bien, l'économie frôle la surchauffe, le chômage est réduit à l'incompressible, les bulles en tout genre gonflent, et les rednecks et autres Joe-six-pack continuent à le soutenir, la winchester sur l'épaule.

Par contre c'est à l'étranger, où à part les Chinois et les Mexicains nul ne l'attendait, qu'il est le plus dangereux, voire destructeur. Les affaires étrangères ne sont pas ses affaires et le Département d'Etat dépense une incommensurable énergie à prévenir le tweet de demain ou à rattraper celui d'hier. Personne à Washington ne sait de quoi la semaine sera faite, ni la position diplomatique officielle de la première nation du monde, et Rex Tillerson est un héros. Le slogan du magazine America, l'Amérique comme vous ne l'avez jamais lue, est donc décalé des réalités du "massacre" trumpien. De plus, l'existence de cette revue m'a été révélée hier par TheNewYorker, ce qui trahit un certain déficit de notoriété...

Revue de détail:

Corée du nord (voir la carte ici) - Le seul acteur sur zone capable de faire plier Kim Jong-un est Xi Jinping. Il a déjà fortement serré le garrot au cou de la Corée dont le commerce extérieur est très lié à la Chine (aucun chiffre n'est fiable à cause du mode opératoire de Pyongyang). Après un embargo sur le charbon, le fer et le textile, la Chine a annulé les licences d'exploitation des petits commerces nord-coréens installés à Dandong et au Jilin, mais plus significatif, a décidé de combattre la contrebande de fruits de mer en Mer jaune alors qu'elle était tolérée pour maintenir un certain niveau de vie dans les pêcheries nord-coréennes. Après le 19ème Congrès du PCC, le garrot sera serré un tour de plus... sauf si le voyage de Trump à Pékin casse la dynamique par des exigences insoutenables de sa part. Si à la fin Rocket-Man plie ou est tué par le capitaine des gardes, tout le mérite en reviendra à Xi Jinping, lequel capitalisera immédiatement son succès dans le détroit de Formose et en Mer de Chine méridionale ! D'ailleurs c'est écrit déjà dans les journaux chinois de référence comme Global Times et Caixin Global. Les sanctions onusiennes appliquées réellement et appuyées par les Cinq risquent bien de suffire à l'avenir, grand message qui prend Donald Trump à contre-pied avec sa vision gaullienne du Machin.

Iran - La levée des sanctions économiques dures et consécutive au traité nucléaire porte ses fruits. La libéralisation des échanges, la reprise des productions industrielles, le commerce du superflu sont autant de ballons de monoxyde de carbone pour la République islamique. Ce gaz inodore tue plus sûrement que tout. Le peuple iranien et d'abord la classe moyenne se libère mentalement du crassier religieux à tel point qu'on parle de vie souterraine assez débauchée. Les femmes ôtent le voile une fois par semaine, les bitards de la police islamique ne peuvent pas matraquer tout le monde. Le modèle se fissure à grande vitesse ; ce n'est pas le moment de rallumer la chaudière du chauvinisme. Bien sûr que les ingénieurs planchent sur la force de dissuasion, mais la société peut pourrir le régime avant que n'aboutissent les travaux. Et l'AIEA veille. Le jeu de rôles entre Donald Trump et le Congrès des Etats-Unis est pitoyable de bêtise.


L'Iran n'est pas seulement un danger nucléaire mais aussi un acteur régional en expansion, Syrie-Liban, Qatar, Irak, qui contrôle en profondeur sa frontière afghane (Hirat et Farah). Ce n'est plus du billard à trois bandes... mais une algèbre de sous-ensembles flous, ce qui dépasse un peu les capacités de raisonnement du magnat parvenu à la Maison Blanche. L'Iran s'entend aussi avec la Russie et depuis longtemps avec la Turquie, même si ce n'est pas toujours visible ; du moins n'a-t-il aucun contentieux avec ces deux puissances régionales. Donald Trump parviendra-t-il à souder une véritable alliance russo-turco-iranienne ? Ce serait le bouquet d'autant que le groupe d'Astana existe déjà !

Mer de Chine - Le confinement des Chinois en mer de Chine (tout est déjà dans la phrase) n'est pas moins complexe que les affaires de "l'Orient compliqué". A l'exception du sultanat de Bruneï qui ne pèse rien, il existe une solidarité asiatique en Mer de Chine méridionale et les grâces que peuvent faire les uns ou les autres aux Américains sont calculées, pesées, évaluées en fonction d'intérêts immédiats, tous sachant qu'à terme la VII° Flotte refluera, peut-être même au-delà du Japon jusqu'à Hawaï. Développés par la mondialisation des échanges, aucun des pays riverains de la Mer de Chine méridionale ne se déclare incapable de contrôler les rails de navigation marchande qui passent devant chez lui. Nul n'a besoin des Etats-Unis qui changent en plus de politique à chaque mandat présidentiel ; il suffit de s'entendre avec le gorille de 900lbs dans le coin de la salle de conférences : la Chine impériale revenue de la nuit des temps ! Déjà les Philippines ont contourné un embargo américain en acceptant des conteneurs d'armement chinois pour écraser la rébellion islamiste dans le sud. Le Cambodge a été acheté (facilement) pour une alliance de revers sur l'ASEAN, le Vietnam va coopérer avec tout le monde pour rehausser son niveau militaire et venir un peu mieux habillé sur le tapis vert où l'on se dispute l'archipel des Paracels ; la Malaisie au Sabah (Bornéo) n'est impliquée que pour la territorialité des hydrocarbures marins, elle n'a pas d'agenda si loin de chez elle.

Avec sa réactivité enfantine à bout de pouces, on voit mal Donald Trump supporter dans le bureau ovale une heure d'analyses de ses services diplomatiques et en faire une synthèse décisive sur la politique maritime américaine en zone d'influence chinoise. Heureusement qu'il peut se dégonfler après des menaces aussi définitives que tonitruantes. Et soit dit en passant, l'approche copain-copain choisie par Emmanuel Macron est sans doute la bonne.


Conclusion

Le candidat Trump avait décidé de s'occuper au mieux possible des Américains qui le méritent, ses électeurs. Il serait bien inspiré de s'y mettre plus sérieusement et de lâcher la grappe au reste du monde, à la seule condition que les dirigeants européens se sortent les doigts pour nous construire un avenir sans les Etats-Unis, mais pas nécessairement contre eux. Si la chancelière allemande a déjà dit qu'il ne fallait désormais compter que sur soi-même, on attend du président français qu'il nettoie la merde collectiviste française afin de dégager voies et moyens pour protéger nos intérêts et notre sol. Malgré l'intelligence du discours, l'enthousiasme et les convictions clairement fondées, la prestation dominicale d'Emmanuel Macron et son environnement politique ne nous assurent pas d'une "transformation" suffisante (on y reviendra forcément sur Royal-Artillerie), trop de réformes dans le passé ont souffert du coitus interruptus dans l'application, sans parler des dérogations clientélistes qui ruinent les meilleures intentions. C'est maintenant que l'on mesure le temps perdu en foutaises et dilapidations depuis vingt ans, on a laissé rouiller l'épée.

Par chance, le tsar Vladimir II ne cesse de déstabiliser les anciennes marches de Russie en s'appuyant sur les minorités russophones qu'elle a laissées à marée basse, ce qui renforce la cohésion de l'Alliance atlantique, malgré le premier mouvement du biznessman à triples semelles en recherche d'impayés parmi ses alliés (pris comme des clients). C'est curieusement l'obstination stérile du Kremlin qui permettra à Donald Trump de finir son mandat la tête haute, un comble !

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