dimanche 11 novembre 2018

Centenaire de l'Armistice

C'est aujourd'hui à 11h. L'Europe commémore la fin de la guerre civile de 14-18 appelée autrement guerre européenne de suprématie. Il y en avait eues d'autres sous les rois, sous l'Empire mais aucune encore n'avait été gagnée acier contre acier. C'est l'occasion pour tous de réfléchir aux causes de l'affrontement franco-allemand qui dura trois quarts de siècle (1870-1945): le militarisme prussien repoussant les frontières de son "espace vital" trouva suffisamment d'écho dans les certitudes de l'état-major français, qu'il devenait plus qu'urgent de vérifier sur le terrain qui des deux avait trouvé la formule gagnante, et chez nous, la revanche sur l'humiliation de 1870. De grands penseurs sur l'art et la manière de s'entretuer convainquirent les politiques que des nuées de paysans formés hâtivement à l'ordre serré écraseraient les Huns avec une consommation raisonnable des effectifs. La théorie s'appelait l'offensive à outrance, elle fut développée et appliquée par le général Robert Nivelle et les généraux anglais qu'il avait séduits, avec les résultats que l'on sait : la guerre se fit toute entière chez nous et les consommations furent décuplées. C'est à la fin l'acier français et la qualité de l'ingénierie française dont les usines étaient protégées par une armée de terre franco-anglaise pétrie de courage et bien commandée, qui vainquirent, on ne le dira jamais assez. La levée en masse ne vint à bout de l'invasion qu'à la fin d'une guerre mécanique terrible.

La presse bruisse d'une commémoration low cost décidée par le Château où seront glorifiés les soldats de première ligne quel que soit leur camp. Les généraux et maréchaux seront cités incidemment mais sans appuyer car il faudrait sinon "revaloriser" les casques à pointe de la Prusse vaincue où naquit Angela Merkel. Quant aux soldats, ils auraient été victimes des contraintes et menaces afin de se maintenir dans les tranchées sous l'orage. A ces explicateurs "petite bite" on devrait poser la question simple : « Pourquoi lorsque un chef d'unité demandait des volontaires vers l'avant, il y avait la plupart du temps malgré le péril plus de doigts levés que de postes à pourvoir ?» Ayant eu le privilège de parler à de véritables poilus et pas à des chercheurs de l'université, j'en ai retiré une histoire de peur et de gloire, de pleurs et de rires, de morts et de crasse, de gueules cassées et surtout de ce courage mâtiné de bonne humeur qui faisait accepter l'impossible, l'indicible. On insulterait leur mémoire à les considérer comme des veaux partant à l'abattoir. On ne peut pas les rapetisser à la toise qui les ferait ressembler à ce que nous sommes devenus, nous : des moutons !

Ceci étant dit, nous commencerons cet ultime billet du Centenaire par un hommage aux cadres des unités de combat, sergents, adjudants et officiers qui commandaient à la voix des gens qu'ils connaissaient par leur nom. La guerre en consomma beaucoup et on ne parle que rarement des postes très difficiles qu'ils ont occupés. Garder la tête froide, l'autorité, la capacité d'analyse sous la mitraille, dans le vacarme des bombes et les gaz, entre les geysers de cailloux et de boue jusqu'à l'élan d'un assaut libérateur. Tous les jours ! Ils assumaient deux responsabilités, celle de leurs hommes qu'il fallait "gérer" au quotidien et soutenir moralement, celle de la mission dans une bataille de mêlée où tout fléchissement pouvait être fatal à la ligne de front. Sans eux, les unités élémentaires se transformeraient en troupeau de chats, la combativité disparaitrait avec le relâchement de la discipline, la défaite serait sûre. Les cadres étaient le principe catalyseur d'une section, d'une compagnie qu'ils transformaient en unité combattante. Rien sans eux n'aurait été possible. Parmi eux figurent des célébrités. Si chacun connaît les écrivains et les artistes morts pour la France, moins nombreux sont ceux qui savent que des députés (assez peu finalement) ont combattu. Parmi eux nous choisirons un royaliste (normal!) : le duc de Rohan.

Né le 4 avril 1879 à Paris, Josselin de Rohan-Chabot, douzième duc de Rohan (en photo), embrasse la carrière militaire dès ses dix-huit ans et part en 1900 combattre en Chine les Boxers avec le 6è Dragons. Conservateur, catholique et anti-maçons, il succède naturellement à son père comme député du Morbihan en 1914. Mobilisé dès la déclaration de guerre comme lieutenant de réserve, cet officier de cavalerie est versé au 27è Dragons puis après la Marne, il est promu capitaine au 15è Dragons en 1915. Le régiment devant tirer à la courte-paille un officier qui rejoindra l'infanterie pour y commander une compagnie de combat, le capitaine de Rohan refuse de faire tirer au sort ses lieutenants, estimant qu’à lui seul revenait cet honneur périlleux. Il rejoindra le 4è Bataillon de Chasseurs à pied, jusqu'à Verdun. Blessé à deux reprises, il rejoint chaque fois le front. Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1916, le capitaine de Rohan part avec son ordonnance en reconnaissance sur le terrain de chasse de son château de Manancourt dans la Somme, vers le calvaire d'Hardecourt-aux-Bois où une semaine auparavant le capitaine Augustin Cochin du 146e RI a été tué devant sa compagnie alors qu'il contre-attaquait. Son ouïe affaiblie par une blessure aux tympans du mois de mars, il tombe, à deux heures du matin, sous les balles d'une mitrailleuse du 182/16.Royal-Saxon qui ne dormait pas. Il est enterré le 15 juillet dans le cimetière militaire de Cerisy-Gailly. Il avait 37 ans.






Les émissions commémoratives du centenaire vous en apprendront bien plus sur la "fin de l'histoire" qu'un modeste blogue comme celui-ci. Pour vous offrir un épisode inédit comme ce blogue aime le faire, nous allons parler aujourd'hui des renforts océaniens au sein de l'Empire français, et particulièrement de ceux levés en Nouvelle Calédonie, territoire d'outremer qui a renouvelé ses vœux français dimanche dernier. Précisons que dans les territoires du Pacifique seuls les citoyens français étaient mobilisables dans les mêmes classes d'âge que les métropolitains. Les sujets sous statut de l'indigénat n'étaient pas incorporables. Mais la consommation de troupes sur le front de l'Est obligea le gouverneur Jules Repiquet (1874-1960) à contourner la règle en proposant le volontariat. Ces recrues passeront par la même filière que les Français, conseil de révision, vaccinations, instruction militaire, aguerrissement, versement en division combattante mais sans dispersion. A l'époque, toute la guerre était conduite par divisions: pour le Bataillon mixte du Pacifique ce fut la 72è du général Ferrandini.


La grande majorité du contingent océanien sera incorporé au BMP formé à Nouméa puis basé à Marseille sous l'autorité du capitaine Montagne pour incorporer les autres recrues d'Océanie comme les Tahitiens. Il fit une belle guerre, d'abord sous les ordres du chef de bataillon Trouilh en Champagne, puis fut remonté au front sous les ordres du chef de bataillon Gondy, et toujours au contact dans les pires moments ; ce n'était pas une unité supplétive ou de coolies charriant du ballast même s'ils participèrent comme tout le monde à l'entretien des ouvrages militaires, mais des soldats dans la bonne moyenne à l'issue de leur formation. Ces troupes qui passèrent au Chemin des Dames, terminèrent la guerre dans l'honneur et le bataillon fut cité à l'ordre de la Xème Armée le 10 décembre 1918 (voir l'historique du BMP en cliquant ici ou bien en original sur le document de Vincennes, en cliquant là). Les pertes furent d'un cinquième des effectifs français (et créoles) et un tiers des effectifs canaques. Eh quand même !

La motivation des Canaques qui s'enrôlèrent reste en débat d'autant qu'une révolte éclata en 1917 sur la grande île. Si on comprend que la pression des autorités indigènes et des missions ait pu pousser le jeune Canaque à signer, on sait par des témoignages que la double curiosité de découvrir et la France et la guerre moderne en décida beaucoup. Il n'est pas correct de dire que la vie tribale pouvait être chiante à mourir pour certains esprits aventureux, mais on peut le penser très fort. Quoiqu'il en soit, la bonne tenue au feu de ces troupes coloniales primitives créa pour la première fois chez les autochtones une véritable identité dépassant le maillage tribal par le sentiment d'une fierté acquise chèrement sur le territoire même du colonisateur. Cette conscience collective valut aux indigènes une nouvelle politique d'assimilation mise en œuvre par le gouverneur Guyon dès 1925. Elle n'aboutira quand même pas à faire du Canaque un citoyen français. Dommage ! Mais les anciens tirailleurs à qui fut proposé la citoyenneté en 1925, la refusèrent majoritairement, ce qui signalait la solidité de leur attachement à leur terre ancestrale.


Pour mémoire, les possessions océaniennes engagées furent, outre la Nouvelle Calédonie et les Nouvelles Hébrides sous condominium franco-anglais, les archipels polynésiens (Société surtout, les quatre autres étant vides) et les protectorats de Wallis et Futuna. Les indigènes de ces territoires étaient considérés avant-guerre comme peu employables dans les affaires militaires voire inaptes à l'instruction nécessaire à la formation d'un soldat. Les pertes au front firent reconsidérer les talents sans doute cachés de cette ressource dès 1915. Pour bien cadrer l'histoire, au plus fort de son engagement, le BMP comptait 1222 rationnaires, 91 chevaux et 44 voitures répartis en un état-major de bataillon, une section hors-rang, quatre compagnies de combat et une compagnie de mitrailleuses. D'autres Océaniens français s'engagèrent dans les troupes impériales de l'ANZAC (Australian and New Zealand Army Corps).






Terminons ce centenaire en saluant la dernière composante de l'histoire de 14-18 : l'arrière qui a "tenu", comme on disait alors ; nos usines ont tourné à fond tout au long de la guerre grâce aux femmes. Les femmes de France furent admirables dans les hôpitaux, les fermes, les ateliers. L'économie de guerre leur doit beaucoup.
Tant les combats dantesques que l'ampleur des dévastations constatées partout ont fait crier « Plus jamais ça !» aux survivants de l'apocalypse. Hélas, la dureté des circonstances avait pour le moins affaibli leur perception de l'avenir même si leur connaissance de l'espèce humaine avait terriblement progressé. Le pire nous était promis, il l'est encore ! Après plusieurs ouvrages relatant ses campagnes, l'ancien chef d'état-major général allemand, Erich Ludendorff, publiera en 1935 Der totale Krieg, une doctrine mobilisant toutes les forces matérielles et morales de l'empire disparu pour l'éradication de l'ennemi, doctrine qui annonçait une guerre plus effroyable encore !


Voilà ! C'est terminé. La Grande Guerre, en ressortant des commémorations de son centenaire, entre dans la nuit de l'histoire. Royal-Artillerie pourrait s'arrêter maintenant, nous en avons beaucoup fait. Ce billet est le quinzième de la série "14-18". Merci aux lecteurs fidèles. A plus !



Postscriptum :
Outre les études de Jacques Frémeaux sur l'empire colonial, nous signalons qu'une étude sur la Nouvelle Calédonie en guerre a été publiée en ligne par Mme Boubin-Boyer, dont on peut lire le travail en cliquant ici.



Tous les billets Royal-Artillerie du Onze-Novembre sont libellés "1111"






Buona notte amore
Ti vedro nei miei sogni
Buona notte a te che sei lontano




Postscriptum du 12
RFi, Radio-France internationale, a monté un gros dossier sur la Guerre de 14 en Afrique. On peut y accéder en cliquant ici.

vendredi 9 novembre 2018

Ecrivains-combattants de 14-18

La Grande Guerre a nourri des écrivains qui par elle devinrent grands à leur tour. Nous évoquons aujourd'hui les récits célèbres que la littérature a produit dès la fin des hostilités. On les trouve encore en bouquinerie ou sur des sites spécialisés dans les vieux livres. Achetez-les, c'est de première main. Mais on ne peut faire cet article sans signaler que la guerre a tué plus de cinq cent écrivains français derrière Charles Péguy, Alain-Fournier, Guillaume Apollinaire, Léon de Montesquiou, Victor Ségalen, Ernest Psichari, Augustin Cochin etc. Ils ont une plaque au Panthéon.

A l'intention des jeunes lecteurs, il ne faut pas lire trop tôt cette production littéraire qui peut mettre en tête des cauchemars tenaces. Rares sont ceux qui mobilisés ou engagés en 14 en sont ressortis indemnes, ils ont aussi passé à la postérité l'horreur et la terreur en même temps que les qualités guerrières et la gloire. Le premier écrivain-combattant qui vient à l'esprit est Roland Dorgelès avec Les Croix de Bois. Ce "roman" est une succession de nouvelles qui campent soit une situation particulière, soit un caractère de soldat. Il fut reçu à l'époque par les anciens combattants comme parfaitement cadré et juste.

Le volontaire Henri Barbusse de tempérament cévenol (réfractaire) transmit son expérience des tranchées (à 40 ans) dans Le Feu, journal d'une escouade. Il s'agit de la mise en forme de son carnet de marche, gratté en 1915 et 1916, rédigée dans son lit d'hôpital à Chartres. Admirateur de la Révolution russe, mort à Moscou, bien des communes de la couronne rouge parisienne donnèrent son nom à des rues. Ce qui n'enlève rien à la qualité de l'œuvre et le niveau d'effroi qui s'en dégage.
Le pacifisme de Jean Giono se fondera sur sa traversée de la guerre qu'il relate dans Le grand troupeau. Sans aucun esprit belliqueux mais discipliné, il sera de tous les coups qui évoquent la dureté des temps, Les Eparges, Verdun, Noyon, Saint-Quentin, la Somme, l'offensive Nivelle au Chemin des Dames. Il a le droit de dire ce qu'il veut !


Le volontaire suisse de la Légion étrangère Blaise Cendras écrira La main coupée qu'il a perdue lors de la grande offensive de Champagne en 1915. Jean Paulhan pour Le Guerrier appliqué au 9è Zouaves est incontournable. Le style en plus.

Le capitaine Emilio Lussu est le plus connu des écrivains-combattants italiens. Mobilisé dans la Brigade sarde Sassari, il participe au Verdun italien, le Mont Zebio, qui lui inspirera son chef d'œuvre Un anno sull'Altipiano. Tempérament affirmé, il affrontera les chemises noires l'arme au poing et s'évadera de sa bastille des îles Lipari. L'autre italien est le volontaire lombard Carlo Emilio Gadda. Fait prisonnier à Caporetto, il racontera sa guerre et sa captivité au Hanovre dans son Giornale di guerra e di prigionia. Mais c'est son œuvre "civile" d'un style si spécial qui le fera entrer ensuite dans la légende, à côté de pointures comme Proust.

On sait que les Anglais ont beaucoup "donné" à la Grande Guerre, chez nous sur la Somme où tant disparurent, aux Dardanelles et au Proche Orient. S'il faut un jour lire Les Sept piliers de la sagesse du colonel Lawrence dit d'Arabie, on doit citer un auteur-combattant qui fit carrière, Alan Alexander Milne, le créateur de Winnie L'ourson. Enrôlé en 1915 comme sous-lieutenant au 4th Battalion du Royal Warwickshire, il est grièvement blessé en 1916 à l'offensive anglaise sur la Somme. Rétabli mais fragile, il entrera au contrespionnage et y rédigera la propagande du Mi7 au War Office. La Somme lui fera publier Peace with Honour, un brûlot pacifiste qui ne l'empêchera pas de rempiler comme capitaine dans la British Home Guard, chez lui à Hartfield, demandant à ses subordonnés de l'appeler Mister Milne.

On ne peut faire l'économie d'Orages d'acier d'Ernst Jünger, lieutenant dans les troupes d'assaut, peut-être le plus technique des récits, qui laisse peu de place à la dramatisation. C'est aussi un amoureux de la France et des Français.
Reste à signaler pour finir le fameux roman pacifiste de l'abbé Erich Maria Remarque A l'ouest, rien de nouveau que les nazis brûleront comme décadent. On en fera des films !

La liste des écrivains combattants est longue, à la hauteur du retentissement de cette première guerre mondiale. la Wikipedia donne une liste d'auteurs que vous pouvez consulter en cliquant ici, sinon le site éponyme en cliquant là.

Un livre hors de la tranchée littéraire mais difficile à trouver donne un éclairage saisissant de la guerre de l'ombre. C'est l'ouvrage posthume Mes souvenirs du Commandant Ladoux, recueillis par Marcel Berger. Patron du 5è Bureau à Paris puis du 2è Bureau au GQG, il dénichera Mata-Hari et bien d'autres espions qu'il fera fusiller, en particulier ceux basés au pays basque espagnol. Selon sa veuve, il a été liquidé à distance à Cannes en 1933 par l'Abwehr ou par le Sicherheitsdienst nazi, au moyen d'un paquet de photos toxiques que lui envoyait une "vieille connaissance allemande", Mademoiselle Doktor, mais dont les encadrements avaient été sans doute traités aux streptocoques ou une autre saloperie qui se logea dans les sinus. Peut-être s'était-il moqué exagérément de l'adversaire dans trois romans d'espionnage qu'il avait fait paraître au Masque après la guerre ? Il agonisa cinq jours. On ne connaissait pas le polonium à l'époque.


Nous ne pouvons pas nous quitter sans évoquer celui dont on parle le plus ces jours-ci. Maurice Genevoix. Mobilisé comme sous-lieutenant de réserve au 106è RI de Châlons, il est rapidement sur la Marne puis remonte sous Verdun. Ce sera d'ailleurs le titre du premier volume de la série de cinq qui composera sa contribution majeure à l'histoire de la Grande Guerre Ceux de 14. Une prose linéaire, précise, chirurgicale. pas d'emphase, la réalité suffit amplement ! Blessé grièvement aux Éparges en 1915, il perdra l'usage de sa main gauche.


En conclusion, s'il en faut une, la mobilisation générale des hommes de ce pays en août 14 incluait toutes les professions, charges et dignités. S'y ajoutèrent des volontaires, en nombre. Souvenons-nous de tous les francophiles étrangers qui individuellement n'hésitèrent pas une minute à nous rejoindre. Les empires centraux, agresseurs venus du côté obscur de la civilisation européenne, ne connurent pas ces ralliements.
Parmi les professions mobilisées, celle d'écrivain fut bien représentée et paya le prix fort quelque soit le pays. Si la masse de manœuvre mérite d'entrer tout entière dans la grande histoire des hommes, cet article particulier est un modeste hommage au talent et au courage des soldats de la plume au bout du fusil ! Ce sont eux d'abord qui, disposant de la facilité d'écriture purent saisir la matière du récit, eux qui mirent en perspective cette tragédie que nous pouvons mieux comprendre aujourd'hui. Merci.




©La Grande Guerre en dessins

mercredi 7 novembre 2018

Tout en camion !

Latil TAR 4x4 1915
La guerre ouverte fut déclarée à pied, à cheval et en train. C'est sur voie ferrée que les régiments furent remontés à la ligne bleue des Vosges, l'approche de l'ennemi (sous la menace de son artillerie) se faisant à pied. L'armée française avait un charroi automobile symbolique et si le général Galliéni retourna la situation de Joffre sur la Marne ce fut en enrôlant les compagnies de taxis parisiens. De même vit-on des autobus urbains monter des renforts au front, s'y maintenir le temps d'évaluer la situation... et revenir pleins de blessés vers l'arrière.

Rapidement un grand charroi militaire devint nécessaire pour déplacer rapidement l'artillerie et obtenir une meilleure mobilité des unités en soutien. L'industrie française répondit avec ses meilleures productions. Aujourd'hui nous faisons un billet mécanique du camion Berliet à partir des photos d'époque et des planches de la Fondation Marius Berliet. A l'entrée en guerre, la marque lyonnaise était le premier fabricant de camions au monde. Il est intéressant de comprendre les choix techniques d'un camion de guerre dont la doctrine d'emploi n'est pas celle d'un poids lourd civil.

Le cahier des charges demande un porteur solide, économique et simple d'entretien à l'échelon compagnie. La maison Berliet y répondra magnifiquement, comme il en sera souvent dans le futur. Ce camion à tout faire sera un châssis-cabine de 3T5 capable d'emporter une charge utile de 4 tonnes et jusqu'à 10 tonnes avec sa remorque. Dans la limite de poids autorisée tous les composants de fatigue seront surdimensionnés à commencer par le moteur.


Le châssis BERLIET CBA



C'est un châssis échelle riveté avec tous ses ancillaires boulonnés, supports, berceaux, etc... La traverse accueillant le pédalier et les commandes par levier (rapports de vitesse, frein sur roues) est en aluminium. Elle se démonte d'un bloc.
Le châssis est posé sur quatre ressorts à lames.


Le moteur Z



Quatre cylindres en ligne bi-bloc à soupapes latérales du même côté, d'une cylindrée de 4400cm³ (réalésé ensuite à 5300cm³), bridé à 1200 t/mn par un régulateur ferroviaire à masselottes agissant sur le papillon du carburateur. Graissage sous pression et non par barbotage. Vilebrequin, paliers, bielles, arbre à cames sont plus gros que ceux des modèles civils.
Le moteur délivre 22 HP et emporte la bête à 25 km/h jusqu'au bout du monde.


La cinématique



Technique transaxle avant la date (Porsche 928, Alfa Romeo Alfetta):
Moteur et embrayage à l'avant envoyant le couple à une boîte-pont au niveau des paliers de chaînes arrière.
La boîte est une 4-vitesses (prise en 4ème) et marche arrière. Ses engrenages surdimensionnés sont en acier nickel-chrome.

La traction par chaînes Berliet est préférée à la technique Cardan plus fragile, en plus de la facilité de réparation d'un maillon de chaîne sans faire retour à l'échelon.
Le différentiel peut-être freiné (au pied) et joue un rôle de ralentisseur.

Les roues à bandage sont du modèle artillerie en 940x130 devant et jumelées en 1000x130 derrière.



Même si le CBA fut proclamé "camion de la victoire" d'autres constructeurs français livreront de bons camions militaires, Renault, De Dion, Ariès, le puissant Latil à quatre roues motrices et directrices, et on vit même des camions américains. Mais la moitié du trafic de la Voie Sacrée sera du Berliet CBA. Le modèle sera amélioré constamment pour les services publics après-guerre jusque dans les années 30. La maison Berliet en produira 40000 !

lundi 5 novembre 2018

Notes jetées sur la Grande Guerre



Sans doute est-ce l'un des derniers billets Royal-Artillerie sur la guerre de 14-18. Nous avons été fidèle aux rendez-vous du Onze-Novembre avec des évocations que nous jugions moins connues, sur les unités qui nous touchaient de plus près - le 122èRI, le 129èRI, le 7èBCA - ou des billets techniques sur le canon de 75 ou le tank Renault. Ces billets sont libellés "1111" ; il y en a douze avec celui-ci. Nous ferons un article spécial le jour même de l'Armistice. Aujourd'hui nous laissons libre cours à nos pensées qui vagabondent.

Les commémorations officielles s'attachent, pour ce que nous voyons de leurs préparatifs sur Internet, à n'oublier personne. La guerre ne fut pas qu'une affaire entre les Français et les Allemands, dit le général Irastorza, président du Centenaire. Merci de nous prendre pour des idiots. Qui ignore encore que cette guerre fit s'affronter les empires thalassocratiques aux empires centraux sans oublier de nombreux alliés de part et d'autre ? D'où son nom de "Grande Guerre". Sait-on que le Japon nous fournissait des bateaux et qu'une flottille nippone épaulait les Anglais en Méditerranée ? Mais à vouloir n'oublier personne, on minimise de beaucoup la gloire et le respect dus à nos soldats.



La cause de la capitulation allemande fut d'abord et avant tout la tenue au feu des troupes métropolitaines et impériales franco-britanniques lors des épisodes décisifs déclenchés par l'état-major allemand. Que tout le monde ailleurs ait fait son devoir ne doit jamais faire oublier que c'est baïonnette au canon que fut acquise cette victoire, avec deux mains et sur deux pieds.

Aparté : Nous ne parlons pas des fusillés pour désobéissance : 639 exécutions sur 8.194.500 mobilisés, 1.457.000 morts (source) et deux fois et demi autant de blessés, montrent à l'évidence que cette page de la guerre a été instrumentalisée pour servir à des fins de propagande anti-militariste, toujours par les mêmes. Et ce pauvre Hollande de demander qu'on ne les oublie pas !

L'autre point que je voudrais évoquer est la contribution américaine. Nous, Français, les avons formés et équipés quand ils ont débarqué, et ils se sont bien battus. Mais ce n'est pas sur le terrain que leur contribution fut la plus positive même si tout renfort fut bénéfique dans l'offensive. C'est chez eux ! L'enrôlement général des jeunes gens sur la côte Est des Etats-Unis était bien sûr épié par le renseignement allemand. Quand les camps d'instruction étaient pleins, ils se vidaient sur des bateaux en partance pour Brest ou Saint-Nazaire et ils se remplissaient aussitôt pour le prochain convoi. Les états-majors centraux comprirent dès 1917 que retourner la situation sur le front occidental devenait impossible chaque jour un peu plus et les plans de guerre devinrent contradictoires dans les projections des stratèges allemands.

Sammies en 1918

A cet égard, on feint d'ignorer le désordre intérieur à l'empire boche. Les grèves générales sont documentées à Berlin, Hambourg et Kiel, Bochum, Cologne, etc. C'est un soulèvement qui se développa sur les traces de la révolution russe de 1917, jusqu'à Munich. Les nouvelles fusaient jusqu'au front, un monde à l'arrière s'écroulait et bientôt vivres et munitions arrivaient mal. La démoralisation des troupes était enclenchée. Si la vieille discipline germanique faisait encore illusion, les traces laissées par l'ennemi dans sa retraite montraient le découragement des unités au contact et la perte de sens de ces combats. Les marins se mutinèrent dans les ports de la Baltique. L'empereur fut chassé par une révolution qui ne disait pas son nom (à ce moment-là) et qui déboucha sur la capitulation, comme la révolution russe avait abouti à l'armistice de Brest-Litovsk en décembre 1917. En fait, les armées austro-allemandes étaient dans la tenaille des offensives puissantes des alliés sur le front de l'Ouest et des insurrections populaires sur le front intérieur, sans parler bien sûr du capital humain disparu au front.

L'empire allemand sans empereur fut brisé en morceaux. Nous n'avons pas convaincu nos alliés de le démembrer, ce qui aurait sauvé la suite de l'histoire. Ils ont jugé que trop de puissance française en Europe occidentale irait contre leurs intérêts. Le Foreign Office voulut protéger les équilibres traditionnels continentaux afin que dans l'avenir nul ne soit en capacité de lui nuire. Il sut vingt ans plus tard qu'il avait complètement tort et que cette politique allemande aurait pu conduire à la disparition pure et simple de la Grande Bretagne.




Il faudrait maintenant évoquer ces "militaires" qui furent par la suite oubliés bien qu'ils aient payé le prix fort dans ce conflit : nos chevaux, nos mulets et nos chiens. Il est mort sur le front de France presque autant d'équidés que de soldats ! Sauf dans les troupes britanniques où le rapport au cheval était celui de partenaire à partenaire, la monture était considérée comme un vecteur d'arme comme un autre, et la cavalerie française n'était pas la mieux disposée envers ses effectifs. Dans les échanges interalliés de 1914 on s'aperçut que le dos des chevaux français étaient en très mauvais état car nos cavaliers de si belle prestance ne daignaient pas mettre pied à terre quand le service n'exigeait pas d'être monté. Ils crevaient leur chevaux sous eux et comptaient sur la remonte. Cela dépendait aussi des armes et de leurs traditions différentes, cuirassiers, hussards, dragons, chasseurs...

Quand les Anglais débarquèrent dans les Flandres, les unités françaises furent surprises de voir arriver avec eux tant de vétérinaires et des infirmeries de campagne dédiées aux chevaux. Les archives du War Office signalent que le corps médical britannique traita 725216 chevaux pendant toute la guerre pour blessures, gazages et maladies et qu'il en sauva 529064 (c'est beau l'administration). Les chevaux réformés furent retirés du front par tous moyens adaptés à leur état et même par train, péniches et barges aménagées, ce dernier moyen étant le plus commode pour les chevaux blessés par l'artillerie.

S'il est beaucoup de monuments commémorant la cavalerie, il en est peu, sauf dans l'empire britannique, à commémorer le cheval en guerre, à l'exception du monument aux morts de la 2ème Division de Cavalerie de Luneville qui a recensé les chevaux en garnison morts pour la France en même temps que les hommes :

Morts au Champ d'honneur : INSOLENT MERCREDI COMIC TAPAGEUR GIL BLAS LE ROUDIEN NAUDET BUFFALO LAGARDE GERMINAL ALLEGRO FERNANDEZ ISOLA NINIVE FRANC-TIREUR CARDINAL FERNANDEZ BOBY KALIF LATTE BEAUSÉJOUR ST BRICE MANON BOYARD FRIPON II ATTILA COQUETTE XIX VIGILANTE YVETTE BAMBEZ JOUG LETTES IMPOSANTE DEMEMONT FOKENNY KLAUSSE DUCHESSE GALANTE ISOLA MYLORD EPINETTE MISTINGUETTE MONTMIRAIL COMMEGNE IMPOSTEUR JIL ST FORT KALIPSO KETTANNNE ATTENDU REVEIL REINUS COCO III MARGOT DECOUSSE BLANC-BEC VAPEUR AMITIE INDICIBLE PIMPOLETTE AGARETTO MAROC FAUVETTE PIROUETTE LEDA LA ROCHELLE FAISAN MIKADO CARDINAL JAVELINE BELRET FERNANDEZ - Blessés au Champ d'honneur : ALLEGRO MORGAN DEMOISELLE JULIETTE LA FROUSSE SAPAJOU MILARD BANDIT IV PNEU


vendredi 2 novembre 2018

Memento Mori

Sarcophage romain dit de la porte entr'ouverte

Bien des façons d'être triste aujourd'hui, mais secouons-nous, ça ne durera pas ! Evidemment : tout finit toujours par s'arranger, même mal  (proverbe cévenol). On pourrait faire l'article des magnifiques sarcophages romains, de leurs intentions voire de leur lecture de la vie du défunt qui y repose, mais nous serions éblouis par la légèreté talentueuse des artistes de l'Antiquité qui ne furent jamais égalés. Ce n'est pas le jour de s'éblouir. La pluie, le vent, les nuages si bas que l'Aigoual fait l'Olympe, nous font revenir au Désert, loin des marbres et des porphyres. Aux Déserts. A la méditation, aux idées noires, aux idées grises... c'est Jour des Morts, de nos morts. D'aucuns partirent à reculons, certains implorèrent, d'autres furent fauchés à l'assaut et certains ont expiré dans leur lit, seuls, en famille, mais nul ne partit en riant ou en chantant, sauf à parler des martyrs car nous en eûmes beaucoup quand même, et je ne parle pas des supplices romains qui voulurent écraser les paléochrétiens des Gaules en les jetant au lion ou au taureau. Non, non, des martyrs languedociens du XIII° siècle qui ne sont inscrits à aucun jour du calendrier, mais ça pourrait changer, un peu comme change la perception du génocide vendéen, dès lors que le temps ne fait rien en l'affaire. Il semblerait que ça commence à bouger puisque l'évêque de Pamiers, Mgr Eychenne, parle du « sort extrêmement cruel réservé à ces croyants que l'on a coutume d'appeler Cathares » en disant une messe pour eux le 16 octobre dernier à Montségur (source).
Sur le site Riposte catholique, un catho du bout du banc, Dom Bernardo, se moque et de l'évêque de Pamiers et des Cathares qu'il réduit à l'état de secte, signalant, à qui veut bien partager sa colère, une méconnaissance achevée de cette hérésie ; l'hérésie des uns pouvant être l'orthodoxie des autres, oui mais là ça risque de faire un peu trop compliqué pour lui.

Refusant d'abjurer, deux cents quinze Parfaits "crameront" vifs au Prat des cramats sous les murs du château de Montségur. Bien avant eux, cent quarante Parfaits de Minerve, dédaignant l'absoute, étaient montés aux bûchers d'une seul pas. Soixante Parfaits des Cassès allèrent sur les fagots en pleine sérénité ; Montaigne, écœuré, en parla ! Quatre cents Parfaits de Lavaur se jetèrent dans les flammes dans une commune exhortation. Il y en eu bien d'autres et toujours des deux sexes. Ces hérétiques étaient "triés" par les légats pontificaux qui dans le doute ne s'abstenaient jamais. Si la Croisade des Albigeois tacha de merde les longs manteaux ecclésiastiques, elle permit de s'assurer dans la méditation des veillées que, sous la menace, le pape pouvait se transformer en tigre. Les Protestants s'en souviendront plus tard, qui ne firent aucun cadeau. Mais pour quoi les Parfaits mouraient-ils ?


Nous sommes au XIII° siècle. Le pape Innocent III a déclaré en 1209 le Languedoc "exposé en proie", ce qui signifie en clair dans l'esprit des croisés que toutes les exactions commises sont absoutes et le butin acquis d'avance, sans méjuger la captation des fiefs. La terre, chrétienne pourtant, doit se régénérer dans le sang des hérétiques. Mais contrairement aux espérances de la papauté, ce n'est pas la guerre totale de Simon de Montfort qui vaincra les Bonshommes mais la sainte Inquisition qui éradiquera ensuite tout le tissu social suspect d'hérésie, simplement suspect, extermination, tabula rasa. Ce qui n'explique pas le détachement des Parfaits devant le supplice, si on ne connaît pas les trois principes de la métaphysique qu'ils reconnaissaient dans l'humanité sans pour autant croire qu'ils puissent se recomposer en substance autonome : l'Esprit, l'âme et le corps. Aucun lien ne réunit les trois principes dans l'unité de l'individu, ils se combattent dans une guerre qui n'a jamais commencé et ne finira pas, celle du Bien et du Mal.

L'Esprit est d'essence divine éternelle et commun à toute la Création. Pour se faire comprendre on pourrait faire aujourd'hui une analogie avec le magnétisme terrestre, combiné aux attractions solaire et lunaire sans lesquelles nous n'aurions jamais pu naître en ce monde. Si le piéton était télévangéliste il vous en ferait dix minutes sans un seul verre d'eau mais en affichant son RIB. L'Esprit éternel est le réceptacle de la vie éternelle de l'âme du croyant. Aujourd'hui ce principe premier qui préexiste à tout est l'obsession de l'agnostique qui ne se satisfait d'aucune explication humaine et nie le hasard du précipité cosmique.

L'âme fonde l'in.di.vi.du ! Elle pense, elle anime, elle est la génératrice personnelle de chacun. Elle immatricule l'homme dans le grand livre céleste des chrétiens. Elle est exposée aux pires tourments, aux exaltations, au mysticisme mais aussi à la colère et la cruauté. Même si elle connaît le bonheur parfois, elle est toute contenue dans la gangue du corps qui l'aliène et dont les pulsions de toute nature lui pourrissent la vie terrestre.

Le corps est démoniaque, le siège de tous les péchés, une tunique qui serre, une prison qui affame, une guenille à la fin ! Le brûler accélérait le "passage" vers une réincarnation au pire, au mieux une libération où l'âme pourrait se recomposer en l'Esprit. Une métaphysique de la fin tout à fait bouddhiste dans ses cycles et tributaire de l'Eveil.

Il faudra attendre saint Thomas d'Aquin pour que cesse la dislocation de l'individu par la refondation de sa substance propre... mais c'est un autre chapitre. Nous retiendrons que les Parfaits avaient assimilé si profondément ces antagonismes en eux-mêmes qu'ils ont vécu la carbonisation des corps comme une véritable libération. Heureusement pour leurs adversaires qu'ils ne furent jamais soldats. La sévérité des Inquisitions qui se sont succédé pendant un siècle pour parvenir à leur destruction, a-t-elle pris en compte ce danger latent de ninjas invincibles semant la guérilla par tout le royaume ? Ce fut plutôt l'apogée de la théocratie absolue qui ne souffrait aucune concurrence ici-bas et là-haut, qui crut tenir son majorat et ses dîmes par la terreur et les excommunications. Elle condamnera plus tard un chevalier de La Barre pour des rumeurs d'impiété, blasphèmes, sacrilèges exécrables et abominables et pour être raccord avec la tradition, fit brûler son corps décapité sur la place publique. Le Premier Ordre en mourra !

Normalement, une chanson de troubadour doit finir ce billet puisque le catharisme, les faydits*, la ménestrandie, la fine amor furent parfaitement liés par l'anticléricalisme occitan. Nous avons choisi pour l'occasion l'Epervier incassable du chevalier faydit Raimon de Miraval (ca. 1159-1218) :

Bel m’es qu’ieu cant e condei
Pois l’aur’es dous’ e-l temps gais
E pels vergiers e pels plais
Aug lo retint e-l gabei
Que fan l’auzelet menut
Entre-l blanc e-l vert e-l vaire
Adonc se deuria traire
Cel que vol qu’Amors l’ajut
Vas captenensa de drut

Ieu non soi drutz mas domnei
Ni no-m sent pena ni fais
Ni-m rancur leu ni m’irais
Ni per orgolh no m’esfrei
Pero temensa-m fait mut
Qu’a la bella de bon aire
Non aus mostar ni retraire
Mon cor qu’ill tenc escondut
Tro qu’aia-l sieu conogut

Ses pregar et ses autrei
Son intratz en greu pantais
Com pogues semblar verais
S’ieu sa gran valor desplei
Qu’enquer non a pretz avut
Domna que nasques de maire
Que contra-l sieu valgues gaire
Et si-n sai maint car tengut
Que-l sieus a-l melhor vencut

Ben vol qu’om gen la cortei
E platz li solatz e jais
E no-ill agrad’om savais
Que s’en dersguis ni-s malmei
Mas li pro son ben vengut
A cui fai tan bel vejaire
Que quascus es sos lauzaire
Quan son d’enan lieis mogut
Meils que s’eran siei vendut

Ja non cre qu’ab lieis parei
Beutatz d’autra dompna mais,
Que flors de rosier quan nais
Non es plus fresca de lei
Cors ben fait e gen cregut
Boqu’et oills del mon esclaire
Que Beutatz plus no-i saup faire
Se-i mes tota sa vertut
Que res no l’es remasut

Ja me domna no-s malei
S’ieu a sa merce m’eslais
Qu’ieu non ai cor que m’abais
Ni vas Amor me desrei
Qu’ades ai del mieils volgut
Defors e dins mon repaire
E de lieis non sui gabaire
Que plus no-i ai entendut
Mas gen m’acolh e-m salut

Cansos, vai me dir al rei
Cui jois guid’è vest e pais
Qu’anc no-l trobei en biais
Qu’aital com ieu volh lo vei
Ab que cobre Montagut
E Carcasson’ el repaire
Pois er de pretz emperaire
E doptaran son escut
Sai Frances e lai Masmut

Domn’ades m’avetz valgut
Tant que per vos sui chantaire
E no-n cugei canso faire
Tro-l fieu vos agues rendut
de Miraval qu’ai perdut

Mas lo rei m’a convengut
Que l’o-m rendra ans de gaire
E mon Audiart Belcaire
Puois poiran dompnas e drut
Cobrar lo joi qu’an perdut
(Traduction ici)

(*) Faydit ou faidit : chevalier ou seigneur SDF après les confiscations des barons français ou de leurs évêques; Raimon de Miraval mourut dans la misère chez les Cisterciennes de Santa María de Les Franqueses au nord de Lérida en Catalogne.




mercredi 31 octobre 2018

Lou Reed cinq ans déjà !

Le train fantôme dévale à toute vitesse pour la Toussaint (Halloween en anglais). Rendre un hommage appuyé à Lou Reed (1942-2013) qui est parti un 27 octobre est une gageure, mais nous avons choisi Vanessa Paradis qui est parfaitement "dans le truc"... comme souvent. Je pense que cette version prise au Zénith de Paris en 2001 lui aurait fait plaisir.
Salut aux morts, glissons !

Holly came from Miami F.L.A.
Hitch-hiked her way across the U.S.A.
Plucked her eyebrows on the way
Shaved her legs and then he was a she
She said, hey Babe, take a walk on the wild side,
Said, hey Honey, take a walk on the wild side.

Candy came from out on the island,
In the backroom she was everybody's darling,
But she never lost her head
Even when she was giving head
She says, hey Baby, take a walk on the wild side
Said, hey Babe, take a walk on the wild side
And the colored girls go,
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo doo

Little Joe never once gave it away
Everybody had to pay and pay
A hustle here and a hustle there
New York City is the place where they said:
Hey Babe, take a walk on the wild side
I said, hey Joe, take a walk on the wild side.

Sugar Plum Fairy came and hit the streets
Lookin' for soul food and a place to eat
Went to the Apollo
You should have seen him go, go, go
They said, hey Sugar, take a walk on the wild side
I said, hey Babe, take a walk on the wild side, alright, huh

Jackie is just speeding away
Thought she was James Dean for a day
Then I guess she had to crash
Valium would have helped that bash
She said, hey Babe, take a walk on the wild side
I said, hey Honey, take a walk on the wild side
And the colored girls say
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo
Doo doo doo doo doo doo doo doo doo doo

Paroles et musique : Lou Reed


R.I.P.

Sa bio par Nostalgie :
Lou Reed a pour nom de baptême Lewis Alan Reed.
Le musicien et chanteur américain voit le jour le 2 mars 1942 à Freeport, dans la ville de New-York. Ayant débuté dans The Velvet Underground, l'artiste est à l'origine des nombreux tubes à succès dont la renommée perdure encore après l'éclatement du groupe en 1970.
Groupe Mythique des années 1960, celui-ci fut une réelle inspiration pour de nombreux projets musicaux de rock.
Dans ce sens, Lou Reed et ses compagnons de The Velvet Underground sont et resteront des icônes de la musique rock, même si ils n'ont pas produit de réels tubes à l'instar de John Lennon ou Bob Dylan.
Quoiqu'il en soit, Lou Reed connaîtra un véritable succès avec son titre « Walk on the wild side ».

Le jeune Lou Reed
C'est à New-York, sa ville natale que Lou Reed passe son enfance auprès d'un père comptable.
Il apprendra le piano dès l'âge de cinq ans mais se passionnera plus tard pour la guitare. Ses styles musicaux se dessinent déjà avec son penchant pour le rock and roll, le free jazz et le doo wop.
Pour apprendre la guitare, il se servira de son assortiment de disques. En 1958, alors intégré dans les Jades, Lou Reed enregistre « So blue » aux rythmes doo wop.
Pensant le dévier de son inclination homosexuelle, ses parents consentent à le faire subir des séances d'électrochocs alors qu'il n'a que 17 ans. Plus tard, il évoquera cette douloureuse expérience dans le titre « Kill your sons » sorti en 1975.
Les textes radicaux, crus et même choquants de ses chansons témoignent encore du traumatisme subi. Par ailleurs, la noirceur des textes de Lou Reed sera l'empreinte musicale et artistique du chanteur.
Passionné très tôt de littérature, il apprendra l'art de l'écriture inventive avec un poète et professeur de littérature, Delmore Schwartz à l'université de Syracuse.
Les études finies, Lou Reed commence à travailler pour Pickwick en tant que parolier, interprète et compositeur.

The Velvet Underground
John Cale forme avec Lou Reed et Sterling Morrison le groupe Les Warlocks, ainsi que la chanteuse Daryl.
Ajoutant Angus MacLise à la formation, les Warlocks prennent le nom de The Velvet Underground, en 1965. A la fin de l'année, Angus MacLise sera remplacé par Maureen Tucker.
Effectuant quelques concerts, ils se font remarqués par la cinéaste Brigid Polk qui en parle à son ami Andy Warhol. Celui-ci en parle à son tour à son associé Paul Morrissey, le futur manager du groupe.
Les répétitions commencent dès décembre avec comme chanteuse, Nico et Lou Reed et sa bande passent en studio pour enregistrer quelques chansons.
The Velvet Underground se produisent également dans des spectacles. Toutefois, les sujets sulfureux mentionnés par le groupe entraîne la fermeture des boîtes dans lesquelles il se produit.
Poursuivant leur carrière, Lou Reed et The Velvet Underground continue les enregistrements avec Bob Dylan comme réalisateur artistique.
En 1967, « The Velvet Underground and Nico » paraît dans les bacs. L'album contient entre autres les tubes remarquables comme « I'm waiting for the man », « Sunday morning » et « Heroin » écrit par Lou Reed.
Choquant, l'album ne sera pas une réussite. Cependant, sa mauvaise réalisation inspirera le mouvement punk encore naissant.
Le second opus paraît dès la fin de l'année 1967 qui recevra le même accueil que le précédent. « White Light/White Heat » sera ainsi quasiment ignoré sauf d'une poignée d'admirateurs.
Bientôt, John Cale s'en va et Doug Yule intègre The Velvet Underground.
Lou Reed, quant à lui n'attendra pas la sortie du quatrième album du groupe « Loaded », sorti en 1970 pour s'en aller retourner chez ses parents.

Une carrière solo auprès des Anglais
En quittant les Velvet Underground, Lou Reed quitte également l'industrie de la musique. Richard Robinson et Lisa Says tentent pourtant de persuader l'artiste de se remettre à la musique.
Le producteur et son épouse lui propose alors l'enregistrement d'un album au Royaume-Uni avec deux membres des Yes .
En 1972, l'album Lou Reed est dans les bacs. Si ce dernier contient de bons titres tels « I can't stand it » ou « Ocean », l'album n'est pas un succès.
Il n'en sera pas de même avec le second opus « Transformer » qui voit la collaboration de David Bowie ainsi que de Mick Ronson.
Sorti toujours en 1972, l'album est enfin accepté du public et est une réussite. Le titre « Walk on the wild side » est particulièrement prisé.
Le succès accompagnera Lou Reed jusqu'en 1976. Ainsi, l'on peut citer « Berlin » produit en 1973 ou « Coney Island Baby ».
« Metal machine music » sorti en 1975 sera par contre un fiasco. Viennent ensuite des oeuvres, certes importantes mais qui s'avère déroutantes comme « The Blue mask », sorti en 1982.
Lou Reed renoue avec le succès en 1989 grâce à l'opus « New York ». L'année d'après, il publie un bel opus « Songs for Drella » en hommage à son associé d'antan, Andy Warhol et avec la collaboration de John Cale.
Les Velvet Underground se retrouvera d'ailleurs pour une série de spectacles, en 1993.
Entre temps, Lou Reed aura sorti deux albums plutôt réussis artistiquement avec « Magic and loss » paru en 1992 et « Set the twilight reeling », dans les bacs en 1996. « The Raven » est le titre de son dernier album.
Autrement, la discographie de Lou Reed foisonne d'albums live dont le « Live in London » en date de 1998. L'artiste a aussi fait paraître deux volumes photographiques sous les titres de Lou Reed's New York et Emotion in action.

Lou Reed, qui subit une greffe du foie en mai 2013, décède le 27 octobre.


mardi 30 octobre 2018

Demoiselles et guitares

Ce soir nous reprenons la guitare à la demande de nombreux lecteurs qui, ma foi, ont aimé "Pour une heure de plus...". Nous avons choisi quatre belles guitaristes dans tous les sens du terme. Il a fallu du temps pour que les filles s'emparent de la guitare, instrument machique s'il en est, espagnol quoi ! Beaucoup d'entre elles ont travaillé le rock commercial à force d'amplis et ont privilégié le sex-appeal et la provocation sensuelle qui rapporte.
D'autres et surtout en Asie ont visé l'excellence et au-delà d'une virtuosité acquise très tôt - les gamines attaquent la guitare à cinq ans - apportent un touché que les hommes n'obtiennent pas si bien. Dans la série proposée ce soir, nous avons privilégié le phrasé du morceau, et pour certains rajouté les paroles qui viennent tout naturellement à l'esprit.
Bonne nuit.


Pour commencer Andrea González Caballero joue le Prélude BWV 1006a de Jean-Sébastien Bach



A suivre Xuefei Yang - Manhã de Carnaval de Luiz Bonfá - Orfeu Negro
Matin, fais lever le soleil
Matin, à l'instant du réveil
Viens tendrement poser
Tes perles de rosée
Sur la nature en fleurs
Chère à mon cœur
Le ciel a choisi mon pays
Pour faire un nouveau paradis
Où loin des tourments
Danse un éternel printemps
Pour les amants

Chante chante mon cœur
La chanson du matin
Dans la joie de la vie qui reviens

Matin, fais lever le soleil
Matin, à l'instant du réveil
Mets dans le cœur battant
De celui que j'attends
Un doux rayon d'amour
Beau comme le jour
Afin que son premier soupir
Réponde à mon premier désir
Oui, l'heure est venue
Où chaque baiser perdu
Ne revient plus...
Oui, l'heure est venue
Où chaque baiser perdu
Ne revient plus.

Chante chante mon cœur
La chanson du matin
Dans la joie de la vie qui reviens


Oblivion de Piazzola par Nadja Kossinskaja
Lourds, soudain semblent lourds
Les draps de velours de ton lit
Quand j'oublie jusqu'à notre amour...

Lourds, soudain semblent lourds
Tes bras qui m'entourent déjà dans la nuit
En bas ton pas en va quelque part
Les gens se séparent, j'oublie, j'oublie...

Tard, on se parle dans un bar d'acajou
Des violons nous rejouent
Notre mélodie, mais j'oublie...

Tard, on se parle dansant joue contre joue
Tout devient flou
Et j'oublie, j'oublie...

Court, le temps semble court
Le compte à rebours d'une nuit
Quand j'oublie jusqu'à notre amour...

Court, le temps semble court
Tes doigts qui parcourent ma ligne de vie
Sans un regard, les amants s'égarent
Sur un quai de gare, j'oublie, j'oublie...


Et nous finissons par l'interprétation la plus délicate d'un morceau composé par Eric Clapton
Tears in Heaven par Kaori Muraji (Si Youtube exige de visionner sur leur site, allez-y, cela vaut la peine).

Would you know my name
If I saw you in heaven?
Would it be the same
If I saw you in heaven?
I must be strong and carry on
'Cause I know I don't belong here in heaven.

Would you hold my hand
If I saw you in heaven?
Would you help me stand
If I saw you in heaven?
I'll find my way through night and day
'Cause I know I just can't stay here in heaven
Time can bring you down, time can bend your knees
Time can break your heart, have you begging please, begging please
Beyond the door there's peace I'm sure
And I know there'll be no more tears in heaven.

Would you know my name
If I saw you in heaven?
Would it be the same
If I saw you in heaven?
I must be strong and carry on
'Cause I know I don't belong here in heaven.
Paroles & musique : Eric Patrick Clapton / Will Jennings


lundi 29 octobre 2018

Brèves du lundi

And the winner is...
Il y a de cela longtemps, un des généraux de la junte brésilienne avait été interpellé par un journaliste français sur l'effervescence inhabituelle des mouvements sociaux, qui lui posait la question de savoir comment ferait-il pour vivre avec un smig. A quoi le général répondit sans hésitation : « Je me ferais sauter le caisson ! ». Sans doute avait-il économisé les cours du soir de la communication politique en lui substituant une denrée rare, la sincérité. C'est ce qu'apporte aux gens le candidat du PSL/17, le franc-parler. Le monde est tellement trituré au politiquement correct que tous les adeptes du parler-cash y retrouvent aujourd'hui leurs chances. Et chez nous aussi.

La caste militaire brésilienne boucle le ceinturon pour acclamer le nouveau Mussolini des plaines à soja. Avec 55,3% Bolsonaro, la coqueluche des bourgeoises décoincées et des latifundières lascives, décroche la timbale en vrai coq perché sur le fumier de la démocratie sud-américaine. Facile ! Il a compris ce que comprend le peuple. Le peuple en a soupé des Cassandre du désordre moral obligatoire et excusé ! Le peuple veut du neuf et qu'on essarte l'ivraie sans mollir, le blé dut-il en souffrir un peu. C'est le programme du capitaine d'artillerie qui connaît bien la cantine politique pour y avoir pris ses repas pendant vingt-sept ans ! Rallumez les arsenaux, on commençait à s'emmerder !

On fait le break sur une danse techno italienne que certains reconnaîtront :


Fiamma nera



Ach du liebe Zeit ! Alternative für Deutschland entre au parlement de Hesse et le Grün Tarek Al-Wazir (mais si!) pourrait former le nouveau gouvernement de Wiesbaden. Les coalisés de Berlin, une main devant, une main derrière, en rabattent de beaucoup, la chancelière est sous Prozac et l'Allemagne, cul par dessus tête, prépare une retraite aux flambeaux vers Nuremberg. Le pronostic est engagé par les éditocrates de la pensée conforme. Askolovitch va nous faire sans doute l'ad hitlerum de la semaine dans l'émission de complaisance d'Élisabeth Quin sur Arte (ndlr: il n'a pas osé :).

What next ? France ? Rien ! Zimbabwe ? Rien ! Syrie ? D'aucuns pensent que le vainqueur de la guerre civile devrait se retirer pour faire toute leur place aux vaincus et les laisser décider de la suite, comme par exemple une réforme de la constitution qui barrerait la présidence aux dictateurs. Ce serait une première dans l'histoire, mais notre jeune premier de président ne recule pas devant cette création ubuesque au théâtre du monde. Du haut de mon ermitage perché dans les grands chênes, je n'arrive pas à comprendre une seule injonction de la ligne diplomatique française au Levant. Faut-il rappeler que les Syriens nous ont foutu dehors manu militari à la fin de la Seconde guerre mondiale ?

Corée du Nord ? La nomenklatura communiste a importé tant de biens de luxe qu'il n'est plus resté assez d'argent pour acheter du riz. Si la famine de 1997 qui a tué tant de monde n'est plus d'actualité ("Il n'y avait rien sauf des feuilles de maïs réduites en poudre, qui constipaient, je mangeais des lézards, des serpents, des rats et de l'herbe" disaient les évadés du paradis) le pays profond est dénutri, les enfants rachitiques et la santé mauvaise hors des villes. A tel point que la politique d'ouverture du président sud-coréen est remise en cause par ses contribuables puisqu'à l'évidence, les gras cousins du Nord se foutent royalement de lui. Moix et Depardieu aussi.


Pour le reste, on a voté ce dimanche en Géorgie, les Catalans ont fêté l'écrasement du Real Madrid par le Barça et accessoirement le premier anniversaire de leur indépendance foirée.


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