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ROYAL-ARTILLERIE SOUTIENT LES GILETS JAUNES CONTRE LA TECHNOCRATIE ARROGANTE DE PARIS ET SES RELAIS POLITIQUES ET SYNDICAUX QUI NIENT LES GENS ET LES ENFUMENT

samedi 17 novembre 2018

Badawi, l'autre blogueur en danger

Après le démontage vivant de Jamal Khashoggi sur la table du consulat séoudien d'Istamboul, le Québec s'inquiète du sort d'un blogueur emprisonné au royaume d'Arabie pour avoir appelé à la liberté de conscience. Son épouse Ensaf et leurs trois enfants étant réfugiés à Sherbrooke, c'est le gouvernement provincial qui a rallumé le mouvement d'opinion en faveur de la libération de Raef Badaoui, prix Sakharov 2015, par le truchement d'une bande dessinée déroulant les circonstances de cette histoire.

Radio France internationale fait le point complet de l'affaire avec une autorisation de republier dont nous nous sommes saisis. N'hésitez pas à ouvrir les liens proposés par la rédaction de RFi pour mieux connaître ce dossier exemplaire de la toxicité de certaines constructions mentales.



jeudi 15 novembre 2018

Une colère désenchantée

Le charme est rompu. Cellezéceux qui ont suivi le discours du porte-avions se sont surpris à vagabonder en esprit, à décoller, voire à bailler, le petit moulin à paroles ne moulait plus le grain de la rhétorique macronnienne, on entendait Canteloup !
La charge présidentielle ayant été rabaissée à sa fonction de communication, celle-ci compte plus que tout mais ne supporte pas l'à-peu-près. Puisque le titulaire "doit" vendre sa politique aux sondeurs et aux éditocrates qui font l'opinion, autant que ce soit un professionnel de la publicité. Ce qui n'est pas le cas. Bévues et embarras ont été nombreux cette année au nom de la transparence, et les hésitations, "meurtrières" parfois. Comme on dit dans l'arme blindée - cavalerie : « si tu fais une connerie, fais-la vite !» Or M. Macron n'a pas fait de service militaire.

Nous pourrions faire cent lignes de reproches à hauteur de la déception, mais ce qu'il reste de neutralité ou plus rarement d'approbation dans le peuple tient uniquement à l'incurie voire au ridicule en posture de ses adversaires politiques. Pour une fois on va les citer. A tout seigneur...
Marine Le Pen est sur les rails de la doxa frontiste dont "la colonne vertébrale idéologique est faible" comme le dit le politologue Jean-Yves Camus dans Le Bien Commun de novembre (p.15), et sortie de trois thèmes populaires, elle ne montre aucune capacité à gouverner, ses adjoints pas plus !

Laurent Vauquiez n'est pas audible, ou bien n'est pas même écouté. Sans doute est-ce facile de simplifier sa pensée au maximum pour la faire avaler par les moins intelligents de nos concitoyens mais à la fin, c'est la classe moyenne qui te prend pour un con. D'accord, et il bénéficie du renfort d'Eric Ciotti !

François Bayrou - ne vous étonnez pas de le trouver ici - commence à évaluer l'action du chouchou légèrement en-dessous de ses propres capacités réflexives. Il pourrait faire mieux. La statue figée du sage palois va devenir le reproche permanent du Commandeur de Dom Juan. Le soutien des centres va se déliter à l'approche des Européennes sans pour autant que le château soit pris d'assaut.

Olivier Faure n'imprime pas. C'est une question de personnalité et une conséquence du syndrome Hollande. Le succès d'icelui a convaincu que le plus fade ou le plus foireux avait ses chances pour décoller, ce qui convoqua bien du monde socialiste sur le pont d'envol. Il n'existe plus de socialiste en capacité d'accéder.

Jean-Luc Mélenchon a usé son registre clownesque jusqu'à la corde mais tout le monde en rit encore chez les humoristes, ce qui ne va pas arranger ses affaires au sein du parti de La France Insoumise. Sans majuscules, la France insoumise sera dans la rue le 17 novembre en dehors de lui et de ses aboiements. Le capital de sympathie populaire a coulé entre ses doigts comme le sable du garde-temps. Il ne le sait pas bien sûr !

C'est bien le désamour des Français pour le fringant président qui le met en péril. Certes argue-t-il : il n'est pas comme Donald Trump arrimé à des élections de mi-mandat et il se sent élu pour cinq ans sans que cela ne se discute, sauf outrage constitutionnel... mais si le putsch est improbable, il y a pire.

J'explique. La France bénéficie d'un régime de faveur des agences de notation parmi les grands débiteurs de l'OCDE parce que c'est un pays de fiscalité facile et que le patrimoine public et privé couvre largement la dette souveraine. L'impôt, très lourd en terme de PIB, rentre. On le dit partout dans la galaxie financière.

Justement et tout est là : la révolte des gilets jaunes brise le consentement général à l'impôt. Les gens moins favorisés ont parfaitement compris que leur travail, leurs pensions sont une ressource puisable sans limite pour continuer un Etat obèse et une classe bourgeoise qui en profite. Les calculs savants du bulletin de salaire ne parlent pas. Les primes à la casse des vieux Diesel n'intéressent que ceux qui n'en ont pas besoin et profiteront de l'aubaine pour acheter une seconde voiture pour le gosse. Les gens voit des taxes partout comme Blanche-Neige des nains !

Depuis le temps que la manifestation des gilets jaunes est annoncée, le gouvernement aurait dû se souvenir de la jacquerie bretonne des Bonnets Rouges qui avait enrôlé tout le monde jusqu'aux conseillers municipaux de bien des villes. Au lieu de quoi, le gouvernement menace, ce qu'il n'a jamais su faire contre les blocages agricoles, les poids-lourds escargots, les manifestations en tout genre qui emmerdent le monde ; parce qu'il y a des syndicats impliqués. Mais les gilets jaunes vomissent les syndicats qui, pour eux, font partie du problème puisqu'ils sont insatiables et vampirisent les travailleurs, salariés ou indépendants, dans leur défense du dernier modèle soviétisé d'Europe occidentale, à peu d'effet puisque le chômage semble incompressible !

Il est trop tôt pour pronostiquer une suite à la manifestation du 17 novembre, mais si le gouvernement la fait déraper par des coercitions inutiles, c'est une jacquerie nationale qui pourrait bien se déclencher sur tout le territoire en dehors de quelques grandes métropoles. Il sera trop tard pour raisonner cellezéceux qui auront franchi le Rubicon de la désobéissance civile. Il y a analogie avec le Vaffanculo-Day italien !

mercredi 14 novembre 2018

Pablo de Almocita

Le répertoire royaliste est fourni de chansons de tradition mais il est plutôt rare de le voir s'enrichir de "nouveautés" puisque le but de l'exercice est plus souvent d'exalter le passé et ce qui fut composé jadis. Aussi je mâche mon plaisir à fredonner Espoir légitime avec le duo Adamanta, en attendant que sonnent les cuivres sous la canonnade de la restauration qui vient :



Luis-Alfonso de Borbón y Martinez-Bordiu, un prince monté sur boules qui se bat !


Paul Prieto est un vieux routard de la musique traditionnelle qui a écumé le répertoire latino-américain au gré de ses rencontres pour faire partout des tournées très courues. Assagi, il est revenu sur le filon français du folklore français avec un bonheur certain pour son public (son press book est assez impressionnant).
Comme nous le montrent ci-dessous ses Confidences musicales d'une exquise finesse, il explore une transcendance de la musique que d'autres appellent "inspiration" mais qu'il décèle comme un souffle de l'Esprit.

On notera la mise page par incrustations dans ce petit concert de vingt minutes. Sa vie, son œuvre comme on dit, sont reprises sur un site perso que je vous engage à découvrir à la fin de ce billet. Notez qu'il diffuse sa production sur CDs, même en période de fêtes.




D'ascendance andalouse, Prieto ne se quitte pas sans une contribution flamenca, et c'est une buleria que nous avons choisie en version acoustique :




Compléments

Mais comme chacun sait sur ce blogue, le Piéton du roi a ses préférences et ne les cache pas. Le tempo lent du répertoire médiéval peut se discuter. Pourquoi tous les chants de troubadours et tous ceux de la ménestrandie sont-ils lents aujourd'hui, languibouls, dirait-on chez moi. Quelles sont les bases d'interprétation ? la longueur de la note ? Langue au chat !

On sait d'expérience que lorsqu'un air est dansé il est plus rapide que simplement chanté, surtout dans les danses piquées comme la polka ou la bourrée. Mais cela touche aussi la grande musique, jusqu'à ce que l'on découvre dans des archives royales les chorégraphies jouées à Versailles chez Louis XIV : le morceau joué à la vitesse d'exécution classique actuelle obligeait les danseurs à stationner en l'air en attendant la note. Dans le répertoire régional (je ne connais vraiment que celui du Rouergue) tous les airs sont chantés par la plupart des groupes comme des complaintes - le comble est de chanter "Au Pont de Mirabel" en polyphonie bigourdane alors que c'est un air de lavandière et diantre pas l'évanouissement d'une damoiselle languissant au donjon de ne jamais voir la clef ; ou comme Le grand Pierrou qui se hâte de bon matin pour aller voir son béguin et qu'on fait marcher au pas de la Légion ! Sauf à bourrée, tous les airs sont ralentis et mêmes des chant à tuer comme l'hymne du Rouergue*, où s'entendent nettement les coups de talon dans la mélodie, ce qui est regrettable pour la transmission.

Si on revient au Moyen Âge, il est utile de rappeler que le tempérament des gens de l'époque diffère énormément du nôtre. On les représente enténébrés et désespérés, balancés entre l'hystérie de la violence (canalisée par la guerre) et les conditions sanitaires précaires qui abrégeaient les vies et les amours, mais les chroniques qui narrent la bravoure et la sauvagerie des assauts ne s'accommodent pas de soirées lancinantes à entendre de la musique ennuyeuse. On y mangeait, buvait, dansait et faisait tourner les femmes au son de tous ces instruments que l'on a retrouvés. Alors pourquoi chanter lent ?
(*) Premier couplet avec talons :
Du Rouergue nous sommes
Et nous nous en vantons,
Car nous sommes des hommes
Qu'ont du poil au menton,
Qui s'y frotte s'y pique,
Le Maure ou le Sarrazin
...

Pour finir, nous allons écouter trois versions d'un chant argentin que j'ai chanté dans mon jeune temps, la Arribeña de Atahualpa_Yupanqui, et ces trois interprétations font référence :
- celle de Leda Valladares & María Elena Walsh en 1955 (mp3 sur Archive.org)
- celle de Mercedes Sosa en 1977 (page de Musicme)
- celle du duo Talvikki (Prieto) dans les années 80 en vidéo ci-dessous :


C'est la troisième qui est la meilleure, pas seulement pour le tempo juste mais aussi parce qu'une émotion trop débordante de l'interprète peut gâcher le plaisir ; l'interprétation cristalline des Talvikki séduit.
Zambita arribeña,
¿De dónde vendrás?
Quién sabe qué ausencias
Y qué nostalgias llorarás
Quién sabe qué ausencias
Y qué nostalgias llorarás.

Allá en las quebradas
Y en el pajonal
Se estira tu canto
Como un lamento del piedral
Se estira tu canto
Como un lamento del piedral.

Por esos cerros se llevan los vientos
Los tristes acentos de mi soledad.
Y a veces el llanto se vuelve canto
En el andar
Y a veces el llanto se vuelve canto
En el andar.

Zambita arribeña,
Tal vez un amor
Te dio la tristeza
Que en estos tiempos sufro yo
Te dio la tristeza
Que en estos tiempos sufro yo.

Caminos andando
quién sabe por qué,
Igual que la zamba,
Con un recuerdo viviré
Igual que la zamba,
Con un recuerdo viviré.

Por esos cerros se llevan los vientos
Los tristes acentos de mi soledad.
Y a veces el llanto se vuelve canto
En el andar
Y a veces el llanto se vuelve canto
En el andar.


Paul Prieto

Epilogue

Ayant soumis par courtoisie le présent billet au nihil obstat de l'auteur, j'en ai reçu l'imprimatur et divers commentaires dont voici un extrait ciblé :
« Pour développer un peu sur cette observation exacte que vous avez faite sur la lenteur de certaines pièces anciennes réinterprétées par la plupart des groupes, j'ajouterai que bien souvent le problème est lié à plusieurs éléments :

- L'idée d'une longue note bourdon avec une mélodie éthérée et planante est liée à une sorte d'irréel médiéval influencé entre autre par l'utilisation outrancière du synthétiseur dans des films « médiévalisants » plus surnaturels qu'historiques.
- L'utilisation par les producteurs de disques de chanteurs ou chanteuses qui sortent d'une formation classique où la voix est traitée très différemment de ce qui pouvait exister dans le passé.
- Le fait que le musicien et le chanteur dans le temps étaient bien souvent la même personne et le rythme des instruments d'accompagnement entraînait le chanteur qui s'accompagnait lui même tandis que les chanteurs actuels ont tendance à étaler leur voix et le musicien leur fabrique un lit musical qui devient en quelque sorte comme le lit des fumeurs d'opium où l'on est invité à des rêves hallucinatoires plus qu'à des réalités dansantes. Il est amusant de noter qu'à notre époque on appelle chanteur lyrique le chanteur d'opéra qui ne s'accompagne jamais de la lyre ou d'un autre instrument à cordes alors que le chanteur lyrique était par définition à l'origine un chanteur qui s'accompagnait lui même à la lyre.
- Enfin les chorales suivent en général le même chemin que leur chef de chœur sorti d'une école de chant académique et qui va forcément avoir tendance à tout « classiciser », transformant la voix naturelle en ce lyrique Wagnérien qui a succédé au style Rossinien tellement plus fluide, mettant les piano-forte du classique là où ils n'ont rien à y faire, comme dans les chansons anciennes et transformant des airs médiévaux en une espèce invertébrée mutante qui comme vous le remarquez fort justement provoque un inévitable ennui.

Il est intéressant de remarquer que même une pièce lente qui conserve une base rythmique solide peut être fort agréable à l'écoute et ne pas lasser. Puisque vous semblez être un connaisseur de la musique d'Argentine, vous devez connaître les Vidalas, qui bien que possédant un tempo lent ont une vigueur poignante en plus de leur paroles poétiques sur le thème de la vie et la mort.»

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