lundi 18 septembre 2017

Les diagonales de Xi


Il y a trente ans pile, le 18 septembre 1987 au soir, les négociateurs américains et soviétiques tombaient d'accord sur le principe d'élimination des armes atomiques intermédiaires dans le cadre plus général et fumeux d'un désarmement nucléaire. Cet accord sera formalisé dans le Traité de Washington du 8 décembre 1987. L'escalade technique était montée si haut que le budget soviétique ne pouvait plus suivre, sous peine de ramener le reste du pays à l'époque de Tamerlan ! En France ce traité a obligé à ferrailler les lanceurs Pluton équipés de bombes à neutrons. Contraintes et circonstances avaient conduit deux empires à la raison, la guerre froide allait se terminer ! On ne sait aujourd'hui quel levier pourrait convaincre le président Kim Jong-un de cesser le développement d'un arsenal nucléaire. Il est prêt à faire manger de l'herbe à son peuple complètement décervelé pour asseoir le pouvoir de sa famille dans le siècle. Si on demande à un Coréen de la diaspora ce que veut le dictateur-fou, on s'entend dire que (1) il n'est pas fou et (2) qu'il veut une démilitarisation de la péninsule coréenne, la Corée du Nord gardant sa bombe en garantie. Impossible n'est pas non plus coréen. Peut-il aboutir ? Sans doute pas comme il s'y prend.



Il y a quatre acteurs sur zone, outre le "fou" : la Chine tout d'abord, marraine de toujours des Coréens qui lui reconnaissent au sud comme au nord une primauté morale venue du fond des âges ; le Japon ensuite qui mit Corée et Mandchourie en esclavage et se méfie aujourd'hui de tous, mais moins que d'une coalition de rencontre entre les deux Corées et la Chine populaire ; la Russie dont la péninsule de Vladivostok est très proche de la zone atomique de Chongjin ; la Corée du sud enfin, miracle réel et fragile d'un pays reparti de rien, sans autre rente que le courage et le génie de son peuple exposé aux foucades des Kims.

Tout conflit ravagerait la péninsule coréenne, le Jilin et le Liaoning chinois (partie orientale de l'ex-Mandchourie) et la région sibérienne de Vladivostok. Le Japon bénéficiant de la coupure de la mer éponyme aurait bien du mal à se préserver, surtout avec les bases américaines sur son sol. C'est donc bien la Chine qui est la plus mouillée et tout le monde cherche à la comprendre. Ce que disent les responsables chinois n'a que peu de valeur. Ce qu'ils pensent est difficile à percer, car ils sont formatés sur une prospective à quarante ans ! Peut-on se projeter pour eux ? La presse mainstream rechigne à réfléchir, pas nous :)

Le projet réside tout entier dans le China Dream auquel le Piéton du roi se réfère toujours et qu'il résume à nouveau pour ses lecteurs récents :
- Revenir sur toutes les marches de l'Empire du Milieu en mobilisant partout le génie et le labeur chinois ;
- Dominer sans partage ni contestations dangereuses de la Selenge mongole aux Spratleys (nord-sud) et du K2 jusqu'à l'Amour (ouest-est) ;
- Contenir les empires voisins dans leurs frontières naturelles, l'Inde sur le piémont himalayen, la Russie blanche dans la steppe stérile au-delà des Mongols, le Japon vieillissant dans son archipel ;
- Acheter la neutralité bienveillante des nations de la péninsule indochinoise par des échanges économiques fructueux et des soutiens à contre-emploi (en Birmanie et au Cambodge);
- Tenir la mer (carence fatale des Mandchous steppiques).

La Corée du Nord est actuellement une épine douloureuse dans le projet. Quoiqu'il se passe en pire, la Chine dérouille : l'effondrement nord-coréen inonderait le Jilin d'une population nombreuse, misérable et arriérée ; un conflit atomique contaminerait durablement des métropoles importantes comme Jilin, Changchun, Shenyang ou stratégique comme Dalian ; les hasards de la guerre feraient monter les Américains jusque vers les montagnes coréennes pour les "nettoyer". Ils s'y installeraient au prétexte du contrôle comme ils l'ont fait au Kosovo avec le camp Bondsteel.


Par inclination naturelle les Chinois veulent gérer ce challenge sur quarante ans et jusque là feront tout le possible pour que la situation ne dégénère pas, en lâchant parfois du lest aux Américains et en reprenant de la corde à d'autres moments. Sans doute comptent-ils sur la corruption des mentalités nord-coréennes inexorablement confrontées au monde extérieur et sur la corruption tout court des généraux le moment venu, comme les Américains le firent de ceux de Saddam Hussein. Le dictateur peut aussi muter en quelque chose de plus humain avec l'âge ou mourir du diabète. Accessoirement, le Japon, éternel coupable, est nié carrément dans la partie de cartes. La Russie est entendue mais pas écoutée. Retranché dans sa "popularité" inoxydable, Kim Jong-un, qui a quand même fait des études en Suisse, a parfaitement compris que sa disparition serait une bénédiction, non pas tant pour Washington que pour Pékin. Il s'en méfie terriblement, jusqu'à faire occire son oncle et son frère desquels il douta un instant ! Mais si le prix des sicaires monte, les candidats à la fortune seront plus nombreux.

L'Occident a vécu quarante-quatre ans de guerre froide avec des pics d'anxiété très dangereux (Berlin, Cuba, SS20/Pershing). La Chine va devoir apprendre à en faire autant en convoquant une sagesse confucéenne dont elle se moquait jusqu'à récemment. Des analyses (cf. Chinascope) tendent à montrer que sur cette zone d'intérêts elle concentre pour le moment son action diplomatique et économique sur la Corée... du Sud qu'elle entend peut-être agréger à son projet de long terme en contournant le cousin ingérable. L'Empire des Grands Tsings s'acheva en 1912. Xi Jinping le ressuscite à sa façon dans toute sa puissance. Impressionnant quand même !

Juste au nord de l'île de Haïnan, on devine l'enclave française à bail emphytéotique de Kouang Tchéou Wan

Quant à la Russie, Poutine voudrait qu'on arrête de crier et qu'on s'assoie autour d'une table avec deux cubi de vodka ! Il mesure quand même le défaut de poids de la Russie en Extrême-orient face aux deux monstres Chine et Japon.
Quelqu'un a parlé de Donald Trump ? Personne. Nikki Haley* a pris les choses en main. Ah, les femmes !

(*) Ambassadrice américaine à l'ONU

Viva, viva la revolución !

Maître Le Chon
Quand j'écoute les divagations simplistes des porte-voix de La France Insoumise sous virements mensuels, je me dis que quand ces gens accèdent, la démocratie n'est que le gouvernement des idiots par les malins. Du moins à l'étage régalien de nos sociétés complexes ! L'époque moderne a fait faire un bon en arrière considérable à la démocratie avec le concours zélé et parfois sanglant des intéressés. Alors que les temps anciens réglaient les espaces de proximité par les débats et les décisions majoritaires - Royal-Artillerie s'en est fait l'écho dans ses billets sur la baronnie d'Hierle (même libellé) - la réorganisation a supprimé cet étage démocratique au bénéfice prétendu de l'efficacité en déportant débats et décisions au plan national, à un niveau que le vulgum pecus ne peut atteindre et comprendre. Ainsi, privé de son mot à dire au plan communal, on l'invite à jouer au sweepstake national comme aux courses. C'est tragique pour la vie de nos sociétés, et risible de savoir qu'elles comptent une majorité de cons.

Comme le rappelle le GAR dans un article récent sur la démocratie médiévale (clic), Dans les solides communautés du Midi, riches de leurs traditions médiévales, on se réunissait à la maison de ville, sous la présidence des consuls. Ailleurs, la séance se tenait à « la porte et principale entrée » de l’église et l’on peut encore voir, dans certains villages, le porche garni de bancs de pierre qui servaient à cet usage…L’assemblée jouissait d’une très large liberté, même lorsqu’elle était présidée par les officiers seigneuriaux. C’est elle qui prenait toutes les décisions importantes pour la vie de la communauté, qui élisait ses représentants et ses agents…De même, l’assemblée était consultée sur toutes les affaires concernant la communauté : érection d’une justice seigneuriale nouvelle, transfert du revenu de la cure, création d’un marché, rédaction des coutumes. » On y discutait de tout, impôts, exemptions, droits et privilèges communautaires (en fait tous possédaient des privilèges dans l’ancienne France), choix du maître d’école, aménagement et constructions… Les pauvres avaient des droits : glanage et usage des chaumes après les récoltes, utiliser les biens communaux, etc… On partageait les tâches de la vie communautaire pour le bonheur de tous. De nos jours, les administrés sont convoqués une fois tous les six ans sur un programme purement électoral et n'ont aucun moyen non violent de s'opposer à la politique et aux caprices du charmant candidat qu'ils se sont choisi et qui a muté en petit satrape. Cette amère réflexion ne s'applique pas aux villages où l'on tient encore des fourches dans les remises.

Ainsi endette-t-on jusqu'au cou des communes pour la "gloire" bétonnière des édiles, ces grands développeurs sans qui la France manquerait de rond-points, les dits-connards payant souvent dans les conurbations leur taxe foncière et d'habitation ailleurs que dans la commune qu'ils administrent. Trop de proximité nuit à la sécurité du sommeil. Enfin chacun de nous a son propre exemple sous les yeux. Ma commune surendettée par des décennies de corruption se lance dans des travaux d'embellissements après consultation de trois pelés un tondu, sans doute exonérés de tout, pour faire des photos dans le journal municipal...

Dans ma région d'origine, au moyen-âge et pratiquement jusqu'à la mise au pas des mairies par Louis XIV, les "consuls" étaient élus pour un an et leurs biens séquestrés pour la durée du mandat en attente du quitus de gestion. Evidemment que ça ne pouvait plaire aux élites instruites qui leur ont succédé ! L'ouverture des emplois aux rusés et malins de la profession politique permit aussi l'accès des caisses aux voleurs. La presse regorge de ces méfaits, mais le citoyen lambda, addict au serrement de mains, en redemande et réélit les pourris à telle enseigne qu'on parle dans les milieux autorisés de blanchiment démocratique. Tu es un fils de pute mais à dix voix près, tu accèdes au procès en canonisation. Fabuleux système, bien adapté à notre époque de benêts et autres électeurs stupides.

C'est bien de révolution qu'il s'agit maintenant. Renverser les pôles ! Rouvrir la démocratie directe des étages de proximité et ôter au peuple incapable par nature le choix des politiques applicables aux ministères régaliens. Entre les deux, agglomérer des instances de compétences à plusieurs niveaux capables d'organiser les pouvoirs publics au bénéfice de tous et non seulement à celui de la caste protégée par les contributions des autres. Les chapitres non régaliens sont bien plus nombreux que les premiers et offriraient de nombreux débouchés à tous ceux qui savent et qui ont la fibre politique. Bien sûr le dispositif verserait au fossé la majeure partie de la classe politique actuelle qui n'a jamais travaillé en vrai, au mieux qui a ramé dans une administration dans des fonctions syndicales s'ils n'étaient pas détachés permanents dans un fromage républicain. Voulez-vous des noms ? Apportez les fléchettes, on lance sur la cible et on est sûr d'en avoir toujours un.

Remettre l'étage régalien entre les mains d'un monarque gouvernant en ses conseils, semblerait logique, si l'on croit du moins à l'avantage d'une professionnalisation des pouvoirs suprêmes ; la séquence des présidents-touristes de la Cinquième République m'y autorise. C'est donc bien une révolution. La question travaille certainement Emmanuel Macron tant le paysage socio-politique du pays est délabré et envahi de faisans !

Réponse à Charles Barbanes

Le blogue Royal-Artillerie a quelquefois nourri les réflexions de l'honorable webmestre de la CRIL17. Pour cela nous nous sommes senti convoqué par son appel à phosphorer ensemble (brain storming dans le texte) sur l'absence dans l'actualité des descendants de Louis XVI. Son appel est rédigé en ces termes :
Comment serait-il possible qu’il existe aujourd’hui encore, quelque part dans le monde, un Bourbon-Habsbourg, descendant de Louis XVII, exfiltré du Temple après le 3 juillet 1793, qui soit resté inconnu de tous et/ou qui pourrait même ignorer sa propre identité, comme nous avons pu parfois le lire ou l’entendre dire, ici ou là ? C’est la question à laquelle nous nous proposerons d’esquisser d’une réponse, au cours des prochains jours, avec le concours de tous ceux qui souhaiteront nous apporter le concours de leurs réflexions, de quelque nature que ce soit, en utilisant même la méthode américaine de management du brainstorming (source)

Les ruptures de paradigme (ou catastrophes nationales) ont été sévères dans notre pays qui s'est toujours mêlé de ses voisins à temps et contretemps, et ni Louis XVII ni ses descendants éventuels n'ont jamais apparu. Nous pouvons en citer trois ci-dessous. Nous n'avons pas retenu d'autres passages douloureux car ils ne pouvaient pas créer de réelles opportunités : émeutes parisiennes de 1830 et de 1848, guerre atroce de 1914-18 acceptée par la Nation en armes, fin de la deuxième guerre mondiale avec une France supplétive. Restent :

*1814 Campagne de France perdue et occupation de Paris par les cosaques russes, changement brutal de régime politique atténué par le retour des deux frères de Bourbon

*1870 Défaite de Sedan et occupation prussienne, détachement de l'Alsace-Moselle, énorme tribut de guerre imposé par Bismarck, changement de régime après une guerre civile à Paris, démonstration ultérieure de l'inanité des positions royalistes

*1940 Capitulation générale et occupation allemande, effondrement du régime, avachissement du pays soulagé par l'armistice, le déshonneur, pillage sans retenue de l'économie française au bénéfice du III° Reich

*La quatrième est à venir, si nous passons sous la tutelle européenne pour banqueroute.

Aucune de ces tragédies nationales n'a suscité le surgissement d'un recours salvateur en la personne soit du dauphin, soit de son fils ou petit-fils etc. Aujourd'hui nous avons peine à imaginer le choc d'un Louis XVII revenu. Pourquoi cette absence des Descendants du Temple® ? Je reprends mes trois réponses laissées sur la Charte de Fontevrault :
Il n’est que trois motifs à cette absence :
(1) ils n’existent pas ;
(2) ils ne savent pas qu’ils existent ;
(3) ils ont décidé de rester cachés pour une raison que nous ignorons.

Inutile d'épiloguer si le dauphin est mort avant de procréer. Resterait la piste Louvel (clic) de notre ami Pilayrou, mais les coïncidences fortuites sont pour moi trop sollicitées (désolé et on sortirait du sujet du jour).

La deuxième hypothèse conviendrait très bien si le dauphin avait été arraché à la fureur révolutionnaire et expatrié en Amérique à la condition de se taire. Eut-il tenu parole qu'il n'en aurait pas parlé à ses enfants s'il en eut (se souvenant de la terrible phrase du testament de son père : Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir roi...). Il y aurait peut-être encore une descendance inconsciente aux Etats-Unis ou ailleurs.

La troisième assertion relève de la spéculation pure, et nous laissons aux romanciers les hypothèses les plus échevelées, autour de Fersen... par exemple.

Quant aux dauphins qui firent la fortune des imprimeurs, on comprendra facilement qu'il étaient détectés immédiatement par la famille de Bourbon, les trois frères, leurs familles et leur entourage ayant vécu tous ensemble au château de Versailles et pouvant trier facilement le vrai du faux.

En résumé (provisoire, comme tout ce qui touche à l'énigme du Temple), les tenants de la survivance devraient creuser la question d'outremer, en se souvenant qu'il n'était pas si difficile de traverser l'Atlantique à cette époque, les échanges étant nombreux et fréquents. Un coup de lampe gratuit : les îles françaises de la Mer des Caraïbes étaient trop petites pour cacher un dauphin de France, les plantations de la côte étaient infestées de Français des deux camps, mais le Sud-Dakota auquel on accède facilement en remontant le Missouri et où les Indiens comprenaient le français aurait pu convenir.

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