Affichage des articles dont le libellé est NATO. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est NATO. Afficher tous les articles

vendredi 5 avril 2024

Jubilé de diamant de l'Alliance atlantique

table du Conseil atlantique

#2257 - Soixante-quinze ans, ça fait un bail ! Qui aurait cru que l'OTAN survivrait à la chute du Mur de Berlin ? Pas grand monde, même à l'intérieur de l'institution. Le désarmement engagé pour toucher les dividendes de la paix convoquait de nouvelles missions, plus civilisationnelles, démocratiques voire écologiques. Les Américains, sûrs d'avoir vaincu définitivement l'axe du Mal, créèrent même un commandement allié de la transformation à Norfolk (ACT) pour mettre en musique le changement, et ils en confièrent la direction à un général français pour montrer qu'ils avaient tourné la page du French Denial.

La nouvelle Russie était invitée à rejoindre à Bruxelles une structure permanente de coopération dans la gestion de la sécurité du continent européen, le Conseil OTAN-Russie (2002-2022). Mais c'était sans compter avec les ambitions psychopathologiques des dirigeants de Moscou qui surent s'affranchir du chaos provoqué par l'effondrement de l'Union soviétique pour revenir à l'éternel impérial russe, faire chier ses voisins. La guerre inutile d'Ukraine a boosté l'Alliance atlantique à un point inimaginable, chaque membre ayant déclenché ses procédures de réarmement rapide devant la montée des périls orientaux. Mais ce jubilé est aussi le moment d'un affranchissement des Etats-Unis de la part de l'Europe atlantique, puisqu'il est devenu évident que l'affaire en cours est typiquement un conflit intra-européen et que les pays européens doivent y prendre toute leur part, qui, de vous à moi, n'est pas la moitié du fardeau mais plutôt les deux tiers. Quel que soit le prochain président des Etats-Unis, ce partage se fera et l'Europe aura une certaine vitesse acquise sur la voie d'un réarmement complet pour n'avoir pas à compter sur les stocks américains, des fois qu'ils soient au moment mobilisés ailleurs, sur leur côte ouest par exemple.

Le seul atout de l'OTAN jusqu'ici était de faire peur, de provoquer une peur panique chez ses adversaires potentiels. Le Nain maléfique du Kremlin ne cesse de déclarer qu'il ne veut pas attaquer l'OTAN quand ses affidés expliquent très posément que les vraies limites de l'empire russe sont celles qu'avait atteintes l'URSS. Quelle que soit l'intensité de la réorganisation attendue pour donner plus de place aux Européens dans les effectifs et les commandements alliés, le jubilé centenal fêtera une OTAN remontée à bloc, en capacité d'effrayer son principal contempteur, ce qui est la meilleure garantie de sûreté de nos sociétés. Mais elles devront accepter d'en payer le juste prix.

écusson brodé OTAN-NATO

lundi 12 février 2024

Europe, porte tes couilles !

Cet article #2238 est un billet d'anticipation.
Au soir du refus acté par le Congrès des Etats Unis de continuer à soutenir l'Ukraine sur l'injonction du prédicateur Trump, l'Europe occidentale pourra considérer que l'aube qui se lèvera chez elle sera celle du premier jour de sa libération. A l'image du calendrier républicain de la Révolution, l'Union pourra éditer le sien pour l'An I.

l'enlèvement d'Europe par Botero
( ceci n'est pas un boeuf ! )

Sur le fond, Trump et ses affidés de la House mais aussi bien des personnels du Département d'Etat (MAE) considèrent que l'affaire est intra-européenne et que les Etats Unis n'ont pas à tirer les marrons du feu pour que la Civilisation du hamac continue à se balancer mollement sous la brise des alizés en comptant ses droits sociaux d'une main, un verre de Daiquiri dans l'autre (avé la rondelle de citron). Au classement mondial des PIB, l'Union européenne pèse quinze trillions de dollars, derrière la Chine populaire (21,5) et les Etats Unis (26). Elle a donc toutes les bases nécessaires à sa propre défense et devrait faire la police à ses confins et sur tous ses atterrages. Les pays alliés non-européens (USA, Canada, Japon, Australie pour ne citer qu'eux) se demandent parfois ce qu'apporte l'Union dans la corbeille de la défense commune de l'Occident global. L'implication des Etats Unis dans la guerre de dislocation de la Yougoslavie s'est faite à contre-cœur entre les timidités du secrétaire général Boutros Boutros Ghali et l'énervement de la France et de l'Allemagne se positionnant chacune derrière son client, pour ne rien faire de plus au final que de proclamer au pupitre des hémicycles l'intolérable de la situation.

L'affaire d'Ukraine est le révélateur de l'impuissance assumée des pays européens. Se rejoue la posture de tutelle des Américains qui découvrent tous les jours depuis deux ans que leurs alliés européens sont à poil, capables de tenir juste le délai du pont aérien transatlantique acheminant les boys qui viendront se faire massacrer pour nos beaux yeux. Est-il nécessaire de développer ?

Non ! Sur ce blogue il fut toujours considéré que l'OTAN était le meilleur outil de défense en Europe et pour la France surtout, qui devait souvent s'en distraire pour défendre ses intérêts en Afrique ou en outremer. Le "meilleur" ne se comptait pas en chars, avions, obusiers. Le "meilleur" était gagé sur la terreur que l'organisation inspirait aux pays du Pacte de Varsovie, dont les cerveaux avaient été lessivés à cette horreur pendant quarante-cinq ans par le pouvoir soviétique. Le premier défi d'une armée est de faire peur. L'OTAN faisait peur et leur glaçait les os, ce qui les incita à y entrer au plus vite avant que l'ours russe ne se refasse une santé. La crainte inspirée par l'OTAN chez les Russes est devenue depuis lors littéralement "raisonnable". Elle se dissèque maintenant, elle se maîtrise, elle n'est plus un réflexe, une peur-panique. En cause, les hésitations qui ont suivi la déclaration de Joe Biden au début de l'invasion qui signalait à son opinion intérieure que pas un soldat américain ne mettrait le pied en Ukraine. On ne sort de l'ambigüité qu'à son détriment, disait le cardinal de Retz, et il fut acté par les dirigeants russes que la réassurance donnée aux parents américains constituait une garantie pour eux-mêmes. En fait, on en est toujours là.

un verre de daiquiri
( le daiquiri dans le hamac )
L'OTAN fait d'autant moins peur que les pays riches d'Europe occidentale ne savent pas convertir leurs industries en économie de guerre et s'avèrent au détail incapables d'attaquer. C'est tout bénef pour Moscou même si l'économie russe est en train de saigner ! Bloqué sur le front ukrainien, le Kremlin peut raisonnablement envisager de percer en Lituanie vers Kalinigrad par le corridor de Suwalki, en suscitant une insurrection des populations russophones "maltraîtées" par les nations baltes. Même si l'avantage d'une césure entre la Pologne et les Baltes n'est pas obtenue au final, l'opération spéciale au secours des pieds-noirs russes testerait en vraie grandeur la résolution des Etats Unis à taper fort pour les contrer, au risque d'embraser toute la Baltique orientale. Si Washington branle du manche, l'Union européenne sera convoquée à l'avant-scène d'une guerre probable sur ses terres, car la Russie changera de dentier pour celui de Dracula. Comment l'UE pourrait-elle s'y préparer ?

En cessant déjà de parler, et en mettant son économie en état de guerre dans l'optique d'un prochain engagement à outrance sans parapluie nucléaire. Où trouvera-t-elle les fonds ? Dans l'excès de prestations sociales et le coulage général des fonds publics. Comment y parvenir ne fait pas partie du débat dans cet article (on pourrait) mais la proclamation d'un état de siège permettrait de freiner les sabotages politiques et sociaux. Nous avons vu les délais parfois incompressibles de la mise à niveau de nos productions d'armement, si les Russes reprennent la Baltique orientale à l'OTAN, il sera déjà trop tard. C'est la conclusion à laquelle sont arrivés les dirigeants polonais qui n'attendent personne et réarment à fond faisant feu de tout bois.

Evitons de perdre du temps et de l'énergie dans les débats corne-cul de la "défense européenne à la française". Réarmons dans tous les compartiments utiles à la guerre qui vient. On verra ensuite comment se coordonner, mais les structures de commandement OTAN sont et seront disponibles à cet effet. Les Américains n'attendent finalement que ça, que l'Europe devienne adulte.

Ceux d'entre vous qui veulent obtenir une estimation réaliste de l'avenir européeen ne peuvent pas faire l'économie de l'expertise de Françoise Thom qui emboîte présent et futur russes dans un article remarquable d'intelligence, Déstalinisation et dépoutinisation du 10 février 2024. Vous y apprendrez aussi ce qu'il se cache derrière la campagne électorale de Boris Nadejdine. Le professeur Thom est la seule sur son créneau à synthétiser ses analyses hors des attendus habituels de la profession.

Bonus : un dommage collatéral au réarmement de l'Europe sera l'impact direct sur les usines exportatrices chinoises, par l'assèchement des moyens de surconsommation dû à la baisse inéluctable du niveau de vie. Ce que fera le Parti communiste chinois des millions de travailleurs débauchés sera intéressant à suivre. Quelqu'un à Zhongnanhai se mordra-t-il les doigts d'avoir soufflé sur les braises de la psychopathie du petit tsar qui a déclenché tout ce cirque ?


Postscriptum du jour

Si d'aventure le Congrès des Etats Unis réalisait la létalité de son détournement de l'Ukraine qui assignerait sa volonté de puissance aux caprices éphémères de sa politique intérieure, ce billet n'en garderait pas moins sa pertinence, le doute rampant d'un déni d'implication n'étant plus permis aux nations européennes. Amen.

jeudi 30 juin 2022

Impair, passe et manque !

Préambule d'actualité

Le sommet de l'OTAN à Madrid s'est achevé sur l'incorporation de deux pays neutres au commandement intégré de l'Alliance. La Suède et la Finlande ne font plus confiance aux locataires actuels et futurs du Kremlin et rejoignent l'Ost ! Ce sera dans l'histoire moderne la plus grosse défaite de Poutine que d'avoir fait avancer la ligne de crise sur sa propre frontière occidentale ; n'y était jusqu'ici exposée que l'enclave de Kaliningrad, qu'il avait fallu surarmer pour faire croire à ses habitants qu'ils étaient menacés par l'ogre Sam, ce qu'ils espéraient secrètement. La Turquie pour sa part, a obtenu la modernisation de son armée de l'air et la répression du parti communiste kurde en Scandinavie. On verra s'il elle a aussi les mains libres au Rojava syrien. Pour le moment elle s'affiche comme convoyeur de grains parce que le crédit russe ne peut pas laisser pourrir le grain ukrainien dans des entrepôts bombardés en même temps que s'annonce une famine au tiers-monde, dernier vestige de l'influence de Moscou sur terre, depuis son expulsion de la zone OCDE.

T72

Pendant ce temps ils ont bien du mérite, les blogmestres de la droite dure, de trouver une balistique stratégique à la guerre russe d'Ukraine. Si l'intention du petit csar est claire et répétée, pour ne pas dire assénée en continu, la non-prise en compte des collatéraux laisse accroire que le lt-colonel du KGB de Dresde n'était qu'un employé aux tampons, alors qu'il est un génie dont le dossier de canonisation avance dans les comptes bancaires du patriarche Kirill. Celui qu'une frange majoritaire de la droite française voyait jusqu'ici comme le saint sauveur de la race blanche né de la tradition la mieux ancrée dans les valeurs du passé, le dispute à Gribouille dans l'exécution de son projet ouvertement impérial. Il ne faut pas être très hostile pour prédire la ruine de l'ouvrage en faisant la liste des résultats attendus par tout ce que le monde compte de compteurs.

L'économie d'abord !

A la Noël russe, si une économie marchande de pénuries survit à la guerre par des échanges licites avec les grands pays émergents et la contrebande sur le marché du double-usage, elle aura perdu le marché de proximité de sa première valeur d'exportation : gas, pétrole, houille russes auront disparu des marchés européens et nippons. Certes ils pourront les revendre au tiers-monde, mais ces matières à prix d'ami se substitueront à des flux antérieurs qui par la force des choses devront être détournés où on les attend : le marché de l'énergie est à somme nulle dès lors que tout écart entre offre et demande est ajusté par le prix de marché. La Russie de M. Poutine aura diversifié sa production vers des pays tiers, moins solvables, moins disants. Et le Kremlin aura perdu son tout premier levier de chantage sur l'Europe, le plus facile, on-off !

Chat échaudé... les investissements étrangers dont la Russie a tant besoin pour relever le niveau de vie général de sa population, seront mesurés voire adossés à des garanties métalliques tels que les Etats en exigent des pays en guerre, surtout bien sûr s'ils en ont en réserves. Mais c'est moins l'argent que les connaissances qui se tarissent ; le transfert des technologies avancées est stoppé pour longtemps, les pays émergents n'y suppléeront pas. Le déclassement technologique de la Russie est affiché pour au moins deux générations ; ce qui va sortir les gens du Kremlin de la cour des grands. Trop d'usines sont à l'arrêt faute de composants ou de sous-ensembles pour que l'embryon d'industrie russe puisse redémarrer avec des alternatives chinoises ou indiennes (et à quel prix ?). En attendant ils clouent leurs avions au sol et ne livrent ni voitures modernes ni biens d'équipement domestique.

La force ensuite

On dit que la Russie bénéficie des stocks énormes de l'Union soviétique, suffisamment pour n'avoir pas à s'inquiéter de leur consommation dans le temps. Mais vu le taux de coulage des crédits militaires d'entretien depuis trente ans, nul ne sait, et peut-être le Kremlin pas plus que d'autres, ce qui est bon de guerre dans ces stocks et ce qui est bon de casse ! Et comment entretenir correctement une missilerie de précision sans les cartes électroniques de rechange ? En les faisant faire en Chine populaire au prix fort ? qui pis est, le produit est consommable par définition. Ils en reviendront - c'est déjà fait - aux missiles non guidables d'ancienne génération qui cherchent un effet de masse et de terreur sur des cibles au juger et maintiendront au plus haut niveau la réprobation de l'opinion internationale.

L'aviation russe ne combat pas, elle bombarde, et on aimerait voir ce que ses démonstrateurs de foire feront dans le vrai ciel contre des aéronefs occidentaux. Quant à l'arme blindée, elle semble inépuisable, moins quand même que les équipages qui n'en voit pas le bout. On est loin de la Percée de Sedan ! Les destructions sont impressionnantes (des deux côtés) même après deux gorgées de vodka.

La nouvelle stratégie ?

Les objectifs naturels de la Russie à son occident sont la rive gauche du Dniepr pour reconquérir la terre historiquement slave, et le corridor de Suwalki qui relie l'enclave russe de Kaliningrad à la Biélorussie occidentale par la Lituanie. Les trois pays baltes à forte minorité russe seraient alors coupés de l'Union européenne par la terre (mais pas par mer). A supposer que l'enclave ne soit pas devenue cible légitime de guerre et qu'ils y parviennent au prix de moults renoncements ou désaccords occidentaux, ce serait pour en faire quoi ? Pour battre la carte au mur de la baguette magique devant une assistance médusée ? L'Union soviétique revenue serait probablement dès lors ostracisée comme elle ne le fut jamais du temps de l'URSS et sa désorbitation conduirait certains pays comprehensifs à l'être moins, selon leurs intérêts bien compris.

Quelle joie s'emparerait alors des peuples ukrainiens et baltes libérés par la Russie, à reprendre les bonnes habitudes des queues alimentaires et des tickets de rationnement ! De la pénurie de tout et de tissus. Tous en gris dans la crasse de la Bêtise d'Etat ! Allez à la messe, c'est gratuit !

Comment tenir longtemps une position aussi exposée avec une économie effondrée sous perfusion indienne et chinoise ? Au prix exorbitant de compensations insoupçonnées jusque là. Les Indiens sont assez tordus et cupides pour extraire le meilleur avantage possible de la position de faiblesse de la Russie. Mais si on a parlé de la rive gauche du Dniepr, on pourrait maintenant parler de la rive droite de l'Oussouri et de l'Amour. Ce territoire dont les Russes sibériens ne font rien, faute de capital-risque et de courage au labeur, intéresse de plus en plus la Chine populaire dont la population du Dongbei piaffe d'impatience à mettre en valeur des terres autrefois chinoises qui leur manquent aujourd'hui.

En conclusion...

La guerre d'Ukraine n'est pas gagnée, loin s'en faut. Mais une chose est sûre, l'Europe réarme. Et ce réarmement se fait sur des armes de prochaine génération apportant aux pays décisifs dans l'affrontement une puissance de feu inégalée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. L'Allemagne projette à l'horizon de vingt ans la première armée conventionnelle du continent. Ils ont les usines à niveau et le savoir-faire. La France sera obligée de suivre, en distrayant des crédits de ses prestations sociales, sauf à disparaître de l'échiquier européen. La Grande Bretagne se saignera aux quatre veines pour tenir ses atterrages orientaux et le Détroit de Danemark qui la contourne. La clique mafieuse de Moscou n'aura plus qu'une réponse à faire, brandir ses ogives nucléaires. Bonne nuit les petits !

cul-de-lampe grenouilles

Que la paranoïa de Poutine apprenne aux chroniqueurs de tous les bords à ne pas se fier aux analystes payés au mois en matière de soviétologie et à laisser passer les vrais kremlinologues devant, qui eux, lisent entre les lignes, tendent les fils au bon endroit et comprennent l'état des lieux dans un monde complexe et irrationnel. C'est le charme russe ! Alors quand d'aucuns émettent un doute sur les qualités profondes de Poutine et déconstruisent sa mission salvatrice - qu'on lui paie des milliards - il serait prudent dans les rédactions de droite au moins, de lever un sourcil et de s'interroger. On en est moins ridicule ensuite, à chercher à rattraper le coup de manière fort piteuse, quand ce n'est pas de se jeter dans des théories du complot des services américains, des illuminatis et autres rose-croix qui font rire les gens sensés. Que cela serve !

lundi 6 décembre 2021

Zemmour aux Ecuries d'Augias

Le meeting de Villepinte fut un succès technique et politique pour le candidat Zemmour, y compris la râclée donnée aux agitateurs de la gauche encore active venus mettre le binz pour faire des images à colporter ! Le bretteur des plateaux est devenu un candidat présidentiable et un tribun, au costard coupé grand certes, mais c'est la loi du genre. Deux choses aujourd'hui, le défi, le programme.

En cas de victoire, le défi du président Zemmour sera d'affronter l'Etat de gauche. Depuis le gouvernement provisoire de 1945, la Gauche a investi l'Education nationale, les universités, plus généralement la fonction publique au niveau des cadres A et le service public d'émission. On entendra parler de troisième tour en boucle, la Gauche n'acceptant de victoires que les siennes. Que le peuple - ce fantôme, aurait dit Proudhon - choisisse son maître à droite qu'il ne sera déjà plus le peuple. Pour la Gauche, le "peuple souverain" est toujours celui qui défile de la Bastille à la Nation. Et ne parlons pas des ligues anti-fachistes qui naîtront du premier tour de l'élection présidentielle si Zemmour vire en second ou en tête. On a vu en 2002 se lever le rideau de fer contre Jean-Marie Le Pen. La "guerre civile" dont certains parlent tout le temps n'est-elle pas celle qu'ils aimeraient provoquer, si bien sûr d'autres qu'eux-mêmes se chargent d'y combattre.

Pour arriver jusque-là, il faudra aussi vaincre l'Etat profond qui va se mettre en branle aussi vite que monteront les sondages en faveur d'Eric Zemmour. Et les coups de ce bord ne peuvent être rendus, on le sait depuis l'accident de moto. La liberté d'opinion qui sévit dans notre petite Union soviétique nous interdit de développer. Du programme qui émerge lentement, rien ne me choque, mais il y manque le Guantanamo chiottien à la française. On peut en discuter sans tabou. Un exemple : le royaume de Danemark, peuplé de seulement cinq millions trois cent mille Danes, est plus sensible à la submersion démographique que d'autres. Il a parqué depuis 2018 les migrants indésirables et autres étrangers douteux sur l'île de Lindholm (source) en attendant leur expulsion. A noter en passant que c'est la reine elle-même qui, dans un discours remarqué en Europe et à Bruxelles plus encore, avait demandé en 2016 au gouvernement de durcir les conditions d'accès au royaume, et aux immigrés acceptés de se fondre dans la masse s'ils voulaient rester au pays (source).

Eric Zemmour

Le seul point de divergence entre Royal-Artillerie et M. Zemmour, mais il s'en remettra, est le retrait du commandement intégré de l'OTAN. Nous ne revenons pas sur l'intérêt d'en être, Sarkozy l'avait bien vu et ce blogue en a déjà parlé, mais sur la posture corne-cul gaullienne d'en être sans y être. En 1966, au motif d'une indépendance diplomatique et militaire adossée à la bombe atomique française, le président Charles de Gaulle sortit du commandement intégré, et la France paya le déménagement des forces atlantiques déployées sur son territoire (sauf pour trois agences industrielles où elle trouvait son avantage). Mais de préciser aussitôt que nous restions de fidèles alliés dans l'Alliance atlantique, dont l'article 5 est la cheville ouvrière. Supercherie gaullienne de plus ! Les accords Ailleret-Lemnitzer retiraient déjà nos troupes du front de Bohème. Nos partenaires occidentaux n'ont jamais accepté cette participation à la carte, un pied dedans, un pied dehors, d'autant que l'espace géographique français renationalisé diminuait considérablement les arrières du théâtre d'opérations. Tous les exercices OTAN postérieurs à cette décision furent dédoublés pour tenir compte de l'hypothèque du « French Denial », ce qui signifiait à tous que l'allié n'en était pas un, à quelqu'article du pacte qu'on se réfère. Et les dirigeants français ont accepté dans tous les exercices OTAN les deux hypothèses, signifiant s'il en était besoin, qu'ils ne viendraient pas automatiquement dans un conflit eu Europe occidentale. Cette félonie est encore présente dans les esprits anglo-saxons qui ont vécu cette époque.

Depuis 1966, l'OTAN a beaucoup changé, et depuis 2003 les Etats-Unis ne convoquent plus leurs alliés. Les pays guerriers sont désormais en Europe orientale et la profondeur de champ française est moins importante même si elle compte. On se battra sur la Baltique au lieu de reculer derrière l'Elbe. Il n'est pas sûr que les alliés acceptent à nouveau notre retrait du commandement intégré de concert avec la réassurance de notre implication dans l'Alliance. Beaucoup de pays pouraient exiger qu'on nous foute dehors carrément pour ne pas compliquer plus encore la stratégie européenne. Et nous serions seuls ! Complètement seuls. Je ne sais jusqu'où Eric Zemmour a creusé la question atlantique ou s'il a seulement repris une posture gaullienne qui lui fabrique l'image de l'homme de Londres. Il faudra cependant qu'il comprenne que le retrait du SHAPE ne sera pas une décision ponctuelle mais l'allumage d'une mèche lente qui va courir très loin, depuis nos usines d'armement jusqu'à nos outremers sans doute. Surtout s'il y ajoute des grâces envers le pouvoir poutinien et une certaine compréhension de la famille Assad. Il aura créé dix fois plus de problèmes avec ce retrait qu'il n'avait d'avantages à en retirer. Résumons-nous, soit nous discutons avec l'administration Biden-Harris d'un meilleur réglage de l'intégration militaire (avec les collatéraux de l'industrie stratégique européenne), comme le font Macron, Le Drian et Parly, soit nous coupons le cordon et essayons de survivre à notre isolement... en doublant le budget de la défense nationale par transfert de crédits sociaux. Vais-je adresser l'argument au directeur de campagne ?

Brisons là. A Villepinte hier, le portrait de Macron était saisissant de cruauté mais assez fidèle. Nous nous autorisons à le replacer en conclusion, au prononcé sans les effets de manche :

« En 2022 ce n'est pas seulement la personne d'Emmanuel Macron que nous allons vaincre, mais mieux, son idéologie, ce système dont il est le porte-drapeau, le porte-parole et l'exécutant. La personne Emmanuel Macron ne nous intéresse pas parce qu’elle est fondamentalement inintéressante. Trouvez-moi un seul Français qui puisse expliquer la pensée d’Emmanuel Macron. Un seul ! Il n’y en a aucun, pas même lui. Personne ne sait qui il est parce qu’il est personne. Derrière le masque de la parfaite intelligence technocratique, derrière la montagne d'idées superficielles, derrière les slogans contradictoires, derrière le "en-même-temps" synonyme de désordre et le "quoiqu'il-en-coûte" synonyme de ruine, il n'y a personne, il n'y a rien ! Macron a vidé de leur substance notre économie, notre identité, notre culture, notre liberté, notre énergie, nos espoirs, nos existences, il a tout vidé parce qu'il est à lui tout seul le grand vide, le gouffre. En 2017 la France a élu le néant et elle est tombée dedans. Mes amis, il est temps de sortir notre pays et notre peuple de ce puits sans fond. Nous laisserons dans sa vitrine ce mannequin de plastique, cet automate qui erre dans un labyrinthe de miroirs, ce masque sans visage qui défigure le nôtre. Nous laisserons cet adolescent se chercher éternellement. Oui, laissons-le, avec son obsession pour lui-même.»


A partir de maintenant, le candidat Zemmour doit observer attentivement la couleur des feux de trafic avant de s'engager sur un passage-piétons. Notons que la course à l'audience a fait retransmettre tout le discours de Villepinte sur les chaînes d'info en continu. Pareillement pour Mélenchon à la Défense qui le précédait. En feront-ils autant pour le meeting d'Anne Hidalgo le 12 décembre à Perpignan ? Ne pas se moquer !


[1989°]

lundi 30 novembre 2020

Frexit & Chimères

S'ouvre aujourd'hui le calendrier de l'avent, l'avant-Brexit. Dans un mois, nous saurons si l'impossible n'est vraiment pas anglais ! Ce billet a été annoncé dans l'article du 22 novembre 2020 titré L'Heure de l'empire sous l'hypothèse d'une fédéralisation européenne forcée par les Etats-Unis pour permettre leur désengagement du vieux monde. Nous jugeons le Frexit impossible à réaliser tant que la communauté économique et financière sera debout, et nous invitons le distingué lectorat de Royal-Artillerie à comprendre nos objections. Mais revenons d'abord sur la tentation du retrait américain par une prochaine administration.


chimeres en gargouilles de Paris


Pourquoi partiraient-ils ?


Essentiellement pour suivre la dérive des pôles stratégiques qui situe le centre de gravité du monde dans le Pacifique Nord et bien moins désormais dans l'Atlantique Nord. C'est Barack Obama qui a initié le mouvement. A cela s'ajoute la frustration de voir les puissances européennes dégager des ressources budgétaires du domaine de leur défense au bénéfice de régimes sociaux jugés outre-atlantique exorbitants. Le Pentagone s'irrite à l'idée de payer les pensions de retraite européennes en couvrant le manque à cotiser de pays ingrats, même si les Etats-Unis se rattrapent en vendant beaucoup d'armement en Europe. Il n'en demeure pas moins que tant la démographie que le PIB de l'Union la placent dans le triumvirat économique mondial et que plus rien ne justifie le maternage militaire américain.

Ce qui freine le repli américain est la crainte du chaos stratégique. Comme le suggère l'article précité, des lignes de fracture existent dans l'Union européenne qui ne demandent qu'à s'élargir au fur et à mesure des défis que lui oppose le reste du monde. Jusqu'ici l'intégration des armées dans l'OTAN et les manœuvres fréquentes en coalition sous un état-major unique ont forcé la coopération pour finalement construire un outil de représailles crédible ; mais disons-le carrément, chaque pays majeur de cette Union a sa propre stratégie de puissance qui ne demande qu'à s'exprimer. Rapidement :

Le Royaume-Uni sur le départ a bien vu la dérive des pôles et s'estime en capacité d'en profiter au sein du Commonwealth. Il est associé-captif des Etats-Unis pour sa dissuasion nucléaire et doit donc composer.

L'Allemagne donne des gages de bonne volonté au sein de l'Europe pour sans doute masquer sa propension à dominer tout son hinterland oriental qui lui sert de sous-traitance industrielle et de marchés d'appoint. Elle ouvre le plus grand possible l'immense marché russe à ses productions badgées "Germany". Elle voit sa défense stratégique mieux garantie par le croisement d'intérêts commerciaux mais cette vision pacifique achoppe sur les limites de sa crédibilité militaire réduite à la portion congrue. Elle a besoin de revamper ses forces armées pour ne pas se faire humilier par le Sultan-Calife et tenir son rang en Mer baltique. Donc elle réarme pour faire sérieux.

L'Italie a depuis longtemps compris qu'elle était seule en Méditerranée malgré les encouragements français, et craint surtout de lever contre elle toute coalition de circonstance dans ses eaux. A la charnière des deux bassins maritimes qu'elle surveille, elle coopère avec toutes les nations méditerranéennes selon ses moyens, y trouvant des apaisements que la force ne lui procurera pas, même si elle a construit une marine de guerre performante.

La France est le mouton noir de l'Alliance atlantique. Elle refuse d'accepter son déclassement historique, s'arc-boutant sur des positions fragiles comme le siège permanent au Conseil de Sécurité, les bases militaires et navales disséminées en Afrique, les possessions ultramarines qui l'impliquent dans la stratégie des grands mais lui coûtent un bras. Elle s'est mise en tête de construire sous son égide une défense européenne indépendante (ou autonome) sans parvenir à comprendre les réticences de tous ses partenaires à ce projet.

Les autres pays ouverts sont concernés par la défense de leur propre territoire avec des bonheurs divers selon les mitoyennetés géopolitiques. Quant aux pays enclavés, ils ont la chance d'avoir un théâtre d'opérations parfaitement défini pour lequel ils déploient des moyens adaptés au plus juste, comptant sur le renfort atlantique au besoin. Finalement c'est simple !

Probabilité d'un retrait


Joe Biden arrive à la Maison Blanche - enfin presque ! - avec le vieux slogan de l'Amérique guidant les peuples vers la démocratie qui brille des mille feux de la liberté... Il promet de ne pas malmener ses alliés mais ils doivent s'attendre en contrepartie à être convoqués au rétablissement de l'imperium occidental sous la férule américaine. Face aux empires revenus et quelques autres gros morceaux comme l'Inde, l'affaire n'ira pas de soi. Quel stratagème les "services" trouveront-ils pour forcer le passage des peuples opprimés vers l'utopie démocratique ? J'ai l'impression d'avoir vu le film.
Dans la deuxième partie, la vieille Europe traîne les pieds puis refuse de s'impliquer comme certains en 2003 dans l'affaire d'Irak*, et la nouvelle Europe se rallie au Pentagone (comme en 2003) pour conserver son parapluie nucléaire. Devrait s'enclencher alors la désintégration du NATO (bras militaire de l'Alliance ainsi appelé par commodité) en Europe occidentale, et dans l'impossibilité stratégique pour les Etats-Unis de maintenir un dispositif militaire sur la seule Europe orientale, la décision de fonder les Etats-Unis d'Europe pour éviter le chaos devrait leur permettre de sortir du théâtre d'opérations dans de bonnes conditions. Au même moment serait promulgué le TAFTA, si ce n'est déjà fait sous pressions allemandes. Sans même parler des déficits de contribution européenne au budget de l'Alliance dénoncés depuis trente ans, la tentation sera forte au Pentagone et au Sénat de laisser la riche Europe se défendre par elle-même en Eurasie. Nous ne parlerons pas de la chimère alternative d'une défense européenne sous parapluie français qui fut traitée maintes fois sur ce blogue. Une Fédération sera alors mise en œuvre avec les incitations qui vont bien. Les pays illibéraux clients des Etats-Unis y seront contraints pour leur sécurité, la collaboration en confiance avec les Russes étant ruinée pour deux générations.

Outre la France (et le Canada), des pays qui comptent dans l'Alliance atlantique ont refusé l'aventure mésopotamienne : la Belgique, siège des commandements NATO, l'Allemagne, base-arrière logistique NATO, la Norvège, flanc-garde arctique NATO, la Grèce et pour mémoire la Turquie.


Tentation du Frexit


Comme la France, légataire universel du gaullisme boudeur, refusera de devenir un vingt-septième inter-pares de l'empire napoléonien et que ses amis refuseront net toute prééminence française dans la Fédération à quelque motif que ce soit, la tentation de sortir du jeu sera forte, au moins pour coller aux manifestations de colère publique, si la rue gouverne toujours ce pays.

Contrairement à un idée répandue au sein des droites dures, il n'est pas sûr que les populations poussent à un retrait de l'Union européenne. Les Français, abrutis de socialisme, ont perdu le goût du risque même si beaucoup mais minoritaires restent vaillants à soutenir le pays. Mais, comme on l'a vu chez les GIPSI en 2008, le retour à une monnaie nationale gagée sur la banqueroute sociale aura peu de supporters, à part les assistés à franc constant ! Le second problème perçu par les gens viendra du spectacle désolant de l'état de notre société providence. Comme le disait ce tantôt Christian Saint-Etienne dans L'Opinion à l'occasion de la sortie de la pandémie du coronavirus chinois : « Le décrochage de l’économie française sera le double de l’allemand en 2020, comme le nombre de morts par million d’habitants. L’Etat français est obèse, inefficace, incapable d’anticiper et la dérive des finances publiques obère l’avenir ». Qui fera confiance à cet Etat technocratique perpétuellement en déficits pour conduire un Frexit ? Et de quoi parle-t-on déjà ?

Le Frexit pour les nuls ou pour les Anglais


Le Brexit, qui est loin d'être achevé à l'heure où nous mettons sous presse, conjugue, au milieu de cent faiblesses, quatre avantages à son succès éventuel que la France n'a pas :

- Une monnaie de réserve internationale, 100% convertible, la livre sterling ;
- L'insularité de ses territoires (à l'exception de l'Ulster et de Gibraltar);
- Une place financière internationale dont l'ingénierie est la première au monde ;
- Un faisceau mondial d'influences réciproques avec ses dominions et l'ancien Raj indien, facilement tranformable en zone de libre-échange, le Commonwealth.
- Ajoutons-y l'orgueil inné de la race britannique.
En dépit de celà, le gouvernement de Boris Johnson n'arrive pas à s'extraire de l'imbrication économique malgré de nombreuses dérogations arrachées de haute lutte lors des traités d'entraves, les Opt-Out.

La France est tout à l'opposé.
- Elle n'a pas de monnaie alternative crédible (même Marine Le Pen s'en est rendu compte, c'est dire).
- Sa géographie la place au cœur des flux logistiques européens qui ne peuvent l'éviter qu'en traversant les montueuses républiques alpines. Elle bloque la péninsule ibérique jusqu'au Maroc (prochain candidat au Marché commun).
- La place financière de Paris, si elle monte en technicité, ne sera jamais une place de premier plan, enchâssée qu'elle est dans une République socialiste, ennemie du succès et des profits (la Bentley du Garde des Sceaux élévé par une veuve femme de ménage fait jaser les jaloux !).
- Son domaine ultramarin ne lui est d'aucun secours puisqu'elle le porte à bout de bras et que les ZEE immenses n'ont de valeur qu'exploitées. Nous ne les exploitons pas faute d'investisseurs, à peine si nous avons les moyens de les défendre dans le domaine de la pêche industrielle. Et pour la citer, la Francophonie reste cantonnée à la culture et aux valeurs humanistes ; elle n'est pas tranformable en zone de libre-échange ayant du sens.

Tout comme chez les Anglais, la libération des chaînes européennes achoppe devant l'imbrication économique bien plus nouée chez nous puisque nous sommes un pays-fondateur de la CEE au cenntre du jeu. Le marché des produits français est d'abord le marché européen, bien avant la grande exportation pour des produits de niche comme le luxe, la nourriture chère, l'armement. L'aéronautique est une coopération industrielle franco-allemande hors-sujet. Défaire les mille liens européens en France relève des travaux d'Hercule et nous n'avons aucun Hercule au bataillon. Personne en France, à notre connaissance, ne s'est sérieusement attelé à l'étude des travaux nécessités par le Frexit en chassant le diable dans tous ses détails, à part Michel Barnier. N'ayant aucunement la prétention de lire dans les feuilles de thé (quoique!), nous attendrons donc le 2 janvier 2021 pour amender le constat d'impossibilité à la lumière de la séparation effective du Royaume-Uni de l'Union européenne.

armement d'un Rafale
50% des Rafale sont cloués au sol pour entretien ou réparations (source Cornut-Gentille)


Conclusion


Les Anglais y parviendraient-ils à la fin, en acceptant d'en payer le prix, que nous ne saurions transposer l'exploit en France de par les contraintes géopolitiques et économiques qu'un Etat aux abois ne pourra desserrer. Quarante ans de clientélisme démocratique ont rendu le peuple réfractaire à juste raison à tout sacrifice consenti au bénéfice de toujours les mêmes. La politique sociale poursuivie en dépit de l'insuffisance de ressources nous a conduits à la banqueroute, et le régime de combines parlementaires jette les bourgeois vainqueurs d'un jour sur les biens et avantages des bourgeois vaincus, à charge de revanche, le peuple faisant l'écart de points ! Le régime dévore la nation qui lui est distincte.

Nous ne sortirons pas de la nouvelle union européenne, fédérative, confédérée, que sais-je, parce que nous en sommes incapables quelle que soit l'intensité des vociférations souverainistes ! Ce pays, envahi de problèmes et de dettes, n'a plus de ressort et encore moins un Projet national comme en ont connu nos ancêtres. A chaque étape compétitive, à chaque défi mondial, nous reculons d'une case parce que nous avons tout remis dans les mains d'un Etat qui ne mérite pas notre confiance. L'affaire de notre indépendance est pliée, sauf si !

Sauf si... l'Union européenne se désagrège avant même que nous choisissions d'en sortir. Le retrait américain, envisagé dans cet article, porte en lui les germes explosifs d'une rupture Est-Ouest sur le continent ; mais au milieu des ruines, la France telle qu'elle est gouvernée aujourd'hui sera un bouchon dansant sur la houle des circonstances parce qu'elle n'a aucun Projet en propre. Toute la prospective française s'applique au projet européen, nous n'avons aucun projet de renaissance française promu par un organisateur du temps long porté par la nation. Nous ne cessons depuis vingt ans de convoquer l'Europe à palier nos carences, et ce dans tous les domaines, jusque dans la culture de la betterave ! Pour susciter un changement de paradigme et se défaire des embarras d'un régime politique suranné, perverti par une bourgeoisie d'Etat qui en a fait sa chose à travers la haute fonction publique, il faut se séparer de la technostructure que Charles Maurras appelait "les Bureaux". On se doute bien que drappée dans sa "légitimité indiscutable", elle lèvera tous les remparts prévus pour sa perpétuation.

En fait nous ne resterons la France que par un mouvement qui ressemblera à une révolution, et pas seulement sous les préaux ! Nous ne resterons la France que si nous nous chaussons à la pointure de nos pieds et cessons de nous épuiser à régenter les mœurs sociales et culturelles du monde entier ! Courir avec des galoches en 45 quand on fait du 42 est impossible sauf à finir le dernier. Nous ne resterons la France que si nous concentrons nos atouts (on peut les citer en note) dans un périmètre contrôlé et si nous nous renforçons dans tous les domaines essentiels et coupons le bois mort, l'Etat-providence ouvert aux quatre vents dut-il en mourir ! Nous ne resterons la France que si nous sommes capables de coopérer loyalement avec nos voisins immédiats que la géographie et les quarante rois nous ont donnés.
La République jacobine à la française, avec son "pacte" venu d'on ne sait où, sa laïcité dévoyée dans l'injure, son "contrat social" que personne n'a signé, son impécuniosité chronique, ses valeurs mortifères et son arrogance notoire, c'est du lest pour un nouveau départ en dehors d'une Europe institutionnalisée. La reconstruction d'une monarchie fédérative, sociale et décentralisée semble inévitable pour affronter les défis du monde nouveau ; libre à elle de coopérer, d'optimiser ses dépendances, de vivre avec les autres sans contraintes déraisonnables, pour le bien de tous.

Au roi, et vite !




Postscriptum

Les atouts français sont réels malgré l'état de calamités de la gestion publique :

- le territoire exceptionnel d'abord qui fait de ce pays le plus beau du monde ;
- la richesse de ses terres arables et la diversité des terroirs producteurs ;
- un savoir-faire dans tous les domaines qui ne demande qu'à se libérer ;
- une jeunesse inventive et volontaire que l'avachissement moral de la classe politique n'a pas complètement pourrie ;
- des fleurons industriels reconnus ;
- des filières de confiance dont les étrangers sont friands ;
- une armée professionnelle responsive ;
- une histoire riche et lisible par tout le pays ;
- une culture, une littérature, une langue à nulle autre pareille qui a remplacé le grec ancien dans sa construction mentale.
- ......notez les vôtres...

lundi 23 novembre 2020

L'Heure de l'empire

Avertissement : c'est un peu long, confinement oblige ! Mais il y a des intertitres.


M. Guy Verhofstadt, ancien premier ministre du roi des Belges et fédéraliste passionné, pousse à l'intégration institutionnelle des Etats européens, du moins ceux qui le souhaitent, afin que le sous-continent soit capable de déployer une diplomatie au niveau de sa puissance commerciale et les forces armées sans lesquelles il serait vain de croire peser sur les desseins qui s'entrecroisent sur le globe. Cette ambition, si elle se réalisait, contreviendrait à la souveraineté des Etats-Nations qui composent le Conseil européen et sacrifierait la règle de majorité établie par le compromis de Luxembourg en 1966 à la demande expresse du général De Gaulle, laquelle règle transforme le régime confédéral en "vétocratie" ; chaque pays y pesant la masse de son pouvoir de nuisance.

Donnons-lui raison, donnons-lui tort, agréons-en l'urgence mais ouvrons les yeux. Les derniers défis que nous opposent les tenants de civilisations incompatibles avec nos mœurs occidentales ne peuvent être relevés par aucune des nations européennes réagissant en son splendide isolement. Aucune ! Que ce soient les conséquences de l'irrédentisme arménien coincé dans les mâchoires russes, la révocation du traité de Lausanne infligé à la Turquie en 1923, la menace d'une bombe atomique islamique menaçant Mare Nostrum. Trois défis, trois impossibilités. La déstabilisation de l'Afrique du Nord n'est pas sur l'épure ce matin puisque nous, Français, l'avons construite comme on la retrouve aujourd'hui ! C'est "notre" problème ou dit plus crûment, à chacun sa merde ! Nous ne parlons pas non plus de l'immigration de masse de peuplades insuffisamment formées aux travaux et aux jours de notre bel Occident.

Pour enfoncer le clou qui semble dépasser encore de la planche de nos convictions, je pressens que nous n'arriverons à rien sur les quatre premiers points d'effort du Quai d'Orsay aujourd'hui que sont le Sahel, le Liban, la Mer Egée, le Haut-Karabakh ; même avec des alliés de circonstances pour les trois premiers ! Mais c'est pareil pour la Grande-Bretagne qui dispose du verrou d'entrée (Gibraltar) et de bases stratégiques de pleine souveraineté à Chypre et qui ne fait rien ; ou pour l'Italie qui est au front de tous les défis méditerranéens et craint de mettre le feu aux nations musulmanes qui se pressent déjà à ses frontières, ce pour ne parler que des nations impliquées hors-les-murs au gré des menaces, toutes les autres restant planquées. Faut-il faire un dessin ? Faisons-le.

Sahel

Bernard Lugan est parfaitement juste quand il exclut tout protocole de pacification oubliant les causes enracinées du désordre. La misère, endémique à des pays sans autre richesse que des ventres affamés, couplée à une mal-gouvernance chronique d'élites cupides, multiplie la ressource en "maquisards" dans les cinq pays impliqués. Cette ressource est rémunérée par des financements de toutes origines qui convergent sur zone autant que les narcotiques... et le défi est sans fin. "En tuer" comme la devise du 501è Chars de Combat ? Jusqu'à quand ?

Liban

Quel crâne d'œuf dans les soupentes de l'Elysée a pu croire un instant que les chefs de clan libanais allaient abandonner une once de pouvoir parce que la moitié de la capitale avait été détruite en conséquence de leur incurie ? Depuis le voyage triomphant de M. Macron, ils recherchent le capo di tutti capi manucuré en armani et ray'ban, qui présentera suffisamment bien pour faire débloquer les subsides internationaux qu'ils comptent s'approprier par les mille tentacules de la pieuvre libanaise, chacun détenant des infrastructures essentielles, du BTP, des services au public, des œuvres caritatives et secours en tout genre. Si Carlos Ghosn n'était pas sous le coup d'un mandat d'arrêt international, il ferait parfaitement l'affaire... et gagnerait gros.

Mer Egée

Pour une raison qui me dépasse, M. Macron s'est cru investi d'une mission de défense des valeurs de la communauté internationale dans les affaires de virilité en Méditerranée orientale, coupant les convois turcs en route vers la Libye, promenant le pavillon dans la zone grecque de recherche sismique comme au temps du sandjak d'Alexandrette. Sauf qu'à l'exception d'une Italie solidaire de nos émotions, aucun autre pays européen n'a voulu affronter le Sultan déchaîné dans son hubris de déconstruction du traité de Lausanne qui a donné toute l'eau bleue aux Grecs et presque rien aux héritiers des glorieux Ottomans. Mais ça pourrait changer. L'Allemagne qui connaît assez bien la région a déjà anticipé que les protagonistes grecs et turcs finiraient par s'arranger enrre eux sur le dos des puissances extérieures. Elle vend donc aux deux, des sous-marins. Et il n'a pas fallu longtemps pour que la Grèce nous fasse un vent dans son plan de refonte navale. Malgré tout, Angela Merkel est aujourd'hui suffisamment agacée par le pétomane d'Ankara qu'elle a fait arraisonner par une de ses frégates un cargo turc sur la route de Misrata.

Haut-Karabakh

Puisque nous sommes l'ami historique et le grand protecteur de l'Arménie, nous sommes coupables de n'avoir pas averti l'homme présumé fort du pays, Nikol Pachinian, que sa politique anti-russe et ses œillades atlantiques hors de saison allaient lui attirer les pires ennuis dans son environnement géopolitique. L'Azerbaïdjan accumulait de l'équipement militaire payé par les exportations de naphte de la British Petroleum et de gaz par les trois gazoducs stratégiques vers l'Iran, la Grèce et Turquie (?!) et vers la Russie, autant de points d'appui diplomatiques en cas de conflit car le gaz prime. Pendant ce temps l'Arménie rêvait à sa grande Arménie des contes enchantés sans avoir les moyens militaires de tenir les territoires enclavés dans l'Azerbaïdjan qu'elle avait depécé lors de la déconfiture soviétique. Il n'a pas fallu longtemps pour que les conseillers du Sultan voit la lueur du jour dans la fente des ambitions arméniennes et y passent. Le drapeau turc flotte sur Bakou (allez-y voir) et Ankara a maintenant, par le corridor du Nakhitchevan ouvert dans le sud de l'Arménie, l'accès goudronné jusqu'à Shirvan et la Mer Caspienne. Les Russes ont laissé faire, puis stoppé le film au bon moment pour eux, et n'attendent plus que la chute du leader vaincu qui les snobait. Qu'y ferons-nous ?
Co-président du protocole de Minsk, nous avons assisté pendant vingt-cinq ans à l'entêtement de plus en plus stupide des délégués arméniens à ne pas vouloir négocier - alors qu'ils avaient expulsé six cents milles Azerbaïdjanais des districts entourant le Haut-Karabakh historique - et nous nous sommes montrés incapables de les raisonner et évidemment incapables de faire sauter la Légion sur Stepanakert. Si nous arrivons à protéger les monastères et les édifices chrétiens (comment faire sur le terrain ?) nous aurons atteint la limite la plus reculée de nos capacités.

Où situer la frontière ?


Ces exemples donnent les limites de notre "puissance". La France seule de Charles Maurras a toutes les peines du monde à sortir aujourd'hui du Lac Commun et ses désordres intérieurs en tout domaine ne pourront qu'étrécir son périmètre d'intervention. Sauf fédération des nations européennes autour de nos propres efforts à peser sur le destin du monde proche, nous allons revenir au limes capétien. Depuis le départ de Jacques Delors des affaires européennes - ça fait un bail - le projet un peu arrogant de la main française dans le gant européen a fait long feu. Malgré l'hostilité ouverte du Royaume-Uni à notre endroit et certaines réticences de peuples à cornes qui trafiquent en couronnes, le projet aurait pu s'étoffer si nous n'avions pas ruiné notre propre pays à des motifs purement électoraux et idéologiques ! La France de Georges Pompidou, et celle de Valéry Giscard d'Estaing un peu moins, pesait son poids dans les enceintes décisionnaires avec des comptes bien tenus, une politique industrielle et énergétique assumée, des ambitions solides et une dissuasion nucléaire sans état d'âme. Des études étrangères lui prédisaient une quatrième place pérenne dans le top-10 des nations développées. Pompidou comme Giscard d'Estaing s'en sont servi au plan diplomatique : qui aurait résisté à Pompidou ? Giscard d'Estaing a créé le G7 pour parler ensemble et franchement autour de la cheminée de Rambouillet. Raymond Barre, son ministre, était le modèle de rigueur qui faisait taire toute critique étrangère à notre endroit. Le chancelier Schmidt n'avait-il pas admis que l'Allemagne se contenterait du primat industriel et n'interfèrerait pas dans les affaires étrangères de la France ? On rêve !

Depuis la chute de Giscard en 1981 et la mise en œuvre du programme archaïque et commun de gouvernement, les masses laborieuses et démocratiques parvenues aux affaires n'ont cessé de perdre du terrain, des emplois et de l'argent. La quatrième ou cinquième puissance mondiale, disposant d'un siège permanent au Conseil de sécurité avec droit de véto, perdit de son influence comme un mauvais pneu de l'air. Et mis à part le morceau de bravoure de Dominique de Villepin à l'Assemblée générale de l'ONU contre l'intention américaine d'attaquer l'Irak en 2003, nous ne sommes plus écoutés, qui pis est, en sommes arrivés à un point tel que les insultes fusent à l'endroit de notre président pour avoir mis les mains dans la merde des caricatures obscènes de Charlie Hebdo ; quand Donald Trump le prend publiquement pour un loser ; quand un ancien président américain se permet de faire dans ses mémoires tout une page ridiculisant l'ancien président Sarkozy (mais il faut la lire car c'est tout à fait lui); quand enfin le Sultan de la Sublime Porte ne trouve plus les mots pour se foutre de la gueule de M. Macron qui a osé le défier ! Jusqu'à la Chine de Pékin qui s'est permis une invective humiliante à l'endroit du même lorsque nous avons accepté un refit des six frégates Lafayette vendues en 1991 à Taïwan : « Mais pour qui se prennent donc les Français pour venir nous défier si loin de chez eux ?». Ils ont bien tort les Chinois : j'apprends que nous venons de prendre langue avec le QUAD océanique pour donner notre point de vue sur les défis du Pacifique-Nord à l'Inde, au Japon, à l'Australie et aux Etats-Unis ! No comment.

Alors quoi ?


Guy Verhofstadt croit (au sens mystique) qu'une fédération des nations européennes ayant intégré les domaines régaliens de chacune dans un gouvernement central saura tenir tête aux empires revenus. C'est probablement vrai au vu de la puissance économique et financière de l'Union européenne. Les empires en question sont au nombre de trois nous concernant : la Fédération de Russie, la Chine populaire et les Etats-Unis d'Amérique. Les autres qui se croient tels, n'en finissent plus d'émerger et leurs intérêts restent négociables.
Cette fédération est-elle contructible ? A mon avis, non ! Déjà, tous les pays qui se sont arrachés à l'empire soviétique ont dans leurs chairs les traces de la dictature à distance, de la prévalence des intérêts impériaux même très éloignés des leurs, de la coercition qui visent à interdire ou dévoyer les initiatives, de la bêtise crasse des plans centraux, en un mot du socialisme jacobin ! Il faudra attendre que toute la génération de l'Est ayant eu vingt ans en 1990, trépasse pour que l'empreinte mentale de la captivité s'efface. Les pays balkaniques et la Grèce feront où nous leur dirons de faire dans la mesure où le robinet des subventions coule encore ; reste l'Europe occidentale divisée entre Germains et Latins, et la Scandinavie qui se cherche. Autant dire que rien n'est fait, surtout si ce projet de Fédération occidentale était "français". Mais prenons les choses autrement.
carte de l'Europe politique
Depuis le Brexit et pour contrebalancer un hypothétique majorat franco-allemand, deux groupes se sont formés qui ne cessent de se renforcer. En France, nous ne voulons pas croire que ces deux groupes aient été montés contre nous plus que contre l'Allemagne et pourtant ! Le premier groupe de nations antagonistes est la Nouvelle Ligue hanséatique qui regroupe l'Irlande, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande, l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie (marqués H sur la carte). L'obsession commune est la défense des valeurs frugales de l'Union économique et monétaire, même si tout le monde ne règle pas son pain en euros. Elle observe l'utilisation orthodoxe du mécanisme de stabilité, préfère les prêts aux dons, et veut qu'un examen de solvabilité précède toute décision de subvention. Le budget européen est obligé d'en tenir compte au grand dam des cigales latines. On y est en plein aujourd'hui avec les chicayas du Plan de relance post-covid. La Ligue pèse 50 millions d'habitants et 2600 milliards de PIB. Pour fixer les idées, les PIB européens remarquables sont ceux de l'Allemagne 3100 milliards d'euros, suivi par la France avec 2160 milliards, l'Italie 1800 milliards et l'Espagne 1300 milliards.

Le second groupe dissident est le fameux cercle de Visegrád qui regroupe la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie et la Hongrie. Bien différent du premier groupe, celui-ci vise à préserver sa souveraineté à tout prix dans les domaines laissés libres par les traités européens. C'est plus un cercle de clients que de promoteurs puisque ses économies ont été rebâties par l'Europe occidentale après l'effondrement du Comecon. Il pèse 64 millions d'habitants et 880 milliards d'euros de PIB. Il est dans l'orbite allemande et déteste les nègres. Dans certaines sessions du Conseil européen, ce groupe est renforcé de l'Autriche et de la Slovénie.

Il existe un troisième groupe inter-national dont nous ne parlerons pas par défaut d'information mais qui se manifeste chaque année dans un sommet au plus haut niveau, c'est le groupe des pays de langue allemande : Belgique, Luxembourg, Liechtenstein, Allemagne, Suisse, Autriche.

Ceci étant, le Conseil européen est divisé en quatre parties : le tandem impérial Allemagne-France qui lutte autant pour ne pas se désunir que pour convaincre les autres de ses propositions, la Nouvelle Ligue hanséatique de libre-échange près de ses sous, le groupe de Visegrád et ses alliés de circonstances, puis des pays seuls comme la Grèce, Chypre, Malte, la Croatie, l'Italie, l'Espagne, qui font et défont les majorités et dont les voix s'achètent dans les couloirs. Même avec de l'enthousiasme, on voit mal émerger une fédération à l'intersection des quatre groupes. Sans doute à l'origine aurait-il été possible de pousser les feux d'une Fédération occidentale européenne à six ou huit mais cela passait par la Communauté européenne de défense que les gaullistes et les communistes à Paris refusèrent par principe (sur ordre de qui ?). C'est le moment d'éclairer maintenant le schmilblick par un autre acteur que nous nous plaisons en France à débiner mais qui pèse de tout son poids sur les tergiversations européennes : l'OTAN.

Comme nous l'avons souvent dit sur ce site, la composante militaire de l'OTAN (appelée NATO pour la distinguer) est l'arme de défense privilégiée par tous les pays européens à l'exception du nôtre, au seul motif de son efficacité à faire peur. Au temps de l'occupation soviétique en Europe orientale, le NATO était l'ogre coupable de tous les maux et capable de faire pire que Dresde ou Hambourg ! La haine des peuples était tellement exacerbée à son endroit qu'il en est resté chez tous l'idée qu'une fois libérés des Russes, la meilleure protection possible contre leur retour était ce fameux ogre qui faisait si peur au Kremlin ! Et tombe la thèse du complot atlantique ayant visé à s'étendre sur le glacis soviétique à la faveur des atermoiements de Boris Eltsine. Ce sont tous les pays d'Europe non-russes de l'Est qui ont demandé leur intégration au NATO avant même de faire des représentations à Bruxelles pour être associés au Marché Commun. Même l'Albanie se méfie et a rejoint l'Alliance bien avant d'entrer dans l'Union européenne. S'il est de bon ton de traiter l'OTAN par-dessus la jambe chez nous (jusqu'au jour où nous en aurons vraiment besoin), il en va tout différemment chez les autres. Ils ne prendront aucune décision qui altèrerait leur protection ou leur sentiment de protection, si vous préférez. Aussi est-il vain de promouvoir une défense européenne chez des peuples qui n'ont pas soif d'indépendance militaire et craignent le retrait du parapluie atomique américain. Donc tout projet visant à fédérer un ou plusieurs domaines appartenant au régalien sera-t-il jugé chez les autres à l'aune de ses effets sur la confiance atlantique. Autant dire que ça ne marchera jamais, sauf ! Sauf si les Etats-unis, fatigués de s'occuper du vieux monde, organisent par eux-mêmes cette fédération ou confédération européenne qui prendra à sa charge les responsabilités que les Etats-Unis ne veulent plus assumer. Et nous n'aurons d'autre mot à dire que de sortir du jeu ou d'acquiescer ! Même M. Verhofstadt ne sera pas consulté ; alors M. Macron, pensez donc !

Sera-ce donc le Frexit ?

Nous en reparlerons bientôt dans un article Frexit & Chimères. Le Frexit étant impossible techniquement, ce sera plus vraisemblablement la ruine de notre orgueil et le destin du Portugal, comme disait le général De Gaulle en nous convoquant à des hauteurs que nous ne pûmes jamais atteindre. Dans tous les cas, les conséquences stratégiques sur l'Europe seront immenses. La confusion des intérêts nationaux l'exposera en proie. Les empires précités viendront peut-être y mettre de l'ordre, s'ils y trouvent leur avantage et parviennent à s'entendre. Sinon une monstrueuse anarchie cernera un noyau dur et résilient constitué par quelques pays de l'Europe sérieuse autour de l'Allemagne, quelque chose comme l'avatar du Saint Empire. Les mânes d'Otto de Habsbourg-Lorraine esquissent un sourire, mais il est déjà tard.

mercredi 26 février 2020

Die eine heißt Veronika 
L'autre s'appelle Marie


La succession d'Angela Merkel tarde ! C'est le moins que l'on puisse dire tant la liquéfaction de la Chancellerie passe d'eau sous la porte. Y domine l'impression (vue de l'extérieur bien sûr) d'une gestion fébrile des affaires courantes qui se limiterait à la réorganisation des écuries légataires d'un pouvoir qui fait son mandat de trop. La pantalonnade parlementaire de Thuringe, la faille entre la CDU droitière et la CSU sociale doucement s'élargit, qui peut finir en fracture. La tuerie de Hanau, instrumentalisée comme jamais pour enfoncer le parti national-nationaliste Alternative für Deutschland, qui finalement ne fait pas plus dans le chauvinisme que ses cousins du cercle de Visegrád, donne du grain à moudre aux adversaires d'une Allemagne-puissance qui poussent à l'éternel repentir d'un cortège d'horreurs vieux de trois-quarts de siècle. Tout affaissement de l'Allemagne ne nous profite plus, nos économies sont interpénétrées et nos soucis extérieurs presque partout partagés, quel que soit le chancelier à poste. Et dans le compartiment de la défense, sans l'Allemagne, notre résistance concrète sur la béance du nord-est est plus que mal assurée, même si la géographie des guerres à venir modifie les espaces et la rose des vents.

Trois mandats "hambourgeois" de la chancelière Merkel ne sont pas parvenus à établir une diplomatie qui fasse la toise. La menace non voilée d'attaquer les importations de voitures allemandes aux Etats-Unis stoppe le gazoduc Northstream et vitrifie la riposte européenne aux contre-mesures américaines. A tel point qu'on se demande ce que fait aujourd'hui la République fédérale dans des cercles décisionnaires comme le format Normandie sur l'Ukraine, la table ronde à quatre sur Idlib et la nouvelle conférence euro-iranienne sur la bombe atomique des mollahs. Il suffira que le Département d'Etat fronce les sourcils pour que l'Allemagne obtempère afin de sauver VW, Daimler-Benz et BMW ; à moins qu'un seul tweet de la Maison Blanche n'enterre les décisions dans l'heure !

Eut-il suffi de ruser ? Plutôt que de douter à haute voix de l'engagement atlantique des Etats-Unis, ne valait-il pas mieux d'arbitrer les crédits budgétaires nationaux afin d'atteindre rapidement les fameux 2% PIB de dépenses militaires pour leur enlever un gage ? En plus, il ne s'agissait pas de réarmer, mais simplement remettre en fonctionnement de nombreux équipement arrêtés sur parc par défaut de pièces de rechange. Les taux d'immobilisation du matériel militaire de la Bundeswehr sont hallucinants. Une fois l'armée allemande réactivée, la force obtenue pouvait servir ensuite à combler le déficit de confiance germano-américain. Mais non ! Le complexe pacifiste a pris le dessus et l'effort fut confié aux "explications". Les choses pourraient changer si une CDU déportée à droite arrivait aux affaires et musclait sa stratégie, au moins pour bloquer la fuite d'électeurs vers les partis d'extrême-droite. Cela nous concerne directement.

Inutile de développer l'intérêt de conjuguer nos forces en période de basses eaux atlantiques, surtout après le départ des Anglais. Si la relation spéciale anglo-américaine est chahutée par le trumpisme échevelé du locataire de la Maison Blanche, elle demeure active avec le protocole nucléaire de la double-clé. Le Brexit anticipe une océanisation des forces britanniques même si les coopérations françaises perdureront ; mais c'est l'état d'esprit qui sera complètement changé : Britannia rule the waves ! Ceci nous pousse inexorablement vers la continentalisation du nôtre. Et en matière de guerre ouverte, se pose au-delà des moyens disponibles la question de l'intégration des corps ou simplement des états-majors, la seule alliance ne suffisant plus (à mon avis).

Sur cette question, l'initiative de M. Macron, qui n'a pas été repoussée à Berlin, consistant à avancer notre frontière sensible du Rhin à l'Elbe, milite pour l'intégration des états-majors continentaux. Les réticences allemandes sur nos opérations sahéliennes l'exclut pour nos clusters coloniaux. La fusion des corps quant à elle ne semble pas pertinente quoiqu'en ait voulu montrer la Brigade franco-allemande de Müllheim. Mais la standardisation des armes, calibres et procédures en cours ne nuira pas, ce que permet encore le combat OTAN. Reste la question de la langue d'emploi que nous ne traiterons pas aujourd'hui mais qui empêche l'intégration des unités élémentaires, compagnies/escadrons.

La conclusion de ce billet me fait remonter à mon année allemande de manœuvre avec le panzer grenadier bataillon entre bois en triangle et bois en croissant : on se sentait épaulés !



Paroles du SansSouci de la Légion

A la sortie de la caserne,
Il y a un vieux moulin.
Deux jolies filles habitent là,
Et chantent soir et matin.
La blonde c’est Véronica,
Et la brune c’est Marie.
Ces jolies filles sont les amours
De toute la compagnie.

Pira la la,
Pira la la...
Pira la la la la la la la la.
Pira la la...
Pira la la, Véronica Marie.

Pour toi Véronica,
Ha ! Ha ! Ha !
Pour toi Véronica,
Ha ! Ha ! Ha !
Pour toi Véronica,
Véronica Marie.

lundi 11 novembre 2019

Qué Li Bèngoun !




En ce Onze-Novembre, cinq minutes de silence en hommage à nos morts pour la France, nos estropiés, nos gueules cassées et nos anciens combattants aujourd'hui disparus. Pensons à ce qu'ils ont enduré mais d'abord à ce qu'ils diraient s'ils revenaient dans notre société décadente ! Voir comment nous laissons contester nos mœurs et coutumes par de nouveaux venus qui prétendent maximiser les leurs par un contrôle étroit des libertés publiques et privées, les laisserait sans voix. Ils regretteraient d'avoir bondi hors de la tranchée pour que nous en arrivions là, surtout pour ce qui concerne la nouvelle valeur post-moderne de l'enfant-droit qui ouvre la porte à la marchandisation de la vie. Nos anciens accepteraient bien des nouveautés mais certainement pas les poupons vivants sur catalogue ! Et s'il vous reste une minute de silence, pensez aux autres grands oubliés, les chevaux.




Après cette entame dépitée, il serait classe de faire un paragraphe stratégique. Bien des soutiens de l'Union européenne arguent d'une paix continue en Europe pour justifier la dévolution de souveraineté, l'extinction des nationalismes, l'entropie bleue ! Ne nous lassons pas de leur répondre que c'est la paix occidentale et la menace orientale qui ont favorisé le développement des institutions communautaires. Mais aujourd'hui le monde s'échappe doucement de la période de paix entre les empires, et ce n'est pas l'Union actuelle qui va faire front.

Sans revenir sur la chimère d'une défense européenne intégrée - personne n'en veut pour la substituer à l'OTAN qui est la réponse adaptée pour l'instant - on doit reconsidérer nos capacités de résilience à l'aune du seul pragmatisme, car on ne va pas rejouer avec la vie de centaines de milliers d'hommes en accumulant des bévues sur principes. Nous avons une petite armée. Il suffirait qu'elle soit appelée sur deux théâtres d'opérations en même temps pour que nous soyons dans l'obligation de choisir sur lequel elle se battra. Les réalités nous conduisent dans une collaboration plus étroites entre les armées majeures européennes, y compris entre les industries auxquelles elles s'adossent. Il y a présentement trois pays qui comptent se battre à l'Ouest, la Grande Bretagne, la France et l'Italie. L'Allemagne peut les rejoindre ou s'en éloigner selon les exigences géopolitiques d'un pays charnière entre orient et occident, mais jusqu'ici la seule contribution allemande est industrielle et à ses conditions. D'emblée, éliminons l'idée de vouloir tout commander, mais surtout de loger le projet chez l'Union européenne.

Les quatre pays précités ont l'habitude de travailler ensemble sur des programmes militaro-industriels d'ampleur et dans le renseignement. Il est facile dans le cadre OTAN de fluidifier le combat de coalition dans l'air et sur mer puisque toutes les procédures sont normalisées. Nous devrions nous engager dans la voie de la collaboration permanente des armées de terre dans les quatre composantes que sont l'artillerie, l'arme blindée, l'infanterie et le génie. La cohésion obtenue, si possible jusqu'au niveau des bataillons (état-majors tactiques), intéressera d'autres armées contiguës qui proposeront à leurs pouvoirs politiques de rallier ce nouveau noyau dur européen. Alors une défense commune finira par s'outiller sans grandes conférences, séminaires internationaux et autres proclamations tartarines, pour peu que les dirigeants politiques aient le sens des responsabilités.

Si nous voulons la paix chez nous, il faudra faire des sacrifices budgétaires en réorientant les dépenses de prestations sociales qui deviennent extravagantes au pays de la ouate, et assainir le territoire afin d'avoir un fond de théâtre sécurisé. Finalement, ce serait un vrai grand chantier, capable d'intéresser un ou plusieurs chefs d'Etat par la gloire qu'il rapporterait.





Qu'ils y viennent !



Table Royal-Artillerie pour l'Armistice du 11 novembre 1918



2007 : La levée en masse construite sur la haine

2008 : Le 122°RI de Rodez est reconstitué au front en remontant mille hommes du régiment de réserve à l'instruction, le 322°RI.

2009 : Chasseurs alpins des Vosges (le 7) et tant d'écrivains français broyés par la guerre

2010 : Dernières opérations, le 129°RI à la peine, à l'honneur

2011 : La Grande Guerre expliquée par Yves-Marie Adeline (44 min.)

2012 : Le char Renault FT-1917

2012 : La Bataille navale de Tahiti (mais si)

2013 : Le canon 75 Mle 1897

2014 : Une photo du clairon et rien de plus

2015 : Ernest Renan dans la tranchée - Fragments intimes

2016 : Mémoires d'un simple soldat des transmissions au 162è RI de Verdun

2017 : Le Dreadnought Danton (1909-1917)

2018 : Les Américains, les chevaux

2018 : Les camions français de la Grande Guerre

2018 : Ecrivains combattants, les vrais

2018 : Centenaire, le Bataillon de Marche du Pacifique




CONVOCATION ACTION FRANCAISE

Lundi 11 novembre à 19h30, la jeunesse d'Action française déposera une gerbe sous la plaque commémorative apposée en haut des Champs-Elysées (face à l'Arc, trottoir de droite après la bouche de métro Etoile, la plaque bleue est scellée dans le mur), en souvenir des étudiants qui bravèrent l'occupant pour célébrer le 11 novembre en 1940.

lundi 22 juillet 2019

Défense européenne 2019

Passage de témoin chez la Brigade franco-allemande

L'organisation du défilé militaire du 14 juillet à Paris a déployé tous les signes de la volonté française d'une défense européenne. Si les détachements espagnol, allemand, portugais, finlandais et peut-être d'autres ont été remarqués en tête de la prestation fort bien réussie d'ailleurs, si la proportion de responsables européens en tribune d'honneur fut forte, avec même la présence d'acteurs importants comme la ministre de la défense espagnole Margarita Robles ou le vice-Premier ministre britannique David Lidington, rien n'indique - du moins nul n'a pris le micro pour l'annoncer - que l'intégration militaire européenne soit en marche. Et même si la brigade franco-allemande trentenaire (BFA) a fait bonne figure, elle nous a signalé en creux qu'elle est toujours dans son format originel de 1989 et qu'elle sert d'alibi pour maintenir cette chimère française dans l'actualité stratégique, jusqu'à ce qu'elle soit engagée un jour comme grande unité ouvrant les hostilités en entrant en premier sur tout théâtre d'opérations extérieures. C'est le brevet Warproof des Anglais. En attendant cette confirmation, l'exercice est académique dans un service de garnisons avec quelques escapades qui font tourner les états-majors tactiques. Faute d'emploi probant, la BFA a été versée dans l'Eurocorps dont elle forme le fer de lance. Qui tient le manche ?

Les difficultés à transformer l'idée originelle de la BFA en forces de combat éprouvées annoncent celles qu'on fait semblant (en France) de ne pas voir chez tous les pays européens qui sont convoqués à la formation d'une vraie défense européenne. Il y a deux motifs principaux à ces réticences : la défense européenne existe déjà dans le format atlantique. Deuxièmement, les budgets militaires ne sont pas extensibles et nul ne paiera deux fois sa garantie de sûreté. On va s'appesantir sur ces deux points en commençant pas passer les pays en revue.

D'abord les pays au contact des intérêts russes (c'est le nom du chat) :

1/ Norvège : courte frontière terrestre de Kirkenès et mitoyennetés dans l'Océan arctique
2/ Suède : première puissance scandinave face à l'enclave de Kaliningrad
3/ Finlande : longue frontière russe de 1340 km
4-5-6/ Pays baltes (3) : frontières orientales au contact direct ou indirect (Biélorussie)
7/ Pologne : frontière de l'enclave de Kalinigrad
8/ Roumanie : puissance de la Mer noire faisant face à la presqu'île de Crimée et à l'escadre russe
9/ Bulgarie : idem
Ces neuf pays ne prendront pas le risque de lâcher la garantie OTAN quoiqu'on leur promette à Paris. Ils passent leur temps à acheter des primes de réassurance auprès des Etats-Unis, comme la Bulgarie qui vient de renouveler huit Mig-29 par des F-16 américains dernière génération.

Insigne Eurocorps
Parmi les sceptiques, on peut compter tous les autres pays de l'Est, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie et les six pays yougoslaves. Pour d'autres raisons diamétralement opposées, on peut sortir du projet d'intégration la Grande Bretagne, le Danemark (avec le Groënland), l'Irlande, qui ont des intérêts stratégiques avec les Etats Unis, et finalement la Belgique qui est le pays hôte des sièges OTAN et vole sur F-16. A noter que si la Grande Bretagne coopère avec la France dans le cadre d'accords explicites, elle le fait surtout et d'abord pour protéger son industrie d'armement. Collaborer oui, s'intégrer, jamais ! D'ailleurs sa force de dissuasion nucléaire est sous double clef, et l'autre est à Washington.

Sans préjuger de la position des Pays-Bas - ce pays a voté non en 2005 - mais en sachant que ses F-16 sont renouvelés par des F-35, il ne reste de candidats à la discussion que quatre pays, certes importants, mais qui n'emporteront pas de majorité dans les institutions européennes : France, Allemagne, Espagne, Italie. Les coopérations industrielles sont concrètes et bénéfiques, les manœuvres conjointes existent, les états-majors se connaissent. Reste à se battre !

On peut tester leurs velléités en observant qui nous épaule au Sahel. Selon Le Figaro, « une vingtaine d'armées européennes sont présentes au Sahel, certaines au sein de la force de maintien de la paix des Nations unies (Minusma) ou dans le cadre de la mission de formation de l'armée malienne EUTM Mali, et d'autres aux côtés de l'opération anti-jihadiste française Barkhane, qui mobilise 4.500 militaires dont quelques centaines de forces spéciales (TF Sabre)». Ce sont celles de Barkhane qui nous intéressent :
Les Anglais assurent la logistique avec des hélicoptères lourds Chinook que nous n'avons pas, les Américains se chargent du renseignement avec une forte présence au Niger... épicétou ! Les militaires européens se sont investis dans la "formation" des unités africaines qu'on espère un jour faire précipiter en forces armées, capables de se défendre seules (le rêve passe...). Il y a aussi un appui européen à la MINUSMA onusienne qui distribue des tablettes de chocolat. Certains parlent de forces spéciales mais on peut douter que d'autres gouvernements européens engagent des groupes d'acquisition/neutralisation en pays totalement francophones.

Ceci pour dire qu'au pied du mur, la belle chimère se dissipe dans les vapeurs du petit matin. Et les excuses des Européens à ne pas s'engager plus avant sont si nombreuses qu'on vous en fera grâce, sauf à comprendre que "sans le latin, sans le latin, les nègres nous emmerdent !".

Alors que va-t-il se passer en matière de défense européenne ?

Pour ne pas humilier le président français, les trois pays voisins et quelques autres en soutien peut-être, vont renforcer la coopération au sein de l'état-major intégré d'un Eurocorps sans troupes pour apprendre à travailler ensemble mais en anglais comme à la BFA. Cette formation est d'un ridicule achevé puisque tout le logiciel OTAN est fondé sur le principe d'interopérabilité, et que ça marche très bien déjà, avec ou sans la France, en dehors de toute sujétion européenne.

Force réaction rapide OTAN
Pour finir, avouons que l'idée d'une défense européenne commandée par la France excite les appétits de notre classe politique et ceux de la piste aux étoiles à court d'emplois, mais que parfois aussi, on fait de grandes choses par simple vanité. M. Macron aura-t-il de la chance pour cette fois ? Sauf que vouloir entraîner dans l'aventure les vingt-sept pays de l'Union est une gageure qui se heurte à des impondérables autrement dangereux que notre lecture stratégique gaullienne. Il reste un non-dit : certains pays de l'Est sont hérissés à l'idée de voir leurs forces armées commandées par des Français, à cause de la Débâcle de 40 qui les a précipités dans le malheur, sans parler même des accords de Munich bien présents dans les esprits.

Le vrai réceptacle de la coopération militaire européenne est l'OTAN. Nous pouvons tout à fait rééquilibrer le poids de l'Europe dans l'organisation atlantique, d'autant plus que le président actuel des Etats-Unis est preneur de contributions augmentées en contrepartie de la diminution des siennes. Alors, soyons pragmatiques, qui veut parler plus doit payer plus. Le petit bal masqué de monsieur Macron ne trompe personne : une folle ambition personnelle. L'Europe peut obtenir la parité dans les commandements OTAN, il suffit d'y mettre le prix.

Reste l'épreuve écrite : comment conjuguer l'effet des réalités géostratégiques avec le souverainisme prôné par les droites françaises en optimisant l'autonomie de nos décisions ? Vous avez quatre heures.
Pas sûr que ça suffise.



Postscriptum du 24 juillet 2019
L'Institut Montaigne nous propose un entretien géostratégique très éclairant de Soli Özel et Stephen Walt qui mérite une lecture attentive. On peut cliquer ici.


jeudi 4 avril 2019

Soixante-dix ans et la même question !


L'article 5 du Traité de Washington (1949) commande-t-il un engagement "automatique" des pays de l'Alliance atlantique dans une guerre faite à l'un des leurs ? Le texte fut finement rédigé pour laisser une échappatoire, ce qui transparaît à sa lecture :

« Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l'article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord. »

En 1949, l'affrontement avec l'Union soviétique est perçu comme une probabilité sérieuse, à se demander seulement "quand" il adviendra. Après le Coup de Prague en 1948, les appétits du Kremlin sur ce qu'il considère comme son glacis occidental justifient une mise en défense de l'Europe occidentale mais les Sénateurs de Etats-Unis veulent garder la main sur les déclarations de guerre et ne pas être embarqués dans un système d'alliance qui a montré ses dangers en 1914 et 1939 sur le vieux continent. Ainsi l'article 5 est-il en "boîte manuelle" et pas automatique.

Un commandement français
Après soixante-dix ans, la défense intégrée atlantique, rénovée en profondeur au fil des évènements stratégiques, continue à offrir la plus sûre dissuasion aux pays membres. Il n'y a en Europe que des candidats à la rejoindre et parmi les pays intégrés aucun n'envisage de rompre. Ce qui en creux diminue d'autant la fascination pour une défense européenne qui n'a plus qu'un seul promoteur : la France, à condition bien sûr qu'elle n'advienne jamais jusqu'à nous laisser à découvert devant les grands défis de ce monde. C'est la continuation de la parade hypocrite gaullienne.

Sur Radio France internationale, Olivier Fourt propose une revue de détails de l'Alliance atlantique à l'occasion de cet anniversaire ; il parle aussi de l'article 5. Nous vous y adressons. Ce blogue par lui-même a publié beaucoup d'articles sur l'Alliance atlantique libellés OTAN ou NATO ; on peut y accéder par le nuages de tags.



Articles les plus consultés