vendredi 20 janvier 2012

Triste jour en Kapissa


L'affaire afghane tourne au vinaigre. Après nos deux légionnaires exécutés par un taliban infiltré dans une unité de l'ANA, voici que quatre autres viennent d'être tués dans les mêmes conditions à Gwan (Kapissa-sud). Il y a quinze blessés. Condoléances aux familles des morts et soutien à celles des huit blessés graves. Communiqué du MinDef : Les soldats tués et blessés dans cette attaque appartenaient à une OMLT, une équipe de conseillers insérée au sein d’un bataillon afghan. Trois des militaires tués appartenaient au 93e régiment d’artillerie de montagne de Varces, il s’agissait de deux sous-officiers adjudants-chefs et d’un militaire du rang caporal-chef. Le dernier était un sous-officier, adjudant-chef au 2ème régiment étranger de génie de Saint-Christol. Fin du communiqué.


Alors qu'il s'exprimait lors de ses voeux au corps diplomatique, le président Sarkozy a annoncé qu'il suspendait toutes les opérations de l'armée française en Afghanistan, et se réserve le droit de prévoir un retour anticipé des forces françaises, prévu initialement en 2014. Au bord des larmes dans la solitude propre au chef des armées responsable, nous avons reçu la déclamation mélodramatique comme une réaction de politicien... en campagne électorale. Nous eussions préféré que le temps soit laissé à l'état-major pour une analyse des circonstances et que les bonnes décisions soient prises à son niveau. Elles auraient dû l'être après le 28 décembre, mais on attendait Karzaï à Paris pour rédiger l'ordre du jour en direct de l'Elysée, as usual.
Que Zébulon interrompe sa prestation diplomatique, sur billet d'huissier, pour prendre instantanément la décision qu'il estime lui revenir est pure éjaculation précoce de Monsieur Je-fais-tout. C'est du moins tel qu'il est jugé par les Afghans et nos alliés. Longuet prend l'avion aujourd'hui pour porter la parole du président dans les popotes - souvenirs, souvenirs - et Hamid Karzaï arrive à Paris le 27. Tout est gelé sur un coup de tête.

Le blog du mamouth relève que pour l'armée française, impossible de "sortir" les forces afghanes des FOB où elle-même est installée. Sur certaines d'entre elles, l'ANA est en charge des périmètres extérieurs, et fait donc partie de l'équation capacitaire du site. Des civils afghans font partie intégrante des FOB, réalisant des petits travaux d'infrastructure, voire plus. Jeter ces civils afghans comme des malpropres, c'est les jeter dans les bras des insurgés, qui seront ravis de les compter parmi eux, et de récolter du renseignement sur les forces françaises. Sans OMLT, sans conseillers d'Epidote, sans POMLT (ils sortent chaque jour avec la police afghane), la France perd ainsi le crédit qu'elle avait patiemment gagné dans le pouvoir afghan et une partie de la population. La fraternisation des soldats français et afghans n'a jamais eu lieu sauf pour les caméras de propagande, car la distance culturelle est trop grande d'une part et surtout les capacités professionnelles sont à mille années-lumières. Mais la coopération très lente au début a fonctionné malgré tout. Recrutés par la solde et la faim et un peu par contrainte dans certaines provinces, les soldats de l'ANA sont à quelques exceptions près, des bidasses. Mais des bidasses connaissant la guerre de l'intérieur depuis des lustres. Elle n'a jamais cessé autour d'eux sauf pendant l'éphémère émirat taliban (1996-2001). Ces soldats réguliers, afghans en temps de guerre mais pachtounes, tadjiks, hazaras, ouzbeks, turkmènes, kirghizes, baloutches, aïmaks, en temps de paix, savent les effets des renversements d'alliance, les revanches à en attendre, les vendettas aussi. L'histoire de ce territoire qui ne fut jamais celui d'une nation unique, n'est faite que de campagnes de "warlords". Construire une armée de bric et de broc le plus vite possible fut imposé au gouvernement afghan par la Maison Blanche sur un agenda domestique, démocratique et donc électoral. A faire du chiffre pour suivre le programme imposé, l'embauche de recrues ouvre les portes à n'importe qui.

Les bataillons de tout-venant ne sont pas d'aujourd'hui et on palie la diversité de motivation sinon son déficit par un encadrement sévère et attentif au niveau des cadres de premier niveau, chez nous caporaux-chefs et sergents. Et les armes sont au râtelier. La première question qui vaille est de savoir si les commandants d'unité, appuyés sur leur subordonnés sont capables ou pas de détecter les zombies. Et la seconde est d'avoir d'une façon l'autre, leur pronostic sincère sur la situation prochaine de leur zone d'action. Car ils en connaissent tous les habitants et leurs histoires. Si ces territoires doivent subir la loi des vases communicants et l'avancée des insurgés concomittante au reflux occidental, alors ils doivent négocier pour cesser les morts inutiles de part et d'autre. C'est leur affaire, pas la nôtre. S'ils pensent tenir le poste demain, nous devons les améliorer techniquement, bien équipés et entraînés, en contrepartie d'une surveillance accrue de leurs propres soldats, et finir le job. Finir le job pour les femmes, les gosses et les gentils car ils ne sont pas une sous-espèce qu'on peut laisser comme ça à la merci des hyènes fondamentalistes et des mafias locales. Sinon qu'on se torche avec nos belles constitutions et qu'on arme nos propres gosses chez nous !


 




jeudi 19 janvier 2012

Untermenschen


Ce livre vient de sortir et ne peut être "évité". Il personnifie l'incarnation du Mal ultime pour lequel les langues humaines n'ont pas de mot. C'est de l'effroyable Douch qu'il s'agit dans L'Elimination de Rithy Panh. Chef du Centre S21 de l'Angkar à Phnom Penh sous le régime des Khmers Rouges, on lui décompte douze mille trois cent quatre-vingt victimes, torturées et exécutées dans des conditions proprement indicibles, dans ce seul centre de Tuol Sleng, sur un score personnel de plus de 40.000 morts dans ses activités d'inquisiteur. Il n'y a aucune comparaison dans l'Histoire qui tienne le choc. Nous renvoyons le lecteur courageux à cet article de La Croix du 17 janvier 2012 en avertissant les âmes sensibles.

Qui étaient ces types ?
Morphologiquement pas des monstres, et intellectuellement plutôt favorisés. Des profs de culture française, la plupart militants du Parti communiste français, reversés dans le parti communiste local et fondateurs des Khmers rouges, obédience montée par la République populaire de Chine pour combattre l'Occident. Auto-transformés en brutes épaisses, voici les chefs sans ordre précis...

*IENG Sary, lycée Condorcet, Sciences Po Paris, prof d'histoire-géo au lycée Sisowath
*POL POT, Ecole française de radioélectricité de Paris, prof de français aux collèges Chamroeun Vichea et Kampuchaboth
*SON Sen, boursier à Paris, directeur d’études à l’Institut National pédagogique de Phnom-Penh
*KHIEU Samphâng, docteur en économie de la faculté de Montpellier
*HU Yuon, docteur en économie de la Sorbone, prof de français au Lycée Kambuboth
*HU Nim, Ecole des Douanes de Paris, docteur en droit de l'université de Phnom Penh
*DOUCH, professeur de mathématiques
*NUON Chea, étudiant en droit à l'université de Bangkok, fonctionnaire des Affaires étrangères thaïlandaises, membre du parti communiste thaïlandais, fondateur du parti communiste cambodgien, second du régime KR
*TA Mok, le patriarche rural, le seul prolétaire, arrivé au sommet du pouvoir sur 50.000 crânes de paysans cambodgiens
[...]

Dans le récit que fait l'anthropologue (EFEO) François Bizot de son passage au camp M-13 entre les mains de Douch, on mesure la dérive libertaire de jeunes gens appelés au Grand Soir à Paris, qui terminent en machines infernales chez eux. Du M-13 il ressortit sept rescapés sur des dizaines de milliers de parasites traités. Nous ne procéderons pas à l'analyse comportementale des bourreaux qui nous dépasse, mais tout le monde a noté que ces psychopathes eurent les facultés intellectuelles nécessaires au "perfectionnement" de la destruction des indésirables, à commencer par tout porteur de lunettes. Les "freins" à la collectivisation du pays et à l'ascension des nouveaux maîtres éclairés seront tous exterminés dans la plus grande des sauvageries sur condamnation motivée, comme s'il fallait sauver l'administration du projet. Dégrossis en économie, ces professeurs feront privilégier le marteau de fer au fusil dispendieux dans l'exécution des condamnés étouffés au ciment ou par leurs propres excréments.

Douch nie sa culpabilité et se vautre au même moment dans une logorrhée à faire dresser les cheveux sur la tête. C'est le vieux syndrome du bourreau, responsable mais pas coupable. Plus je vous en dis, moins vous m'en comptez. Il s'est converti au Christ pour améliorer son avenir, aussi la seule question qui vaille à la fin met en doute l'existence de Dieu qui pour le coup ne s'est pas montré, et son corollaire, la justice dans l'au-delà. Car sur Terre, nous ne sommes pas outillés pour trouver et appliquer des peines à la hauteur de ces monstruosités. Tente-cinq ans de prison (soit la perpétuité à son âge) n'apaisera personne. Et le tuer non plus ! Ne doutant de rien, Douch, réclamant le pardon chrétien, a fait appel, ultime insulte au peuple cambodgien.

L'ONU a mis quatorze ans avant de réagir. Le régime y avait été protégé par la Patrie des Droits de l'Homme, impatiente de savonner la planche américaine après le discours de Phnom Penh du Général. Nous agîmes objectivement en soutien de l'Union soviétique et de la Chine populaire qui se disputaient comme chiens et chats un cimetière de dix-huit cent mille morts. "La France ne s'inquiète d'aucun régime, qui ne reconnaît que des Etats", disait-on au Quai d'Orsay. Belle lâcheté qui suivit et en précéda d'autres.

Certains pays, pires que nous, ne s'encombrent certes pas d'alibis, mais nous invoquons des "droits universels" que nous foulons allègrement, la flûte de champagne au bout des doigts. Notre politique étrangère de contorsion en remorque de la superpuissance du moment fait glousser dans les chancelleries, qui nous fit perdre il y a longtemps le triple A diplomatique.




Mise à jour du 3.02.2012
Ce vendredi la cour d'appel de Phnom-Penh a condamné l'effroyable Douch à la réclusion criminelle à perpétuité. Justice est faite sur terre. A suivre plus haut !

Mise à jour du 23.11.2016
La cour d'appel de Phnom-Penh a condamné à perpétuité Nuon Chea (90 ans) et Khieu Samphan (85 ans) suite à un jugement d'assises d'août 2014. Ils assuraient n'avoir pas été au courant des atrocités commises entre 1975 et 1979.


Post-scriptum du 18/04/2021
unes de presse

mardi 17 janvier 2012

La minute nécessaire de mondialisation

 

Badische Aniline¹ se casse aux USA. La coopérative auvergnate Limagrain² est déjà partie. Heureusement que la Serasem³ aveyronaise perdure et signe. De quoi s'agit-il ? De la recherche biogénétique en semences et des départements R&D qui l'assurent. Nous avons tous entendu que recherche et inovation étaient les deux mamelles de l'Europe revenue aux avant-postes, alors pourquoi ce drainage de matière grise ? Parce que dans nos belles démocraties populaires de voirie, la rue fait la loi et soutient des groupes de pression idéologiques qui combattent le progrès scientifique à la lumière des chandelles. J'illustre d'ordinaire ce propos par la statue en bronze de Monsieur Bové plantée dans le hall d'accueil du Diable de Saint-Louis (Missouri) avec cet ex-voto gravé sur le socle :« La Monsanto à Joseph Bové reconnaissante ». Feu l'original restera, lui, empaillé dans le salon de Madame Joly.

Retour sur le futur
On a coutume de défendre la mondialisation en sequençant les valeurs ajoutées d'un produit. Le consommateur final d'un article rémunère beaucoup de monde. En remontant le temps, son achat paie une taxe, rémunère le distributeur qui a stocké l'article, le transporteur qui l'a livré, la chaîne logistique qui a pris l'article dans son usine de fabrication, l'a empoté en container, mis à bord, transporté, déchargé et mis sur chassis vers le diffuseur, l'unité de fabrication qui l'a monté, les fabricants des composants incorporés dans le produit, ceux qui l'ont testé en laboratoire ou en station d'essai et ceux qui l'ont conçu sur la planche à dessin. Pour un iPad, la fabrication vaut 7% du prix final hors-taxes.

Badische Anilin et ses confrères amputent "nos" revenus des deux derniers termes de l'échange et annulent notre participation aux découvertes de leur segment économique. Rien à voir cette fois avec les surcoûts de la social-démocratie à compte d'autrui, on fuit la connerie, point-barre. C'est une question de climat social et économique. Quand un (petit) industriel français va produire en ex-yougoslavie, son motif comptable en termes de coûts n'est pas déterminant s'il doit rapatrier ses boîtes d'articles sur des marchés solvables comme ceux d'Europe occidentale. Non. Son motif est le stress provoqué par l'environnement bureaucratique et social, et s'y ajoute depuis trois ans l'hostilité des banques à ses demandes d'accompagnement. Là-bas, le petit patron est "ignoré" des bureaux, partenaire de sa banque, apprécié des ouvriers puisqu'en un sens il s'est expatrié pour eux, et il risque surtout de redevenir heu-reux. Un autre exemple :
Le chêne de France part en Forêt Noire pour être débité au calibre et étuvé afin d'obtenir un bois-machine. Bottelé en fardeaux d'une demi-tonne, il monte à Hambourg pour être conteneurisé, prend un navire de la Hapag-Llyod (voire la danoise Maersk...) direction Ningbo (Zhejiang). Le conteneur débarqué, l'usine chinoise en extrait les fardeaux qu'elle va débiter sur machines numériques en divers composants de meubles modernes. Assemblés à la main et trois couches de vernis plus tard, les meubles emmitouflés dans du papier-bulles reprennent le camion vers le container-yard où ils seront empotés et chargés sur un navire pour Anvers. Arrivé à destination, le conteneur sera mis sur chassis routier direction la zone industrielle de Rungis ou la Haie-Coq d'Aubervilliers si vous préférez. L'article déballé sera choisi et emporté par un détaillant branché pour son show-room en ville.
Peut-on faire l'analyse comparative des coûts engendrés entre ce circuit (auquel j'ai participé) et la séquence Chêne de France transformé en bois-machine dans la région de production, débité en meubles sur machines servies, montés à la main et livrés partout en France à la demande par camions ?
Oui, mais pourquoi le deuxième circuit n'est-il pas choisi, à quelques rares exceptions près comme chez les cuisinistes ?
Il utilise des acteurs artisanaux de faible rendement, habitués à prendre des marges conséquentes pour couvrir avec peu d'activité (comparativement à l'Asie) des frais fixes en perpétuelle augmentation (la contribution foncière des entreprises est plus chère que l'ancienne taxe professionnelle de la suppression de laquelle se gargarise le ministre). Ce n'est donc pas le coût de l'ouvrier chinois (coût en forte hausse d'ailleurs depuis deux ans) qui détermine le choix du circuit économique - il n'est qu'un maillon - mais son rendement global, assuré par des acteurs très professionnels sur des chaînes de fabrication et logistique qui travaillent cinquante heures par semaine par quart pour les premières et 24/7 pour les secondes. Et le délai logistique est incorporé dans la noria une fois pour toutes.

Encore les Schleuhs !
Sur le premier circuit vous retrouvez la patte allemande. Le bois-machine français est étuvé à coeur dans de grandes usines et parfaitement calibré pour être pris sans blocage par le système de guidage des machines-outils. Cette première transformation de matière est une capture, le reste doit profiter le plus possible à l'économie allemande à commencer par une sortie du territoire douanier au nord et un chargement sous pavillon national. Il y a de grandes chances pour que les machines-outils numériques de Ningbo soient allemandes (sinon suédoises, autrichiennes, suisses) et l'agent maritime allemand fera là-bas l'offre placée pour reprendre les conteneurs remontant en Europe.
Aparté : nous signalons qu'un projet LIIIFT* fut mis à l'étude par les autorités françaises, belges et néerlandaises en 2005 pour que Rotterdam tire des trains-blocs privés depuis Lyon, donc à 260 kms de Fos. Fut-il question de prix ? non ! de savoir-faire. Pourquoi Marseille n'a pas organisé le drainage des chargeurs par trains-blocs le long de ses couloirs naturels de Saône et Rhône et jusqu'au Rhin par la trouée de Belfort ? Poser la question n'est pas politiquement correct.
*(Long Innovative Intermodal and Interoperable Trains)

Désastre du Plan soviétique
Nous pensons que les débats comptables sur les écarts de compétitivité globale au niveau de la macroéconomie européenne sont risibles, car il n'y a que des cas particuliers, et au niveau mondial, les paramètres sont évalués trop sommairement. Les facteurs de succès sont aussi nombreux que ceux de l'insuccès et ne peuvent pas tous être chiffrés. Mais la "sympathie" de l'environnement joue pour beaucoup dans l'établissement des circuits "recherche, fabrication, diffusion".
L'avenir est dans la recréation de pôles industriels organisés en filière comme nous en avons eus jadis. On ne peut faire vivre toute la France sur des Silicon Valleys. Deux souvenirs parmi une bonne cinquantaine qui, s'ils ne peuvent être ressuscités, peuvent donner des idées : la rue du Landy, véritable "artère mécanique" au nord de Paris, et la vallée du Gier, boulevard de l'outillage près de Saint-Etienne. Il y avait aussi la "ville automobile" La Garenne-Colombes-Courbevoie-Levallois, le "quai aviation" de Puteaux, bref... nous fûmes ! L'aménagement technocratique du territoire par la contrainte impérieuse du Commissariat gaulliste au Plan a saupoudré la campagne d'usines perdues pour briser la ceinture rouge de Paris, anéantissant l'un des coeurs battant de l'industrie française. Ses héritiers veulent refaire ce qui fut détruit par leurs pères, le département de la Seine de jadis appelé maintenant Grand Paris, et les pôles de compétitivité en rase campagne menés par des fonctionnaires éclairés, fils de ceux qui ont éparpillé tout le monde. Gribouille.

De tous les politiques qui s'empoignent sur la monnaie ou l'exportation, combien connaissent réellement le commerce extérieur pour l'avoir pratiqué ? Je crois qu'il n'y en a aucun (j'ai vérifié les CV). Une seule parade, passer un loi au Parlement décrétant l'obligation d'intelligence dans les affaires économiques et aux ministres celle d'atteindre le niveau requis pour entrer en sixième. Ainsi M. Lemaire de l'Agriculture, apprendra-t-il chez Acadomia qu'un hectare fait cent ares ou dix mille mètres-carrés. Génial !

Notes
(1) BASF déplace sa station OGM en Caroline du Nord suite aux premiers arrachages de parcelles OGM en Allemagne.
(2) Limagrain a délocalisé sa station de recherche OGM au Colorado en 2010 pour trouver du blé modifié et du blé hybride.
(3) La RAGT de Rodez a depuis longtemps pris ses marques aux Etats-Unis dans la recherche génétique semencière avec Dekalb Genetics (Illinois) du groupe Monsanto. Pour le moment elle maintient ses stations de recherche en Aveyron et en France.

lundi 16 janvier 2012

Corrigé de l'épreuve

 

Qui de la meute électorale a lu le long communiqué de Standard&Poor's ? Ces messieurs-dames, ramenés au spasme de 140 signes du gazouilli¹, en ont demandé un court résumé à la besogne qui les suit. Mais Royal-Artillerie a fait le chemin de l'agence luciféraire et rapporté l'explication de la décision que ses distingués lecteurs peuvent lire en pied de page (c'est en dialecte).
On y lit que le pessimisme des examinateurs est motivé par :
(a) le resserrement du crédit en général;
(b) une augmentation des primes de risques pour un nombre accru d'émetteurs de l'eurozone;
(c) un remboursement des dettes simultané par les ménages et les Etats...
(d) ...affaiblissant les prévisions de croissance;
(e) une discorde prolongée entre les gouvernements sur la bonne approche des défis.
C'est pas faux, aurait dit Perceval. Pour approfondir on se réfèrera au mode d'emploi de S&P's que l'on consultera ici.

Ils mettent aussi le doigt sur un défaut d'appréciation des dirigeants des pays "forts" envers les pays "faibles" de l'eurozone. Bien au-delà du laxisme fiscal des pays entourant les pays "forts", les problèmes financiers de la zone découlent tout autant des déséquilibres de compétivité extérieure entre les deux groupes. Une réforme procédant de la seule austérité fiscale est vouée à l'échec puisque la consommation domestique tombera à proportion de l'insécurité du travail et de l'argent disponible, érodant les rentrées fiscales.

Il est vrai que le gouvernement Merkel cantonne son diagnostic aux déséquilibres budgétaires insoutenables de ses partenaires, en oubliant que ce sont aussi ses clients et que les déséquilibres commerciaux intra-européens sont au moins aussi graves dans cette crise. L'Allemagne peut-elle longtemps drainer l'argent des pays latins et compter dessus pour le futur ? A l'évidence, non.
Ce qui ne laisse de surprendre est le bon résultat malgré tout concédé par S&P's à l'Allemagne et à six autres pays qui ont des positions extérieures plus sûres que les nôtres. Mais l'analyse est mondiale et c'est au-delà de l'eurozone sur la totalité du marché planétaire qu'ils sont jugés. L'Allemagne est un acteur industriel mondial, appuyé sur ses maquiladoras orientales qui ont poussé jusqu'à l'Oural. Les "petits" pays de l'économie rhénane - on pourrait parler d'une renaissance de la Hanse² - sont tous extravertis vers le grand large. En revanche, ils ont tout à craindre d'une contraction de la demande mondiale que pourrait déclencher une crise grave de l'Union européenne, premier PIB du monde. On se mord la queue.

Le réglage des politiques de sortie de crise doit être plus fin que les remèdes brutaux qu'on entend ci et là si nous ne voulons pas mourir guéris. Sans crever la consommation par des mesures budgétaires drastiques, le gouvernement doit saisir l'occasion qui - divine surprise - lui est donnée de redresser les comptes publics en évitant l'impact d'une grave récession. Comment ? En détruisant toutes les inutilités qui encrassent l'Etat. Nous en avons déjà parlé.

Le nombre de facteurs d'influence est si grand que nul ne peut savoir désormais si les taux vont monter, asséchant le Trésor public et le crédit aux entreprises. La situation des banques est floue et les pronostics relèvent du tirage de cartes - on se moquait avant le crash de l'inextricabilité des bilans bancaires chinois ! Ce qui est sûr par contre, c'est que le carnaval électoral quinquennal est très mal placé sur l'agenda, et que les programmes promus par les candidats sont jusqu'ici très au-dessous du niveau requis.

Standard&Poor's n'est pas le Vatican de la finance vagabonde. C'est une agence de notation destinée aux acteurs de marché qui engagent leur argent, pas le four infernal des Illuminati. Si l'humiliation subie nous aide à regarder les réalités comme on les voit souvent mieux de l'extérieur, la pénitence ne sera pas inutile. Mais pour le moment, nos dirigeants et candidats ont du mal à s'arracher aux gamineries.



Communiqué du vendredi 13
Standard & Poor's Ratings Services -- Jan. 13, 2012

We have lowered the long-term ratings on Cyprus, Italy, Portugal, and Spain by two notches; lowered the long-term ratings on Austria, France, Malta, Slovakia, and Slovenia, by one notch; and affirmed the long-term ratings on Belgium, Estonia, Finland, Germany, Ireland, Luxembourg, and the Netherlands.
All ratings have been removed from CreditWatch, where they were placed with negative implications on Dec. 5, 2011 (except for Cyprus, which was first placed on CreditWatch on Aug. 12, 2011).

. See list below for full details on the affected ratings.

The outlooks on the long-term ratings on Austria, Belgium, Cyprus, Estonia, Finland, France, Ireland, Italy, Luxembourg, Malta, the Netherlands, Portugal, Slovenia, and Spain are negative, indicating that we believe that there is at least a one-in-three chance that the rating will be lowered in 2012 or 2013.
The outlook horizon for issuers with investment-grade ratings is up to two years, and for issuers with speculative-grade ratings up to one year. The outlooks on the long-term ratings on Germany and Slovakia are stable.

We assigned recovery ratings of '4' to both Cyprus and Portugal, in accordance with our practice to assign recovery ratings to issuers rated in the speculative-grade category, indicating an expected recovery of 30%-50% should a default occur in the future.

Today's rating actions are primarily driven by our assessment that the policy initiatives that have been taken by European policymakers in recent weeks may be insufficient to fully address ongoing systemic stresses in the eurozone. In our view, these stresses include: (1) tightening credit conditions, (2) an increase in risk premiums for a widening group of eurozone issuers, (3) a simultaneous attempt to delever by governments and households, (4) weakening economic growth prospects, and (5) an open and prolonged dispute among European policymakers over the proper approach to address challenges.

The outcomes from the EU summit on Dec. 9, 2011, and subsequent statements from policymakers, lead us to believe that the agreement reached has not produced a breakthrough of sufficient size and scope to fully address the eurozone's financial problems. In our opinion, the political agreement does not supply sufficient additional resources or operational flexibility to bolster European rescue operations, or extend enough support for those eurozone sovereigns subjected to heightened market pressures.

We also believe that the agreement is predicated on only a partial recognition of the source of the crisis: that the current financial turmoil stems primarily from fiscal profligacy at the periphery of the eurozone. In our view, however, the financial problems facing the eurozone are as much a consequence of rising external imbalances and divergences in competitiveness between the eurozone's core and the so-called "periphery". As such, we believe that a reform process based on a pillar of fiscal austerity alone risks becoming self-defeating, as domestic demand falls in line with consumers' rising concerns about job security and disposable incomes, eroding national tax revenues.

Accordingly, in line with our published sovereign criteria, we have adjusted downward our political scores (one of the five key factors in our criteria) for those eurozone sovereigns we had previously scored in our two highest categories. This reflects our view that the effectiveness, stability, and predictability of European policymaking and political institutions have not been as strong as we believe are called for by the severity of a broadening and deepening financial crisis in the eurozone.

In our view, it is increasingly likely that refinancing costs for certain countries may remain elevated, that credit availability and economic growth may further decelerate, and that pressure on financing conditions may persist. Accordingly, for those sovereigns we consider most at risk of an economic downturn and deteriorating funding conditions, for example due to their large cross-border financing needs, we have adjusted our external score downward.

On the other hand, we believe that eurozone monetary authorities have been instrumental in averting a collapse of market confidence. We see that the European Central Bank has successfully eased collateral requirements, allowing an ever expanding pool of assets to be used as collateral for its funding operations, and has lowered the fixed rate to 1% on its main refinancing operation, an all-time low. Most importantly in our view, it has engaged in unprecedented repurchase operations for financial institutions, greatly relieving the near-term funding pressures for banks. Accordingly we did not adjust the initial monetary score on any of the 16 sovereigns under review.

Moreover, we affirmed the ratings on the seven eurozone sovereigns that we believe are likely to be more resilient in light of their relatively strong external positions and less leveraged public and private sectors. These credit strengths remain robust enough, in our opinion, to neutralise the potential ratings impact from the lowering of our political score.

However, for those sovereigns with negative outlooks, we believe that downside risks persist and that a more adverse economic and financial environment could erode their relative strengths within the next year or two to a degree that in our view could warrant a further downward revision of their long-term ratings.

We believe that the main downside risks that could affect eurozone sovereigns to various degrees are related to the possibility of further significant fiscal deterioration as a consequence of a more recessionary macroeconomic environment and/or vulnerabilities to further intensification and broadening of risk aversion among investors, jeopardizing funding access at sustainable rates. A more severe financial and economic downturn than we currently envisage (see "Sovereign Risk Indicators", published Dec. 28, 2011) could also lead to rising stress levels in the European banking system, potentially leading to additional fiscal costs for the sovereigns through various bank workout or recapitalization programs. Furthermore, we believe that there is a risk that reform fatigue could be mounting, especially in those countries that have experienced deep recessions and where growth prospects remain bleak, which could eventually lead us to the view that lower levels of predictability exist in policy orientation, and thus to a further downward adjustment of our political score.

Finally, while we currently assess the monetary authorities' response to the eurozone's financial problems as broadly adequate, our view could change as the crisis and the response to it evolves. If we lowered our initial monetary score for all eurozone sovereigns as a result, this could have negative consequences for the ratings on a number of countries.

In this context, we would note that the ratings on the eurozone sovereigns remain at comparatively high levels, with only three below investment grade (Portugal, Cyprus, and Greece). Historically, investment-grade-rated sovereigns have experienced very low default rates. From 1975 to 2010, the 15-year cumulative default rate for sovereigns rated in investment grade was 1.02%, and 0.00% for sovereigns rated in the 'A' category or higher. During this period, 97.78% of sovereigns rated 'AAA' at the beginning of the year retained their rating at the end of the year.

Following today's rating actions, Standard & Poor's will issue separate media releases concerning affected ratings on the funds, government-related entities, financial institutions, insurance companies, public finance, and structured finance sectors in due course.

(suivent les clés de discernement et la liste des pays européens)

Notes
(1) Les abonnés à Twitter sont effarés de la présence de tous les instants des ministres Besson et Morano sur le réseau. Les chiffres d'émissions accolés à leur profil sont sidérants et démontrent leur complète inutilité dans la fonction, tout le travail étant assuré par le cabinet ad hoc, justifiant en creux une préférence du gouvernement des professionnels à celui des touristes.
(2) Il est vraiment curieux de voir ré-émerger cette vieille solidarité économique, qui a été décrite dans le trimestriel La Toile (n°10 clic)

samedi 14 janvier 2012

AA what next !



RIEN. Le talisman d'Alain Minc était en bois de cageot ? Nos taux d'emprunt sur les marchés ne seront pas agravés par la dégradation de Standard&Poor's plus qu'ils ne le furent l'an derrnier au spectacle de notre incroyable incurie. Car c'est d'elle que provient la méfiance des investisseurs ; la politique de l'édredon de MM. Fillon-Sarkozy-Baroin et leur arrogance génétique à dicter leurs solutions. Il n'y a pas de marché des bons d'Etat français car financièrement la France n'a pas de surface spéculative. On négocie des bons japonais, américains, allemands, australiens, brésiliens, anglais, hongkongais et demain chinois, pas de bons français. Par contre aux adjudications hebdomadaires de France Trésor le "double A" laissera une carte de plus aux prêteurs pour demander un meilleur rendement de l'offre, mais pas un taux plus extravagant qu'hier où nous avons payé deux fois le prix fait à l'Allemagne.

Certes quand le spread s'accroîtra, les bons esprits diront que c'est la faute aux agences et quand il diminuera, à la gloire du gouvernement. C'est de l'enfantillage, car les gens avisés des assurances, fonds de pension et autres fonds souverains ou spéculatifs savent à quoi s'en tenir sur la richesse de la nation française même si l'Etat est calamiteux. Par contre l'incidence sera immédiate sur les plans politique, diplomatique et sur celui du prestige international, ce qui va ensemble. Nous venons de descendre en Division II. Les Indiens, les Séoudiens, les Koweitis, les Brésiliens, les Papous seront surpris d'apprendre la relégation. Pensez donc, le pays du Champagne et de Louis Vuitton débarqué du Top ! Mais les Etats-Unis sont sous "Double A" également, nous diront les thuriféraires, et n'en sont pas morts. Mais ils sont les Etats-Unis d'Amérique, première économie du monde, libérée dans quelque mois de son président socialo-hawaïen, capable du meilleur quand ils s'énervent, comme d'aller marcher sur la lune, ou du pire, comme mettre en l'air un dictateur qui ne leur avait rien fait !

Politiquement, la perte du talisman AAA plombera l'aura du président virginal en construction qui devra souhaiter maintenant une guerre dans le Golfe persique pour passer à l'international, car au plan national c'est foutu d'avance. Diplomatiquement, la chose va avoir de l'incidence. Malgré tous les artifices de communication et le harcèlement d'image du Petit Reître à l'endroit de sa Kanzlerin chérie, leur rapport ne sera plus le même. Qu'exiger d'un cousin qui réussit là où nous échouons avec presque les mêmes cartes en main, à ce que disent tous les experts sérieux. Monnaie commune, tarifs douaniers communs, coût du travail du même ordre de grandeur, productivité comparable, pour à la fin aboutir à une compétitivité si dissemblable. Ce n'est plus d'ajustement, de convergences, d'austérité dont Berlin va nous parler, mais de changement de paradigme. Notre Etat est devenu un grosse merde qui mange chaque année 160 milliards d'euros de plus que l'Etat allemand pour un tel résultat. En pleine crise, cousin Schpountz fait 1% de déficit quand cousin Pons en fait 6 !! Notre commerce extérieur est risible. Notre dette est fondée sur les frais généraux de la République et pas sur des investissements qui annonceraient un retour bénéficiaire permettant de la rembourser, nous avons tout faux.
Et nous voudrions conserver la primauté sur le continent européen. Faire les traités qui nous arrangent. Dire son fait à tous et chacun. Fustiger la Hongrie. C'est la fin de partie qu'a sifflée hier Standard&Poor's.
Est-ce un complot ourdi par la finance "errante" anglo-saxone ? L'année qui vient nous le dira si le nouveau président serre vraiment les boulons pour sortir le char de l'ornière et si les agences restent quand même dubitatives voire menaçantes. Auquel cas, le soupçon grandira... selon la fameuse théorie du complot !

Il ne nous reste qu'à devenir sérieux. Un défi hors de portée pour l'instant, à entendre les gens cramponnés au pouvoir pour notre malheur. Nous avons 19/20, c'est ce qu'ils croient.

vendredi 13 janvier 2012

Mélenchon de Tanger à K.


Je suis entré par hasard hier soir au marathon politique de Pujadas, le bonzaï catalan de la 2, pour être secoué par les éructations du candidat Jean-Luc Mélenchon en pleine agression de son contradicteur. J'allais zapper le vacarme quand j'aperçus au second plan la ravissante Clémentine Autain qui faisait pot de fleur. J'ai donc tout entendu.
Et rien appris. A l'exception de taille que le candidat avait un vrai programme complet, aux propositions imbriquées et bloquées comme un Rubik'sCube. Problème, le Rubik'sCube ne roule pas bien sur un tapis de premier tour. Les sondages lui donnent entre 6 et 8% des intentions de vote. C'est peu récompenser l'effort.

Le candidat Mélenchon n'esquive aucune question en filant la bande comme ils le font tous, mais l'affronte et encadre sa réponse concrète dans le projet de société qu'il porte. Ceux qui ont une bonne mémoire auront terminé l'émission télévisée avec l'image d'un monde très différent du nôtre, mais cohérent et fondé sur le bon sens populaire. Les autres achèteront le petit livre rouge de Mélenchon, L'humain d'abord, paru chez Librio (94p. 2€), l'auteur a dit savoir écrire.
La construction virtuelle de sociétés parfaites est une occupation de longue date chez l'espèce humaine. C'est un travail d'horlogerie à la portée des esprits fins et patients. Quand il s'agit de communisme, le tempo de l'ancre est donné par l'égalitarisme tempéré de générosité. Dans le Dictionnaire universel¹ de Maurice La Châtre, saint-simonien sincère proche de Proudhon et de Blanc, paru à l'aube du Second Empire, à l'article "Communisme" (néologisme) il est écrit que ...Le communisme n'est pas autre chose que la constante aspiration des faibles, des déshérités et des philosophes humanitaires vers l'égalité sociale, but qu'ils ont toujours poursuivi sans l'atteindre, comme victimes d'un perpétuel mirage [...] le communisme est l'absorption des intérêts individuels dans l'intérêt social. Il n'y a pas contrat, accord des membres; d'un autre côté, le régime établi n'est ni accidentel ni éphémère... et la suite fait deux colonnes grand format. Pendant la Commune, La Châtre s'attaquera à la traduction du Capital de Karl Marx.
Nous savons depuis lors que si les dictatures communistes ne sont pas éphémères, l'homme imparfait n'est pas adapté au "meilleur des mondes". Il recherchera inlassablement son intérêt propre, fût-il rentable ou minable mais sien. Le levier actif de l'espèce est cet intérêt-là. Il convient donc d'organiser nos sociétés en utilisant ce comburant de l'intérêt individuel que le communisme nie. C'est le libéralisme ; qui mène au capitalisme, lui-même déviant facilement vers la financiarisation des espaces sociaux si on n'y prête garde. Prenons en compte la perversité de l'homo economicus dans le tracé des libertés publiques, mais ne coupons pas le moteur, ce que le programme du Front de Gauche fait.

Deux choses peuvent éveiller l'intérêt d'un royaliste dans les idées de Mélenchon, la fin de l'élection présidentielle au suffrage universel et la régionalisation des solidarités économiques.
(1) Il dénonce après d'autres l'obscénité du cirque électoral et l'abaissement du niveau des débats par la médiacratie complice des pouvoirs dans l'abrutissement des masses. Parlementariste, il propose à la Constituante de la VI° République qu'il appelle de ses voeux, de revenir à l'élection du président par les chambres en congrès. C'est une voie d'accès à la royauté du modèle nord-européen, si le pays décide de pérenniser une référence nationale vivante et représentative au dehors, de meilleure qualité que les vainqueurs douteux de la foire d'empoigne actuelle, mal élus et pressés d'établir leur famille.

(2) La régionalisation des solidarités économiques se calque sur le modèle allemand. C'est au niveau provincial que l'on peut reconstruire des tissus industriels en intégrant par filière les acteurs essentiels, capitalistes, banques, recherche & développement (universités), groupes de production, sous-traitants, syndicats territoriaux et services ancillaires. Au niveau national, il y a trop d'intervenants, d'arrière-pensées et surtout le frein des bureaucraties de planification arrogantes dans leur distance au réel et jalouses de leur pouvoir.

En fait, on aboutit à un régime politique proche de l'organisation allemande. Né à Tanger, Jean-Luc Mélenchon finit le parcours à Kiel² !

- un cas d'école -


Ayant rendez-vous sur la chaîne AB Moteurs, j'ai attendu l'heure sur la Chaîne parlementaire où sévissait Franz-Olivier Giesberg qui recevait Nicolas Dupont-Aignan. Le jour et la nuit. Rétif aux évidences chiffrées, abonnés à tous les poncifs populistes du temps, déconnecté de l'actualité économique alors que c'est son arc de campagne, le candidat brachycéphale fut inutile au débat.

Notes:
(1) Le La Châtre de 1852 était un gros dictionnaire bon marché édité par fascicules aux abonnés, qui avait l'ambition de remplacer tous les volumes qui encombraient les bibliothèques nationales (sic) et servir à l'instruction publique à domicile.
(2) Clin d'oeil au titre de Maurras, Kiel & Tanger.


jeudi 12 janvier 2012

Maurras encore et toujours



Il n'est pas une année qui ne voit sortir un livre sur Charles Maurras, c'est dire le questionnement permanent sur l'oeuvre et l'homme tel qu'en lui-même. Pourquoi ?
Boris Cyrulnik, psychiatre éminent, qui a fait une préface à la réédition¹ de La Bonne Mort confiait au Figaro que « le personnage d'exception qu'était Lacan a été, durant sa jeunesse, attiré par un autre personnage d'exception qui maniait une langue superbe et dont la pensée était de haute volée. Si celle-ci avait été médiocre, la question ne se poserait d'ailleurs pas. Là est l'énigme. Pourquoi et comment des gens intelligents et pas plus méchants que d'autres peuvent-ils développer des haines aussi violentes ? » Il parle de l'antisémitisme du félibre. Ainsi, tant que l'énigme n'aura pas été percée, on publiera sur Maurras.
Deux ouvrages sont sur ma table, le Huguenin² que l'Action française 2000 a démonté en trois articles d'Axel Tisserand dans ses numéros récents 2829, 2830 et 2831 du 5 janvier 2012 ; le Kunter³ recensé par l'abbé de Tanoüarn dans l'AF2000 du 5 janvier précitée.

Et pourtant l'évènement de l'an passé est la publication en ligne par les Amis du Chemin de Paradis (c'est l'adresse de la maison de Maurras à Martigues) des neufs contes du même nom dans leur première édition, celle qui prêta à flagellation de la part des autorités vaticanes en 1926. Le Martégal, dans les rééditions de l'entre-deux-guerre, avait expurgé ces textes dans un souci de responsabilité envers l'Action française qu'il habitait toute, et de son lectorat catholique traditionnel. Il convenait dans une postface (celle de La Bonne Mort) qu'il s'adressait à un public choisi : « J’ai donc effacé de la première rédaction quelques mots qui n’avaient jamais correspondu à ma vraie pensée. La voici telle quelle, pour le public étroit des cinq ou six cents personnes qui sont capables de la connaître sans en souffrir ». Le site de l'AAMCP, Maurras.net, lui rend les dents et quelques défauts d'usinage de 1894 ; on ne les remerciera jamais assez. A cette date, Maurras a 26 ans.

Le triolisme exalté des Deux Testaments de Simplice ne peut être du goût de l'archevêché, même si la prose est de la plus haute tenue, jugez-en :
« Et voici que leurs bras se nouèrent à mes épaules. À la première fois que je me sentis dans ces liens, il me sembla en vérité qu'il s'en fallait de peu que je n'y rejoignisse l'objet dont je rêve sans fin ; les autres femmes ne m'avaient nulle part procuré une demi-mort si profonde. Quelles secondes impérissables je dois à celles-ci ! Passages insensibles et pourtant fulgurants du sentiment de l'essentielle union dans la beauté au cher abîme où fond toute vague notion de vivre ! Spasmes brusques, ondes sacrées, unique prix des caresses harmonieuses ! Vous ne m'êtes venus dans votre plein éclat que du jour où ce couple visita ma maison.
« Jusque là, près de toute femme, mes nerfs se plaignaient d'un malaise qu'il me faut dire puisque je vous dois mes aveux. Et d'ailleurs, le même malaise se renouvelle encore aujourd'hui dès que mon mauvais sort me laisse seul à seul avec un de ces êtres dont le sexe n'est pas le mien. Je ne puis supporter qu'Ambroisie et Renée se montrent jamais devant moi l'une sans l'autre. Imaginez donc mes angoisses du temps qu'il me fallait passer jusqu'à des nuits entières auprès d'une seule maîtresse. Mon cœur battait, mes veines se gonflaient et, rien qu'à aborder cette créature inconnue, il me semblait couler au fond de la mer. Hélas ! J'osais à peine approcher de son sein. Je croyais y entendre gronder et bouillonner ces flots de la vie orageuse auxquels je me sens toujours près de servir de proie et de risée. Et cela n'était point juger trop mal de la vraie constitution de la femme. Une ardeur sans mesure, un souffle sans merci, voilà ce qui s'exhale des entrailles, des lèvres et de tout le corps d'une femme. Notre âme y est comme du liège sur un tourbillon de folies et le moindre péril à quoi s'expose cette nef sur un tel océan est de sombrer dans un Amour d'où l'affreuse vie éternelle ne manquerait pas de jaillir.
« Trop faible et dissolu, je l'ai dit, pour garder une continence parfaite, que de fois je cédai à d'imprudents désirs et laissai le havre de paix et de douce harmonie où d'habiles calculs aidés d'étoiles favorables avaient abrité ma jeunesse. Que de mécomptes je connus ! Combien de funestes erreurs ! Dois-je vous dire que j'aimai ou que je fus aimé ? Ces détails n'ont plus d'intérêt ; c'est mon bonheur, c'est ma sagesse que je veux vous montrer ici. Sagesse et bonheur apparurent avec Ambroisie et Renée.»
Et encore...
« Je ne crains pas d'attribuer un accord si précieux aux vertus de l'essence triple dont notre volupté se pénètre par là. Car si le nombre deux signifie l'horrible passage de l'être unique et bienheureux au néant agité et divers de la vie, s'il désigne un binaire aux communes erreurs de maternité et d'amour, s'il est enfin le germe des numérations infinies et comme l'œuf où dorment le monde, la nature et toute la sauvage dissension des vivants, Trois, moins parfait que l'Un, est aussi moins sinistre et moins pernicieux que la triste dualité. C'est la nativité de la loi dans les lieux confus et comme l'apparition de l'arbitre dans la bataille ; de même que l'absurde mouvement s'y résout en un ordre qui donne quelque idée du repos, une passion se purifie quand elle se réclame de ce nombre pieux. Elle mesure, au moins, son vol et, au lieu de pousser à l'accablement de nos cœurs, elle leur fait goûter un répit délicieux dont j'aime d'égaler le rafraîchissement à ces coupes sacrées qui consolaient les dieux d'être descendus sur la terre.»

Les deux amoureuses s'avèreront in fine être de vraies "salopes", ce qui agrave le cas de l'auteur. Le nihil obstat pontifical s'éloignera aussi dans le même soupçon de nécromania radieuse du Charles enfant, mise en scène aux funérailles de la jeune cousine de Simplice :
« Ma mère répondit en me menant auprès du lit où gisait ma cousine. C'était une enfant belle et pure. Un rayon de soleil glissait de la croisée, jouait sur les fumées de l'encens et des cierges et, ainsi voyageant sur de frêles nuées, caressait les pieds de la morte, que découvrait une chaussure de cygne et de pâle satin, remontait le long de ses voiles, pour expirer au bout des doigts dont la chair paraissait lumineuse et toute fleurie.
« À l'écart de la troupe de ces vivants épais, j'éprouvai là des sentiments de délices impérissables. Ils ne m'ont plus quitté. Le merveilleux albâtre de ce visage éteint, ces lumières du ciel, ces vases de fleurs désirées ne purent même reparaître isolément dans mon esprit et les trois visions accordées s'appelèrent à tout jamais. Je ne me souviens pas que ma pensée ait un seul jour manqué à cet ordre. En vérité, toutes les fois qu'un lambeau de ciel bleu m'a versé une tendre flamme ou que j'ai respiré une fleur, cette troisième volupté m'est venue d'un jeune visage immobile sur les draps blancs.»

Maurras ne pouvait être un auteur sulpicien du bénitier, destiné aux chaisières comme les aimait le pape, aussi fut-il condamné de son emprise sur les coeurs catholiques à tout motif possible et même ridicule comme le fameux "politique d'abord" qui impliquait pour la Calotte un déclassement du Magistère. Et si l'on sait qu'il fut l'ami d'Hugues Rebell, helléniste nietzschéen "à la recherche du chant pur des ancêtres" mais prosateur d'histoires lestes interdites de presbytère, on comprend que la messe de Mgr Andrieu ait été vite dite. Qu'importe, il fut plus grand qu'eux.

J'ai la mauvaise habitude de juger la sincérité d'un auteur sur le plaisir procuré par son texte. L'abominable Mister Hyde qu'était le noctambule Proust Marcel s'estompe au plaisir que procure une prose à ce jour inégalée. N'importe quelle page de la Recherche s'ouvre au bonheur du liseur, ignorant même la trame de l'histoire. Il en va pour moi autant de l'écrivain Maurras, du poète Maurras. Ces contes et plus encore sa poésie, procurent un bien-être spirituel immédiat, comme un shoot. Ouvrez, lisez, fermez les yeux, plaisir parfait !

Retournons au cimetière, il fait beau :
« Sous les tilleuls et les lauriers-roses du cimetière, le soleil descendait à travers les nappes des feuilles et sa lumière divisée en mille gouttelettes, pourprée et verte, voltigeait sur la pierre des monuments en formant des bouquets de nuances de paradis. Et, comme je l'avais déjà observé dans la chambre, voici que l'une de ces limpides fleurs de clarté vint errer sur les doigts transparents de l'ensevelie ; c'était au moment même où le couvercle de la bière allait retomber pour toujours. Je n'oublierai jamais le bouton de carmin que l'incertitude des branches et de l'air animait entre ces doigts glacés. Le mouvement, la vie faisaient ici le dernier geste et rendaient le dernier soupir. Lorsque, le coffre descendu et la pierre scellée, les miens voulurent m'entraîner hors de l'enceinte, je me cramponnai à la terre où je m'étais couché, aux herbes folles, aux barrières de fonte du tombeau, pleurant et trépignant, de sorte qu'il fallut que mon père et ma mère me prissent dans leurs bras pour me ramener. »

Toute chose est destinée à prendre fin par ce fait qu'elle aspire à remplir son essence. Charles Maurras jeune homme avait une obsession de la mort, consécutive à sa surdité subite qui le priva de l'Ecole navale ; il déprima et en perdit la foi. A tel point que les dieux qui l'accueilleraient devinrent ceux de son hellénité. Pour les docteurs en théologie, et quels que soient ses accommodements avec l'Eglise romaine de l'Ordre, il était impardonnable de promouvoir la civilisation antique comme il le fit, avec un talent et un enthousiasme communicatif qui plus est, en évitant la Révélation ! Je ne sais plus d'où vient ce bout de texte qui en dit long sur sa liberté intellectuelle : « L'homme, s'il est homme, est esprit, mais un esprit pur : il est donc fait aussi pour vivre et correspondre avec les esprits, pour contempler comme eux les vérités désintéressées, en faire ses délices et conduire dans ce bonheur une société qu'il ne fait qu'avec eux ».

A écrire sur Maurras, on n'a envie que de le citer, la meilleure approche étant simplement de le lire dans son texte en sautant les passeurs. Ses ouvrages politiques sont quand même plus difficiles que son oeuvre littéraire, oeuvre qu'il privilégiera dans la collecte finale des Capitales en y consacrant trois volumes sur quatre.






Notes :
(1) La Bonne Mort de Charles Maurras aux carnets de l'Herne, 80p. 9,50€
(2) L'Action Française de François Huguenin chez Perrin-Tempus, 686p. 12€
(3) Maurras de Tony Kunter chez Pardès collection Qui suis-je ? 128p. 12€


mardi 10 janvier 2012

Pour Louis XVI



Samedi 21 janvier pourrait être une journée royaliste chargée à Paris.
Quatre endroits où se rendre successivement :
A midi, l'alternative est entre la messe (rit extraordinaire) à la mémoire du Roi Louis XVI en la basilique Saint-Denis (M° ligne 13), organisée par le Mémorial de France à Saint-Denys, et la messe pour le repos de l'âme du roi Louis XVI à Saint-Germain l'Auxerrois, organisée par le Cercle de l'Oeillet blanc.
A 3 heures, galette des étudiants d'Action française aux bureaux AF du 10 Croix des Petits-Champs (M°Palais Royal)
A 6 heures, cortège aux flambeaux pour le roi mort entre la Madeleine et le square Louis XVI. Rendez-vous devant l'escalier de l'église à 18:00:00.
A 8 heures, banquet alsacien de l'Action française chez Flam's, 62 rue des Lombards (M° Châtelet), en présence des pontes. 30 euros la place à réserver dès à présent auprès du CRAF (clic).
A minuit, deux Alka-Seltzer et au lit.




Comme chaque année, Royal-Artillerie s'applique à faire un billet moins convenu, en souvenir de Louis XVI, exécuté sur l'échafaud de la Première République le 21 janvier 1793. Roi à 20 ans, jeune de caractère et plutôt emprunté mais assurément timide, le prince accédant était plus cultivé que la moyenne des princes de son temps, même s'il n'avait pas beaucoup voyagé. Aimant l'étude et la micromécanique, il était d'un naturel nonchalant et la reine trouvait qu'il avait l'esprit plus lent que le sien, sauf pour la chasse où il s'épuisait. Même s'il avait un courage physique certain et une forte stature, il n'aimait pas l'ambiance du camp de guerre qui aurait été une bonne formation au métier de roi (Choiseul). Il n'avait pas non plus les élans érotiques des Bourbons précédents qui, à l'exception de Louis XIII, traquèrent la biche jusqu'à un âge avancé. Son peu d'intérêt pour la reine qu'il ne mettra enceinte que sept ans après ses noces portera conséquences au plan politique - on lira la thèse médicale de Georges Androutsos de l'université Claude-Bernard à Lyon. La reine délaissée, construira sa cour et son réseau, vivra un peu sa vie, jalonnée d'extravagances et d'amours platoniques de substitution, et, étrangère malgré elle, deviendra un frein aux réformes en laissant la cabale emporter les meilleurs ministres. Eut-elle été "domptée" qu'elle aurait tenu son rang et peut-être fait bloc, elle en avait d'ailleurs la trempe comme elle le montrera, tête haute, dans les épreuves ultimes de la famille royale.
Ce fut aussi un père aimant et attentif, et la mort de son aîné du mal de Pott pendant les Etats Généraux l'attristera beaucoup à l'issue d'une longue et cruelle agonie. Au Temple, il reporta ses talents de pédagogue sur son cadet, souhaitant qu'il ne devienne jamais roi. On sait la fin.

On ne peut dire que Louis XVI ait été un roi "faible", encore moins le lourdaud dessiné par les révolutionnaires. Intelligent mais un brin paresseux et agacé par la crise financière devenue institutionnelle, il s'est quelquefois débarrassé des contraintes de sa charge, décidant d'un coup de tête, parfois et tragiquement à contre-pied du bon sens. Mais que pouvait faire un roi, jeune encore malgré tout et peu porté sur la combinazione, contre tous ? La liste de ses adversaires est impressionnante en nombre et qualité et le corps premier du royaume, sa charpente, la noblesse, recula aux Etats puis le lâcha au premier coup de canon.
Sait-on assez que les régiments étaient peu sûrs, travaillés par les idées nouvelles, que les Suisses de Nancy s'étaient mutinés en 90, que les hiérarchies pensaient d'abord à sauver leur place dans un premier temps, et leur tête le lendemain, que finalement très peu de notables entendaient soutenir leur roi l'épée à la main ? Aucun quasiment.
Finalement, à l'exception du concours de quelques gens d'armes dont les yeux finirent pas se dessiller et qui se battirent aux Tuileries, le roi ne fut jamais en sûreté, ce qui ne prédisposait pas à une réflexion sereine, l'eut-il tentée. Encombré à mon avis d'une humanité hors de saison, il n'était pas l'élu de la Providence pour faire une carrière de saint au détriment de beaucoup de braves gens qui eux furent forcés de le devenir. Il restera dans les mémoires comme un roi submergé par les évènements et diminué par un alibi de charité chrétienne qui lui coupait bras et jambes. Il n'aurait jamais dû venir s'installer à Paris. La bataille du 10 août n'aurait jamais dû avoir lieu. Mais l'expédition de Montmédy non plus, qui était l'aveu d'impuissance qu'attendaient ses ennemis jurés.

Malgré l'armoire de fer, il ne méritait certainement pas la mort, mais à dénombrer la masse de citoyens tués au moindre prétexte, on comprend qu'il ait trouvé cela normal en un sens comme il le dit à Malesherbes venu lui donner le verdict. Dans l'épreuve de sa captivité et jusqu'au dernier moment il sera un grand roi, acceptant le supplice injuste qui le fit monter vers ses pères ; "Fils de saint Louis, montez au ciel !" murmura sur l'échafaud l'abbé de Firmont quand la tête tomba . On ne peut que déplorer qu'il n'ait brisé sa coquille plus tôt. Si un paradis existe, son âme y est en repos ; mais pas la nôtre.
Alors, allons à la messe pour le roi Louis XVI, un peu pour nous aussi.




J'avais promis l'an dernier de faire une carte interactive des messes pour Louis XVI en 2012, mais la charge de travail professionnel m'en a empêché. De nombreux sites et blogues royalistes nous informent, comme Le Petit Conservateur Palaisien auquel je me permets de vous renvoyer.


Articles les plus consultés

Compteur de clics (actif)