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mercredi 21 juin 2023

Mouseland, une tentation d'anarchie

drapeau noir de l'anarchie
(PJP)
En été, fais ce qu'il te plaît ! Cette insurrection qui vient doucement et que d'autres (Cortes et Leurquin) appellent "L'Affrontement", ne pourra être contenue sans que soit augmentée la répression au-delà des dispositions du droit actuel, ce qui augure un durcissement de la loi. Mais avec une majorité relative sous tension au Palais Bourbon, la marche au flicage n'est pas gagnée d'avance. On rit déjà aux contorsions sémantiques indispensables au gouvernement pour agréger à son projet répressif les partis de la périphérie affamés de maroquins. Elisabeth Borne va devoir avaler le chapeau, la jugulaire et la plume de faisan qui jusqu'ici l'ornait. Son problème est que tous les moyens existent ailleurs pour bloquer l'insurrection et qu'on ne peut botter en touche en mettant l'affaire à l'étude comme d'hab. Ils existent, tels qu'ils sont déployés largement par les régimes autoritaires, même barbouillés d'un pastel démocratique, et que s'y adonner n'est pas moral aux yeux de la bienpensance, laquelle s'y fera quand même, soyons-en sûrs, dès que la maison de campagne en Normandie sera menacée. Comme le suggérait une fois Ségolène Royal, le ministère de la police chinois te réglerait ça en trois coups de cuillère à pot, avec la reconnaissance faciale et la numérisation de toute vie, dans l'espace public pour commencer.

Le suffrage universel et l'exercice obstiné de la démocratie à éclipse que le peuple a choisi en 1962 sans n'y rien comprendre, ne règleront rien. Chacun doit se préparer mentalement à être gouverné autrement demain. Peut-être même à ne plus intervenir dans la sphère politique existante sauf à la marge. Vous verrez s'affronter deux mouvances, l'anarchie peut-être organisée, parée de noms moqueurs ou généreux d'une part, et le bloc de la Raison qui tiendra sur ses intérêts de l'autre. Entre les deux, des partis liquides comme LR ou le PS en attente d'être liquidés et des coteries du bonneteau politique rappelant les partis de la Fronde. Le modèle actuel est mort de toute façon.

L'anarchie en bas ? voire "l'anarchie plus un" de Charles Maurras ? Je répondais tantôt à un intervenant qui m'est cher que si je promouvais la démocratie directe à l'échelon des collectivités locales, avec territorialisation de l'impôt consenti pour responsabiliser le votant, j'attendais en revanche un système fondé sur les provinces (comme le Bundesrat) pour légiférer à l'échelon national. Parce qu'à ce niveau d'appréhension des enjeux, faire voter des gens sur un programme comportant, outre les mesures clientélistes abondant au Hamac national, les gigafactories, l'ordinateur quantique et la loi de programmation militaire, c'était se foutre du monde. Quant aux capacités cognitives du peuple, que ne dira-t-on ici qu'on n'ait déjà mille fois dit partout, jusqu'à la boutade de Winston Churchill sur le régime parlementaire "...à l'exclusion de tout autre", formule ironique assénée en dernier recours par les thuriféraires de la démocratie universelle et que je traduis par un "mais vous l'avez voulu !". En fait, c'était une vacherie du vieux lion machouillant son Romeo y Julieta.

Dans sa parabole des chats gouvernant les rats, Thomas C. Douglas (1904-1986) s'insurgeait contre la servitude volontaire des peuples régis par les protocoles démocratiques. En 1576, Etienne de La Boétie avait déjà fait le tour de la question, apparemment en vain, à voir la supercherie démocratique actuelle. En 1961, Douglas avait repris le concept en le décapant à l'acide de la lutte des classes et ça avait donné "Mouseland" (cinq minutes qui en valent bien plus):



Liens de cet article en clair :
- L'anarchie sans désordre (PJP) : https://lireestunplaisir.wordpress.com/2021/03/20/lanarchie-est-la-plus-haute-expression-de-lordre-elisee-reclus/
- La Boétie : https://www.espacefrancais.com/la-boetie-discours-de-la-servitude-volontaire/
- Tommy Douglas : https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/tommy-douglas

lundi 31 août 2020

"Moment" de l'histoire

Moment, s.m. s'entend en mécanique du produit d'une force par sa distance à un point ou à un axe ; c'est ainsi qu'on dit que la somme des moments de deux composantes est égale au moment de leur résultante, par rapport à un point quelconque pris dans leur plan (Maurice La Châtre, Dictionnaire universel, Paris 1854)

 


Comme l'affirmait Vaïsse Villiers - je ne le sus que plus tard après être passé mille cinq cent quatre-vingt-seize fois devant sa plaque de rue pour aller à l'école - l'histoire est cyclique, une roue lente toujours en mouvement sur un moyeu qui orbite dans l'univers du Destin. Aussi souriais-je souvent par la suite d'entendre que l'histoire ne repassait pas les plats sans parler du fameux sens marxiste de l'Histoire qui permit à la France de se retirer de toutes ses positions pour devenir la nation qui pérore en souvenir de sa grandeur. Je compris aussi pourquoi de grands esprits avaient investi tant d'énergie à produire des leçons édifiantes à l'attention de leurs contemporains comme Grandeur et décadence de l'Empire romain, qui n'était finalement qu'un solennel avertissement. Il est plus que temps de mettre en perspective - si ce n'est trop présomptueux - la décadence de l'empire occidental !

Est-il besoin d'en faire la démonstration ? Même pas, la démographie négative et la part étrécie de richesses produites par l'Occident rapportée au total de l'activité humaine sur terre parlent d'elles-mêmes. Ce reflux est-il une décadence ? C'est le début d'une bonne question à laquelle tous les gouvernements répondent non, plutôt un ajustement historique de la tectonique des continents. Sans revenir à Dioclétien ou Charlemagne, nous retrouvons aujourd'hui l'époque pré-industrielle où les maîtres du moment étaient au Milieu du monde, ce qui ne se voyait pas autant qu'aujourd'hui puisque ceux-là n'avaient aucune envie de s'impliquer plus loin que les marches impériales. Prospérait au-delà des sables de l'océan steppique l'Europe des nations combattantes, en guerre permanente (7 ans, 30 ans, 100 ans...) jusqu'à ce qu'au XIXè siècle, la putréfaction de l'empire mandchou ne les attirât et leur permît de mettre en coupe réglée le Centre du monde pour s'en repaître. La cupidité générale déséquilibra les appétits réputés légitimes - à chacun son empire mondial - jusqu'à jeter tous les uns sur tous les autres pour qu'à la fin, l'Occident se dévore lui-même. Deux guerres mondiales ont réglé pour longtemps la question des suprématies. L'épuisement occidental à s'entretuer a laissé revenir contre lui les empires défunts qui renaissent de leurs cendres. Le balancier de Vaïsse Villiers qui s'était perdu derrière Alpha du Centaure, revient. Sa masse inertielle est monstrueuse, à voir les dégâts qu'il a déjà causés. Et nous le regardons grossir, sidérés ! Nous ne faisons que ça.

Les dirigeants occidentaux qui ont blindé leurs modèles socio-économiques dans les rets des organisations internationales sont empêtrés dans des logiques mercantiles et morales de premier échelon. Ils brandissent des libertés dans certains domaines qui rapportent et des obligations impératives dans d'autres qui les gênent. Ils ne voient pas les enjeux ou les laissent aux analystes stratégiques que l'on ne lit pas. De vista ? point ! mais, le nez dans le guidon, un contrôle tatillon des peuples réputés indociles et plus intelligents qu'eux. Le futur lointain n'est appréhendé que par les cerveaux numériques de la Silicon Valley pour faire court, et plus du tout par les états-majors partisans qui gèrent nos sociétés civiles dans le champ des mœurs plutôt que dans celui des équilibres pérennes. Quand chez nous on en arrive à jouer le redressement du pays sur un Gosplan bureaucratique donné à un politicien raté, il y a de quoi affûter les pointes des rapières. A les voir s'agiter comme des papillons sous la lampe, on laisse naître en soi le sentiment que le système prétendument démocratique a sélectionné le fond du panier, la division 2, les recalés de la Production, des bavards diarrhéiques, des mangeurs de mots, des intellectuels assis selon le mot d'Audiard ; alors qu'il nous faudrait des cons qui marchent. Mais regardez la distribution ! La plupart des noms entreront demain comme insulte populaire dans Le Petit Robert. Rien ne bouge. Cette sous-classe politique nous laisse subir notre environnement géopolitique. La France est le paillasson du monde.
Ce n'est pas partout pareil, à preuve :

Le mandat américain de Donald Trump, un richissime promoteur et animateur télé avec pas cent sous d'idées mais du bon sens, aura plus fait pour contenir les assaillants de l'Occident que tous les clubs dédiés à l'hégémonie de l'American Way Of Life. Son ego démesuré l'a précipité contre "l'Impossible" et malgré les prévisions catastrophiques des instituts payés au mois, il l'a fracassé. Souvenez-vous, on ne pouvait affronter la Chine qui était devenue l'usine du monde et détenait un matelas impressionnant de bons du Trésor, des encaisses gigantesques en devises prêtes à s'investir à milliards dans les routes de la soie, une marine de guerre en constante augmentation, des projets de développement partout jusqu'en Afrique ou Papouasie, et le top du top, une fabrique universitaire qui déversait des dizaines de milliers d'ingénieurs chaque année comme CocaCola des canettes à Dunkerque ! Il fallait négocier intelligemment et retraiter pas à pas en attendant la démocratisation inévitable d'un peuple ayant goûté aux joies de la société permissive de consommation, sans parler de l'effondrement des banques régionales percluses de créances bonnes à jeter à la décharge. On attendait les désordres civils intérieurs qui finiraient par casser l'élan irrésistible du monstre capitalo-communiste aux intentions douteuses. A l'évidence Trump n'a rien compris à ce raisonnement tout en finesse. Il a juste comparé les chiffres de la balance commerciale : action !

On pourrait en dire autant des prétentions insupportables de la théocratie iranienne à vouloir imposer la nuit islamique sur tout le Moyen Orient. Israël a signalé aux services américains que l'Iran laissait tomber le corset nucléaire en investissant tout son disponible dans la conquête de l'Irak pétrolier et dans l'implantation de bases en Syrie visant Israël. Non seulement Trump est sorti du traité nucléaire, mais il a fait tuer le numéro deux du régime islamique, le général Souleimani, proconsul des ayatollahs à Bagdad, en attendant de faire plus à la première occasion. Le message a été reçu cinq sur cinq. Les mollahs ont fait des funérailles grandioses en menaçant le monde entier, puis ont abattu par erreur un avion civil chez eux. Les autorités irakiennes et les tribus arabes qu'elles représentent ont pris les Iraniens en grippe et Israël continue de casser en Syrie le dispositif des Pasdaran au fur et à mesure qu'il est reconstitué. Les menaces réitérées sur le Détroit d'Ormuz n'inquiètent que les écoles de journalisme, les acteurs régionaux sachant que la côte iranienne de Bandar Abbas sera vitrifiée au premier dommage consenti par la Vè Flotte en Mer d'Oman. Sans doute la France de son côté, impliquée durablement dans le Golfe persique par ses accords imprudents de défense, se rassure-telle de la pugnacité de la brute au chien de prairie mort sur la tête. Qu'en sera-t-il de son éventuel successeur avec ses deux heures de lucidité quotidiennes ? C'est un autre article, mais on se prépare à un coup d'Etat en Iran donnant tous les commandements aux Gardiens de la Révolution en péril ; pas la révolution, le système de prédation nationale des Gardiens. Un troisième article ? D'autres zones à soucis reçoivent la même attention trumpienne au premier degré entre deux greens, que ce soit le scandale du partage des charges de l'Alliance atlantique, le merdier coréen, et moins dangereux mais plus rémunérateur en voix, l'immigration hispanique, la loi & l'ordre et les maquiladoras mexicaines... D'où LA question : Donald Trump arrivera-t-il à bloquer le balancier de Vaïsse Villiers ?

Bien sûr que non ! C'est affaire de fondamentaux. L'histoire des hommes obéit à des tendances lourdes que rompent provisoirement des éruptions violentes comme les guerres, la peste, les calamités naturelles ou la fission atomique, ce qui ne veut pas dire que ces tendances ne puissent être déviées quand elles ne peuvent être contrées. Et là nous voyons que le régime démocratique qui administre nos sociétés et qui devrait veiller à leur perpétuation est complètement inadapté. Elles doivent être gérées à l'horizon du siècle, mais ce sont des gens souvent mal élus sur des horizons si proches d'eux - cinq à six ans - qui décident et l'inadéquation du régime politique en devient risible comparé aux enjeux.
L'impermanence du monde a toujours un sens, même si ce sens n'est pas une ligne droite vers le paradis soviétique mais plutôt une orbite à plan mobile qui va et revient. L'histoire du monde depuis la haute antiquité nous le prouve. En foi de quoi, on ne peut conduire un pays au jour le jour. Le facteur temps long doit être intégré à l'épure de la gouvernance, et nous en sommes si loin ! Tout le monde peut comprendre ça, même autour d'un feu de palettes sur le rond-point. Sans en faire une obsession, ce régime parlementaire de chahut institutionnel n'est pas capable de parer le retour du balancier mégatonique que nous allons prendre en pleine poire. Inde et Chine ne nous feront pas de cadeaux ; elles ont des comptes à solder. Et l'Afrique, milliardaire en désœuvrés, nous garde un chien de sa chienne puisqu'il faut bien trouver un responsable à son déclassement. La Russie prendra son gain ! L'Europe fera des proclamations morales ou juridiques, l'Amérique du Nord se ramassera chez elle pour encaisser le choc de la boule de démolition.





Nous avons besoin dès aujourd'hui d'un Etat fort, pugnace et commandé, capable d'affronter les empires revenus, seul ou en coalition. Le nôtre est un Etat totalitaire à moitié crevé qui exhale une odeur de gangrène gazeuse et coûte un pognon de dingue* en perfusions. Nous devons resserrer notre Etat sur le domaine régalien strict et débander les voraces qui nous privent de l'essentiel. Une parasélite politique pléthorique, des dizaines de milliers d'associations ou syndicats incapables de vivre sur cotisations, un système social ravagé par une fraude aux prestations et pensions quasiment consentie, un clergé médiatique concordataire (un milliard d'aides à la presse), des saltimbanques payés à ne rien foutre, des étages administratifs redondants où se cramponnent les rationnaires de la République, leurs fils et leurs neveux. La situation confuse et insécure crée un sentiment général d'étouffement chez les masses laborieuses ! Brisons les contraintes accumulées au fil des campagnes électorales. Les périodes de moindre coercition furent souvent celles de grande créativité, inventivité, solutions pratiques, du moins de ce côté-ci de la Sainte Carte**. Les "commandeurs" dans l'âme sous-estiment toujours les capacités de l'espèce humaine à s'organiser en autonomie quand on l'abandonne à elle-même. Ils mangent sur des schémas hiérarchisés qui remontent de l'îlotier de quartier qui vérifie les masques jusqu'au général d'armée qui écrit sa page dans l'encyclopédie, en passant par tous les grades de la prébende publique. Ainsi le régime actuel bouffe-t-il plus de la moitié de la richesse produite pour exister.
Les gens capables d'entraîner et d'organiser les autres au niveau du quartier, de la ville, de la province ont souvent de meilleures capacités d'anticipation que les habiles et les malins qui se font élire sur des promesses sans lendemain. Trouvons ces gens capables et lançons des Exodus à Saint-Nazaire, direction les Kerguelen pour nos surnuméraires, à moins que quelque pays ne nous les prenne en route. Et n'oubliez jamais que la parasélite ne disparaît que quand on lui fait peur (comme en mai 68).

Au-dessus des collaborations de premier et deuxième niveau, au pays des vingt ou cent républiques nouvelles contractant entre elles, il nous suffirait d'avoir un roi, un roi actif en ses conseils, qui représenterait notre pays, son âme, sa continuité, veillerait à notre défense avec "ses" armées, et à qui s'adresseraient les autres nations pour échanger plans et projets de commun bénéfice. L'anarchie*** plus un ? C'est ça ! Il faut faire confiance aux hommes de bonne volonté et de bon sens plutôt qu'à ceux qui font métier de vivre à nos dépens. Le vrai modèle à la fin, c'est une grande confédération helvétique, couronnée pour cause de paradigme gaulois. Si nous ne savons pas la faire, invitons des Suisses à l'organiser chez nous. Ce ne serait pas la première fois que la France en carence appelle des étrangers doués à son service. La liste en est très longue, jusque dans la foration des fûts d'artillerie sous Louis XV.
A suivre...


Notes :

* Collectivisme en reconstruction :
- 56% du PIB en dépense publique
- la fiscalité la + forte de l'OCDE et peut-être du monde.
- les plus forts impôts de production en Europe après la Grèce (on va les diminuer dans le plan industriel de relance)
- un Etat qui se mêle de tout et si mal, mais considère le domaine régalien comme sa variable d'ajustement
- une Justice misérable (on jugera Balladur en janvier prochain pour les rétrocommissions de... 1995!)
- une économie administrée par l'Etat, que l'on appelle "mixte" où le secteur public est presque partout déficitaire
- le record mondial de lois, règles, règlements et normes avec une perversité particulière à aggraver les directives européennes
- la remise en question régulièrement de la propriété privée
- l'incapacité à assurer l'ordre de base

** La carte appelée aussi "la carte interdite"

*** Ce billet est le dix-huitième de Royal-Artillerie avec le libellé "anarchie"

lundi 5 février 2018

En 34 avec Céline

Gallimard ayant fait un refus à l'obstacle devant les cris d'orfraie des ligues "anti-anti" et des Klarsfeld, nous publions du Céline en relation avec l'émeute du 6 février 34. Il s'agit d'une lettre à Elie Faure écrite le 18 mars sur un bloc du Pigall's Tabac, répondant à la demande d'engagement de l'auteur auprès des Surréalistes pour contrer la montée du péril fasciste en France. Elie Faure est un médecin comme Destouches, et écrivain comme lui, avec lequel il entretiendra une correspondance suivie et spontanée.
On verra que s'il est réquisitionné par ses pairs, il n'est pas aisément disponible et réfractaire à l'embrigadement. C'est moins l'idée à défendre que la compagnie qui le rebute, le Voyage au bout de la nuit ayant été reçu diversement par les littérateurs du temps. L'émeute dont tout le monde parle ne l'a pas impressionné. Près du peuple qu'il soigne au dispensaire de Clichy, il a fait le tour de la question du personnel politique mais aussi des chefs des ligues offensives que l'on a peu vus sous la mitraille. Le ton est direct, sincère, c'est un anarchiste de talent.

Dans cette lettre Céline ne parle pas de juifs ? Comment se fait-ce ? Qu'allons-nous devenir dans nos petits commerces à l'encaustique si le Céline honni ne bave plus sur nous ? C'était de l'humour. Les pamphlets "Gallimard" sont vraiment dégueulasses et dépassent la haine ordinaire des Juifs sous la IIIè République. On les gardera pour des études universitaires car diffusés dans les Cités de la Peur, ils feraient un sacré carton. On fait quoi au fait de la haine arabo-musulmane des Juifs en banlieue ?
On en parle, on en débat, on fait des plateaux télé. Avec qui ? Des mecs payés au cachet qui font vendre plus de Nutella que d'autres ! D'où vient cette haine viscérale soixante-quinze ans après la vaporisation de la moitié de la nation israélite en Europe ? De nulle part ! Ex-nihilo ! C'est interdit, nazi, tabou, verboten, les Juifs sont des saints depuis 1945. Et les autres... bon ! des goyim, des khmar, nakes chouia, la vie continue quoi !



Bien cher Ami,

Vous savez combien j'admire, je m'enthousiasme, je vénère tout ce que vous avez pensé, donné, écrit. Je me suis servi énormément de votre œuvre. J'ai pillé, appris, épelé dans votre texte. Je le fais encore, je le ferai toujours. Vous êtes un de mes rares maîtres – et sans doute le plus intime, le plus direct. Alors ? La question n'est pas là, quand je m'insurge contre vos directives actuelles. Je me refuse absolument, tout à fait à me ranger ici ou là. Je suis anarchiste, jusqu'aux poils. Je l'ai toujours été, je ne serai jamais rien d'autre. Tous m'ont vomi, depuis les Inveszias jusqu'aux nazis officiels.

Mr de Régnier, Comœdia, Stavinsky, le président Dullin, tous m'ont déclaré imbuvable, immonde, et dans des termes à peu près identiques. Je ne l'ai pas fait exprès mais c'est un fait. Je me trouve bien ainsi parce que j'ai raison.

Tout système politique est une entreprise de narcissisme hypocrite qui consiste à rejeter l'ignominie personnelle de ses adhérents sur un système ou sur les "autres". Je vis très bien, j'avoue, je proclame haut, émotivement et fort toute notre dégueulasserie commune, de droite et de gauche d'Homme. Cela, on ne me le pardonnera jamais. Depuis que les curés sont morts, le monde n'est plus que démagogie, on flagorne la merde sans arrêt. On repousse la responsabilité par un artifice d'idéologie et de phrases. Il n'y a plus de contrition, il n'y a plus que des chants de révolte et d'espérances? Espérer quoi? Que la merde va se mettre à sentir bon ? Mon bon ami, je ne trahis personne, je ne demande rien à personne. On me fusillera peut-être (on prendra des numéros, alors !).

Lénine aussi bien que Napoléon ont raté leur affaire. Ils ont fait des pointes de feu et hurlent à la guérison. Nenni. Tout ce système révolutionnaire (pas le vôtre) n'est que vulgaire, éternel égoïsme, armé de nouveaux subterfuges. Qu'il s'organise dans le communisme vous en avez de belles ! Plus sordide que l'ancien, vous dis-je ! Je les connais bien les apôtres et les héros, de droite, de gauche. Depuis 30 ans je vis jour et nuit avec eux. Révolution. Tout de suite. Mais d'eux-mêmes d'abord. Pas ces fainéants d'âmes et d'esprits, cocktail ou Picon ? Pourquoi choisir.

Bien affectueusement...

LF Céline
(in "Lettres" Ed. de La Pléiade 2009)


L'ami Céline est un personnage complexe qu'une simple lettre au premier jet (l'autographe est passé en salle des ventes) ne peut pas cerner. On doit le prendre dans sa totalité avec ses haines et son génie sémantique, sa misère affective et ses obsessions, ses erreurs graves, ses injures, ses faiblesses alimentaires (il a beaucoup écrit des trucs inintéressants pour vivre).
Je peux aussi bémoliser mon enthousiasme au plan littéraire et avouer que pour moi, un bon auteur est toujours bon. Prenez Marcel Proust - je l'ai fait cent fois - ouvrez un livre n'importe où, lisez à haute voix sans précipitation, c'est toujours excellent, la magie fonctionne à tout coup ! C'est lui le grand génie du siècle. Je n'ai pas cette révélation en ouvrant un Céline, même si le choc est toujours possible. Ecrire est-il choquer ? C'est pourquoi j'aime bien D'un Château l'autre où il économise les effets rhétoriques dans la partie narrative de l'exode, pour nous raconter en toute verdeur la cocasserie du quotidien des "pouvoirs" français déportés par les Boches à Sigmaringen. Faire "voir" au lecteur les symboles* pitoyables de l'agonie grotesque d'un gouvernement de théâtre courant jusqu'à l'absurde, convoque un indéniable talent.

Aux dires des résidents (Rebatet, Bonnard, son épouse Lucette Almansor, le Dr Schillemans), Destouches y fut d'abord et surtout l'excellent médecin de dispensaire que l'on savait, adroit, attentif, bon ami. Il y distribuait les arrêts de complaisance aux gosses de la Légion Charlemagne qui perdaient ainsi la chance de mourir sur le front russe. Mais il restait quand bien même le pamphlétaire explosif qui n'avait plus rien à foutre des funérailles de l'Etat Français et s'inquiétait du tomber de rideau, au point de demander un visa aux autorités suisses ; qu'il n'eut pas ! C'est le Royaume de Danemark où tout n'était pas si pourri, qui l'accueillit dans un autre château, d'où le titre du bouquin.







A partir de 1934 les six-février sont devenus des jours remarquables dans l'histoire de France, comme le quatorze-juillet, le quinze-août ou le onze-novembre. Le six-février, c'est aussi l'exécution en 1945 de Robert Brasillach au fort de Montrouge ; en 1951, naissait ce jour-là Jacques Villeret, comédien exquis qui marquera pour toujours le Dîner de Con ; mais on ne peut éviter de citer le décès à Rome en ce même jour de 726 du roi Ine de Wessex, grand législateur saxon devant l'Éternel. Avec lui s'achève pour cette année le devoir du 6-Février sur Royal-Artillerie.

lundi 1 août 2016

La Mémoire d'un ordre naturel


Ce billet a paru dans la rubrique Libres propos du Lien légitimiste n°69, tombé dans les boîtes fin juin (p.17). Ecrit bien avant le référendum britannique, il anticipait sans le savoir la fracture du Royaume Uni par l'exercice du procédé démocratique le plus brutal possible. Galles et Angleterre s'opposent désormais à l'Ecosse et l'Ulster. Londres fait sécession intérieure. L'ancrage monarchique qui tenait ensemble tout l'attirail grand-breton ne semble pas suffire, mais un Premier ministre adroit fait le projet de circonvenir ses pairs au Conseil européen pour satisfaire les brexiteurs sur la forme et les hérauts du libre échange sur le fond.
Le RU est une fédération de quatre nations, la France un Etat-nation. C'est la différence entre nos deux pays qui laisse tout son intérêt au billet du Piéton réclamant de ré-aimanter la société autour d'un souverain. Cet intérêt est décuplé par la demande anxiogène des Français d'être enfin gouvernés par des hommes en lieu et place des bêtes à concours qui trustent le pouvoir par le jeu mortifère des partis politiques. La constitution de 1958 était faite pour un chef d'Etat naturellement fort, elle fut de bonne application pour son "dauphin" Pompidou, mais montra bien des défauts quand les coteries partisanes la submergèrent ensuite. Il n'est plus besoin d'avoir autorité et charisme aujourd'hui pour prétendre à gouverner la France, mais de soumettre à ses vues un parti rassemblé et convaincre de nombreux sponsors. Nous sommes bien loin de l'ordre naturel. Ce billet entre en archives Royal-Artillerie sous le libellé LLL.

Bimestriel sur abonnement pour dix euros en version électronique et trente euros pour la version papier (6 numéros). Envoyer le chèque à : Le Lien Légitimiste 2, Le Petit-Prix 37240 La Chapelle Blanche Saint Martin.

« Puisque donc l'âme est immortelle, qu'elle a éprouvé de multiples réapparitions, et contemplé toutes choses, celles de ce monde et celles de l'Hadès, il n'est rien qu'elle n'ait appris, si bien qu'il n'est nullement surprenant qu'à l'égard de la vertu comme de tout le reste, elle soit en état de se ressouvenir de cela même qu'elle savait antérieurement. Car, puisque la nature tout entière est liée par des affinités, et que l'âme a appris toutes choses, rien n'empêche qu'en se remémorant une seule chose, on ne retrouve de soi-même toutes les autres, à condition d'être courageux et d'une endurance sans faille dans la recherche ; car ce qu'on nomme chercher et apprendre n'est en somme que réminiscence.» (Socrate* à Ménon dans un dialogue de Platon sur la vertu).

Comme s'il se souvenait d'un ordre naturel vieux comme le Temps, le petit d'homme organise d'instinct son environnement social en pyramide (famille, école, équipe sportive) et l'âge venant il ne s'en départit pas jusqu'à ce qu'on le force à raisonner sur d'autres bases. Est-ce cette inclination qui fait le succès des rois dans l'esprit humain ? Depuis l'aube du monde, l'espèce s'est organisée en pyramide et si d'aventure il s'est vu un peuple différent du modèle courant, il n'en reste rien, à croire qu'il n'a jamais existé. C'est le drame de l'impossible organisation par l'horizontalité, par la démocratie : l'être humain en ressent d'abord le côté artificiel, plaqué sur sa nature profonde, avant que d'être forcé d'y croire par une doxa politique de consommation courante, même si au bout du bout, il s'avère que ça ne marche pas. C'est le point où est rendu notre bel occident, pour paraphraser Maurras. La démocratie d'étage régalien ne marche pas. Pour preuve, à l'étage fédéral on lui substitue la technocratie, seule organisation capable apparemment de développement cohérent. En revanche, au niveau local l'arbitrage démocratique reste pertinent, soyons juste.

Les défauts inhérents au suffrage universel ont partout suscité des protocoles d'application censés les surmonter. Notre pays, dans ses modes de scrutins avantageant le bipartisme, est un champion de la fabrication des résultats électoraux, dès lors que le peuple est un souverain incapable. Mais le constat n'est pas nouveau. Proudhon** allait jusqu'à nier en termes définitifs le peuple remis en selle par la Deuxième République :
«Le Peuple, non plus que Dieu, n'a des yeux pour voir; des oreilles pour entendre, une bouche pour parler. Que sais-je, s'il est doué d'une espèce d'âme, divinité immanente dans les masses, comme certains philosophes supposent une âme du monde, et qui, à certains moments, les émeut et les pousse; ou bien si la raison du Peuple n'est autre que l'idée pure, la plus abstraite, la plus compréhensive, la plus dégagée de toute forme individuelle, comme d'autres philosophes prétendent que Dieu n'est que l'ordre dans l'univers, une abstraction ? Je n'entre point dans ces recherches de haute psychologie: je demande en homme pratique de quelle manière cette âme, raison ou volonté, telle quelle, du Peuple, se pose, pour ainsi dire, hors de soi, et se manifeste ? Qui est-ce qui peut lui servir d'organe ? Qui a le droit de dire aux autres : c'est par moi que le Peuple parle ?»
(Solution du problème social, 1848).

Et le même de pulvériser ensuite le suffrage universel qui n'est que l'arithmétique d'un arbitrage atomisé par des individus tous inégaux dans leurs capacités d'appréhension des questions sociales, en d'autres termes : faire droit à la quantité jusqu'à ce qu'une fraction de l'Opinion dépasse, même d'un cheveu, les autres pour les combattre légalement, les pressurer, le comble de la stupidité ! C'est le ferment des guerres civiles rampantes qui hantent la République depuis son rétablissement.

Nos concitoyens sentent bien au fond d'eux-mêmes que notre société est dans l'erreur. Ils ne perçoivent pas l'âme collective dans le désordre ambiant, il faut leur signaler qu'il n'y en a jamais eue. Le peuple n'a pas d'âme, son expression est fabriquée. Dans le passé, on le leur a fait croire mais dans les faits, la démocratie en ses meilleurs moments ne fut que le socle d'élection d'une nouvelle aristocratie capable de gouverner les corps sociaux jusqu'à ce que la dispute intrinsèque au modèle achète l'un et l'autre par le débondage de privilèges dévorant le capital de la nation pour en distraire le plus possible au profit d'intérêts particuliers, relançant déjà l'affrontement des factions que l'on avait su un moment apaiser. Le peuple, certes sans "âme" mais pour le coup unanime, constate la chienlit générale et l'incapacité des procédures politiques à y porter remède : les taux actuels d'impopularité sont accablants. De quelque bord qu'on l'observe, le système est récusé tous les jours dans son financement, ses modes opératoires, sa pseudo-aristocratie.

Le pays est écrasé de dogmes étatiques portés par une caste de fonctionnaires pléthorique qui finit par engloutir la valeur ajoutée de l'activité économique du secteur libre, sous le regard impuissant d'une caste politique, immense elle-aussi, et dont beaucoup de membres sont des fonctionnaires protégés, caste qu'il faut nourrir d'abondance dans ses réclamations et ses inutilités. Conscients de la captation de l'héritage républicain par une nomenklatura plus habile que savante, certains bégaient une resucée de la Quatrième république sous un numéro Six, plus encore soviétisée que le gouvernement provisoire de la Libération ; d'autres poussent à réduire un Etat impotent au bénéfice d'une approche technique des défis mondiaux par des équipes compétentes au niveau européen ; les rêveurs appellent à nationaliser des capacités de décisions qui ont disparu à jamais du fait de l'incurie crasse de notre propre Etat-nation ! Aucun, du moins si peu, n'appelle à revenir au modèle naturel ressenti en chacun depuis toujours : la pyramide et sa pointe immobile qui sert d'amer à tout le pays.

Nous devons retrouver le sens du monde en reconstruisant nos sociétés dispersées aujourd'hui en groupuscules hostiles. Le plus simple n'est-il pas d'y réintroduire d'abord l'aimantation générale que constitue partout ailleurs l'affection des peuples pour leurs souverains de chair et d'os ? Et d'accord enfin sur ce premier point, commencer à hiérachiser nos priorités d'intérêt général pour construire le Projet commun dont la France a maintenant un besoin urgent, à peine de fondre comme neige au soleil dans le magma global dont elle n'a pas su tirer tout le parti possible. Il nous reste peu de temps pour exercer ce qu'il nous reste d'autonomie à réparer notre pays. Le temps ? L'organisation mondiale des blocs en cours pourrait bien nous le prendre. Hâtons-nous !

* « Non seulement Socrate est la plus pure incarnation du bon sens et de la philosophie pratique dont la Grèce ait fourni le modèle, mais il demeure l'immatérielle image du beau moral et du vrai, non moins que l'exemple de la valeur civique et militaire, le symbole de la mort du juste » (Joseph Orsier). Lisez Socrate (chez Platon) un philosophe des plus modernes et des plus "clair" dans sa tête, qui vous changera des philosophes germaniques obscurs à la mode ! Nous avons été créés par la thalassocratie grecque et nous ne venons pas des landes de Courlande ni des marais de Poméranie, l'agonie du néant.

** Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), un des plus éminents publicistes du parti républicain socialiste (selon le Lachâtre de 1856), inventeur de slogans définitifs comme "la propriété, c'est le vol" ou "la démocratie, c'est l'envie".

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lundi 9 mai 2016

A la rencontre de cette insurrection qui vient

 

Où l'on entrevoit une possible solution pour que la France retrouve son roi : faire abstraction de ce qui est, de ce qui fut, pour envisager ce qui pourrait advenir… Sans idée préconçue…

 

Avertissement : Ce billet a paru dans Le Lien légitimiste n°68 de mars-avril 2016. Un royaume décentralisé tel qu'il est ébauché ci-dessous aurait mieux résisté à la Révolution parisienne de 89. A force de tout ramener à Paris, on a pu tout commander à partir d'un seul bouton sous la main du roi. Il a suffi d'enlever cette main et d'en mettre une autre. La marche à la centralisation royale a ruiné la charpente féodale qui tenait tout. Si les grands féodaux avaient été respectés dans leur système "foi et hommage" jusqu'au plus petit des tenanciers (comme en Languedoc), des provinces entières auraient échappé aux calamités révolutionnaires.
Lors de la Révolution culturelle en Chine, qui fut un énorme désastre, certaines provinces (comme le Yunnan) restèrent à l'écart. Les Brigades de gardes rouges furent stoppées en frontière intérieure par le général commandant le gouvernorat sous peine d'être purement et simplement fusillés sur place. Certaines des provinces basses du Tibet impérial (rattaché) purent ainsi rester à l'écart des dévastations morales et matérielles.
Le jacobinisme centralisateur est utile pour changer de régime mais il faut l'abandonner immédiatement après. Ce billet entre en archives RA sous le libellé LLL.

 


La décrépitude de la vie politique française, le désert d'idées directrices hormis la remouture d'une République sixième, la méfiance généralisée de la nation à l'endroit des gouvernants qu'elle regrette d'avoir choisis, l'abus de disputes personnelles et de gesticulations médiatiques au plus haut niveau de l'Etat, et l'infâme dictature des communicants, convoquent plus que jamais dans le champ de nos réflexions un peu de ce que Charles Maurras nommait la "Physique sociale". Le salut dans la politique ?
Il n'est nul besoin d'être un observateur autorisé pour apercevoir autour de soi un début de sidération du peuple, abruti par des années de facilités à crédit, quand il découvre le champ de ruines : un pouvoir divisé sans soutien ni dans le pays ni dans les institutions, un parlement stérile transformé en syndicat de godillots repus, un chômage de masse maintenu par magie à dix pour cent de la force de travail, une dette publique sud-américaine et pour couronner le tout, le triple déficit : budgétaire, social et commercial, qui ronge notre société comme un cancer. Pendant ce temps notre cousin germain a clôturé l'exercice 2015 en positif dans tous les compartiments du jeu, tous ! Ici, le plus beau pays du monde est ruiné par ses propres habitants. Il est en négatif partout.

On peut soutenir que la banqueroute générale résulte d'un affaissement moral et mental des Français, incapables de s'arracher à la glaise du déclin, jouant aux élections comme au sweepstake, basculant la majorité du jour sur celle d'hier avant que d'en jeter les huiles au recyclage, avant quer de sortir de l'histoire. La disparition de notre identité serait darwinienne, la loi de l'Evolution étant d'abord celle de l'attrition des inadaptés. Auquel cas, il faudrait accepter la curatelle européenne qui se dessine puisque nous montrons à tous que nous sommes impuissants à nous gouverner par nous-mêmes. On peut en revanche jouer une autre hypothèse, à savoir que notre situation catastrophique est la conséquence logique d'institutions qui ne sont pas adaptées à notre être nation. C'est bien sûr à démontrer, mais en ce cas, nous, les monarchistes, aurions quelque chose à dire aux autres.

Nos ancêtres les Gaulois...

Le substrat gaulois du pays crée naturellement le désordre, chaque hutte au village devient un parti. Les royalistes d'ailleurs connaissent bien le syndrome gaulois : la vérité royaliste est tout entière dans sa chapelle, à la voisine est l'hérésie. Ce désordre était pourtant un champ de libertés autant qu'il fut combattu continûment par le pouvoir central qui finit un jour par généraliser ses propres lois d'application universelle bien plus faciles à gouverner depuis Paris, bien plus facile aussi à retourner contre lui que ne l'était le fourmillement des coutumes. Boiffils de Massanne (1824-1907) ne disait-il pas qu'aux jours de la Révolution, « la dynastie capétienne avait accompli l'œuvre de la destruction du Moyen Âge lentement, patiemment, quelquefois à regret. Sortie des entrailles de la Féodalité, un pressentiment secret lui disait que cette œuvre était un suicide. 1789 se chargea de le lui prouver. »

Après la centralisation royale, le jacobinisme révolutionnaire, le césarisme policier de l'Empire et jusqu'à l'Etat des Bureaux d'aujourd'hui , les pouvoirs ont toujours forcé nos différences dans un moule unique pour en faciliter l'administration et mettre le pays en coupe réglée au bénéfice des maîtres du moment. Mais sous le couvercle de l'Etat total la pression finit par devenir trop forte et périodiquement le couvercle a sauté : 1789, 1830, 1848, 1870, 1936, 1947, 1958, 1968 puis plus rien. Plus rien dès lors qu'on a pu acheter la paix sociale en débondant les foudres de l'assistanat généralisé : les trente glorieuses des cigales régulées par le socialisme fiscal jusqu'à l'emprunt international s'il n'y suffit plus. La classe dirigeante achète littéralement sa pérennisation quoiqu'il puisse en coûter à la nation jusqu'à la cachexie. Perpétuer un déficit de 20% des comptes budgétaires est du vampirisme qui devrait être passible du pieu couronné d'aulx.

Mais, à quelque chose malheur est bon, les guichets sociaux sont en passe de tarir, l'épargne placée, menacée de séquestre, devient peu sûre, les perspectives d'amélioration de son sort se ferment (de 24% à 31% de chômage chez les jeunes générations selon la filière scolaire), émigration soutenue des plus vaillants. Mécaniquement le couvercle doit sauter. Sauf à sauver l'essentiel, et c'est l'objet de ce billet, il faut vider l'abcès : que le couvercle saute donc, que la petite union soviétique française se liquéfie, que la Nomenklatura parte pour Coblence et que le peuple parle ! Sauver l'essentiel, de quoi s'agit-il ? des fonctions de gouvernement qui ensemble identifient un Etat.

La parole à la nation...

Saurons-nous vendre à l'immense cohorte des mécontents le découplage des domaines régalien et public ? Pourquoi ? Pour que la démocratie directe, dont on dit tant de bien avant de l'essayer, réorganise partout et librement l'Etat de proximité par le débat ouvert et l'arbitrage aux voix à la manière du cru ; mais après, et seulement après que l'on ait sorti de la dispute générale le domaine régalien qui signe encore la France : savoir, le Trésor public, les forces de l'ordre intérieur, les armées, la Justice haute, la diplomatie. Tout le reste au débat dans nos cent républiques !

Et quoi de mieux pour arracher ce domaine essentiel à la dispute démocratique que de le sanctuariser en le remettant à une monarchie héréditaire ? On élimine, ce faisant, la compétition sauvage pour le pouvoir suprême, c'est-à-dire l'hystérisation partisane des conflits d'intérêts. Nous retrouvons l'autorité naturelle en haut, aisément consentie dès lors qu'elle n'empiète plus sur les libertés publiques d'en bas. Ce pouvoir régalien disposant de l'Etat essentiel, sera relativement économique (c'est prouvé), fort par construction, arbitral par destination, indépendant des lobbies qui débordent rarement du cadre économique et social - lequel cadre ne sera plus de son ressort -, neutre dans ses conseils et soucieux de l'intérêt général dans la hiérarchisation des préférences publiques s'il est sollicité pour un choix. Souhaitons-lui d'éviter la dérive hégémonique d'une étatisation rampante à la manière de Louis XIV qui conduisit ses successeurs à en finir avec le vieux désordre libertaire gaulois. C'est dans ce mouvement de centralisation autocratique que nos ancêtres allaient progressivement subir l'uniformisation obligatoire des mœurs publiques, le casernement des âmes, le lavage de cerveau de la conscription militaire, jusqu'à la dictature actuelle du ministère de la Pensée conforme. Organiser depuis Paris l'étage subalterne à l'identique partout en France serait renouer avec le jacobinisme qui nous a abrutis. C'est dans l'anarchie localement contrôlée que gît notre salut, les pouvoirs se répondant petit à petit à mesure de leur renaissance jusqu'à un état d'équilibre. Chaque région atteindra le sien.

C'est donc aux étages subalternes que se passeront les choses intéressantes. L'anarchie convoque obligatoirement la participation de tous. Et c'est bien ainsi que fonctionnaient nos paroisses d'antan. Contrairement au roman républicain, on votait assez souvent en province sous l'Ancien régime, sur de nombreux sujets d'intérêt immédiat. En ville, nul édile ne se serait risqué à décréter de son propre chef quoique ce soit modifiant la coutume, des hordes de notaires y veillaient. Il est des relations très distrayantes du maquignonnage démocratique dans l'élection des milices par exemple, ou de négociations byzantines entre la ville et le château sur la propriété des chemins de ronde, le crénelage des tours, des disputes épiques avec le subdélégué local pour les ponts et chemins. Demain, de nombreuses assemblées locales (municipales, cantonales, départementales) ou régionales organiseront l'espace au niveau de compétence retenu pour chacune, ainsi que se tisseront les solidarités élémentaires des classes, familles et métiers.

Le Gaulois d'antan est devenu entre-temps ingénieur. Faisons-lui confiance. Il reconstruira son environnement économique et social, et il ne lui faudra pas longtemps pour apprécier la protection offerte par le détenteur de l'Etat essentiel qui l'aura libéré de La Politique comme souci. Quand on sait le nombre incalculable d'associations en tout genre qui prospèrent en France, on n'a aucune crainte à avoir pour que la nation entre en débat aux niveaux pertinents et aboutisse. Il est impossible ici d'en décrire les mille cheminements.

Reste une question qui préoccupe le politicien de métier : comment la nation sera-t-elle représentée à la fin de la révolution, pour savoir en fait s'il sauvera la prébende. Pour ne pas alourdir le sujet, nous laisserons à un prochain billet le plaisir de convoquer l'assemblée nationale qui votera l'impôt nécessaire au fonctionnement du domaine régalien.

Vers une restauration...

Au bout du compte, nous assisterons à la naissance de la pyramide maurrassienne : l'autorité en haut, les libertés en bas, que le Martégal comprimait dans un slogan : l'anarchie plus Un ! C'est là toute la force du pacte autorité/libertés : la revitalisation des territoires, la liberté de créer, d'entreprendre, de vivre comme on l'entend foisonneront à l'ombre tutélaire d'une monarchie essentielle, distante et sûre, cantonnée dans un domaine régalien précis dont elle ne débordera pas, apte à nous protéger, apte à gérer en toute expertise notre environnement géopolitique.

Quant à la monarchie elle-même, allons au plus facile et prenons pour roi qui voudra bien mettre ses titres en jeu, qui voudra bien sortir de la rente perpétuelle d'espérances fuyantes, qui voudra bien entrer dans un statut nouveau pour lui et sa famille, statut exigeant, quasi-sacrificiel au sens où le décrivait Gabriel Privat dans ce journal : « le souverain est le seul véritable prisonnier de France, prisonnier du service de l'Etat, garant obligatoire de l'unité nationale, ainsi que toute sa famille. Il est la seule victime nécessaire au maintien de l'institution, c'est une sorte de sacrifié. » (cf. LLL n°65, p.18-19)

Au seul péril de réussir, nous devrons suspendre pour le temps de l'instauration les effets des lois de dévolution de la couronne au motif que le mort saisit le vif en France et que le dernier roi n'avait saisi que le vide ; lois fondamentales qui finirent par stériliser le modèle jusqu'à son évaporation. Messieurs, revenons à Senlis avec une seule question à poser aux impétrants : Qui veut se battre ?




Ndlr : « L'Insurrection qui vient » est le titre d'un brûlot anarchiste publié en 2007 aux Editions de La Fabrique et qui attira l'attention du public à l'occasion de l'affaire de Tarnac. Après cela il fut diffusé en espagnol, anglais et allemand partout en Europe.


lundi 25 avril 2016

Quand les Français s'éveillent


Back home ! Beaucoup de roues, de tours de roue, rassembler et déconstruire les souvenirs de quatre générations, de cimetière en cimetière, revenir des Enfers, relire les Nourritures Terrestres à l'étape, loin encore des effluves médiatiques de la gangrène gazeuse du microcosme parisien. Surprise en posant le pied : ça pue toujours autant : Gayet nous coûte quatre cent mille euros sur le dos, Prince a pris froid sur l'overdose, Macron hait le Gros, Rama Yade... Plus sérieusement, les radios déversent les prémices de l'émeute mentale : les Français en ont soupé du gabarit présidentiel qu'on leur force à choisir depuis des lustres.

Jean-Gilles Malliarakis le dit si bien dans L'Insolent : « En réalité, c'est le présidentialisme qui ne fonctionne plus. L'idée bonapartiste par excellence, formulée par le futur Napoléon III quand il dit : "il est dans la nature de la démocratie de s'incarner en un homme", cette idée-là ne trouve plus son débouché. Il est vrai que le dégoût des Français porte sur la classe politique dans son ensemble plus encore que sur les institutions. Ils en ont assez, nous en avons tous plus qu'assez, de cette petite catégorie sociale qui semble avant tout cynique et préoccupée avant tout de ses prébendes et prérogatives, pourtant se rengorge des soi-disant valeurs jamais définies.»

Nous ne voulons plus que des gens que nous méprisons parlent en notre nom. Terminé les nomenklatouristes habiles à extraire les voix d'un corps électoral que par ailleurs on abrutit. Hollande, Sarkozy, Juppé, politicards usés, aux Hespérides ! Les "Français" veulent un homme dans la force de l'âge (la cinquantaine), ayant réussi dans les affaires et parlant anglais aussi bien que tous ses interlocuteurs dans le monde. Evidemment c'est terrible pour l'énarchie qui fait sous elle une diarrhée d'incompétence, comme pour les zébulons qui compensent une profession ratée en "parvenant" au pouvoir par tous moyens possibles et même légaux. Exit le régime diététique préélectoral, le contrat Email Diamant, la mesquinerie ordinaire du parvenu sans autre talent que l'esbroufe, la corruption du copinage de promo, le comportement de peigne-culs en représentation à l'étranger, le carrousel des putains de luxe. Les Français veulent... un "anglo-saxon" honnête, moral, digne et de son temps, capable de s'insérer dans le monde réel international en y pesant de tout son poids. Quel séisme !

Le Latin triste tel qu'on nous dépeint à l'étranger, en aurait sa claque de l'accent, des députés pizzaïoli, bouillabaisse et cassoulet, des nains montés en graine, des "serpents sans venin, créateurs du fadisme" (dixit Michel Onfray). Ils voudraient bien goûter au sérieux de la sobriété scandinave avec la compétence professionnelle et le sens de l'Etat. Le retour aux origines ? Aux Francs (pas la monnaie, cher lecteur) ! Aux Francs par la régermanisation de notre âme ancestrale épuisée de calembredaines, tambours et fifrelins désaccordés, tout ce battelage grotesque réputé démocratique pour tenir la route. Dehors les "connards" ! (c'est du Villepin) On veut du sérieux en haut et la liberté en bas, toute la liberté.
Comme dans les monarchies du Nord ? C'est un peu tôt.

Ras le bol des déficits impossibles à maîtriser, ras le bol de la protection sociale du secteur public et celle de la classe aisée avec dépassements, ras le bol des privilèges honteux des fat cats syndiqués sans risques, ras le bol des fonctionnaires à millions rongés par le syndrome de leur utilité. Quitte à payer cher, (1) payons tous et (2) pour quelque chose d'équitable. Malgré son État soviétisé et la ringardise de ses élites politiques, notre pays a des atouts en dehors d'elles. Alors que faire ? Réformer ? En dehors de tous ceux-là !

N'en déplaise à Edmund Burke, au plan institutionnel, tabula rasa ! Que faire de tous nos élus retranchés dans des prébendes inexpugnables, de nos élites auto-proclamées qui sont à l'Etat ce que la moule est au bouchot, de nos agents surnuméraires qu'il faut nourrir jusqu'à la mort, de nos profiteurs en tous genres et races qui plombent les comptes publics... On ne réparera pas une "société économiquement irréparable" car tous les corps sociaux protégés, toutes les classes privilégiées exigeront des compensations à leur rationalisation sous peine de tout casser, puisqu'on a toujours fait droit à leurs revendications, les laissant entrer partout. Alors je vous laisse deviner...

... forcément, ce sera moche.

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vendredi 22 janvier 2016

L'Anarchie plus Un


Sur un blogue royaliste provençal, un commentateur donna une belle définition du royalisme : « Le royalisme c'est la démocratie royale et celle-ci c'est l'échelle pour cueillir les cerises. D'un côté les barreaux en commençant par le plus large qui est la base, paroisse ou commune. Ensuite le barreau plus court qui est le canton. Ensuite plus court encore, la sous-préfecture ou bailliage, puis la province et enfin le plus petit, la Nation. Tous ces barreaux ou assemblées élémentaires liés les uns aux autres. En face la béquille ou chandelle qui tient l'échelle droite, c'est le Roi dont la fonction est héréditaire pour éliminer les courses à la présidence. Louis XVI avait parfaitement réussi à recomposer l'échelle par la création des Assemblées provinciales en 1787.»

Magnifique allégorie du cerisier que voilà. On pense aussi à l'échelle de Jacob, avec les anges de deuxième classe en bas et les séraphins en haut. Sinon c'est le roi-pylône vertical dont la pointe dépasse de la pyramide aryenne des prêtres, des soldats, des laboureurs et des gueux. Magnifique allégorie de l'Ancien régime déposé.

La verticalité des pouvoirs est devenu dans notre époque post-moderne le handicap le plus sérieux au nécessaire progrès de l'espèce humaine qui affronte en ce siècle le défi de sa continuation. D'autant que, dit en passant, le désordre moral entraîné par les dernières élections régionales en a vacciné beaucoup contre les strates politiques intermédiaires. Et que constatons-nous par ailleurs ? Tous les blocages des corps constitués, des ligues et jurandes, ordres et confréries, tout ce carnaval obscène de la vanité humaine qui aménage des positions retranchées inexpugnables partout où elle le peut.

Il faut capter le soleil rasant et pas le soleil plombant.

L'avenir est à l'horizontalité des pouvoirs qui améliore la porosité aux sollicitations venant de l'extérieur, chargées souvent d'innovation décisive. Il ne s'agit plus d'emboîter les étages constitutionnels qui sont autant d'écluses retenant l'innovation, la création, l'intelligence et les crédits mais d'organiser une anarchie libératrice des énergies individuelles. Le monde est désormais digital et neuronal. Faut-il détruire alors les enceintes de pouvoirs retranchés, inutiles et dépensières ? C'est une chose à voir pour la prochaine révolution française qui fera bon marché de l'Ancien régime reconstitué.

Si l'on va jusqu'à supprimer toutes les subventions publiques et les strates administratives redondantes ou inutiles pour revenir à l'Etat régalien stricto sensu, la société française au-dessous de lui devra apprendre enfin à se démerder par elle-même et elle enterrera ses "morts". En fait elle ne fera que recouvrer les libertés conquises par la révolution communale sous la monarchie (clic). Il y aura beaucoup de déchets parmi les prébendiers, de gens inemployables selon les nouveaux critères de demain ; il faudra les accompagner en justice et charité jusqu'au soir de leur vie, à mesure des moyens que l'on pourra distraire des programmes de rénovation du pays. A défaut nous appellerons le bon docteur Attali avec sa petite piqûre.

Mais il peut être besoin quand même d'une vue d'ensemble pour guider les choix lourds de conséquence pour la nation aux étages pertinents. Aussi serons-nous contraints d'infuser une nouvelle verticalité dans nos organisations, la chaîne qui retendra la trame du tissu national. La meilleure circonscription de solidarité civique devrait être l'arrondissement (ou bailliage) et l'assemblage des circonscriptions se feraient projet par projet. Mais si l'on scrute la mentalité du citoyen sur sa conscience de sa position politique sur l'échelle du cerisier, on verra tout de suite qu'il ressortit à trois communautés : sa commune, son département d'origine et la nation. La région n'a jamais fait souche dans l'esprit des gens à l'exception de provinces très typées comme la Corse, l'Euzkadi ou l'Alsace. Et encore moins depuis le redécoupage créant d'immenses entités sans âme jetées aux gloutons. En dessous du département, la commune est trop exiguë pour un esprit français et la plupart d'entre elles sont en voie de fusion pour donner de nouvelles communautés administratives plus larges et plus manœuvrables ; au-dessus de la nation, l'Europe reste un concept éthéré qui ne s'est toujours pas incarné.

Il en ressort que l'Anarchie pourrait être "organisée" au niveau départemental bien que le bailliage soit conceptuellement plus attrayant. A l'intérieur du département et dans les circonscriptions subordonnées les arbitrages seraient tranchés en régime de démocratie directe comme au bon vieux temps des rois. Entre le département et les pouvoirs centraux, n'existerait plus que l'intérêt général, concrétisé dans des projets d'aménagement ou d'entretien du territoire. On va prendre trois exemples.

- cliquer pour agrandir -

Partant de l'hypothèse qu'après la II° Révolution il n'y a plus de régions artificielles dans le projet, les défis et contraintes qui dépassent le cadre départemental doivent être quand bien même gérés. Prenons l'exemple de l'aménagement du segment français du Range Nord de Cherbourg à Dunkerque. Il faut monter une agence de bassin qui coordonne tous les investissements portuaires et leurs conséquences de bout en bout. Sont impactés d'ouest en est les départements de la Manche, du Calvados, de la Basse Seine, de l'Eure, de la Somme, du Pas de Calais et du Nord. Si on décide une politique d'internationalisation du transport fluvial, seront impactés tous les départements en contact direct ou indirect avec les réseaux voisins : Eure, Yvelines, Hauts de Seine, Val d'Oise, Oise, Somme, Nord, Aisne, Ardennes, Meuse, Moselle et Bas-Rhin. Cette deuxième agence de bassin croisera les intérêts de la première mais ne les absorbera pas et réciproquement, car les champs d'activités sont trop différents même si l'on va de l'un à l'autre au fil des dossiers . On peut multiplier les exemples. Encore un : Le développement quel qu'il soit du Massif central dans un domaine donné agrégera des départements appartenant à quatre anciennes régions : Puy de Dôme, Cantal, Haute Loire, Loire, Lozère et Aveyron.

Donc la grille régionale telle qu'elle aurait survécue au grand nettoyage aurait été un handicap, typique de la verticalité des pouvoirs. L'arrondissement de Rodez, intéressé au développement géothermique du Massif central aurait dû faire des représentations à Toulouse, capitale tournée depuis toujours vers l'Espagne et l'aviation, pour obtenir le droit de négocier ses intérêts périmétriques et pleurer des crédits.

Les royalistes n'aiment pas le département parce qu'il fut créé sous la Révolution française mais la normalisation du royaume en départements étaient dans les tiroirs de Calonne et le critère de distance au chef-lieu retenu jadis tient encore la route puisqu'on peut de nos jours aller à la préfecture et en revenir dans la demie-journée, ce qui, avec la contraction de l'espace-temps moderne, reste pertinent et comparable à la journée de cheval de l'époque.

Dans cette belle utopie, les briques départementales sont assemblées entre elles de diverses façons eu égard au projet considéré et permettent une administration plastique de l'espace national, adaptée, pertinente. Les départements ont aussi l'avantage d'une longue habitude de gestion, ce que n'ont pas les sous-préfectures. La nation fait l'économie de prébendes figées dans des satrapies provinciales arc-boutées sur leur propre continuation et débitrices d'une fonction territoriale surnuméraire. Les grands projets et les projets moyens sont développés par des professionnels des métiers convoqués à leur succès. L'Etat central veille à l'essentiel, le roi étant l'aimant qui oriente toute la limaille anarchique. A la fin, c'est encore Charles Maurras qui aura eu raison :


« la monarchie c'est l'anarchie plus un !»

lundi 9 février 2015

L'élixir du service civique


Le grand désordre de notre nation et la sécession d'une partie de la jeunesse résidant dans ce pays ont remis à la mode le service militaire. Ultime remède à l'incohésion, l'embrigadement assorti d'un savonnage des cerveaux semble être le dernier recours de la bourgeoisie régnante pour... sauver les meubles et la virginité capitalistique des héritières. On friserait la caporalisation si tout cela était pris au sérieux. Rassurons-nous, le canada dry du service aux armées est le service civique dans les MJC et autres associations de notre modèle social, utiles du berceau à la tombe. Le service civique fonctionne sur la base du volontariat, ce qui veut dire qu'il ne s'appliquera pas à ceux qui en auraient le plus besoin. Énième coup d'épée dans l'eau pour la "politique de la ville". Il ne pouvait quand même pas être question, comme le demandaient les pizzaïolos de l'UMP, de militariser l'esprit de jeunes gens réputés défavorisés, mais qui - moins empruntés que la moyenne - se prennent en charge en substituant aux tracasseries de Pôle Emploi le commerce d'hyper-proximité en pied d'immeuble.

Il est bien sûr exclu de former des combattants comme on le faisait jadis dans les compagnies de combat d'appelés, compagnies destinées à recevoir le choc des régiments du Pacte de Varsovie déferlant sur l'Europe occidentale. Jean-Dominique Merchet fait un sort au service militaire qu'il n'est pas besoin d'expliquer dès lors que plus de la moitié de la classe d'âge masculine y échappait à la fin par maints subterfuges ; se rendre sur sa page, c'est définitif. On serait très mal barrés à l'époque actuelle du Djihad si on faisait faire un stage commando aux djeunes des cités. Mais laissons cette foutaise de la conscription* aux vibrations des préaux politiques et intéressons-nous aux causes de l'effondrement de la morale sociale sur zone.

Élevons le débat et reprenons ce qu'écrivait André Bridoux (1893-1982) qui était LE prof de philo du Lycée Saint-Louis avant guerre, à propos de l'armature sociale indispensable à la morale :

« Quand les liens sociaux n'existent pas ou sont trop faibles, l'homme reste sans moralité, au niveau du Cyclope d'Homère qui n'a ni le respect, ni même la notion des droits d'autrui. S'il est une idée fausse, c'est celle de Rousseau que l'homme est né bon et que la société l'a perverti. En réalité, pour qu'un homme puisse avoir une conduite morale, surtout constamment morale, il lui faut l'encadrement des institutions et des mœurs, la conscience du contrôle permanent d'autrui, la représentation des sanctions et des organismes judiciaires [ndlr : en résumé... un État], et le secours constant de ce potentiel de civilisation qui est immanent à toute société et qui reste incorporé aux moelles de chacun par l'éducation.
Quand ces points d'appui viennent à manquer ou à fléchir, la vie morale s'altère aussitôt. On le voit bien dans les pays neufs, dans les villes où plusieurs civilisations s'usent les unes contre les autres ; en temps de révolution, de guerre, d'après-guerre ; quand les hommes sont transplantés, en séjour à l'étranger, ou seulement en voyage ».
(Que pourrait-on aujourd'hui retrancher de ce texte publié en 1945 ? Rien !)

Les bataillons de cyclopes à taille humaine qui patrouillent nos banlieues sont les produits de la carence d'État. Ils sont les marqueurs de l'impéritie des pouvoirs qui se sont succédé aux affaires depuis quarante ans, accroissant les privilèges et l'établissement des vainqueurs du jour dans la fenêtre d'opportunité de leur mandat au lieu de gouverner un monde bien trop compliqué pour leurs esprits formatés par "Jean-Jacques" et l'Ecole nationale d'administration. Que croit-on obtenir par le lancement d'un service civique comme une marque de lessive, si ce n'est l'agrandissement des fractures sociales entre ceux dont la fibre civique a besoin de confirmation et tous les autres pour qui le civisme est pure agression de leur bulle personnelle à petit rayon ! Une fois encore, le pouvoir se défausse de ses responsabilités sur un plan de communication et un arrosage budgétaire qui suffiront bien à atteindre les prochaines élections. C'est une honte !

Mais compter, même sans trop y croire, sur pareille classe politique pour réformer et durcir l'État dans son domaine exclusif est une forme de fuite, une lâcheté puisqu'il est maintenant reconnu par la plus grande majorité de ce peuple qu'ils sont en totale incapacité d'agir efficacement. Alors, le peuple qui ne dit mot contre cette absurdité est-il pourri ? Intoxiqué à la défausse ? Bovin ? Il faut le croire et remplacer le coq gaulois de nos emblèmes par la fière autruche républicaine.

Que faut-il faire, me demande-t-on dans l'oreillette. Easy ! Repartir de zéro et recoudre la chaîne (des valeurs civilisationnelles) et la trame (des lois de la république) de l'État régalien sur tout le territoire en supprimant les leurres diversitoïdes qui ne font que distraire de l'essentiel. Appliquer totalement les lois qui gouvernent nos mœurs... comme en Chine et dans cent pays qui n'imaginent même pas qu'on puisse les prendre pour des paillassons. Définir la réforme est simple, il n'y faut qu'une volonté d'application. Faudra-t-il d'autres morts pour y parvenir ? Répondre à cette question met le blogueur en péril. Ceux qui s'en chargeront devront être crédibles, dans le sens où aucun de ceux qui appartiennent aujourd'hui à la classe politique à l'embouche ne pourra être retenu dans cet emploi.

Il est malgré tout possible et certainement utile pour son éducation que la jeunesse donne un peu de son temps aux autres habitants de ce pays avant d'entrer dans sa vie professionnelle, à la manière des Peace Corps américains, mais de là à en faire un outil socio-politique... c'est n'importe quoi, et se moquer de nous surtout.

Même pas peur !


(*) on sait mon aversion de la levée en masse qui n'est qu'un budget de morts accordé au pouvoir.

lundi 18 février 2013

Une idée qu'elle est bonne !

«Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent», chantait Stephan Eicher. Croissance zéro, déficit agravé, taxes en hausse, peu d'emplois créés, beaucoup d'emplois détruits. Au milieu du marasme, Jean-Philippe Chauvin, qu'il est inutile de présenter [en photo], a lancé une idée de ruralisation pour combattre le chômage. Il est rare en pays cartésien que l'on s'attaque intelligemment aux symptômes sans vouloir régler d'abord la ou les causes du mal, ce qui aboutit le plus souvent à n'aboutir à rien car l'entreprise est colossale. L'idée pleine de bon sens est développée dans un billet du 8 janvier intitulé Une Piste contre le chômage. Prolongeons sa piste, nous en ferons un chemin. Lisez-le, ce n'est pas long, sachant qu'il n'est pas nécessaire non plus d'attendre l'établissement d'une monarchie fédérative.
Rénover l'habitat rural n'est pas une idée folle si elle ne convoque pas de gros crédits budgétaires, parce que les territoires vont être essorés par l'Etat central à compter de demain matin, c'est dans le brouillon du projet de loi de finances 2014. Sans justifier une par une les composantes du projet ci-dessous par un chapitre critique complet, en voici l'épure :

§.1- But à atteindre : rénover l'habitat ancien en groupant les interventions sur une, deux communes non encore mortes pour commencer, afin d'apporter une masse critique de population supplémentaire en termes de services publics de proximité et de chalandise.

§.2- Cadre géographique : le département. S'il n'est pas sollicité de concours financiers importants du Conseil général, il apportera sa pierre à l'édifice en termes d'autorisations et règlements divers, urbanisme, adductions, voirie... Le conseiller général peut en tirer gloire, ce qui n'est jamais négligé.

§.3- Population visée : familles nombreuses mal-logées dont un adulte travaille, afin d'atteindre plus facilement des chiffres dans un premier temps, de transférer des secours publics tant qu'il y en aura, parfois un savoir-faire ou un talent utilisable à destination, et pour parier sur l'avenir par les enfants.

§.4- Biens visés : biens abandonnés, successions vacantes, biens délaissés pour cause de rénovation lourde. Le soutien d'agences immobilières locales peut être déterminant pour sélectionner les biens transformables et ceux qui sont des loups.

§.5- Moyens d'acquisition : les hoiries vacantes pourraient être préemptées par le département qui les céderait à la structure d'aménagement privé du paragraphe 7. Les biens abandonnés devraient être déclarés tels et cédés par la même procédure. Les biens à céder contre numéraire pourraient être achetés par des SCI associant la structure du paragraphe 7 et la famille intéressée (les valeurs sont généralement faibles, voir plus bas des prix bretons affichés avant transaction).

§.6- Moyens de rénovation : c'est peut-être en ce "détail" que gît le diable. Le bénévolat n'est pas la solution ; trop d'aléas, connotation "restos du coeur". Il n'y a pas d'autre voie que de passer par un SEL¹ ou un groupe Castor². Les Impôts locaux risquent fort d'entraver l'exécution des programmes de rénovation car ils ne captent rien sur un SEL bien mené. A creuser sans retard !
(1) Système d'Echanges Locaux. L'esprit du SEL est par ici
(2) Coopératives d'autoconstructeurs ayant des accès matériaux et conseils

§.7- Structure d'accueil : une association loi de 1901 dédiée à la rénovation rurale, appelant à cotisations le plus largement possible et organisant des souscriptions village par village ou SEL par SEL.

§.8- Travail : le programme de rénovation donne déjà des heures de travail rémunérées d'une façon ou d'une autre. Sans atteindre l'autarcie, potager et basse-cour contribuent à l'ordinaire de manière sûre. Mais tout emploi extérieur au système ou à sa plus proche périphérie soulage le projet, d'où l'intérêt d'une qualification marchande des candidats. Pour mémoire, un salarié au SMIC 2013 coûte 21330 euros par an TTC.

Cet épure n'a que le mérite, s'il existe, de créer huit points de discussion et réflexion. Ce peut peut être le squelette d'un dossier qui développerait les huit points en huit chapitres constitués chacun d'une présentation, une critique franche, de tableaux et références qui vont bien (EHESS, CNRS...) ; à la réunion desquels on obtiendrait un modèle solide servant à la promotion du projet par divers canaux (recherche d'associés, soutiens départementaux, presse, réseau immobilier...). Après la confection du Plan de développement, il faudrait commencer par un canton dans un seul département. Peut-être à lancer après les cantonales mais à préparer dès maintenant pour le faire mousser pendant la campagne électorale de 2015.
A vous les studios !

90m2 sur 400m² à 22000€ à déb. au Morbihan

130m² à cloisonner dans les Côtes d'Armor, 18000€ à déb.

4 murs droits de pierres, charpente et volige sur place, 15000€ à déb. avec 400m² en Îlle & Vilaine







samedi 5 mai 2012

Pêche à la mouche

 

Notre cycle politique piscicole continue sur une pêche technique : la pêche à la mouche. Elle est pratiquée par les sportifs(ves) sachant manier la soie et qui se mouillent.

Un équipement idoine et une casquette (en option sur l'image) sont indispensables pour rester au sec et couper les reflets réverbérés par l'onde d'entrée en matière. Contrairement à l'image pieuse que nous offrons à notre lectorat vacant, il ne faut pas s'attendre à voir sortir Ursula Andress ruisselante de l'eau chaque jour que Dieu fait. Mais ça peut arriver. Le sexe dangereusement faible s'est mis à la mouche parce que c'est une pêche élégante qui affermit les seins et muscle les fesses. Ceci dit il est plus utile de passer à la démonstration en mouvement.

Observez bien le soin mis à la pose de l'appât au bout de la queue de rat pour leurrer parfaitement la cible, le mouvement de fouet qui permet de poser la mouche à l'endroit voulu, le contrôle de la soie à l'index de la main libre.

On peut s'entraîner partout au lancer, dans une prairie aussi bien que sur un plan d'eau, pourvu qu'il y ait des repères faciles pour mesurer sa marge d'erreur.
Pêcher en remontant les postes est une excellente activité physique qui réclame endurance et attention pour poser les pieds. C'est aussi pourquoi les pêcheuses à la mouche font d'appétissantes pécheresses.


jeudi 29 mars 2012

L'Empathie des religions du Livre

Ce billet est soumis à une convention divine qui l'exclut de l'espace-temps. Tout y est actuel quelle qu'en soit la date puisque les "vérités "sont éternelles.

L'écume du communautarisme turbide retombe et le piéton de se sentir un peu comme le dernier des Mohicans car il ne sent pas sous ses pieds sa propre commmunauté. Les appels à la cohésion sociale sont des prouts médiatiques, il n'y a pas, et de longtemps dans notre beau pays, de cohésion sociale mais de multiples fractures. Et la fracture religieuse n'est pas la moindre. L'immigration effrenée de populations expulsées de chez elles par la crasse islamique a importé chez nous (ça veut dire quoi maintenant "chez nous" ?) la guerre fratricide des deux fils d'Abraham. Leurs descendants nourrissent leur querelle d'un contentieux millénaire sur des disputes de nomades dont le débat ne nous a jamais tenté. Leurs histoires sont emplies de tumultes au désert, de décapitations, égorgements, sacrifices rituels, massacres de masse, martyrs de toutes façons et les plus horribles d'abord, pour dévier d'un côté sur les ambigüités du message évangélique primant les pauvres et les malades sur toute régime de civilisation dans l'ordre ; le sentiment prime la raison ; et finir de l'autre côté en assujétissant les consciences à des rites minutieux et des imprécations mortifères visant à l'éradication d'autrui, du moins sa mise en servitude. Quels programmes !

La greffe
Fille des civilisations grecque et latine, la France a été déviée de ses axes par la dictature des codes sémitiques importés par l'Eglise catholique. Chez les peuples de la forêt, des rus à milliers et rivières languides, des fontaines-oratoires et des champs blonds ou verts, jouissant d'un climat tempéré par un soleil doux, ami des bêtes et des gens, chez les peuples des montagnes et des vastes plaines qui labouraient l'épée à la ceinture et se nourrissaient sans tabou du fruit de leur travail, on a transplanté dans leur imaginaire l'aridité du désert stérile et brûlant, la mythologie d'un peuple barbare "élu", inconnu, content du joug de préceptes obscurs, incapable d'exprimer une civilisation autrement que par l'écriture. A quoi s'ajoutèrent le récit de mœurs bédouines en forme de paraboles, et pour emblème spirituel, un cadavre accroché au bois de supplice dont on raconte chaque année la terrible Passion. De Son destin cruel, voulu par les hommes de ce temps, là-bas, nous devons nous repentir, ici ! Nous naissons coupables et resterons pécheurs toute notre vie, sans quoi nous n'obtiendrons aucune commisération du Ciel ! Le convoi de bateleurs, de prophètes, de nécromants, d'agités et d'agitateurs sans patrie (C. Maurras, Anthinéa) est sinistre, mais le voyons-nous tel qu'il est ? Il accompagne la fureur des conquêtes inexpiées des deux autres livres, ancien testament et coran, conquêtes que les temps modernes associeraient à des génocides. Un regard étranger à notre hémisphère est frappé de sidération quand il accède à nos fondamentaux exotiques. Pour un bouddhiste, l'affaire commence par la culpabilisation de l'humanité coupable de curiosité, et finit après des torrents de sang - la Bible n'est que meurtres - par le martyre de main d'homme du Dieu révélé aux hommes, dont on mange le corps en souvenir, sous forme d'hostie, pour en prendre de la force, comme les Papous consommaient leurs valeureux vaincus ! L'empreinte mentale est si forte qu'aucun chrétien ne réagit à ce raccourci.

L'hégémonie et ses disputes
Des générations inlassables cherchant à établir leur pouvoir sur les âmes n'eurent de cesse de vouloir anéantir le « miracle esthétique et politique de la thalassocratie grecque » dans son universalité dangereuse ; de détruire la propension humaine à défier son destin tragique par la certitude de pouvoir changer les choses en modelant le monde par ses codes propres ; en étant son propre médiateur entre sa race fille du Ciel et les contradictions vulgaires de la Terre, une définition de la philosophie. Marquer la "Création" de sa propre métaphysique en construisant l'ordre sur le chaos naturel, c'est de l'autonomie, un blasphème. A défaut de parvenir à extirper complètement les résistances, les dictateurs de conscience récupérèrent la partie utile de la grécité pour la propagande de la "nuit" judéo-chrétienne. Puis vinrent les guerres de religions... on y retourne !

Il n'est pas étonnant, après que leur pouvoir ait été gravement entamé pendant la seconde moitié du XX° siècle en Europe, que les hiérarques du clergé chrétien soient en osmose aujourd'hui avec ceux des deux autres religions cousines, jusqu'à faire consciemment le lit du communautarisme honni pour sauver leur propre communauté.
Les trois religions du Livre veulent imposer leur propre fonds comme socle social, socle sur lequel seront assis leurs particularismes. La vieille religion catholique quand elle put dominer s'est imposée par le fer et le feu chaque fois que sa progression était entravée ou ses acquits menacés. La religion judaïque vaporisée par l'Empire romain a préservé son identité par de nombreux ancrages disséminés partout et elle sut prendre des gages dans certaines professions mieux adaptées au génie de ses ouailles, jusqu'à nos jours en politique, dans les médias et les cercles d'influence ; la dernière venue, ou revenue, le religion musulmane, revendique la liberté d'impacter les us et coutumes de territoires où elle est majoritaire - définition de la démocratie locale directe - en y versant les codes sociaux extraits de son livre de prières ; la plus à la traîne parce que la plus combattue par l'athéisme maçon, la religion catholique, ne s'oppose pas à cette sécularisation active des deux autres, pensant y regagner un jour la sienne propre.

Le communautarisme final et son désordre
Il faut ouvrir les yeux, lire les précautions sémantiques des faiseurs d'opinion, le communautarisme est là, à l'anglaise, définitivement. La République a échoué, le communautarisme va la détruire. Par le jacobinisme, elle a brisé une fédération de terroirs liés par une forte identité nationale dont les croyances importées font partie. Afin d'imposer la dictature égalitaire du gouvernement des atomes-individus, plus faciles à influencer avec une propagande rodée, elle a déclaré la guerre à la religion dominante qui la contrait depuis la Révolution, pour finalement plier le genou devant l'assaut d'autres mœurs exogènes qu'elle n'a pas voulu convertir aux nôtres puisqu'elle les refusait. Vide de sens inné, la République accapare des valeurs naturelles essentielles qu'elle fait siennes, mais qu'elle ne sait pas défendre parce que ses règles sociales tracées sur la comète sont contradictoires comme les ordres criés sur le chantier de la tour de Babel. La République d'aujourd'hui sécrète le désordre.

Elle laisse voir à marée basse le chaos de ses infrastructures morales, culbutées l'une par-dessus l'autre. Et tout au fond du paysage, deux centaines de Mohamed Merah, le pois-chiche ravagé de haine, reçoivent cinq-sur-cinq le prétexte de leur non-intégration pour se déchaîner et faire le dernier film de leur vie. La société exonère d'avance les imams de toute assignation pour manipulation des imbéciles, en inventant un mot qui les décharge de toute responsabilité : l'auto-radicalisation. Il fallait y penser.

Il n'y a pas de solution politicienne,
il faut retourner à Athènes


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