jeudi 9 février 2012

Ça sent le cèdre pour l'Occuliste

Le bouclier sino-russe est de peu d'efficacité contre les insurrections syriennes. Il permet l'exercice local d'une brutalité sans retenue, en contrepartie de quoi les diplomaties des pays-veto sont définitivement tachées de sang. Ce bouclier assez stupide protège le régime Assad contre toute intervention étrangère... qui ne viendra pas. Et le commandant de la base de Tartous se crève les yeux aux jumelles, comme le garde-frontière du Désert des Tartares.
De la consultation de relations libanaises personnelles impliquées, il ressort que le clan Assad n'avait que deux choix. Gagner du temps par tout moyen pour muscler le parti Baas contre celui des Frères musulmans et lui imposer une cohabitation à l'égyptienne ; à défaut d'y parvenir, déclencher une guerre confessionnelle obligeant les "maisons-mères" à se ranger en ordre de bataille, le théâtre d'opérations restant en Syrie où il pouvait être contrôlé par un régime puissamment armé. Viendraient en renfort plus qu'aujourd'hui les soutiens chiites (Irak, Iran) et sunnites (Golfe, Palestiniens) et le nombre de chars ferait le vainqueur au milieu des ruines fumantes du pays, Bachar al-Assad. Les émeutes s'étant précipitées, les deux fers sont au feu.

Le parti Baas accumule les prébendes et positions-clés détenues jusqu'alors par l'Etat syrien et cherche à se déployer sur tout le territoire électif avant l'entrée en vigueur du multipartisme de façade qui, à travers les législatives, devrait lui donner une nouvelle légitimité. Peut-être faudrait-il commencer par y croire soi-même, ce dont je doute.
Reste le chaos et le sauveur.

Hélas, malgré les provocations, trop grosses pour bouter feu aux communautés, la guerre de religions ne prend pas. Pire, les communautés sont en train de se diviser en trois morceaux, assadistes, inquiets silencieux, insurgés, ce qui génère une vraie guerre civile. La dernière à se fendre sera la communauté chrétienne qui ne sait plus où elle habite. Les Alaouites qui jusqu'ici tenaient le haut du pavé, craignent de faire les frais d'une épuration à la rwandaise qu'ils voient en songe et se divisent. Leurs intellectuels se rangent au côté de la Ligue arabe et demandent ouvertement la fin de la répression. Les dénégations du président jurant la main sur le coeur ne rien vouloir d'autre que la paix civile, ne sont plus crédibles, même pour sa communauté d'origine.
Les Druzes, les plus anciens des aborigènes, ont en Syrie le contigent le plus important. Du côté du manche jusqu'ici, ils se sont révoltés mardi dernier à Souwaida. Les exhortations du comprador de service ne suffisent plus à retenir une jeunesse voulant en découdre, au sens littéral.
Les Kurdes, habitués aux promesses oubliées de tous pouvoirs, ont moyennement apprécié l'attaque contre eux d'éléments du PKK (anti-turc) à Afrin le 3 février dernier, visant à les partager. Les hommes d'affaires kurdes de Syrie viennent de créer un Conseil économique kurde oeuvrant à la protection des populations kurdes, mais pouvant servir d'embryon à une structure d'autonomie dans la Syrie post-Assad. Ils se distancient de Damas pour prendre sans doute aucun leurs appuis au Kurdistan irakien.

Et les Chrétiens ? Traditionnellement baathistes (le parti laïque Baas fut fondé en 1943 par le grec orthodoxe Michel Aflak, formé à la Sorbone), les Chrétiens ont jusqu'ici exploité la posture de protecteur des minorités prises en Irak et en Syrie par les présidents du Baas. Entre le marteau et l'enclume, titre l'hebdomadaire parisien La Vie, les communautés chrétiennes avaient échangé les libertés individuelles et les "droits" contre la sécurité. Le métropolite catholique d'Alep dénonce donc l'insécurité provoquée par les gangsters et les extrémistes étrangers sur la même lecture que celle du pouvoir, mais en appelle à l'Eglise orthodoxe russe pour les sauver, en instrumentalisant la communauté syrienne orthodoxe très menacée par son imbrication dans la région alaouite. Moscou a plus de divisions que le Vatican. Le ministre Juppé, qui ne rate jamais une occasion de se taire, a déclaré à L'Orient-Le Jour que les Chrétiens n'avaient pas d'avenir à soutenir un régime sans avenir. Sympa, mais comment faire au quotidien ? La minorité chrétienne a la particularité d'être plus visible que les autres minorités, et de n'être défendue jusqu'ici par aucune puissance digne de ce nom, depuis la fin du Mandat. La Russie voudra-t-elle assumer ce protectorat ? Il n'y a pas d'alternative. Tous orthodoxes et c'est Bysance.







mardi 7 février 2012

Du bon sens (capétien)



S'il ne fallait retenir qu'une seule raison de rappeler le roi, la disparition de la "campagne" obscène qui se déroule sous nos yeux afin de pourvoir à la fonction de chef d'Etat, serait suffisante. Il faut partir quinze jours à l'autre bout du monde ou en Lozère et revenir, effaré, pour goûter en fond de gorge le reflux œsophagique de cet écœurement.
Les Français, enfin une bonne moitié, sont totalement addictés au spectacle du cirque présidentiel et 16 millions de badauds ont écouté le 29 janvier le nouveau Janus au nez de Pinocchio, président jusqu'au bout et candidat dès maintenant à sa propre succession dont il critique le bilan de clôture. Ce dimanche-là, on se serait cru à Pyongyang sans la neige, six chaînes majeures étaient convoquées à l'oracle que les autres commentaient en boucle, et la nuit passa en "réactions". Il ne ne restait d'épargné que Gulli !
Ne voulant participer à l'étripage convenu d'une nomenklatura connivente, Royal-Artillerie ne va pas fracasser les propositions des uns sur les propositions des autres, et pas non plus altérer les programmes ronflants des capacités de l'impétrant à les mettre en oeuvre. Le niveau de la classe politique s'est de beaucoup affaissé comparativement à ce qu'il était il y a trente ans, du fait d'un recrutement de fond de panier, l'excellence ayant de meilleurs plans dans le cadre de la globalisation. L'ami des pauvres est le plus thuné du manège mais compte sur sa bouille de clerc pour enfoncer les autres, l'expérience est soutane jetée aux orties. Seule vaut la gouaille au pupitre, le bruit des incantations, et ne pas se rater au baisser de rideau comme éviter la pantalonnade, ce qui est pareil.

Notre beau pays - on finira par se le faire voler à force - se ruine en temps de paix dans les déficits en tous genres et surtout celui d'intelligence. Aucun des intervenants au pupitre de la démocratie d'opinion ne remet en cause le modèle soviétique révisé qui persiste à casser nos valeurs, nos atouts, notre génie national. Comment expliquer le maintien sous perfusion d'un modèle social en banqueroute, dont aucun de nos voisins ne voudrait (sauf les Belges wallons peut-être), sinon par le poids écrasant d'une idéologie égalitaire qui veut tout répartir au motif des principes d'équité de la Révolution française. Deux siècles ont montré que ces beaux principes étaient pervers d'application, car les hommes qui les exercent sont "étonnamment" imparfaits. Dans cette veine il n'est aucun salut. Un seul axe vaut, celui du bon sens, et disons-le tout net, du bon sens capétien : pas de paperasse, réfléchir, agir ! Faut-il encore avoir avoir reçu l'éducation idoine. Les grands dirigeants de notre république plumitive sont des ratiocineurs de complexités, pas des esprits clairs.

Du bon sens en gestion
Il serait temps de faire plus simple pour relever le pays. Est-il par exemple scabreux, injuste ou ridicule d'établir la nécessaire providence de l'Etat à l'endroit des citoyens sur les moyens que lui procure concrètement la nation ? Le Pib étant mesuré à tel niveau, la république se voit allouer un budget de tant pour couvrir ses fonctions régaliennes et de secours, moyens qu'elle sera autorisée à lever par l'impôt. Le budget annuel serait bien évidemment voté en équilibre, même si son exécution pouvait ultérieurement dégager un bénéfice ou montrer un déficit. Nous faisons tout l'inverse, on reporte les besoins d'une année à l'autre, on les chiffre et on emprunte près du tiers¹ du montant trouvé pour le financer, oui 30,61% en 2010 ! Aucune entreprise humaine ne peut résister à ça et son patron va en prison. La compta publique c'est par ici, et le travail de Bercy est très lisible. Ce chiffre de 30% est soigneusement caché au grand public dont on enfume le jugement avec le petit chiffre du pourcentage de déficit rapporté à la richesse nationale, le Pib. Un petit 5%, puis un petit 3% d'objectif de perte. On ose continuer à perdre avec une dette monstrueuse que l'on creuse encore, et la ministre du Budget fait sa mijorée à l'annonce des mauvaises notes des agences. Cela pourrait bien finir au tribunal après cataclysme économique.

Un candidat honnête devrait annoncer un retour aux équilibres le plus rapide possible quoi qu'il en coûte... à L'ETAT ! Pas à la nation ! A l'Etat ! Et au-delà de cet objectif primordial, un programme de réduction de la dette publique, sur deux décennies par exemple, financé par un excédent budgétaire à rechercher, comme le font des pays sérieux du Nord de l'Europe. A ce jour, nous n'avons entendu aucun des candidats sur cette ligne. Ils jouent à cache-cache avec la réalité, invoque la complexité, poussent devant eux les experts. Mais la cible n'est pas compliquée, seul le chemin pour y parvenir est semé d'embûches et convoque l'art politique. S'ils n'y connaissent rien, qu'ils restent donc chez eux !

Du bon sens au négoce
La ponction moins grande de l'Etat sur la nation ravivera l'économie - il pompe aujourd'hui 56% de la richesse produite chaque année - mais l'équilibre de notre commerce extérieur n'en sera pas pour autant atteint. Appliquons là-aussi le bon sens sans s'éblouir de notre orgueil national. Notre industrie est malade. Il est convenu de montrer du doigt les PME, pas assez aidées par les grandes, pas assez offensives, en délicatesse avec leur banque. On oublie dans la liste des causes leurs patrons, qui ont pour certains la fâcheuse habitude d'assécher les trésoreries pour humer le fumet d'une vie de riche, qui se contentent des positions acquises un oeil sur le cours de bourse, et ce n'est rien dire encore des héritiers. Avant de partir pour le crématorium, derrière l'Hispano-Suiza du mort aurait dit Barenton², on cherche le fonds de pension américain qui va vous débarrasser des soucis d'entrepreneurs et vous permettre de vous recycler gavé dans le foncier à Ibiza. Il en est aussi de formidables, passionnés jusqu'au bout, qui n'ont pas le bagout nécessaire pour capter l'attention, qui sont la chaîne du tissu industriel français. Désabusés on ne les entend pas. Mais à l'inventaire de nos insuffisances, on exonère les grosses entreprises des causes du désastre.
Le bon sens du poisson qui pourrit par la tête nous indique que l'attention devrait se porter sur le haut management. C'est tabou. Peut-on mettre en doute l'excellence managériale des X-Mines et Ponts, des Centraliens, des Supelec et même des HEC ? La classe dirigeante accepte qu'on critique la cooptation endogamique des conseils d'administration, sans doute pour signaler en creux qu'il n'y a pas de places libres, mais pas le génie universel de nos grandes écoles. Certes, ils ont concouru et les meilleurs "polars" ont gagné ; mais les managers de même niveau, sortis des universités étrangères, leur mangent la soupe sur la tête. Il y a un truc ! En plus d'une suffisance congénitale - voir la liste des contrats internationaux perdus par vanité - on décèle les défauts dont le plus courant est celui la compétence en équipe occultant une moindre valeur individuelle dans le travail personnel. C'est le propre de la filière prépa-grande école de former des bêtes à concours à la tête moins bien faite. Au contraire de quoi, l'université, après un sévère écrémage, que des andouilles lui reprochent, produit des compétences automotrices, capables de s'investir à fond dans des projets et ne craignant pas la solitude de la réflexion poussée.

Le bon sens, encore lui, voudrait que l'on réserve la filière grande école à pourvoir l'Etat, ses arsenaux et ses armées, et rien d'autre, comme l'avait senti Napoléon. Et que l'on ouvre les directions générales du CAC40 à des docteurs de la filière universitaire. Sans sacrifier à la mode nouvelle de Montoire, signalons que bien des patrons de la Deutschland AG ont commencé leur cursus par l'apprentissage et l'ont achevé par un doctorat. Passons voir la mise à jour et fermons la parenthèse.

Je vais regarder ma télé ce soir au cas où une de ces idées y serait promue. Sait-on jamais, les miracles existent, la meilleure preuve n'en est-elle pas l'Euromillion ?.


(1) Sans pouvoir démonter la créativité comptable des services de Bercy, ils disent avoir dépensé 365,9 milliards d'euros et encaissé 253,9 Md€ en 2010. Pour 2011 ils "font" les chiffres.
(2) Propos d'un confiseur d'Auguste Detœuf

dimanche 5 février 2012

Un "six-février" en 2012 ?


La République des concussionnaires faillit mourir au sixième jour de février 34. Le hasard, les circonstances, lui accordèrent un sursis à exécution de six ans. Liquéfiée à terme, elle disparut à l'égout, dont on tira cinq ans plus tard la même mouture recyclée prenant le numéro suivant. Pour seulement treize ans. Au bout desquels elle rendit les clefs à son fondateur qui, un numéro plus loin, en fit sa chose. Celle-ci va fêter ses 53 ans le 13 mai prochain si on compte le premier jour de la V° République au putsch d'Alger. C'est beaucoup pour une République. La déliquescence de ce régime césarien exacerbé par le quinquennat, est conduite par l'impéritie d'héritiers sans talents ; annonce-telle un saut de numéro ? Si ça vous amuse ! répondrait le président Mitterrand !

La question du jour ne peut-elle être : un 6-février bientôt ?
Y a-t-il des analogies ? Oui et non. Si la crise économique est bien là et que la crise sociale induite pointe l'oreille, il n'y a pas de ressentiment profond contre la classe politique, bien que des affaires comme Karachi, Taïwan puissent y suppléer. Le "tous pourris" est un agacement populaire qui peut dégénérer au pire en entartage ! Il n'y a pas non plus de structuration du peuple en ligues comme autrefois, pas plus d'ailleurs qu'une vision structurée¹ de la société, laissée à la satisfaction de ses besoins et loisirs. Disparue aujourd'hui l'éthique fasciste de Drieu La Rochelle, souvent appariée à l'esthétique de Robert Brasillach* dont la gravité fait sourire de nos jours : « Le facisme n'était pas pour nous une doctrine politique, écrit ce dernier en 1941. Il n'était pas davantage une doctrine économique... Le fascisme c'est un esprit » (Notre Avant-guerre). Drieu était plus lyrique encore quand il affirmait dans L'Emancipation Nationale que « c'est le mouvement politique qui va le plus franchement, le plus radicalement dans le sens de la restauration du corps - santé, dignité, plénitude, héroïsme - dans le sens de la défense de l'homme contre la grande ville et contre la machine ». Que l'on puisse appliquer la devise, juste coupée après "homme", aux jeunes russes du Komsomol n'étonnera personne d'informé. «Qui possède la jeunesse, possède l'avenir» disait-on à l'Est, et son encadrement allait de soi. Les temps étaient à l'exaltation d'une jeunesse saine et généreuse, printemps du monde nouveau. Normalement on devrait incruster ici le MP3 de la Giovinezza italienne pour planter un piton.
Nous sommes loin de tout ça. Discobole mal en phase avec son futur, Drieu La Rochelle interrompra sa "marche au soleil" en 1945, non sans avoir exploré l'écho marxiste de son fascisme bucolique. L'esprit² de 34 avait vécu, écrasé sous ses propres bombes. L'éthique naturelle qu'on ne disait plus fasciste sera reprise par d'autres tout au long de la reconstruction européenne dans des mouvements anodins virilisants sous la rosée matutinale, jusqu'au jour de l'étouffement mercanti, ordonné par la société de consommation et de jouissance à crédit. Les fumées de shit ont remplacé l'air pur de la cambrousse. Il n'y a plus d'idéal, il n'y a que des besoins.
* messe du souvenir pour Brasillach, fusillé le 6 février 1945, pour sa sœur Suzanne (†2005) et son époux Maurice Bardèche (†1998), ce lundi 6 à 10h à Saint-Jacques du Haut-Pas à Paris.

Si le fascisme est passé de mode, si le naturalisme fleuri qui fit les beaux-jours des peace&love s'est éteint dans le caporalisme écologiste, si le Sens de l'histoire a curieusement disparu à la chute du Mur et laisse tourner en rond la générosité de la jeunesse, une rébellion molto strano n'en gronde pas moins. Chez nous les experts la situent dans "la France invisible" et d'une rébellion épisodique à la révolte générale il y a peu à franchir. N'attendons pas l'Insurrection qui vient portée par les maigres effectifs d'un prolétariat en fuite vers le tiers-monde - quoique mille Black Blocs puissent faire des dégâts -, pas plus une révolte altermondialiste confisquée par des professionnels de l'agitation payée au mois ; mais une révolte complètement démocratique de la jeunesse - au sens péjoratif grec - abusée par la gérontocratie en place.
Palliant le mutisme du Ministère de l'Intérieur, la Fédération des pompiers décompte 30.000 voitures brûlées en 2011, sans compter la statistique Paris et Couronne en cours ! Los indignados s'amalgameront-ils avec les incendiaires des cités ? Quand ? Faudra-t-il lancer sur nos places Tahrir de faux révoltés pour les vaincre par absorption ? Les digéreront-ils ? Que les officiers de pont du Titanic se rassurent, les insurgés disparaîtront probablement de fatigue tous seuls au bout de quelques mois, mais notre société se sera échouée, ils auront noyé la salle des machines, le poumon d'acier de l'Etat en réanimation, cet Etat impotent qui prend son oxygène de la confiance des prêteurs étrangers qui le perfusent. Il sera à terre, sans le sou, à la merci des usuriers qui dépèceront le pays. Ça a commencé. Les investisseurs arrivent.


Que penser du grand foutage de gueule quand on a vingt ans ! Le mois finit le vingt si l'on a un travail, on se loge par miracle, par copains, par maman, les remarques les mieux fondées, même civiques, se brisent sur le mur des guichets qui ne sont jamais responsables, la force a toujours raison, la couleur de peau fait le suspect, tout ira mieux demain, les politiciens s'occupent des futilités nécessaires, le parlementarisme joue à chat avec un exécutif d'annonces, et chacun de s'abonner au syndicat des sortants car l'échéance du bail approche. Pas d'idées neuves, pas de courage politique, des mots, des slogans usés, de la com, des spin doctors par wagon complet, des plateaux télé, des tweets, de bons jeux de mots et des mauvais ! A la fin rien ne bouge, un peu de presse, un peu d'écume c'est tout. Non ! Des millions de chômeurs.


La jeunesse est manipulée, surtout par ceux qui s'en disent proches ; mais elle le sait. L'élan des "indignés" a pris naissance dans l'opuscule d'un vieillard scandaleux, Hessel, posture et imposture, organisateur avec d'autres à la Libération, de l'Etat invasif baptisé social-démocratie. Devenu Providence par inclination naturelle des gens à l'indolence, cet Etat en faillite ferme aujourd'hui les fenêtres de l'esprit et de la contestation pour jouir des derniers remugles de son pouvoir sur la nation dont il tire toute substance et rémunération. Au-delà du débat philosophique entre l'histoire faite et l'histoire en perpétuelle construction, toute l'affaire des lois mémorielles d'obligation³, les lois de contrôle des libertés internétiques, celles réglant les comportements sociaux et calibrant les moeurs acceptables, les interdits de la nouvelle coutume éditée par les ligues morales, tout converge à la contrainte au moule pour mille choses du quotidien. La fabrication de l'homme nouveau n'a jamais été aussi avancée et insupportable littéralement. Qu'il est loin cet homme nouveau en chemise d'uniforme brune ou noire ! C'est son cerveau qui est maintenant vêtu par l'Etat, sous l'uniforme de la pensée unique.

Y a-t-il des analogies ?
Peut-être ben qu'oui ! Reste à observer où s'allumera la mèche d'un prochain "six-février". J'attends.



(1) Voir les leçons de l'échec tirées par Maurice Pujo.
(2) On peut creuser la question en ligne avec Persée qui publie les notes de Raoul Girardet sur l'esprit d'un fascisme français de 34 à 39.
(3) Au débat du 23 janvier dernier pour le vote au Sénat de la loi anti-turque, le sénateur corse radical Alfonsi s'exclamait au micro en des termes approchant ceci : "Tout le monde est contre cette loi ubuesque en commission mais une majorité sera trouvée en séance pour la voter !" Les clients du jour étaient les franco-arméniens. Que vendra-t-on demain aux franco-turcs, franco-machins ou franco-trucs pour ramasser cent mille voix au râteau croupier ? La classe politique se défend chaque jour de vouloir créer le puzzle communautariste dans ses intentions ciblées, mais par ses lois de conjonctures, ses interprétations douteuses des textes, elle s'y emploie avec application dès les sunlights éteints. L'antiparlementarisme ne peut être que primaire pour la majorité silencieuse, comme en 34.

samedi 4 février 2012

Le Nonagone de l'artilleur







ERREUR 404
 Ce billet-programme est reporté au 14 février 2012 
Désolé pour le ping malencontreux.



vendredi 3 février 2012

C'est terminé le French denial


Tous les exercices OTAN du théâtre Centre-Europe comportaient après 1966 une clause de jeu créant un grand trou noir au coeur du dispositif allié par retrait des états-majors français de la guerre simulée. Des refus explicites de Paris dans des cas particuliers comme le bombardement du compound de Kahdafi à Tripoli en 1986, la communication par un officier français de la DGSE des plans CINCSOUTH d'attaques aériennes de la Serbie en 1999, et bien d'autres griffures dans le pacte atlantique, avaient convaincu les analystes patentés que l'allié central était peu sûr. Cette répulsion imprègne toujours les discussions anglo-saxones à la machine à café et l'éclat électoraliste du président français acculé par les sondages à hâter le retour de nos soldats perdus en Afghanistan a fait renaître la question du French denial. Jeffrey Lightfoot, de l'Atlantic Council, en a fait des tonnes dans le genre "je vous l'avais bien dit" et le vieux sage autoproclamé Brzezinski s'est dit stupéfié ; nous savons depuis longtemps qu'il nous déteste parce que nous avons laissé crever la Pologne en 1939.

Accordons-leur que Sarkozy n'a jamais eu la manière en aucune de ses décisions, c'est son côté plouc endimanché. Mais sur le fond, même si l'annonce n'aurait pas dû suivre de si près l'assassinat des quatre formateurs français à Gwan, il a raison, et ses raisons sont fondées sur l'analyse de terrain. Contrairement à ce que proclament les hauts-fonctionnaires de l'OTAN à Bruxelles, la perspective de relève locale des forces alliées n'est pas aussi rectiligne, le rapport de doutes sciemment fuité par le Pentagone le confirme. Et mal leur en a pris de monter sur leurs grands chevaux contre la France à la veille de la réunion des ministres de la défense au QG de l'OTAN à Bruxelles puisque Léon Panetta y a déclaré hier que les Etats-Unis hâteraient leur retrait comme l'avait décidé Paris !
Ainsi l'offensive se terminera un an plus tôt et le bébé sera passé à l'Armée Nationale Afghane fin 2013, mais des appuis feu, soutiens logistiques, structures sanitaires et des conseillers militaires resteront pendant la transition qui s'achèvera fin 2014 comme prévu. L'OTAN sauve la face. Seul le gouvernement Karzaï se sent trahi, mais à force de tirer des fils dans tous les sens, il aurait pu deviner que son jeu était opaque et donc analysé comme un danger pour la Coalition.

Sans faire les tarots, on peut prédire que l'infanterie de l'ANA va être poussée en première ligne et que l'accompagnement quotidien ISAF au sein des compagnies engagées sera remplacé par un cadrage briefing-debriefing de chaque opération, bien au chaud dans la casemate comme le pratique déjà les Américains. Ayant jugé le bas niveau d'instruction des unités élémentaires et le peu de progrès à en attendre par porosité avec un environnement hostile et complice à la fois, on se dirige vers une "guerre à l'italienne" recalibrée en patrouilles tranquilles et préavisées ouvertement.

L'intérêt de la Choura de Quetta, gouvernement en exil de Mollah Omar, n'est plus de mettre le pays à feu et à sang dès lors que seule la paix des campagnes incitera les unités alliées à faire retraite. Pas non plus de couper leurs convois quand ils se mettront en mouvement. On pourrait parier qu'un flux logistique important pourra descendre au port en eau profonde de Gwandar par la route stratégique Kandahar-Quetta-Balouchistan en pleine quiétude, les abords étant sécurisés par les insurgés.
Dans ce grand silence, l'ANA perdra toute motivation et deviendra une gendarmerie cantonale. Quant au clan Karzaï, il rachètera une chaîne de pizzeria aux Etats-Unis pour se refaire.

Spéciale dernière : L'OTAN vient d'endosser la décision franco-américaine de retrait anticipé sous couvert de défaisance des opérations militaires à l'ANA fin 2013 et l'applique à l'ISAF.
Si ces annonces de retrait décrétaient la paix, la donne des trois ans qui viennent pourrait être changée même si à la fin les Talibans reprennent les guides, avec l'appui indéfectible de l'ISI pakistanaise et la résignation de la majorité silencieuse afghane usée par 33 ans de guerre. C'est moche pour les femmes et les fillettes, mais nous aurons tout tenté.

- une belle tête de vainqueur -

MegaUpload

Cet article a paru en page Société de l'Action française 2000 datée du 2 février 2012 sous le titre "Flux culturels et subversion". Il entre en archives RA.

Le Forum économique mondial de Davos qui a clôturé ses travaux dimanche dernier a planché, entre autres risques planétaires, sur celui de l'inter-connectivité. Les experts du forum ont identifié, parmi une dizaine de risques graves, l'hyper-complexité de notre société dont les infrastructures essentielles telles que l'électricité, l'eau, le gaz, les transports, les communications et la circulation de l'information sont désormais à la merci de groupes d'individus organisés en réseaux parfois éphémères, capables de provoquer à très peu de frais des dévastations dans les domaines économiques voire géopolitiques, quand il fallait autrefois mobiliser d'importantes ressources à la seule disposition des Etats pour y parvenir.
C'est dans ce contexte qu'a surgi l'affaire MegaUpload et la réplique des Internautes. Si le grand public y voit la charge des ayants-droits jusqu'ici contentés par des lois fortement rémunératrices pour les producteurs de supports d'abord, les fournisseurs d'accès ensuite, et s'il en reste, les créateurs, il constate tous les jours que le marché des biens culturels s'est retourné et que le modèle de captation en cascade de la valeur ajoutée est désuet. Le combat des voraces contre les coriaces, comme disait le député Jean-Pierre Brard lors des débats kafkaïens sur la loi « Création & Internet » (Hadopi), est lancé. L'agitation médiatique des faiseurs d'opinion contre une nouvelle industrie qu'ils ne comprennent pas vise à occulter le changement de paradigme qui a transféré le pouvoir du monde physique au monde virtuel. Et la vraie question est là. Jusqu'où iront les Anonymous dans leur riposte pour défendre ce nouveau commerce des idées et de l'art.
MegaUpload était un site mondial d'hébergement de fichiers trop lourds pour être transmis en pièce jointe d'un email. Y cohabitaient fichiers légaux et illégaux au sens des lois de copyright. Confisquer les serveurs amalgame gens de bonne foi et pirates, et les pénalise tous avant un quelconque jugement. Les réseaux alternatifs comme Les Anonymous combattent autant pour la liberté d'accès aux données transférables que contre l'autonomie répressive d'administrations incontrôlables.
En revanche, si bloquer les accès au site du FBI, de l'Elysée, de la HADOPI, de Vivendi, du Parlement européen et d'autres grandes institutions est devenu anodin à cause du bombardement médiatique incessant, l'affaire est riche des prémices d'une Anarchie revenue.
Certes, ce ne sont pour le moment que les sites Internet accessibles de l'extérieur qui sautent par déni de service (surcharge des demandes d'accès) et pas encore les réseaux intranet bouclés sur eux-mêmes, mais des passerelles existent, construites et bloquées par des humains et donc franchissables et démontables par des humains. N'a-t-on pas vu les programmes informatiques de commande des centrifugeuses nucléaires iraniennes infectées par un virus israélien ? Des hackers devenus depuis professionnels de la sécurité ont piraté des bandes magnétiques et des documents classifiés, des codes d'accès sensibles dans des organisations aussi protégées que le Pentagone, la NASA, des codes bancaires dans des comptabilités sécurisées ou des fiches signalétiques de police. Ces données peuvent être altérées et réinjectées assortis de codes de prolifération. S'il s'agit de la conduite d'un réacteur atomique, de la route d'un navire ou du pilotage d'un aéronef, on frôle la panique.
Il y a en plus des fous géniaux comme l'Anglais Gary McKinnon, obsédé par l'invasion des lézards, qui casse l'informatique des commandements américains pour en extraire les preuves irréfutables. Mais les occupations coupables de quelques cerveaux enrichis en synapses ne sont rien à côté d'une subversion cybernétique. Les Anonymous qui mènent un combat de fourmis rouges contre l'Autorité permettent de déceler l'émergence des vielles recettes de déstabilisation de notre société, le rêve inachevé de leurs grands aînés, Bakounine, Kropotkine, Malatesta. Espionnage, sabotage, guerre électroniques sont des menaces prises en compte au plus haut niveau des organisations de défense et l'attention des observateurs est doublement captivée par l'implication évidente des réseaux sociaux, grands ou discrets, dans les révoltes arabes.
Ainsi le tapage médiatique autour de l'affaire MegaUpload occulte-il la prise de conscience par l'opinion de nouveaux dangers qui planent sur nos sociétés, expulsant du raisonnement de l'électeur moyen le doute légitime quant à la capacité de nos dirigeants de s'en prémunir et le cas échéant d'y faire face. Nous n'osons croire qu'on puisse éteindre un pays avec relativement peu de moyens physiques, compensés par du talent. Et pourtant.



mardi 31 janvier 2012

L'Alliance royale et la question nucléaire



Le 13 janvier dernier fut la journée atomique du parti politique royaliste. Patrick de Villenoisy, candidat à la présidentielle de l'Alliance royale, est allé voir la centrale d'Avoine implantée au coeur du parc naturel régional de Loire-Anjou-Touraine. La centrale nucléaire dite de Chinon rassemble les développements successifs de la filière française, depuis le premier réacteur historique de la technologie graphite-gaz transformé en musée, jusqu'au quatre gros réacteurs à eau pressurisée qui débitent 900MW chacun et allument la moitié nord-ouest de la France.

La question nucléaire n'est pas un enjeu sociétal mais vital, encore moins un conte de sorcières. Il était urgent que le parti royaliste, génétiquement écologiste, prenne une position claire dans le débat stratégique en termes de sûreté des approvisionnements énergétiques après les doutes qui ont surgi par tout l'Occident à l'annonce de la fonte des réacteurs de Fukushima. Le coup de pouce donné aux énergies renouvelables est-il au fond si judicieux ?

Les énergies renouvelables existent depuis toujours car il fallait bien mouvoir les masses dès qu'on eut la mauvaise idée d'affranchir les ânes tournants. Moulins à eau, moulins à vent, étaient assez puissants pour couvrir la demande locale des meuniers, scieurs, foulons, pressoirs, pompes, norias, tours à forer et même marteaux-pilons, mais ces principes furent déclassés par l'explosion des besoins de la révolution industrielle. On passa à la vapeur et on y est toujours. Les centrales nucléaires sont des machines à vapeur. Chaque réacteur de Chinon délivre une puissance vapeur équivalente à 1266 locomotives Mikado, les dernières en service à la SNCF. On ne va pas ferrailler une pareille puissance sur un froncement de sourcils de monsieur Mamère parce que sa maman a raté son voyage organisé à Hiroshima en 45 !


Les énergies substitutives au courant de réseau n'ont pas disparu du paysage économique ; elles perdurèrent par endroit et cherchèrent à (re)conquérir la production domestique dans le mouvement de 68. Ainsi vit-on revenir près des rivières les roues Pelton, les Poncelet, les turbines Kaplan, capables de fournir le courant à une exploitation ; sauf que le sacrosaint monopole de l'EDF vous obligeait, et vous oblige toujours, à livrer le courant pour que l'EDF vous le revende. Vive L'Etat bête,  toi dont le règne est méconnu. Dans cette renaissance, le moulin à vent fut moins prisé pour la raison simple qu'il faut du vent. On a le même problème avec les éoliennes sophistiquées ; le vent ! Et qu'en pense Monsieur de Villenoisy venu observer la centrale trapue d'Avoine ?

La France dépend environ à 80 % du nu­cléaire pour ses approvisionnements en électricité. C’est une filière d’excellence dans laquelle notre pays est parvenu au plus haut degré de savoir-faire et de compétence au niveau mondial. Les énergies de substitution que sont l’éolien ou le photovoltaï­que ne sont pas prêtes. Elles représenteraient une augmentation considérable du coût de production en électricité. Si, notamment, nous considérons le coût de construction de l’éolien par rapport au nucléaire qui est déjà tout construit, nous arrivons à des rapports inimaginables de l’ordre de quatre fois le nucléaire pour l’éolien terrestre et de huit fois le nucléaire pour l’éolien offshore. Il faut bien préciser que ces coûts sont ceux calculés par rapport au fait que le nucléaire est déjà construit alors que l’éolien est à construire. Évidemment, l’éolien une fois construit, il faudrait diviser le rapport par deux ou même trois en sorte que l’éolien offshore, par exemple, ne représenterait plus que trois fois le coût du nucléaire.
Il faut aussi considérer les aspects écologiques et esthétiques, sans parler du fait qu’au moment où nos besoins en énergie sont les plus forts, l’éolien ne fonctionne pas, car en plein hiver nous sommes en période anticyclonale et il n’y a pas de vent. On sait que l’éolien fonctionne à 30 % de ses capacités potentielles et que la durée de vie de ses matériels n’excèdent pas pour l’instant une quinzaine d’années.
La différence est encore plus grande avec le photovoltaïque qui représenterait un coût comparatif considérable qui disqualifie, en l’état de nos connaissances, cette énergie.

L’Alliance royale tient aussi à rappeler que le désengagement par rapport au nucléaire représenterait un risque important. En effet, la filière nucléaire, qui attire à elle nos meilleurs ingénieurs, ne le ferait plus à l’ave­nir dans l’hypothèse où nous programmerions son démantèlement à terme. Nos ingénieurs se détourneraient ainsi d’une carrière condamnée. Il en résulterait un risque lié à la baisse de compétence qui rendrait cette filière dan­gereuse et lui ferait perdre son niveau d’ex­cellence. Dans la conjoncture économique actuelle de notre pays, cela relève de la plus grande impéritie que de préconiser ces mutations qui compromettraient nos approvisionnements stratégiques en énergie.

L’Alliance royale propose donc de main­tenir le nucléaire qui procure aux Français l’énergie la moins chère du monde. Nous ne considérons les autres énergies que comme des voies de recherche dans lesquelles nous préco­nisons d’investir pour trouver d’autres sources d’énergie et pour maintenir notre niveau de recherche. (BPO 67 - Bulletin périodique officiel de l'Alliance Royale n°67)

Les Français aimeraient bien que tous les candidats à la présidentielle soient aussi clairs que le comte de Villenoisy. La dispute y gagnerait en intelligence. Sans doute aucun il est judicieux de pousser les énergies renouvelables au niveau domestique pour les petites structures de production bien placées, mais en privilégiant la liberté d'installation de préférence aux subventions étatiques qui faussent le jeu. Qu'adviendra-t-il de tous ces ventilateurs quand ils ne seront plus favorisés par un prix d'achat extravagant du courant produit ? Libérons l'accès aux rivières en accord avec les usagers locaux, regroupés en syndic de l'eau comme dans l'ancien temps, et multiplions les moulins de rivière, partout branchés directement sur le circuit domestique de force et lumière de la maison ou du hameau. Nous y gagnerons globalement une réduction de l'appel aux centrales, et nous obtiendrons localement une sûreté de fourniture. Et laissons au génie nucléaire la mission de fournir tous les autres à bon compte. Comme le dit le candidat, nous avons un niveau d'excellence en nucléaire. Ne gâchons pas nos chances dans la guerre économique.





NB: Le Bulletin périodique officiel de l'Alliance royale (BPO) n'est pas réservé aux militants du parti. Vous pouvez vous y abonner en remplissant la fiche ci-jointe avec un chèque de 12€ ou un virement bancaire.



Mise à jour du 1er février 2012
Le Cour des Comptes vient de publier un rapport thématique sur la filière nucléaire. Ce rapport est très intéressant et complet. Une version visuelle abrégée prémâchée est disponible pour les journalistes !! Produit par la Cour des Comptes, il ne disparaîtra pas des écrans de sitôt. La synthèse est accessible par ici.
On en retiendra que le coût courant économique du parc nucléaire français ressort à 49,5 euros par mégawattheure. C'est déjà 7,5€ plus cher que le prix de cession Arenh sur le marché inter-négoce et 73% de plus que le prix (HT) facturé aux consommateurs de la première tranche horaire, 28,63€.

Commentaire : s'attendre à des hausses de tarif pour provisionner maintenance et démantèlement des réacteurs selon leur âge, est avisé. Mais même avec une hausse drastique des prix de l'électricité pour combler l'écart, la filière reste la plus économique.
Les 49,5€/MWh du rapport s'opposent aux coûts suivants des filières concurrentes :
20 à 50€/MWh pour l'hydraulique
60 à 90€/MWh pour le gaz
80 à 115€/MWh pour l'éolien ancré à terre
160 à 300€/MWh pour le photovoltaïque

samedi 28 janvier 2012

Place Tahrir ou des Cocus

 

Que pense le maréchal Tantawi, embaumé vivant derrière son bureau reverni ? Qu'ils pendent le raïs et me foutent la paix ! Il a pris ses assurances auprès des Frères musulmans vainqueurs des élections, à charge pour eux de laisser l'état-major venir à une retraite tranquille, à charge pour lui de leur prêter main forte dans la pacification des naïfs. L'humour cairotte, redoutable de précision et acidité, aura-t-il raison du pacte de non-agression mutuelle ? J'en doute si les salafistes s'en mêlent. Demandons-le à Tariq Ramadan, grand enfumeur de gaouris devant l'Eternel. Il est courageux.

Islam, pluralisme, démocratie dans ses fondements plutôt que dans ses pratiques, deviennent un amalgame possible de la nouvelle alchimie islamique. La non-représentation des niais de la Place est un vrai problème d'autant qu'ils se sont dressés contre sans trop savoir ce pour quoi ils se battaient, plus loin que la liberté individuelle à l'occidentale. Sont-ils adaptables à l'Etat des Frères ? A l'évidence ils n'ont pas combattu la religion et accepteront peut-être les finalités d'une charia dépouillée des règles néandertaliennes. L'Islam littéral du Coran ânonné est très minoritaire et cantonné au monde arabe. Wahhabites et salafistes sont l'exception culturelle fondée sur l'illettrisme et le lavage de cerveaux des madrasas. Le centre de gravité de l'Islam est quelque part entre la Turquie, la Malaisie et l'Indonésie où cohabitent, avec quelques accrochages sanglants parfois, les valeurs occidentales et celles de l'islam réformé.

Sans doute Tariq Ramadan dévoile-t-il sans y toucher la ruse des Frères musulmans, dont son grand-père fut le fondateur, assassiné par la police du roi Farouk. Un Etat, civil d'abord, reconnaissant l'expression de tous et affichant à tous les carrefours de l'opinion la liberté de dire et faire jusqu'à la limite non franchie de ne pas agresser la liberté d'autrui. C'est cette frontière qui va devenir mobile, avec la mise en pression de cette liberté d'opposition aux nouvelles valeurs ; en même temps que seront nommés aux postes-clés de tous niveaux, du quartier aux ministères, des Frères et des idiots utiles. Sera établi plus tard un Etat islamique adapté aux mœurs égyptiennes passablement corrodées par le canal de Suez, quand la société aura été patiemment verrouillée.

Les chancelleries européennes ne croient pas aux assurances des Frères Musulmans la main sur le coeur, même s'ils enfreignent en s'en vantant un principe majeur de la charia: ils vont lancer des emprunts à intérêts sur le marché international des capitaux pour faire vivre le pays. Les Américains du Département d'Etat restent très prudents, se contentant d'émettre des avis sans frais, mais David Pollock, une pointure du Washington Intitute for Near-East Policy (clic), expliquait hier soir le double langage de la confrérie en se fondant sur des exemples concrets, faciles à trouver entre leurs deux sites, anglais et arabe. On peut lire son article ici. Nous ne nous y attardons pas, chacun devine.

crédit Shawn Baldwin, NYTimes
La fin de l'histoire risque de ne pas être celle attendue. Au-delà des questions "fondamentales" sur la préséance des valeurs, va surgir le retour de bâton économique. Si les Frères musulmans ont prospéré indéniablement sur la misère bien réelle des laissés-pour-compte de la société égyptienne en politisant leurs œuvres caritatives, il leur était utile de dénoncer le système, un des plus pourri de la région. Il n'y a aucune raison aujourd'hui de prédire aucune embellie économique pour l'Egypte "crasseuse", d'autant que le tourisme s'est effondré et qu'il n'a jamais nourri tout le monde. Trouveront-ils des fonds islamiques pour donner le change en endettant la nation jusqu'au cou ? Les bailleurs ont eux-aussi leurs limites et leurs sûretés, et il est peu probable qu'ils pontent à fonds perdus. Reviendront un jour place Tahrir les cocus d'hier en bien plus grand nombre et le peuple immense des bidonvilles derrière eux, voulant monnayer leur espérance disparue*.

Liberté, égalité, tolérance ne sont pas inscrits dans la Charia. C'est là que se croisent à quatre-vingt-dix degrés les valeurs de la place Tahrir et celles du nouveau parlement. C'est ce sac de nœuds le bout de l'histoire.


(*) addendum postérieur : c'est exactement ce qu'il s'est passé avec l'appel à Abdel Fattah al-Sissi le 3 juillet 2013.

Articles les plus consultés

Compteur de clics (actif)