lundi 31 août 2015

De la régénérescence de la langue françoise


Avant-propos : La Route des Ruthènes Nîmes-Millau va devoir attendre, du moins tant que le défi de tracer définitivement la voie romaine sera en ligne de mire. Il y a deux vérifications à faire, celle du contournement des gorges de l'Hérault après Ganges vers le nord, qui pourrait déclasser le chemin de Cap-de-Coste (chemin gaulois des Ruthènes, devenu plus tard route royale de la Généralité de Montpellier) et l'accès au plateau du Larzac entre Arrigas et Campestre (plusieurs possibilités). Le reste est bon, même le franchissement du Tarn. Il faudra y retourner.




C'est la rentrée. Royal-Artillerie redémarre appuyé sur le génie d'autrui, à défaut d'avoir phosphoré par soi-même. Dans notre série "L'École des Pintades" voici un diamant où miroite la langue. A faire circuler chez les pédagogistes fous de la Rue de Grenelle en ces jours de Rentrée scolaire.

A l'intérieur des lois de son art, un écrivain est libre de tout inventer, à peu près comme un funambule de risquer sur sa corde les gambades les plus libres, sauf à se rompre le cou s'il tombe, ou comme un dompteur qui n'a pas d'autre limite à la fantaisie de ses jeux avec ses lions que la prudence nécessaire pour n'en être pas dévoré.

L'écu de Calonne
Les écrivains sont la conscience de la langue : ils ont pour rôle de garder tout le français vivant, d'en entretenir la richesse, sans quoi, la paresse aidant, il arrive que l'esprit tourne dans un cercle de mots toujours plus étroit. Les ressources du français sont admirablement diverses. Il n'est pas du tout nécessaire que nous confondions notre langage avec celui que nous a laissé le XVII° siècle. Ce français-là est sans doute d'une pureté admirable, et jamais on n'a, pour ainsi dire, appliqué de vitre plus transparente sur les opérations de l'esprit. Mais l'acquisition de ces qualités nous a coûté cher. Qu'on se replonge dans la langue du XVI° siècle, elle est toute à la gloire de la sensation, familière, domestique, rustique, et faite, aussi bien, pour la bataille et pour l'aventure. Notre Moyen Âge, au-delà, est encore plein de mots charmants et naturels. C'est aux écrivains à ramener dans l'usage tous ceux qui le méritent, et à empêcher ainsi, en en retrouvant d'excellents, qu'on n'en invente de monstrueux.

Lorsqu'il s'agit d'acheter, de vendre, nous ne disposons, pour nos échanges, que de la monnaie contemporaine. Qu'on imagine ce que serait si toutes celles, de bon aloi, qu'on a frappées durant notre histoire, n'avaient pas cessé d'avoir cours, si l'écu d'or et les gros tournois d'argent de saint Louis, l'agnel de Jean le Bon, l'angelot, le royal, le grand blanc et le petit blanc voisinaient dans notre bourse avec le teston de Louis XII, le louis d'or de Louis XIII, l'écu aux trois couronnes et le superbe écu de Calonne. Quel sentiment nous prendrions alors d'un présent ainsi investi par notre passé !

Ce trésor complet, cependant existe et il ne tient qu'à nous d'en user : c'est notre langage.

(Abel Bonnard, dans un brouillon de 1923 retrouvé par Luc Gendrillon)


samedi 15 août 2015

Quinze Août

Le Quinze Août est ma fête nationale ; c'est du moins ainsi que je ressens ce jour spécial et je ne suis pas un Acadien pour qui c'est vraiment la fête nationale. Où que je sois et même très loin, je penserais un 15 août au Quinze Août. C'est... génétique. La plus grosse fête de l'arrondissement cévenol qui m'a conçu à moitié est à cette date, et finalement j'en ai manquées assez peu si je compte pour toute une vie d'homme. Sauf cette année.

Le jour du grand bouleversement, j'aimerais que nous quittions le Quatorze Juillet que le monde entier connaît sous le faux nom de Bastille Day (pouah !) et que la Nation se retrouve en elle-même à l'Assomption du 15 août. Dans le microcosme royaliste français ce jour commémore aussi le prononcé du Vœu de Louis XIII consacrant la France à la Vierge de l'Assomption comme suite de l'Edit de la lampe perpétuelle du 10 février 1638 (ndlr: l'intitulé est de RA). Nous sommes en pleine Guerre de Trente Ans, guerre atroce, et les Impériaux ont enfoncé les lignes de la Somme et de l'Oise l'année précédente. Repoussés avec succès grâce à la mobilisation de Paris (où le roi se maintient), ils réitéreront leur percée sur la Somme au mois d'août 1638 et le roi gagnera Abbeville en soutien de nos armées, Abbeville où sera prononcé solennellement par le roi l'Edit de Saint-Germain-en-Laye en l'église des Minimes. Voici le vœu, plaisir du texte aussi :

« Dieu qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l'esprit qu'il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne, sans y voir autant d'effets merveilleux de sa bonté, que d'accidents qui nous pouvaient perdre.

« Lorsque nous sommes entrés au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d'en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause, que l'on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l'artifice des hommes et la malice du diable ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables au repos de notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice. La rebellion de l'hérésie ayant aussi formé un parti dans l'Etat, qui n'avait d'autre but que de partager notre autorité, il s'est servi de nous pour en abattre l'orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques.

« Quand nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes, qu'à la vue de toute l'Europe, contre l'espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats dont ils avaient été dépouillés. Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne, se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins pour faire voir à toutes les nations que, comme sa providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve et sa puissance le défend.

« Prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets.

« Tant de grâces si évidentes font que pour n'en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la Sacrée Croix, où nous vénérons l'accomplissement des mystères de notre rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de nous consacrer à la grandeur de Dieu par son Fils rabaissé jusqu'à nous et à ce Fils par sa Mère élevée jusqu'à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n'étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables et c'est chose bien raisonnable qu'ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.
« A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que, soit qu'il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés en ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'Eglise cathédrale de Paris avec une image de la Vierge qui tienne en ses bras celle de son précieux Fils descendu de la Croix et où nous serons représentés aux pieds du Fils et de la Mère comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.

« Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales et autres églises de leur diocèse.

« Nous admonestons le sieur archevêque de Paris et néanmoins lui enjoignons que tous les ans le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grand'messe qui se dira en son Eglise cathédrale et qu'après les vêpres du dit jour, il soit fait une procession en la dite Eglise à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines et le corps de ville, avec pareille cérémonie que celle qui s'observe aux processions générales les plus solennelles; ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales que celles des monastères de la dite ville et faubourgs et en toutes les villes, bourgs et villages du dit diocèse de Paris.

« Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales et autres églises de leur diocèse; entendant qu'à la dite cérémonie les Cours de Parlement et autres compagnies souveraines et les principaux officiers de ville y soient présents ; et d'autant qu'il y a plusieurs épiscopales qui ne sont pas dédiées à la Vierge, nous exhortons les dits archevêques et évêques en ce cas de lui dédier la principale chapelle des dites Eglises pour y être faite la dite cérémonie et d'y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre et d'admonester tous nos Peuples d'avoir une dévotion particulière à la Vierge, d'implorer en ce jour sa protection afin que sous une si puissante patronne notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu'il jouisse largement d'une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement à la dernière fin pour laquelle nous avons été créés ; car tel est notre plaisir.»

Louis
par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre

L'Edit fut enregistré au Parlement de Paris lui donnant force de loi. C'est une spécificité peu connue. Dix ans plus tard, le 19 août 1648, sera livrée à Lens la dernière grande bataille de la Guerre de Trente Ans, où le Grand Condé écrasera définitivement les Espagnols, obligeant Ferdinand III de Habsbourg à traiter. Ce sera la Paix de Westphalie qui organisera l'Europe continentale pour longtemps.



Assomption de Rubens

Aujourd'hui à midi,
les cloches sonneront partout
pour les Chrétiens d'Orient.

 


[ Ce billet est le treize centième publié sur ce blogue ]


lundi 3 août 2015

En vacances


J'ai tant de serres, de trucs, de pics, de puechs, de peyres, de monts, de cols, de rocs à dénombrer de ma terrasse en baronnie d'Hierle que le mois n'y suffira pas.
Vais-je le faire enfin cet article inédit sur la Route des Ruthènes ? J'y pense, j'y pense, et son tracé avance sur la carte "80" de Michelin. Mais les choix d'itinéraire des ingénieurs des Ponts et Chaussées impériaux sont déroutants et il faut passer à la série TOP 25 de l'IGN pour valider un tracé plausible.

À bientôt.
Le Piéton du roi





Well I'll be damned
Here comes your ghost again
But that's not unusual
It's just that the moon is full
And you happened to call
And here I sit
Hand on the telephone
Hearing a voice I'd known
A couple of light years ago
Heading straight for a fall

As I remember your eyes
Were bluer than robin's eggs
My poetry was lousy you said
Where are you calling from?
A booth in the midwest
Ten years ago
I bought you some cufflinks
You brought me something
We both know what memories can bring
They bring diamonds and rust

Well you burst on the scene
Already a legend
The unwashed phenomenon
The original vagabond
You strayed into my arms
And there you stayed
Temporarily lost at sea
The Madonna was yours for free
Yes the girl on the half-shell
Would keep you unharmed

Now I see you standing
With brown leaves falling around
And snow in your hair
Now you're smiling out the window
Of that crummy hotel
Over Washington Square
Our breath comes out white clouds
Mingles and hangs in the air
Speaking strictly for me
We both could have died then and there

Now you're telling me
You're not nostalgic
Then give me another word for it
You who are so good with words
And at keeping things vague
Because I need some of that vagueness now
It's all come back too clearly
Yes I loved you dearly
And if you're offering me diamonds and rust
I've already paid
©1975 Chandos Music

(Aux sources du Vidourle 2015)

Contre Myard

Monsieur Myard qui se targuait jadis d'être diplomate avant d'être élu de la Nation, se répand dans la presse pour justifier de la pertinence de la démarche de Crimée en compagnie de monsieur Mariani. On peut le lire sur Boulevard Voltaire. Il aurait besoin d'une mise à jour. Je la lui propose gratis. C'est un abrégé de la situation en Crimée :

(A) Fin de l'histoire communiste de la Crimée

MM. Myard et Mariani
Erigée en république autonome au sein de la Fédération de Russie en 1921, la péninsule de Crimée vit son statut modifié après guerre pour faits de collaboration des Tatars. La république autonome devint un simple oblast, oblast qui fut cédé par la RSFSR à la RSSU (Ukraine) en 1954 au simple motif que c'était l'Ukraine qui lui fournissait toutes ses utilités (eau, électricité, communications etc). Le Soviet Suprême de l'URSS légiféra le 28 avril 1954 et fit inscrire le transfert dans les constitutions russe et ukrainienne. Ce ne fut pas une simple décision "administrative".

Après la désintégration soviétique, les deux républiques cousines au sein de l'URSS signèrent un traité de reconnaissance réciproque en l'état le 19 novembre 1990. Mais c'est la déclaration d'indépendance de l'Ukraine du 24 août 1991 qui amena Boris Eltsine à reconsidérer le bornage général de la Fédération de Russie. Le parlement ukrainien de son côté déclara ses frontières internationales et fit l'erreur du statut de république autonome de Crimée au sein de l'Ukraine nouvelle, au lieu de le limiter au port de Sébastopol. Des déclarations croisées font de l'Ukraine un successeur de l'URSS et de la Russie son continuateur : d'où le porte-à-faux, et tout le monde aura tort dans la dispute incessante qui va de 1992 (remise en cause par la Douma des frontières coupant les ethnies russophones) jusqu'au renversement de Ianoukovitch le 22 février 2014 à Kiev.

(B) La révolution

C'est à ce moment-là que le parlement autonome de Crimée refuse de reconnaître le président de substitution de Kiev et décide de mettre son avenir à référendum pour le 16 mars. Confortées par l'attitude "politique" des autorités de Simféropol - il n'est pas permis de dire qu'elles sont guidées - les sections anonymes russes se déploient dans toute la péninsule pour expulser les reliefs du pouvoir de Kiev au prétexte de protéger les russophones (de quoi, on ne le dit pas). Le parlement de Simféropol proclame l'indépendance de la Crimée le 11 mars 2014 que reconnaît presque immédiatement la Douma de Moscou. Le référendum du 16 mars donne 96,77% pour le rattachement à la Fédération de Russie. Seul M. Myard fut impressionné. La loi constitutionnelle russe du 21 mars 2014 absorbe formellement la péninsule et déplace ses frontières internationales en conséquence. Au 1er janvier 2015, la Crimée est russifiée dans tous les domaines économique, administratif, fiscal et judiciaire. C'est désormais Moscou qui commande partout. A la réserve près...

(C) Un grand port adossé au désert

Chenal de Kertch
Personne n'a vraiment vu le découplage des intérêts fondamentaux russes à ce moment. L'Anschluss n'étant reconnu par personne sauf par Kaboul, Damas, Caracas, Minsk (mais Loukachenko refuse l'anschluss du Donbass) et par M. Myard, le Kremlin a découpé la péninsule en deux entités au cas où les choses tourneraient mal dans l'avenir. La partie utile est représentée par la municipalité maritime de Sébastopol, aussi devient-elle Ville-Etat détachée de la République de Crimée, une sacralisation. Il n'y en a que deux autres en Russie : Moscou et Saint-Pétersbourg. Sébastopol, fondée par Catherine II, est la base russe par excellence et pas Bizerte ! Elle ne retournera jamais à l'Ukraine, et on commence à l'accepter dans les chancelleries occidentales. On pourrait faire dix pages sur le caractère russe inviolable de Sébastopol. Par contre, le reste ?

Un désert tatare où peuvent s'engloutir des milliards de roubles de développement à peu d'effet, la République de Crimée ne produit rien. Et cerise blette sur le gâteau, il y a le défi du fameux pont mixte (fer et route) de Kertch que lance Moscou pour 3 milliards d'euros, les conditions techniques étant très défavorables et donc dispendieuses à surmonter : les tempêtes y sont redoutables et toutes les tentatives antérieures de franchissement en site propre furent emportées, ce qui explique pourquoi ce pont "évident" n'est toujours pas là. On parle déjà de passer la patate chaude au BTP turc qui a des références en matière de ponts difficiles quand personne n'en a plus en Russie. En fait, hormis Sébastopol qui est une valeur stratégique à condition de rétablir un cordon ombilical avec la Russie, la péninsule de Crimée ressortit plutôt à la catégorie du bâton merdeux plus facile à prendre qu'à lâcher.

(D) Un peu de droit international

Il y a deux cas qui pourraient éclairer ce problème diplomatique, la sécession turque de Chypre et la sécession albanaise du Kosovo. La première fut condamnée en droit (ONU - résolution 550 du 11 mai 1984), la seconde (CIJ - avis consultatif mais décisif du 22.07.2010) englobée dans l'élargissement des peuples subjugués commencé au XIXè siècle. Considérons Sébastopol revenue à la mère-patrie et ne parlons que de la république de Simféropol. Aucun des deux cas ne correspondant exactement à la situation, la diplomatie russe se serait fondée sur la résolution 1514 des Nations Unies (14.12.1960) encadrant l'octroi d'indépendance aux pays et peuples coloniaux. Lavrov n'a peur de rien, on le sait. Cette résolution déclare que "tous les peuples ont le droit de libre détermination ; en vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et poursuivent librement leur développement économique, social et culturel".

Sergueï Lavrov, attentif


Monsieur Myard garde ses valises prêtes pour Barcelone demain, Edimbourg après-demain et Vitoria ensuite. A quoi sert-il de moquer la diplomatie de son propre pays dans un domaine inessentiel comme l'affaire de Crimée, et d'être pris pour un bouffon par ses hôtes - car il est une chose que détestent les Russes depuis toujours : ce sont les traîtres à leur propre nation qui s'obligent vis à vis de l'étranger. Pour eux, Etat, parlement, chemins de fer et postes tout va ensemble, ils ne comprennent pas la revendication d'indépendance d'un élu à l'extérieur du territoire. On ne parlera pas de l'aventure tragi-comique de Damas.




lundi 27 juillet 2015

Démocratie létale

C'est un billet d'humeur, de mauvaise humeur, que l'abonné au blogue prendra au second degré...
Demain nous fêterons les Samson. Certes saint Samson de Dol, évêque en Bretagne nous vient du haut Moyen Âge (VI°s.) mais, hors de la bonne ville de Dol, c'est à Samson le chevelu, juge d'Israël, auquel tout le monde pense, le premier Terminator qui, dans la joie et la mauvaise humeur, massacrait du Philistin à la mâchoire d'âne. Mais il aima Dalila qui le trahit ! Magnifique Victor Mature qui, les yeux crevés, écroule les colonnes du temple sur l'oppresseur et lui-même, dans le peplum de Cecil B. DeMille ! Enfant, j'étais terrorisé au fond du fauteuil bleu du Palace ! Qu'elle était belle Dalila ! Éduqué chez les sœurs, j'ignorais le mot "salope".

D'un Samson, nous horions bien besoin de nos jours, mais le sacrifice des héros a disparu. L'homme providentiel du Gaulois a sans doute pris la mer ou l'avion et nous a laissés là, immense cohorte de lemmings niais. Nous sommes aux mains de gros rats de cave qui se prennent, certains, pour des rats de bibliothèque mais ne sont au final que des surmulots ! Rosâtres et nus qui pis est ! Beurkh ! Ils nous vendent, carrément, nous pillent, s'engraissent, détruisent nos mœurs et les cadres coutumiers sans jamais proposer rien de meilleur, toujours plus bas, toujours médiocre, jusqu'à peut-être nous remplacer par plus couillons que nous-mêmes, plus faciles à duper, le croient-ils. Le pourquoi est sans réponse, je ne suis pas un adepte du complot des Illuminatis ou des Sages de Sion, je me contrefous de la fortune anonyme et vagabonde, je crois que c'est le simple règne de la Connerie en mocassins de peau ou en bottes de fer selon la saison. La Bêtise a vaincu ! Et intimement je pense que la démocratie l'a appelée.

La démocratie c'est l'envie, l'envie de tout par tous ou presque et rapidement. Le ressort de la démocratie est la promesse, et l'élection est un concours de promesses. Son avatar obligé est la démagogie selon les vieux Hellènes qui l'ont inventée. La presse fait régulièrement des tableaux comparatifs chiffrés des promesses distribuées qui n'engagent que les otaries qui battent des nageoires sous les préaux républicains. Président ! Ducon, président, président, Dugland, président ! L'élu sert ses clients comme un garçon de café en terrasse, la caisse enregistreuse tinte, tout le monde s'en fout. Le tour des perdants viendra. Sauf à avoir un tempérament d'homme d'Etat - chose que nous avons oubliée, le président du moment ne fait pas autre chose que de rémunérer des voix. Normal ! Le système est fondé sur la souveraineté du peuple, qu'il faut bien exciter un peu. Mais en masse, le peuple n'est pas le parangon de l'intelligence, à preuve les représentants qu'il se choisit en France ! On n'en voudrait nulle part ailleurs.

Charles Maurras disait à Maurice Barrès : « Si la France moderne ne m'avait pas persuadé de ce sentiment, je l'aurais reçu de l'Athènes antique. La brève destinée de ce que l'on appelle la démocratie dans l'Antiquité m'a fait sentir que le propre de ce régime n'est que de consommer ce que les périodes d'aristocratie ont produit. La production, l'action demandait un ordre puissant. La consommation est moins exigeante : ni le tumulte, ni la routine ne l'entrave beaucoup. Des biens que les générations ont lentement produit et capitalisés, toute démocratie fait un grand feu de joie. Mais la flamme est plus prompte à donner des cendres que le bois du bûcher ne l'avait été à mûrir.»

Aujourd'hui, nous avons fait plus fort encore. Non seulement nous avons dilapidé l'héritage que nous ne transmettrons pas, mais nous avons dévoré par avance le capital que les générations suivantes pourraient amasser pour s'en sortir. Nous mourons en leur léguant des trillons de dette souveraine et privée, dette qui leur coupera les jambes sauf à incinérer notre civilisation démocratique pour la purger de ses créances. Nous avons bâti en briques de dynamite le chaos futur, leur futur !
Sauf à faire la révolution planétaire et remettre les compteurs à zéro pour la survie de l'espèce, il sera légitime de leur part de prétendre incinérer les générations prodigues, c'est à dire nous, et ce d'une génération à l'autre jusqu'à ce que les inactifs sans avenir soient réduits comme on dit en chimie et que les comptes soient rendus. In fine sera résolu le cancer de la surpopulation et comme le prédisait Jacques Attali, l'euthanasie sera la règle. Elle l'est en douce déjà.

Alors nos petits-enfants qui auront trouvé au fond du Web profond cet article de Royal-Artillerie, sauront qu'il leur faut prendre le maquis avant que ne s'écroule sur eux le temple philistin. Samson ! Une minute encore !

C'était notre billet de fin de saison !


soleil vert


lundi 20 juillet 2015

IV.- Patrie et humanité

Nous terminons aujourd'hui notre cycle "Patrie" commencé le 8 juin, destiné aux jeunes militants et à ceux qui iront au CMRDS 2015*, à partir des cours de philo d'André Bridoux (1893-1982). Voici la quatrième et dernière lecture.

I.- Terroirs et frontières
II.- Race, langage
III.- Coutumes et communauté
IV.- Patrie et humanité

Royal-Artillerie de 1745


Préambule

L'année 1709 où le royaume de France est très menacé par la coalition des Anglais, Autrichiens et Hollandais dans la Guerre de Succession d'Espagne, Louis XIV appelle au sursaut la nation en ces termes : « Quoique ma tendresse pour les peuples ne soit pas moins vive que celle que j'ai pour mes propres enfants, quoique je partage tous les maux que la guerre fait souffrir à des sujets aussi fidèles, que j'aie fait voir à toute l'Europe que je désirais sincèrement les faire jouir de la paix, je suis persuadé qu'ils s'opposeraient eux-mêmes à la recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l'honneur du nom français ». (texte intégral de l'appel du 12 juin 1709 lu dans les 39000 paroisses de France). En 1711, ce sera Denain ! Mais la force de cohésion et de riposte de la vieille nation gauloise doit être canalisée. A défaut, elle peut être dévastatrice comme l'ont montré les guerres européennes de la Révolution et de l'Empire. Voici ce qu'en dit Bridoux en 1944 :

41.- Nécessité de son éducation : Patrie et Humanité

Comme les sentiments familiaux, l'amour de la patrie doit être soumis à une éducation morale. Lorsqu'il est abandonné à lui-même, à plus forte raison lorsqu'il est soumis à des excitations imprudentes, il s'exaspère aisément ; il peut alors aveugler l'homme et l'entraîner à l'impérialisme, à la haine de l'étranger, au mépris des sentiments humains. Nous trouvons un excès de cet ordre dans le fameux vers de Corneille : «Albe vous a nommé, je ne vous connais plus.» Lorsqu'il est indiscipliné au contraire, loin de compromettre en nous les sentiments pacifiques et humains, il en facilité l'éclosion.

D'abord, on doit y puiser le ferme propos de ne jamais offenser la patrie des autres. Surtout, la patrie peut et doit être l'école de l'humanité ; c'est dans son atmosphère que nous faisons l'apprentissage de sentiments et des vertus qui pourront ensuite être étendus au-delà des frontières. Comment aimer les hommes si on ne les aime pas d'abord dans ses compatriotes ? Qu'on le veuille ou non, l'homme n'est pas un idéal abstrait ; il appartient à une patrie, comme à une famille ; on ne le trouve que là. Dans les relations humaines, il faut nécessairement compter avec les patries.

Le sentiment d'appartenir à une patrie indépendante et prospère est dans l'âme d'un homme la pièce principale, la clef de voûte. Quand cette pièce vient à manquer, c'est-à-dire dans la ruine de la patrie, tout s'effondre. Le salut de la patrie maintient tout.
Il y a peu de choses qui soient au-dessus de l'amour de la patrie et des devoirs qui lui correspondent. Clemenceau disait : «J'ai connu le monde, eh bien, pour moi ce qui compte, c'est l'amour de la France.» Peut-être n'y a-t-il rien de plus émouvant dans notre histoire que la visite qu'il fit en juillet 1918, dans les lignes de Champagne, aux troupes sacrifiées qui devaient faire face à la dernière offensive. Dans un des postes les plus menacés, les soldats lui offrirent un petit bouquet de fleurs des champs : «Mes enfants, leur dit-il, ces fleurs iront dans mon cercueil.» On sait qu'il a tenu parole.

42.- La nation est une âme, un principe spirituel

Avec le temps, les enfants d'une même patrie sentent de plus en plus la force du lien qui les unit. Ils acquièrent une sensibilité commune, ils sont rapprochés par les mêmes souvenirs et les mêmes espérances, ils sont animés d'un vouloir-vivre commun. A la longue ils prennent conscience de n'avoir qu'une seule âme, d'être une seule personne, de former une nation. La nation est un être collectif, qui possède néanmoins l'unité sprituelle, comme la personne, et qui en prend conscience. Nul ne l'a mieux dit que Renan, dans une page justement célèbre... Ndlr : que tous les royalistes connaissent par coeur (le fameux texte de 1882 est ici).

(*) Camp Maxime Real del Sarte organisé chaque été par l'Action française depuis 1953. Il se tiendra cette année au château d'Ailly, à Parigny (Loire) près de Roanne, du 17 au 23 août 2015.



43.- Conclusion du cycle

- Maréchal Blaise de Monluc -
grand dépêcheur devant l'Éternel
S'achève ici le cycle de quatre lectures préparatoires au CMRDS 2015. On peut aussi s'en passer et y aller quand même. Plutôt que de vous soumettre un résumé de synthèse dans le procédé académique, le Piéton du roi vous fait part en conclusion d'une réflexion métaphysique qui laisse aujourd'hui douter de l'élan du sacrifice patriotique.
Dans les siècles passés, l'espérance de vie des gens en nos contrées était la moitié de celle d'aujourd'hui. On pouvait donc attendre la force de l'âge et disparaître par après, naturellement. La force de l'âge était aussi celle de combattre à la guerre et, même si l'envie de vivre aussi longtemps que possible existait bien sûr, le risque d'abréger une vie pas si longue finalement laissait accepter le risque de la perdre. On prête aux Sioux de Little Big Horn un orgueil raisonné dans la fameuse phrase «C'est un beau jour pour mourir!» mais on ne se disputera pas pour savoir si elle ne fut pas prononcée aussi sur bien des champs de bataille d'Europe s'il faisait beau et quand on se tuait à la main. L'expression courante utilisée pour tuer son adversaire était d'ailleurs de le "dépêcher".

La société moderne a sacralisé la vie en voulant faire oublier par maints artifices à tous ses consommateurs leur fin inéluctable. L'instinct de survie de l'espèce est un renfort appréciable du mercantilisme, et pour tromper son monde jusqu'au bout on en vient même à embaumer les cons. Dans cet environnement qui pousse à vieillir le plus longtemps possible (certains disent "vivre vieux" mais la vérité c'est "vieillir" pour finir dans des branchements de tuyaux) il me semble hasardeux d'appeler au sacrifice la nation comme Louis XIV avait su le faire avant la bataille de Malplaquet.

Les témoins de la mobilisation de 1939 me l'avaient confié : dans les trains de mobilisés, c'était bien plus la résignation que l'enthousiasme de 14, état d'esprit défaitiste que les observateurs mettront sur le compte des pertes de la Grande Guerre qui avaient touché toutes les familles, toutes les villes et villages : cette nation était déjà trop morte pour remettre ça ! Sans préjuger donc de la prochaine mobilisation, je crains que le ciment de la patrie ne s'effrite bientôt, non tant par les coups de boutoir des étrangers qui sont bien réels, que par la résignation des nationaux. Les patries meurent aussi, dit André Bridoux. Ceux qui accourent à nos frontières ont pour beaucoup perdu la leur.

lundi 13 juillet 2015

Über alles et de beaucoup

Le drame hellène qui se joue au niveau des institutions européennes révèle des constantes de fond. Que le rideau tombe sur un happy Ending ou sur un chaos sanglant, la vraie nature des pays impliqués est apparue. Comme le disait Raymond Queneau : « Ce qu'il y a de constant sous l'écoulement de la durée, le lit du torrent des phénomènes internes, c'est la substance.»

Il n'y a pas photo pour les PECOs. Tous les pays de l'Est sans exception sont vent debout contre la Grèce à leurs yeux paresseuse, gouvernée aujourd'hui par des communistes et autres trotskards qui puent. Ces pays ont subi le gouvernement communiste et connaissent la dialectique du double et triple langage. Le retour dans le monde libre leur a coûté très cher, et s'ils voient la lumière du jour au bout du tunnel, ils ne vont pas se le laisser boucher. Dans les PECOs sont la Bulgarie et la Roumanie, deux pays misérables au niveau de vie inférieur à celui de la Grèce mais qui ne mouftent pas puisqu'ils ne seront jamais dans l'Eurozone si les critères sont maintenus. Ils sont bien conscients quand même que l'argent englouti à Athènes n'ira ni à Sofia ni Bucarest.


Viennent ensuite les pays latins. Ce sont les philhéllénistes... jusqu'à un certain point, car tous sont malades, même si l'état d'agravation ou de rémission est différent pour chacun d'eux. Parmi ces pays (Portugal, Espagne, France et Italie) c'est la France qui pose problème à cause de sa taille et de ses déficits chroniques (triple déficit¹). L'incapacité de sa classe politique à réformer une République pachydermique qui a enfanté l'Etat le plus invasif du monde après les références cubaines ou nord-coréennes, est un must. Même en Chine vous avez plus de liberté qu'en France si vous ne vous occupez pas de politique. Or c'est le grand cancéreux qui veut prendre le "lead", et de posture avantageuse en mine réfléchie devant les caméras, le meilleur rôle que la pièce va nous laisser est celui de Reine des Gitans. Nous aurons tout fait pour !
L'Espagne dynamique veut raccrocher les wagons avec l'Allemagne ; l'Italie, c'est l'Italie.

Les pays actifs non zonés, Royaume-Uni, Royaume du Danemark, Royaume de Norvège (∈EEE), Royaume de Suède observent le massacre et identifient parfaitement le risque... français, la Grèce étant peanuts à l'échelle du continent depuis que tous les investisseurs institutionnels et bancaires se sont débarrassés des bons et obligations grecs (après cent milliards de retructuration à leur frais, on peut les comprendre).

Reste le gorille de neuf cent livres dans le coin de la pièce, qui ne dort jamais. Ceux qui ont suivi la propagande française de ces derniers jours auront entraperçu que la délégation française gesticulait beaucoup, mais pour son opinion intérieure, car les photos et vidéos montrent que tout le monde nous sourit et personne ne nous parle ! Le gorille a fait le service minimum en venant à Paris. Cela devra nous suffire, car l'Allemagne a d'autres soucis que de jacasser avec un élu local.
Pour la première fois de son histoire d'après-guerre l'Allemagne a toutes les décisions entre ses mains. Elle crée de la stratégie, elle ne la subit plus. L'Allemagne n'est telle que bismarckienne. Elle n'est pas rhénane, goethique ou bavaroise, son Etat qui la structure est poméranien ! Où est la Prusse est l'Allemagne. Merkel, Schäuble et Gabriel ne jouent pas le destin de l'Europe ; ils jouent celui de l'Allemagne revenue. Jean-Luc Mélenchon ne s'y est pas trompé qui a débondé sa haine du Boche dès qu'il a compris qu'il ne pourrait plus rien contre eux. C'est assez minable de sa part, mais n'empêchera rien.

Déjà ailleurs... !


Le train de la France est passé. Nous en avons englouti les promesses que donnait le plus beau pays du monde dans une gabegie phénoménale nourrissant le fameux millefeuille des intérêts bunkérisés ; nous saignons à milliards dans un modèle qui fait rire ; nos représentants sont des ploucs qui n'ont aucune autorité naturelle, aucune aura, et que personne n'écoute, à l'exception près de la négociation iranienne dans laquelle Laurent Fabius est très actif (il fut premier ministre à l'époque). C'est tout !

Nous regardons maintenant passer le train des autres comme des vaches dans le pré.
Très corrézien !


(1) Le triple déficit est le cancer généralisé : déficit budgétaire, déficit des comptes sociaux hors-budget, déficit commercial.

Un Service civique de cohésion

Ce billet est paru dans le Lien légitimiste n°63 (mai-juin 2015, pages 10 et 11)) sous le même titre. A l'occasion de la fête nationale, il entre en archives Royal-Artillerie.

François Chérèque
Depuis le premier juin 2015, le Service civique devient un droit. Chaque jeune peut poser sa candidature et recevoir une offre de mission. C'est une manière de fêter le premier lustre à cinq bougies de ce substitut du service militaire. Que le projet soit entre les mains de François Chérèque est un atout car c'est un homme de terrain pétri de convictions, et Dieu sait s'il en faut dans les domaines non essentiels à la réélection de la gent politique.
Perçu au départ comme un vecteur de lien social, avec un fort impact sur les collectivités, ce dispositif d'intégration de la jeunesse dans le tissu social représente aussi une pré-formation de six à douze mois pour les jeunes intéressés ensuite par un travail dans les secteurs non marchands liés à la santé, à l’éducation nationale ou à la fonction publique territoriale et plus tard peut-être à la transition énergétique. Le Service civique représente aussi un facteur de cohésion – même s'il n'y suffit pas à lui seul – en exemplifiant les valeurs du bien commun autour de la solidarité élémentaire qui fait d'un troupeau une nation. C'est donc une très bonne idée qui jusqu'ici n'était malheureusement pas prioritaire.

A La Villette au mois de mars dernier, le président de la République a relancé ce service universel – aucune condition d'accès autre que la tranche d'âge 16/25 ans - dans l'espoir d'y passer cent cinquante mille jeunes en 2016. En dépit de l'effet d'annonce, l'effort budgétaire en cadres et débours est louable même si l'on sait qu'il faudra, comme pour tout le reste, emprunter. Il y a d'autres chapitres à fouiller pour y faire des économies compensatoires afin de réussir ce grand projet, depuis qu'est apparu un grand danger pour notre nation, le défaut de cohésion de sa jeunesse. Un communautarisme y grandit qui pourrait forcer même les tièdes à se ranger dans un camp, quand ce ne sera pas aussi le cas des esprits supérieurs, submergés par les effets pratiques d'un émiettement social tout le long de fractures haineuses. Chacun sait d'où vient le problème, mais le dire est tabou, pire, répréhensible et punissable. Aussi suivrez-vous mon regard vers un lointain sud-est et cela suffira.

La France n'est pas équipée intellectuellement pour résister à l'assaut du tiers-monde dans sa composante la plus misérable, non par défaut de gens intelligents capables de répondre au défi à sa source, l'émigration, mais parce que leur parole ne peut plus couvrir le brouhaha de la société de consommation qui emporte tout, y compris les réactions d'une classe politique collée à l'opinion du jour en gazouillant sur Twitter. Ce ne sont pas les synthèses savantes et leurs alarmes qui manquent. Qui écoute ou lit aujourd'hui des philosophes vivants ? Finkielkraut, Onfray, Morin, pour les plus médiatisés, produisent à jet continu des avertissements. Quelques étudiants, quelques oisifs qui aiment perdre du temps les suivent, mais l'ignare décide. La masse des gens ne s'informe pas et... vote ! Les cellules familiales, professionnelles, au sein desquelles s'est débattue pendant des siècles la politique de la cité, sont éclatées ou hyper-spécialisées et l'individu fait aujourd'hui monde à lui-seul. Il soustraite sa pensée à une société autour de lui déresponsabilisée, paramétrée comme élément économique, financiarisée, mercantile, qui ne veille plus à sa propre cohésion à aucun niveau. La nation est un troupeau de chats !

Les gouvernements, moins aveugles qu'on ne veut le dire, cherchent une source de cohésion nationale pour la jeunesse dont ils commencent à se méfier - la loi de Renseignement Total est faite pour eux - et ces gouvernements reviennent régulièrement à l'option du service civique qu'il faut espérer n'être pas qu'un leurre au bénéfice d'une opération de communication à inscrire à l'actif d'une mandature. Le bilan de cinq ans du dispositif lancé par la loi du 10 mars 2010 n'est pas enthousiasmant¹ : ne sont venus que 85000 jeunes répartis sur 5000 structures missionnées, la durée moyenne d'engagement étant de huit mois. Peut mieux faire, bien que les bases soient saines et les participants généralement contents. Mais les maigres résultats indiquent que le développement de l'idée n'était pas le premier souci des gouvernements. L'est-il devenu depuis qu'on excave régulièrement de notre sol des filières salafistes prêtes à tout ? Evidemment, les yeux se dessillent. Et nous ne pouvons que pousser à la roue.

Sur quoi autrement fonder une cohésion des générations montantes dès lors qu'il n'y a plus aucune valeur transversale autre que celles de la morale naturelle que les familles ont bien du mérite à maintenir ? L'expression "valeurs républicaines" est un slogan de préau que Denis Tillinac avait démonté dans Valeurs Actuelles (n°4082 du 19 février 2015) et ne veut plus rien dire depuis que ses principes essentiels, laïcité, égalité, liberté sont battus en brèche par les pouvoirs successifs, aux fins de quoi on se le demande encore ! A faire le tour des valeurs reconnues par notre jeunesse, on s'aperçoit tout simplement qu'il s'agit de valeurs chrétiennes qui ne disent pas leur origine mais qui font consensus. D'aucuns seraient bien étonnés de voir leur monde personnel ainsi requalifié par la charité, l'entre-aide, la fidélité en amitié, la modestie, l'amour de leur prochain qu'ils manifestent naturellement, une exigence de justice intègre, prudence dans ses choix, assez de force pour brider ses excès, sans parler de l'enthousiasme de l'âge. Rien de ré-pu-bli-cain !

Nous, royalistes, sommes mieux placés que d'autres pour avancer l'idée saugrenue que la cohésion sociale et particulièrement celle de la jeunesse est grandement facilitée par la projection mentale d'un modèle accessible dans l'avenir, par l'affect convoqué au milieu du peuple par une famille régnante, en laquelle il est facile d'identifier son propre destin. Comme le disait à mon père une Dame des Halles de Paris qui, avec les Forts, ouvrait un cortège d'Action française dans les années trente : "Avec un roi, nous aurions au moins quelqu'un à aimer !". Une cohésion sentimentale peut être forte. On l'a vu aux jours anciens des mobilisations générales. On la connaît dans les monarchies du Nord.

L'art moderne est aveugle !
Si les Français étaient hier trop fiers de leur "citoyenneté" pour oser l'échanger contre la douce "sujétion" à un roi, ils constatent aujourd'hui les ravages sociaux du concept purement cérébral d'une République en plâtre qui n'existe plus que dans les discours officiels. Pour en finir avec la rouerie des élites politiques qui ont confisqué partout la démocratie, l'idée commence à germer de jeter le régime en décharge et de reconstruire nos institutions sur du neuf. Toute la gauche dure en a fait son leitmotiv en appelant de ses vœux une VI° République ; on ne sait trop ce qu'en pense la droite dure qui semble être aux aguets avant d'être aux abois. Les autres formations dites de gouvernement se savent la cible de cette révolution de la démocratie directe et des référendums. Les dérives autoritaires du pouvoir actuel nous disent que c'est le moment, c'est l'instant. Le totem au pied pourri craque sous le vent du mécontentement. Il faut pousser plus nombreux.

A nous donc de saturer l'espace en expliquant que le modèle neuf préexistait, qu'il fut éprouvé et certifié, et que replacer au mur l'image aimable d'un souverain vivant serait plus efficace à faire converger la diversité de notre jeunesse vers un projet commun qu'une Marianne un peu stupide qui vous fixe de ses yeux morts dans la salle des mariages de la mairie où personne ne va plus. Faut-il encore que la démonstration soit intelligible et que le projet commun soit bien défini et crédible. C'est un des plus grands défis qu'affronte la cause monarchiste en France : faire simple et convaincant.

Les princes y aident-ils ? Sans doute aucun, leur discours étique et convenu laisse le champ libre à toutes les simplicités confortables dans un monde de complications². Ils ne me semblent d'ailleurs pas impatients à les analyser, à nous d'y pourvoir. Monarchisons le domaine régalien disponible et tenons-nous y !


(1) cf. Le Monde du 9 mars 2015
(2) L'entretien du prince Louis de Bourbon au Télégramme du 29 mai 2015 signale néanmoins le refus catégorique des mesures attentatoires à la vie et à la famille, et accessoirement cantonne la maison d'Orléans dans ses espérances philippistes.

Communiqué de l'Association pour le Souvenir de la Chouannerie du Maine

PROGRAMME DU QUATORZE JUILLET 2015

La traditionnelle promenade du 14 juillet de la Chouannerie du Maine se déroulera autour de Flers de l'Orne sur le thème de la Chouannerie Normande et conduira ses participants à travers le bocage sur les traces de Frotté, de Commarque, de Mandat, de Michelot Moulin et d'autres...

Le départ sera donné à 9h30 devant la gare de Mayenne après organisation éventuelle des co-voiturages.
Au programme : château de Torchamp, château de la Bérardière, château de Flers, églises de La Lande Patry, de Monsecret, de Chanu...
Repas tiré du sac en forêt vers 12h30.

Merci de confirmer votre participation à Yves Floc'h, secrétaire général de l'association par message chez ediregoatorangepointfr


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