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lundi 22 juin 2015

II.- Race, langage

Nous continuons aujourd'hui notre cycle "Patrie" commencé le 8 juin, destiné aux jeunes militants et à ceux qui iront au CMRDS 2015*, à partir des cours de philo d'André Bridoux (1893-1982). Voici la deuxième des quatre lectures espacées de quinze jours.

I.- Terroirs et frontières
II.- Race, langage
III.- Coutumes et communauté
IV.- Patrie et humanité

- billet 1949 remplaçant le 5000 francs Union française des 4 races -

Préambule

Nous avertissons le lecteur qu'il n'y a pas de "race française" au sens commun, mais que cette expression est une convention dialectique pour distinguer cet assemblage jusqu'ici réussi de peuples divers. D'ailleurs les rois parlaient à "leurs" peuples. A partir d'ici, c'est du Bridoux pur (sauf les ndlr).


21.- La race

On a pu soutenir que la communauté de race est à la base de la patrie, que les hommes se sentent unis dans la mesure où ils ont conscience d'appartenir à une même race dont ils sont dépositaires, et dont ils doivent assurer la permanence ainsi que la pureté. Ce point a été et est encore vivement discuté (le texte est de 1944).

Il est certain qu'on trouve dans le monde de grandes divisions : race blanche, race noire, race jaune, que ces divisions se traduisent par des différences profondes dans les sentiments relatifs à l'origine, au destin, au patrimoine commun ; certain également que l'affinité du sang crée des liens entre les êtres et que des sols différents façonnent des hommes différents.
Plusieurs historiens ont donné à cette notion de race une grande importance. Augustin Thierry voit dans l'antagonisme des races une des causes essentielles des événements. L'Histoire de France d'Henri Martin, qui eut une si grande diffusion, est inspirée de la première à la dernière page par une idée unique : la permanence de la race et de l'esprit gaulois. "La France moderne, l'ancienne France, la Gaule sont une seule est même personne". De ce point de vue, un patriotisme ethnographique deviendrait concevable. Ces idées ont trouvé leur expression la plus extrême dans le livre de Gobineau (Essai sur l'inégalité des races, 1854) où la notion de pureté de race se trouve exaltée.

On peut penser avec Renan que la race a joué un certain rôle à l'origine des sociétés ; mais ce rôle n'a jamais été absolument déterminant, et son importance a beaucoup diminué à mesure que le monde se compliquait et que les populations se brassaient. Observons d'ailleurs qu'il est impossible scientifiquement de définir la race pure.

Aujourd'hui, l'origine des races se perd dans les ténèbres incalculables. Depuis les temps préhistoriques, les mélanges ont été si nombreux qu'on ne saurait raisonnablement trouver de ce côté aucune indication précise pour tracer la frontière de deux peuples. L'ethnographie ne peut avoir aucune application politique.
Ndlr : Les moyens scientifiques récents fondés sur les génomes, après l'avoir été sur les groupes sanguins, permettent de situer des agrégations territoriales, de suivre aussi des migrations sur l'espace et dans le temps.

- en français du Québec -


22.- La langue

La langue, qui est en affinité avec la race, représente un des signes majeurs et un des éléments essentiels de la patrie. Il tombe sous le sens qu'une patrie c'est la maison commune d'une famille dont tous les membres se comprennent. L'étranger se reconnaît naturellement à l'impossibilité de comprendre et de se faire comprendre ; c'est un fossé profond.
Une différence de langue crée de grandes dissemblances entre les hommes ; inversement, l'unité de langue est toujours une condition favorable à la formation de l'unité nationale aussi bien qu'à l'éclosion du sentiment de la patrie. C'est à juste titre qu'on parle de langue maternelle. La langue est bien plus qu'un moyen d'expression ; elle est créatrice, formatrice. Une langue donnée crée une représentation du monde particulière, et, grâce aux mots dont elle les enveloppe, donne peut-être leur principale réalité aux objets que nous distinguons. La langue crée en grande partie les sentiments, leur donne forme, consistance, les revêt d'une tonalité spéciale, les révèle même à la conscience des individus. Nous allons tous du langage des sentiments à leur réalité et nous avons l'expérience du déchet qui se produit malgré tous nos efforts de traduction, quand on passe d'une langue à une autre.

La formation de la conscience est liée de beaucoup plus près qu'on ne croit à l'apprentissage de la langue nationale. C'est dans la langue que se capitalisent les œuvres des grands écrivains qui forment une partie si précieuse du trésor de la patrie. C'est par la langue que pénètrent en nous les souvenirs de nos ancêtres et le passé de notre pays. Il faudrait mentionner ici le rôle si important de la tradition orale qui enjambe les générations, même les siècles, et qui fait sentir de la manière peut-être la plus émouvante, la continuité de la patrie. La langue forme ainsi le lien entre les générations successives, elle est comme une mémoire permanente et collective des grands événements, des grands hommes, des traditions, des chants, des histoires, des légendes qui sont si importantes à l'origine de toutes les patries. Le langage joue un rôle plus grand encore comme trait d'union entre les générations successives que comme moyen de communication entre contemporains.

Malgré tout, la frontière linguistique n'est pas absolument déterminante des frontières de la patrie. Des pays différents comme l'Angleterre et l'Amérique ont une même langue ; mais la Belgique en parle deux, la Suisse en parle trois. Il faut toutefois reconnaître que si la Suisse paraît s'accommoder de la diversité des langues, la Belgique n'est pas sans en souffrir. On peut d'autre part observer que la communauté de langue prédispose toujours les peuples à des relations amicales. Nous connaissons tous par exemple les bons rapports qui existent entre les habitants de la Suisse romande et leurs voisins français.

Ndlr : Aussi fort que le liant linguistique est la communauté d'us et coutumes ; ce que nous aborderons dans la troisième lecture.


(*) Camp Maxime Real del Sarte organisé chaque été par l'Action française depuis 1953. On dirait aujourd'hui "université d'été".

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4 commentaires:

  1. Entendu un clando de Vintimille qui disait : "Je suis francophone, la Fance c'est mon pays, j'ai le droit d'y rentrer" .....Euh, pas d'accord!!!!!!

    Et le deuxième pays francophone du monde, ce n'est pas le Quebec, c'est l'Algérie....

    Pardonnez moi de découpler langue et identité!!!!!

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    1. Je vous avouerais que j'ai plus d'affinités avec un Malien ou un Ivoirien qu'avec un Grec d'aujourd'hui. Est-ce grave, docteur ?

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  2. Non tant qu'il s'agit d'un reliquat de nostalgisme d'un passage par l'Infanterie Coloniale....

    Et depuis Scipion le latin (et ses dérivés) est une langue africaine

    Moi je suis passé par la BFA, vous comprendrez donc que mes affinités vont surtout vers le Nordland....L'Allemand ça s'apprend vite, on a ça en nous: on descend de Clovis, non ?!!?

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  3. J'ai fait un an de barrette chez les Schpountz mais bien des cadres du régiment avaient été reversés par dissolution du 7è TA - le régiment qui combattait en cravate - et mon adjoint venait d'une compagnie méhariste. Tous furent bons camarades.
    Après dans mon boulot, j'ai eu des Schleuh comme patrons et comme assistantes (dont deux souris grises), puis comme fournisseurs. On n'en sort pas. Mon grand résistant de père ne jurait que par Mercedes-Benz !
    On devrait apprendre ici la langue de Goethe en première langue vivante obligatoire et le pidgin english comme seconde langue, toujours obligatoire d'ailleurs. C'est très facile, tout mélanésien le maîtrise en six semaines.

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