samedi 14 octobre 2006

Kuehnelt-Leddihn

KLCatholique autrichien convaincu de la supériorité en toute choses de la monarchie, le professeur Erik von Kuehnelt-Leddihn passera la première moitié de sa carrière aux Etats-Unis et la seconde au Tyrol. Anti-démocrate fervent et distingué, il annonçait la couleur dès le début de sa veine politique en publiant en 1943 La menace du troupeau.
Sur le tard, il livrait encore en 1990, La gauche revisitée, de Sade et Marx à Hitler et Pol Pot, deuxième édition où il remplaçait Marcuse par le chef des Khmers Rouges.
Mais la bible Kuehnelt fut son Liberté ou Egalité de 1952. Il y oppose démocratie et monarchie en déployant un argumentaire impeccable sur la supériorité de la seconde. La monarchie n'est pas fondée sur le régime de la dispute des partis qui provoque les affrontements par décompte de nombres décrétés tous égaux et classés par opinions, ce qui ruine le foisonnement de la diversité sociale, mais elle s'emboîte génétiquement dans la matrice familiale et ecclésiale de la société chrétienne. A l'opposé de la forfaiture démocratique qui au prétexte de La Liberté bride les libertés ou les supprime, le gouvernement monarchique fabrique de la liberté par essence.

"The relationship between the King as 'father of the fatherland' and the people is one of mutual love".

Erudit, le bonhomme parlait six ou sept langues et en lisait bien plus. Il fut même professeur de japonais à l'université américaine Fordham. Il s'éteignit le 26 mai 1999, dans sa quatrevingt-dixième année. Sa bio est passionnante.

Nous présentons aujourd'hui Guerre et Monarchie, un opuscule moins connu qui nous a été suggéré par un forumeur de Vive Le Roy. On peut en cliquant là télécharger l'ouvrage, par courtoisie du Ludwig von Mises Institute d'Alabama.

Le chapeau de ce long article saisit déjà par sa fulgurance. Jaillie de Socrate, la bille du flipper rebondit sur la démocratie pervertie des Grecs, pour faire un tour complet de la Rome antique entre César et Dioclétien, et finir par l'évolution naturelle de la république de Weimar en tyrannie nazie.
Même un théoricien aussi soupçonneux que Theodor Herzl considérait la démocratie comme le plus vil des régimes pour la nouvelle Sion. Ceci dit, on entre dans le vif du sujet démocratique par ... le marquis de Sade.
Fin de l'apnée.

Les Lumières mettent le feu à la Montagne des charlatans, et l'escroquerie intellectuelle qui associe liberté et égalité, principes antinomiques, débouchera sur le règne de la seconde ; on approche de l'uniformité obligatoire, sameness dit l'auteur. Dans le même mouvement, la dictature de la majorité devient celle du nombre, qui va tendre naturellement sur l'unanimité (de façade au moins), au seuil largement franchi par la Terreur, du totalitarisme. Et la guerre dans tout ça ?

La guerre moderne découle de cela en ce que la Révolution française a inventé la Levée en Masse, prédisposant aux massacres de masse. Le mirage de la Horde d'Or renaissait, on allait étendre à l'ensemble de la Nation la solidarité de la tribu et pour ce faire, égaliser les consciences, former à la technique, endoctriner à la haine. On passait de l'armée de métier, formée de gentilshommes, vaillants manants, joueurs ruinés et parfois bandits en fuite, tous d'accord pour en découdre pour la solde, aux armées de conscription, formées de matricules combattant selon le règlement.

Les monarchies voisines de la Révolution furent submergées par les masses automatiques françaises brillament déployées par Bonaparte, et durent se résoudre pour survivre à accroître la ressource dans des modèles similaires. En réagissant ainsi, on lançait par toute l'Europe le militarisme qui en moins de deux siècles allait la dévaster. Les monarques eux-mêmes prirent la pose dans un uniforme militaire !

Mais le plus grave pour les nationalités européennes fut sans doute l'endoctrinement généralisé du soldat à la haine, ciment à prise rapide des unités de combat. La guerre de territoires devint rapidement un affrontement idéologique. Les deux guerres mondiales furent vendues aux peuples de l'Ouest comme la lutte du Bien contre le Mal, le bien étant indiscutablement la démocratie. C'est en conséquence de quoi les monarchies vaincues furent aussitôt abattues et dépecées. Quatre empires furent effondrés, le prussien, le russe, l'austro-hongrois et l'ottoman. Avait-on enfin imposé la paix perpétuelle au sous-continent ? La revanche des peuples centraux humiliés et abandonnés à la démagogie, allait être terrible.

Versailles et ses traités démocratiques semaient les germes d'une confrontation certaine en Europe, et Eric von Kuehnelt-Leddihn le montre parfaitement dans un de ses raccourcis dont il a le don.
"La destruction de l'empire des Habsbourg fit de l'Allemagne le vainqueur géopolitique de la Grande Guerre. N'ayant plus à ses frontières qu'une seule grande puissance, la France, elle allait vite comprendre que ses voisins de l'Est et du Sud étaient devenus des Etats en partie artificiels, en partie indéfendables militairement. Il serait bientôt temps d'en prendre l'avantage !"

Le pire résultat des guerres démocratiques modernes est leur incapacité à se terminer par un traité de paix permettant de repartir sur un protocole de confiance. Les haines populaires ne s'éteignent pas facilement, alors que la raison prend facilement son avantage dans les maisons dynastiques, la plupart du temps internationales. On y mesure de combien l'histoire a avancé à la fin du conflit et à quel prix pour la Nation. Les termes de la paix sont faits pour être acceptables par toutes les parties, et surtout pour protéger l'avenir.

En revanche, le peuple vainqueur et "souverain" veut toucher tout de suite les dividendes de sa victoire, le vaincu mûrit sa haine plus encore. Le fossé s'élargit. L'impossibilité d'un accord "populaire" conduit ...... à l'armistice. On est bien loin des traités de liquidation du Premier empire français qui se fit entre gens de bonne compagnie et affecta peu le territoire national. De nos jours on ne compte plus dans le monde "démocratisé" les lignes d'armistice à feu couvert.

La démocratie ou le démocratisme, découle d'une idéologie gnostique qui veut sauver le monde. Jusqu'en Irak ! La monarchie a une approche familiale des questions nationales. La famille est quelque chose de naturel, qui n'a besoin d'aucune impulsion philosophique, ne crée aucune religion séculière. Les intellectuels peuvent même la juger inférieure car trop simple.

Il faut lire Eric von Kuehnelt-Leddhin. Nous avons omis certains chapitres ; dont celui qui traite du dédain avec lequel les Alliés entreprirent d'écraser sous les bombes de la Seconde Guerre mondiale toute la culture continentale au motif d'éradiquer le Mal. Mais laissons-lui la conclusion (p.38) :

"Les guerres sont indésirables en toutes circonstances. La solution idéale serait un conseil de monarques chrétiens qui contrôlerait le Globe, ayant pris conscience que du fait des progrès technologiques, chimiques, physiques et biologiques, les guerres ont acquis un caractère suicidaire. Elles menacent la survie de tout le genre humain, bien qu'il n'ait aucun dénominateur spirituel commun. Non plus que les Nations Unies ou l'Union européenne d'ailleurs ! En ce qui concerne l'U.E., elle ne peut se vanter que d'un désir économique commun à devenir plus "prospère", voire d'une défense commune contre ses ennemis extérieurs. En cela elle pourrait porter sur ses armes l'image d'un porc-épic bien gras, une bête plutôt en sécurité dans son environnement naturel, mais sans doute pas un symbole convenable pour L'Europe."

2 commentaires:

  1. puis je mettre ce texte dans mon blog?

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  2. Désolé pour cette réponse tardive mais j'étais outdoor.
    Bien sûr, vous pouvez reprendre ce billet dans votre excellent blogue.

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