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mercredi 21 avril 2021

Bon voyage Idriss !

Idriss Déby

Idriss Déby, maréchal-président du Tchad, a été mortellement touché hier lors d'un accrochage de son armée avec les rebelles du FACT, Front pour l’alternance et la concorde, à Nokou (300km nord de N'Djamena). La fiche Wikipedia cerne le personnage hors du commun, et les officines spécialisées nous donneront le RETEX demain. Charité bien ordonnée nous invite à évaluer l'impact sur l'efficacité de l'opération Barkhane au Sahel et Le Télégramme propose un raccourci où il y a tout : « Contestée au Sahel, la présence militaire (de la France) risque, comme, en 2019, après le bombardement des Mirage, de l’être ouvertement au Tchad, maintenant que Déby est mort. Un de ses fils, général 4-étoiles à 37 ans, commandant la Garde présidentielle, a été désigné chef d’État par intérim par un conseil militaire qui a promulgué une "charte de transition", dissout le gouvernement et l’Assemblée nationale en annonçant des élections dans dix-huit mois. Barkhane et son état-major établi à N’Djamena se retrouvent du jour au lendemain, allié d’une junte sur la défensive, qui n’a pas la légitimité du président défunt, qui était déjà très contesté, sinon haï, sans que le gouvernement français en tienne compte. Du coup, les autorités françaises risquent d’être accusées par la population de soutenir la dynastie Déby et les militaires tchadiens désormais au pouvoir, plus enclins à renforcer leurs effectifs pour le garder en cas d‘émeutes, plutôt que disperser ses troupes à l’extérieur du pays pour mener une guerre contre le terrorisme qui n’est peut-être plus leur priorité ».

L'armée tchadienne d'Idriss Déby a été jusqu'ici le meilleur soutien de la force Barkhane parce qu'elle se bat depuis assez longtemps pour avoir accumulé expérience et résilience, et parce qu'elle a été formée pour l'attaque. Le niveau de ses cadres est assez élevé comme le moral de ses soldats. Feu son chef, qui, dit en passant, avait fait l'Ecole de Guerre de Paris, était plus controversé dans le domaine politique pour être dans le top ten des autocrates africains. Difficile de juger le soldat-président Déby sur un clavier tout-confort. Il était réputé pour sa poigne de fer, mais quand on sait de quoi est constitué ce pays, immense et pauvre, peuplé de tribus guerrières jalouses, qui en ont toujours moins que ce qu'elles voient chez le voisin, on peut aussi comprendre la méthode.
Le FACT est une milice gorane de la valeur d'un régiment qui fut engagée dans les combats de Misrata en Libye à côté du groupe Wagner et qui casernait au Fezzan avant de décider de renverser le président, candidat à sa réélection pour un sixième mandat après trente ans de pouvoir ! Ses unités qui ont connu le feu, sont armées sur les stocks libyens et réputées bien équipées. C'est au jour de la proclamation de sa victoire électorale qu'Idriss Déby a perdu la vie. Chef de guerre depuis qu'il reçut jadis de Hissène Habré le commandement des forces armées du Nord, il est resté un homme de l'avant. Très peu de chef d'Etat s'exposent physiquement comme il le faisait, et pour ce qui nous concerne, le dernier des nôtres fut sans doute Napoléon III à Sedan. Depuis lors, nos chefs préservent la fonction, ce qui n'empêche pas certains de crier d'un voix de fausset à leur chef d'état-major pas content : « Ze suis votre Sef !». Il en va de même de grosses pointures capables de battre un ours bourré à mains nues pour la caméra ou même de jouer à la horde sauvage sur la route de Sotchi, mais que l'on ne voit jamais sur le front. Samedi dernier nous évoquions le prince Philip dans son album de marine qui fut, lors de la seconde guerre mondiale, de ceux qui ne firent pas semblant ! Idriss Déby ne faisait pas semblant, un homme vrai mais un grand fauve aussi.


(ma dernière pucelle)

jeudi 7 février 2013

L'Afrikistan en panne

L'Afrikistan est mal barré. Ce qui doit bien ennuyer les éditocrates et think-tankistes qui vivent de l'alarme. On peut dire que le pas de clerc des bandes terroristes islamisées au Mali fonçant sur Bamako a porté un coup sérieux au projet verdâtre des fondamentalistes musulmans déroulés dans les amphis de géopolitique. Les séismes dont on annonçait les répliques sont au nombre de cinq, et paraissent plus que jamais réparables. Ce qui en soi n'est pas une mauvaise nouvelle, et d'abord pour le continent africain qui n'a pas besoin de perdre du temps avec ces foutaises théologiques. Les défis économiques et sociaux sont des falaises autrement plus hautes à grimper que le salut dans l'au-delà par l'asservissement des âmes. Il faut déjà vivre un peu avant de mourir.

Voici les cinq foyers cancéreux dans le sens des aiguilles, et notre pronostic sans frais :

(AA) Parti islamiste Ennahda au pouvoir en Tunisie

Rached Ghannouchi
Parti de l'étranger dirigé par des émigrés revenus cueillir les fruits d'une révolte dans laquelle ils ne se sont pas mouillés, il s'avère incapable d'améliorer le sort des gens à divers motifs dont le plus évident est la crasse idéologique qui bloque les rouages économiques comme du cambouis. Ce parti instrumentalise des bandes salafistes et les gros-bras de la LPR (le SAC d'Ennahda) qui sous-traitent une "petite terreur" au quotidien pour faire tenir tranquilles les braves gens (la majorité silencieuse de là-bas).
L'insatisfaction monte rapidement dans une population qui vient de comprendre qu'elle a été bernée par les agents électoraux du parti Ennahda qui avait passé la promesse dans les villages : un vote, un emploi. La population tunisienne, plus éduquée que la moyenne des habitants de la rive sud de la Méditerranée, n'adhérera pas, l'argumentaire islamiste étant tout simplement trop bête. L'assassinat du chef de parti Chokri Belaïd peut dégoupiller une réplique de la révolte de 2011 capable d'emporter tout. L'impudence du pouvoir à vouloir passer en force en articulant un double langage qui ne trompe plus personne, convoque la complicité de l'armée qui est loin d'être acquise. Notre pronostic est une raclée électorale pour Ennahda dans un scrutin anticipé.

(BB) Frères musulmans au pouvoir en Egypte

Mohamed Morsi
A l'inverse d'Ennahda, c'est un parti "souchien" qui a 70 ans de travail de fond dans les quartiers défavorisés et dans les campagnes. Si c'est bien la "démocratie" qui a porté les Frères au pouvoir, le principe "un homme-une voix" n'a rien résolu quand à la légitimité des vainqueurs. Comme en Tunisie mais avec un coefficient 8, ce vieux pays a une culture ancestrale et une bourgeoisie éduquée. Il est aussi un vecteur de "modernisation" dans tout le Proche Orient. L'indigence (voire l'absence) des programmes économiques et la duplicité puérile du président Morsi ont disqualifié aux yeux de l'Opinion ces doctrinaires ne sachant que parler ou menacer, et les dérives salafistes que l'on rencontre en Tunisie n'ont déjà plus cours en Egypte, la "rue arabe" s'étant ressaisie !
Le "café" et le souk se gaussent des prétentions fraternelles à vouloir bâcher les compagnes ! Les villes du canal qui font l'Opinion sont en quasi-insurrection. Il y a plus urgent que la charia car la misère galope dans l'artisanat, le petit commerce, les petits boulots et combines paisibles car l'argent ne circule pas. Dans le vivier électoral traditionnel des Frères - les fellahs pauvres du delta - les choses ne vont pas mieux car le tourisme a disparu et l'activité vivrière est désorganisée. Notre pronostic est un pronunciamiento finissant la supercherie islamiste car l'armée est intacte.

(CC) Pirates islamisés de Somalie

Les Shebbab somaliens sont maintenant dans la tenaille de deux puissances régionales qui ne négocient plus mais sont décidées à les tuer. Le ratissage français au Mali qui ne fait pas de prisonniers les y encourage. Ainsi Kenya et Ethiopie vont-ils pratiquer la solution finale, surtout le Kenya qui avait été durement secoué par les bombes d'al-Qaïda. Depuis octobre 2011 - date de la prise d'otages de 4 travailleuses humanitaires blanches - ses raids ne sont plus des manoeuvres de pacification mais de destruction. L'Ethiopie inquiétée sur sa frontière nord par l'Erythrée, Corée du nord africaine qui soutient les insurgés de l'ex-Somaliland, veut en finir maintenant.
En mer, la piraterie étant directement liée à la prospérité des Shebbab, sa réduction est impérative et c'est sans doute la seule fenêtre de collaboration affichée avec le monde extérieur au continent. On peut concevoir que de plus en plus de pirates seront ramenés devant les tribunaux kenyans, la vieille punition "haut et court" n'étant plus d'application malgré son indéniable dissuasion ; mais on sera plus discret en coulant les barques. Notre pronostic est une liquidation générale des Shebbab avec malheureusement des dommages collatéraux dus à leur propension à se réfugier dans les jupes des femmes.

(DD) Boko Haram du Nigeria

Abubakar Shekau
Cette secte nombreuse sévit dans les provinces du nord, contiguëment au Niger. Ayant adopté les codes islamistes et le terrorisme d'application qui va avec, elle est combattue par les forces nigérianes qui hachent leurs rangs sans état d'âme. Des éléments nombreux sont montés au Mali renforcer AQMI mais il semblerait qu'ils se soient débandés devant la réplique française et nigérienne, ce qui est plus facile pour eux qui sont majoritairement des Haoussas (noirs). Si les pertes encourues n'entameront sans doute pas la ressource au Nigéria surpeuplé, elles encourageront l'action d'éradication des forces nigérianes (police et infanterie) et notre pronostic est la liquéfaction de la secte par découragement ou moindre propension au sacrifice. Des vierges, il y en a de très belles sur terre et Boko Haram vient de déclarer un cessez-le-feu ! Nous ne faisons pas de pronostic pour le moment.

(EE) AQMI-MUJAO au Sahara

Le groupe islamiste touareg Ansar Dine doit être dissocié des deux groupes arabes, même s'ils sont interpénétrés. Il est probable qu'une paix forcée entre le MNLA-MIA et le pouvoir noir de Bamako, réglant la question de la représentativité douteuse de ces Touaregs insurgés, conduise à une autonomie jouable à condition qu'elle soit couplée au développement économique du nord. Le dispositif retenu affaiblira terriblement l'élan de la rébellion islamiste touarègue qui pour la première fois ne dictera pas ses conditions. Son chef charismatique à demi-fou, Iyad ag Ghali, se terrera dans une grotte des Iforas à guetter l'hydravion blanc du Qatar qui viendra l'emporter, tandis que ses troupes même bien armées seront débandées par les escadrons méharistes des nations voisines convenablement soldés et sous appui-feu continu. On compte sur les Tchadiens, et les Touaregs ralliés qui se referont un pucelage et,... nous-mêmes un peu.

Abdelmalek Droukdel, émir AQMI
Restent les deux composantes terroristes versées dans le narco-trafic¹ pour faire court. Les motivations religieuses affichées ne sont plus crédibles au sein des habitants du pays après la découverte des atrocités commises dans les villes prises. Il leur sera difficile de prospérer dans l'Adrar des Iforas avec l'hostilité déclarée ou contrainte des populations des vallées alentour. S'étant dévoilés comme des bandits cruels, ils ne pourront pas se muer en talibans afghans² vivant au milieu du peuple comme un poisson dans la rivière. Ils sont en plus perçus comme des "étrangers". C'est une courte vie de proscrits cernés qui les attend. Elle deviendra vite intenable quand les gardes-frontière des pays voisins auront été renforcés - l'Algérie a descendu 1400 hommes en renfort sur sa frontière - et qu'ils devront affronter sur leurs seules réserves Tchadiens, Maures et Touaregs marchant à la prime. En plus j'ai vu passer sur mon écran deux canons Caesar³ français qui montent vers le nord ! La chambre de décompression libyenne utilisée par Belmokhtar (Mister Malboro) qui joue à "chat perché" sera de plus en plus inaccessible par la reconstitution des forces libyennes.
La profession de djihadiste incandescent ne durera qu'aussi longtemps le permettra le trésor accumulé par le trafic et la prise d'otages. Notre pronostic est la neutralisation des zones de parcours par les Français et l'éradication par les drones américains des derniers noyaux durs protégeant leur fric, quand les plus fragiles seront retournés à la garde des chèvres.
Restent nos otages.

Actu: Ont été sauvés de l'incinération aérienne par les Touaregs les chefs de groupe terroriste Mohamed Moussa Ag Mouhamed (Ansar Dine) et Oumeïni Ould Baba Akhmed (MUJAO), capturés à In Hallil le 2 février. Direction sans doute le TPI.


(1) on lira avec profit un billet dédié au narco-trafic et à son extension au-delà des groupes terroristes par ici.
(2) les Talibans afghans commencent à se rendre... selon Al-Jaezira.
(3) canon semi-automatique de 155mm Caesar porté sur camion, qui met 8 coups/minute à 40 kilomètres, acquisition des données et calcul automatique en temps masqué ; c'est une arme de saturation.



Il y a de bonnes raisons de croire en la défaite de l'Afrikistan, mais la meilleure garantie de bonne fin sera une vraie gouvernance qui coupe les ponts avec la corruption endémique, permettant d'injecter des fonds de développement efficaces. Tous les pays africains sont concernés, tous y compris les pays non africains impliqués dans les projets !


Nairobi




samedi 2 février 2013

Hollande au pied du mur

Pays touareg
C'est au pied de l'archipel des Iforas que l'histoire jugera François Normal. On arrive au cœur du sujet et l'implication des Français semble moins obligatoire, sinon annulons cinquante ans d'histoire et remettons les pendules à l'heure du temps béni des colonies. La crise malienne est antérieure à l'indépendance puisque le contentieux nord-sud est séculaire. Au Nord, les nomades touaregs et leurs alliés maures ou songhaïs on vécu de razzia et de traite nègre aux dépens des noirs du sud. Au sud et sur le fleuve Niger, les Bambaras ont accumulé la mémoire de cette époque où ils étaient la "ressource à capturer". La croissance démographique et la politique des restes dans le découpage post-colonial ont renversé les moutons sur les loups. Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) revendique la constitution d’un Etat touareg depuis 1958. Pour Mossa Ag Attaher, chargé de communication du mouvement, ce groupe insurgé est "l'émanation des aspirations des Touaregs et d'une bonne partie des Songhaï, Peuls et Maures de l'Azawad". Pour lui, le territoire de l'Azawad au Mali se compose des cercles de Tombouctou, de Gao et de Kidal. Son but : l’autodétermination de ces peuples avec droit à l’indépendance s'ils le souhaitent.

On a pu penser un moment que, sans transiger sur Gao et Tombouctou, les Maliens (noirs) finiraient par abandonner le cercle de Kidal aux nomades qui joueraient au peuple souverain aussi longtemps qu'on leur porterait à manger. Mais la recherche minière poursuivie après le départ des Français par des équipes de prospection canadienne et sud-africaine rapporte des possibilités de richesses prometteuses. Aussi, la première exigence des gens de Bamako est-elle devenue l'intégrité territoriale du Mali, point-barre ! Les Touaregs et leurs alliés doivent trouver une autre angle d'attaque sinon ils vont être attaqués par tout le monde une fois la France partie, pour la simple et bonne raison que leur revendication autonomiste découpe aussi du territoire en Algérie (gaz), au Niger (uranium) et jusqu'en Libye (pétrole). C'était d'ailleurs Mouammar Kadhafi qui s'était proclamé "Guide des sultans touaregs du Grand Sahara" en 2006. Pour survivre dignement, le MNLA doit négocier sur un autre terrain que l'appropriation des sols. A défaut, c'est le bagne à perpétuité dans l'Adrar des Iforas.

Touareg en mode pause


Les peuples du Mali ont tous de grands efforts à faire, mais les Touaregs particulièrement. Il ne peuvent pas maintenir un mode de vie pastoral agrémenté d'aubaines et petits trafics et exiger en même temps le niveau de vie des citadins impliqués dans une économie réelle. S'ils veulent participer de plein pied au développement promis par les agences internationales, ils doivent envisager de... travailler. Réciproquement, le pouvoir noir doit partager un peu et surtout former les enfants nomades et les qualifier autant que possible afin de les insérer dans le futur prometteur du pays. Il n'y a aucune échappatoire.

La France peut-elle jouer au médiateur dans la querelle ? A mon avis, non ! Ce qui ne l'empêche pas de laisser une feuille de route diplomatique qui déroulerait les voies et moyens d'un accord de coexistence. Mais à partir du moment où les rebelles sont neutralisés, le job est fait. Le temps qu'une armée malienne soit reconstituée - paraît-il que les Européens vont s'y mettre un jour !- les Africains doivent occuper le pays utile pour le pacifier et pour redémarrer les activités économiques, tout en contenant les freux dans la montagne en attendant la chasse à courre sous commandement Africom US. Vu le sans-faute jusqu'ici, on peut raisonnablement penser que le président Hollande est parti pour Bamako dire aux autorités locales et régionales qu'elles sont maintenant dans les buts !
Déjà la presse de Bamako commence à hurler que les Français ont épargné les MNLA de Kidal (qui pour eux sont les assassins d'Aguel'hok) et vont les protéger de l'assaut de la vaillante infanterie malienne, tout ça pour maintenir l'abcès purulent qui nous autoriserait à rester au Mali. Il n'aura pas fallu longtemps pour que les félicitations s'éteignent : les ONG de protection des droits, Amnesty en tête, demandent des enquêtes sur des prétendus massacres ou des dommages collatéraux aux bombardements, en impliquant ouvertement l'armée française.
Si les chefs d'Etat de la CEDEAO sont pour un maintien de notre présence qui masque leur incapacité à prendre rapidement le relais, les opinions nationales sont beaucoup plus va-t-en-guerre et veulent en découdre avec ou sans nous. C'est le moment de rentrer en bon ordre après une phase de transition qui laissera la main au Tchadiens, seuls capables en l'état de travailler efficacement au nord de la boucle du Niger.
Attendons.


Tchadien en mode pause


lundi 10 mars 2008

Françafrique

Sgt PolinJean-Philippe Chauvin publie un billet intitulé Afrique appelant à continuer la Françafrique au motif de perpétuer la mission historique de stabilisation post-coloniale de la France envers le continent noir. Il a raison.
Charles De Gaulle, fondateur de la Françafrique, à défaut d'avoir pu continuer la Communauté Française, avait laissé ce message quand il quitta le pouvoir :
« Surtout, n'oubliez pas l'Afrique ! »
Il fut certes entendu de ses successeurs, qui au lieu d'assainir les relations douteuses tricotées par le commis Foccart entre la métropole et ses anciennes colonies, y cherchèrent leur avantage, au moins pour ce qui concerne Giscard d'Estaing qui bénéficiait des travaux et des jours de son père dans les mines et de ses cousins dans les banques, en plus d'une stupide relation cynégétique avec l'empereur Bokassa qui lui coûtera sa réélection, même si le mensonge était sous-jacent dans l'affaire des diamants ...

Mitterrand fit plus simple, et missionna son propre fils Gilbert comme son représentant et celui de la Françafrique en AEF. Il était connu sous le sobriquet de Papamadi - les Africains ont un humour acide - jusque dans les milieux pétroliers que j'ai fréquentés alors où certains ignoraient jusqu'à son prénom. Il a des dossiers chez les juges à Paris.
Le tricot ne cessa de se défaire quand Mitterrand prit le parti de la gouvernance démocratique, comme critère d'évaluation des transferts liés aux ajustements structurels.
Pour sauver les meubles, l'Elysée se mit à faire de la diplomatie au troisième degré inversé, à la limite du chantage, et finit sous la présidence de M. Chirac par trahir les accords passés (Côte d'Ivoire). Cela continue avec M. Sarkozy. A tel point que si les subventions au développement se tarissaient, les pays d'Afrique noire chasseraient la France qui a pris le visage d'un prédateur honteux, et imprévisible quand il s'agit de tenir sa parole. On ne peut fonder une relation africaine uniquement sur le fric, il y a toujours quelqu'un qui dans la pièce à côté en a plus que vous. Désolé, Monsieur Chauvin, on ne peut continuer la Françafrique en l'état.

Cne MarchandAu-delà de la motivation première qui était d'accompagner les colonies vers l'émergence en contrevaleur de leurs voix à l'Assemblée générale des Nations-Unies, le système d'accords bilatéraux prévoyaient de bon sens la concentration des crédits français vers les infrastructures administratives, scolaires et sanitaires en réduisant les budgets de défense nationale à leur plus simple expression par la conclusion d'accords militaires de coopération, en cas d'agression extérieure ou de mouvements de déstabilisation. Toutes les illustrations de ce billet sont militaires car ce domaine est le fonds de la question.

L'Etat RPR ne tint pas compte du projet gaullien, se créa une clientèle et utilisa l'Afrique comme une machine à salir l'argent par le système des rétro-commissions. Il corrompit la nomenklatura africaine dans des investissements immobiliers en France - une sorte de laisse - et pour finir, à chaque occasion de troubles dans ses ex-colonies, prit le temps de juger quel serait son meilleur cheval pour demain. Tout devenait personnalisé. Les accords ne valaient que ce que valaient les sympathies réciproques. On alla même jusqu'à déborder de l'épure et "annexer" le Congo belge et plus tard ses appendices prussiens du Rwanda-Burundi parce qu'on pensait du bien du maréchal Mobutu. Kolwezi 1978.

Ainsi quand le président Gbagbo, socialiste, chrétien par sa femme et ami de Lionel Jospin, subit une révolte armée par le Burkina Faso et renforcée des bandes libériennes chassées par les Anglais, au lieu d'envoyer les Jaguar incinérer la rébellion en invoquant les accords de défense, la France de M. Chirac jugea que le vainqueur n'était pas sûr. Elle s'interposa au motif de sécuriser les Blancs qui n'étaient pas encore menacés, protégeant ainsi la rébellion. Nous y sommes encore, après y avoir perdu beaucoup de prestige dans des opérations de gendarmerie bizarres et 9 marsouins, décimés le 4 novembre 2004 par la "chasse biélorusse" à l'heure de l'anisette.
Que faisions-nous Rwanda ? Je me pose encore la question, même si le comportement des unités françaises n'est pas du tout en cause.
Quelle est cette danse du ventre au Tchad ?
Et ce mini opéra-bouffe de l'Arche de Zoé ?
La rébellion au gouvernement légal tchadien provient du territoire soudanais et est équipée par Karthoum. A la première manifestation d'hostilité, il suffisait d'intervenir pour que toute la parade burlesque des technicals cesse dans l'heure. Au lieu de quoi, nos ténors ont jaugé, puis "parlé" au Conseil de sécurité, à Bruxelles, et in fine envoyé M. Morin faire des photos en gilet pare-balles ; on décrédibilise nos unités aux yeux des dirigeants africains et de leurs populations.

REPDepuis combien de temps nos armées n'ont-elles affronté un vrai combat ? C'est un cri que poussait le médecin chef Clervoy lors d'un colloque fin 2007 organisé par la revue militaire Inflexions(1) : « L'idéal de secourir a remplacé l'idéal de combattre" par la conversion des armées à l'Humanitaire, ce qui entame gravement la combativité des troupes au sol. Dès le contact par publicité interposée souvent, "l'engagement est présenté comme avant tout humanitaire, qui exclut la notion d'usage agressif des armes. Voici des verbes puisés dans le discours humanitaire: défendre, servir, secourir, aider, assister, soulager, protéger, approvisionner, transporter, bâtir, restaurer". Le médecin-chef Clervoy a noté "l'absence de verbes relatifs à une action spécifiquement martiale, c'est-à-dire concernant un ennemi désigné qu'il faudrait combattre, détruire, anéantir, percer, écraser, vaincre ». Une rupture se produit lorsque le soldat qui a adopté une posture humanitaire se trouve projeté dans une action de combat. Leur engagement n'est pas soutenu par un discours de combat". Assez préoccupant maintenant que nous avons une armée professionnelle. C'est peut-être cette baisse de vigilance qui a coûté la vie au sergent Polin la semaine dernière à la frontière soudano-tchadienne, mais plus sûrement le défaut d'agressivité de la chaîne de commandement qui est manipulée par les rigolos du cabinet Morin obsédés par le calme plat.

Imitons nos voisins britanniques qui, s'ils ne sont pas parfaits, savent jouer leur partition. Ils n'engagent leur infanterie que pour se battre, et elle est redoutée car réputée brutale, sans complaisance ni complications. C'est comme cela que la Sierra Leone(2) a pu renaître, et par ricochet le Liberia. A leur place nous aurions multiplié les conférences et compté nos dommages collatéraux.

Les OPS en surveillance
La France n'a plus les moyens de développer l'Afrique francophone par elle-même. Mais elle peut être le chef de file d'un syndicat européen de paix(3) et développement parce qu'elle est la dernière puissance autrefois coloniale à être imbibée par l'Afrique, à disposer de connaissances profondes de ses territoires et peuples, à reconnaître en métropole d'importantes communautés noires, et aussi à aimer l'Afrique pour ce qu'elle est. Mais afin de rassurer les pays africains comme nos partenaires aussi, il faut une démarche claire, non assujettie aux indications des girouettes plantées sur les tours du pouvoir parisien, et qui parfois ne donnent pas le même vent au même instant. Nous gagnerions beaucoup d'estime à nous abonner à la limpidité.
Sans doute notre franchise, si elle n'exclut pas la vigilance et le renseignement continu, convaincrait-elle nos amis africains d'y regarder à deux fois avant de céder aux sirènes chinoises, qui ne les protègeront jamais de rien. Une limpidité diplomatique exige une permanence de l'axe d'effort, ce que le système républicain ne garantit nullement. C'est là le hic. On reconstruit l'oeuvre à chaque mandat présidentiel.

Nota 1.: Le premier numéro de cette revue est présenté ici.
Nota 2.: Opération Pallister de mai 2000 où la Royal Navy vint au secours de la Sierra Leone avec 8 navires de guerre et une infanterie de 2000 hommes.
Nota 3.: On peut lire le Rapport A/1880 de l'Union de l'Europe Occidentale de 2004 sur la perception européenne du maintien de la paix en Afrique.



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