vendredi 19 septembre 2008

Une armée d'élite

airforce one françaisDans son blogue militaire, Jean-Dominique Merchet de Libération, donne la confirmation d'un avion "air force one" pour la présidence française. Le plus simple est de cliquer ici pour lire son billet. On peut légitimement se poser la question de la pertinence d'une parade aérienne de M. Sarkozy à l'échéance de sa présidence européenne, quand le premier janvier 2009 il redeviendra le simple chef d'état d'un pays endetté jusqu'au cou, sans finances ni pouvoirs autres que rhétoriques. N'aurait-il pas été plus judicieux de doter la présidence européenne de ce type d'outil de commandement s'il s'avère utile, et de reporter la dépense française sur deux hélicoptères armés neufs ?

Certains dictateurs africains ont caressé ce type de projet avant d'en être dissuadés par les bailleurs de fonds et les ajusteurs structurels qui préféraient voir l'argent national suivre leurs traces plutôt que de se perdre dans le kérozène surtaxé et les comptes suisses.
Nous ne sommes pas encore sous la coupe du FMI, mais que pèse la France sur la scène internationale pour débarquer sur les tarmacs diplomatiques du haut d'un Elysée volant ? On pète plus haut que son cul, au moment où l'on réduit la voilure militaire, seul agent d'influence diplomatique durable. Et nous n'avons pas encore parlé du Pentagone à la porte de Sèvres !

Si je ne conteste pas notre présence active en Afghanistan pour éradiquer les Talibans et leurs affidés alqaïdistes enkystés aux portes d'un état nucléaire islamique, lequel Etat en décomposition est présidé depuis peu par un pantin notoire ; je mets en doute - et j'en ai le droit tant que je paie des impôts dans ce pays - la stratégie générale de déploiement de nos forces, très limitées en moyens et effectifs par les budgets de la Défense, et surtout la démobilisation morale du soldat qu'entraînent ces opérations amollissantes de "ni paix - ni guerre".

patrouille VigipirateL'habitude des corvées nationales a été prise à l'époque de la conscription où les fils de la nation sous les drapeaux servaient de renforts à la protection civile quand se déchaînaient les éléments naturels. Tous les pays de conscription font de même. Par contre la professionnalisation des forces et son corollaire de durcissement des capacités interdisent de leur faire passer le balai des laveuses, surtout si l'on dispose à côté d'elles d'un effectif important pour ne pas dire pléthorique de forces de l'ordre (polices et gendarmerie) entraînées à la contemplation des administrés, qui pourraient bosser un jour sur deux par exemple.
Vraiment, on gaspille le temps d'activité et la motivation des soldats professionnels en les affectant aux promenades Vigipirate en gare, ces gares qui disposent d'une police ferroviaire capable en théorie d'assurer cette surveillance.

Nos émois humanitaires sont une autre distraction de forces entraînées à la guerre que nous éparpillons en Afrique, alors que des unités de volontaires civils convenablement formés feraient l'affaire. Il est sage de conserver des points d'appui dotés en moyens et effectifs aguerris pour intervenir sur nos zones d'intérêt ou d'inquiétude, comme nous l'ont montré les opérations corsaires de Somalie ; de même que nos Dom-Tom doivent être réellement protégés. Mais on peut se demander quelle est la pertinence de notre maintien en Côte d'Ivoire, en Centrafrique ou au Tchad, sans aller jusqu'à dire que le Darfour soudanais est depuis Fachoda dans la zone d'influence anglaise ; mais disons-le quand même à Mr Kouchner.
Cette supériorité acquise des unités françaises postées dans nos anciennes colonies peut créer un complexe qui tourne au handicap et que je qualifie d'un néologisme TDM qu'on me pardonnera ou pas : la "colonialisation".

la charge des Spahis
L'aguerrissement des troupes se fait mal dans leurs missions de maintien de la paix où l'on finit par faire la sieste à l'heure de l'anisette quand passe le Sukhoï sur Bouaké. Lorsqu'on engage ensuite ces troupes "colonialisées" dans un conflit de moyenne intensité - l'Afghanistan ce n'est pas encore Stalingrad - elles risquent gros pendant le délai d'acclimatation, l'embuscade en Kapisa l'a prouvé :

Si le terrain ressemble aux Aurès, si les insurgés ressemblent aux fellahgas, si leurs façons de combattre sont barbares et incluent les sacrifices humains comme chez le FLN, la donne est sensiblement plus complexe, et le niveau d'opérations plus dangereux. Les détails de la mission de reconnaissance du col de Saroubli dans la vallée d'Uzbin montrent que le détachement composite et international - donc difficile à commander par défaut de cohésion naturelle - est parti en ballade vers le haut de la piste non-carrossable après avoir débarqué des VAB* de transport. La réalité leur a explosé au visage.
Des extraits (dans les 2 sens du terme) du rapport préliminaire de la Frenic de Kaboul avaient posé les vraies questions. Les voici pour mémoire :
« # Est-il normal que des professionnels s'engageant dans une opération de reconnaissance en profondeur de plusieurs jours (qui plus est en convoi) soient à court de munition dès le premier accrochage ?
# Est-il pensable qu'une opération de reco aussi importante (une centaine d'hommes en 2 sections de l'armée française et 2 sections de l'armée nationale afghane) ne soit pas dotée de moyens d'appui collectifs ?
# Comment peut-on laisser se monter de telles opérations sur ce terrain sans un minimum d'observation et de surveillance en avant des unités en progression ? »


VAB
Au vu des résultats, la moindre des choses serait de relever toute la chaîne hiérarchique tactique en commençant par le chef de détachement, mais l'armée est devenue aussi une caste par la professionnalisation, caste qui cultive avec talent les "explications".

Les autres rapports exudés des états-majors montrent trois choses :
- nos unités élémentaires ne sont pas suffisamment aguerries dans leur articulation tactique, même si les soldats sont courageux jusqu'au sacrifice ;
- l'économie de gestion des ressources incite à former des détachements disparates au lieu d'engager des compagnies homogènes complètes habituées au drill ensemble ;
- les moyens matériels (éclairage et appui) sont chiches faute de crédits.

pucelle du 129Peut-on dire qu'une compagnie d'infanterie de ligne classique engagée sur son TED complet n'aurait pas autant dérouillé ? Je le pense ; car elle aurait mis sa section de mortiers de 81 en batterie au départ de la progression à pied, et le capitaine aurait demandé lors du briefing qu'on lui pose une de ses sections de voltige sur la ligne de crête. Si la compagnie avait été engagée au complet elle aurait pu incorporer avec bénéfice dans son schéma tactique une section de l'ANA (mais pas deux) avec la ferme intention de l'engager au cas où. Faisant naturellement partie d'un bataillon, la compagnie, prise dans la tenaille de l'embuscade, pouvait bénéficier, au pire dans l'heure, de l'appui décisif des mortiers de 120.
Il n'y a là ni laser, ni gonio-guidage, ni drones, et pas non plus de numérisation du champ de bataille ; uniquement le règlement de combat d'infanterie. C'est très con !
On fera une autre fois un "cours du soir" sur l'emploi de la section de crête dans la capture d'un col, en insistant sur la fonction de relais-radio.

Pour obtenir avec des professionnels les mêmes résultats que l'on pouvait attendre des appelés, il ne faut pas les distraire dans des opérations non-militaires : on ne prend pas son pitbull à la chasse, ce n'est pas un chien d'arrêt ! Surgit à la fin la question perverse des ressources disponibles.

GV felinLe meilleur projet pour une armée de terre calibrée à nos capacités budgétaires est d'accroitre sa qualité intrinsèque et sa dûreté en visant l'excellence en tout, matériel compris : une armée d'élite ou rien ! L'armée d'un pays moyen comme le nôtre, caressant quand même des ambitions planétaires à cause de ses possessions éparses et d'une grande tradition diplomatique, doit couper comme un diamant les rares fois où elle est engagée. C'est la base de notre sécurité et un élément de respect par autrui. Il faut savoir quand même faire peur !
En ce sens le Livre Blanc de Morin est sur le bon axe, du moins à la lecture. Se méfier quand même de la sophistication à outrance adorée par nos ingénieurs de l'armement. Le fusil FELIN avec ordinateur porté me laisse perplexe. Pour la mise en oeuvre du Livre c'est affaire de circonstances budgétaires, et l'on peut s'interroger quand cet Etat pachydermique est incapable de financer une mesure de justice sociale comme le RSA par des économies de fonctionnement, tout en prélevant mille milliards d'euros par an sur la Bête.

Les royalistes pourraient reprendre certaines idées du Livre Blanc visant la dureté et la compacité de notre dispositif militaire, avec cette recherche de l'élitisme dans une exigence de cohérence entre les moyens nécessaires et le programme de missions confiées. Je n'ai lu à ce jour que des critiques un peu démagogiques de notre bord ; c'est dommage.



deux pitbulls
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2 commentaires:

  1. Il faudrait un niveau "Légion" dans toutes les unités de l'Armée de Terre.
    Et moins de Rambo.

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  2. Il faut aussi du matériel moderne et endurant, des équipements individuels adaptés au théâtre d'opérations, une chaîne de commandement défonctionnarisée.
    On peut récupérer pas mal de crédits sur le stock pléthorique d'officiers généraux et accédants : l'armée de terre solde 390 généraux et 1999 colonels. Pour encadrer qui ?

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