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mercredi 25 janvier 2012

Analyse et commentaire du discours sur l'Union


Si nous avons choisi de publier hier le discours d'Obama sur l'état de l'Union, c'est bien sûr qu'il impacte nos moeurs économiques et politiques. Sans vous infliger un article en lasagne, citation-commentaire, nous y relèverons les points qui touchent à notre destin directement, même si toute action de l'Administration américaine aux Etats-Unis induit des répliques sismiques en Europe et partout ailleurs. Après les généralités d'usage, un paragraphe donne l'axe :

« Pensez à l'Amérique possible : un pays qui guide le monde en éduquant son peuple. Une Amérique qui attire une nouvelle génération d'emplois de haute technologie bien payés. Un futur où nous contrôlerons notre propre énergie, et où notre sécurité et notre prospérité ne seront pas aussi liées aux régions instables du monde. Une économie bâtie pour durer, où l'on paie le dur travail et où l'on récompense la prise de responsabilité. Nous pouvons le faire. Je sais que nous le pouvons, parce que nous l'avons déjà fait auparavant. Et plus loin... Ce qui est en jeu, ce ne sont pas les valeurs démocrates ou les valeurs républicaines, mais les valeurs américaines !»

SPHERE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE
Quid de la crise financière qui est la base de notre problème à nous ? Après avoir parfaitement diagnostiqué l'origine du mal dans la distribution extravagante de crédits hypothécaires à des gens incapables de les honorer voire même de les comprendre, il pointe du doigt les établissements financiers qui se sont goinfrés dans une économie de casino jusqu'à l'effondrement du château de cartes. Ceci annonce la régulation forcée de la profession bancaire par l'installation d'une Financial Crimes Unit, et le retour du Glass-Steagall Act de 1933, séparant banques de dépôt et banques d'investissement, au grand dam de la City. Nous suivrons.

Mais « le plan commence par l'industrie de fabrication américaine ». Aussi demande-t-il aux entrepreneurs de bien faire leurs comptes et de rapatrier le plus d'emplois possibles au bénéfice desquels l'Administration créera un environnement favorable par un nouveau code de taxes tournant le dos à une imposition exagérée des sociétés :
1.- Si dans votre bizness vous délocalisez, vous n'aurez aucune réduction d'impôt sur les sociétés, cet argent sera dépensé pour les frais de rapatriement d'emplois engagés par d'autres compagnies.
2.- Aucune société n'échappera à l'impôt en délocalisant ses jobs et bénéfices outremer, elle sera taxé au forfait. L'argent ainsi collecté sera utilisé jusqu'au dernier centime à réduire les taxes des entreprises qui choisissent de rester sur le sol américain et d'y embaucher.
3.- Si vous êtes un fabricant américain, vous aurez une plus grande réduction d'impôts. Si vous produisez de la haute technologie, nous doublerons la déduction pour la production domestique. Et si vous voulez vous transférer sur un territoire touché durement par le départ d'une usine, vous serez aidé pour financer une nouvelle usine, des machines ou la formation d'ouvriers.
Nous suivrons.

Le deuxième axe d'effort est de revivifier le commerce d'exportation dans des accords bilatéraux (ndc: donc sans passer par aucune organisation internationale) et de contrer la concurrence faussée en créant une Trade Enforcement Unit chargée d'enquêter sur les pratiques déloyales, de la Chine par exemple, trois fois citée. Nous ne suivrons pas (Kow Tow).

ÉNERGIE
Nous zappons les mesures de politique intérieure sur l'éducation, l'emploi, la formation, la recherche fondamentale et appliquée, la justice fiscale, la sûreté des dépôts bancaires particuliers, qui n'ont pas d'impact immédiat chez nous, pour aller à l'autarcie énergétique. C'est le grand challenge. Toute énergie est bonne à prendre, qui améliorera les termes de l'échange et créera des emplois, pourvu que les modes d'exploitation soient propres. Pétrole, gaz naturel, gaz de schiste, énergie renouvelable, tout est bon, mais l'argent du contribuable ira vers le soutien aux énergies nouvelles pour ne pas laisser partir la technologie en Allemagne ou en Chine ; l'objectif est 600.000 emplois. A terme, la pression de la demande américaine d'hydrocarbures fléchira sur les marchés, et nous verrons arriver en Europe des équipements énergétiques américains, subventionnés sans complexe par un soutien gouvernemental au marché domestique.

Nous zappons aussi les longues remontrances aux Républicains qui mènent une guerre de tranchées à Washington, coupant la capitale fédérale du reste du pays et de ses problèmes. Elles sont méritées à notre avis ; reportez-vous au troisième quart du texte d'hier. Dès votre retour, nous partons au Moyen-Orient.

MOYEN-ORIENT
La chasse à al-Qaïda bat son plein du Pakistan au Yémen avec des résultats. Ce qui justifie de lever le pied en Afghanistan où la restauration d'un état démocratique cède le pas à une collaboration non définie. Après le retrait accompli de de 10.000 soldats, ce sont 23.000 autres qui rentreront à la fin de l'été 2012. Nous suivrons.
La révolution arabe est aussi un enjeu pour les Etats-Unis. « L'issue de cette incroyable transformation est incertaine. Mais nous y avons gros jeu. Et si c'est aux peuples de la région que revient la décision ultime de leur destin, nous serons l'avocat des valeurs qui ont si bien servi notre pays. Nous nous opposerons à la violence et à l'intimidation. Nous signifierons les droits et dignité de tous êtres humains - homme et femme; chrétiens, musulmans et juifs. Nous soutiendrons les politiques qui conduiront à des démocraties fortes et stables et à des marchés ouverts, parce que la tyrannie ne peut lutter contre la liberté.» On peut dès lors penser que les Etats-Unis continueront à oeuvrer en sous-main, mais de manière plus puissante qu'au début de la révolution. D'autant que le danger iranien est clairement identifié, autant que la volonté inébranlable d'y faire face pour le réduire. C'est le point dur du discours : « Qu'il n'y ait aucun doute. L'Amérique est déterminée à empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire, et je n'écarterai aucune option de la table pour atteindre ce but.» Vu la fuite en avant du régime islamique en proie à la liquéfaction de son économie et de sa monnaie, on peut s'attendre à tout. Nous suivrons.

Et le discours s'achève sur un long hommage aux forces armées et spécialement aux forces spéciales de l'US Navy. Nous ne savons pas faire.





Conclusion du piéton
Puisse cette analyse objective vous convaincre que les Etats-Unis sont de retour dans le Grand Jeu grâce à leur adaptabilité et à leur force intrinsèque. Tout plan géopolitique doit les prendre en compte, et cela déplaît à une puissance moyenne comme la France, revenue d'une grande histoire. Mais on ne peut pas se tromper tout le temps sans conséquences un jour. Le déclin a peut-être commencé à Sedan en 1870. Charles De Gaulle proclamait le refus pour la France d'accomplir le destin du Portugal, immense nation qui inventa la mondialisation, ramenée à un finistère stérile. Mais il n'avait pas reçu l'éducation convenable qui lui aurait suggéré que l'économique prime tout car la puissance en procède. Nous péférâmes la grandiloquence.
J'attends maintenant avec intérêt le décodage d'Hubert Védrine.




samedi 18 juin 2011

Echouage du QE2

Ce billet a paru dans l'Action Française 2000 du 16 juin 2011, sans les notes. Il ne s'agit pas du Queen Elizabeth 2, rassurez-vous ! Le billet entre dans les archives de Royal-Artillerie.
Le Trésor américain sera-t-il en défaut avant le Trésor grec ? Vingt-cinq milliards de coupons d'obligations lui seront présentés au 15 août mais le blocage de l'endettement public par la majorité républicaine au Congrès annonce le défaut. Ce défaut, même de quelques jours ou quelques heures, dégraderait durablement la notation du pays bénéficiant actuellement du "triple A", comme l'anticipait Standard & Poor's dès le 18 avril. Fitch Ratings et Moody's le menacent d'un humiliant «B» comme ils en donnent aux gitans sud-européens. Tout déclassement renchérit mécaniquement le prix de l'argent emprunté sur les marchés et creuse le déficit. Mais il est possible de se passer des marchés en empruntant la voie dite non conventionnelle¹ du Quantitative Easing (QE) ou assouplissement quantitatif des règles de prudence.
Pour comprendre, revenons à la "crise des subprimes".

Lors de la découverte des hypothèques pourries de 2008 accumulées par la politique d'argent facile d'Alan Greenspan, les actifs des banques qui en comptaient beaucoup, émiettées dans une multitude de titres, furent subitement dégradées à tel point que tout l'interbancaire faillit geler comme le Saint-Laurent en hiver. Aucune banque ne faisait plus dès lors confiance à sa voisine, la craignant aussi chargée qu'elle-même. L'économie commençait à se gripper tel un moteur sans huile. Tout s’arrêterait et les caisses vides des entreprises jetteraient à la rue les employés par dizaines de millions.
Ben Bernanke², président de la Réserve Fédérale des États-Unis (FED) vit arriver le krach. Pour prévenir la congélation, en bon keynésien, il noya les banques de liquidités prêtées par la FED à un taux proche de zéro. Ce fut le QE-1. Mais le moteur de la consommation tournait quand même au ralenti parce que les Américains qui achètent tout à crédit en étaient privés par leur banque méfiante ; et la croissance ne repartit pas franchement ; or c’est l’éponge des erreurs. En relais du QE1, Obama fit donc injecter massivement de l’argent public sur crédits budgétaires en creusant les déficits déjà énormes, à peu d’effet au résultat, car le malade ne réagit pas à la perfusion. En novembre 2010, Bernanke décida de prendre des bons du Trésor tirés sur du vent pour couvrir ses propres émissions de liquidités. C’est le QE-2. Ce dispositif inflationniste extrêmement inflammable qui a vu la FED préempter 75% des émissions du Trésor, se termine au 30 juin prochain. Ils n’oseront pas le QE-3. Donc retour aux crédits budgétaires ? Non ! C’est là le hic.

Les Républicains font chanter la présidence en exigeant la réduction des dépenses publiques de 2500 milliards de dollars sur dix ans sans taxation supplémentaire, en contrepartie de leur accord au rehaussement du plafond d’endettement de l’État au-dessus de la limite constitutionnelle³. Les Républicains étant le plus souvent des possédants, il y a peu de chances qu’ils fassent sauter la Banque. C’est plutôt un exercice de lutte gréco-romaine, mais tous les détenteurs de bons du Trésor américain sont aux cent coups, les Chinois les premiers au seuil de la menace à peine voilée, car un mot tabou circule : banqueroute.




Notes
(1) La voie conventionnelle est la manipulation du taux directeur de la banque centrale qui induit le taux d'escompte des effets pris en pension et le taux interbancaire d'échange de liquidités entre banques.
(2) Ben Shalom Bernanke est un monétariste nommé à la tête de la FED par Georges W. Bush en remplacement du gourou Greenspan (In Alan We Trust !). Le poste étant très exposé, Obama n'a trouvé personne pour aller y prendre les coups et a maintenu à la FED le président en fonction.
(3) Ce plafond est de 14,3 trillions de dollars.

mardi 7 décembre 2010

Questions d'Orient


Bachar al-Assad arrive à Paris. L'Université du Maryland a confié à la Zogby International, un des plus gros sondeurs américains, la conduite d'une enquête d'opinion cet été au Maroc, en Egypte, Jordanie, Arabie séoudite et aux Emirats, mais pas en Syrie - les gens ne pouvant librement répondre. Elle l'a publiée sous le titre The 2010 Arab Public Opinion Poll¹, que nous aurions traduit en France par "Que pense la Rue Arabe en 2010 ?".

Ca décoiffe. Les réponses ne sont pas raccord et de loin avec les choix exprimés par les dirigeants arabes, encore moins avec leurs intimes convictions incinératrices révélées par le site de piratage Wikileaks, jusqu'à mesurer une fracture nette entre eux et leur société civile, ce qui anticipe de violents soubresauts dans ces pays. Si certaines réponses sont attendues, comme sur la priorité à donner à la solution du litige de Palestine (p.11), d'autres sont moins convenues. J'ai noté en passant que lorsque les réponses sont triées sur deux classe d'âge (moins et plus de 36 ans) il n'y a pas d'opposition entre elles, donc pas de remise en cause future de ces tendances.
Extraits :

Si l'Iran acquiert des armes atomiques, comment en qualifieriez-vous les conséquences sur le Moyen-Orient ? (p.50)
Plutôt positives : 57% - Sans effet : 20% - Plutôt négatives : 21%
Voir les résultats par pays, page 54. La bombe arabe a donc de beaux jours devant elle, du moins tant que la région sera sous le feu nucléaire israélien. Les réponses ne disent pas non plus quels sacrifices les peuples sont prêts à consentir pour s'en doter. La faillite économique de l'Iran n'est pas mise en parallèle. Les émirats qui sont au balcon, sont contre.

Parmi ceux qui pensent que l'Iran recherche à se doter d'armes atomiques, 70% croient que l'Iran a le droit de poursuivre son programme nucléaire. Avec l'aide des ingénieurs nord-coréens ? La question ne fut pas posée.

Si vous deviez vivre dans l'un des pays suivants, lequel préfèreriez-vous ? (p.58)
France 51%, Allemagne 17%, Grande Bretagne 10%, Etats Unis 7%, Chine 6%, Russie 3%, Pakistan 2%.
Pas folles les guêpes, les pays à minarets hurleurs n'ont pas la cote ! Et nous attirons toujours autant, depuis que les Croisés ont rembarqué à Saint-Jean d'Acre.
Pour faire des études, nous sommes encore en tête, mais la fourchette est resserrée entre nous, l'Allemagne, la Grande Bretagne et les Etats-Unis.

Dans un monde où une seule superpuissance dominerait, lequel des pays suivants préfèreriez-vous comme La Superpuissance ? (p.56)
France 35%, Chine 16%, Allemagne 13%, Grande Bretagne 9%, Russie 8%, Etats-Unis 7%, Pakistan 6%.
La politique arabe du Quai d'Orsay a porté ses fruits. Ou bien est-ce la rémanence de notre cabrage onusien contre Colin Powell où Dominique de Villepin débonda le lyrisme échevelé du setter fou contre l'empire bushien. Je l'entends encore dans l'oreille.
Finalement, l'incompétence de Monsieur Kouchner aura porté chance puisqu'il n'a pas inversé le courant de sympathie de ce monde arabe sans lequel nous serions condamnés au gaz de houille.

Nous sommes leader également pour les réponses aux questions suivantes :
- Citez deux pays, hormis le vôtre, qui jouent le rôle le plus constructif au Moyen Orient.
- Citez deux pays où le peuple dispose le plus de libertés démocratiques.
(p.64 et 65)

Par contre, et je m'en étonne, nos médias qui couvrent la zone Moyen Orient ne sont pas cités et l'usage du français dans l'acquisition d'information sur Internet est ramené à un maigre 13% globalement, avec le renfort du Maroc à 38%. Le Liban lit des informations en français à 5% (p.92). Madame Christine Okhrent devrait faire seppuku illico presto !

On continue...
Citez deux pays qui à votre avis sont la plus grande menace pour vous.
Israël 88%, Etats-Unis 77%, Algérie 10%, Iran 10%, Royaume Uni 8%, Chine 3%, Syrie 1%.
Tir groupé, mais les Marocains ont dû peser lourd en "faveur" de l'Algérie.

Quel leader international (en dehors de votre pays) admirez-vous le plus ? (p.66)
Extrait d'une longue liste : Recep Erdogan [Turquie] 20%, Hugo Chavez (Vénézuéla) 13%, Mahmoud Ahmadinejad (Iran) 12%, Hassan Nasrallah [Hezbollah/Liban] 9%, Oussama ben Laden 6%, Jacques Chirac 4% (autant qu'Hosni Moubarak), Saddam Hussein 2%. Barack Obama n'est pas cité, qui dans une question ad hoc recueille 62% d'opinions négatives (contre 23% en 2009).
Quelques indications :
Le premier ministre turc récolte déjà dans l'opinion arabe les fruits de son activisme pro-palestinien. Il n'y a pas si longtemps que le Turc était d'abord l'Ottoman méprisant et colonisateur. Erdogan fera-t-il renaître le Califat ? On peut en sourire deux minutes, mais y réfléchir dès la troisième, en lisant par exemple les billets de Gilles Malliarakis, grand spécialiste du panturquisme. On y accède par son site "L'Insolent".

Le Discours du Caire du président Obama (clic ici) n'a pas convaincu. A juger surtout de sa complète passivité sur le conflit israélo-palestinien. Le président iranien qui veut extraire le kyste juif du Proche Orient fait un bon score. On cite encore le cher disparu Saddam Hussein, le seul qui ait osé bombarder l'Etat hébreu avec de vrais missiles qui faisaient peur.

Le chapitre identitaire du sondage est aussi très intéressant. Chaque fois que la question hiérarchise l'identité nationale, l'identité arabe, l'identité islamique et le cosmopolitisme, c'est globalement l'identification à l'islam qui est en tête sauf au Liban (normal) mais aussi en Jordanie ou la jordanité l'emporte à 58% (p.74). C'est la monarchie hachémite qui a le meilleur socle populaire. Elle en aura besoin. Les émirats du Golfe et le Maroc s'ouvrent eux au cosmopolitisme (10%).

En conclusion, ce sondage très imparfait dès lors qu'il n'affine pas ses résultats à la population observée, a le mérite de fournir beaucoup de matières premières pour suivre l'évolution des opinions arabes d'une année à l'autre, et aussi d'être très maniable et dépouillé de tous commentaires vaseux (le pourquoi de ce billet). On en retiendra, au moment où les positions se crispent autour de la bombe iranienne, que justement l'Iran a la Rue Arabe derrière lui, contrairement à tous les dirigeants arabes qui le haïssent.
Une action éventuelle d'éradication de la menace iranienne ne sera pas acceptée par les gens, et je conseillerai à Monsieur le Président de la République Française de ne pas se louper sur nos intérêts bien compris et, à tout le moins, d'avertir nos compatriotes sur zone vingt-quatre heures avant armaggedon, qu'ils puissent se ranger des représailles aveugles. Chiche.

Au fait, Sarkozy a fait 4% comme second leader préféré. Pas mal quand on sait son empathie avec Israël et ses lois "liberticides" ciblées. Avec Chirac (8% en second également), ils sont quand même les seuls occidentaux de la liste (p.67). Barack Hussein Obama doit en être meurtri après s'être mis en frais et en fonds, il n'apparaît qu'en négatif partout et quand il apparaît.
François Ier avait raison, notre avenir est à l'Est. On va embaucher Barberousse² pour nettoyer Marseille !

Note (1) : document original de 95 pages en cliquant ici
Note (2) : Hérodote.net vous en dit plus
Une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur à signaler ? Contactez le piéton du roi à l'adresse donnée en bas de page et proposez votre correction en indiquant le titre ou l'url du billet incriminé. Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

mardi 4 novembre 2008

Le jour des césars

US SealDemain matin nous saurons le nom du 44° Cæsar. Le poids lourd de la planète Terre - 30% de l'économie mondiale avec moins de 5% de la population - est-il devenu le poids mort ? A Davos l'an dernier, les non-américains se plaisaient à annoncer le "découplage" imminent au profit des BRIC. Les géants émergents (Brésil - Russie - Inde - Chine) ne feraient qu'une bouchée de l'Empire avant l'an cinquante. Le lest de la dette intérieure et extérieure américaine s'ajoutait à l'effondrement géopolitique provoqué par les guerres islamiques, sans compter le plus grave handicap pour la suite, un défaut d'inventivité.
On ne sait qui de McCain ou d'Obama sera le plus convaincant pour faire semblant de relever le défi, mais on se doute déjà que le "découplage" du Monde et de l'Amérique n'aura duré que quelques heures ! C'est à Washington et nulle part ailleurs qu'on va ouvrir la dispute sur le libéralisme le 15 novembre en convoquant le G-20.

USA Everlast sur le ring du Monde ? A l'évidence, tous ces pays y compris les BRICs sont dans le même bain d'eau sale que les Etats-Unis. Le Brésil est une économie de beau temps qui peut être ruinée à brève échéance, la Russie existe par ses rentes minières à condition que des opérateurs technologiques étrangers viennent les valoriser ; seules l'Inde et la Chine populeuses sont de vrais poids lourds économiques, avec avantage à la seconde qui est déliée des désordres démocratiques dangereux en cas d'orage planétaire ; mais pénalisée aussi puisque son trésor de guerre est monétisé par son premier contempteur, les Etats-Unis.

ObaMacCain
Au pupitre des machines de la Maison Blanche les manettes jouent désormais sans résistance sur leur axe, elles ne commandent plus grand chose, sauf les micros. Quelles que soient les mains qui s'y poseront le 20 janvier prochain, le cuirassé géant USA continuera sur son erre ; il ne faudra compter que sur le courant de fonds qui reste celui du capitalisme libéral. Le principe libéral est-il en soi coupable ? Des économistes avisés insistent pour faire porter le chapeau du désordre actuel au gouvernement des interventionnistes médiocres ; sans aller comme nous jusqu'à dire que la démocratie étant par essence le gouvernement des médiocres les plus rusés, les plus "sportifs" ou les plus avides de clinquant, il n'est pas étonnant que le principe en souffre. Une vidéo de l'association Un Monde Libre fait une analyse des causes de la crise financière en 7 minutes :



Au dehors de son grand marché intérieur, la future administration n'aura aucune coudée franche, embourbée qu'elle est en Afghanistan jusqu'au point de négocier bientôt avec les affreux et desserrant à grand peine le piège à loup irakien tout en gardant la main sur les nappes d'huiles. Prendra-t-elle le risque de tomber dans les mâchoires d'un conflit israélo-persique qui déclencherait un cataclysme énergétique sans précédent ? Les Juifs y poussent. Au dedans comme au dehors elle ne disposera d'aucune aisance budgétaire puisque la crise du crédit et la récession interdisent de surtaxer Joe le plombier qui traditionnellement n'épargne pas. Il lui faudra en permanence arbitrer entre priorités et urgences.

La Réserve fédérale arrive au bout de ses munitions dès lors qu'elle ne parvient pas à chasser vers le marché les dépôts bancaires qu'on lui confie, même en gérant l'interbancaire à 0,30%. Faudra-t-il passer à un taux de pension négatif comme la Suisse des années 70 ? A quoi serviront les 700 milliards de dollars de fonds publics que le Congrès a débloqué pour sauver les banques s'ils sont "placés" ? Pire, il faudra les emprunter en sus des 600 milliards de dollars que l'Etat a levé depuis un mois et demi pour soutenir la Fed, et concurremment servir une dette accrue qui dépasse désormais les dix trillions, en asséchant toute liberté budgétaire (pareil en France en plus petit). Or l'Amérique ne saura recouvrer avant longtemps la confiance des étrangers qui viendraient concourir au sauvetage, le charme étant définitivement rompu (dixit le poète Kouchner): les prêteurs institutionnels étrangers peuvent couper l'oxygène du poumon d'acier américain par défaut, si les nouvelles du G20 prochain ne les rassurent pas.
Je pense aussi que certains états ayant fort à faire chez eux et sans visibilité à moyen terme, seront peu désireux de se "ruiner" pour les faubourgs de Youngstown, laissant l'avenir au Hasard : les astrologues sont aux 3x8 et amassent des fortunes ces jours-ci.

Quoiqu'il en soit, la charge de président américain n'a jamais été aussi éloignée du "cadeau", à se demander si le Great Old Party n'a pas filé l'amarre pour se revoir dans quatre ans avec un candidat sérieux à faire plébisciter dans la quête du rêve américain revenu. Comme le fit Ronald Reagan après Jimmy Carter, auquel Obama ressemble beaucoup.

ceinture d'or de la WBC
D'un côté, l'impétuosité, l'imprévisibilité, voire la puérilité du candidat républicain me feraient craindre le pire, mais moins encore que l'accès à la passerelle de la Diane alaskaienne, si par malheur il nous fait l'infarctus de la victoire à la Félix Faure. S'il survit à sa joie, il devrait s'orienter vers la politique étrangère qui le met mieux en valeur que la politique intérieure, à nos risques et périls. Quoique il soit parfois des conversions surprenantes au principe que la fonction crée l'organe.
De l'autre bord, l'intelligence du démocrate lui sera d'un piètre secours dès lors que le Congrès, lui-aussi démocrate, résistera difficilement à la tentation de guider le jeune président inexpérimenté dans les voies qui ... avantageront leurs circonscriptions d'origine ravagées par une crise profonde. Premier noir à la Maison Blanche, il soignera sa politique intérieure pour les mêmes raisons mais inversées que son concurrent. Reste à savoir si un bon candidat fait un bon président : nous avons payé cher en France pour savoir que non ! C'est le risque premier du suffrage universel : Chirac !

Au final, l'arbitre ne sera pas le "peuple" mais "Big Business & Big Oil", les deux producteurs de fric, et le complexe militaro-industriel qui sait le dépenser. Rien de neuf sous le soleil, du moins tant que le tissu économique nord-américain résistera à la déflation annoncée par les experts, à défaut de quoi toutes hypothèses seraient ouvertes et les plus sombres. Dieu nous en garde !

Bon numéro Economiques de la Documentation Française (N°2954 - 48p. - 4,70€) sur les Etats-Unis. Des promos sont en cours à la DF sur cette série.


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mercredi 14 mai 2008

Africa works !

Barack Obama fait la couverture de Time Magazine et d'Africaworks. Sur la seconde, Martin Luther King est en incrust et l'on rêve du premier président noir d'Amérique ; sur la première, on le donne gagnant ; du moins pour l'investiture démocrate. Les politologues américains les plus affûtés le donnent vainqueur ultime de la course présidentielle.
l'ane démocrate ruantLe jeune sénateur de l'Illinois est une véritable éponge politique qui apprend le métier en dormant. Parti dans l'affaire comme un étudiant monté en graines que les books de Londres ne cotaient pas contre l'expérience du sénateur Clinton de New York, candidat de l'establishment wasp qui souhaitait passer à la postérité comme celui ayant mis le pied du premier président féminin des Etats-Unis à l'étrier, le "nègre alibi" du parti de l'Âne les a tous enfumés.
Nous n'allons pas refaire le script mais relèverons deux approches stratégiques différentes entre Hillary Clinton et Barack Obama :

Le Clinton Happy Team a répété ses campagnes antérieures, et sûr de l'expérience accumulée, a construit une équipe de fidèles, prédestinée à les suivre à la Maison Blanche.
Barack Obama est parti de la feuille blanche !
Plus jeune d'esprit, il a eu l'intuition d'une campagne de dons style PayPal qui l'ont mis à la tête d'une véritable fortune en cash, immédiatement disponible. Mais plus que tout, il a été un candidat extrêmement réactif, appliquant au mot près la devise de Saumur : "si vous faites une connerie, faites-la vite !". Ainsi s'est-il quelquefois trompé, mais loin de perdre son temps à se justifier auprès de ses collaborateurs ou des journalistes spécialisés, il a rectifié. Même l'épisode du révérend Wright, "American chickens come home to roast", a été retourné de manière professionnelle et subtile.
C'est un bon candidat.

McCain HanoiSera-t-il un bon président ? On ne peut dénier au système américain électoral de sélection d'être très éprouvant pour l'intelligence et la résilience du futur président, même si parfois des QI médiocres parviennent à passer par surprise grâce au principe démocratique de choix du chef. Suivez mon regard !
Avant d'emménager à la Maison Blanche, il devra battre le vieux requin McCain qui fait le rallye des rednecks et autres Joe-six-pack, les plus susceptibles de reconduire GW Bush aux affaires s'il leur était possible. Il est le zélé continuateur de la vieille politique hégémonique qu'il critique chaque jour impair. Fils d'amiral et le faisant savoir à ses supérieurs, il n'acquit de notoriété qu'après s'être fait descendre par la DCA tonkinoise au retour d'un bombardement de Hanoï. Les blessures aux jambes furent causées par un défaut ou une fausse manoeuvre du siège éjectable. Le reste est légende, et il n'est pas de héros magnifique qui bombarde les populations civiles aux bombes à billes. C'est ce que pensait François Chalais qui l'avait visité alors à l'hôpital.

Son site de campagne ouvre sur sa photo de prisonnier blessé alité, photo légendée par lui-même comme celle du courage et du vrai héros américain ! C'est finalement son seul capital politique. Que devraient dire tous les fantassins rescapés des fosses à tigre, blessés et contraints aux marches forcées dans la jungle putride pendant des semaines ? Rien, ils ne sont pas fils d'amiral. Pas plus intelligent que le président actuel, habile à se créer de la publicité en prenant ses amis à contre-pied, défenseur instinctif de l'uniforme qui fait partie de son jeu de cartes, il aura fort faire contre l'animal politique Obama qui conquit son siège de sénateur grâce à la conjonction rare du bizness juif libéral du lac Michigan et des fermiers blancs de l'Illinois méridional. Mais la masse des esprits simples, distingués dans les Béatitudes, pourrait encore l'emporter et "nous" repasser le plat du Cheneyland.

Afrique en iceberg
Avec le ralliement des électeurs non noirs qui apprécient le bagage et son ton universitaires, Obama, s'il n'est plus seulement le candidat des blacks aux Etats-Unis, est devenu l'espoir de toutes les communautés noires du monde. C'est le message que passe dans ses colonnes Africaworks pour qui le démocrate, bien au-delà de son charisme naturel et de ses origines intéressantes, est un rassembleur armé de bon sens au-dessus des couleurs. United Colors of Benetton ? Bien évidemment, Alessandro Benetton est, je pense, partie prenante de cette revue puisqu'il soutient activement "Birima", banque de microcrédit associée à Africaworks.

Sambe Lo, directeur de la publication, a eu la courtoisie de m'adresser un mot de remerciement pour l'entrefilet concernant Africaworks dans le billet sur la TICAD paru sur ce blogue. J'ai reçu ce matin le numéro 2 de ce bimestriel de qualité, qui pourrait nous montrer la voie.

Soixante douze pages, 3€, une préhension équivalente à celle des hebdos classiques, papier glacé 20x27, charte graphique classique, mise en pages soignée, photos nombreuses, pubs. La revue est "all black" car c'est le fonds de lectorat ciblé.
Voici les pubs collectées :
- Air Sénégal, 2ième de couve
- Benetton, 2 doubles pages
- Yema (montres), 1 double page, visuel très technique
- Fréret-Roy (horlogers à Paris), 1 pleine page
- Air Burkina, 1 demi page
- Banque ouest-africaine de développement, 1 pleine page
- Gadaye (promoteur immobilier sénégalais), 1 pleine page
- Dakoun.com (tek design), 3ième de couve
- France24, 4ième de couve qui a donné l'image "iceberg".
Par contre leur site "www.africaworks.net" doit avoir été marabouté par un concurrent, il ne s'ouvre toujours pas !

pêcheur BirimaLe projet rédactionnel est aussi transparent que pourrait être le nôtre : "Africa works !" veut dire en anglais : l'Afrique, ça marche ! Et pour ne pas trébucher en marchant, on regarde devant soi. Sur les 62 pages de rédactionnel, il n'y a que le dossier de 5 pages "Martin Luther King" qui évoque le passé, en contrepoint de l'article sur Barack Obama.
Editorial lucide de Sambe Lo couvrant toute la livraison, analyse de l'actualité internationale et française, reportages sur les sommets africains récents, perspectives concrètes de développement, prospective. Pas de rétroviseurs. Et figurez-vous que ces gens-là n'en sont pas morts ! Prenons-en de la graine, même si l'expérience est une luciole vietcong en cage, portée dans son dos, qui éclaire le suivant mais pas vous-même.

Avec un clin d'oeil, je termine sur le roman de Mariama Barry "Le coeur n'est pas un genou que l'on plie" à la NRF (17€). Le parcours d'une toute jeune fille contrainte de se prendre en main et qui résiste aux coutumes ancestrales et aux malversations humaines... C'est, dans la Guinée de Sékou Touré débordant d'armes, de slogans, de bidets et de chasse-neige envoyés par le Comecon, l'histoire, au style transparent plein d'ironie, de muette tendresse et d'humour, d'une Candide rusée dont voici quelques titres de chapitres balisant et sauvant la vie d'une éducation socialo-ubuesque :
mariama Barry« La tête sans savoir portera les fardeaux... La chance est au bout des pieds... Nul ne connaît l'histoire de la prochaine aurore... La pointe de l'épine se forme quand l'arbre est jeune... Il n'est pas meilleure cohabitation que les dents et la langue... N'ayant rien payé pour son physique, on n'a aucun mérite s'il est beau... Voir la panthère et prétendre l'ignorer, c'est s'attendre à ses griffes... L'héritier d'un noyé ne doit pas jouer sur les rives... Quand toutes les barbes prennent feu, chacun s'occupe de la sienne... » (source Gallimard). Et dans un monde où l'être humain vaut moins que l'âne qui le porte... elle ne se prend pas pour un écrivain !

A notre tour disons donc "le roi ? ça marche !" et lançons-nous sur le marché professionnel de la politique, dès fois que de bonnes fées se pencheraient sur le berceau au soleil de la cour des grands.


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