samedi 29 mai 2021

Ryanair #FR4978

carte d'Europe orientale

Quelle mouche a donc piqué le satrape Loukachenko pour engager un Mig-29 de la chasse biélorusse pour faire poser le Boeing 737 de la Ryanair alors qu'il aurait suffi de le taper avec un missile Buk depuis le sol, comme ont pu le faire au Boeing 777 du vol MH17 de Malaysia Airlines les séparatistes russes du Donbass en 2014, sinon les Ukrainiens en 2001, qui ont descendu le Tel-Aviv-Novossibirsk de la Siberian Airlines au dessus de la Mer noire ? En plus, l'incinération de l'opposant Protassevich aurait évité les désagréments de sa détention sous l'œil inquisiteur de la communauté internationale à qui l'on offre un levier puissant de sanctions ciblées contre les protagonistes officiels du régime. A noter que « l'alerte à la bombe du Hamas » offrait le début du commencement d'un motif pour descendre l'avion menaçant.

On me dit dans l'oreillette que le KGB de Minsk voulait récupérer ses deux agents sous couverture présents derrière le siège de la cible, agents dont la mission ne pouvait être autre que de finir le dissident à Vilnius au cas où le détournement aurait échoué. Il n'y avait pas besoin de serrer de près Protassevich confiné dans un avion de la Ryanair si l'avion obéissait au Mig intercepteur, donc... CQFD : ils ne changeront jamais !

La Biélorussie, qui bénéficie d'une position avancée dans la géographie de l'Union européenne (voir la carte), est un pays qui s'en sort plutôt bien et qui n'a nul besoin des peines, soins et conseils d'Alexander Loukachenko pour avancer. Elle travaille entre deux grands marchés solvables, l'UE et la Fédération de Russie, qui sont clients et fournisseurs, c'est selon. Ce pays a donc un avenir, une industrie un peu ancienne, une agriculture exportatrice en kolkhozes, un système de santé performant et des salaires presque corrects pour la zone de référence (salaire mensuel moyen 2019 à 523$ selon la Banque mondiale). Dans ce futur paradis, les gens sont mécontents ! Jusqu'à décréter la grève nationale le 26 octobre 2020 et faire sortir le satrape en ville, armé d'une kalashnikov, pour qu'on ne lui fasse pas le coup de Ceaușescu ; des fois que l'état-major ne lui échappe. La révolution de couleur aura lieu au moindre affaissement du soutien russe, pour toujours la même raison : les gens et les jeunes surtout, ne se satisfont pas d'un avenir matériel mais aspirent à une liberté de penser et de mœurs qui croise à angle droit le dogme matérialiste hérité de l'Union soviétique.

Justement, les clés de l'avenir biélorusse sont au Kremlin, où les apparatchiks se seraient bien passés des dernières frasques aériennes du cousin retardé, qu'il va falloir soutenir jusqu'au bout du ridicule. Mais Poutine n'a pas le choix (voir à nouveau la carte). La Biélorussie est un partenaire naturel de l'Union européenne, plus que l'Ukraine ou la Géorgie, parce qu'elle est mitoyenne de la Pologne (avec un minorité polonaise chez elle), de la Lituanie et de la Lettonie, sans parler de l'Ukraine occidentale sur laquelle elle est posée et qui est carrément passée à l'Ouest à partir de la rive droite du Dniepr. La Biélorussie est le dernier carré de résistance russe à l'avancée fantasmée de l'OTAN. Mais comme Poutine n'est pas très sûr du régime pétrifié, et du satrape playmobil encore moins, il propose avec insistance l'anschluss à Minsk, afin de consolider les fortifications qui tiendront à distance respectable la démocratie fatale ! Loukachenko est un poids, pas si mort que ça, mais un poids mort quand même pour la politique extérieure du Kremlin. Mais il n'entend d'aucune façon laisser sa place à un pouvoir plus "cool" qui éviterait l'insurrection générale. C'est le dilemme russe : s'en sortiront-ils par une diagonale du fou dont Poutine a le secret ? A la place du Biélorusse, j'y regarderai à deux fois avant de m'engager sur les clous ou de boire n'importe quoi ! Quoique ! Assad, l'autre bâton merdeux* du Kremlin, a bien été confirmé dans sa fonction de bonde d'évier ! L'un et l'autre ont programmé leur fils dans leur succession. Poutine n'en a pas. A suivre.

Sur Royal-Artillerie, le "bâton merdeux" est défini par ce qu'il est plus facile à prendre qu'à lâcher.

lundi 24 mai 2021

Éphémère ou permanent ?

tête d'éphémère

Dans moins d'un an, nous assisterons à l'événement majeur de la Vè République, l'élection du président. La cohue des faquins, coquins, demi-habiles et montreurs d'ours se rue déjà au loto électoral avec, disons-le, le renfort de quelques sincères et compétents hélas écrasés par le tapage des Nuls. Depuis que l'affaire fut gagnée par un chef de rayon des Trois Quartiers en 2012, tout Français ambitionnant de gérer le Franprix de son quartier s'estime capable de remporter la timballe. Existe-t-il un autre mode de désignation du chef de l'Etat qui nous priverait d'un satrape à sequins, tout à sa vanité d'arroser les gens de tous âges et conditions avec leur propre argent, afin d'accentuer l'empreinte de son sourire dans leur cerveau reconditionné ? Oui.
En 2012 justement, un plaidoyer pour la monarchie héréditaire fut publié sur le site orléaniste officiel de La Couronne de Guy Adain, site aujourd'hui remplacé par Le Courrier Royal. Le professeur de philosophie Van Ommeslaeghe y déploie les arguments essentiels en faveur de cette transmission automatique et il serait présomptueux d'emplâtrer ses explications d'un commentaire qui l'alourdirait. Le voici meilleur que paru jadis :


fleurdelis

L’objection la plus courante à la royauté est la transmission héréditaire du pouvoir. Qu’est-ce qui assure que le fils aura les qualités du père, nous dit-on ? L’intelligence politique n’est pas inscrite dans les gènes. Imaginer cela serait aussi stupide que de croire qu’avoir fait l’ENA est un gage de cette intelligence politique. Si nous pensons que l’hérédité est une forme préférable de transmission du pouvoir, c’est pour trois raisons. Tout d’abord il s’agit de soustraire la désignation du chef de l’État à la discussion et à la contestation.

Blaise Pascal écrit : « Les choses du monde les plus déraisonnables deviennent les plus raisonnables à cause du dérèglement des hommes. Qu’y a-t-il de moins raisonnable que de choisir, pour gouverner un État, le premier fils d’une reine ? L’on ne choisit pas pour gouverner un bateau celui des voyageurs qui est de meilleure maison. Cette loi serait ridicule et injuste ; mais parce qu’ils le sont et le seront toujours, elle devient raisonnable et juste, car qui choisira-t-on ? Les plus vertueux et le plus habile ? Nous voilà incontinent aux mains, chacun prétendant être ce plus vertueux et ce plus habile. Attachons donc cette qualité à quelque chose d’incontestable. C’est le fils aîné du roi : cela est net, il n’y a point de dispute. La raison ne peut mieux faire, car la guerre civile* est le plus grand des maux.»

C’est que la contestation de la légitimité du chef de l’État n’affaiblit pas seulement celui-ci, mais affaiblit aussi l’État et donc le pays tout entier. La transmission héréditaire de cette charge résout cette question.
D’autres procédures, dira-t-on, la résolvent aussi. Le tirage au sort par exemple, que pratiquaient les Athéniens. Mais, il est un autre avantage que procure la transmission de père en fils, c’est l’amour filial. Un président de la république, quel que soit le temps qu’il occupe ce poste, n’est qu’un intérimaire qui laissera son siège à un étranger pour lui. Un roi passera le flambeau à son fils. Au premier, il faut beaucoup de vertu pour ne pas profiter, aux dépens de l’État, d’une situation de pouvoir précaire. Une telle vertu est rare. Au second, l’amour filial dictera d’embellir le patrimoine, l’État, qu’il léguera à son fils. Cet amour filial est répandu, plus que la vertu désintéressée dont un élu doit faire preuve. C’est que nous souhaitons tous transmettre à nos enfants un peu de notre œuvre sur terre, pour continuer à vivre grâce à eux, non pas biologiquement, mais spirituellement. C’est ainsi que l’homme peut atteindre l’immortalité, nous dit Platon, dans Le Banquet.

Ainsi, là où la République demande une vertu surhumaine, la Royauté fait fond sur la nature humaine. Reste qu’on peut objecter, sans doute, que tout cela ne garantit pas la compétence du roi. Bien sûr ! Pas plus que l’habileté à se faire élire, c’est-à-dire à plaire au peuple, n’est gage d’aptitude à le gouverner. Mais pour apprendre l’art politique, vaut-il mieux une école d’administration, l’apprentissage de la rhétorique ou l’exemple quotidien du gouvernement qu’un roi donne à son fils ? La connaissance des rouages de l’État est-elle meilleure lorsqu’elle est théorique ou lorsqu’elle découle d’une pratique quotidienne depuis l’enfance ? Dans tous tous les métiers on constate une forte transmission du père au fils. Pour les professions libérales, on conçoit que des questions financières entrent en jeu. Mais pour les cheminots, les artisans, les enseignants ? C’est que l’affection pour le père diffuse inévitablement sur le métier qu’il exerce ; que sa fréquentation dès l’enfance, l’exemple paternel, donnent de ce métier une connaissance qu’aucune école ne peut donner. Il n’en est pas autrement pour un fils de roi. Nul ne sait s’il sera compétent, mais son éducation, la fréquentation et l’exemple de son père, sont les meilleurs atouts pour qu’il le soit. L’apprentissage d’un roi commence dès la naissance.

Grâce à la transmission héréditaire de la couronne, on évite la contestation quant à la légitimité du roi ; on fait profiter L’État d’un sentiment humain répandu, l’amour filial, plutôt que d’exiger une vertu rare et difficile du chef de L’État ; on se donne toutes les chances pour que celui-ci soit le plus compétent possible.


Pierre Van Ommeslaeghe



Pr Van Ommeslaeghe


* la république électorale où luttent les factions rassemblées autour d'une majorité à 50% + epsilon est-elle autre chose que la guerre civile rampante de Pascal ?

vendredi 21 mai 2021

Meghan au pays des merveilles

Un billet people ne peut nuire à la santé quand on n'en abuse pas. C'est le jour de la duchesse. Miss Meghan Markle, duchesse de Sussex par son mariage avec le fils cadet du prince Charles d'Angleterre, est d'abord un châssis. Et quel châssis ! Celui de Diane chasseresse, enfin, une chasseuse de pigeon !

profil de Meghan Markle


La légende - certains la commence plus tôt que d'autres - la dit capricieuse, autoritaire avec le petit personnel, racunière, mais c'est sa gentille famille qui a ouvert le feu bien avant son mariage la traitant d'égoïste et d'ambitieuse sans scrupules ; son père, qui fit tout pour elle dans ses jeunes années, étant celui qui montra publiquement le plus d'amertume à se voir rejeté au fossé du chemin qui menait sa fille adorée à la ducature, parce qu'il avait une dégaine d'ivrogne. Quelle idée !

Meghan fut une actrice de série B qui passait sur le câble et sut tout de suite sortir du script pour jouer de son joli minois et d'un corps à deviner, mais ne fut connue qu'à partir de la série judiciaire Suits (costards), Avocats sur mesure. Elle épousa son compagnon du métier en attendant de trouver mieux ; et le trouva : un faraud de prince roux qu'il n'était pas besoin d'attendrir tant il chouinait sur ses conditions de vie au royaume de Grande Bretagne et sur les contraintes insupportables que le protocole de sa grand-mère de reine lui imposait. Une vraie pâte à modeler. Elle y prit goût dès le premier jour.

Pour partir du bon pied et faire bon poids sur la balance, la duchesse à titrer invita à la noce royale le gratin du showbiz californien, ou presque. Et d'aucuns, étonnés et ravis, avouèrent ne pas la connaître autrement que sur leur écran de télévision. C'est vache !

Harry, le pigeon, est le cadet contrarié. Après la naissance du fils de son frère aîné, il perdit la qualité de spare wheel du char royal. Secoué d'abord par la mort tragique de sa mère hystérique, abandonnée par son futur roi pour une fée Clochette passablement usée (et moche), il fut bridé ensuite dans son engoûment pour la chose militaire à la fois par la modestie de ses études, sa qualité de spare part, et en Afghanistan, par le danger qu'il représentait pour ses camarades de combat dès lors qu'il était lui-même une prise de choix pour l'ennemi. Finalement il s'en dégoûta et se mit à errer dans le quotidien d'un prince sans emploi mais avenant et bon camarade.

Meghan a su voir les possibilités de développement de son union. Elle rompit les ponts avec la vieille firme qui aurait - mais je ne le crois pas - un problème avec les génitrices à la peau mate et lui imposait un protocole désuet qu'elle ne comprenait pas, des voyages épuisants dans des pays pauvres sans avenir - quelle corvée ! le Commonwealth qui les accueillit appréciera ! L'autre faraud a tout gobé et elle lui a montré comment on savait faire de la monnaie en Amérique, après avoir tapé son beau-père de quelques millions de livres sterling pour s'établir au niveau attendu par le milieu du cinéma. De cadet de William, il est devenu le mari de Meghan, toujours le second de quelqu'un. Dans un deuxième entretien mélo-psychanalytique (après celui que Meghan avait accordé à Oprah Winfrey), Harry prend une heure et demie à expliquer son malheur d'être né dans le zoo Windsor et combien il se sent libre maintenant hors des fers de la monarchie (clic).

Il est ce qu'il ressent et nul n'est à sa place. D'aucuns dont je suis ont pensé que des responsabilités entrepreneuriales dans le seul domaine où il est diplômé, celui des hélicoptères, libèreraient le prince Harry de ses cauchemars, du moins en changerait-il pour découvrir ceux du compte d'exploitation, du bilan, de l'inquisition fiscale. Au lieu de quoi, il a essayé de dupliquer son association Invictus dans une fondation qui fera le bien, nommée Archewell, Compassion in action (clac) ; plus quelques cachets ou jetons ci et là. Mais ce sont des activités qui vous convoquent dans les magazines et sur les plateaux télé, pas vraiment l'ermitage qu'on a pu deviner au soir de la rupture avec son père.

Pour le moment, l'affaire tient la route même si le train de vie au château appelle beaucoup de monnaie. Mais il est quand même difficile de comprendre pourquoi les ducs de Sussex, fuyant les tabloïds anglais et le corset de Buckingham Palace qui attirait les paparazzi, se jettent au devant des caméras et micros californiens à première demande, en dehors de leur trip humanitaire. N'anticipons rien de la vie du couple ducal, Harry peut très bien accepter de commander en second et l'affaire durer jusqu'à ce que la mort les sépare. Il n'en demeure pas moins qu'un châssis prend de l'âge, les amortisseurs perdent de l'air et les ressorts s'affaissent. Que restera-t-il de la duchesse de Sussex dans vingt ans ? Comme pour tout le monde... ses défauts !
Harry Mountbatten aura-t-il été libéré entretemps de ses obsessions maternelles qui sont le prisme déformant de sa vie ? Il semblerait que la publication du rapport Dyson sur l'interview de sa mère et de Charles Spencer chez le journaliste-voyou Martin Bashir dans l'émission Panorama de la BBC en 1995, remette une pièce dans le juke-box et ravive sa propension au délire de traque qui le bouffe littéralement.

les ducs de Suissex

lundi 17 mai 2021

La bataille de Gaza

Tour Jala Gaza

Le monde a eu le souffle coupé par la déconstruction sur les écrans télé de la Tour Jala abritant l'Associated Press et la chaîne qatari al-Jézira à Gaza. Le motif de l'occupation des sous-sols par les activistes du Hamas n'est pas douteux, ces gens étant depuis toujours adeptes du bouclier humain. On monte les roquettes sous les écoles, les mosquées, les dispensaires. Tsahal a eu l'élégance de prévenir par téléphone que le site allait être rasé dans l'heure. Dont acte.

Savoir qui a commencé cette bataille, c'est perdre son temps ! Vers la fin de cette décennie la guerre fêtera ses cent ans puisque le pogrom d'Hébron fut perpétré en 1929 sous le mandat britannique.

Mais, comme il en fut au cours de "notre" guerre de Cent Ans, il peut y avoir des respirations, en musique on dirait un soupir, en météo des intervalles (quand le soleil brille), et ces moments ne devraient pas être gâchés par le harcèlement permanent des Palestiniens établis sur un mauvais cadastre ottoman par les colons iraéliens radicaux, comme on l'a vu une fois encore dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est au début de ce mois.
Mais est-ce encore utile de s'en préoccuper ?

La coexistence, et la collaboration économique qu'elle induisait entre citoyens israéliens arabes et juifs, est en phase terminale. La peur d'autrui est entrée dans les villes mixtes, et comme dans nos banlieues françaises, l'exode des uns va croiser l'exode des autres, une manière d'épuration ethnique contre laquelle aucune proclamation ne tient !

L'autre conséquence du désordre actuel est l'enterrement du projet à deux Etats. La Cisjordanie, qui est une prise de guerre du Fatah qui s'en repaît, ne peut être gouvernée par un Etat indépendant contre le vœu du voisin tout-puissant. Le Likoud soutenu par une majorité de citoyens juifs refusent les accords d'Oslo et la "solution". Mais en réalité, l'OLP ne peut pas gérer un territoire enclavé, mité par la colonisation juive et dont la ressource hydrique lui échappe en totalité. Le seul territoire palestinien capable de s'en sortir en étant indépendant, c'est la bande de Gaza qui a tous les atouts pour former une principauté philistine développée et prospère, après incinération complète du Hamas et du Djihad islamique, s'entend ! C'est en cours. Et peut-être que sur le Golfe persique, les sheikhs observent avec intérêt cette destruction d'un furocle iranien en terre sunnite, qui ouvrirait l'espace à de juteux investissements sur la dernière "échelle" du Levant.

Ceci ne résoud pas le dilemme cisjordanien. Le territoire occupé ne peut être annexé pour une raison démographique, ne peut être rendu au roi de Jordanie qui n'en veut pas, ne peut être décolonisé sauf à la marge, ne peut continuer longtemps comme un bantoustan... Dans un prochain numéro, nous soumettrons aux Nations Unies l'interdiction générale des religions et le pinard obligatoire.




La minute stratégique


Si le Hamas ressort vivant de la séquence, même diminué, il aura remporté trois victoires :
1.- Par tout le Moyen Orient, la Rue arabe, chauffée par les chaînes islamiques, va détester la normalisation offerte par les Accords d'Abraham au détriment de l'Autorité palestinienne impotente et bafouée ;
2.- Le consensus démocratique contraint entre Arabes et Juifs israéliens, qui avait abouti à l'entrée d'un parti arabe à la Knesset, aura volé en éclat au niveau de la rue ;
3.- Le silence de Mahmoud Abbas donne aux Palestiniens radicaux l'argument d'une pétainisation de l'Autorité palestinienne avant les élections générales.

Si le Hamas succombe et disparaît des écrans, il aura remporté une quatrième victoire confortant les trois autres : il entrera dans le martyrologue islamique.

Netanyahou n'a pas anticipé les conséquences directes de l'affrontement, sinon il aurait apaisé les points de friction après les Accords d'Abraham, surtout dans le domaine de la colonisation des territoires occupés, en faisant rapporter les lois israéliennes de captation du foncier vacant. Au lieu de quoi il a paradé comme s'il avait remporté la victoire finale et laissé la bride sur le cou des enragés. C'est un politicien du niveau du Sentier !

samedi 15 mai 2021

Paris piéton

Circule sur la Toile une carte du Paris médiéval, pour illustrer d'un côté et dénoncer de l'autre, la piétonisation des arrondissements à un chiffre de la capitale. Et on se plaît à superposer cette carte et le projet de la majorité municipale pour comprendre à la fin que la ville de Philippe Auguste n'avait pas anticipé une circulation automobile envahissante tant en passage qu'en stationnement. C'est ce que nous analysions dans un billet resté fameux chez le lectorat de Royal-Artillerie car illustré d'un taxi jaune, et dont nous recyclons aujourd'hui la section technique ci-dessous, avec la carte des enceintes :

Projet de réforme de la circulation parisienne intra-muros ?!


Préambule
(La codification est destinée à ceux qui veulent faire un Powerpoint)


Le trafic a deux origines : la circulation intérieure (C1) et la circulation de transit (C2).

Il y a trois types de trafics en surface : (T1) les déplacements des services publics de l'Etat (y compris celui des régies de transport), (T2) les déplacements des professionnels assurant des services à la population (artisans et livreurs), (T3) les déplacements individuels à titre professionnel ou privé.

Le trafic est assuré par cinq vecteurs : (V1) les flottes automobiles des services publics, (V2) les flottes commerciales et artisanales des professionnels, (V3) les flottes de taxis et transport à la demande (Uber), (V4) la circulation générale de voitures non dédiée, (V5) les une-roue et les deux-roues.

Le territoire parisien est formé de quatre zones : (Z1) la voirie de grande circulation (boulevards, grandes avenues et périphérique), (Z2) le fleuve et les canaux, (Z3) la voirie haussmannienne, (Z4) la voirie médiévale.

Un projet

(A) Sérier les trafics selon leur origine :

Le transit doit être détourné de Paris en améliorant les conditions de son contournement. En ce sens la neutralisation bienvenue des voies sur berges aurait dû être précédée d'un renforcement du périphérique (surtout au sud), dont le trafic de transit provincial et international aurait dû être déporté sur l'A86 et l'A104 depuis longtemps... si ce pays était gouverné. Mais clientélisme oblige, les grands travaux routiers ont souvent succombé à la préservation du confort de gens bien placés. Le bouclage de l'A86 ouest (de La Jonchère à Marnes-la-Coquette) et celui de l'A104 ouest (Ile de Migneaux) sont exemplaires à cet égard.

On ne doit pas confondre le transit et l'accès depuis l'extérieur. La banlieue doit continuer à entrer dans Paris parce qu'elle est en assure le fonctionnement quotidien.

- le Mur des Fermiers Généraux en bleu, la Barrière de Thiers en rouge -

(B) Associer les zones et les types de trafic :

Si les services publics et au public (T1 et T2) doivent aller partout sans restrictions, tout comme les deux-roues qui n'encombrent pas l'espace (V5), les déplacements individuels (T3) ne devrait pas permettre d'accéder à la voirie médiévale (Z4). Comme on ne peut trier rue par rue, il serait logique d'interdire le centre historique de Paris à la circulation générale (V4) et pour faire simple, sortir les six premiers arrondissements et la moitié est du VIIè du plan de circulation de la Préfecture, à l'exception des grands boulevards (l'ancienne enceinte Philippe-Auguste) permettant de le contourner et des quatre axes traversant à grand débit que sont le boulevard Raspail, les boulevards Saint-Michel-Sébastopol, le boulevard Saint-Germain et la Rue de Rivoli-Saint-Antoine. Les modalités d'accès et de stationnement seraient à définir, sans doute sur la base d'une gestion des plaques d'immatriculation.
La séparation du trafic professionnel et du trafic privé obligera à spécialiser les plaques d'immatriculation des artisans et commerçants en ajoutant par exemple un "SP" comme Services au Public). De même sera-t-il plus facile de contrôler les taxis identifiables par une couleur unique comme dans beaucoup de villes étrangères : le vert-wagon à toit blanc irait bien à Paris.

Il existe une zone concentrique à ce centre historique qui est délimitée par l'ancien Mur des Fermiers Généraux érigé jadis pour percevoir l'octroi. Des boulevards le remplacent aujourd'hui. Ils délimitent les arrondissements 8, 9, 10, 11, 12-ouest, 13-nord, 14-nord, et un peu du 15è et 16è-nord. Cette zone devrait être d'accès réglementé pour la circulation générale (V4) par le biais d'un péage modéré, exception faite des flottes de taxis et assimilés. Le reste du territoire qui représente plus de la moitié de la superficie de Paris serait libre d'accès comme aujourd'hui et le trafic fluidifié par tout moyen intelligent comme la synchronisation des feux en fonction de la charge de la voie.

(C) Régler le problème du stationnement en voirie :

Outre l'occupation plus ou moins illicite de l'espace public, le stationnement des automobiles en surface est une pollution. Comme dans certaines villes étrangères, il serait avisé de lier l'immatriculation d'un véhicule à Paris à la possession d'une place de garage. Il existe encore de la place pour construire des garages à voitures dans Paris ; il existe aussi des parkings-silos qui correspondent bien à l'utilisation sporadique d'un véhicule. Pour le reste, le stationnement resterait payant en journée avec relevé de la vignette Crit'air comme aujourd'hui.

[fin de l'extrait]

L'inquiétude légitime des commerçants, mais surjouée de l'opposition municipale, doit être apaisée par l'amélioration des transports publics existants dans leur amplitude horaire afin d'irriguer les zones de chalandise, et certainement aussi par l'introduction de moyens alternatifs comme les Sixteen-Seats de Hong Kong (copiés sur les dolmuş de Turquie). Peut-on espérer voir un jour ce "centre-ville" devenir propre sans la merde et les ordures qu'il devient impossible de nettoyer ? Les voies piétonnes sont d'expérience maintenues propres, tant par les services municipaux s'ils sont bien commandés (ce qui n'est pas le cas dans les arrondissements de Paris où les adjoints "Voirie" de la mairie n'ont aucune autorité sur le Labeur) que par les commerçants riverains ou les gardiens d'immeubles. Pour finir, voici le contour de la zone à piétoniser proposée par la municipalité :

plan du centre piéton de Paris

vendredi 14 mai 2021

Une cavale en commentaire

hautes Cévennes depuis les Plantiers


A moins de se prendre pour Sylvester Stallone dans First Blood, le tueur des Plantiers n'a aucune chance de traverser l'espace-temps de son crime et d'échapper à l'Etat lancé à sa poursuite. La traque menée avec des moyens colossaux - le général de corps d'armée de la Gendarmerie Browaëys dirige les opérations sur zone et chaque échelon veut son nom à l'affiche du dernier jour - pourrait bien aboutir sous quinzaine à la découverte du corps de Valentin Marcone, à demi rongé par les bêtes, dans une anfractuosité de la châtaigneraie. J'en demande pardon à son épouse.

Les hautes Cévennes offrent un habitat propice aux maquis, certes, mais la garantie d'y survivre n'y est offerte qu'à des groupes humains et pas à un homme seul, cerné de résidents hostiles et armés eux-aussi ; car le premier réflexe du pélucre, à l'annonce d'un tueur en fuite vers on ne sait où, est de graisser le calibre 12 et de sortir le chien. Oserons-nous dire que sur un territoire aussi coupé, fait de couvert par endroit très dense, les moyens héliportés sont inopérants, tout comme les patrouilles automobiles ? La carte Michelin est la n°80. Les sites remarquables sont d'ouest en est, la bosse du Mont Aigoual, la Corniche des Cévennes et la Vallée Française au-delà ; au sud, la zone de l'Asclier et la Montagne du Liron ; à l'est jusqu'à Anduze, le pays commence à être peuplé. Les zones vides (ouest et nord-ouest) au-delà de la zone patrouillée sont des causses pelés faciles à surveiller.

Le niveau de difficulté de la survie en zone d'insécurité augmente avec la satisfaction des besoins primaires. A moins d'avoir prémédité la constitution d'une base-vie au fin fond de la jungle avec vivres et munitions, les provisions s'épuisent, l'éveil et l'érection mentale diminuent. Impossible d'acquérir de la nourriture au fusil à cause de la détonation, sauf à avoir une carabine à air comprimé pour le lapin, sinon il faut être adroit à l'arbalète ou à l'arc de chasse, et cuire sa viande à feu discret. Il faut aussi de l'eau pour cuire les végétaux comestibles que les sangliers laisseront et ce n'est pas la saison des fruits ni des châtaignes. Aussi, à moins d'avoir fait le 13è Dragons, voire un vrai stage commando, il semble peu probable qu'un chasseur même suréquipé tienne longtemps la distance, surtout si sa psychomorphologie n'est pas favorable. En plus, d'avoir emporté un fusil à lunette signale aux poursuivants, non pas qu'ils sont des cibles à leur tour, mais que le prévenu est dans son "film". Une carabine longue à mouflon ne sert à rien dans cet espace.

Aux dernières nouvelles, le général de division Ott, commandant le groupement de Gendarmerie du Gard, réduit le pronostic à trois issues : (1) Marcone aurait percé l'encerclement ; (2) Il se serait supprimé en réalisant l'énormité de son geste ; (3) Il serait retranché dans la zone difficilement pénétrable de quinze kilomètres-carrés proche des Plantiers et attendrait un hypothétique assaut. Au quatrième jour de la traque, il apparaît que la Gendarmerie... ne sait rien ! S'il passe en Lozère, un troisième général arrivera au point de presse.

Ce billet a été retenu soixante-douze heures depuis le départ en cavale du tueur mardi 11 mai à 8h30, pour laisser à cette tragédie une conclusion favorable à la manifestation de la vérité et à la reddition du mis en cause, gardant à l'esprit son épouse, sa fillette et ses parents. De leur côté, les familles des deux victimes tuées sans raison apparente ont absolument besoin de comprendre.

Reste à connaître donc le motif immédiat du carnage à la scierie de M. Teissonnière et seul Marcone peut le donner. Pour le moment, dans la presse régionale, aucune thèse n'émerge sauf le pétage de plombs. Les chroniqueurs rebondiront sur les permis de détention d'arme délivrés à un chasseur/tireur sportif peut-être instable, ou plus que bizarre à ce qu'on dit au village où il avait multiplié les griefs à l'endroit des gens du coin. Bizarre, vous avez dit bizarre !

hautes Cévennes vers le Liron

Postscriptum libérateur :

Marcone s'est rendu ce vendredi soir à 19h25 au point de bouclage de Saint-Marcel de Fontfouillouse près de la vieille église, sur la commune des Plantiers, pas loin d'une piste que les chiens avaient marquée hier. Son bivouac venait d'être découvert ; poser les armes et venir tranquillement sur le chemin à la rencontre des gendarmes était la seule chose intelligente à faire.
Tout finit toujours par s'arranger, même mal ! (proverbe cévenol)
Avec un bon avocat, il prendra vingt ans et verra sa fille grandir. Luc Teissonnière (55 ans) et Martial Guerrin (32 ans) ont pris plus cher !

mercredi 12 mai 2021

Libérez la beuze !

Ce billet n'est pas moral. Non ! Il n'est pas immoral non plus. C'est un article a-moral, en ce sens qu'il définit des propositions visant à obtenir des effets en relation avec un but prédéterminé, obéissant ainsi à la maxime de Qui veut la fin, veut les moyens ! Oui, nous parlons du cannabis, sur lequel nous nous inscrivons pour la dépénalisation, parce qu'il n'y a pas de petite liberté, dans ce pays qui en a supprimé beaucoup à divers motifs, dont celui de la normalisation de nos mœurs et pensées. Ce billet n'est pas non plus d'actualité pour le meurtre d'un policier en Avignon, bien que ce crime odieux puisse hâter une réflexion sur le démantèlement des filières de trafic de drogue agglutinant à leur exploitation des racailles sans foi ni loi.

On sait que la tension est forte sur le marché du stupéfiant de base, l'herbe, et que la population cliente des réseaux de distribution à ciel ouvert ne cesse de croître, bien que moins vite qu'on ne l'entend dire. La France est pour une fois la première de la classe, en terme de consommation de cannabis en Europe. Elle compte cinq millions de consommateurs réguliers (par comparaison, les fumeurs de tabac sont dix millions), qui viennent sur quatre mille points de deal, ce qui permet déjà de comprendre la logistique engagée par les trafiquants. Le produit est une denrée commerciale d'avenir mais son commerce n'obéit pas à la loi de l'offre et de la demande. C'est un produit cher à prix fait, la variable d'ajustement est la quantité servie au point de deal. On peut développer en commentaires.

champ de cannabis

Deuxièmement, les réseaux de distribution de ce produit prohibé ont évolué bien au-delà de la contrebande de tabac blond et se sont structurés. Les chaînes d'approvisionnement sont aussi complexes que celles qui fournissent Rungis en légumes, et les gains obtenus de ce commerce ne sont plus dépensés en frime et bagnoles. Ils sont blanchis intelligemment, même si les marques allemandes restent prospères et les bordels de La Jonquera très fréquentés par les cadres moyens, mais hors de portée du petit personnel. Le Paradise aux cent cinquante "visages" facture au taximètre, plus les faux-frais et la vodka-Redbull. Même si c'est moins cher qu'à Genève, il faut quand même les sortir ! Si on a de l'essence, on peut continuer jusqu'à Barcelone, c'est plus chic, plus cher, sans être le défunt Sphynx du boulevard Edgard Quinet. Pour la danse du ventre, les grands patrons, eux, vont aux Emirats !

Le blanchiment de l'argent gagné sur l'herbe est diversifié ; et à travers des échoppes - un peu dans le style des trattoria parisiennes de la Ndrangheta - des bars spécialisés (à chicha ou non), des salons à barbe et autres services utiles, jusqu'aux boîtes à touristes de Pattaya ou Phuket, l'argent disparaît... mais existe !

Nous avons donc un marché porteur pour longtemps, des réseaux commerciaux de plus en plus affûtés sans besoin d'intelligence artificielle, une ressource inépuisable et sûre. Le danger est moins dans les effets des psychotropes sur le cerveau humain - après tout, la liberté est aussi celle de se foutre en l'air à contempler notre bel avenir - que de l'enracinement progressif de mafias locales sur le sol français, à l'image de l'Italie méridionale. On sait d'expérience que ces organisations italiennes finissent par planter une certaine respectabilité dans les projets d'infrastruture, le bâtiment, les services urbains, tout ce qui est indispensable à la vie d'une cité. On ne citera pas le ramassage des ordures communales et la gestion des décharges contrôlées, ce serait de la délation. Mais tout ceci n'est pas très neuf, le Milieu prospéra longtemps en France sur un faisceau d'activités borderline achalandées et sur le trafic de stupéfiants qui n'a jamais connu la crise. Les filières de cannabis ne sont pas la French Connection, mais il y a un début à tout ! Paradoxalement, à quelque chose malheur est bon :

La répression privilégiée par les partis démocratiques

Les politiques qui écoutent leurs électeurs sont pour l'attaque frontale du narco-trafic. Ils fourbissent leurs arguments moraux et sanitaires qui capteront le plus de voix possibles. En réalité, le retrait de l'Etat de quartiers entiers entraînant celui des commerçants privés, a vitrifié les cités, les a stigmatisées comme des zones de non-droit, sortes de zones franches abandonnées à elles-mêmes, et la fibre entrepreneuriale, motivée au début par l'accès aux biens de luxe à titre de compensation, a pris le dessus et sauvé l'espace économique restreint dans le plus pur style de l'Ecole autrichienne d'économie. Il n'y a pas de réel chômage en cité, mais ce n'est pas non plus l'Eldorado ! Il va falloir en tenir compte quand on décidera de bloquer ou réduire le narco-trafic sur les villes de banlieue, avant de détruire les filières de distribution de drogue douce. Chacun sait que l'on peut casser ce commerce de détail, si on le veut. Comme, entre parenthèses, coffrer tous les black blocs qui pourrissent la vie citoyenne. Les "embrasements" des cités sont surestimés par les chaînes hiérarchiques qui motivent ainsi une certaine prudence dans les interventions de leurs subordonnés pour assurer leurs carrières et les pensions futures. Mais c'est à la Justice à prendre ses responsabilités dans le traitement de ce furoncle social. Et il est possible que, d'une certaine façon, les juges au quotidien se vengent de la misère noire de leur institution par une certaine compréhension des débordements sociaux. Nous avons le plus mauvais système judiciaire d'Europe occidentale, le plus mal payé et le plus idéologisé à la fois ! A karchériser un jour les cités, il faudra commencer par là ! Comptez cinq ans d'abondements budgétaires prioritaires soutenus avant d'envisager l'assaut.

L'Etat (ou la société) sera-t-il capable de fournir des revenus de substitution aux cités, quel que soit le moyen d'y parvenir ? Au niveau des détaillants c'est gérable, les dealers de rue sont des smicards ou moins encore. Guetteurs, charbonneurs, nourrices, coupeurs et saute-ruisseaux n'ont que des revenus de complément. Cette ruche peut être détournée de la prohibition, d'autant qu'elle n'a aucune protection sociale et parfois le paie cher, très cher ! Ce sera déjà plus onéreux pour un gérant du point de deal qui peut se faire entre quatre et neuf mille euros par mois. Il gère les appros, les stocks des nourrices, la mise en rayon et la compta qu'il présente à première demande à l'échelon supérieur. C'est déjà un "métier". Valorisable ? Hum ! Au demi-gros et au gros, c'est impensable.
Une étude de 2011 estimait le nombre de grossistes en France à un millier, lesquels grossistes affuraient par an en moyenne chacun quatre cent mille euros net d'impôts. Il est peu de métiers dégageant une plus-value suffisante pour y prélever quatre cent mille euros de revenus nets. Pour ceux qui ne se sont pas encore établis dans le civil (hôtellerie, villages balnéaires exotiques, sociétés de sécurité, courtiers en produits rares, etc...) la tentation sera grande de se reporter sur des trafics parallèles comme la cocaïne, l'héroïne, la traîte humaine, la contrebande d'armes, toutes activités déjà en exploitation dans lesquelles les nouveaux venus devront s'insérer de force, à la tronçonneuse. Et on ne parle pas de Moufide Bouchidi, l'empereur du shit arrêté à Dubaï au mois de mars, qui fournissait cinquante tonnes de résine chaque année en France. Ces empereurs du crime ne sont pas récupérables par aucun dispositif de reconversion, en revanche, fortement adaptables à un marché ouvert de n'importe quoi à grosse marge, s'ils restent libres. Curieusement la saisie des comptabilités de filières à Chicago par exemple, donne les mêmes niveaux de rémunérations sur toute la hauteur de la pyramide qu'en France. Des gérants plafonnent à trente ou cinquante mille dollars par an ; la base qui prend le plus de risques est littéralement exploitée comme dans tout bon système capitaliste.

affiche Willie Nelson Green

La dépénalisation ou la légalisation de contournement

Les politiques sincèrement inquiets cherchent voies et moyens d'en finir avec cette lèpre sociale et font leur profit de l'expérience des pays étrangers confrontés au même problème. Nous ne discutons pas dans ce billet de la nocivité ou des effets sociaux de la consommation de cannabis. Sauf sur un point : les détracteurs de la dépénalisation arguent d'une mutation des envies du consommateur vers la cocaïne ou vers des drogues dures. C'est l'escalade. Même si on trouve toujours le cas qui va prouver l'escalade, on ne peut pas publier une statistique fiable de ce phénomène faute de population analysable, tout en sachant bien que le camé à seringue a fumé des joints plus jeune ! Néanmoins, à observer le marché américain, il faudrait creuser la question des débouchés du crack pas cher dans les Etats qui ont légalisé l'herbe.
Les marchés de stupéfiants sont compartimentés, tant en consommation qu'en distribution. Les filières sont différentes parce que les risques le sont aussi, et les clientèles également, même si on trouve de la cocaïne sur certains "fours" franciliens. Il y a deux cent mille cocaïnomanes en France et dix fois plus se font un rail de temps en temps dans une fête, mais ce marché de la poudre est incomparablement plus étroit que celui du cannabis. En outre, les filières de la cocaïne impliquent des cartels puissants et dangereux qui, à destination à partir du demi-gros, se dédouanent en passant la main à des personnalités huppées, du showbiz souvent. On n'est plus dans le monde du shit ! Tout le monde a en tête au moins deux noms connus, mouillés dans ce trafic. Abstenons-nous aussi de tirer des conclusions hâtives sur la perte de contrôle mental chez les assassins en puissance ou la perte d'attention au volant pour quelques pétards, elles n'apportent rien au débat, sauf de l'émotion !

Casser les points de deal est plus une question de volonté que de moyens - la police en tenue en est capable - mais tarir l'offre est une autre paire de manches. Quant à déraciner un jour une mafia, ce sera presque impossible parce qu'elle aura infecté les circuits décisionnaires, les édiles locaux et les marchés publics ; et nous allons faire semblant de croire que ce n'est pas encore le cas en France. Il faut intervenir avant l'enracinement. Jusqu'à plus ample informé, on n'a pas trouvé mieux que la dépénalisation de la consommation de cannabis et la légalisation de la production pour ruiner les filières et les tentations de capture de territoires où elles prospèrent. Les pays qui l'ont fait¹ s'en portent mieux et la banalisation du produit déprime les courbes de consommation. Il reste néanmoins des circuits d'approvisionnement parallèles pour livrer les catégories sociales exclues de la légalisation, dont les mineurs, et ceux livrant des psychotropes plus forts et plus chers. La dépénalisation aura aussi l'avantage d'extraire une partie conséquente de la politique sanitaire et de sécurité du circuit judiciaire, où sont atténuées trop souvent les responsabilités selon les appréciations contingentes, si tant est que les peines soient exécutées ou les contraventions payées !

La légalisation du cannabis ne règlera pas tous les problèmes d'insécurité et de santé publique comme par enchantement. Le marché, lui, existera toujours et il faudra le servir à prix attractif et dans les quantités demandées, sauf à vouloir maintenir un marché noir de complément si la ressource est insuffisante (c'est le défi qu'affrontent les pays dépénalisateurs) ; et surtout contrôler la nocivité potentielle des produits distribués, car la "beuze" d'aujourd'hui est bien plus forte que le "hakik" d'hier. Certaines résines du Rif à 40% de THC ont des effets approchant ceux de la cocaïne, dit-on chez les Stups marocains. Si l'imagination était au pouvoir, elle saurait favoriser de nouvelles filières d'approvisionnement à grand débit vers les bureaux de tabac qui sont en France les points de vente tout trouvés pour un psychotrope. Et y embaucher les spécialistes formés sur le tas. A moins, bien sûr, que l'Etat ne décide de s'y substituer dans une régie monopolistique sous statut, qu'il gèrera le plus mal possible évidemment, avec droits et taxes pour un prix final hors de prix, ce qui relancera la contrebande antérieure en faisant ressurgir les points de deal au pied des barres. On ne guérit pas la technocratie de sa bêtise, mais peut-être que pour une fois... ?



J'ai une question au fond de la classe : "Et le roi dans tout ça ?"
Justement ! Ce type de défi aux complications promises et aux intérêts croisés, parfois ou souvent (rayez la mention inutile) inavouables, ne peut être affronté qu'en conseil restreint de gens déliés de tout lobbying, agissant sur des chaînes courtes de commandement qui préviennent la dilution des intentions et permettent une réactivité en temps réel. C'est la définition d'un pouvoir monarchique tel qu'il s'exerçait jadis, avec peu de ministres - les gouvernements de Louis XV au grand complet géraient tout avec une douzaine de ministres et secrétaires d'Etat - peu de paperasse, les ordres étaient donnés à la voix. Il est vrai qu'on a de la peine à imaginer ça avec l'encrassement des rouages exécutifs actuels : réunion au Château, fuite-test de la mesure, évaluation de la réponse de l'opinion, communication du porte-parole et du ministre en charge, conseil des ministres pour validation, projet de loi, commission parlementaire, amendements, votes en assemblée, navettes, grèves en ville, relecture par les permanents du ministère concerné, décrets d'application ! Comme disait Paul-Eric Blanrue la semaine dernière : « Depuis plus de deux cents ans, la France n'a cessé de perdre en influence, de se réduire, de se "déliter" selon la formule du jour, au moment même où son Etat grossissait démesurément pour à la fin ressembler à un diplodocus - avec sa petite tête et son gros cul.» Le gouvernement de M. Macron est tellement sûr de foirer la légalisation qu'il freine des quatre fers sur les propositions de dépénalisation émanant de sa propre majorité parlementaire. Son Etat a un trop gros cul pour bouger !


Sources ayant servi à cet article :

- https://www.nouvelobs.com/justice/20210328.OBS41979/voici-le-classement-des-dix-plus-gros-trafiquants-de-drogues-francais.html
- Alain Labrousse, Géopolitique des drogues, PUF coll. Que sais-je ? n°3693, 2004
- https://www.cairn.info/revue-mouvements-2016-2-page-71.htm
- Christian Ben Lakhdar, “Le deal de drogues : un revenu complémentaire très risqué”, in C. Duport (Dir), L’intervention sociale à l’épreuve des trafics de drogues, ADDAP, Marseille, 2011
- https://www.lefigaro.fr/vox/societe/legaliser-le-cannabis-c-est-risquer-une-catastrophe-sanitaire-20190710
- https://www.liberation.fr/checknews/2018/06/04/combien-gagnent-vraiment-les-trafiquants-de-cannabis_1656457/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Trafic_de_stup%C3%A9fiants
- http://drugsinfo.canalblog.com/archives/2013/02/03/26297011.html
- https://fr.le360.ma/politique/cultivateurs-de-cannabis-une-amnistie-generale-pour-repartir-sur-de-bonnes-bases-238176
- https://photo.neonmag.fr/cannabis-6-choses-qui-se-passeraient-si-la-france-legalisait-la-marijuana-33538#legaliser-le-cannabis-qu-est-ce-que-ca-changerait-590354
- https://www.vaporisateur-cannabis.org/chiffres-consommation/
- https://www.growbarato.net/blog/fr/pays-ou-le-cannabis-est-legal/

>Note (1): cannabis légal au Pays-Bas, en Afrique du Sud (plus Malawi et Zimbabwe), au Canada, au Chili, en Uruguay. Cannabis médical légal en Australie, Allemagne, République tchèque, au Mexique, en Israël, Thaïlande, Italie, Nouvelle Zélande. Aux Etats Unis, dix états ont légalisé et trente autres se sont limités au cannabis médical. Le Danemark, le Luxembourg et le Royaume Uni autorisent les dérivés thérapeutiques (huiles, crèmes, pilules).



lundi 10 mai 2021

Dix mai MCMLXXXI...

...comme si c'était hier ! Un témoignage parmi tant !

Quand l'image apparut chez moi dans la lucarne bleue, je montais au bar corse de la Contrescarpe prendre la température. Les piliers de ce bouge avaient pour habitude de boire à la santé de Ian Smith, je n'ai jamais su pourquoi. Ils n'avaient pas voté pour le vainqueur. On y attendait du désordre, mais dans la quiétude de ceux qui savaient que personne n'oserait venir les emmerder "chez eux". Je descendis par après vers Maubert pour rejoindre par le quai le pont de Sully en direction de la Bastille dans l'idée de m'imprégner de cette soirée historique. La rue de Bièvre était déjà bouclée, et partout des cadres de la PP en gants blancs, contrôleurs et divisionnaires en grande tenue. Je pris le boulevard Saint-Germain déjà chargé de voitures klaxonnantes et me joignis aux gens nombreux qui faisaient comme moi. A la Bastille, c'était du happening, un peu de folie populaire, mais pas la même convivialité que sur le boulevard Saint-Michel treize ans plus tôt. Un camp avait gagné contre un autre, c'était clair. On sentait une revanche. Et la pluie débanda la fête.

roses mortes

Je suis rentré préoccupé parce que j'avais lu le programme commun de gouvernement, jusqu'à comprendre qu'au-delà des réformes sociales parfois nécessaires, on allait entrer dans une boucherie économique et financière. En fait, nous n'en sommes jamais sortis depuis. La nationalisation des banques allait signaler que le pouvoir se donnait les moyens de canaliser les phynances vers son programme anti-économique et déficitaire, vers les projets des copains (chacun son tour) et vers les caisses des partis de gauche. Ce qui fut le cas. La gabegie fut totale, l'incompétence récompensée et le Credit Lyonnais en mourut. Nous devenions la risée du monde libre, mais nous recevrions plus tard à Paris le grand lider Fidel Castro. La tentative de redressement de 1983 stoppa le désastre mais le déclassement du pays était acté, le mal était fait.

Il me restait du temps pour essayer de comprendre comment l'ordre ancien avait été balayé par des partis plus archaïques que lui. Et d'entendre en mémoire le premier ministre Raymond Barre appeler tous les quatre matins aux "sacrifices", au travail, à l'effort, quand en même temps il cassait des pans entiers de notre industrie - "Lip, c'est fini !" - au motif du pacte mondialiste qui promettait une zone globale de libre-échange où les pays se procureraient tous les biens et denrées nécessaires sans se préoccuper de leur provenance. Quelques-uns avaient gueulé au charron ; ils étaient rares ; Georges Marchais avait entendu le bruit sourd du désastre industriel. Il était bien le seul !
A côté de cela, les scandales minaient la réputation de la classe politique aux manettes, qui avaient poussé les électeurs à faire du neuf avec du vieux ! On sut plus tard que Monsieur Barre avait garé onze millions de francs suisses au Crédit Suisse de Bâle (info). Le numéraire évadé s'ajoutant à la valeur de la villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat estimée à quatre millions d'euros actuels, donne une idée du détournement de fonds spéciaux perpétré par le "meilleur économiste de France" et maire canonisé de Lyon.

Terminons cette commémoration par l'intervention à chaud de Raymond Aron devant Jean-Pierre Elkabbach au soir du 21 juin 1981, après le second tour des législatives. Tout y est, qui dénonce l'interminable guerilla à droite (en mai 2021 on savoure !) et annonce le changement de pied de 1983 à gauche.

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